CHAPITRE IT
A Parquoy, 6 homme, quiconques tu sois qui juges des autres, lu es sans excuse. Car en ce que tu juges d'autruy, tu te condamnes loy-mesme, veu que
Loy qui juges, fais les mesmes choses.
2 Or nous scavons que le jugement de Dieu est selon vérité sur ceux qui
font telles choses.
1) Matth., VIL, 1. 1 Cor., IV, 5.
Cesterépréhensions'addresse contreles hypocrites, lesquels comme ils esblouissent les yeux des hommes du fard de leur saineteté externe, aussi ils conçoyvent une asseurance, ou plustost présomption devant Dieu, comme s'ils avoyent de quoy le contenter suffisamment. Après donc que sainct Paul à monstré les vices les plus grossiers et évidens, afin qu'il ne laisse personne juste devant Dieu, il s'addresse maintenant à ces petis sainctereaux, lesquels ne pouvoyent estre comprins sous le premier catalogue et dénombrement des vices que nous avons veu. Cela estant présupposé, la suite et déduction du propos est desjà si facile et aisée, qu’on ne se doit point esbahir com-
ment c’est que l’Apostre fait ceste conséquence. Car quand il dit Qu'ils sont inexcusables, c’est d'autant que sçachans bien le jugement de Dieu, ils transgressent néantmoins la Loy : comme sil disoit, Encores que tu ne consentes pas aux vices des autres, et mesmes au Contraire il semble que tu sois ennemi formel des vices, et leur faces la guerre, toutesfois veu que tu n’es pas entièrement exempt d’iceux, quand tu te considéreras à la vérité, tu ne peux alléguer aucune défense que tu ne sois enclos en condamnation avec les autres. Car en ce que tu juges d'autruy. Les mots ont yci une rencontre de bonne grâce, asçavoir Crinin, et Catacrinin, desquels le premier
Car. If.
signifie Juger, et l’autre Condamner.
Mais outre cela il faut noter l’exaggération, et, par manière de dire, rechargement. dont il use contr’eux. Car ceste façon de parler emporte autant comme sil disoit, Tu es doublement digne d’estre condamné, veu que tu es entaché des mesmes vices lesquels tu reprens et blasmes és autres. Car c’est un propos tout commun, Que ceux qui amènent un autre à conte de sa vie, s’obligent à monstrer que de leur costé ils cheminent en innocence, droiture, intégrité, et toute vertu :
et qu'ils sont indignes d’estre aucunement espargnez, S'ils commettent les mesmes vices qu’ils ont entreprins de corriger és autres. Car tu fais les mesmes choses.
Voylà comme il y auroit, à traduire le passage de mot à mot. Or le sens est, Combien que tu juges, néantmoins tu le fais. Et quand il dit qu'ils le font, il ha regard à ce qu’ils n’ont pas le cœur droit :
car péché gist proprement au cœur. Ainsi donc, ils se condamnent eux-mesmes, d'autant qu'en blasmant un larron, ou adultère, ou mesdisant, ils ne prononcent pas condamnation contre les personnes, mais contre les vices, lesquels eux-mesmes aussi portent enracinez en leurs os.
2 Or nous scavons que le jugement de Dieu. L'intention de sainct Paul est de faire esvanouir toutes ces flatteries desquelles les hypocrites s’abusent en leurs esprits, afin qu’ils ne pensent point que ce soit grand cas quand le monde les louera, ou qu’eux-mesmes s’absoudront: car il leur faudra bien passer par un autre exa-
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
men au ciel. Par ainsi, pource qu’il les accuse d’une immondicité intérieure, laquelle comme les hommes ne la peuvent appercevoir de leurs yeux, ne peut aussi estre rédarguée ne convaincue par tesmoignages des hommes: il les adjourne au jugement de Dieu, auquel les ténèbres mesmes ne sont obscures ne cachées, et du sentiment duquel il faut nécessairement que les pécheurs soyent touchez, vueillent-ils ou non. Ceste vérité de jugement de laquelle il parle, consiste en deux points: premièrement, en ce que sans acception de personnes il punira le péché, en quiconque il le trouvera: secondement, en ce qu’il ne s’arreste pas à l'apparence externe, et ne se contente point de l’œuvre en soy, s’il ne procède d’une vraye pureté de cœur. Dont s’ensuit que la masque d’une saincteté feinte n’empesche pas qu’il ne punisse par son jugement la perversité intérieure cachée au dedans du cœur. Au reste, c’est-ciune façon de parler propre à la Langue Hébraïque : car entre les Hébrieux le mot de F’érité signifie souventesfois autant qu'intégrité et droiture intérieure de cœur : et ainsiil n’est pas seulement mis à l’opposite de ce péché grossier de mensonge, mais aussi il est opposé à une apparence externe des bonnes œuvres. Or c’est adonc que les hypocrites sont contraints de se resveilier, quand il est dit Que Dieu ne jugera pas seulement de ce fard et: apparence externe de justice, mais aussi des affections occultes et secrèles.
3 Et cuides-tu, 6 toy homme qui juges de ceux qui font telles choses, et qui les fais, que tu doyves eschapper le jugement de Dieu?
4 Ou mesprises-tu les richesses de sa bénignité, et de sa patience, et de sa longue attente, ne cognoissant point que la bénignité de Dieu l'invite à repen-
tance ! ?
5 Mais par ta dureté et ton cœur qui est sans repentance, lu l’'amasses ire au jour de l’ire, et de la déclaration du juste jugement de Dieu”,
6 Qui rendra à chacun selon ses œuvres? :
1 Ascavoir à ceux qui avec patience à bien faire cherchent gloire, honneur,
et immortalité, la vie éternelle * :
8 Mais, à ceux qui sont addonnez à contention, et qui ne s'accordent point à la vérité, ains obéissent à injustice, sera indignation, et ire.
4) 2 Pierre, IN, 1# 2) Jaq., V, 3.
3) Ps. LXII, 12.
4) Ou, qui sont patiens, la gloire du bon œuvre, honneur
et immortalité : c’est-à-dire, à ceux qui cherchent vie éternelle,
Car. If.
9 1 y a tribulation et angoisse sur toute âme d'homme faisant mal, du
Juif premièrement, puis aussi du Grec.
10 Mais gloire, honneur, et paix à un chacun qui fait bien, au Juif premie-
rement, puis aussi au Grec.
3 Æt cuides-tu, 6 toy homme, etc.
Pource que les Rhétoriciens en leurs règles, disent qu’on ne doit point venir à s’eschauffer contre la partie adverse, et la presser par répréhensions aigres, que premièrement le crime ne soit bien vérifié : i pourroit sembler à quelqu'un que sainct Paul procède mal, et se dresse trop tost, de crier si fort, avant qu’il soit venu à bout de l’accusation qu’il avoit intentée. Mais il en est autrement : Car il les à desjà convaincus et monstrez coulpables par une preuve assez ferme : considéré qu'il ne les accusoit point devant les hommes, mais les arguoit et poursuyvoit par le jugement de leur propre conscience. Ainsi donc, il a pensé que ce qu'il prétendoit, estoit bien et suflisamment prouvé : asçavoir que S'ils vouloyent descendre en eux-mesmes, et admettre l'examen du jugement de Dieu, ils ne pourroyent nier leur iniquité. Au reste, quand il use d’une telle sévérité et aigreur à reprendre ceste saincteté feinte, il ne le fait point sans grande nécessité. Car ceste manière de gens se contentent de leurs personnes tout à leur aise, et se reposent en eux-mesmes avec une merveilleuse asseurance, Si on ne leur arrache par force la vaine confiance qu'ils ont. Qu'il nous souviene donc que c'est le souverain moyen pour convaincre les hypocrites de les réveiller de leur yvrongnerie et stupidité, et les amener à Ja clarté du jugement de Dieu.
