CHAPITRE VII
A Or frères, nous vous faisons scavoir de la grâce de Dieu, donnée aux
Eglises de Macédone :
2 C’est ascavoir, qu'en grande espreuve d'affliction ils ont eu abondance de joye, et que leur povreté profonde à abondé en richesses de leur simplicité *. 3 Car je suis tesmoin qu'ils ont esté prompts selon leur pouvoir et outre leur
pouvoir,
4 Nous requérans avec grandes prières que nous receussions la grâce et société de ceste subvention qui se fait aux saincts.
5 Et n'ont point fait comme nous espérions, ains ils se sont donnez euxmesmes, premièrement au Seigneur, et puis à nous par la volonté de Dieu,
6 Afin que nous enhortissions Tite, qu'ainsi qu'il avoit paravant commencé, pareillement aussi ù parachevast ceste grâce par devers vous.
7 Parquoy, comme vous abondez en toutes choses, en foy, et paroles, et cognoissance, et toute diligence, et en vostre charité envers nous, faites aussi
qu'abondiez en ceste grâce.
. 1) Ou, promptitude.
Pource que si les Corinthiens eussent retenu encore en eux-mesmes quelque mescontentement à l'encontre de sainct Paul, à cause de la sévérité de laquelle il avoit usé envers eux en fa première Epistre, cela pouvoit empescher que son authorité n’eust eu lieu envers eux : jusques yci il a tasché de se réconcilier avec eux, et de gaigner leurs cœurs. Maintenant ayant purgé toute l’offense, ayant aussi recouvré grâce à son ministère, il leur recommande d’avoir esgard aux frères de Jérusalem, pour leur aider en leur nécessité. Il n’eust guères proufité S'il eust essayé cela au commencement de son Epistre : et pourtant il a fait sagement d’avoir différé à toucher ce propos, jusques à ce qu'il eust préparé leurs cœurs. Il ne fait doncques autre chose en ce chapitre, et en l'autre, qu’exhorter les Corinthiens d’estre diligens à recueillir aumônes pour porter en Jérusalem, afin de subvenir à lindigence des frères. Car ïls estoyent pressez de grande famine, en sorte qu’à grand’peine pouvoyent-ils vivre sans l’aide des autres Eglises. Les Apostres avoyent recommandé cest affaire à sainet Paul, Galat., Il, 10, et de sa part il avoit promis de soliciter : mesmes il y avoit desjà donné ordre en partie, comme nous avons veu en la première Epistre : toutesfois il les presse et solicite encore maintenant.
A Nous vous faisons scavoir. Il loue les Macédoniens: mais c’est à ceste fin que par leur exemple il incite les Corinthiens à en faire autant : jà soit qu’il ne lPexprime pas. Car les Macédoniens n’avoyent nul besoin de louange : maïs il estoit bon de donner aux Corinthiens quelque aiguillon. Or afin de les inciter miéax à faire le semblable, il attribue à la grâce
-de Dieu ce que les Macédoniens avoyent
esté si prompts à donner secours aux frères. Car combien que tous confessent que c’est une vertu digne de louange de subvenir aux povres, nonobstant ils n’estiment point que ce soit gain, et ne pensent que ce soit une grâce de Dieu: mais plustost ils jugent que c’est autant perdu ou diminué du leur. Mais sainct Paul dit que cela doit estre attribué à la grâce de Dieu, quand nous aidons à nos frères : et que nous le devons désirer comme un grand et singulier bien. Au reste, il récite double grâce qui avoit esté conférée aux Macédoniens. La preniière est, qu'ils avoyent patiemment enduré les afflictions, et de cœur gay: la seconde est, qu'ils avoyent retranché de leur petite faculté quelque chose pour subvenir à l’indigence ües frères, d'aussi bon cœur que s'ils eussent esté bien riches. Sainict Paul afferme à bon droict que tous les deux estoyent œuvre de Dieu. Car il ne se peut faire, que ceux qui ne sont point soustenus
Cuar. VIII.
par l'Esprit de Dieu, qui est autheur de toute consolation, ne défaillent incontinent: et desfiance est naturellement enracinée en nous, laquelle nous retire de tous devoirs de charité, jusques à ce qu’elle soit corrigée par la grâce du mesme sainct Esprit.
2 C'est ascavoir qu'en grande, etc. C'est-à-dire, lors qu’ils estoyent examinez par adversitez, ils n’ont point laissé toutesfois de se resjouir au Seigneur. Et qui plus est, ceste affection a tellement surmonté, qu’elle a englouti la tristesse.
Car il à falu que les cœurs des Macédoniens, lesquels autrement eussent esté enserrez en eux-mesmes, fussent eslargis en leurs angoisses, à ce qu’ils peussent franchementet d’une affection libérale secourir aux frères. Il appelle Joye, la consolation spirituelle, par laquelle les fidèles sont saustenus en leurs afflictions. Car quant aux infidèles ou ils s’abusent de vaines consolations en fuyant le sentiment du mal, et destournant leur esprit à des discours incertains et esgarez : ou ils succombent du tout sous la tristesse, et se laissent là accabler. Mais les fidèles prenent matière de joye sur l’affliction mesme : Comme il a esté veu au huitième des Romains. Æt leur povreté profonde.
C'est une similitude prise des vaisseaux désemplis: comme s’il disoit, que les Macédoniens estoyent tellement espuisez, qu'on estoit venu desjà jusques au fond.
