CHAPITRE X
À Au reste moy Paul, je vous exhorte! par la douceur et clémence de Christ, moy di-je qui en présence suis humble? entre-vous, mais absent suis
hardi envers-vous.
2 Je vous prie, di-je, qu'estant présent, il ne me faille point user de ceste hardiesse par ceste asseurance de laquelle je délibère d’estre hardi envers aucuns, qui nous estiment comme si nous cheminions selon la chair.
3 Certes en cheminant en chair, nous ne bataillons point selon la chair.
k Car les armures de nostre guerre ne sont point charnelles, mais puissantes de par Dieu, à la destruction des forteresses, par lesquelles nous des-
truisons*? Les conseils.
5 Et toute hautesse qui s'eslève contre la cognoissance de Dieu : et réduisons en captivité toute * intelligence à l'obéissance de Christ : 6 Et ayans la vengence appareillée contre toute désobéissance, après que
vostre obéissance sera accomplie.
1) Ou,prie. 2) Ou,petit. 3) Ou, destruisans.
Après avoir achevé son exhortation, il vient maintenant en partie à refuter les calomnies par lesquelles il estoit diffamé par les faux-apostres : en partie à répri-
4) Ou, et amenans comme prisonnière loute.
mer l’insolence et audace d’aucuns meschans qui ne pouvoyent endurer d’estre rangez. Tous les deux pour oster authorité à sainct Paul, interprétoyent ceste
véhémence de laquelle il tonnoit en ses Epistres, une hardiesse d’un vantereau :
pource qu’estant présent, il ne monstroit point d’ostentation en sa contenance, et en son parler, mais estoit humble et contemptible. Voyci, disoyent-ils, cestuy-ci qui cognoissant bien sa petitesse, est si modeste et craintif. en présence, maintenant il parle gros quand il est loin. Pourquoy est-il moins hardi en paroles que par letres? Nous estonnera-il de loin, luy qui en. présence est abject et contemptible? Et d’où luy vient ceste hardiesse, qu’il pense avoir toute authorité sur nous ? Ils semoyent tels propos pour amoindrir sa sévérité, et mesme pour la rendre odieuse. Sainct Paul respond, qu’il n’est hardi, sinon autant qu'il est contraint par nécessité, et que ceste abjection de sa présence corporelle pour laquelle on l’avoit en mespris, ne diminuoit rien de son authorité, pource qu’il estoit excellent en vertu spirituelle, et non point en pompe charnelle : et que pourtant ceux ne demeureroyent point impunis, qui auroyent mesprisé, ou se seroyent mocquez de ses exhortations, ou objurgations, ou menaces. En ce mot, Moy-mesme, il Y à une expression qui emporte grand poids : comme s’il disoit, Combien que ses envieux le blasment d’inégalité, que toutesfois il n’est point variable, mais demeure tousjours un.
À Je vous prie. C’est un propos interrompu, comme sont souventesfois les propos qui procèdent d’une affection véhémente. Le sens en est tel, Je vous prie et supplie affectueusement par la douceur et clémence de Jésus-Christ, que vous ne me contraigniez point par votre obstination et dureté, d’estre plus sévère que je ne voudroye, et comme je seray envers ceux qui me mesprisent, pource que je n’ay. rien d’excellent selon l'apparence extérieure, et ne recognoissent point ceste excellence spirituelle, de laquelle le Seigneur na orné, et laquelle il faloit plustost considérer pour juger de moy. La formule dont il use est prinse sur le propos présent, quand il dit, Par la clémence et douceur de Christ. Les calomniateurs prenoyent occasion de le vitupérer sur ce que Sa présence COFpO-
Car. X.
relle avoit bien peu de dignité et majesté en apparence : et.au çontraire, que de loin il foudroyoit par ses Epistres. Il repousse proprement ces deux çalomnies, ainsi qu’il a desjà esié dit : mais il proteste yci qu'il n’y à rien qui luy plaise plus qu’une douceur convenable. à: un Ministre de Christ, de laquelle le Maistre mesme a donné exemple. Apprenez.de moy, dit-il, que je suis débonnaire et humble de cœur : mon joug est doux, et ma charge légère, Mat... XE,, 295% 30, Aussi le Prophète dit de luy, Il n’estrivera point, et personne, n’Orra sa VOÏx és rues : il ne brisera point le roseau cassé, etc. Isa., XLII, 2, 3. Jésus-Christ donc requiert en ses serviteurs. une mesme douceur qu’il a euë, Quand sainct Paul fait mention-de ceste douceur, il donne à entendre qu’il n’est pas. nouveau, à la prattiquer. Comme s’il disoit, je. vous prie affectueusement que ne mesprisiez point ceste débonnaireté. quele Seigneur Jésus nous.a démonstrée, en. sa personne, et laquelle il nous démonstre tous les jours par ses serviteurs, voire mesme laquelle vous voyez ç4 moy. Qui en présence suis petil. 11 récite ceci, comme en la personne de sesadversaires, en contrefaisant les propos qu'ils te-.
noyent de luy. Or il confesse tellement de paroles ce qu’ils luy reprochoyent, que cependant il ne leur concède rien quant à la vérité de la chose, comme DOuS verrons.
