‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 72 sur 99 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

1 Car de vous escrire de la subvention qui se fait aux Saincts, ce m'est

chose superflue.

2 Veu que je scay la promptitude de vostre courage, pour laquelle je me glorifie de vous envers les Macédoniens : c’est asçavoir, qwAchaïe est preste dés l'année passée : et le zèle venant de vous en a provoqué plusieurs.

3 Or ay-je envoyé ces frères, afin que ce que je me suis glorifié de vous, ne soit vain en cest endroit : à celle fin que soyez prests, comme j'ay dit.

4 De peur que les Macédoniens estans venus avec moy, et vous ayans trouvez mal prests, nous ne recevions honte (je n’o$e dire vous) en ceste asseurance de

nous estre glorifiez de vous.

5 Parquoy j ay estimé estre nécessaire de prier les frères que premièrement ls aillent vers vous, et qu'ils parachèvent vostre bénéficence jà promise", afin qu’elle soit preste comme bénédiction ?, et non point comme chicheté.

1) Ou, desjà ci-devant dénoncée.

Il semble de prime face que ceste sentence s’entretiene mal, ou pour le moins pas trop bien, avec les précédentes. Car il semble qu’il parle d’une chose nouveile, de laquelle il n'ait point encore touché : et néantmoins il poursuit un mesme propos. Toutesfois il nous faut prendre garde que sainct Paul ne prétend de monstrer autre chose que ce que nous avons veu auparavant : asçavoir qu'il n’exhorte point les Corinthiens par desfiance qu’il ait d'eux : et son admonition n’est point pour les reprendre d’avoir failli en ceci le temps passé : mais qu’il ha quelques raisons qui le meuvent à ce faire. Ce que donc il dit maintenant, se doit ainsi entendre, Je ne vous enseigne pas qu’il faut subvenir aux Saincts. Car quel besoin en est-il ? veu que cela vous est assez notoire, et vous avez démonstré par effet que vous ne leur voulez point faire faute, ou vous espargner en leur endroit. Mais pource qu'en louant par tout vostre libéralité, je me suis comme obligé, et vous ay aussi obligez : voylà la cause pourquoy je ne me puis tenir de vous en parler. Sans cela ceste sollicitation {ant songneuse pouvoit estre ennuyeuse aux Corinthiens, pource qu’ils eussent pensé, où que S. Paul leur eust voulu reprocher leur paresse, ou qu’il les eust pour suspects. Mais ceste excuse tant bien cherchée, fait qu’il luy est libre non-seulement de les exhorter sans les

2) C'est-à-dire, don libéral, ou, bénéficence.

fascher, mais aussi de les presser souventesfois. Il pourroit paraventure venir” en la fantasie à quelqu'un que sainct Paul parle yei autrement quil ne pense en son cœur, qui seroit une chose trop mal convenable. Car s’il les estime assez prompts à faire leur devoir, pourquoy s’arreste-il tant à les admonester? et s’il doute de leur volonté, pourquoy affermeil que ce seroit chose superflue de les en admonester ? Or pour response, il nous faut entendre que charité porte tous les deux : asçavoir bonne espérance et solicitude. Il n’eust jamais rendu un tel tesmoignage aux Corinthiens, sil n’eust esté ainsi persuadé comme il parle.

Il avoit veu en eux de beaux commencemens, il espéroit que les avancemens seroyent semblables. Mais pource qu'il cognoissoit bien quelle est l’inconstance de l'esprit humain, il n’a peu estre trop songneux à donner ordre qu'ils ne fleschissent point de leur sainct propos.

A De la subvention. Il semble que ce mot ne convient point bien proprement à ceux qui aumônent du leur aux povres :

pource que telle libéralité est digne d’un titre plus magnifique et honorable. Mais S. Paul en parlant ainsi, a eu esgard au devoir des fidèles envers ceux qui sont membres d’un mesme corps avec eux.