Il dit qu’en telle povreté ils ont abondé en simplicité : et ont esté riches non-seulement pour fournir à leurs propres nécessitez, mais aussi pour aider aux autres.
Voylà un moyen qui nous fera tousjours libéraux, voire quand nous serions mesmes enserrez.en grande povreté : asçavoir si nous suppléons par simplicité de cœur ce qui défaut en nos coffres. La simplicitéest le contraire de malignité et chicheté: comme aux Romains au chap. XIE, v. 8, où sainct Paul requiert ceste simplicité és diacres. Car voyci qui nous rend plus chiches que nousne deverions estre, asçavoir que nous regardons (rop s0ngneusement et de trop loin les dangers qui peuvent advenir : que nous sommes op pourvoyans et SONgNneUX : que nous calculons de trop près combien il nous
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
faut pour toute nostre vie, ou mesme combien ce sera diminué du nostre, quand nous en aurons osté quelque petite portion. Mais celuy qui ha la fiance en Dieu, et se repose sur sa bénédiction, ha son esprit desveloppé de toutes ces brouilleries, et les mains ouvertes à faire aumônes. Maintenant il faut faire l’argument du plus petit au plus grand. La petitesse des biens, voire la povreté, n’a peu empescher les Macédoniens, qu’ils n’aidassent aux frères : quelle excuse donc pourront prétendre les Corinthiens s'ils ne font de mesme, veu qu’ils sont tant abondans en richesses au pris d’iceux ?
3 Selon leur pouvoir, et outre leur pouvoir. Quand il dit qu’ils ont esté si prompts de leur bon gré à faire leur devoir en cest endroit, que l’exhortation leur estoit superflue. ÆC’estoit desjà grand’chose à eux de s’efforier selon leur pouvoir, mais quand ils font pardessus leur pouvoir, c’est une vertu bien rare et admirable. Or il parle selon la facon commune des hommes. Car la règle commune de bien faire à autruy, estcelle que Salomon nous donne : Prov., V,145:
Asçavoir que nous buvions l’eau de nos fontaines, et que nous laissions aller hos ruisseaux, afin qu’ils descoulent jusques aux autres. Or les Macédoniens sans avoir esgard à eux, et quasi se mettans eux-mesmes en oubli, ont employé leur soin à secourir les autres plustost qu’à subvenir à leur propre nécessité.
Brief, ceux qui ont peu de bien, si de leur petitesse ils en donnent quelque portion aux autres, à bon droict sont ditsestre volontaires outre leur pouvoir.
4 Nous requérans avec grandes prieres. I amplifie leur promptitude, de ce que non-seulement ils n’ont point attendu qu’on les admonestast: mais aussi ont requis ceux desquels ils devoyent estre admonestez, s'ils n’eussent prévenu Île désir et la solicitation de tous par leur diligence et promptitude. 1 faut encore yei répéter la comparaison qui a esté faite ci-dessus du plus petit au plus grand.
Si les Macédoniens sans estre semonds s'ingèrent de leur bon gré, et mesme prévienent les autres en requérant, quelle honte sera-ce aux Corinthiens, s'ils sont
nonchalans mesmement après avoir esté advertis et admonestez? Si les Macédoniens monstrent le chemin à tous les autres, quel déshonneur sera-ce aux Corinthiens, de n’ensuyvre point pour le moins leur exemple? Mais encore il y a bien d'avantage : c’est que non contens de requérir, à la requeste ils ont encore adjousté prières et grandes. Or il appert par cela, que ce qu'ils ont requis, ça esté à bonescient, et non pour faire seulement leur devoir par manière d’acquit.
Que nous receussions la grâce. I appelle l’aumône, Grâce, et ce en la louange d’aumône. Combien que ce mot peut estre exposé en diverses sortes. Mais ceste signification me semble estre la plus simple, pource ‘que comme le Père céleste nous donne toutes choses gratuitement, aussi faut-il que nous soyons imitateurs de sa bonté gratuite en bien faisant: ou bien pource qu’en distribuant de nos biens, nous ne sommes autre chose que dispensateurs de sa grâce. La communication ou société de l'administration, c’estoit que sainct Paul aidast aux Macédoniens en ceste administration.
Is conféroyent du leur propre pour estre administré aux fidèles mais ils vouloyent que sainct Paul eust le soin de recueillir les aumônes.
5 Et n'ont point fait comme nous espérions. Il attendoit d'eux une affection moyenne de ce qu’un chacun Chrestien doit monstrer : mais ils surmontèrent son attente: d'autant que non-seulement ils ont esté prests à employer leurs biens, mais leurs propres personnes. //s se sont, dit-il, donnez eux-mesmes, premièrement au Seigneur, el après à nous. On peut demander si c’estoit une autre chose de se donner à Dieu, que de se donner à sainct Paul. C’est une manière de parler assez notoire, que quand Dieu donne en charge ou commande par quelqu'un, le personnage qu'il prend pour Ministre, luy est adjoint tant en la puissance de commander, qu’en lobéissance que les autres doivent rendre. Il à semblé bon au sainct Esprit et à nous, disent les Apostres: Act., XV, 28: comme toutesfois qu’ils ne fussent que comme organes et instrumens pour prononcer ce qui leur
Car. VIH,
avoit esté révélé et enjoint par le sainct Esprit. Item, Le peuple a creu au Seigneur, et à Moyse son serviteur, Exode, XIV, 31: et toutesfois Moyse n’avoit es cela rien séparé de Dieu. Et c’est €:
qu’emporte la particule qui s'ensuit tai: tost après: Par la volonté de Dieu. Ca d'autant qu’ils estoyent obéissans à Dieu, qui les avoit commis à son ministre pour estre gouvernez par le conseil d’iceluv, ceste raison les à induits à ouir et recevoir Paul, comme parlant par la bouche die Dieu.