Que tu doyves eschapper. C'est un argument qu'on appelle du plus petit au plus grand : car s’il faut que les péchez et forfaits passent par le jugement des hommes, beaucoup plus par celuy de Dieu, qui est le seul Juge de tous. II est vray que les hommes sont conduits par une inspiration Divine à condamner les maux qui se commettent : mais cela n’est qu’une petite trace et un portrait obscur du jugement de Dieu. Parquoy ceux-là sont bien despourveus de sens, qui pensent abuser Dieu, et éviter son
jugement, veu qu’en leur propre jugement ils ne laissent pas eschapper les autres qui font mal. Au reste, ce qu'il a exprimé desjà par deux fois le nom d'homme, emporte poids : «ar il fait dà comparaison de l’homme à Dieu.
4 Ou mesprises-lu les richesses. Aucuns pensent que ce soit VCi un argument que les Rhétoriciens nomment Dilemma : mais je suis plustost d'avis que c'est une anticipation. Car pource que volontiers les hypocrites s’enflent de la prospérité, et quand les choses leur vienent à souhait, comme si par leurs vertus et bienfaits ils avoyent mérité de sentir la douceur et libéralité du Seigneur, et ainsi s’endurcissent tousjours :
tant plus en un mespris et contemnement de Dieu, l’Apostre vient au-devant de leur arrogance, et en alléguant la cause toute contraire, fonde son argument Jàdessus, pour monstrer qu'il ne faut pas pour la prospérité externe qu’ils pensent que Dieu leur soit favorable, veu quil regarde à une fin du tout diverse en bienfaisant aux hommes : asçavoir à inciter les pécheurs à se convertir à duy.
Ainsi done, là où la crainte de Dieu ne règne pas, asseurance en prospérité est un contemnement, et une mocquerie de sa bonté infinie. Dont s'ensuyt qu'à bon droict ceux-là seront punis plus griefvement, lesquels Dieu aura espargnez en ceste vie : pource qu’outre toute leur perversité, il y a eu encore un poinct, | c’est qu'ils Ont rejetté ceste douceur paternelle de Dieu, qui les convioit à repentance. Et combien que tous des hénéfices de Dieu soyent autant de tesmoignages de sa bonté paternelle, toutesfois pource que souvent il regarde à une autre fin, cependant qu’il tient les infidèles à leur aise, leur faisant sentir sa libéralité, ils s'abusent de se flatter en leur prospérité, comme si c’estoit un certain signe qu’il les aime et ha agréables. Ne cognoïssant point, etc. Car le Seigneur en usant de douceur enyers
Cmap. Il. SUR L’ÉPISTRE
nous, monstre qu’il est celuy auquel il nous faut convertir et retourner, si nous désirons avoir bien et félicité : et quant et quant nous redresse en asseurance d'attendre et recevoir miséricorde de luy.
Si nous ne rapportons à ceste fin sa libéralité et bonté, C’est en abuser : combien qu'il ne la faut pas tousjours prendre en une sorte. Car quand le Seigneur traitte doucement ses serviteurs, et leur donne des bénédictions terriennes, ce sont des tesmoignages par lesquels il déclare sa bonne affection envers eux, et avec cela les accoustume à chercher en luy seul la perfection et le comble de tous biens. Mais quand il traitte en mesme douceur les transgresseurs de sa Loy, vray est que par sa bénignité il veut amollir leur rébellion et obstination, toutesfois il ne déclare point pour cela qu’il leur soit pour lors propice, mais * plustost il les appelle à repentance et amendement. Que si quelqu'un réplique à cela, Que cependant que le Seigneur ne touche point leurs cœurs au dedans, c’est autant comme s’il parloit à des sourds : il faut respondre, qu’on ne peut rien blasmer en cest endroit sinon nostre perversité. Au reste, quant aux mots de S. Paul, j'aime mieux dire T’améène que T'invile : car la signification du premier emporte quelque chose d'avantage. Toutesfois je ne le pren pas pour Contraindre et pousser à force : ains pour Conduire, et quasi mener par la main.
5 Par ta dureté. Après que nous sommes endurcis aux admonitions du Seigneur, de là s'ensuyt une impénitence (si ainsi faut parler) c’est-à-dire qu’on vient à n'avoir soin, désir, ne sentiment aucun de repentance. Or est-il que tous ceux qui ne prenent garde à s’amender, tentent manifestement le Seigneur. Voyci un beau passage et bien notable, duquel il nous faut apprendre ce que j’ay touché ci-dessus, Que les infidèles, tant qu'ils vivent yei, non-seulement amassent de jour en jour sur leurs testes un plus pesant fardeau du jugement de Dieu :
mais aussi que tous les dons de Dieu, desquels ils usent journellement, leur tourneront à condamnation : car il faudra qu’ils en rendent conte de tous. Et
lors on trouvera (cé qui leur sera à bon droict imputé pour un forfait extrême, et comble de meschanceté) qu’ils sont empirez à la douceur et débonnaireté de Dieu, à laquelle c’estoit bien pour le moins qu'ils se devoyent amender. Il nous faut donc bien donner garde qu’en abusant illicitement des biens de Dieu, nous n’amassions sur nous ce malheureux thrésor. Au jour de l’ire, c’est-àdire, Pour le jour. Car les meschans amassent maintenant contre eux l'indignation de Dieu, de laquelle la pesanteur se délaschera lors sur leurs testes :
ils assemblent secrètement un malheur qui sera lors tiré des thrésors de Dieu, pour les accabler. Or le jour du dernier Jugement, est appelé Jour d’ire, quand on parle aux meschans, en lieu que c’est le Jour de rédemption aux fidèles, Semblablement toutes autres visitations du Seigneur, à l'endroit des meschans, sont tousjours descrites horribles et plenes de menaces : au contraire à l'endroit des fidèles, douces et gracieuses. Et pourtant toutes fois et quantes que l'Escriture fait mention de Ja venue du Seigneur, et qu’il s'approche, elle exhorte les fidèles à se resjouir en liesse : mais quand ce vient à tourner son propos aux réprouvez elle ne leur propose que frayeur et espovantement. Ceste journée-là (dit Sophonias F, 15) est la journée d’ire, le jour de tribulation et d'angoisse, le jour de tumulte et désolation, le jour de ténèbres et d’obscurité, le jour de nuées et de brouillars. Il en est autant dit en Joël, Il, 2.
Amos aussi (chap. V, v. 48) s’escrie, Malheur sur ceux qui désirent le jour du Seigneur : de quoy vous servira-il ?
car ce jour du Seigneur est ténèbres et non lumière. Au reste, quand S. Paul adjouste le mot de Déclaration, il donne à entendre qui est ce jour d’ire, asçavoir quand le Seigneur manifestera son jugement duquel combien que tous les jours il monstre quelques signes et tesmoignages, toutesfois il retient et réserve la claire et plene manifestation jusqu’à ce jour-là. Car lors les livres seront ouverts, lors les agneaux seront séparez d'avec les boucs, et le froument sera repurgé de l’yvroye.
6 Qui rendra à chacun, ec. Pource qu’il a affaire à ces aveugles de sainctereaux, qui pensent que la malice de leur cœur est bien couverte et cachée, pourveu qu’il y ait au devant je ne sçay quel fard d'œuvres inutiles et plenes de vent :
il establit la vraye justice des œuvres, qui aura lieu devant Dieu, afin qu’ils ne facent point leur conte que ce soit assez pour l’appaiser quand ils apporteront des paroles et des fatras, ou des fueilles sans fruit. Au reste, il n’y a pas tant de difficulté en ce passage, comme on pense communéement. Car quand le Seigneur punira d’une juste vengence la malice des réprouvez, il ne fera certes que leur bailler la récompense qu'ils méritent. De l'autre part, d'autant qu’il sanctifie ceux qu'il a déterminé de glorifier un jour, il couronnera aussi les bonnes œuvres en eux : mais Ce ne sera pour raison d’aucun mérite qui soit en eux, Et on ne le prouvera point par ceste sentence : laquelle prédit bien quel loyer sera rendu aux bonnes œuvres, mais toutesfois elle ne dit pas que c’est qu’elles valent, ne quelle récompense leur appartient. Or la conséquence est mauvaise, quand il est parlé de loyer, de conclure qu’il y a donc mérite.