2 Je vous prie, di-je, qu'estant. présent, elc. Aucuns pensent. que c’est un propos rompu, et qu'il n’exprime pas ce qu’il prie : et le sens seroit, Jevous prie, afin qu’il ne me falle point user de hardiesse, etc. Mais je pense plustost qu’il parachève yei ce qu’il défaïloit au mem bre précédent : et ce sera-une.exhortation générale, comme s’il disoit, Monsirez-vous envers moy dociles et obéissans, alin que je ne soye contraint d’estre plus sévère. Voylà quel est -loflice d’un bon pasteur, d'attirer plustost, ses brebis paisiblement et humainement, afin qu’elles souffrent qu’on les gouverne, que de les contraindre par force.: Vray.est que la sévérité est quelque fois nécessaire, mais il faut tousjours commencer
Car. X.
par douceur et clémence, et persévérer en icelle, tant que l'auditeur se démonstrera docile et traittable. Le dernier remède est en la sévérité et rigueur. Il faut, di-je, essayer tous moyens, avant que nous entrions en rigueur : et mesme ne soyons jamais aspres ne rudes, sinous ne sommes bien contraints. Cependant, quant à ce qu’ils le jugeoyent estre couard et craintif quand il faloit combatre de près, il signifie qu'ils se trompoyent grandement en cela, quand il dénonce qu’il résistera constamment en face aux rebelles et obstinez. Ils me mesprisent, dit-il, comme un homme de petit cœur, mais ils me sentiront plusfort et pluscourageux qu'ils ne voudroyent, quand il faudracombatre à bon escient. Il appert par ceci, quand il est temps de se monstrer aspre, asçavoir quand nous avons essayé que la douceur et débonnaireté ne proufitent de rien. Je le feray comme contraint, dit S. Paul, néantmoins j’ay délibéré de le faire ainsi. Voylà une bonne modération : car comme il nous faut, entant qu'en nous est, plustost mener les hommes, que les tirer : ainsi quand par douceur et débonnaireté nous n'avons rien proufité envers les obstinez et rebelles, alors il faut nécessairement se démonstrer sévères et rigoureux. Autremept, ce ne sera point modestie ni équalité bien ordonnée, mais uné couardise ou nonchalance desréglée. Qui nous estiment comme si nous cheminions selon la chair. Erasme la tourne ainsi, Qui pensent que nous cheminions comme selon la chair. L'ancien translateur Latin, selon mon opinion, a approché plus près du vray sens de sainct Paul, Qui pensent de nous, comme si nous cheminions selon la chair. Combien que le mot duquel il use, ne fait point une phrase guères propre en la langue Latine, et n’exprime pas entièrement toute lintention du S.
Apostre.: car le mot Grec se prend yei pour estimer où avoir en réputation. Hs ont opinion de nous, dit sainet Paul, où ils nous prenent comme si nous cheminivns selon la chair. Cheriner selon la chair, Chrysostôme l’expose se gouverner, ou se porter desloyaument, ou malverser en son oflice. Et à la vérité il est
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
prins en ceste signification quasi par tout és Epistres de sainct Paul. Toutesfois j'interpréteroye plustost la chair yci pour pompe et parade externe, ou ostentation, qui est le seul moyen par lequel les faux apostres ont accoustumé de se faire valoir. Sainct Paul donc se plaind du jugement inique et desraisonnable de ceux qui ne considéroyent rien en Juy que la chair, c’est-à-dire l'apparence visible, à la façon commune des hommes, qui appliquent toute leur estude à ambition. Car pource que sainct Paul n’estoit point doué de telles grâces qui acquièrent communéement loange ou réputation envers les enfans de ce monde, il estoit mesprisé, comme estant du rang commun de la troupe. Mais qui estoyent ceux qui le mesprisoyent ainsi? Certes les ambitieux, qui l’estimoyent par le seul regard extérieur, et ne considéroyent point ce qui estoit caché dedans.
3 Certes en cheminant en chair.
Cheminer en chair, signifie yei converser au monde : ce qu’il appelle ailleurs, Habiter au corps !: car il estoit enfermé en la prison de son corps. Mais cela n’empeschoit point que la vertu du S. Esprit ne se démonstrast miraculeusement en son infirmité. C’est derechef une espèce de concession, laquelle toutesfois ne sert de rien à ses adversaires. Ceux-là bataillent selon la chair, qui n’entreprenent rien sinon estans appuyez sur aides humaines, esquelles seules aussi ils se glorifient : et ne mettent point leur fiance au gouvernement et conduite du sainct Esprit. Sainct Paul afferme qu’il n’est point de ces gens-là, d'autant qu'il est armé d'autres armes que de la chair et du monde. Or ce qu’il dit de soy, appartient aussi à tous vrais serviteurs et ininistres de Jésus-Christ : car ils portent un thrésor inestimable dedans des vaisseaux de’terre, ainsi qu'il à dit par cidevant. Parquoy, quoy qu'ils soyent eavironnez d’infirmitez de lachair, toutesfois la puissance spirituelle de Dieu reluit en eux magnifiquement.
4 Car les armures de nosire querre, etc. Telle est la guerre, qu'est la sorte des armes. H se glorilie qu'il est
1) Ci-dessus, V, 6.