6 Afin que nous exhortissions Tite.
Voyci une exhortation qui ba encore plus d’efficace, quand ils oyent qu’on les somme nomméement et présentement de faire leur devoir. Or la chose n'estoit point odieuse pour les Macédoniens, quand il désiroit que les Corinthiens leur teinssent compagnie en aumône. Cependant Tite est excusé, afin que les Corinthiens ne pensassent point qu’il les eust ainsi solicitez et pressez, comme se desfiant de leur bonne volonté. Car ce qu’il en faisoit, c’estoit estant prié, et plustost au nom des Macédoniens, qu’au sien.
7 Parquoy comme vous abondez. I s’estoit desjà bien gardé d’offenser les Corinthiens, quand il disoit que Tite les avoit solicitez non tant de son propre mouvement, que par Pinstigation des Macédoniens. Or maintenant il passe encore plus outre, les admonestant qu’il re faut point mesmes qu’ils attendent à faire cela, quand le message des Macédoniens sera parvenu jusques à eux: et ce er:
louant leurs autres vertus : comme sil disoit, Vous devez non-seulement vous ad :
joindre pour compagnons aux Macédoniens en cest endroit, lesquels vous en prient: mais aussi les surmonter en ceci, comme en toutes autres choses. Il fait distinction entre la Parole et la foy:
pource qu’il se peut faire qu'aucun ait la foy, voire excellente, lequel toutesfois ne sera pas tant exercé en la parole du Seigneur. Je pren science, pour le long usage et expérience, ou prudence. Il fait mention de la charité qu’ils avoyent envers luy : afin que le regard de sa personne soit pour leur donner encore meilleur courage: et cependant il veut que
Car. VII SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
l'amour particulière de laquelle les Corin- f Or il use de telle modestie en toutes chothiens laimoyent et ses compagnons, soit | ses, de peur qu’il ne semble qu’en les exemployée à l'utilité commune des frères. | hortant, il les accuse.
8 Je ne le di point par commandement, mais pour esprouver aussi par la diligence des autres le nayf de vostre charité. 9 Car vous cognoissez la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ, asçavoir qu'il s’est fait povre pour vous, combien qu'il fust riche : afin que par sa po-
\ vreté vous fussiez enrichis.
10 Et en ceci je donne avis. Car cela vous est utile! : qui avez commencé dés l’année passée, non pas le faict seul, mais aussi le vouloir.
11 Maintenant donc achevez aussi le faict: afin qu'ainsi que la promptitude du vouloir y x esté, tel soit aussi le parfaire selon vostre avoir.
12 Car si la promptitude du courage va devant, on est agréable selon ce quon ha, el non pas selon ce qu'on n ha point.
4) Ou, convenable,
8 Je ne le di point, etc. K addoucit derechef son exhortation, quand il proteste que ce m'est point son intention de les vouloir contraindre, comme leur imposant aucune nécessité. Car c’est parler par commandement, quand nous enjoingnons quelque chose de certain, et voulons préciséement qu’il soit fait ainsi. Si on demande s’il n’estoit pas licite à sainct Paul de commander ce que Dieu luy avoit donné en charge. La response est facile à faire, Que vray est que Dieu commande par tout que nous subvenions à la nécessité des frères : mais qu’il n’y a aucun passage où il nous limite la somme, combien nous leur devons donner, afin qu'après avoir fait estimation de nos biens, nous partissions entre-nous et les povres: ne semblablement où il nous oblige à certaines circonstances, ne de temps, ne des personnes, ne des lieux, mais qu’il nous ramène à la règle de charité. Combien que sainct Paul ne regarde point yei à ce qui luy est licite, ou non:
mais il dit qu’il ne parle point par commandement, pource qu'il ne pense pas qu’ils ayent besoin d’estre contraints par commandement ou exaction, comme s'ils refusoyent de faire leur devoir, sinon qu'ils y fussent contraints par nécessité.
Or il met deux raisons au contraire, . pourquoy c’est toutesfois qu’illes solicite à faire leur devoir: premièrement, pource que la solicitude qu’il ha pour les - Saincts, le pousse à cela: secondement,
pource qu’il veut que la dilection des Corinthiens soit notoire à tous. Car je n’enten point par ces mots que S. Paul ait voulu esprouver leur dilection (de laquelle il a desjà dit qu’il estoit bien persuadé et asseuré) mais plustost il vouloit que tous en eussent l’expérience. Combien que le membre précédent qui parle de la sclicitude des autres, peut estre entendu en deux divers sens : asçavoir ou qu’il avoit un soin des personnes, lequel ne le laissoit point estre paresseux à soliciter: ou que condescendant aux prières des autres qui avoyent aussi l’affaire à cœur, il parloit non pas tant de son propre mouvement, qu’à la suggestion d’iceux.