1 AScavoir à ceux qui avec patience.
Le mot duquel use l’Apostre, signifie proprement Patience, lequel emporte quelque chose d'avantage que le mot de Persévérance. Car Persévérance c’est quand un homme continue tousjours d’un train à bien faire, et ne s’en lasse point : mais patience aussi est requise aux fidèles, par laquelle ils demeurent fermes, quoy qu'ils soyent oppressez de diverses tentations. Car Satan ne les laisse pas marcher au Seigneur à leur aise, et tousjours d’un mesme train mais s’eflorce de les retarder par innumérabies scandales, et les destourner du droit chemin. Au reste, quand il dit, que les fidèles en persévérant en bonnes œuvres, cherchent gloire et honneur : il n'entend pas qu’ils ayent pour leur but autre chose sinon le Seigneur, ou qu’ils désirent quelque chose plus haute ou plus excellente que luy. Mais ils ne peuvent pas le chercher, que quant et quant
Car. IL.
ils ne prétendent et s’efforcent de parvenir à la béatitude de son royaume, de laquelle les mots yci mis contienent une description. Le sens donc est, Que le Seigneur rendra la vie éternelle à ceux qui s’exerçans en bonnes œuvres, ont leur regard fiché à l’immortalité glorieuse.
8 Mais à ceux qui sont addonnez, etc.
Ceste sentence est aucunement embrouillée: premièrement pource que la suyte du propos est rompue, et ne continue pas : car le fil de la sentence requéroit que le second membre des deux entre lesquels il est fait comparaison, s’entreteinst avec le premier, en ceste sorte, À ceux qui par persévérance en bonnes œuvres cherchent gloire, honneur et immortalité, le Seigneur rendra Ja vie éternelle : mais aux contentieux et rebelles, la mort éternelle. Et qu’adonc veinst ceste conclusion, Qu'’aux premiers est préparée gloire, honneur, et incorruption, mais aux autres est réservée ire et affliction.
Secondement, pour ce que cesmots, /ndignation, ire, tribulation et angoisse servent à deux divers membres, néantmoins cela ne trouble aucunement le sens : ce qui nous doit bien suffire és escrits des Apostres. Car s’il est question d’éloquence, il la faut apprendre d’ailleurs : yci sous un bas style il faut chercher la sagesse spirituelle. Contention est yci prinse pour rébellion et obstina- {ion où opiniastreté : d'autant que sainct Paul combat contre les hypocrites, qui se mocquent de Dieu, se flattans tout à leur aise, et endormans leurs consciences. Par le mot de F’érité il signifie simplement la règle de la volonté de Dieu, qui est la seule lumière de vérité. Car c'est le commun de tous iniques, que tousjours ils aiment mieux s’assujettir à la servitude de péché, que de recevoir le joug de Dieu. Et quelque beau semblant qu’ils facent d’obéir, ils ne laissent point toutesfois de murmurer et résister obstinéement à la parole de Dieu. Car d’un costé Ceux qui sont apertement meschans se mocquent de ceste vérité, de Pautre aussi les hypocrites ne font point de difliculté d'opposer à l'encontre d’icelle leurs fausses dévotions qu’ils ont inventées. Or lApostre adjouste que tels re-
Cuar. ET. SUR L’ÉPISTRE
belles Obéissent à injustice, d'autant qu'il n’y a rien de moyen entre deux, que ceux qui n’ont pas voulu souffrir d’estre assujettis sous la Loy du Seigneur, n’entrent incontinent sous la servitude et tyrannie de péché. Et aussi c’est bien une juste récompense de ceste licence enragée, que ceux qui refusent obéissance à Dieu, soyent faits esclaves de péché. {ndignation et ire. Le premier mot en la Langue Grecque signifie proprement un courroux qui s’enflambe soudain. Au reste, de ces quatre mots yci mis, les deux derniers sont comme les effets des premiers. Car ceux qui sentent Dieu contraire et courroucé, il ne se peut faire qu’ils ne soyent incontinent froissez et bridez. Notons aussi qu’en lieu que l’Apostre eust peu toucher briefvement en deux mots la béatitude des fidèles, et la perdition des réprouvez, il amasse plusieurs termes pour amplifier l'un et l’autre, afin, de mieux esbranler les hommes, et les toucher plus vivement de
la crainte de lire de Dieu, et aguiser en eux le désir d'obtenir grâce par Christ.
Car jamais nous ne eraignons assez le jugement de Dieu, sinon qu’il nous soit comme mis devant les yeux par une vive description. D'autre part aussi nous ne sommes jamais embrasez à bon escient d’un vray désir de la vie à-venir, sinon qu'il y ait (par manière de dire) beaucoup de soufflets qui besongnent pour eschauffer nos cœurs.
9 Du Juif premièrement. Je ne doute point que par ces mots il n’oppose simplement le Gentil au Juif. Car ceux qu’il appelle maintenant Grecs, il les nommera Gentils un peu après. Or il fait yci marcher les Juifs les premiers, comme ceux ausquels devant tous ont esté addressées les promesses et menaces de la Loy :
comme s’il disoit, Voyci la règle générale du jugement de Dieu, laquelle commencera par les Juifs, et enveloppera universellement tout le monde.
11 Car ü n'y a point d'acception des personnes envers Dieu?.
12 Car tous ceux qui auront péché sans la Loy, périront aussi sans la Loy: el tous ceux qui auront péché en la Loy, seront jugez par la Loy,
13 Car ceux qui oyent la Loy, ne.sont pas justes devant Dieu : mais ceux qui mettent la Loy en effet, seront justifiez*.
1) Deut., X, 17. 2 Chron., XIX, 7. Job, XXXIV, 19. Act., X, 34.
rence des personnes. 3) Matth., VII, 2. Jaq., I, 22.
A1 Car iln'y «a point d'acception, etc.
Jusques yci il a en général fait venir tous hommes devant le jugement de Dieu, monstrant à l'œil qu'ils estoyent tous universellement coulpables : maintenant il commence à rédarguer séparéement d’un costé les Juifs, et de l’autre les Gentils :
et monstre quant et quant que la différence qui les sépare les uns des autres, n’empesche point que tous les deux indifféremment ne soyent redevables de la mort éternelle. Les Gentils taschoyent à s’excuser sous couleur d’ignorance : les Juifs se glorifiovent du nom de la Loy.
Il oste anx premiers toute tergiversation et réplique, et despouille les autres de la fausse et vaine occasion de se glorifier qu’ils prenoyent. Il fait donc yei comme une division de tout le genre humain en
2) Ou, en Dieu, il n’y a point d’esgard à l’appa-
deux bandes. Car Dieu avoit séparé les Juifs de tout le reste du monde : et quant aux Gentils ils estoyent tous d’une condition. Maintenant l’Apostre monstre que ceste diversité n’empesche point que tous les deux ne soyent ensemble enveloppez en une mesme condamnation. Au reste, le mot de Personne és Escritures se prend pour toutes choses externes qu'on ha en quelque estime, et desquelles on fait cas. Quand donc on viendra à lire que Dieu n’est point acceptateur des personnes, il faut entendre par cela, qu'il regarde la pureté du cœur et l'innocence intérieure, et ne s’arreste point aux Choses qui ont accoustumé de venir en conte entre les hommes : comme Je lignage, le pays, le crédit, les biens, et choses semblables : comme yci 4cception se prend
pour chois et esgard qu’on ha entre nation et nation. Si on vouloit caviller làdessus, et dire qu’il s’ensuyt donc que Pélection de Dieu n’est point gratuite : il faut respondre qu’il ÿ à double acception de Phomme devant Dieu. La première, par laquelle nous ayant appelez de néant, il nous reçoit et adopte par sa bonté gratuite, veu qu'il n’y à rién en nostre nature qui luy puisse estre agréable, et approuvé de luy. L'autre, par laquelle, après nous avoir régénérez, il nous accepte avec ses dons qu’il y à mis, et jette son regard favorable sur Pimage de son - Fils, laquelle il recognoist en nous.