Cnar. X.
garni d'armures spirituelles : la guerre | retireroit vers Dieu pour avoir approbadonc est spirituelle. Et ainsi il s'ensuit | tion de sa force. Combien aussi que l’an-
par un argument prins (comme on appelle) des choses contraires, qu’elle n’est point selon la chair. Quant à ce qw’il accompare le ministère de l'Evangile à la guerre, C’est une similitude bien propre :
vray est que la vie de l’homme Chrestien est une guerre perpétuelle. Car quiconque s’addonne au service de Dieu, il n’aura jamais trèves avec Satan, mais sera inquiété ettormenté sans cesse. Cependant tant y à qu'il faut que les Ministres de la Parole, et les Pasteurs soyent comme port’enseignes ou guidons pour aller devant les autres. Et certes il n’y en à point à qui Satan face plus de fascheries, lesquels il presse plus vivement, ni à qui il donne de plus terribles assauts, ne plus souvent. Celuy donc Se trompe bien qui se prépare à faire Cest office, si quant et quant il n’est garni de force et de courage pour combatre : car il ne peut estre exercé sinon en guerroyant. Car il nous faut faire nostre conte que l'Evangile est comme un feu, par lequel la fureur de Satan est embrasée. Parquoy il ne se peut faire autrement, qu’il ne soit armé pour batailler toutes fois et quantes qu'il voit que l'Evangile est avancé. Mais de quelles armes le doit-on repousser? Il ne peut certes estre repoussé que par armures spirituelles. Quiconque donc est desgarni de Ja vertu du sainct Esprit, quoy qu'il se vante estre Ministre de Jésus-Christ, néantmoins il ne se prouverà point estre tel. Combien que si nous voulons avoir une plene définition des armes spirituelles, la doctrine doit estre conjointe avec le zèle et la bonne conscience, avec l’efficace du sainct Esprit, et autres grâces nécessaires. Viene maintenant le Pape, et qu'il s’attribue tant qu’il voudra le titre de dignité Apostolique : y a-il chose plus ridicule, si on fait jugement par ceste règle de sainct Paul? Mais puissantes de par Dieu. Ou selon Dieu, ou de Dieu. Je pense qu’il y a vei tacitement une antithbèse : asçavoir que ceste force est mise à l’opposite de lPimbécillité qui apparoist devant le monde par dehors. Ains le sens seroit, Que laissant là tous les jugemens des hommes, il se
tithèse ne laissera point d’estre encore en prenant l’autre sens : asçavoir, Qué la puissance de ses armes est appuyée sur Dieu, et non point sur le monde.
A la destruction des forteresses. W'appelle Forteresses, les conseils ‘et toute hautesse eslevée à l'encontre de Dieu :
de laquelle il parlerd ci-après. Or elles sont ainsi appelées bien proprement, et par expression bien signifiante : car il se veut vanter qu’il n’y a rien si fort en ce monde, de quoy il ne puisse venir à bout et ruiner : comme S'il disoit, Je sçay bien combien les hommes charnels s’enorgueillissent de leurs vaines parades': "et comment ils me mesprisent fièrement et à plaisir, comme s'il n’y avoit rien en moy qui ne fust abject et contemptible, et eux cependant fussent eslevez en quelque haut degré au pris de moy : mais leur présomption est vaine et folle : car les armures du Seigneur, par lesquelles je comba, seront plus fortes, et l’emporteront contre toutes les forteresses, par le moyen desquelles ils s’estiment invincibles. Or comme ainsi soit que le monde a accoustumé de s’armer en deux sortes pour faire guerre à Jésus-Christ :"asçavoir d’un costé, des ruses, moyens malicieux, tromperies et autres machinations secrètes : de l’autre costé, de cruauté et Oppression de faict : saïnet Paul touche les deux : car par les conseils, il entend tout ce qui dépend de la prudence charnelle. La hautesse, Signifie toute gloire et puissance du monde. Il ne faut donc point que le serviteur de Jésus-Christ craigne toute la force espovantable du monde, laquelle s’opposera à sa doctrine.
Qu'il ne laisse point de persévérer :'et .
en ceste sorte il dissipera toutes machinations de quelque sorte qu'elles soyent.
Et qui plus est, le royaume de Jésus- Christ ne peut estre autrement dressé ni establi, sinon en destruisant tout ce qui est haut en ce monde. Car il n’y'a rien qui soit plus contraire à la sapience spirituelle de Dieu, que Ia prudence de Ja chair : il n’y a rien plus ennemi de la grâce de Dieu, que la faculté naturelle de l’homme : et ainsi des autres: Le seul
Cuar. X.
fondement donc du royaume de Jésus- Christ, c’est l’abbaissement des hommes.
Et à cela se rapportent ces façons de parler qui sont és Prophètes : La lune aura honte, et le soleil sera confus, quand le Seigneur commencera à régner en ce jour-là. Item, La hautesse de l’homme sera rabbaissée, et la grandeur des hommes humiliée, et le Seigneur sera seul exalté en ce jour-là, Isaïe, XXIV, 93, et Il, 17. Pource qu’afin que Dieu seul soit éminent, il est nécessaire que toute la gloire du monde s’esvanouisse.
5 Æt réduisons en captivité, etc. Je pense qu'il a parlé ci-dessus proprement du combat des armures spirituelles, à Pencontre des empeschemens qui s’eslèvent pour destourber ou mettre bas l'E-
wangile de Christ : mais maintenant il parle de ia préparation ordinaire, par laquelle les hommes doyvent estre amenez à l’obéissance d’iceluy. Car tandis que nous-nous reposons sur nostre propre sens, el que nous sommes sages en nousmesmes, il s’en faut beaucoup encore que nous soyons aucunement approchez de la doctrine de Jésus-Christ. Parquoy il faut commencer par là, que celuy qui est sage, soit fait fol : c’est-à-dire que nous renoncions à nostre propre intelli- 2ence, que nous quittions toute prudence de la chair, et que par ce moyen nous offrions nos esprits vuides à Jésus-Christ, afin qu’il les remplisse. Or il faut noter ceste façon de parler, quand il dit, Qu'il réduit en captivité toute cogitation et intelligence. Car cest autant comme sil eust dit, Qu'il faut brider et arrester la liberté de l'esprit humain, afin qu’il nait aucune sagesse hors la doctrine de Jésus- Christ : d'avantage, que son audace ne peut estre autrement réfrénée, s’il n’est tenu enserré Comme en captivité. Or c’est la conduite du sainet Esprit, qui fait qu’il souffre d’estre gouverné, et qu’il demeure en servitude volontaire.