9 Car vous cognoissez. Ayant fait mention de la dilection, il propose Christ comme le trèsparfait et singulier exemple d'icelle. Combien qu'il fust riche, dit-il, toutesfois il s’est démis de la possession de tous biens, afin qu’il nous enrichist par sa povreté. Il n’exprime pas puis après à quel propos il leur dit cela, mais il leur laisse à considérer. Car il n’y a celuy qui ne sçache que par cest exemple nous sommes incitez à libéralité : afin que nous ne nous espargnions point quand il sera question de subvenir à la nécessité de nos frères. Jésus-Christ estoit riche :
car il estoit Dieu, sous la puissance duquel sont toutes choses : davantage ,!
pource qu’en nostre humanité mesme, la-!
quelle il a vestue, comme dit lPApostre:
"D ER ne cer
aux Iébrieux, 1, 2, et IF, 8, il estoit héritier de tous biens, d'autant qu’il est constitué par son Père sur toutes créatures, et toutes choses luy sont assuje-
tiés. Toutesfois il a -esté fait povre, pource qu'il s’est abstenu de la jouissance: et ainsi il s’est déporté de son droict pour quelque temps. Nous voyons à quelle povreté de toutes choses il est exposé au Sortir du ventre de sa mère: nous oyons ce qu'il dit luy-mesme, Les renards ont des fosses, les oiseaux du ciel des nids : mais le Fils de l’homme nha point de lieu où il puisse reposer son chef, Luc, IX, 58. Il a donc consacré la povreté en sa personne, afin que les fidèles ne l'ayent plus en horreur: il nous a tous enrichis par sa povreté, afin qu'il ne nous fasche point de retrancher de nostre abondance pour en distribuer aux frères.
10 Et en ceci je donne avis. Il met Avis à l’opposite du commandement duquel il a parlé un peu devant: comme s’il disoit, Ce que je vous di, Ce n’est seulement que pour vous démonstrer ce qui est expédient par forme de conseil ou advertissement. Or ceste utilité ne peut estre cognue par le sens de la chair. Car de combien en trouvera-on un à qui on puisse persuader que ce luy est chose utile de se despouiller pour subvenir aux autres ? Vray est qu’un homme Payen a bien sceu dire, H n’y à point d’autres richesses desquelles tu jouisses à perpétuité, sinon celles que tu auras données :
et la raison est, que ce qui est donné aux amis, est hors du danger de fortune.
Mais le Seigneur ne veut pas que nous soyons menez d’un espoir de loyer, ou de quelque rémunération mutuelle : ains combien que les hommes soyent ingrats, en sorte qu’il semble -que tout ce que nous avons donné, soit perdu: néantmoins il veut que nous persévérions à bien faire à autruy. Mais l’utilité qui en revient, procède de ce que celuy qui distribue au povre, donne à usure au Seigneur (comme dit Salomon, Prov., XIX, 17) duquel la seule bénédiction doit estre cent fois plus estimée que tous les thrésors du monde. Combien que ce mot Utile, est pris yei pour Honnesté : ou
Car. VII,
pour le moins sainct Paul mesure l'utilité par honnesteté: pource que ceust esté déshonneur aux Corinthiens de reculler ou perdre courage au milieu du chemin, veu qu’ils estoyent desjà assez bien avancez : toutesfois il leur eust aussi esté inutile: par ce que tout ce qu'ils avoyent commencé de faire, n’eust plus eu de grâce envers Dieu, et eust esté chose perdue. Qui avez commencé, elc. Veu que Faire est plus que Vouloir, il semble que ceste façon de parler n’est pas propre. Mais Vouloir, n’est pas prins yei simplemert, comme nous avons accoustumé de parler communéement, ains emporte une gayeté de cœur et franche vo- Jonté, ‘laquelle n'attend point l’admonition. Car il y a trois degrez de faire quelque chose. Pour le premier nous faisons quelque fois une chose maugré nous, mais c’est de honte ou de crainte. Secondement, nous faisons volontairement, mais ceste volonté vient de ce que nous sommes poussez ou induits d’ailleurs.
Pour le troisième, nous faisons quelque chose de nostre propre: mouvement, quand, de nous-mesmes nous-nous mettons à faire ce qu’il appartient. Une telle promptitude de s’avancer à faire sans es- ‘ax incité ou adverti d’ailleurs, est plus que le faict mesme:
11 Maintenant donc achevez. est vray-semblable que lardeur qu'avoyent les Corinthiens, fut incontinent refroidie :
autrement sans aucun intervalle äls eussent continué leur délibération. Mais sainct Paul, comme s’ils n’avoyent point encore fait faute en cela, les admoneste doucement de parachever ce qui est bien commencé. Quand il adjouste, Selon vostre avoir : C’est pour prévenir l’objection qu’on eust peu faire. Car la chair n’est que trop subtile à trouver des cachettes et subterfuges. Les uns s’excusent qu’ils ont leurs fan illes, ausquelles s'ils ne prouvoyent, ils seroyent inbumains : les autres, pource qu'ils ne peuvent pas donner beaucoup, prenent ceste couverture pour s’exempter. Que gaignerois-je de donner pour si peu? $S. Paul. oste toutes telles excuses, quand il veut qu'un chacun contribue selon sa puissances Et en donne la raison: asçavoir que Dieu re-
Cuar. VIIT.
garde nostre cœur, et non pas ce que nous donnons. Car quand il dit que la promptitude de cœur est agréable à Dieu selon qu’un chacun ha de puissance, cela s'entend ainsi. Si tu offres quelque peu de ton petit bien, ton affection n’est pas moins estimée devant Dieu, que si le ri-
. che donnoit une grande somme de son
abondance. Car ion affection n’est pas
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
approuvée de ce que tu n’as pas : Cestà-dire, Dieu ne requiert pas de toy, que tu donnes plus que ta puissance ne pourra porter. En ceste sorte ne les uns ne les autres ne se peuvent excuser. Car les riches doyvent un plus grand tribut à Dieu, et les povres ne doyvent point avoir honte de leur petite puissance.