Car les membres de Christ doyvent administration mutuelle l’un à Pautre. Et par ce moyen quand nous subvenons à

Cnap. IX,

nos frères, nous ne faisons autre chose que nous acquitter de l'administration que nous leur devons. Au contraire, ne tenir conte des Saincis, quand ils ont besoin de nostre aide, c’est un tour plus qu'inhumain, d'autant que nous les frustrons de leur droict.

2 De laquelle je me glorifie. H prouve la bonne opinion qu'il avoit d'eux, parce qu’il s’estoit quasi rendu plège, en asseurant envers les Macédoniens leur promptitude. Mais on pourroit demander : Et s’il a asseuré légèrement plus qu’il n’en estoit? Car il l’a semblé : pour autant qu'il disoit qu’il y avoit desjà un an qu'ils estoyent prests : combien qu’il soit encore après pour les faire apprester. Je respon, qu'on ne doit pas ainsi prendre les paroles de S. Paul, comme s’il eust testifié que ce qu'ils vouloyent donner, fust desjà prest dedans un coffre : mais seulement il racontoit ce qu'ils avoyent déterminé entr’eux : ce qui n’est point à blasmer de légèreté ou erreur.

Le sainct Apostre donc parloit de ceste promesse des Corinthiens.

3 Or ay-je envoyé ces frères. amène maintenani la raison pourquoy il ne laisse point de les exhorter diligemment, combien qu’il eust bonne opinion d’eux. Je regarde, dit-il, en cela à sauver mon honneur et le vostre. Car puis que j'ay promis en vostre nom, nous serions et vous et moy déshonorez, si Ja vérité et l'effet ne s’ensuyvoit selon les paroles.

Parquoy vous devez prendre en bonne part ma-crainte. Æn ceste asseurance.

Le mot Grec signifie aucunesfois Substance ou Subsistance, et ainsi lavoit traduit l’ancien translateur Latin : aucunesfois Argument ou Matière, et ainsi

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

l'a traduit Erasme. Mais ne l’un ne lautre ne convient. Or Budée dit que ce mot Grec est prins aucunesfois pour hardiesse ou confiance. Maintenant il n’y a celuy qui ne voye bien combien est ceste Signification propre à la suyte du texte de sainct Paul : dont appert que les autres expositeurs ont failli par inadvertance. Comme bénéficence, et nom point comme avarice. En lieu de Bénédiction aucuns ont tourné Collecte. Toutesfois j'ay mieux aimé le tourner de mot à mot : comme ainsi soit que du mot qui est yei mis, les Grecs en ont usé pour exprimer une diction Hébraïque, qui signifie tant Bénédiction, c’est-à-dire un souhait ou prière pour la prospérité d’autruy, que Bénéficence ou libéralité.

Je pense que la raison de ceste dernière signification est, pource que ce mot est en premier lieu et proprement attribué à Dieu. Or nous scavons comme Dieu nous bénit avec eflicace par la seule et simple volonté. Quand puis après il est transféré aux hommes, il retient la même signification, c’est asçavoir improprement :

(car les hommes n’ont pas mesme efficace en bénissant, que Dieu ha :) non pas toutesfois ineptement par translation.

Sainct Paul. met avarice à l’opposite de bénédiction, usant d'un mot Grec qui signilie tant Convoitise excessive, ou avarice, que Chicheté, et quand on rongne quelque chose de ce qu’il faudroit donner.

Quant à moy, le mot de Chicheté m'a semblé plus propre en ceste antithèse.

Car lApostre veut qu’ils facent leurs aumônes d’un cœur libéral, et non point à regret ou par acquit : ce qu’on cognoistra encore plus apertement par ce qui s'ensuit.

6 Or je di ceci, Qui sème chichement, recueillera aussi chichement : et qui sème en bénédictions !, il recueillera aussi en bénédictions?.

7 Chacun face selon qu'il est délibéré en son cœur : non point à regret, ou par contrainte : car Dieu aime celuy qui donne gayement*.

8 Et Dieu est puissant de faire abonder toute grâce en vous : afin qu'ayans tousjours toute suffisance en toute chose, vous soyez abondans en toute bonne

œuvre.

