CHAPITRE XII
… À Certes il ne m'est point expédient de me glorifier : car je viendray aux visions et révélations du Seigneur.
2 Je cognoy un homme en Christ devant quatorze ans (si ce fut en Corps, je ne scay, si hors du corps, je ne scay, Dieu le scail) qui à esté ravi jusqu'au
liers ciel.
3 Et scay que tel homme, (si ce fut en corps, si ce fut hors du corps, je ne
scay, Dieu le scait) …. L A esté ravi en Paradis, et a ouy paroles inénarrables!, lesquelles il n’est . possible? à l'homme de dire.
5 Je me glorifieray d'un tel homme
- ray point, sinon en mes infirmitez.
1) var) qui ne se doivent dire. 2) Ou loisible,
1 1 ne m'est point eæpédient de me
glorifier. Maintenant comme au milieu - de la course, il se retient afin de ne pas-
re
ser plus outre. Et par ce moyen il reprend bien à propos l’impudence de ses envieux, et proteste que c’est à regret qu'il esl
: mais de moy-mesme je ne me glorifie-
entré en tel combat contr’eux. Car quelle vergongne estoit-ce d’amasser de toutes pars, ou, pour mieux dire, mendier des louanges pour s’accomparer à un si grand personnage ? Quant au second, il admoneste par son exemple, que tant plus
636 COMMENTAIRES Cuar. XI
qu’un chacun de nous sera rempli de gràces excellentes, d'autant moins doit-il penser à son excellence. Car une telle pensée est merveilleusement dangereuse, pource que l’homme, comme s’il estoit entré dedans un labyrinthe, est incontinent esblouy, en sorte qu’il est trop aigu à veoir ses dons et grâces, et cependant il oublie soy-mesme. Sainct Paul craind qu’il ne luy en adviene autant. ]l est vray qu’il nous faut recognoistre les grâces de Dieu, afin que premièrement nous Soyons incitez à l’en remercier, et puis après à en user ainsi qu'il appartient:
‘mais de prendre de là occasion de se glorilier, cela ne se peut faire sans grand danger. Car je viendray aux visions.
Comme s'il disoit, Je ne ramperay point sur la terre, mais je Sseray contraint de monter haut. Ainsi, je crain que la hautesse et grandeur des dons ne me transporte, en sorte que je viene à m’oublier moy-mesme. Et certes si sainct Paul se fust gloritié par ambition, il fust tombé mal-heureusement du haut en bas.
Car il n’y a que l'humilité qui puisse rendre nostre grandeur ferme devant Dieu. La différence entre les Fisions et Révélations est, que Révélation advient souvent, Ou par songe, ou par oracle: c’està-dire advertissement venant de Dieu, sans que rien nous Soit proposé devant les yeux : mais Vision n’est quasi jamais sans révélation, c’est-à-dire, que le Seigneur ne démonstre que c’est qu’il signifie en ce qui s’est présenté à nous.
2 Je cognoy un homme en Christ.
Pource qu’il vouloit se retenir dedans les bornes, il choisit seulement un exemple, et lequel il traitte en telle sorte, qu’il donne bien à entendre qu’il ne le met point en avant pour plaisir qu’il y prene.
Car pourquoy est-ce qu’il parle plustost en la personne d’autruy qu’en la siene propre? C’est autant comme s’il disoit, J’aimeroye mieux me taire, J'aimeroye mieux supprimer tout ceci par devers moy:
mais ces opiniastres ambitieux ne le me permettent pas. Je le diray donc comme béguayant, afin qu'on sçache que je parle par contrainte. Aucuns pensent que ceste particule En Christ, est mise pour confirmation. Quant à moy, je la rapporte
plustost à l'affection, pour signifier que sainct Paul n’ha point yei esgard à soy, mais que fout son but tend à Christ.
Quant à ce qu’il confesse Qu'il ne scait si ce fut en corps, ou hors du corps:
par cela il exprime mieux-la grandeur de la révélation. Car il entend que Dieu a tellement besongné et procédé envers luy, que luy-mesme n’entendoit par comment cela avoit esté fait. Et ne faut point qne nous trouvions cela incroyable: car il se manifeste aussi quelque fois à nous, en sorte toutesfois que le moyen est incompréhensible à nostre sens. Néantmoins cela ne diminue rien de la certitude “ de la foy, laquelle consiste en ce seul poinet, que nous sentions que Dieu parle à nous. Plustost donc apprenons par ceci, qu’il ne faut point que nous désirions sçavoir sinon les choses desquelles la cognoissance est nécessaire. laissons le surplus à Dieu. Il dit done qu’il ne sçait s’il a esté tout ravi au ciel en corps et âme, ou si son âme y a esté seulement transportée. Devant qualorze ans. Aucuns ne se contentans point de ceci, demandent mesmes en quel lieu ce fut:
mais nous n'avons point délibéré, et aussi il n’est pas en nous de satisfaire à.