6 Ayans la vengence appareillée. I a adiousté ceci, afin que les hommes effrontez ne s’eslevassent par orgueil à l'encontre de son ministère, comme si en faisant cela, ils deussent demeurer impunis. Il dit donc, que non-seulement la puissance luy est donnée pour ranger à
SUR LA Ile ÉPISTRE
obéissance de Christ, les disciples volontaires : mais aussi pour prendre vengence des rebelles et obstinez: et que ses menaces ne sont point espovantemens vains pour faire peur (comme on dit) aux petis enfans: mais qu’elles ont lexécution toute appareillée, comme on dit coustumièrement. Or ceste vengence est fondée en la parole de Jésus-Christ : Ce que vous aurez lié sur la terre, sera aussi lié au ciel, Matthieu, XVII, v. 18. Car combien que Dieu ne foudroye pas aussi tost que le Ministre a prononcé la sentence, toutesfois le jugement est ferme et stable, et sera accompli en son temps. Ceci se doit tousjours entendre, quand le Ministre combat d'armes spirituelles. Aucuns entendent ceci des peines corporelles, par lesquelles les Apostres faisoyent la vengence contre les meschans et obstinez. Comme sainct Pierre punit de mort Ananias et Sapphira, Actes , chap. V, v. 5: et saint Paul frappa d’aveuglement le Magicien Elymas, Actes, XIIT, v. 41.
Mais l’autre sens est plus convenable :
car les Apostres n’ont pas tousjours, ou indifféremment usé de ceste puissance-là.
Et S. Paul parle en général, qu'il ha la vengence toute preste en ses mains Contre tous désobéissans. {près que vostre obéissance. Voyez comme il se donne bien garde de n’estranger personne par trop grande sévérité ou rigueur. Car pour autant qu’il avoit menacé les rebelles et obstinez de punitions : afin qu’il ne semble qu’il vueille irriter les Corinthiens, iltestifie qu’il ha une autre charge, qui luy est enjointe envers eux: asçavoir seulement de les rendre obéissans à Christ. Et à la vérité, c’est-ci le propre but de l'Evangile, comme il le monstre aussi au commencement et en la fin de l’Epistre aux Romains. Parquoy tous docteurs Chrestiens doyvent tenir cest ordre songneusement : asçavoir qu’ils taschent premièrement à tirer obéissance doucement de leurs auditeurs : voire jusques à les semondre bénignement, avant qu’entrer à les menacer, et leur dénoncer la peine de rébellion. Et pour ceste cause Jésus-Christ Iuy-mesme à premiérement donné le commandement de deslier, que de lier.
Car. X.
f sé
7 Regardez-vous les choses selon la face !? Si aucun se confie en soy-mesme qu'il ha Christ, qu'il pense derechef en soy-mesme, que comme il est à Christ, pareillement aussi sommes-nous à Christ.
8 Car si je me veux glorifier d'avantage de nostre puissance, laquelle le Seigneur nous a donnée à vostre édification, et non point à vostre destruction,
je n'auray point vergongne :
9 Afin qu'il ne semble que je vous vueille espovanter par letres.
A0 Car les letres (disent-ils) sont graves et fortes : mais la présence du corps est foible, et la parole contemptible. à
A1 Que celuy qui est tel, pense que tels que nous sommes de paroles par letres absens, tels aussi sommes-nous de faict présens.
1) Ou, l’apparence ?
7 Vous regardez les choses. Premièrement ceste particule, Selon la face, peut estre prinse en deux sortes: ou
pour l’expérience mesme visible et mani- feste: ou pour la masque et apparence extérieure qui nous déçoit, et la sentence peut estre leuë, tant par interrogation, que par aflirmation. D’avantage, le verbe, Regardez, peut estre, où de l’Impératif, ou de lIndicatif. Toutesfois je penseroye plustost que ce fust une objurgation, et qu’il reprend les Corinthiens, parce qu’ils enduroyent qu’on leur esblouist les yeux d’un fard et vaine pompe. Comme s’il di- “soit, Vous estimez beaucoup les autres, qui sont enflez de grandes bouffées d’ostentation : et vous me desprisez pource que je n’ay point d’ostentation de vanterie. Car Jésus-Christ aussi oppose au droit jugement, celuy qui est fait selon l'apparence de la personne, Jehan, VIF, v. 24, et VITE, v. 15. Il taxe donc tacitement les Corinthiens de ce que se contentans d’une apparence fardée, ils n’examinoyent point à bon escient qui estoyent ceux qu’on devoit {enir pour serviteurs de Christ. Si aucun se confie, etc. Voylà une parole qui procède d’une grande asseurance. Car il prend cela pour une chose tout arrestée, qu’il est si bien Ministre de Christ, que ce titre ne luy peut estre osté. Quiconque, dit-il, veut estre réputé Ministre de Christ , il faut néces-
sairement qu'il me mette du nombre.
