‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 74 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

4 À la miene volonté que vous me supportissiez un petit en ma folie : mesme

aussi supportez-moy *.

2 Car je suis jaloux de vous d'une jalousie de Dieu. Car je vous ay appropriez à un Mari, pour vous présenter comme une vierge chaste à Christ.

3 Mais je crains que comme le serpent a séduil Eve par sa ruse?, semblablement en quelque sorte vos pensées ne soyent corrompues se destournans de

la simplicile qui est en Christ.

4 Car si quelqu'un venoit qui vous preschast un autre Jésus que nous n'avons présché : ou si vous receviez un autre Esprit que vous n'avez receu, ou un autre Evangile que vous n'avez receu, vous feriez bien de l'endurer.

o Mais j'estime que je n'ay esté en rien moindre que les plus excellens

Apostres.

6 Que si je suis idiot à parler, toutesfois je ne le suis point en cognoissance : ains nous avons esté entièrement manifestez en toutes choses vers vous.

1) Ou, certes vous me supportez. 2) Gen, IT, #.

4 À la miene volonté que vous me supportissiez. Pource qu'il voyoit que les oreilles des Corinthiens estoyent encore en partie préoccupées des propos des fâux-apostres, il use d’une autre ruse.

Car il se tourne à faire souhait, comme font ceux qui n’osent pas apertement prier ceux ausquels ils ont affaire. Toutesfois incontinent après, comme ayant prins hardiesse, il prie. néantmoins les Corinthiens de supporter sa folie. Il appelle Folie, le propos contenant des-

cription magnifique de ses louanges, qui s’ensuyvra après. Non pas qu’il fust fol en se glorifiant : car il y estoit contraint par nécessité, et se modéroit si bien qu'on ne le pouvoit justement juger estre excessif. Mais pource que c’est chose de mauvaise grâce que de se louer soymesme, et laquelle un personnage honneste ne voudra point faire, il parle par forme de concession. Là où j’ay traduit, Supportez-moy, Chrysostôme l’a exposé par affirmation, Vous me supportez. Et à

la vérité, le mot Grec se peut prendre en deux sortes : et tous les deux sens ne convienent pas mal: toutesfois pource que les raisons qu’il adjouste puis après, tendent à cela que les Corinthiens ne desdaignent point de le supporter : et pource que derechef il se plamdra à eux ci-après, qu’ils ne luy ottroyent rien, j’ay suyvi la vieille translation. En disant, 4 la miene volonté : il sembloit qu’il se desfiast : mais maintenant comme corrigeant ceste desfiance, il leur commande apertement et franchement.

2 Car je suis jaloux, etc. Voylà pourquoy il a parlé de la folie ou sottise.

Car la jalousie transporte l’homme comme sil disoit, Ne cherchez point en moy une équalité et modération, comme d’un homme qui est en repos d'esprit, et nullement esmeu d’affection quelconque. Car la véhémence de la jalousie de laquelle je brusle envers vous, ne me Jaisse point en repos. Mais pource qu’il y à deux sortes de jalousie, lune qui procède de l’amour de nous-mesmes, qui est mauvaise et corrompue : l’autre de laquelle nous sommes esmeus pour lamour de nostre Dieu, il exprime yei la sorte de sa jalousie. Car plusieurs sont jaloux pour eux-mesmes, et non pas selon Dieu. Or il n’y a point d'autre saincte et juste jalousie, sinon celle qui regarde Dieu, et tend à faire qu’on n’oste à Dieu l'honneur qui luy appartient. Car je vous ay appropriez à un mari. Il prouve par la fin de sa prédication, que telle estoit Sa jaiousie : car il tendoit à cela, de les donner en mariage à Jésus-Christ, et les faire persévérer en saincte conjonction avec luy. Au reste, en sa personne il nous peind yci au vif l’image d’un bon Ministre, car il n’y a qu’un seul Espoux de l'Eglise, asçavoir le Fils de Dieu : et les Ministres sont tous amis de l'Espoux :

comme Jehan-Baptiste tesmoigne de s0ymesme, au Chap. IE, v. 29. Et pourtant ils doyvent tous s’employer à ce que la foy de ce sainct et sacré mariage demeure ferme et inviolable. Ils ne le pourront faire, s’ils ne prenent en eux l'affection de l’Espoux, en sorte qu’un chacun d’eux soit aussi songneux de la pureté de l’Eglise, comme un mari de la chasteté de

Car. XI].

sa femme. Qu'on chasse donc en ceci toute paresse et froidure. Car quiconque est froid et lasche, ne sera jamais propre à cest office. Mais cependant, qu’ils avisent bien qu'ils ne cherchent leur proufit, en lieu de procurer ce qui appartient à Christ : qu’ils ne se mettent point en sa place, de peur que faisans semblant d’estre conducteurs de son espouse, ils ne soyent vrayement adultères, la destournans de Christ pour se faire aimer eux-mesmes, Pour vous présenter comme une vierge chaste. Nous ne sommes point conjoints en mariage avec Jésus-Christ, si nous n’apportons virgipité comme pour nostre dot, et si nous ne la contregardons entière, et sans aucune Corruption. Parquoy loflice des Ministres de l'Evangile est, de purifier nos âmes pour estre chastes espouses de Christ : autrement ils ne font rien. Or nous pouvons entendre qu'un chacun se préseute vierge chaste : ou bien que le Ministre présente tout le peuple, et comme lJ’amène à Christ et devant sa face.

J’approuve plus ce second sens, et pour tant j'ay traduit autrement qu'Erasme.

3 Mais je crain que comme le serpent a séduil Eve, par sa ruse, etc. I] commence à déclarer quelle est ceste virginité de laquelle il a parlé : C’est à sçavoir que nous adhérions à un seul Espoux Jésus-Christ en pureté de cœur et de toute nostre affection. Vray est que par toute l'Escriture Dieu requiert de nous, que nous soyons conjoints avec luy et de corps et d’Esprit : et il nous dénonce qu’il est Dieu jaloux, se venugeant rigoureusement du tort qu’on luy aura fait, quand on se soustraira de luy.

Mais ceste conjonction s’accomplit en - Christ, comme sainct Paul l’enseigne en l’Epistre aux Ephésiens, chapitre V.