leur curiosité. Le Seigneur se manifesta du commencement à S. Paul par vision, quand il le voulut convertir du Judaïsme à la foy de son Evangile : mais il ne fut pas encore lors introduit à ces secrets, veu qu'il luy falut mesme estre enseigné par Ananias és premiers commencemens de la religion, Act., IX, 42. Geste vision-là donc ne fut autre chose qu’une prépara= tion pour le rendre docile. Peut-estre qu’il touche maintenant la mesme vision de laquelle il fait aussi mention en S. Luc, Act., XXIT, 47. Mais il ne faut point que nous travaillions beaucoup après ces cOn= jectures, veu que nous voyons que saint Paul a tenu la chose cachée quatorze ans durant, et qu’encore il n’en eust point parlé, si l’importunité des envieux ne l’eust contraint. Jusqu'au tiers ciel. ne fait point yci distinction des cieux à la fas con des Philosophes: en sorte qu’il assigne aux planetes à chacune son ciel:
mais le nombre de trois est yci mis pour souverain et très-parfait. Et qui plus est;
Caar. XI, SUR LA Ile EPISTRE
le mot de Ciel, simplement, signifie yci le glorieux et bien-heureux royaume de Dieu, lequel est par-dessus tous les cieux, par-dessus le firmament mesme, et tout ce que comporte le bastiment du monde. Mais S. Paul non content de nommer simplement le ciel, adjouste qu’il est parvenu jusques au plus haut, et jusques au plus secret. Car nostre foy monte jusques au ciel, et entre dedans: et ceux-là surmontent en degré et hauteur, qui ont une cognoissance plus excellente que les autres. Mais d’entrer jusqu’au tiers ciel, cela n’est advenu qu’à bien peu de gens.
4 À esté ravi en Paradis. Pource que toute région délectable et excellente en fertilité et abondance des biens de la terre, est appelée Paradis en l’Escriture, de là l'usage est venu entre les Grecs, que Paradis signifiast la gloire céleste: mesme avant que Jésus-Christ se fust manifesté en terre, comme on peut veoir en l'Ecclésiastique, chap. XL, v. 47, 28. Et il est prins en ce sens en sainct Luc, au chap. XXIIT, v. 43, quand Christ respond au brigand, Tu seras aujourd'huy en Paradis : c’est-à-dire, Tu jouyras de la présence de Dieu en la condition et vie des bien-heureux. 4 ouy paroles inénarrables. Je ne pren pas vei ce mot Paroles, pour Choses, comme quelque fois on à accoustumé de le prendre selon Ja façon des Hébrieux. Car le mot d’Ouyr, n’y conviendroit pas. Si on demande maintenant quelles paroles c’estoyent : la response est facile à faire, Asçavoir que ce n’est point sans cause qu'il les appelle Secretes, ou impossibles à dire, et lesquelles il n’est licite de mettre en avant.
Mais quelqu'un répliquera : Cela donc que sainet Paul les a ouyes, a esté une chose inutile. Car de quoy servoit-il qu’il ouyst . une chose qui devoit tousjours estre tenue ensevelie et supprimée ? Je respon que cela a esté fait pour le regard particulier de sainct Paul. Car il faloit que luy, qui
devoit estre exposé à tant de difficultez, qui eussent esté assez suffisantes pour abbatre mille cœurs, fust confermé d’une façon singulière : afin qu’il ne succombast en lieu quelconque, mais qu’il persévérast constamment, sans se laisser vaincre.
Pensons un peu combien et quels ennemis a eu sa doctrine: puis après de combien de divers moyens et assauts elle a esté assaillie. Lors nous ne nous esbahirons plus pourquoy il a plus ouy de paroles, qu’il n’a esté licite de déclarer. Au reste, recueillons de ceci une admonition très utile, de’tenir moyen en sçavoir.
Nous sommes de nature enclins à curiosité. Parquoy laissans là la doctrine qui sert à édification, ou pour le plus la goustans légèrement, et par acquit, nouspous transportons après des questions frivoles et inutiles. Avec cela il y a puis après de laudace et témérité : en sorte que nous ne faisons point de difficulté de déterminer des choses qui-nous sont incognues et cachées. De ces deux sources nous est sortie la plus grand’partie de la théologie scholastique: et tout ce que ce bavard de Dionysius (quiconque il Soit) a osé controuver des hiérarchies célestes. Et pourtant il faut que nous soyons d'autant plus sobres et modestes, en sorte que nous n’appétions point de sçavoir autre chose, sinon ce que le Seigneur a voulu révéler à son Eglise.