13 Car ce n’est point afin que les autres soyent soulagez, et que vous soyez foullez : ains par équalitlé
1% Maintenant vostre abondance! subviene à leur indigence, afin qu'aussi leur abondance soit pour vostre indigence, à ce qu'il y ait équalité :
15 Comme il est escrit, Qui avoit beaucoup, n'a rien eu de superabondant : el qui avoit peu, n’a point eu de faute”?.
16 Et grâces à Dieu, qui a donné le mesme soin pour vous au cœur de Tite :
17 Asçavoir qu’il a eu mon exhortation pour agréable, et mesme qu'estant
fort affectionné, il s'en est allé à vous volontairement.
1) Ou, ains maïntenant par équalité vostre abondance, etc.
13 Car cenest point afin, etc. C'est une confirmation de la sentence précédente : asçavoir que la volonté libérale est agréable à Dieu tant du povre que du riche: pource que Dieu ne veut pas que nous-nous enserrions par trop, et que les
… autres à nos despens soyent au large, et
ayent leurs aises. Vray est qu'il est bien certain que nous devons à Dieu non-seulement une partie, mais tout ce que nous
- sommes, et que nous avons : mais selon
sa douceur il nous espargne jusques-là,
in qu’il est content de ceste communication
que met yci l’Apostre. Ce que donc il enseigne yei, est un relaschement de ce à quoy nous sommes tenus en rigueur de droict, comme on dit. Cependant nostre devoir est de nous inciter nous-mesmes souvent à donner. Car il ne faut pas craindre que nous soyons trop excessifs en
… cest endroit: mais il y a bien danger que
nesoyons trop chiches. Or ceste doctrine
. est nécessaire contre un tas de fantasti-
ques, qui pensent que nous n'avons rien
… fait, si nous ne nous sommes entière-
lent despouillez, pour apporter tout en commun. Certes ils font tant par leur
… resverie, que nul ne peut donner aumône
en bonne conscience. Parquoy il faut dili-
- gemiment observer la modération de
Sainet Paul: Asçavoir que nos aumônes
9) Exode, XVI, 18.
sont agréables à Dieu, quand de nostre abondance nous subvenons à la nécessité des frères, non pas tellement qu’ils enayent jusques à regorger, et que nous soyons nécessiteux : mais que nous distribuyons du nostre, selon que nostre puissance le porte, et ce d’une gayeté de cœur et franc courage. Par équalité. Equalité se peut prendre en deux sortes, ou pour une récompense mutuelle quand on rend la pareille, ou pour un moyen attrempé et bien compassé. Quant à moy, je la pren pour ceste équalité qu’Aristote appelle droit analogique, c’est-à-dire qui est compassée par proportion selon les qualitez des personnes et autres circonstances :
en laquelle signification ce mesme mot est prins en l’Epistre aux Coloss., chap.
IV, v.1, où il admoneste les maistres de garder équalité à leurs serviteurs. I ne veut pas certes dire qu’ils soyent pareils en condition et degré : mais par ce mot il entend l’humanité, clémence, et traittement amiable que doyvent les maistres mutuellement à leurs serviteurs. Ainsi, Dieu veut qu’il y ait une telle analogie et équalité entrenous, qu’un chacun subviene aux indigens selon que sa puissan-, ce s’estend, afin que les uns n’en ayent à superfluité, et les autres soyent souffreteux. Et pourtant il adjouste, Mainte-
nant. Car alors la nécessité les pressoit.
Dont nous sommes admonestez, que quand il est question d'exercer charité, il faut pourvoir à la nécessité présente, si nous voulons garder la règle d’équalité.
1% Afin qu'aussi leur abondance. I n’est pas bien certain de quelle sorte d’abondance il parle. Aucuns l’exposent, que ceci a esté fait pource qu’ils avoyent receu l'Evangile de l'Eglise de Jérusalem, et par ce moyen avoyent esté secourus en leur nécessité par les richesses spirituelles des autres. Ce que je pense n’approcher point du sens de sainct Paul.