Au reste, il déclare yci quel en est le moyen : asçavoir quand nous demeurons en la pure simplicité de l'Evangile. Car comme les hommes en contractant mariages , font faire les letres de leurs contracts : ainsi le mariage qui est fait entre le Fils de Dieu et nous, est confermé et establi par l'Evangile, comme par un instrument authentique. Gardonsluy la foy, l'amour et obéissancé que

Cuar. XI.

nous luy avons promise : de son costé il nous sera loyal Espoux. Or sainct Paul dit qu’il craint bien que les esprits des Corinthiens ne soyent corrompus et destournez de la simplicité qui est en Christ.

Vray est que sainet Paul a usé vci d’un mot lequel on pourroit exposer, Envers Christ : comme aussi Erasme la traduit : mais selon mon jugement, l’ancien translateur Latin a plus approché de l'intention de sainct Paul : pource que la simplicité de l'Evangile est nommée celle qui nous arreste en la nayfve et pure doctrine de l'Evangile, et ne reçoit aucunes corruptions ou desguisemens venans d’ailleurs. En quoy il signifie que les esprits s’abbastardissent, corrompent et desbauchent aussi tost qu’ils se destournent, où de çà ou de là, tant peu que ce soit de la pure doctrine de Christ : et à bon droict. Car qui est celuy qui ne condamnast d’'impudicité la femme, si tost qu'elle preste l’aureille à un macquereau ? Ainsi aussi quand nous recevons des faux et meschans docteurs, qui sont macquereaux de Satan, nous monstrons par signe évident que nous ne tenons pas grand conte de la promesse de mariage que nous avons faite à Christ, et que nous ne luy gardons pas loyauté.

Or il faut noter ce mot Simplicité. Car S.

Paul ne craignoit pas que les Corinthiens du premier coup se révoltassent apertement et entièrement de Christ, mais que peu à peu se destournans de la simplicité qu’ils avoyent apprinse, pour aller après des inventions profanes et estranges, ils ne s’abbastardissent finalement. Il amène une similitude : Ainsi (dit-il) que le serpent a séduit Eve par sa ruse. Car si les faux-docteurs ont quelque couleur de sapience, s’ils ont éloquence pour persuader, s’ils s’insinuent és cœurs des auditeurs par propos qui semblent avoir apparence, et font entrer leur poison par doux et subtil moyen: Satan aussi à déceu Eve en tenant la mesme procédure.

Car il ne s’est point déclaré apertement ennemi : mais s’est coulé et s’est fait entrée finement, prenant une belle couverture.

4 Car si quelqu'un venoit qui vous preschast. Maintenant il taxe les Corin-

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

thiens de ce que trop facilement ils reçoyvent les faux-apostres. Car comme ainsi soit qu'envers sainct Paul ils fussent trop chagrins, difficiles, malaisez à contenter, ef faciles à estre irritez, tellement qu’à tous propos et occasions, voire bien légères, ils se sentoyent offensez de la moindre correction qu'il leur faisoit : au contraire, ils permettoyent toutes choses aux faux-apostres, et enduroyent volontiers leur orgueil, arrogance et importunité: sainct Paul condamne une telle révérence sans raison : d'autant qu’en ce faisant ils n’avoyent ne jugement ne discrétion. Comme s’il disoit, Comment se fait cela que ceux-ci entreprenent et usurpent tant sur vous: et vous portez patiemment leur tyrannie?

S'ils vous eussent apporté un autre Christ, ou un autre Evangile, ou un autre Esprit que celuy que vous avez receu par ma main, j'approuveroye certes la révérence que vous leur portez: car ils seroyent dignes d’un tel honneur. Mais puis qu'ils ne vous ont rien conféré, que je ne vous aye donné au paravant, quelle façon de recognoissance est-ce ci, d’adorer quasi ceux ausquels vous n’estes de rien tenus, et me mespriser, moy par lequel Dieu vous a eslargi tant de bénéfices et si excellens P Voylà quelle est aussi aujourd’huy la révérence des Papistes envers leurs faux-évesques. Car ils endurent bien d’estre opprimez pardeur dure etinsupportable tyrannie : mais de Christ, il ne leur en chaut, et ne font point de conscience de lavoir en mespris. Un autre Jésus-Christ et un autre Evangile est yci pris autrement qu’il n’est pas au chapitre [ aux Galatiens, v. 8. Car Autre, est là mis à l’opposite de Vray et naturel: et pourtant il signifie Controuvé Ou faux : mais yci il veut dire, Si l’'Evangile estoit parvenu à vous par leur ministère, et non pas par le mien.

5 Mais j'estime que je n'ay, etc.

Maintenant leur ostant le seul poinct qui leur pouvoit servir à s’excuser, il les rend convaincus d'ingratitude. Car il dit qu’il a esté égal mesme aux plus excellens Aposires. Les Corinthiens donc monstroyent bien en cela leur ingratitude, lesquels l’ayans expérimenté tel, ne

faisoyent autrement cas de luy : et qui pis est, transféroyent à un tas de garnemens de nulle valeur, l’authorité qui luy appartenoit à bon droict. Toutesfois par modestie il dit qu’il estime ainsi: veu que c’estoit une chose cognue et manifeste à tous. Il entend que Dieu avoit orné son Apostolat d'aussi excellentes grâces, que celuy de Pierre, ou de Jehan.

Or quiconque mesprise les dons de Dieu, lesquels il cognoist luy-mesme, il ne se peut excuser qu'on ne le juge malin et ingrat. Parquoy en quelque lieu que nous apperceverons les dons de Dieu, il faut que là il soit honoré de nous, et que nous luy portions révérence. Je veux dire qu'un chacun est digne que nous luy portions honneur, selon que les grâces de Dieu abondent en luy : et singulière- - ment quand il nous est revenu quelque fruit d’icelles.

6 Que si je suis idiot, etc. Il ny avoit que ceci seul, en quoy de première apparence on le peust iuger moindre que les autres : asçavoir qu’il estoit despourvéu de faconde. Et pourtant venant au devant, il corrige ce fol jugement: quand il dit, que bien est vray que son langage est rude et mal poli, et cependant toutesfois maintient qu'il n’est point idiot en science. Îl appelle yei Parabole, une manière de parler exquise, ou enrichie d’ornemens: et par la Science, il entend la substance de doctrine. Car comme il y a une âme et un corps en l’homme, aussi en Ja doctrine il y a la chose mesme qu'on enseigne, et puis lornement de langage, qui en est comme le vestement.