Pourquoy? Qu'il le pense, dit-il, par
soy-mesme. Car tout ce qu’il aura en sOy
digne de cest honneur, il le trouvera pareillement en moy. Par cela il donnoit ta-
citement à entendre qu’il ne faloit point estimer pour serviteur de Jésus-Christ, ceux qui mesdisoyent de luy. Il n’appartient pas à tous de parler ainsi hardiment.
Car il se pourra bien faire, et: qui plus est, il advient tous les jours qu’un tas de garnemens , et qui ne servent d'autre chose qu’à déshonorer Jésus-Christ, s’attribueront arrogamment cela mesme. Or sainct Paul ne disoit rien de soy, qu'il n’eust prouvé par fermes et bons tesmoignages devant les Corinthiens. Maintenant si quelqu'un estant despourveu de iout tesmoignage de la vérité, se vante en telle sorte, que fera-il autre chose que s’exposer en mocquerie à tous? $e con- Jier en soy-mesme, signifie autant comme, Voulant estre en estime : s’attribuer puissance et authorité sous couleur de dire qu’il sert à Jésus-Christ.
8 Car sije me veux glorifier d'avantage de nostre puissance, etc. C'estoit modestie à luy de s’estre conté du rang de ceux lesquels il surmontoit de beaucoup. Et toutesfois il ne s’est point voulu monstrer tant modeste, qu’il nait voulu contregarder son authorité saine et sauve. Et pourtant il adjouste qu’il en a dit moins que son droict ne luy en donnoit : car il n’estoit point d’un-ordre vulgaire entre les Ministres, mais excellent entre les Apostres, Il dit donc, Combien que je me glorifie d'avantage, je n’en auray point vergongne: Car j’auray bonne matière de ce faire. C’est une anticipation: car il ne laisse point à parler de sa gloire, et toutesfois il se déporte d’en faire long récit, afin que les Corinthiens
Car. X. entendent que ce qu’il se glorifie, il le fait contre son gré: comme à la vérité les faux-apostres l'y contraignoyent par leur meschanceté : autrement il ne l’eust pas fait. I appelle sa puissance , l’authorité de son Apostolat, laquelle il avoit envers les Corinthiens. Car combien que tous les Ministres de la Parole ayent un mesme et commun oflice, toutesfois il y a des degrez d'honneur, Or Dieu avoit constitué sainet Paul en plus haut degré que les autres, quand il s’estoit voulu servir de luy pour fonder et bastir ceste Eglise:
et avoit orné son Apostolat en plusieurs sortes. Mais afin que les malvueillans ne le-meissent en haine envers les autres, parce: qu'ilavoit usé de ce mot Puissance, il adjouste à quelle fin elle luy avoit esté donnée: asçavoir pour le salut des Corinthiens.. Dont il s’ensuit qu’elle re leur devoit point estre ennuyeuse ne fascheuse. Car qui est-ce qui ne prinst bien en gré, mais plustost qui est-ce qui n’aimast ce qui Cognoistra luy estre proufitable? Cependant il y a une antithèse facite entre sa puissance, et celle de Îaquelle les faux-apostres se glorifioyent :
qui «estoit telle que les Corinthiens n’en recevoyent aucun fruit, et n'en sentoyent aucune édification. Au demeurant, il ne faut point douter que tous les Ministres de la parole n’ayent aussi puissance. Car que serait-ce de la prédication de la Parole sans puissance ? Parquoy il est dit à tous, Qui vous oit, il n’oit : qui vous rejette, il me rejette, Luc, chap. X, v. 46.
Mais pource qu’il y en a plusieurs qui s'attribuent à tort ce qu’ils n’ont pas, il faut diligemment noter jusques où sainct Paul estend sa puissance : asçavoir qu'elle soit en édification aux fidèles. Ceux donc qui exercent puissance en destruisant. l'Eglise, monstrent bien qu’ils sont tyrans et brigans, et non point pasteurs. Secondement, il faut noter qu’il afferme que ceste puissance luy a esté donnée de Dieu. Quiconque done voudra avoir quelque puissance, il faut qu’il ait Dieu pour autheur d’icelle. Vray est que les autres aussi se pourront bien vanter de cela: comme le Papese vante à gorge desployée qu’il est vicaire de Jésus-Christ. Mais que fait-il”?