9 Ainsi qu'il est escrit, Il à espars meure éternellement *.

et donnné aux povres : sa justice de-

1) C'est-à-dire, à foison et abondamment, ou, libéralement. 2) Ou, libéralement. 3) Rom., XIT, 8.

&) Ecclésiasliq., XXXV, 9.

Jrl

5) Ps. CXII, 9.

6 Or je di ceci.

IE Jouë maintenant

Cuar. IX.

loit rien tirer d’eax contre leur vouloir.

les aumônes par une belle similitude, les | 1 veut donc qu’ils donnent de bon cœur

comparant à une semence. Car quand on sème, on jette la semence de Ja main, on l'espanche en terre d’un costé et d'autre, on la herse, et finalement elle pourrit :

ainsi il semble que c’est autant de perdu.

Autant en pourrons-nous dire des aumônes. Il semble avis que ce qui part de toy pour estre transporté à un autre, soit autant de diminution de ton bien :

mais le temps de la moisson viendra, auquel on recueillera le frait. Car comme le Seigneur Dieu impute estre fait à soymesme ce qu’on donne aux povres, aussi le récompense-il puis après avec grande usure. Venons maintenañt à la similitude de sainct Paul. Qui sème chichement, il recueillera petite moisson, et semblable à la semence : qui sème amplement et à pleine main, il recueillera aussi une moisson bien ample et abondante. Ceste doctrine doit estre profondément enracinée dedans nos cœurs, afin que toutes fois et quantes que le sens et la prudence de la chair nous destournent de bien faire par crainte de perdre, nous luy mettions tout incontinent ce bouclier au devant. Or le Seigneur Dieu dit que nous semons. Au reste, La moisson se doit exposer tant du loyer spirituel de la vie éternelle, que des bénédictions terriennes que Dieu confère à ceux qui sont libéraux envers les poyres : car Dieu ne récompense pas seulement au ciel la libéralité des fidèles, mais aussi en ce monde.

Ceci donc est autant que 5’il eust dit, Tant plus que vous ferez de bien à vos prochains, tant plus sentirez-vous la bénédiction de Dieu espandue sur vous. f] oppose yei derechef la Bénédiction, à Espargne : comme il à fait € uparavant à Chicheté : dont appert qu’elle est prinse pour ample et abondante libéralité.

7 Chacun face selon qu'il est délibéré. Pource qu’il avoit enseigné de donner abondamment, il faloit aussi adjouster ceci : Asçavoir que la libéralité nest pas tant estimée de Dieu par la somme, que par l'affection. Vray est qu'il désiroit bien de pouvoir obtenir beaucoup, ain que les frères fussent plus abondamment secourus : mais il ne vou-

ce qu’ils devoyent donner. I met le Cœur

franc et libéral à l’opposite de regret

et contrainte : Car ce que nous faisons estans contraints par nécessité, nous né le faisons point du propos du cœur, mais avec regret et tristesse. Au demeurant, il faut entendre La nécessité, qu’on appelle extérieure, C'est-à-dire celle qui vient d’ailleurs : car nous obéissons bien à Dieu, pource qu’il le faut ainsi nécéssairement, et toutesfois nous le faisons de cœur. Parquoy nous-nous imposons lors nécessité à nous-mesmes : et pource que la chair y contredit, mesme nous faisons souvent force afin de rendre le devoir auquel nous sommes tenus nécessairement. Mais quand nous sommes contraints d’ailleurs, ayans cependänt ce vouloir en nos cœurs, d’eschapper Si nous pouvions, nous ne faisons rien alaigremert ne joyeusement : mais tout ce que nous faisons, nous le faisons avec tristesse, ou d’un cœur serré. Car Dieu aime celuy. 1 nous ramène à Dieu, comme j'ay dit au commencement : car aumône est un Sacrifice. Or il n’y a point de sacrifice agréable à Dieu, S'il nest volontaire. Car quand il dit que Dieu aime celuy qui donne joyeusement : il signifie au contraire que Dieu rejette ceux qui donnent à regret et en chicheté:

car il ne veut point dominer sur nous comme un tyran : mais tout ainsi qu'il se démonstre nous estre Père, aussi requiert- il de nous une obéissance filiale, qui soit prompte et franche. |

8 Æt Dieu est puissant de faire abonder. 1 vient derechef au-devant d’une perverse cogitation, que nostre infidélité nous présente tousjours : Quoy?