Sainet Paul donc afferme qu’il entend ce qui doit estre enseigné, et ce qui est nécessaire de cognoistre: combien qu’il ne soit point éloquent rhétoricien, pour sça- ‘voir bien polir sa doctrine par une façon exquise de parler. Maïs on pourroit demander, si la faculté de bien parler et avec grâce n’est pas nécessaire aussi aux Apostres: car autrement comment serontils propres pour enseigner? Paraventure il suffiroit aux autres d’avoir Cognoissan-

ce: mais de quoy serviroit un Docteur.

muet? Je respon, que sainct Paul ne se confesse pas estre tellement idiot de paroles, comme s’il estoit du tout enfant

Cmar. XE. quine peust parler: mais pource qu'il r’estoit point si éloquent que les autres, ausquels il donne la victoire en cela, retenant pour soy ce qui estoit le principal, asçavoir la substance de la chose, et leur laissant le babil sans gravité. Que si quelqu'un demande, Pourquoy le Seigneur qui a formé les langues des hommes, n’a point doué d’éloquence aussi un si grand Apostre, afin qu'il eust tout ce qui luy faloit : Je respon, qu’il avoit receu à suflisance pour suppléer ce qui luy défailloit d'éloquence, Car nous voyons et sentons quelle majesté il y a en ses escrits, quelle hautesse on y apperçoïit, quel poids est caché là-dessus, quelle foree et vertu se monstre en iceux:

brief, ce sont tonnerres, et non point paroles. L’efficace du sainct Esprit n’apparoist-elle pas mieux en une simple

rusticité de paroles (sil faut ainsi parler)

qu’en une masque de langage exquis et élégant? Mais de ceci à esté traitté plus amplement en l’Epistre précédente. En somme, il confesse de parole ce que ses adversaires mettoyent en avant: mais il nie de faict ce qu’ils prétendoyent. Et quant à nous, apprenons aussi par son exemple de préférer la substance aux paroles. et afin que j’use d'un proverbe des Eatins barbares, commun toutesfois, Que les autres sçachent les mots, mais que nous ayons bonne cognoissance de la chose. Si avec cela l’éloquence nous est donnée, prenons-la comme un surcroist: et ne l’employons point à farder ou corrompre la doctrine, mais seulement pour déclarer et déduire en pure simplicité.

Mais en toutes choses nous avons esté.

Pource que c’estoit grand’chose et magnifique de se faire égal aux principaux Apostres: afin qu’on ne luy imputast cela à outrecuidance, il en fait les Corinthiens juges, moyennant qu’ils en jugent par cela mesme qu’ils avoyent expérimenté. Car ils cognoissoyent assez par plusieurs argumens, que ce n’estoit point en vain ne sans cause que sainct Paul se glorifioit.

Il entend done qu’il se déporte d’user de plus longs propos, pource que la chose et l'expérience monstrent au doigt tout ce qu’il en pourroit dire.

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Car. XI.

SUR LA Ie ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

7 Ay-je commis offense en ce que je me suis humilié' moy mesme, afin que vous fussiez eslevez? pourtant que gratuilement je vous ay annoncé l’Evan-

gile de Dieu?

8 J'ay despouillé les autres Eglises, prenant salaire d'icelles pour vous

servir.

9 Et quand j'estoye avec vous, et avoye indigence, je n’ay foullé personne. Car les frères qui estoyent venus de Macédone, ont suppléé à ce qui me défaloit : et me suis gardé et garderay de vous estre en charge en chose quel-

conque ?.

10 La vérité de Christ est en moy, que ceste gloire ne sera point close pour

moy és régions d’Achaïe.

A1 Pourquoy? Est-ce pourtant que je ne vous aime point? Dieu le scait. 19 Mais ce que je fay, encore le feray-je: afin que je coupe l’occasion à ceux qui désirent occasion, à celle fin qu'en ce en quoy ils se glorifient, ils

soyent trouvez aussi comme nous.

1) Ou, abbaissé.

7 Ay-je commis offense. On luy objectoit son humilité var reproche : jà soit que ce fust une vertu digne de grande louange. Æumilité signifie yci une abjection volontaire. Car ce qu’il s’estoit porté en toute modestie, comme sil n’y eust eu rien d’excellent en luy, en sorte que plusieurs Pestimoyent comme quelqu'un d’entre le commun peuple, il lavoit fait pour le proufit des Corinthiens. Car ce sainct Apostre estoit tellement embrasé du désir et soin de leur salut, qu’il délaissoit en arrière le regard de sa personne. Pourtant il dit qu’il s’est déporté volontairement de sa grandeur, afin qu’ils fussent faits grans par sa petitesse. Car il tendoit à cesfe fin, d’avancer leur sa- Jut. Maintenant il les accuse obliquement d’ingratitude, de ce qu’ils luy tournent à vitupère une affection tant saincte: non pas certes pour leur faire reproche, ains afin qu’il les réduise mieux à estre sages et avisez. Et à la vérité il les poignoit plus asprement en parlant par ironie, que s’il eust parlé simplement et sans aucune figure. Il pouvoit dire, Qu'est-ce ci? Suis-je mesprisé de vous, pourtant que je me suis humilié pour vostre proufit? Mais l'interrogation de laquelle à use, ha plus de véhémence pour les rendre honteux et confus. Pourtant que gratuitement, etc. C’est-ci une partie de son humilité. Car il s’estoit abstenu d’user de son droict, comme si sa condition

2) Ou, ne suis point devenu lasche en besongne au dommage de quelqu'un.

eust esté pire que celle des autres. Or il y en avoit aucuns si fort desraisonnables, qu’ils Pavoyent en moindre estime pour cela, comme s’il eust esté indigne de salaire. Au reste, il adjouste incontinent après la raison pourquoy il s’est employé au service des Corinthiens, sans en prendre récompense. Car il ne faisoit pas par tout ainsi : mais (comme nous avons veu en la première Epistre) il y avoit danger qu’il ne donnast occasion aux faux-apostres de mesdire.

9 J’ay despouillé les autres Eglises.

Je pense que tout à propos il use d’un mot fascheux, afin de mieux exprimer l’indignité du faict, asçavoir de ce que les Corinthiens le mesprisoyent ainsi.

Les despouilles des autres, ditil, n’ont esté en lieu de gages pour vous servir.

Quand je vous ay tellement espargnez, n'est-ce pas une grand’honte que vous me rendiez si povre récompense? Or c’est une similitude prinse de la façon de faire des gens de guerre. Car comme ceux qui ont gaigné la bataille, ravissent les despouilles de ceux qu'ils ont vaincus: aussi tout ce que sainct Paul prenoit des Eglises, lesquelles il avoit conquestées à Christ, estoit comme la proye et la despouille de ses victoires. Combien qu’il n’eust jamais rien prins des gens que par leur volonté : mais ce qu'ils luy donnoyent gratuitement, cela luy estoit deu comme de droict de guerre spirituelle.