42 Car tous ceux qui auront péché sans la Loy. Suyvant la division que j’ay dite, il s’addresse en premier lieu aux Gentils, et dit que combien qu’ils n’ayent eu aucun Moyse qui leur publiast et establist la Eoy de par le Seigneur, cela toutesfois n’empesche point qu’en péchant ils n’attirent Sür eux uñ juste jugement de mort : comme s’il disoit que la cognoissance de la Loy escrite n’est point nécessaire pour faire que la condamnation du pécheur soit juste. Or regardez doncques, je vous prie, quelle cause veulent démener teux, lesquels par une miséricorde desréglée et mal entendue taschent sous couleur d’ignorance d’exempter du jugement de Dieu les nations, lesquelles n’ont pas la lumière de l'Evangile. Tous ceux, etc. Comme les Gentils se laissans mener par les folles fantasies de leur sens, s’en vont trébuschans en la fosse de perdition, ainsi quant aux Juifs, sans aller chercher guères loin, ils onf la Loy devant eux qui les condamne : car la sentence en est prononcée long temps y a, Que tous ceux sont maudits qui ne demeureront en tous les commandemens d'icelle. Deut., XXVIT, 26. La condition donc des Juifs est beauçoup pire, qui ont desjà leur condamnation enregistrée en leur Loy.
13 Car ceux qui oyent la Loy. C’est une anticipation par laquelle il prévient
Cuar. IE.
la défense que les Juifs eussent peu alléguer pour eux. Car pource qu’ils entendoyent dire que la Loy est la règle de justice, ils se glorifioyent de la seule cognoissance d’icelle. Or pour monstrer
[leur resverie, et les débouter de ceste | vaine confiance, PApostre dit que d’ouir
la Loy, ou d’en avoir l'intelligence, ce n’ést rien, pour dire que par cela un homme puisse alléguer sa justice devant Dieu : mais qu'il faut apporter les œuvres, suyvant ce qui est dit ailleurs, Qui aura fait ces choses, vivra en icelles, Deut.., IV, A. Ainsi donc ceste sentence ne signifie autre chose, Sinon que si on cherche justice par la Loy, il faut accomplir la Loy :
pource que la justice de la Loy consiste en un parfait accomplissement d'œuvres.
Ceux qui abusent de ce passage pour establir la justification des œuvres, sont bien dignes que les petis enfans mesmes se mocquent d'eux, et les monstrent au doigt. Et pourtant c’est folie et une chose hors de propos, d’entasser vei de longues questions touchant la justification pour desmesler une cavillation si frivole.
| Car l'Apostre parlant aux Juifs, insiste seulement sur ce jugement de la Loy,
duquel il avoit fait mention, Asçavoir
qu'ils ne peuvent estre justifiez par la
Eoy, sinon qu'ils accomplissent la Loy :
et que s'ils la transeressent, malédiction q ;
leur est incontinent appareillée. Or quant à nous, nous ne nions pas que la Loy ne contiene la règle de parfaite justice : mais d'autant que tous hommes sont trouvez, et convaincus estre transgresseurs dicelle, nous disons qu’il faut chercher une autre justice. Et mesmes tout au contraïre :
de ce que disent nos adversaires, on peut conclure de ce passage, Que nul mest justifié par les œuvres. Car si nuls ne sont justifiez par la Loy, sinon ceux qui accomplissent la Loy, il s'ensuit qu "1 n’y en à pas un justifié, d'autant qu’on n’en trouvera point qui se puisse vantér davoir accompli la Loy.
k Car veu que les Gentils qui n'ont point la loy, font naturellement les EE qui sont de la Loy : iceux n'ayans point la Loy, sont Lo4 y à eux-mesmes. F5 Comme ainsi soit qu'ils monstrent l'œuvre de la Loy eserite eñ pts
Car. Il.
SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS
cœurs, leur conscience rendant pareillement tesmoignage, et leurs pensées entre elles S'accusans, où aussi S'excusans, 16 Au jour que Dieu jugera les secrets des hommes selon mon Evangile,
par Jésus-Christ.
1% Car quand les Gentils. I revient maintenant au premier membre de la division, et adjouste la probation d’iceluy.
Car il ne se contente pas dé nous condamner en un mot, et de prononcer le justé jugement de Dieu à l'encontre de nous : mais il tasche de nous le faire entendre par raisons, en sorte que nous nous rendions vaincus, afin qu'il nous resveille mieux à désirer et aimer Christ.
Car il prouve que les Gentils ne gaignent rien dalléguer ignorance pour leur excuse, veu qu'ils monstrent par leurs actes, qu’ils ont quelque règle de justice.
Car il n’y eut jamais nation si barbare et eslongnée de toute humanité, qui ne se soit rangée sous quelque forme de loix.
Comme aïnsi soit donc que toutes nations d’elles-mesmes, ef sans éstre adverties d’ailleurs s'addonnent à s’establir des loix, on voit clairement par là, qu’il y à quelques certaines premières conceptions de justice et droîture imprimées naturellement és esprits des hommes. Et pour tant on peut bien dire qu’ils ont loy sans Loy : pource que combien qu’ils n’ayent point la Loy de Moyse escrite, toutesfois ils ne sont pas du tout dépourveus de Cognoissance de droiture et équité. Car autrement ils ne pourroyent pas discerner entre meéschanceté et vertu : desquelles la première ils répriment par punitions, et mettent l’autre en estime, et FPapprouvans par leur jugement, ils la récompensent, et lüy ordonnent loyer honorable.
Il oppose Nature à la Loy escrite, entendant par cela que les Gentils ont quelque lueur naturelle de justice qui leur esclaire, laquelle en cest endroit tient le lieu de la Loy qui donne instruction aux Juifs :
tellement que par ce moyen les Gentiis sont LOy à eux-mesmes.