Ne regarderas-tu point plustost à pourvoir pour ta personne? Ne penses-tu point que quand tu auras autant diminué de ton bien, tu en auras moins de reste? Or pour la repousser, sainet Paul nous arme d’une promesse excellente Asçavoir que tout ce que nous donnons, redonde à nostre grand proufit. J'ay dit desjà que nous sommes, vaturellement par trop reserrez et chiches, que nous sommes enelins à desfiance, laquelle s0o-

Chr. IX2 SUR LA Ile ÉPISTRE

licile un chacun à un ardeur de retenir par dévers soy le Sivh. Pour corriger ce vice, il nous faut empoigner ceste promesse, Que ceux qui distribuent de leurs biens aux povres, ne font pas moins leur proufit que s'ils arrousoyent leurs terres. Car leurs aumônes sont comme ‘des canaux par lesquels ils font Gescouler vers eux les ruisseaux de la bénédiction de Dieu, pour en estre enrichis. C’est ce que sainct Paul veut dire, Ceste libéralité ne vous diminuera rien de vostre bien, mais Dieu fera qu’elle retournera à vous avec beaucoup plus grande abondance.

Car il parle de la puissance de Dieu, non pas comme font les Poëtes, mais selon ja façon de l'Escriture, qui luy attribue puissance en effet, de laquelle nous-mesmes sentons l’eflicace présente : et non pas laquelle nous imaginons oisive. {fin guwayans lousjours toute suffisance en toute chose. Il déclare double fruit de ceste grâce qu’il avoit promise aux Corinthiens : asçavoir qu'ils auront Suffisance en toutes choses, et qu'ils ahonderont à bien faire. Par le nom de Su/fsance, il entend la niesure laquelle Dieu cognoist nous estre utile : Car il ne nous

10 Or celuy qui fournit de semence

AUX CORINTHIENS. 611 est pas tousjours expédient que nous soyons remplis jusques à estre soulez.

Le Seigneur donc nous administre nos nécessitez selon ce qu’il nous est proufitable , maintenant plus, maintenant moins : mais c’est en telle sorte que nous avons cContentement : ce qui est beaucoup plus, que si quelqu'un avoit englouti tout le monde. En ceste suffisance il nous faut abonder pour bien faire aux autres :

car Dieu ne nous fait pas du bien afin qu'un chacun retiene à part soy ce qu’il a receu : mais afin qu’il y ait communication mutuelle entre nous, selon que la nécessité le requerra.

Q Ainsi qu'il est escrit, Il a espars, etc. Ce tesmoignage est prins du Pseaume CXIT, 9, où le Prophète entre les autres vertus de l’homme filèle récite aussi ceste-ci, qu'il ne défaudra point en bien faisant : mais comme l’eau descoulë in:

cessamment de la fontaine qui ha une bonne source et vive, ainsi le cours de sa libéralité sera perpétuel. Le saïnct Apostre regarde à cela, Que ne nous lassions jamais en bien faisant : et c’est aussi ce que les mots du Prophète emportent.

& celuy qui sème, Vous vueille baïller

aussi du pain à manger, et multiplier vostre semence, et augmenter les reve-

nus de vostre justice,

14 Estans totalement enrichis à toute simplicité, laquelle fait par nous que

grâces sont rendues à Dieu.

12 Car l'administration de ceste oblation ne survient point seulement aux indigences des Saincts, mais aussi redonde en ce que plusieurs en rendent

grâces à Dieu,

13 En glorifiant Dieu par le moyen de l’'espreuve de ceste subvention, de ce Que vous-vous submettez à l'Evangile de Christ : et de vostre prompte commu-

nication envers eux et envers tous.