Or il faut noter qu’il dit “voir eu indigence. Car il ne leur eust jamais esté en charge, s’il n’eust esté contraint-par nécessité. Néantmoins cependant il travail-

loit de ses mains, comme nous avons

veu ci-devant. Mais pour autant que Île travail de ses mains ne suffisoit pas pour fournir au frais de sa vie, les Macédoniens luy contribuoyent pour parfournir au ‘surplus. Et pourtant, il ne dit pas que les Macédoniens luy .eussent donné tout ce qui luy estoit nécessaire, mais seulement qu’ils luy avoyent subvenu en ce qui luy défailloit. Quand à la saincte prudence et diligence de PApostre à éviter les dangers, nous en avons traitté ail-

leurs. Yci il nous faut observer le sainct

zèle des Macédoniens, qui ne faisoyent point de difficulté de donner gages de leur bien propre, afin que l'Evangile fust annoncé aux autres, et qui estoyent plus riches qu'eux. Hélas qu’il y a bien peu aujourd’huy de Macédoniens et au contraire, combien trouvera-on de Corinthiens par tout ?

10 La vérité de Christ est en moy.

Afin qu’on ne pensast point que les paroles de sainct Paul tendissent à induire les Corinthiens à user de plus grande lipéralité pour ladvenir envers Juy, et à récompenser les fautes du temps passé, il afferme par serment qu’il ne prendra rien d’eux ne de tous les autres Achaïens, voire quand ils luy offriroyent quelque chose. Car ceste manière de parler, La vérité de Christ est en moy : est une manière de jurement, laquelle vaut autant comme s’il eust dit, Je suis content qu’on ne pense point que la vérité de Christ soit en moy, si ceste gloire ne me demeure entre les Achaïens, Or Corinthe estoit en Achaïe.

A1 Est-ce pourtant, etc. Nous usons plus familièrement de ceux que nous aimons. Afin done que les Corinthiens ne prinssent en mauvaise part ce qu’il refusoit leur aide, et souffroit bien que les Macédoniens le secourussent, et juroit de continuer tousjours à faire de mesme

Car. XI.

pour ladvenir, il prévient ce souspeçon aussi, Et pour respondre à lobjection, parlant comme en leur personne, il demande si c’est signe d’un cœur malveillant. 11 ne respond pas puis après directement à l'interrogation : mais la response oblique qu'il fait, emporte plus de poids, quand il appelle Dieu pour tesmoin de l'amitié qu'il avoit envers eux. Nous voyons yei qu’en ces trois lignes il y a deux sermens, mais saincts et licites, pource qu'ils regardent une fin droite, et que la cause est légitime. De condamner donc toutes sortes de juremens, c’est à faire à des phrénétiques, qui ne discernent point entre le blanc et le noir.

12 Mais ce que je fay, encore le feray-je, afin que je coupe, étc. Il expose derechef la raison de la résolution qu’i a prinse en cest endroit. Les faux-apostres se déportoyent de prendre gages, afin qu'ils attirassent à eux les simples et idiots. C’estoit une fausse monstre de quelque zèle excellent, de servir sans rien prendre. Si sainct Paul eust usé de son droict, il leur eust donné occasion de lever les crestes, comme s'ils eussent esté beaucoup plus excellens que luy.

Sainct Paul donc afin de ne leur donner OCCasion quelconque pour nuire, preschoit l'Evangile pour néant aussi bien qu'eux. Et c’est ce qu’il adjouste puis après, qu’il veut oster l’occasion à ceux qui désirent occasion. Car les faux-apostres vouloyent acquérir grâce par ce subtil moyen, et autant diminuer de crédit à sainct Paul, quand ils eussent esté en quelque sorte trouvez-plus excellens que luy. Il proteste qu’il ne leur laissera pas gaigner ce poinct. Ils voudroyent (dit-il) avoir ceste gloire particulière pour eux, mais nous leur serons égaux.

Au reste, nous avons yci une admonition bien utile, de retrancher toute occasion aux meschans, quand ils en cherchent aucune. Car c’est le seul moyen pour les vaincre, non pas quand nous les armons par nostre imprudence et inconsidération.

43 Car tels faux-apostres sont ouvriers cautleleux, se desquisans en Apostres

de Christ.

Car. XI.

14 Et n'est pas de merveilles : car Satan mesme se desquise en Ange de lu-

miére.

15 Ce n’est donc pas grand'chose, si ses ministres aussi se desquisent en ministres de justice, desquels la fin sera selon leurs œuvres.

43 Car tels faux-apostres. Combien que desjà il leur a osté ce qu’ils pourchassoyent sur toutes choses : toutesfois non content de s’estre fait égal à eux en ce en quoy ils vouloyent apparoistre, il ne leur laisse rien du tout, en quoy ils soyent dignes d'aucune louange. C’estoit une chose louable, ce sembloit, de ne tenir conte d'argent. Mais il dit qu’ils usent de ceste ruse pour décevoir : comme siune putain prenoit l’habit de femme honneste. Car il leur faloit oster ce masque qui obscureissoit la gloire de Dieu.

Sont ouvriers cauteleux, dit-il : c’est-àdire qu’ils ne descouvrent pas leur malice de prime face, mais sous quelque honneste couverture s’insinuent finement sans. qu'on y prene garde. Parquoy, il les faut examiner au vif et diligemment, afin que nous ne les recevions pas pour vrais serviteurs de Christ, si tost que nous verrons reluire en eux quelque couleur de vertu. Et ce n’est point par malveillance ou envie que S.

Paul y procède, comme voulant tirer en mauvaise part ce qui pouvoit ectre tenu pour vertu : mais estant contraint par leur perversité, il descouvre le mal caché au dedans, pource que c’estoit une dangereuse profanation de vertu, en ce qu'ils faisoyent semblant de brusler de plus grand zèle que tous les serviteurs de Christ.

14 Et n'est pas de merveilles. C’est un argument pris du plus grand : Si Satan, qui est le plus meschant de tous, voire le chef et prince de tous les malins, se transfigure, que feront ses ministres ? Nous expérimentons tous les jours lun et l’autre. Car quand Satan nous solicite à mal, il ne se déclare pas apertement estre ce qu’il est. Car il perdroit ses peines, si nous estions bien advertis qu’il est mortel ennemi de nostre salut, combatant tousjours à l’encontre.