45 Lesquels monstrent l'œuvre de la Loy escrite. C'est-à-dire, donnent à cognoistre qu’ils portent engravé en leurs cœurs un avis et jugement par lequel ils discernent entre le tort et le droict, entre honnesteté et vilenie. Car il n'entend pas
qu'ils ayent cela imprimé en leur vo-
lonté, tellement qu’ils S’Y addonnent et y appliquent leur affection : mais pource que la puissance de vérité les presse si vivement, qu’ils Sont contraints de lPapprouver. Car pourquoy ordonnent-]s des loix concernans là religion, sinon d’autant qu’ils jugent bien que Dieu doit estre sérvi et honoré ? Pourquoy ont-ils honte de paillarder et desrober, simon d'autant qu’ils cognoissent que Pun et Pautré ést mal fait? C’est donc hors propos de prendre occasion sur ce passage, de magnifier la puissance de nostre volonté : comme si S. Paul disoit que l'observation dé la Loy fust en nostre puissance : veu qu'il parle seulement de la éégnoissance de la LOY, et non pas de la puissance de Faccomplir. Et aussi le mot de Cœur nè se prend pas yei pour le siége et le lieu où gisent les affections : mais seulement pour lentendemerit
comme en d’autres passages, Ee Seigneur ne nous à point donné cœur pour cognoistre, Deut., XXIX, 4%. Item, © fois et tardifs de cœur à croire, Luc, XXIV, 95. D’avantagé il ne faut pas recuéïllir d’yei que les hommes ayent plene cognoissance de la Loy, mais seulement qu'il y a en lears esprits quelques impressions de semence de justice
comme il appert em cé que tous peuples, autant les uns que les autres, ordonnent quelque forme de religion, punissent par leurs loix adultère, larrecin, et meurtre :
estiment et recommandent fidélité et loyauté és contrats, marchandises et autres affaires que les hommes ont les uns avec les autres. Car en cela ils monstrent qu'ils ne Sont pas ighorans qu'il faut servir Dieu : qwadultère, larrecin, et meurtre sont chôses mauvaïses : que preud’hommie et droiture est louable. Et quant à cela, e’est tout un quel ils imaginent Dieu, ou combien de dieux ils se forgent : il suflit qu’ils entendent que Dieu est, et qu'honneur et service luy est deu. C’est tout un aussi s'ils permet-
tent de convoiter la femme d’autruy, ou la possession, ou quelque autre chose :
s'ils dissimulent rancune et haine sans les punir. Car ce qu’ils cognoissent estre mauvais à faire, ils doyvent sçavoir qu’il ne leur est non plus permis de le convoiter. Avec ce que leur conscience, etc. Il ne pouvoit pas les presser plus vivement que par le tesmoignage de leur propre conscience, laquelle vaut mille tesmoins. Les hommes se soustiennent et consolent, quand la conscience leur rend ce tesmoignage qu’ils ont bien fait, et se sont portez vertueusement. Au contraire, quand ils se sentent coulpables en leurs consciences, ce leur est comme une gehenne qui les tormente. De là sont venues ces sentences qu’on trouve és livres des autheurs Payens, Que la bonne conscience d’un homme luy est comme un beau théâtre grand et spacieux : et que la mauvaise conscience est un terrible bourreau, qui tormente les meschans plus cruellement que toutes les Furies!
qu’on sçauroit songer. Les hommes donc ont quelque intelligence naturelle de la Loy, laquelle intelligence les enseigne et leur dit en eux-mesmes qu’une chose est bonne, et l’autre détestable. Au reste, notons comment il descrit proprement et de bonne grâce la conscience, quand il dit qu’il nous vient en l’entendement des raisons par lesquelles nous défendons et maintenons ce qui est droitement fait : au contraire, d’autres qui nous accusent et rédarguent de nos meschans actes. Or il rapporte ces raisons ou moyens d’accuser et de défendre, 4u jour du Seigneur : non pas que lors seulement elles doyvent commencer à se monstrer, veu que dés maintenant elles besongnent sans cesse, et font leur office mais pource que mesmement encores lors elles auront lieu, et se feront sentir : et pourtant, que personne ne se donne congé de n’en tenir conte, comme si c’estoyent choses frivoles, et qui s’esvanouissent en l'air. Le mot 4w jour, vaut autant que Pour le jour : comme nous avons veu ci-dessus, au verset 5 de ce chapitre.
Cuar. IL
16 Que Dieu jugera les secrets des hommes. C’est une circonlocution du jugement, laquelle convient fort bien au propos qu ‘il traitte, afin que les hommes qui seroyent contens de s'endormir en leur stupidité, à ce qu’elle leur servist d’une cachette, sçachent que ces pensées tant secrètes, et qui sont cachées si avant au plus profond de leurs cœurs, viendront lors en lumière. Comme en un autre passage, quand il veut monstrer aux Corinthiens que ce n’est rien de tout le jugement des hommes, lequel s’arreste és choses externes, et à l’apparence qui est par dehors, il leur dit qu’il faut attendre jusqu’à ce que le Seigneur viene, lequel esclaircira les choses cachées des ténèbres, et RAS les conseils des CŒurS, A Cor., IV, 5. Quand nous oyons ceci, qu’il nous souviene que nous s0mMmes admonestez de mettre peine d’avoir ceste pureté de cœur, et rondeur de conscience, si nous voulons estre vrayement approuvez devant nostre Juge. Il adjouste, Selon mon Evangile : signifiant qu’il apporte une doctrine, à laquelle le sentiment que les hommes ont en euxmesmes, et qui leur est engravé naturellement, sera contraint d'accorder. Il l'appelle sien, pource que le ministère, c’est-à-dire l'administration luy en estoit commise. Il n’y a que Dieu seul qui ait ceste authorité de faire l'Evangile : les Apostres n’en ont que la dispensation seulement, qui leur a esté donnée. Au reste, il ne se faut pas esbabhir si la publication et l’advertissement du jugement, est nommé partie de l'Evangile. Car si ainsi est que l'effet et l’accomplissement des choses qu’il promet est réservé jusques à la plene révélation du royaume eéleste, il le faut nécessairement conjoindre avec le jugement dernier. D’avantage, Christ ne peut estre presché que ce ne soit à la résurrection d’aucuns, et à la ruine des autres : lesquelles deux choses appartienent au jour du Jugement. Quant à ce mot Par Jésus-Christ, combien que les autres ne soyent pas de ceste opinion,
je le rapporte au jugement, en ce sens,
Que le Seigneur exécutera son jugement
1) Les Poëtes Payens ont imaginé que c’estoyent des déesses, lesquelles avec des torches ardentes en leurs mains suivoyent par tout ceux qui avoyent commis quelque meschant acte, et tournoyans autour d'eux, les effarouchoyent et tormen-
toyent incessamment sans leur donner aucun repos,
Cuae. II.
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
par Christ : car c’est celuy que le Père a | à le prendre ainsi, le propos sera de plus ordonné Juge des vifs et des morts : ce | grand poids, lequel autrement pourroit que les Apostres ont tousjours mis entre | sembler maigre.
les principaux articles de l'Evangile. Et
17 Poyci, tu es surnommé Juif, el l'appuyes en la Loy, et te glorifies en
bien.
18 Et cognois sa volonté, et approuves les choses bonnes*?, estant instruit
par la Loy,
19 Et te cuides estre conducteur des aveugles, lumière de ceux qui sont en
ténèbres,
20 Instructeur des ignorans, enseigneur des idiots, ayant la forme de co-
gnoissance et de vérité en la Loy*.
21 Toy donc qui enseignes autruy, tu ne l’enseignes pas toy-mesme : qui presches qu'on ne doit point desrobber, tu desrobbes.
22 Qui dis qu'on ne doit point commettre adulière, tu commets adultère : ayant en abomination les images, tu faits sacrilége.
23 Et te glorifiant en la Loy, tu déshonnores Dieu par la transgression de
la Loy :
24 Car le Nom de Dieu est blasmé à cause de vous entre les Gentils, comme
il est escrit*.
1) Rom., IX, 4. 2) Ou, approuves les choses excellentes. Ou, Sçais discerner ce qui est contraire. 3) L’apparence,
ou la monstre de la cognoissance, etc.
17 Voyci tu es surnommé Juif. Aucuns exemplaires anciens ont, Mais si tu es nommé Juif : laquelle lecture je trouveroye bien meilleure, si elle estoit aussi communément receue : mais puis que la plus grand part des exemplaires y con- tredit, et que le sens ne laisse pas d’estre bon autrement, je retien la lecture ancienne. Or ayant despesché la cause des Gentils, il revient maintenant aux Juifs :
et afin de rembarrer plus vivement toute leur vanterie, il leur accorde toutes les choses desquelles ils s’enfloyent et eslevoyent. Puis après il monstre combien il s’en faut que ces choses suffisent à ce qu'ils puissent se glorifier à la vérité :
et mesmes au contraire combien elles leur tournent à grand déshonneur. Sous le mot de Juif, il comprend toutes les prérogatives de leur nation, lesquelles ils prenoyent en la Loy et és Prophètes, et s’en Couvroyent faussement. Il entend donc tous Israélites, qui pour lors estoyent tous indifféremment appelez Juifs.