Mettons-là les bornes et limites de nostre SÇavoir.
5 Je me glorifieray d'un tel homme.
C’est autant comme s’il eust dit, J'ay juste matière de me glorifier, mais je ne m'en aide pas volontiers. Car mon vray et droit but est plustost de me glorifier en mes infirmitez. Mais si ces malins envieux poursuyvent à me fascher, et me contraignent d’user de vanterie plus que je ne veux, je leur feray sentir qu’ils ont affaire à un homme, lequel Dieu a enrichi de ses grâces magnifiquement, et eslevé en haut, pour réfuter leurs sottises.
6 Car quand je me voudray glorifier, je ne serayÿ point fol : car je diray verilé : mais je m'en abstien, afin qu'aucun ne m'estime point plus qu'il ne voit
enmoy, ou qu'il n'oit de moy.
7 Et de peur que je ne m'eslevasse outre mesure à cause de l'excellence des
Cap. XIE.
révélations, il n'a esté donné un aiguillon en la chair, un ange de Satan, pour me buffeter, à ce que je ne m'eslevasse outre mesure. 8 Pour laquelle chose j'ay prié trois fois le Seigneur, afin qu'iceluy se par-
tist de moy :
9 Et il ma dit, Ma grâce te suffit :
car ma puissance se parfait en infir-
mité. Je me glorifieray donc très-volontiers plustost en mes infirmitez, afin que
la puissance de Christ habile en moy.
10 Et pourtant pren -je plaisir en infirmitez, en injures, en nécessilez, en’ persécutions, en angoisses pour Christ. Car quand je suis foible, adonc suis-je
puissant.
1) Ou, une cscharde,
6 Car quand je me voudray glorifier, etc. Afin que ce qu’il avoit dit, qu'il ne se vouloit point gloritier, ne fust tiré en calomnie, et que les malveillans ne luy répliquassent, Tu ne le veux pas pour autant que tu ne peux : il vient au-devant.
Je le pourroye à bon droict, dit-il, et on ne me pourroit arguer de vanité: car j'ay de quoy. mais je m'en déporte. Il prend vyci Folie en autre signification qu’il n’a fait ci-dessus. Car ceux-là mesmes qui se glorifient selon la vérité, sont sots et de mauvyaise grâce, quand on y apperceoit quelque vanterie ou ambition.
Mais la folie est plus infâme et beaucoup moins tolérable, quand quelqu'un se glorifie Sans cause: c'est-à-dire qu jl se vante estre ce qu’il n’est pas. Car lors avec la légèreté, il y a aussi l’impudence meslée parmi. Or l’Apostre présupposoit que sa gloire estoit autant humble que véritable. Erasme a tourné, Je vous espargne. Mais j'aime mieux dire, Je m'en déporte : ou, Je m'en abstien, comme j’ay mis en ma translation. Afin qu'aucun ne m'estime. Il adjouste la raison, pource qu’il se contente d’estre tel que Dieu l'a fait. Le regard (dit-il) et la parole ne promettent rien de moy qui soit magnifique.
Je ne refuse point donc d’estre estimé petit. Nous voyons par ceci quelle a esté la modestie de ce sainct personpage, qui ne se faschoit point de sa petitesse : laquelle il démonstroit par dehors en sa contenance et en son parler, combien qu'il fust rempli de tant de gràces et tant excellentes. Néantmoins il ne sera point mauvais de lexposer ainsi, Que se contentant de la vérité, il ne parle point de soy. Et ce sera pour taxer obliquement les faux-apostres, qui se van-
toyent de beaucoup de choses, desquelles on n’appercevoit rien. Combien que j’ap-
prouve mieux la première exposition. Æ4
de peur que je ne m'eslevasse. C’est une seconde raison : asçavoir que Dieu voulant réprimer en luy toute insolence, Pa donté avec la verge. I] appelle ceste ver-
ge, Aiguillon : par une similitude prinse
des bœufs. Selon le Grec il faudroit dire
À la chair. Pourtant Erasme l’a tourné, «
Par la chair. Maïs j’aime mieux entendre qu’il a enduré les picquures de cest aiguillon En sa chair. Maintenant on demande quel aiguillon c’estoit. Ceux qui pensent que sainct Paul ait esté solicité à paillardise, sont dignes d’estre mocquez.