Il abuse donc tousjours de quelque couverture, pour nous aftraper, et ne monstre pas du premier coup les cornes

(comme on dit coustumièrement) mais plustost tasche d’apparoistre un ange.

Mesme quand il nous solicite à quelques meschancetez exécrables , il ne laisse point toutesfois de se couvrir de quelque couleur, pour nous tirer dedans ses laqs sans que nous y pensions. Que sera-ce donc quand sous une apparence de bien, voire sous le titre mesme de Dieu il nous vient assaillir ? Ses supposts, comme j'ay dit, ensuyvent la mesme ruse. Ne sontce pas des préfaces excellentes, Vicaire de Jésus-Christ, Successeur de sainct Pierre, Serviteur des serviteurs de Dieu?

Mais si on oste ce faux visage, quel sera trouvé le Pape? À grand’'peine Satan qui est son maistre, surmontera-il un si gentil disciple en aucune sorte d’abomination. Tous sçavent ce qui est dit de Babylon : asçavoir qu’elle haille à boire de la poison en un calice d’or, Jérémie, LI, 7. Parquoy il se faut donner garde de tels masquez. Si maintenant quelqu'un demande, Nous faudra-il donc avoir tous les hommes pour suspects ? Je respon, que sainct Paul n’a pas voulu dire cela.

Car il y a des marques pour discerner et mettre différence : desquelles ne tenir conte, ce seroit plustost stupidité et bestise que prudence. Il nous à seulement voulu rendre attentifs, afin que ne jugions le lion par la peau : comme porte le proverbe des Latins. Car si nous ne précipitons point le jugement, le Seigneur fera qu'en brief les aureilles apparoistront. Il nous a voulu aussi admonester, que quand nous voudrons estimer les serviteurs de Jésus-Christ, nous ne regardions point aux masques, mais que nous cherchions ce qui est le principal.

Il a dit, Ministres de justice, pour bons et fidèles, suyvant la façon de parler des Hébrieux. k

15 Desquels la fin sera, etc. Il adjouste ceci pour la consolation des fideles.

Car c’est nne parole d’un homme magnanime et vertueux, qui mesprise les fols jugemens des hommes : et attend en pa-

Car. XI.

tience le jour du Seigneur : cependant il | conscience, laquelle ne craind point démonstre une singulière asseurance de | jugement de Dieu.

16 Encore le di-je, que personne ne me cuide estre fol : sinon recevez-moy mesmement comme fol, afin que je me glorifie aussi quelque peu. 17 Ce que je di en ceste asseurance de vanterie, je ne le di pas selon le

Seigneur, mais comme par folie.

18 Puis que plusieurs se vantent selon la chair, je me vanteray aussi.

19 Car vous endurez volontiers les fols, pource que vous estes sages.

20 Mesme vous endurez si aucun vous met en servitude, si aucun vous mange, si aucun vous ravit le vostre, si aucun s'eslève sur vous, si aucun vous

frappe au visage.

21 Je le di par opprobre, comme si nous avions esté sans aucune force : ains en quelque chose que quelqu'un soit hardi (je parle en fol) je suis aussi hardi.

L’Apostre prétend vyei à deux choses.

Car il veut en partie réfuter la sotte vanité des faux-apostres, en ce qu'ils prenoyent plaisir à se louer eux-mesmes sans aucune considération : et puis se plaindre aux Corinthiens, de ce qu’ils le contraignoyent de se gloritier, combien qu’il s’en fust volontiers passé.

16 Encore le di-je. I} avoit monstré assez clairement ci-dessus, qu'ils n’avoyent nulle cause pourquoy ils le deussent avoir en mespris, et quant et quant il avoit déclaré qu’il s’en faloit beaucoup qu’il fust semblable aux autres : et pourtant qu'il ne faloit pas compasser ses

gloires au compas et à la mesure des autres. Ainsi, il démonstre derechef à quelle fin il s’est glorifié jusques à présent: asçavoir afin de garentir de tout mespris Son Apostolat. Car si les Corinthiens eussent fait leur devoir, il n’eust pas dit un seul mot de ceci. Sinon recevez-moy mesmement, etc. Si vous me jugez estre fol, pour le moins ottroyezmoy que j'use de mon droict : &’est-àdire, que je parle sottement, comme ont accoustumé les fols. Ainsi, il reprend les faux-apostres, lesquels combien qu'ils fussent les plus ineptes du monde en cest endroit, estoyent non-seulement endurez et supportez par les Corinthiens, mais aussi receus avec grand applaudissement.

Puis après, il expose la sorte de soitise, asçavoir, quand un homme récite ses louanges luy-mesme. Et en lieu qu'ils le faisoyent sans mesure et Sans fin, il sighifie que ce luy est une chose non ac-

coustumée, quand il dit quelque peu.

Car selon mon avis, ceste particule se rapporte au temps, en sorte que le sens soit tel, Que sainct Paul ne veut pas continuer longuement, mais comme emprunter pour un bien peu de temps la condition d’autruy, et cesser incontinent :

comme nous avons accoustumé de passer legèrement ce qui est hors de nostre propos, en lieu que les fols s’arrestent continuellement és choses où il ne faut que passer par-dessus.

17 Ce que je di en ceste asseurance, etc. 1} est vray que quant à son affection, il regardoit à Dieu : mais la façon extérieure en laquelle il procède, sembloït n’estre pas bien séante à un serviteur de Dieu. Combien que ces choses lesquelles sainct Paul confesse de soy-mesme, c’est plustost afin de les condamner és fauxapostres. Car son intention n’estoit pas de se louer, mais seulement de S’opposer à eux, afin de leur abbaisser le caquet.

Il transfère donc en sa personne ce qui leur esioit propre, afin d'ouvrir par ce moyen les yeux aux Corinthiens. Là où j'ay tourné Asseurance, il Y à un mot Grec, de la signification duquel a esté parlé au IX° chapitre ci-dessus. Certes il ne conviendroit pas bien yci de traduire Matière ou substance, combien que le mot signifie quelque fois cela.