14 Et en ce qu'ils prient pour vous, en vous désirant pour l'excellente grâce

de Dieu en vous.

15 Or grâces à Dieu de son don inénarrable.

10 Or celuy qui fournit. Voyei une belle circonlocution du nom de Dieu, et plene de singulière consolation. Car ce- Jay qui a semé en saison deuë, semble en mMoissonnant recueillir le fruit de son libéur et industrie : et les semailles semblent estre la source, de laquelle puis après descoule nostre nourriture. Mais

sainct Paul contredit à telle pensée, affermant que C’est Ft grace de Dieu, qui donne la semence et fournit la nourriture, mesmes aux laboureurs qui sèment, et desquels on pense que par leur labeur ils nourrissent eux et les autres.

Il y a une semblable sentence, au Deutér., chap. VITE, v, 16, Le Seigneur l’a nourri

de manne, viande incognue à tes Pères, afin que paraventure estant venu en la terre qu’il te donnera, tu ne dises, Ma main et ma force m'a donné ceste abondance : car C’est le Seigneur qui donne puissance pour avoir des biens, etc. Baille. I y à yci deux leçons diverses, mesmes entre les Grecs : car aucuns exemplaires ont au temps futur les trois verbes : ainsi, Baillera, Multipliera, Augmentera. Et en ceste sorte ce seroit une confirmation de la sentence précédente.

Car ce n’est point une chose nouvelle à sainct Paul de répéter une mesme chose en diverses paroles, afin qu'elle soit mieux exprimée és cœurs des hommes.

1] va d’autres exemplaires où ceci est leu comme en souhaitant, Baille, Muitiplie, Augmente. Et j'aime mieux suyvre - ceste lecture : tant pource qu’elle est plus approuvée que lautre, que pource que S. Paul à accoustumé de clorre ses exhortations par priéres, requérant par icelles à Dieu cela mesme qu’il avoit comprins en sa doctrine. Combien que Ja première ne conviendroit pas mal. Du pain à manger. Il met double fruit de la bénédiction de Dieu envers nous. Le premier est, que nous ayons à suflisance pour passer ceste vie. Le second, que nous ayons de quoy pour subvenir aux nécessitez des autres. Car comme nous ne sommes point nais seulement pour nous, aussi homme Chrestien ne doit point seulement vivre pour s0y, ne posséder seulement pour son usage particulier ce qu'il ha. Il rapporte La semence et Les revenus de justice aux aumônes.

Aussi il fait obliquement une antithèse de ce mot, Revenus de justice, aux revenus lesquels la plus grand’ part serre en ses caves, greniers et selliers, afin que chacun engouffre pour s’enrichir, tout ce qu'il pourra amasser, voire raffler et arracher. Par le premier mot il entend la matière de bien faire au prochain : par le second l’œuvre mesme, ou l'assistance laquelle on fait par charité :

Car justice est prinse yei pour bénéficence ou libéralité, suyvant la figure némmée Synecdoche : comme s’il disoit, Dieu vueille non-seulement donner à un chacun de vous ce qui suffira pour son

Car. IX.

usage particulier, mais aussi que la fontaine de vostre libéralité découlant perpétuellement, ne soit jamais tarie. Or si c’est une partie de justice, de subvenir à lPindigence des prochains, comme à la vérité s'en est une des principales, il faut bien dire, que ceux-là sont iniques et in-

justes, qui mesprisent ceste partie de

leur devoir.