Plustost, selon mon opinion, ceci se deveroit estendre à la communion des Saincts, laquelle est telle, que tout le plaisir qui est fait à l’un des membres, redonde à tout le corps : comme sil disoit, Si vous vous faschez d’aider les frères de vos richesses, qui sont si peu de chose, considérez de combien de biens vous avez disete, lesquels sont beaucoup plus précieux, desquels vous peuvent enrichir ceux qui ont faute de biens terriens. Ceste communication que Ghrist a establie entre les membres de son corps, vous doit accourager à estre plus prompts et diligens à bien faire aux autres. Le sens pourroit aussi estre tel, Vous leur subvenez maintenant selon que la nécessité du temps le requiert : mais quelque jour Dieu leur donnera moyen de vous récompenser. Mais l’autre sentence qui est plus générale, me semble mieux exprimer le sens. À quoy s'accorde ce que derechef il répète de l’équalité. Car c’est un ordre en l'Eglise compassé selon ce droit analogique dont nous avons parlé, que quand les membres communiquent les uns avec les autres mutuellement, selon la mesure des dons et de la nécessité:
ceste conférence mutuelle fait une proportion fort convenable, et comme une belle harmonie, combien que les uns possèdent plus, et les autres moins, et que les dons soyent distribuez inégalement. |
15 Comme il est escril. Le tesmoignage que sainct Paul allègue, parle de la Manne : mais escoutons ce que le Seigneur dit là par Moyse. Il veut que ceci nous soit pour un tesmoignage perpé-
Cuar. VIIL
tuel, que les hommes ne vivent point du seul pain, mais sont nourris Divinement par une vertu secrète de la volonté de celuy qui maintient et conserve toutes les choses qu'il a créées. Et en un autre passage, Moyse admoneste derechef, qu’ils ont esté nourris pour quelque temps d'une telle viande, afin qu'ils apprinssent que les hommes ne sont point nourris par leur labeur ou industrie, mais par la bénédiction de Dieu, Deutér., VITE, v. 3.
Par cela il appert qu’en la Manne, comme en un miroir, nous avons une image de la nourriture ordinaire , de laquelle nous sommes sustantez. Maintenant, retournons au passage que sainct Paul allègue.
Après que la Manne estoit tombée en terre, il leur estoit commandé de l’amasser à monceaux, selon que chacun en pourroit faire. Or combien qu’aucuns en amassassent plus qu’il ne leur estoit de besoin pour la nourriture d’un jour, et les autres moins (comme les uns sont plus habiles que les autres) toutesfois nul n’en prenoit pour son usage particulier, qu’une certaine mesure, nommée Homer:
ar Dieu leur avoit limité ceste mesure.
En faisant ainsi, chacun en avoit autant” qu’il luy en faloit, et nul n’avoit disete.
Ceciestescritauchap. XVId’'Exode, v. 418:
Or appliquons maintenant l’histoire au propos de sainct Paul. Nous w’avons point; maintenant d'Homer, ou autre certaine mesure ordonnée de Dieu, à laquelle nous devions compasser les vivres d’un chacun jour: mais il nous est commandé de vivre sobrement et avec tempérance, et défendu de nous desbaucher à l’occasion de nostre abondance. Parquoy, ceux qui ont.
des richesses, soit qu’ils les ayent par
succession, soit qu'ils les ayent acquises
par leur industrie ou labeur, qu’ils avis
sent que l’abondance n’est point destinée“ à intempérance ou dissolution, mais pour
subvenir à la nécessité des frères. Car
c’est Manne tout ce que nous avons de
quelque part qu'il viene, moyennant
qu’il soit vrayement nostre. Car les ri
chesses acquises par fraudes et moyens
illicites, ne sont pas dignes d’estre ainsi
nommées : mais plustost se sont cailles
envoyées par le courroux de Dieu. Et
comme quand quelqu'un estant mené de
Omar. VII.
trop grande convoitise, ou de desfiance, avoit caché de la Manne, incontinent ceste provision qu’il en avoit faite pourrissoit: aussi ne doutons point que les richesses amassées avec dommage de nos frères, ne soyent maudites, et qu’elles ne périssent bien tost, voire avec la ruine du maistre: afin que nous ne pensions pas que ce soit un moyen de croistre, si regardans à nostre proufit pour longues années, nous dénions à nos frères le secours et assistance que nous leur devons.
Je confesse bien qu’il ne nous est point commandé de tenir une telle équalité qu'il ne soit licite aux riches de vivre plus délicatement que les povres : mais léqualité doit estre tellement gardée, que nul ne soit délaissé en disete, et que nul ne cache son abondance, en défraudant les autres. L’Homer, c’est-à-dire la mesure des povres, ce sera du gros pain, et un petit ordinaire : l’'Homer des riches, ce Sera un ordinaire mieux fourni, selon leur puissance : en sorte toutesfois qu’ils vivent sobrement, et qu'ils ne laissent point de subvenir aux autres.
16 Et grâces à Dieu qui a donné. Afin de ne laisser aucune excuse aux Corinthiens, maintenant il adjouste finalement, qu'ils ont des soliciteurs diligens , qui seront songneux de l'affaire. Et première-
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTFHIENS.
ment , il nomme Tite, lequel il dit avoir esté incité de Dieu à cela. Ce qui servoit beaucoup à la cause. Car son ambassade devoit avoir d'autant plus d’efficace , quand les Corinthiens cognoistroyent qu’il seroit venu estant poussé de Dieu à cela. Toutesfois nous recueillons par ce passage, comme d’autres innumérables, qu’il n’y à aucuns bons mouvemens qui ne procèdent de l'Esprit de Dieu: en après, que c’est un tesmoignage du soin que Dieu ha des siens, quand il suscite des administrateurs et comme procureurs qui cherchent les moyens pour subvenir à la nécessité d’iceux. Que si la providence de Dieu se démonstre ainsi à nous pourvoir de la nourriture du corps, com bien plus grand soin aura-il de la nour riture spirituelle, afin que les siens n’en ayent faute ? Parquoy, c’est une œuvre proprement et spécialement de Dieu, de susciter des Pasteurs et Ministres. Ce qu'il dit, & eu aggréable mon exhorta:
tion, signifie que Tite avoit receu ceste charge à la persuasion de sainet Paul. Il corrige cela puis après , disant que Tite plustost avoit de soy-mesme prins courage de s’employer à cela (selon qu’il est homme songneux) qu’il n’a esté incité par le conseil d’autruy.