Au reste, on ne sçauroit pas bien dire à la vérité, quel temps ils commencèrent premièrement d’estre ainsi nommez :
sinon que pour certain ça esté depuis la
L) Is., LIT, 3. Ezéch., XXXVI, 20.
dispersion. Josèphe au livre onzième des Antiquitez, pense que le nom a esté pris sur Judas Machabée, par la conduite duquel la liberté de ce peuple et leur estat fleurissant, ayant esté assez long temps esteint et presque enseveli, fut aucunement remis sus. Or combien que je voye ceste opinion estre assez apparente et vray-semblable, toutesfois s’il y en a aucuns qui ne s’en contentent, j’amèneray aussi de moy une autre conjecture. Il me semble vray-semblable qu’estans tout désarroyez et comme desfigurez par tant de calamitez, rudes secousses, et divers changemens qui leur estoyent advenus, il ne pouvoyent mesme retenir et garder une certaine distinction entre leurs lignées, comme ils avoyent fait tousjours auparavant. Car le dénombrement ne se pouvoit pas faire en son temps, et la police ne duroit plus en son entier, laquelle estoit nécessaire pour entretenir un tel ordre : et estans dispersez çà et là, ils habitoyent en divers pays : d’avantage estans tous rabbatus par plusieurs esclandres ils ne prenoyent pas de si près garde à déduire leur généalogie et lignage. Et encore qu’on ne me vueile
point accorder qu’il en fust ainsi, toutesfois on ne pourra nier que la confusion et les troubles si grans qu’ils estoyent, ne les menaceassent d’un tel danger.
Soit donc qu’ils ayent voulu prouvoir à l’advenir, et aller au-devant, ou bien remédier au mal dèsjà advenu : je pense que tous ensemble se sont renommez du nom de la lignée, en laquelle la pureté de la religion estoit demeurée plus long temps, laquelle aussi avoit une singulière prérogative par-dessus toutes les autres, et de laquelle on attendoit que le Rédempteur sortiroit. Car les choses estans désespérées et à lPextrémité, c’estoit leur refuge de se consoler en Pattente du Messias. Comment qu’il em soit, en se renommant Juifs, ils se déclaroyent esire héritiers de lalliance, laquelle le Seigneur avoit contractée avec Abraham et sa semence. Æt l'appuyes en la Eoy, et te glorifies. I] n’entend pas qu'ils se soyent arrestez à l’estude ou méditation de la Loy appliquans leur cœur à Pebservation d’icelle : mais plustost il leur reproche que né regardans point à quelle fin la Loy estoit donnée, et sans se soucier de lobservation d’icelle, ils se confioyent seulement en ceste persuasion, que les oracles de Dieu leur estoyent addressez, et s’en tenoyent bien fiers. Semblablement ils se glorifioyent de Dieu, non pas à la façon que le Seïgneur commanñde par le Prophète Jérémie, au chapitre IX, 24, asçavoir qu’estans humiliez et abbatus en nous-mesmes, nous cherchions nostre gloire en luy seul. Mais sans aucune Cognoissance de la bonté de Dieu, paf une vaine vanterie ils renommoyent pour leur Dieu péculier, celuy duquel ils estoyent vuydes en leurs cœurs, et se glorifioyent d’estre son peuple. Cela done r’estoit pas une saincte façon de se glorifier procédante du cœur, mais une vanterie qui ne venoit point de plus avant que du bout de la langue.
18 Et cognois sa volonté, et approuves les choses bonnes. K leur accorde maintenant l'intelligence de la volonté de Dieu, et l'avis d'approuver les choses utileset bonnes à faire, lequel ils avoyent acquis par la doctrine de la Loy. Or il y a double façon d'approuver : l’une qu’on
peut nommer dElection, ainsi que par-
Cuar. IE
lent les Latins : asçavoir quand nous embrassons et Suyvons ce que nous approuvons pour bon : l’autre de jugement, par laquelle jà soit que nous discernions le bien d’avec le mal, toutesfois nous ne nous efforçons point ou addonnons à l’ensuyvre. Les Juifs donc estoyent telle-
‘ment instruits et sçavans en la Loy,
qu'ils pouvoyent bien censurer les mœurs; mais d'examiner et compasser leur vie à ceste règle et censure, ils ne s’en soucioyent pas beaucoup. Au reste, puis que S. Paul taxe seulement leur hypocrisie, on peut recueillir au contraire que lors on approuvé droitement ainsi qu'il faut les choses bonnes quand on donne audience à Dieu, pourveu que le jugement procède d’une affection pure et non feinte. Car sa volonté telle qu’elle nous est déclarée en la Loy, est yêi establie comme addresse et maistressé pour enseigner les hommes à faire une: droite probation ét jugement des choses bonnes.
19 Et te cuides. I] leur accorde encore plus : commie s'ils avoyent de là cognoissance non-seulement assez pour euxinesmes, mais aussi, par manière de dire, pour enrichir les autres. Il leur attribue, di-je, tant de doctrine qu’ils en peuvent mesme fournir les autres. Ce qui S’ensuvt, Ayant la forme de cognoissance :
je le pren pour la raison et causé du précédent : tellement qwil le faudra résoudre ainsi, Pource que tu a$ la forme. Car ce qu’ils se vantoyent destre docteurs des autres, c’estoit pource qu’il sembloit qu'ils eussent dedans leurs testes tous les secrets de la Loy. Le mot de Forme ne se prend pas pour exemplaire où patron et règle : car S. Paul wa pas mis le mot l'ypos, qui estoit propre pour signilier cela, mais il en a pris un autre, asçavoir Morphosis : et pourtant je pense qu’il à voulu exprimer une paradé ou grande monstre de doctrine, ce qu'on nomme communéement Apparence. Et de faict, il appert qu'ils estoyent vuydes de la science de laquelle il se vantovent.
Au reste, S. Paul se mocquant obliquement du pervers abus de la Loy, monstre d'autre part que pour avoir une droite cognoissance laquelle nous instruise
Car. IE, plenement en la vérité, il faut venir à la Loy.
24 Toy donc qui enseignes autruy.
Combien que les titres de louange qu’il a récitez jusques yei pour les Juifs, estoyent bien tels qu'à bôn droict ils leur pou-
pourveu que quant et quant les autres choses principales ne leur eussent point défailli. Foutesfois pource qu'ils consistoyent en des grâces qu'on appelle Moyennes où Indifférentes, c’est-à-dire qui peuvent estre en des iniques, et estre corrompues par un abus pérvers, ils ne Sont point suflisans à ce qu’on en puisse prendre une vraye gloire. Mais S. Paul non Content d’avoir destourné et réfuté leur arrogance, d'autant qu’ils se confioyent en ces beaux titres seulement, leur en rebaille sur la teste, comme on dit, monstrant mesme que c’est à leur grand'honte qu'ils les allèguent. Car celuy qui ayant des dons de Dieu singuliers et excellens d'eux-mesmes, non-seulement les rend inutiles, mais les corrompt et Souille par sa perversité, est bien digne de grand vitupère et opprobre. Et cestuy-là est mauvais conseiller, lequel ne prenant pas le conseil, pour soy-mesme, n’en Sçait sinon pour les autres. Qui presches qu'on ne doit point desrobber.