18 Puis que plusieurs, elc. Le sens est tel, Si quelqu'un met en avant, que ce que je fay ne vaut rien, qu'est-ce que fout les autres? N’en sont-ils pas cause, et ue my contraignent-ils pas? Suis-je

Char. Xi.

seul, ou le premier qui me glorifie selon la chair? Pourquoy attribuera-on à louange aux autres, ce qui m'est imputé à vice? Tant s’en faut donc que sainct Paul soit ambitieux en récitant ses louanges, qu'il est bien content d'estre blasmé en cest endroit, pourveu qu’il repousse la vanité des faux-aposires. Se glorifier selon la chair, c’est se vanter des choses qui servent plustost à ostentation, que se glorifier en bonne conscience. Car ce mot Chair, regarde vyei au monde, quand nous pourchassons louange par les choses externes qui ont apparence selon le monde, et sont réputées excellentes. En lieu de ce mot, il a dit un peu au paravant selon la face, chapitre X, v. 7.

… A9 Car vous endurez volontiers, etc.

Selon mon opinion il les appelle Sages par ironie. Il estoit mesprisé d’eux : ce qu’ils ne pouvoyent faire qu’ils ne fussent enflez d’une merveilleuse arrogance. Il dit done, Puis qu’ainsi est que vous estes si sages, faites office de sages en me supportant, en lieu que vous m'avez en mespris comme un fol. Dont je recueille, que ce propos ne s’adüresse pas indifféremment à tous les Corinthiens, mais que par iceluy sont taxez certains d’entre eux qui ne se portoyent guères humainement envers luy.

20 Mesme vous endurez, etc. On peut entendre ceci en trois sortes : ou qu’il reprend les Corinthiens par ironie, pource qu'ils ne peuvent rien endurer, comme les gens.délicats ont accoustumé de

faire : ou qu’il les accuse de lascheté, de

ce qu'ils S’estoyent assujetis aux fauxapostres en une servitude infâme : ou bien qu'il récite en la personne autruy ce que malicieusement on disoit de luy pour le rendre odieux, comme s’il usurpoit sur eux une domination tyrannique.

Le second sens plaist à sainct Ambroise, à sainct Augustin, et Chrysostôme, et est communéement receu : et à la vérité, il convient trèsbien au texte : combien que le troisième ne me semble pas moins convenable. Car nous voyons comme par tout il a esté diffamé par les malveillans, comme s'il eust dominé d’une façon tyrannique, et toutesfois il en estoit bien loin. Mais pource que lPautre sens est

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

plus communéement receu, je ne contredi point qu’il ne soit retenu. Or voyei comme ceste sentence s’entretiendra avec la précédente : Vous endurez tout des autres, voire s’ils vous oppriment, s'ils demandent le vostre, s'ils vous traittent outrageusement : pourquoy n’en endurezvous autant de moy, veu qu’ils ne sont en rien plus excellens que moy? Car quand il dit qu’il n’a point esté sans aucune Jorce, il entend que Dieu l’avoit orné de grâces si excellentes, qu’on ne le devoit point estimer homme du rang commun.

Car ce mot Sans force, $'estend bien avant, comme nous le verrons encore incontinent après. Certes ceste coustume a esté tousjours au monde, et sera jusques à la fin, de résister et contredire opiniastrement aux serviteurs de Dieu, se courroucer aigrement contr’eux à la moindre occasion, détracter et niurmurer à tous propos, se plaindre de leur sévérité, en disant qu’elle est excessive, avoir toute discipline en horreur : et au contraire s’assuietir d’une sujétion servile à faux-aposires, trompeurs, affronteurs et gers de néant, leur permettre toute licence, endurer patiemment, et volontiers porter toutes les charges qu'il-leur plaist mettre sus. Suyvant cela aujourd’huy à grand’peine trouvera-on de trente l’un, qui vueille volontairement ployer le col sous le joug de Christ, comme ainsi soit que tous ayent enduré volontiers ceste tyrannie tant intolérable du Pape. Incontinent ils tempestent et grincent les dents à l'encontre des paternelles et salutaires objurgations de leurs Pasteurs, en lieu qu'auparavant ils avalloyent doucement toutes sortes d’injures et outrages horribles que les moines leur faisoyent. Ne sont-ils pas dignes d’estre plustost sous la bourrellerie cruelle du Pape, que sous le gracieux gouvernement de Christ :

puis qu’ils ont les aureilles si délicates et difficiles à ouïr la vérité? Mais il en a esté ainsi du commencement.

21 En ce en quoy quelqu'un, etc.

Sainct Paul avoit demandé pourquoy les Corinthiens portoyent plus de révérence aux autres qu'à luy, veu qu’il n’avoit point esté sans aucune force, c’est-à-dire digne d'estre mesprisé. Maintenant il conferme

Cuar. XI.

cela, pource que si on fust venu à faire [inférieur à autre quelconque en chose comparaison, il n’eust point esté’trouvé | que ce soit.

22 Sont-ils Hébrieux? aussi suis-je : sont-ils Israëlites? aussi suis-je : sont-

ils semence d'Abraham? aussi suis-je".

23 Sont-ils Ministres de Christ (je parle comme fol) je le suis par-dessus : en travaux d'avantage, en coups plus qu'eux, en prisons d'avantage, en morts

souventesfois.

24 J'ay receu des Juifs par cinq fois quarante coups, moins un.

25 J'ay esté batu de verges par trois fois? : j'ay esté lapidé une fois? : j'ay fait naufrage trois fois : j ay esté en la profonde mer nuit et jour“.

26 Souventesfois és chemins, és périls des fleuves, és périls des brigans, és périls de ma nation, és périls des Gentils, és périls en villes, és périls en désert, és périls en mer, és périls entre faux-frères.

27 En labeur et travail, en veilles souvent, en faim et en soif, en jusnes

souvent, en froidure et nudilé.

28 Sans les choses de dehors, la pesanteur ordinaire d'affaire que j'ay 5,

asçavoir, le soin que j’ay de toutes les Eglises.

CS

29 Qui est foible, que je ne soye foible aussi? Qui est scandalizé, que je n'en

soye bruslé?

1) Philip. III, 5.

en jour.

2) Act., XVI, 22.

22 Sont-ils Hébrieux? En récitant maintenant les espèces, il leur monstre pius évidemment devant les yeux, qu’il pe sera point trouvé moindre que les autres, s’il vient en combat. Et premièrement, il fait mention de la gloire de son lignage, de laquelle s’enorgueillissoyent principalement ses envieux. S'ils se vantent (dit-il) de la noblesse de leur race, je seray aussi noble qu'eux : car je suis aussi Israélite, de la semence d'Abraham.