18 Or nous avons aussi envoyé avec luy, le frère duquel la louange est en - l'affaire de l'Evangile par toutes les Eglises.
19 Et non-seulement cela, mais aussi a esté éleu des Eglises, compagnon de nostre voyage pour ceste aumône! qui est administrée par nous à la gloire du Seigneur mesmes, et pour servir à la promptitude de vosire courage :
20 Nous donnans garde que nul ne nous reprene en cesle abondance qui est
administrée par nous :
21 Et procurans ce qui est bon, non-seulement devant le Seigneur, mais
aussi devant les hommes *.
22 Nous avons aussi envoyé avec eux nostre frère, lequel avons esprouvé souventesfois en plusieurs choses estre diligent, et maintenant beaucoup plus diligent pour la grande asseurance que j ‘ay de vous,
23 Soit à cause de Tite qui est mon compagnon, et coadjuteur envers vous : soit aussi à cause des autres, qui sont nos frères Apostres des Eglises, la gloire
de Christ*?.
24 Monstrez donc envers eux, et devant les Eglises* l'approbation de vostre charité, et de ce que nous-nous glorifions de vous.
1) Ou. grâce. 2) Rom., XII, 17.
et quant à nos frères ils sont ambassadeurs des Eglises, et la gloire de Christ,
3) Ou, Ainsi done quant à Tite, il est mon compagnon, et coadjuteur envers vous:
4) Ou, envers la personne des Eglises.
18 Or nous avons aussi envoyé.
que trois sont envoyez, est signe qu’il avoit conceu grand espoir des Corinthiens: et d'autant plus faloit-il qu’ils avisassent à faire leur devoir, afin que les Eglises ne fussent trompées par eux en cest endroit. Au reste, il est incertain qui est ce second, sinon qu’aucuns devinent que c’estoit Luc, les autres Barnabas. Chrysostôme aime mieux que ce soit Barnabas, auquel je m’accorde, pource qu’il appert que par le commun accord des Eglises il avoit esté donné pour compagnon à sainct Paul. Et pource que presque tous s'accordent à ceci, que Luc estoit l’un des messagers qui portèrent ceste Epistre, je ne trouve pas mauvais qu’il soit mis pour le troisième. Or il donne un tesmoignage excellent au second , quel qu’il soit, asçavoir qu'il s’est porté en l'Evangile avec louange: &’està-dire, qu’il à acquis louange en avanceant l'Evangile. Car combien que Barnabas par honneur donnast à sainct Paul la charge de parler, toutesfois ils faisovent tous: deux une mesme œuvre. Il adjouste d'avantage, que ce n’a point esté seulement d’un homme, ne mesme d’une Eglise qu’il a rapporté louange : mais de toutes les Eglises. Il adjouste au témoignage général, un autre spécial, qui convient au présent, affaire , asçavoir qu’il avoit Esté éleu à ceste charge et commission par le consentement Des Eglises.
Or il estoit vray-semblable que cest honneur ne luy avoit point esté déféré, sinon d'autant que de long temps on lavoit cognu estre idoine !. Mais il faut noter la façon d’élire qui est icy touchée, laquelle les Grecs appellent d’un nom qui signifie Elévation des mains : en icelle les principaux ou gouverneurs mettoyent tout en train par leur authorité et conseil, et conduisoyent tout l’acte : et le peuple puis après y donnoit son approbation.
19 Qui est administrée par nous. En louant son Ministère, il accourage encore plus les Corinthiens. I dit qw’il sert à la gloire de Dieu, et à la promptitude de leur courage. Dont s'ensuit que ce sont choses conjointes, la gloire de Dieu , et leur libéralité : et que la seconde
4) Voyez l’Institution, chap. VIU, sect. 65.
Caar. VIN.
Ce\ ne peut faillir, que l’autre ne soit di-
“ninuée d'autant. I ya d'avantage, la peine de si excellens personnages, qui ont esté commis à cela, laquelle c’eust esté grande mocquerie de rejetter ou laisser oisive.
20 Nous doninans garde. Ain qu' on ne pensast point que les Eglises n’eussent guères honnéste opinion de S. Paul, comme si se desfians de sa preud'hommie elles luy eussent baiïllé des adjoints, comme on a accoustumé de baïller des gardes ou contrerolleurs à ceux qu’on tient pour suspects, il dit qu’il a esté autheur de ce conseil, afin d’obvier aux calomnies. On pourra demander, Qui eust esté si impudent d’oser imposer le plus légier souspecon du monde à un tel personnage, de la fidélité duquel on ne devoit nullement douter P Pour response, je demande, Qui est celuy qui sera exempt des morsures de Satan, veu qu’il n’a point mesme espargné Jésus - Christ ?