quel tesmoignage en rend-il, pour luy ad-
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
jouster foy? Car Jésus-Christ n’a point donné ceste puissance à des personnes muetes, mais seulement aux Apostres, et à ses autres Ministres : afin que la doctrine de son Evangile ne fust sans défense. Parquoy toute la puissance des Ministres est enclose en la Parole : en sorte toutesfois que le Seigneur Jésus demeure tousjours le seul Maitre et Seigneur. Souvenons-nous donc que ces deux choses sont requises en une puissance légitime : asçavoir qu’elle-soit donnée de Dieu, et qu’elle soit exercée au salut et proufit de l'Eglise. Or on sçait bien à qui c’est que Dieu à donné ceste puissance : et layant donnée, comment il l’a limitée. Ceux qui fidèlement obéissent à son commandement, lPexercent ainsi qu’il appartient. Toutesfois on peut yei faire une question: Le Seigneur Dieu parle ainsi à Jérémie, Voyci, je te constitue sur les gens, et les royaumes, afin que tu plantes et arraches, que tu édifies et démolisses, Jérémie, [, v. 40. Et nous avons veu un peu auparavant, que les Aposires sont ordonnez sous ceste mesme condition, afin qu’ils destruisent et abbatent tout ce qui s’eslèvera à l’encontre de Jésus-Christ. D’avantage, les Docteurs de l'Evangile ne peuvent autrement édifier , sinon en destruisant le vieil homme. En outre, ils annoncent l'Evangile en la condamnation et ruine des meschans. Je res-
porn, que ce que sainct Paul dit yci, n’ap-
partient en rien aux réprouvez: Car il parle aux Corinthiens, ausquels il vouloit que son Apostolat fust salutaire. Pour le regard d'eux (di-je) il ne pouvoit rien qui ne fust en édification. Et nous avons déjà dit que ceci avoit esté nomméement exprimé, afin que les Coriuthiens entendissent que lauthorité de ce sainct personnage n’estoit impugnée que par Satan, ennemi mortel de leur salut, la fin de laquelle tendoit à leur édification. Combien que cela est bien vray en général, que la doctrine de l'Evangile de sa nature propre sert à édification, et non point à destruction. Car ce qu’elle destruit, vient d'ailleurs : asçavoir par la faute des bommes, quand ils s’aheurtent contre Ja pierre qui estoit ordonnée pour leur estre fondement. Or quant à ce que par la des-
620 COMMENTAIRES Car, X.
truction du vieil homme nous sommes | moindre estime, il respond qu’on ne luy restaurez en l’image de Dieu, cela ne ré- | met rien en avant qui les doyve empespugne point aux paroles de sainct Paul : | cher d’adjouster foy à soy et à sa doccar lors la destruction est prinse en |trine, ou diminuer sa réputation. Car il bonne part: mais yei en mauvaise part, | ne faut pas moins estimer Peffet que la pour la ruine de ce qui est de Dieu, ou | parole. Il n'’estoit point moins excellent pour la perdition de l’âme. Comme s'il! par œuvre en présence, que par paroles disoit, Que la puissance ne leur estoit| en absence. Parquoy c’estoit une chose dommageable, de laquelle Putilité à salut | inique que sa présence corporelle fust estoit toute évidente. jugée contemptible. Il appelle yci OEuvre,
9 Afin qu'il ne semble que je vous | à mon avis, tant l’efficace et le fruit de sa vueille, etc. I touche derechef la calom- | prédication, que les vertus dignes d’un nie, laquelle il avoit repoussée par ci-de- | Apostre, et tout l’estat de sa vie. Or /a vant: Asçavoir qu’il estoit hardi par le- | parole, ne signifie pas la substance mestres, et qu’en présence il avoit le cœur | me de la doctrine, mais seulement la fifailli. Par ce prétexte-là ils rendoyent ses | gure, et par manière de dire, l’escorce: escrits contemptibles. Quoy? disoyent- | car il eust combatu plus asprement pour ils, Nous espovantera-il de loin par ses | la doctrine. Mais ce mespris procédoit de Epistres, et s’il estoit présent, à grand’- | ce qu’il n’avoit pas une éloquence: bien peine oseroit-il ouvrir la bouche? Afin | ornée et magnifique, par laquelle on ac donc que ses Epistres ne fussent en | quiert grâce envers les hommes:
12 Car nous ne nous osons point mettre du ranc d'aucuns, ni accomparer à eux, lesquels se prisent eux-mesmes : mais ils ne sont point sages! de se mesurer eux-mesmes par eux-mesmes, el s'accomparent à eux-mesmes.
13 Mais quant à nous, nous ne nous glorifierons point de ce qui n'est point de nostre mesure : ains selon la mesure réglée, que Dieu nous à départie, mesure, di-je, d'estre parvenus jusqu'à vous.
44 Car nous ne nous estendons point plus qu'il ne faut, comme si nous n'estions point parvenus jusques à VOUS : vEU que NOUS SOMMES PATVENUS MESmes jusques à vous pur la prédication de l'Evangile de Christ. |
15 Ne nous glorifians point outre mesure? és labeurs des autres : espérans que quand vostre foy croistra en vous, nous serons amplement accreus en ce qui nous a estèé mesuré à la règle:
16 Jusques à évangélizer és lieux qui sont plus outre que vous, etnon point nous glorifier en ce qui a esté mesuré à autruy, c’est asçavoir és choses desjà toutes préparées.
17 Mais celuy qui se glorifie, qu'il se glorifie au Seigneur.
48 Car celuy qui se prise soy-mesme, n’est point approuvé, mais celuy que le Seigneur prise.
1) Ou, ils n’entendent point. 2) Ou, Ne nous glorifians point en ce qui n’est point de nostre mesure, c’est-à-dire, etc.
49 Car nous ne nous osons point. Il aussi bien je n’oseroye me mesler parmi dit ceci par ironie: car puis après non- | vos Apostres, ne me mettre de leur rane, seulement il s’accompare hardiment à lesquels sçavent si bien prescher leur exeux, mais se mocquant de leur vanité, il | cellence. Cependant toutesfois déclarant les met bien loin derrière soy. Or par que toute leur gloire ne consiste qu’en ceste ironie non-seulement il reprend et | paroles et vanteries, il monstre que ce poingt ces braves vantars: mais aussi | ne sont que bavars et gens de néant. Et les Corinthiens, qui les entretenoyent en | quant à soy, il s’attribue l’effet en lieu leur folie par leur fausse approbation. Je | des paroles, c’est-à-dire la matière vraye suis content, dit-il, de ma petitesse : car let solide de gloire. Mais il semble avis
Cuar. X.