Il semble qu’il face une allusion au passage du Pseaume L, 46, Dieua dit au meschant, Qu’as-tu que faire de raconter mes ordonnances, et de prendre mon al-
liance en ta bouche? Tu hais correction, et as jetté mes paroles derrière toy. Si tu apperçois un larron, soudain tu t’accordes avec luy, et ta portion est avec les adultères. Or c’est une répréhension bien aïgre : laquelle comme elle s’addressoit jadis contre les Juifs qui se glorifians de la seule intelligence de la Loy, he vivoyent de rien mieux que s'ils n’eussent point eu de Loy : aussi nous faut-il bien garder qu’aujourd’huy elle ne soit ramenée Contre nous. Et de faict, elle ne convient que trop à plusieurs, qui se vantans d’avoir une grande cognoissance de l'Evangile, sont néantmoins desbordez en toute vilenie, comme si l'Evangile n’estoit point la règle de bien vivre. Afin done que nous ne nous jouyons point si
SUR L'ÉPISTRE AUX ROMAINS
|asseuréement avec Dieu, qu’il nous souviene de quel jugement et condamnation
sont menacez tels grans babillars, qui ne sçavent comment monstrer qu'ils entendent la parole de Dieu, sinon en jouant
| du plat de la langue, comme on dit.
voyent bien tourner à grand honneur. |
22 Ayant en abomination les ima-
ges. ramène fort bien à propos Sacrt-
lége en parlant d’Idolâtrie, comme estans choses comprises sous un mesme genre.
Car Sacrilége simplement pris, n’est aütre chose que profanation de la majesté Divine. Ce que mesme les Poëtes Payens ont aucunement entendu : car suyvant cela Ovide au troisième livre de sa Métamorphose appelle Eveurgus sacrilége, pource qu’il avoit mesprisé le service du Dieu Bacchus : et au livre des Fastes il appelle Mains sacriléges, qui avoyent fait outrage à la déesse Vénus. Mais pource que les Gentils attachoyent la majesté de leurs dieux à leurs idoles et images, ils n’ont appelé Sacrilége, sinon quand quelqu'un avoit desrobbé quelque chose dédiée et consacrée aux Temples, esquels i] leur sembloit que toute la religion consistoit. Comme aujourd’huy és pays où la superstition règne au lieu de la parole
de Dieu, on n’y sçait point d’autre sacri-
lége que d’avoir pillé et soustrait quelque chose du thrésor des Temples : pource qu'ils ne recognoissent Dieu, sinon és idoles et images : ne religion, sinon en la somptuosité et ornemens pompeux. Or nous sommes yci admonestez en premier lieu, de ne nous complaire point en nousmesmes avec mespris des autres, pour nous estre acquittez de quelque partie de la Loy. En après de ne nous glorifier point tant, de ce que Pidolâtrie externe est ostée du milieu de nous, que cependant nous n’avisions songneusement d’exterminer et arracher l’impiété cachée an dedans des cœurs.
23 Ette glorifiant en la Loy. Combien que tous transgresseurs de la Loy déshonorent Dieu, veu que tous hommes sont mis au monde à ceste condition de le servir en justice et saincteté, toutesfois c’est à bon droict que S. Paul accuse en ceci spécialement les Juifs. Car se vantans d’avoir Dieu pour leur Législateur, et cependant ne mettans nulle peine de
ble
former leur vie selon sa règle, ils donnoyent assez à entendre qu’ils ne tenoyent pas grand conte de la majesté de leur Dieu, laquelle ils mesprisoyent si aiséement. Comme encore aujourd’huy ceux qui babillent tant à leur aise de la doctrine de Christ, laquelle cependant ils foullent aux pieds par leur meschante vie et conversation desbauchée, on pourra bien dire qu’ils déshonorent Jésus-Christ par la trangression de l'Evangile.
24 Car le nom de Dieu. Je pense plustost que ce tesmoignage est pris du chapitre XXXVI, v. 20 d’Ezéchiel, que non pas du chap. LIT d’Isaïe : car en Isaïe il n’y a nulles reproches faites au peuple : et ce chapitre que je di d’'Ezéchiel en est tout plein. Au reste, aucuns pensent que ce soit yci un argument du plus petit au plus grand, en ce sens, Si le Prophète a eu bonne occasion de crier contre les Juifs de son temps, de ce qu’à cause de leur captivité la gloire et puissance de Dieu estoit en mocquerie aux
Caap. Il.
Gentils : comme sil n’eust peu maintenir le peuple qu’il avoit pris en sa protection : beaucoup plus peut-on dire que vous ne servez que d’opprobre et déshonneur à Dieu, pource que sa religion est diffamée et blasmée, d'autant qu’on en prend le jugement à vos meschantes mœurs. Lequel sens comme je ne rejette point, aussi j'aime mieux en prendre un autre plus simple : comme si lAposire eust dit, Nous voyons que tous les vitupères et opprobres du peuple d'Israël retombent sur le nom de Dieu. Car d'autant qu'il est nommé et estimé le peuple de Dieu, il porte le nom de Dieu comme engravé au front : dont-il ne se peut faire que par sa turpitude, Dieu, du nom duquel il se vante, ne soit aucunement déshonoré entre les hommes. Et voylà une chose par trop insupportable, que ceux qui empruntent leur gloire de Dieu, donnentune note d’ignominie à son nom sainct et sacré. Car c’estoit pour le moins, de luy en faire autre récompense.
25 Car vray est que la Circoncision est proufitable, si tu gardes la Loy, mais si tu es transgresseur de la Loy, ta Circoncision devient Prépuce. 26 Si donc le Prépuce! garde les ordonnances de la Loy, son prépuce ne luy
sera-il point réputé pour Circoncision?
21 Et sile Prépuce qui est de nature, garde la Loy, ne te jugera-il pas, toy, qui par la letre et Circoncision es transgresseur de la Loy?
28 Car celuy n'est point Juif qui l'est par dehors : concision, qui est faite par dehors en la chair :
et celle n’est point Cir-
29 Mais celuy est Juif, qui l'est au dedans et la Circoncision est celle qui est du cœur en esprit, non point en la letre? : la louange de laquelle ne vient
point des hommes, mais de Dieu.
1) C'est-à-dire l’homme. 2) Col., IX, 11.
25 Car vray est que la Circoncision est proufitable. Par une manière d’anticipation il démesle les répliques que les Juifs pouvoyent alléguer au contraire pour défense de leur cause. Car si la Circoncision estoit le signe de l'alliance du Seigneur, par laquelle le Seigneur avoit choisi pour son héritage et peuple péculier Abrabam et sa semence, il sembloit qu'ils avoyent bonne occasion de s’en glorifier. Mais pource que laissans la vérité du signe, ils s’arrestoyent à l’administration externe d’iceluy, l’Apostre respond qu’il ne faut point qu'ils s’attri-
buent rien à cause du signe nud. La vérité de la Circoncision consistoit en la promesse spirituelle, à laquelle la foy estoit requise. Les Juifs ne se soucioyent de l’un ne de l’autre, asçavoir ne de la promesse ne de Ja foy. leur confiance donc estoit folle et vaine. Ce qui est cause que VApostre voulant accommoder son propos à leur erreur lourd et grossier, ne fait yci aucune mention du principal usage de la Circoncision, non plus qu’en lPEpistre aux Galatiens. À quoy il faut bien prendre garde. Car s’il traittoit de toute la nature et propriété de la Circon-
Caar. II.