AA Estans totalement, etc. Derechef il use de ce mot Simplicité, pour exprimer quelle est la nature de la vraye libéralité : asçavoir quand remettans tout nostre souci en Dieu, nous employons alaigrement nostre bien en tous usagés

qu’il commande. Or yci il nous remonstre et donne à entendre que ce sont les

vrayes richesses des fidèles, quand se remettans de la suffisance de leur nourriture en la providence de Dieu, ils ne sont point empeschez par desfiance, qu'ils

ne facent du bien à leurs prochains. Et

ce n’est pas sans cause qu'il orne du nom de Richesses ou Opulence, la suffsance d’un cœur simple et content de sa

médiocrité. Car il n’y a rien plus allouvi

ou affamé que les incrédules, lesquels

sont tormentez d’un souci d’en avoir.

Laquelle fait par vous que grâces sont rendues à Dieu. X leur recommande par un autre effet les aumônes qu’ils devoyent faire, asçavoir qu’elles devoyent tourner à la gloire de Dieu. Et puis après il exprime cela plus clairement avec amplification, en ceste manière, Outre le fruit ordinaire de charité, elles engendreront aussi action de grâces. Or il l’amplifie, disant que grâces seront rendues à Dieu par plusieurs, et non-seulement de ceste libéralité par laquelle ils auront esté se-

courus, mais aussi de toute la piété et crainte de Dieu qui est és Corinthiens. Il appelle 4dministration, ou ministère, ce qu’il avoit prins en charge à la requeste des Eglises. Le mot Gree que nous avons tourné Oblation, signifie quelque fois sacritice, quelque fois toute charge enjoïnte publiquement. Tous les deux conviendront bien en ce lieu-ci. Car premièrement ce n’est point chose nouvelle que les aumônes soyent appelées Sacrifices :

et d'autre part, comme les charges estans distribuées en une ville entre les citoyens

Car, X,

dicelle, nul d’eux ne refuse d’exercer celle qui luy est donnée : ainsi en l'Eglise la Communication consiste en ce que chacun s’acquitte envers ses prochains de ee qu’il leur doit en charité. Les Corinthiens donc et les autres offroyent sacrifice à Dieu en subvenant aux frères de Jérusalem, ou bien ils accomplissoyent une charge légitime, et à laquelle ils estoyent tenus. Sainct Paul estoit:le ministre de ce sacrifice : toutesfois ce mot Ministère, ou administration, se peut aussi rapporter aux Corinthiens : mais il n’y a pas grand intérest à cela.

13 Par le moyen de l'espreuve de ceste subvention, de ce Que vous-vous submettez, etc. Le mot d'Espreuve, se prend yci pour tesmoignage, enseignement, ou expérience, comme il fait aussi en plusieurs autres lieux. Car c’estoit un argument suflisant pour prouver la charité des Corinthiens, de ce qw’ils estoyent tant libéraux envers les frères, qui estoyent si loin d'eux. Mais sainct Paul estend ceci plus avant, asçavoir à leur obéissance qu'ils rendoyent tous d’un accord à lPEvangile. Car nous prouvons vrayement par tels tesmoignages, que nous obéissons à la doctrine de lEvan-

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

gile. Or le consentement appert par cela, que les aumônes sont contribuées par le conseil commun de tous.

1% Et pour leur prière, etc. N ne laisse passer aucune utilité qui puisse servir à esmouvoir el accourager les Corinthiens. En premier lieu, il a raconté le soulagement que les fidèles devoyent sentir. Secondement, l’action de grâces par laquelle Dieu devoit estre glorifié : et qui plus est, disant que ceci serviroit d’une confession, par laquelle tous cognoistroyent leur obéissance. Maintenant il adjouste la récompense que les Corinthiens devoyent recevoir des Saincts , asçavoir une bénévolence procédante de la recognoissance du bénéfice qu'ils avoyent receu des Corinthiens, et les prières qu’ils feroyent pour eux. Ils auront de quoy, dit-il, pour vous récompenser mutuellement, d'autant qu’ils vous aimeront ainsi qu'ils doyvent, et vous auront pour recommandez en leurs prières envers Dieu. Finalement, comme ayant ce qw'il demandoit, il s’esiève d’une grande affection à chanter louange à Dieu : en quoy il à voulu déclarer l’asseurance qu’il avoit de cest affaire, comme si c’estoit desjà tout fait.

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