qu'il pèche luy-mesme en ce qu'il reprend les autres: car il se prise soy-mesme incontinent après. Je respon qu’il faut considérer la fin. Car ceux qui estans vuydes de toute ambition, désirent seulement de servir à Dieu avec fruit et proufit, ne regardent point à se priser eux-mésmes. Or quant à ce passage, il ne faut point d'autre solution que celle qu’on peut recueillir par les paroles mesmes. Car nous dirons bien que ceux-là se prisent eux-mesmes, qui estans despourveus et vuides de toute vraye louange, et se glorifians toutesfois outre mesure, donnent à entendre qu’ils sont ce qu'ils ne sont point. Ce qui appert aussi par ce qui s'ensuit. Mais ils ne sont point sages de se mesurer eux-mesmes. Il monstre yei au doigt leurs sottises. Un Jousche voit bien clair entre les aveugles, et un sourdaut oit clair entre ceux qui sont plenement sourds. Ceux-ci estoyent tels: lesquels se plaisoyent pour ceste cause, et se vantovent entre les autres, pource qu’ils ne regardoyent point à ceux qui estoyent plus excellens qu’eux. Car s'ils se fussent accomparez avec S. Paul, ou avec un autre semblable, ils eussent esté contraints de mettre bas tout incontinent ceste fole persuasion qu’ils avoyent : et en lieu de se vanter, ils eussent eu honte. Ilne faut point chercher la solution de ce passage ailleurs qu'aux moines. Car comme ainsi soit qu'ils soyent presque tous de gros asnes remplis d’ignorance, et toutesfois estimez sçavans à cause de leur froc et longues robbes : s’il advient que quelqu'un d’entr'eux ait quelque goust des bonnes letres, il estend ses plumes orgueilleusement, comme un paon:
il court de luy un bruit admirable, et est adoré entre tous ses compagnons. Mais si on vient à laisser derrière ceste masque de frocs et coqueluches, et qu'on les examine ainsi qu'il appartient, on descouvrira toute leur vanité. Et pourquoy cela? Ce qui est dit par un proverbe ancien, est bien vray, Que l'ignorance est hardie.
Mais ceste arrogance intolérable des moines, procède de là, qu'ils se mesurent par eux-mesmes. Car comme ainsi soit qu’il n’y ait rien en leurs cloistres que pure barbarie et bestise, il ne se faut
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
point esbabir si le lousche règne là entre les aveugles. Tels estoyent ces envieux de sainct Paul: car ils se flattoyent en eux-mesmes, ne considérans point quelles vertus estoyent requises à la vraye louange, et combien ils estoyent loin encore de l’excellence de sainct Paul et de ses semblables. Et certes ceste seule cogitation les eust rendus honteux, et à bon droict. Mais ceste punition est justement deuë aux ambitieux : asçavoir que par leur sottise ils S’exposent à la mocquerie de chacun, ce que toutesfois ils craignent le plus: et qu'ils rapportent déshonneur en lieu de gloire, laquelle ils appètent par moyens mal propres.
13 Mais quant à nous,nous ne nous glorifierons point, etc. I oppose maintenant sa modestie à la sotte outrecuidance des faux-apostres : et quant et quant démonstre quelle est la vraye mesure de se glorifier, Asçavoir quand nous n’outrepassons point les limites que Dieu à bornez. Le Seigneur m'a-il donné quelque don ? je seray content de ceste mesure, je ne désireray et ne m’attribueray rien d’avantage. Voylà qu’il appelle La mesure de sa règle. Car la règle d’un chacun, à laquelle il se doit compasser, c’est le don et la vocation de Dieu. Combien qu’il ne nous soit pas mesme licite de nous glorifier en la vocation ni au don de Dieu pour nostre esgard: mais seulement entant qu’il est expédient à la gloire de Dieu : lequel pour ceste cause est si Jibéral envers nous, afin que nous luy facions hommage de tout ce que nous avons, confessans le tenir de luy. La mesure d'estre parvenus jusques à vous. Par ceste particule il signifie qu'il n’ha nul besoin de tesmoignages de paroles envers les Corinthiens, parce qu’ils estoyent une partie de sa gloire: comme il dit ailleurs, Vous estes ma couronne, Philip., IV, 4 : mais il poursuit la forme de parler qu’il avoit commencée. Jay (dit-il) ample matière pour me glorifier encore que je n’outrepasse point mes limites : et vous en estes une partie. Or en parlant ainsi, il taxe (modestement toutesfois) leur ingratitude, de ce qu’ils ne tenoyent quasi nul conte de son Apostolat, lequel sur toutes choses ils devoyent
avoir en révérence par ce qu’il éStoit approuvé de Dieu. Et en chacun membre il faut suppléer lantithèse des fanx-apostres, qui ne pouvoyent pas mettre en avant une telle approbation.
1% Car nous ne nous estendons point, etc. 1] fait allusion à ceux qui allongént les bras par force, ou se dressent sur le bout de leurs pieds, quand ils ne peuvent atteindre à ce qu’ils veulent prendre. Voylà quelle ‘est la convoitise affamée de gloire, et encore bien souvent de plus mauvaise grâce beaucoup. Car les ambitieux: non-seulement estendent les bras, et se dressent sur leurs pieds:
mais courent à bride avallée, et sont comme transportez à pourchasser quelqué couleur de se glorifier. Il démonstre aucunement que ses envieux estoyent tels. Puis après, il déclare en quelle manière il estoit venu aux Corinthiens, asçavoir pource que par Son ministère il avoit fondé leur Eglise. Et pourtant il dit, Zn la prédication de l'Evangile de Christ.