Voylà Christ qui est exposé aux. reproches et calomnies des meschans, et ses serviteurs en seront en seurelé? Mais tout au contraire, tant plus que quelqu'un sera homme de bien, Satan luy livrera des assauts de toutes sortes, pour veoir s’il pourra esbranler sa foy par quelque moyen. Car le scandale qui procéderoit de là, seroit beaucoup plus grand que si" cela estoit advenu à un autre. Parquoy tant plus que nous serons colloquez en haut degré, tant plus diligemment devons-nous ensuyvre tant la prudence de sainct Paul que sa modestie. Il n’estoit point si arrogant, qu’il ne voulust bien estre admonesté et censuré aussi bien que le plus petit de la bande. Il ne se plaisoit« point tant qu’il estimast estre chose in digne de sa personne, de fuir les calomnies. Et pourtant il avisoit prudemment… à éviter les dangers , et se donnoit garde songneusement, que quelque meschant ne trouvast à mordre sur luy. Et certes” il n’y a rien qui soit plus sujet à détractions et mauvais rapports que le manie ment de l’argent public.
21 Et procurans ce qui est bon. Je pense qu’il y en pouvoit avoir aucuns entre les Corinthiens, qui se fussent tout
Car. VIT.
incontinent mis à mesdire, si on ne leur eust fermé le passage. À ceste cause S.
Paul à bien voulu qu’ils entendissent comment la chose alloit, atin de fermer la bouche à tous en quelque lieu que ce fust. Il proteste donc que non-seulement il ha esgard et met peine d’avoir bonne conscience devant Dieu, mais aussi bonne réputation envers les hommes. Toutesfois il ne faut point douter qu'il ne vueille admonesier par son exemple tant les Corinthiens que tous autres, qu’en bien faisant il ne nous faui pas mespriser que c’est que les hommes en peuvent penser. Vray est que c’est bien le premier et le principal, que nous mettions peine d’estre gens de bien : ce que nous obtiendrons non pas par les œuvres externes seulement, mais par bonne conscience : puis après d’estre recognus tels par ceux avec lesquels nous fréquentons : mais il faut en ceci regarder la fin. Certes il n’y a rien pire qu’ambition, qui corrompt les meilleures choses du monde, desfigure les plus honnestes, et fait sentir mal devant Dieu les meilleurs sacrifices et de plus souëive odeur. Ainsi c’est yci un passage glissant : et pourtant il faut que chacun avise à soy, qu'en feignant de vouloir procurer bonne réputation, comme sainct Paul, il ne soit bien loin de Paffection de sainct Paul. Car il a procuré choses honpestes devant les hommes : afin que nul ne fust offensé par son exemple, mais plustost tous en fussent édifiez. Parquoy avisons que si nous luy voulons estre semblables, il ne faut point que nous appétions bonne renommée pour nostre proufit particulier. Qui mesprise sa bonne renommée, dit S. Augustin, il est cruel.
Car elle ne nous est pas moins nécessaire devant le prochain, que la bonne conscience devant Dieu. Cela est vray, pourveu que tu procures le salut des frères à la gloire de Dieu, cependant estant prest de rapporter ignominie et opprobres en lieu de louanges, quand il semblera bon au Seigneur. Toutesfois l’homme Chrestien doit tousjours tellement ordonner - sa vie, que les prochains en soyent édi-
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
liez : et se donner bien garde que les ministres de Satan n’ayent occasion quelconque de mesdire au déshonneur de Dieu et au scandale des bons.
22 Pour la grande confiance. Le sens est tel, Je ne crain point que la venue de ceux-ci vous soit inutile et sans fruit.
Car j'ay prins une confiance certaine que l'issue de leur ambassade sera bonne, tant je cognoy grande leur fidélité et diligence. 11 dit que le frère, duquel ïül n’exprime point le nom, a esté plus alaigre, en partie pource qu’il voyoit que sainct Paul avoit une fort bonne opinion des Corinthiens, en partie pource que Tite l’avoit accouragé, en partie pource qu’il voyoit beaucoup d’excellens personnages s’employer tous d’un accord en cest affaire. Il ne restoit donc qu’une chose : asçavoir que les Corinthiens avisassent à ne défaillir point de faire leur devoir de leur costé. Ce qu’il les appelle Apostres des Eglises, se pourroit entendre en deux sortes : ou qu’ils estoyent ordonnez de Dieu pour estre Apostres vers les Eglises, ou ordonnez et députez des Eglises à cesie commission. Le second sens convient mieux. Ils sont aussi appelez, La gloire de Christ : pource que comme luy seul est la gloire des fidèles, ainsi il doit estre aussi glorifié mutuellement par eux. Parquoy tous hommes qui ont quelque excellence en piété et saincteté, sont la gloire de Christ : pource qu’ils n’ont rien que par le don de Christ. 1 met deux choses en la conclusion, Faites que nos frères cognoissent vostre charité : et pour le second, Donnez ordre que je ne me soye point glorifié de vous en vain. Car ce mot ÆEnvers eux, ainsi qu’'H est couché en Grec, vaut autant (selon mon avis) que Devant eux. Car il se rapporte non pas aux povres, mais à ceux desquels il a esté fait mention, qui estoyent envoyez comme ambassadeurs vers les Corinthiens. Car incontinent après il met que non-seulement ceux-là en seront tesmoins, mais que par leur rapport le bruit en viendra jusques aux Eglises lointaines.
Car. IX.