C'est une gloire maigre et vaine, et toutesfois il use de trois mots pour l’exprimer : ou pour mieux dire, il raconte comme trois diverses marques d’excellence. Par laquelle répétition, comme je pense, il rédargue obliquement la folie de ces gens-là, de ce qu'ils mettoyent toute leur excellence en une chose si vaine, et de si petite conséquence, et qu’ils avoyent sans cesse en la bouche ceste vanterie : comme les homme vains ont accoustumé de faire sans raisôn et pour un rien de grandes bravades de paroles. Quant à ce mot Æébrieux, il appert par le chapitre XI, v. 44 de la Genèse, que c’est un nom signifiant le lignage, etqu’il vient de Héber : d'avantage, au chapitre XIV, v. 43, quand Abraham

3) Act., XIV, 19.

4) Act, XXVIH, 1. 5) Ou, il y a ce qui m assiège de jour

est appelé Hébrieu, il est vray-semblable que ce n'est pas en autre sens, sinon d'autant qu’il estoit descendu d’Héber de père en fils. Vray est que la conjecture de ceux qui disent qu’ils sont ainsi appelez comme Habitans outre la rivière, n’est pas du tout sans couleur. Certes nous ne lisons point qu'aucun ait esté ainsi nommé devant Abraham, qui avoit passé outre la rivière, quand il s’en alloit de son pays : et depuis ce nom a commencé à estre en usage en la famille d'iceluy : ainsi qu’on peut veoir par l’histoire de Josèphe. Toutesfois la termination monstre que c’est un nom pour signifier le lignage : et le passage que j'ay allégué conferme assez cela.

23 Sont-ils Ministres de Christ?

Maintenant quand il est question des vrayes louanges, il ne peut plus souffrir de demeurer égal aux autres, mais il s’eslève plus haut. Car quant à leurs gloires charnelles, qui n’estoyent que choses vaines, jusques yci il les a fait esvanouir comme en soufilant dessus, quand il mettoit à l’opposite les sienes semblables.

Mais pource qu’ils n’avoyent rien de ferme, ce n’est point sans cause qu'il se sépare de leur rang, lors qu’il se faut

Cuar. XI.

glorifier à bon escient. Car Estre serviteur de Christ, c’est une chose beaucoup plus excellente et magnifique que d’estre Paisné entre tous les premier-nais de Ja famille d'Abraham. Toutesfois afin de prévenir les calomnies, il proteste derechef qu'il parle comme fol. Prenez 1e . cas (dit-il) que ceci soit une folle vanterie, elle est toutesfois véritable. £n travaux. Il prouve par ces choses qu’il est plus excellent serviteur de Christ. Et c’est certes la vraye probation et ferme, quand en lieu de paroles on allègue l'effet et la vérité. Il met yci Travaux en nombre plurier, et puis après labeur en singulier.

. Je ne voy point quelle différence il peut y avoir entre les deux, sinon que paraventure il parle yci plus généralement, comprenant les choses qu'il récite puis après par le menu : comme aussi nous pouvons prendre les Morts pour toutes sortes de dangers, qui le menaçoyent aucunement de mort présente, les espèces desquels il touche puis après. Comme s’il disoit, J'ay souventesfois monstré que c’estoit de moy és morts, en labeurs encore plus souvent. Il à mis en mesme sens ce mot Mort, au chapitre [, v. 40.

24 Des Juifs. Il est certain que pour Jors la jurisdiction estoit ostée aux Juifs:

mais pource que cela n’estoit qu’une espèce de légère correction (comme on dit) il est croyable qu’il leur avoit esté permis. Or la Loy de Dieu estoit telle, que .ceux qui n’auroyent point mérité peine mortelle, seroyent batus devant le juge, pourveu qu’on ne leur donnast point plus de quarante coups, de peur que le corps ne fust desfiguré par cruauté, où rendu inutile et mutilé. Mais il est vraysemblable que par succession de temps il veint en usage qu’on cessoit au trenteneufième coup, de peur qu’estans esmeus de chaleur, ils n’excédassent quelque fois le nombre qui avoit esté ordonné de Dieu.

Il y a ainsi entre les Juifs plusieurs semblables pourvoyances et remèdes inventez par les Rabbins, lesquels restreignent quelque chose de ce que le Seigneur avoit permis. De là paraventure est advenu par succession de temps (comme les cho- Ses volontierss’abbastardissent) qu’ils ont pensé qu’il faloit donner autant de coups

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

à tous criminels, combien que Dieu n’eust point commandé jusques où devoit procéder la sévérité, mais où elle devoit s’arrester. Si nous n’aimons mieux recevoir ce que les autres disent, Asçavoir que les Juifs avoyent exercé plus grande cruauté en sainct Paul, qu’és autres : ce qui est aucunement vray semblable. Car s'ils eussent accoustumé de tenir ceste rigueur à tous, il pouvoit dire qu’il avoit esté batu selon la coustume. En exprimant donc le nombre, il veut signifier une rigueur extrême.

25 J’ay esté batu de verges par trois fois. Il appert par ceci que le sainct Apostre a souffert beaucoup de choses desquelles sainct Luc ne fait aucune mention. Car il ne récite que sainct Paul ait esté lapidé sinon une fois, une fois fouetté, et une fois en danger de périr en la mer. Mais nous n’avons pas l’histoire entière, et encore en icelle ne sont pas récitées toutes les choses qui sont advenues, mais les principales. Il parle des périls de sa nation, à cause de la haine mortelle que les Juifs avoyent conceue contre luy. De lautre costé, les Gentils luy estoyent adversaires. Tiercement, les faux-frères luy mettoyent embusches. Ainsi il advenoit qu’il estoit hay de tous pour le nom de Christ. Quand il parle des jusnes, j'enten ceux qui sont volontaires, veu qu’il a parlé ci-devant de la faim et disete. C'estoyent ciles marques et enseignes par lesquelles il se prouvoit estre excellent serviteur de Christ : et non sans cause. Car d’où pourrons-nous mieux cognoistre les serviteursde Christ, que par tant d’espreuves, tant diverses, et de si grande importance?