cision , cela seroit mal convenable de ne faire aucunement mention ni de la grâce ni de la promesse gratuite: mais en tous les deux passages il parle ayant esgard à la circonstance du propos qu’il traitte : et pourtant il touche seulement ceste partie sur laquelle estoit le différent. Il leur sembloit que la Circoncision en soy estoit une œuvre suffisante pour acquérir justice. Afin donc de parler selon leur opinion , il respond que si en la Circoncision on considère l’œuvre, elle emporte ceste condition que celuy qui est circoncis se consacre et dédie entièrement et parfaitement au service de Dieu: et par ainsi que l’œuvre de la Circoncision consiste en une perfection. Nous en pourrions bien autant dire de nostre Baptesme. Si quelqu'un mettant sa fiance en la seule eau du Baptesme, pensoit estre justifié, comme ayant desjà acquis saincteté par cest œuvre-là, il luy faudroit mettre en avant la fin du Baptesme : asçavoir que par iceluy le Seigneur nous appelle à saincteté de vie. Ainsi sur ce propos on ne feroit point de mention de la promesse et grâce, de laquelle le Baptesme rend tesmoignage et en est le seau: pource que nous aurions à faire avec des gens, lesquels s’amusans à la seule ombre du Baptesme, ne regardent et ne considèrent point la vérité solide ou la substance d'iceluy. Or quand on y voudra prendre garde, il sera aisé de veoir que sainct Paul observe ceste façon de procéder : Asçavoir que quand il traitte des signes, si c’est en parlant aux fidèles et sans débat’, il les conjoint avec l’efficace et accomplissement des promesses qui y Sont contenues : mais si c’est qu'il ait affaire à gens qui abusent des signes, et en sont mauvais espositeurs, lors se déportant de faire mention de la vraye et nayfve nature des signes, tout son propos ne tend à autre fin qu'à combatre la fausse exposition de telles gens. Au reste, plusieurs voyans que sainct Paul amène yci la Circoncision plustost qu’une autre œuvre de la Loy, pensent qu’il prétend tant seulement d’oster aux cérémonies la vertu et pouvoir de justifier. Mais il faut bien prendre le propos autrement: car volontiers on voit tousjours advenir, que ceux
SUR L’ÉPISTRE AUX ROMAINS
qui sont si présomptueux que de dresser leurs mérites à l’encontre de la justice de Dieu, se glorifient plus en des observations externes, qu’en une vraye droiture et preud’hommie. Car quiconque est touché à bon escient de la crainte de Dieu, et en ha un vray sentiment, n’osera jamais lever les yeux au ciel par une confiance de sa personne: pource que tant plus qu’il s’efforcera d'atteindre à la vraye justice, d'autant mieux il Cognoistra combien il en est loin. Mais les Pharisiens , qui sont bien contens de leurs personnes, pourveu qu’ils monstrent quelque ombre de saincteté par beau semblant et apparence externe, ce n’est pas de merveille s'ils se flattent si aiséement. Et pourtant sainct Paul après avoir osté aux Juifs toute matière de se glorifier au reste, et ne leur ayant plus rien laissé que ce povre subterfuge , asçavoir qu’ils se vantoyent d’estre justifiez par la Circoncision : encore les despouille-il maintenant de ceste vaine couverture , sous laquelle ils pensoyent estre bien cachez. .
26 Si donc le Prépuce, etc. Voyci un argument invincible qu’il fait : Une chacune chose est moindre que la fin pour laquelle elle est ordonnée, et doit estre mise en rang inférieur. Or est-il que la Circoncision regarde la Loy : et pourtant elle doit estre au-dessous de la Loy. C’est donc plus de garder la Loy, que de garder la Circoncision, laquelle à esté instituée pour le regard de la Loy. Dont s’ensuit que l’homme iucirconcis, moyennant qu’il garde la Lov, est beaucoup plus à priser que le Juif transgresseur de la Loy, avec sa Circoncision toute maigre et inutile : et par ce moyen combien que de sa pature il soit pollu, nonobstant il sera sanctifié par l’observation de la Loy, en sorte que son prépuce luy sera réputé pour Circoncision. En ce verset le mot de Prépuce est mis deux fois. À la seconde fois il se prend en sa propre signification: A la première, improprement pour un Gentil, la chose pour la personne.
Au reste, il ne se faut point beaucoup tormenter de quels observateurs de la Loy on pourra entendre ce que dit sainct Paul, veu qu’il est impossible d’en trouver de tels. Car son intention à esté simple-
ment de mettre ainsi le cas, en présup-| posant, Si on trouvoit quelque Gentil qui
observast la Loy, que sa justice en son
prépuce est plus à priser, que la Circon-
cision du Juif vuide de justice. Et pourtant ce qui s'ensuit , Si le Prépuce qui est de nature, jugera le circoncis : je le rapporte non pas aux personnes, mais à l’exemple : comme il y a d’autres tels passages, asçavoir, la Royne de Midi viendra,etc. Matth., XIT, v. 44. Item, les hommes de Ninive se lèveront au jugement, Luc, XI, v. 31. Car aussi à la vérité les paroles de sainct Paul mesme nous conduisent à ce sens: Le Gentil, dit-il, observateur de la Loy te jugera
toy qui en es transgresseur : combien que quant à luy, il soit incirconcis: et quant à toy, que tu ayes la Circoncision à la letre.
97 Par la letre et Circoncision. C’est une figure qu'on nomme Hypallage, en lieu de dire, Par la Circoncision litérale.
Et il n'entend pas qu'ils transgressent la Loy, entant qu'ils ont la letre de la Circoncision, mais pource qu'avec leur céré-
monie externe ils ne laissent pas d'effacer
le service spirituel de Dieu: asçavoir piété, justice, jugement et vérité: qui sont toutesfois les choses principales de la Loy.
28 Car celuy n'est point Juif qui l'est par dehors. Le sens est, Que pour cognoistre le vray Juif, il ne faut pas le prendre au lignage charnel, ou au simple titre de la profession, ou au signe et marque externe : et que la Circoncision, qui fait l'homme Juif, ne consiste pas en la seule figure externe , mais que tous les deux gisent au dedans. Or ce qu’il dit après de la vraye Circoncision, est pris de plusieurs passages de l'Escriture, ou plustost d’une doctrine commune : d’autant que quasi à tous propos il est commandé au peuple de circoncir son cœur :
et le Seigneur promet que c’est luy qui fera cela. Car on coupoit le prépuce, non point pour signifier la corruption de quelque partie en l'Homme , mais universellement de toute sa nature. Ainsi donc la Circoncision emportoit une mortification de toute la chair. Quant à ce qu’il ad-
jouste conséquemment , Qu'elle consiste |
Crar. NH.
en l'esprit, non point en la letre : nous le prendrons ainsi : Par la Letre, il entend l'observation externe sans piété et vraye crainte de Dieu : par l'Esprit, la fin jou le but auquel la cérémonie regarde, qui est spirituel, Car comme ainsi soit que tout le poids et l’efficace des signes et cérémonies dépendent de leur fin, icelle estant ostée, il ne demeure plus que la seule letre , laquelle de soy est inutile. Si on demande la raison de ces termes et manières de parler, c’est pource que quand la voix de Dieu parle, si toutes les choses qu’elle commande ne sont receues par les hommes avec une pure affection de cœur, elles demeurent en la letre, Cestà-dire en l’escriture maigre ou morte, et sans vigueur : mais si elles pénètrent jusques au dedans de l’âme,, dors elles sont, par manière de dire, transformées en esprit. Et en cela il y a une allusion à la différence entre le vieil et nouveau Testament , laquelle Jérémie touche chapitre XXXI, v. 33 : où le Seigneur dit que son alliance sera ferme et stable quand il laura engravée és entrailles des hommes.
Sainct Paul a regardé à cela mesme, aussi bien en un autre passage , quand faisant comparaison entre la Loy et l'Evangile, il nomme la Loy Letre, qui non- seulement est morte, mais aussi tue, et attribue à l'Evangile ce titre honorable d’Esprit, 2 Cor. II, v. 6. Cependant ça esté une bestise plus que lourde à ceux qui ont pris la Letre pour le vray sens naturel, et l'Esprit pour les allégories.
29 De laquelle la louange ne vient point des hommes. Pource que les yeux des hommes sont fichez et arrestez aux choses qui apparoissent par dehors, il dit que ce n’est pas assez qu’une chose soit louahle selon l’opinion des hommes , laquelle souventesfois s’abuse, et se laisse tromper par l'apparence qui reluit extérieurement : mais qu’il est question d’apporter de quoy contenter les yeux de Dieu : ausquels les secrets mesmes les plus profonds du cœur ne sont point cachez. Et par ce mot il ramène derechef au siége judicial de Dieu les hypocrites , qui se font à croire merveilles, et se flattent en leurs vaines imagination.
Cuar. III.
SUR L’'ÉPISTRE AUX ROMAINS