Car il n’estoit point venu vuyde ne despourveu à eux, mais leur avoit le premier apporté l'Evangile. Aucurns en lieu de En, lisent Par l'Evangile : lequel sens ne convient pas : toutesfois il semble que S. Paul vueille orner sa venue vers les Corinthiens, en ce qu’il estoit doué d’un don si excellent.
15 Ne nous glorifians point, etc.
Maintenant il reprend les faux-apostres en plus grande liberté, lesquels, combien qu’ils eussent mis les mains en la moisson d’autruy, estoyent toutesfois si impudens qu’ils osoyent bien détracter et mesdire de ceux qui par leur labeur et industrie leur avoyent appresté la place.
Sainict Paul avoit fondé l'Eglise des Corinthiens, et non sans grande résistance et difficulté. Ceux-ci vienent après, qui trouvent le chemin faict, et la porte ouverte: et afin qu’ils soyent estimez quelque chose, ils s’attribuent impudemment cé qui re leur appartenoit aucunement, et taschent de faire trouver petit tout ce que sainet Paul à faict. Æspérans que quand vostre foy croistra en vous. I reprend derechef obliquement les Corinthiens, pource qu’ils lPempeschoyent de faire plus grans fruits à l'avancement de
Car. X.
PEvangile. Car quand il a dit qu’il'ha espérance que quand leur foy eroistra, les bornes aussi de sa gloire s’'estendront plus loin: il signifie que l’imbécillité de leur foy estoit cause de ce que son cours a esté aucunement retardé. Comme s'il disoit, Je deveroye maintenant estre occupé à conquester de: nouvelles Eglises; voire vous m’y donnans la main, Si vous aviez proufité comme il appartient : mais vous me donnez maintenant empeschement par vostre infirmité. J'espère toutesfois que le Seigneur fera par sa grâce, que d’oresenavant il S’ensuyvra ün plus grand fruit en vous : et mesme que par ce moyen la gloire de mon ministère sera augmentée selon la règle et mesure de la vocation Divine. Se glorifier és choses préparées, c’est autant comme se glorifier és labeurs des autres. Car combien que sainct Paul eust guüerroyé;, toutesfois les autres triomphoyent : c’est-à-dire, combien qu’il eust soustenu tout le fais et la peine, les autres en rapportoyent la gloire. |
17 Mais celuy qui se glorifié, etc.
Ceste sentence est mise par mänière de correction. Car on pouvoit estimer que ce qu’il se glorifioit ainsi; estoït une vaine vanterie. Pour ceste cause il s'adjourne, et soy et les autres devant le siége judicial de Dieu, disant que ceuxlà seulement se glorifiént ainsi qu’il appartient, qui sont approuvez de Dieu: Au reste, Se glorifier au Seigneur, se prend vyei autrement qu’il ne fait ‘pas au chapitre Ie de lépistre précédente aux Corinthiens, v. 31, et en Jérémie, chap. IX, v. 24. Car là il signifie Recognoistre Dieu tellement autheur de tous biens, que tout ce qui est de biens soit attribué à sa grâce et bonté, et que les hommes ne s’eslèvent point : ains qu’ils glorifient Dieu seul, et non autre! Mais yci, il signifie Remettre toute nostre gloire en la volonté de Dieu, et à ce qu'il en jugera, et n’estimer rien toutes autres choses. Car comme ainsi soit que les uns dépendent de l’opinion des hommes, et qu’ils se poisent à la balance du peuple, à laquelle il n’y a point de fiance, et que les autres sont déceus par léur propre arrogance, Saînct Paul veut que nous
Cuar. XI.
ne pourchassions autre gloire que ceste- |
ci: asçavoir que nous soyons plaisans et agréables à Dieu, selon le jugement duquel nous tous demeurons fermes, ou tombons bas. Les Payens mesmes disent bien que la vraye gloire gist en la pure et droite conscience. Or c’est bien quelque chose que cela, mais ce n’est pas le tout. Car d'autant que nous sommes aveuglez quasi tous de trop grande amour de nous-mesmes, il n’y a point de fiance de nous arrester au jugement de nos personnes. Car il nous faut souvenir de ce qu’il dit ailleurs, Qu'il ne se sent point coulpable de chose quelconque, et que toutesfois il n’est point justifié par cela: Quoy donc? Sçachons que ceste puissance doit estre réservée à Dieu seul, d’asseoir jugement sur nous, 4 Cor.
Chap. IV, v. 4. Car nous ne sommes pas juges compétans en nostre propre cause.
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Ce sens est confermé par ce qui s'ensuit incontinent après : Car non pas qui se prise soy-mesme, cestuy-là est approuvé. Car il est bien aisé que les hommes soyent trompez par fausse persuasion : et cela advient tous les jours.
Parquoy, rejettans toutes autres choses, aspirons seulement à ceci, que nous soyons approuvez de Dieu, et nous contentons de sa seule approbation, comme à bon droict nous la devons estimer plus que toutes les faveurs de tous les hommes. Ün personnage à dit autre fois, qu’il estimoit autant l’opinion de Platon, que de mille. Or il n’est point vci question si l’un vaut mieux que lautre, selon le jugement des hommes, mais nous parlons de la sentence de Dieu mesme, qui peut renverser tout ce que les hommes auront jugé.