Au contraire, ces braves pleins de vanterie, n’ayans rien fait ni enduré pour le nom de Christ, se faisoyent toutesfois valoir impudemment. Mais on pourroit yei faire une question : Asçavoir, si nul ne peut estre serviteur de Christ, sinon qu’il ait esté exercé par autant de maux, périls, et angoisses? Je respon qu’il n'est pas nécessairement requis que tous universellement endurent toutes telles fascheries : mais que là où on voit ces choses advenir, certes c’est un plus grand et plus excellent tesmoignage. Celuy donc

qui sera orné de tant de grâces excellentes, n’aura point en mespris ceux qui seront de moindre estoffe et moins esprouvez que luy, et ne s’enorgueillira point pour cela: mais toutesfois il pourra, quand besoin sera, se glorifier à l’exemple de sainct Paul d’une saincte gloire à encontre des mercenaires et gens de néant : moyennant qu'il n'ait nul esgard à soy, mais seulement à Christ. Car il ne faut que la seule ambition ou arrogance pour corrompre et effacer toutes ces louanges, car le principal est que nous servions Christ en pureté de conscience, toutes autres choses ne sont que comme accessoires.

28 Sans les choses de dehors. Sansles choses, dit-il, qui survienent de tous costez, et sont comme extraordinaires, combien doit estre estimée ceste pesante charge, et ce fardeau ordinaire qui me presse assiduellement ? asçavoir que j’ay soin de toutes les Eglises. IT appelle Le soin de toutes les Ra hSes | la pesanteur ordinaire de ses affaires. Car j'ay voulu ainsi traduire le mot Grec, pource qu’aucunesfois il signifie tout ce qui nous presse. Quiconque est à bon escient songneux de lEglise de Dieu, il se presse et solicite Soy-mesme, et soustient une pesante charge sur ses espaules. Or quel miroir voyeci d’un parfait

Cuar. XI.

Ministre, d'aimer et avoir soin nonseulement d’une Eglise, ou de dix où de trente, mais de toutes ensemble : en sorte qu’il enseigne les unes, conferme les autres, exhorte les autres, donne Conseil M

aux autres, et applique remède aux ma-

ladies des autres ? Au reste, on peut recueillir des paroles de sainct Paul, que nul ne peut estre vivement touché du soin des Eglises, qu’il ne soit pressé de beaucoup de difficultez. Car le gouvernement de l'Eglise n’est pas une occupation joyeuse pour nous exercer tout doucement, et par manière de passe-temps et exercice gracieux pour récréer nos esprits : mais c’est une guerre dure et aspre, comme il a esté dit ci-dessus, veu que Satan à toutes heures nous fait fascheries, et remue tout ce qu’il peut pour nous troubler.

29 Qui est foible, queje ne sois aussi Joible? Combien y en a-il qui laissent passer tous les scandales sans s’en soucier? qui ont en mespris les infirntitez des frères, ou les foullent aux pieds?

Mais cela ne procède d'ailleurs, sinon qu'ils ne sont nullement touchez d’aucun soin de lEglise. Car le soin engendre compassion, laquelle fait que le Ministre de Christ prend en soy les afilictions de tous, se propose la condition de tous, pour s’accommoder à tous. +

30 S'il se faut vanter, je me vanteray des choses qui sont de mon infirmité-

31 Dieu qui est le Père de nostre Seigneur Jésus-Christ, et qui est bénit a« Jamais, scait que je ne mens point.

32 En Damas le gouverneur pour le Roy Aretas, avoit mis quet en la cité des Damascéniens, me voulant prendre,

33 Mais je fu dévallé de la muraille en une corbeille par une fenestre : et

ainsi j'eschappay ses mains.

1) Act., IX, 24.

30 S'il se faut vanter. C’est la conclusion de tout ce qui à esté dit ci-dessus : Asçavoir que sainct Paul se glorifie plus volontiers és choses qui sont de son infirmité : c’est-à-dire, lesquelles, selon l'opinion du monde, luy pouvoyent plustost apporter ignominie que gloire :

comme la faim et la soif, les emprisonnemens, lapidations, batures, et semblables choses, de toutes lesquelles nous

n'avons point moins de honte coustumièrement, que si nous estions vilenement diffamez. - 31 Dieu qui est le Père de nostre Seigneur Jésus-Christ. Pource qu'il vou= loit réciter un acte singulier ‘devra champion de guerre, et lequel touttfié w’estoit pas fort cognu, il le confermepar serment. Or il faut noter quelle esta forme de jurement sainct et licite; asça-

Cuar. XII,

voir quand pour affermer la vérité, nous appelons avec révérence Dieu en tesmoin. Au reste, ceste persécution a esté, par manière de dire, le premier apprentissage de sainct Paul, comme il appert par sainct Luc au livre des Actes. Que si estant encore nouveau apprenti en ceste guerre, il à esté exercé par tels commencemens, que jugerons-nous de luy quand il estoit vieil soudart ? Mais comme ainsi soit qu'en la fuite il n’y a nul exemple de cœur vaillant, on pourroit demander pourquoy il fait mention de sa fuite. Je respon que les portes de la principale ville fermées, estoyent bien assez grand argument, de quelle rage les meschans estoyent embrasez contre luy, et qu'ils n’avoyent point conceu telle fureur pour une chose légère et de petite conséquence. Car si sainct Paul n’eust combatu pour Christ d’une prouesse admi-

- rable, les meschans ne se fussent jamais

esmeus en telle sorte. Mais sa constance invincible s’est démonstrée singulièrement par cela, qu’estant eschappé d’une si dure persécution, il n’a point laissé d'irriter tout le monde à l'encontre de S0y, en poursuyvant l’œuvre du Seigneur sans crainte quelconque. Combien qu’il se peut bien faire qu’il poursuit à se moc-

SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.

quer de ces orgueilleux, lesquels jà soit qu’ils n’eussent essayé autre chose sinon la bonne grâce du peuple, les faveurs des hommes, salutations honorables, logis délicats, vouloyent toutesfois estre estimez les plus excellens de tous les autres.

Car à l’opposite il récite qu’il s’est trouvé tellement prins et enclos, qu'à grand’peine il s’estoit Sauvé par une misérable et ignominieuse fuite. Or quant à ce qu’aucuns demandent, asçavoir s’il estoit licite à sainct Paul de passer par-dessus les murailles, veu que c’est un crime digne de mort. Je respon premièrement, qu’il n’appert point que ceste peine ait esté ordonnée en Orient. D’avantage, prenons le cas qu'ainsi soit, toutesfois sainct Paul n’a point failli en cela : car il ne le faisoit point comme ennemi, ou par mocquerie, mais par nécessité. Car la Loy ne “punira point celuy, qui se jettant du haut des murailles en bas, sauvera sa vie du milieu des flammes.

Et quelle différence y a-il entre le feu et la félonnie des brigans? El faut tousjours considérer la raison et équité en une loy :

et en considérant ainsi, nous trouverons que sainct Paul est exempt de toute couipe.

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