“Parquoy il faut rejetter loin ce songe.
Les autres ont pensé qu’il a esté souvent tormenté de douleurs de teste. Chrysostôme est plustost d'opinion, que ceci se rapporte à Hyménée et Alexandre, et leurs semblables, lesquels estans poussez du diable, faisoyent beaucoup de fascheries à sainct Paul. Or quant à moy, je pense que sous ce mot sont comprinses toutes sortes de tentations, par lesquelles sainct Paul estoit exercé. Car, selon mon opi pion, La chair ne signifie pas ycile corps,
mais la partie de l’âme qui n’est pas en= en sorte que le sens »
core régénérée :
soit, Il m'a esté donné un aiguillon pour poindre ma chair. Car je ne suis pas en-
core tant spirituel, que selon la chair 162
ne soye sujet à tentations. D’avantage il l'appelle Ange ou messager de Satan, pour autant que comme toutes les tenta= tions nous sont envoyées par Satan, ainsi si tost qu’elles nous donnent l'assaut, elles nous admonestent que Satan est bien près de nous. Parquoy il faut estre aussi tost debout, que le sentiment des
Cuar. XIT.
tentations nous chatouillera, et nous armer de bonne heure pour repousser les assauts de Satan. Il estoit bien utile à sainct Paul de réduire cela en mémoire, d'autant que ceste considération né luy donnoit point le loisir de s’esgayer, comme un homme sans souci, mais l’admonestoit de se tenir sur ses gardes. Car il n’est pas encore temps de triompher, quand on est environné de périls, et quand on craind encore son ennemi. Le Seigneur, dit-il, a pourveu par un bon remède, que je ne fuüsse eslevé outre mesure. Car cependant que j'avise à me donner garde que Satan ne me déçoyve, je suis réprimé et retenu d’orgueil. Combien que Dieu luy donnoit remède, nonseulement par ce moyen, mais aussi en Vhumiliant. Car il a adjousté, Pour me buffeter : par laquelle manière de parler il exprime de bonne grâce, qu’il à esté réprimé et rangé à humilité. Car c’est un outrage fascheux à porter, que d’esire souffleté, et pourtant si quelqu'un a esté tellement frappé au visage, que les taches noires y demeurent, de honte qu’il hal nosera se monstrer devant les gens.
Ainsi si nous sentons infirmité en nous, quelle qu’elle soit, qu'il nous souviene . que c’est Dieu qui nous frappe, comme s’il nous donnoit un soufilet pour nous rendre honteux, afin que nous apprenions - à devenir humbles. Ceux singulièrement qui sans cela sont douez de vertus ex- - cellentes, s'ils ont quelques vices meslez parmi, s'ils sont poursuyvis de quelque haine, s’ils sont diffamez de quelques détractions, doyvent avoir ceste considération imprimée en eux, que ce Sont nonseulement des verges, mais aussi soufflets et buffes du Maistre céleste, pour leur faire honte, et rabbaisser tout orgueil et insolence. Or je prie maintenant sur ce passage tous fidèles qu’ils avisent combien est dangereux le poison d’orgueil « (comme dit sainet Augustin au troisième sermon des paroles de l’Apostre) veu qu’il “ ne peut estre guari que par d'autre poison. Et certes comme il a esté cause de …|a ruine du genre humain, aussi. c’est le dernier vice contre lequel il nous faut “Combatre. Car les autres vices ont lieu en choses mauvaises, mais Cesluy-ci est à
craindre és meilleures œuvres. Outreplus il nous est si fort enraciné de nature, il tient si avant là-dedans, qu’il est tant et plus malaisé de l’en arracher. Regardons bien qui est celuy qui parle yci.
Il avoit surmonté tant de dangers, tant de tourmens, et autres maux : il avoit triomphé de tous les ennemis de Christ, il avoit chassé la crainte de mort, brief il avoit renoncé au monde : toutesfois il m’avoit pas encore du tout donté orgueii :
mesme il luy restoit en cest endroit un combat si fascheux, qu’il ne pouvoit vaincre sans avoir esté bufieté. Estans admonestez par l'exemple de ce sainct Apostre, faisons tellement la guerre aux autres vices, que nous réservions la principale force pour surmonter cestuy-ci. Mais comment se fait cela que Satan, qui a esté meurtrier dés le commencement, ait servi de médecin à sainct Paul : non-seulement en la guarison de son corps, mais (qui est beaucoup plus) en la guarison de son âme ? Je respon que Satan selon sa nature et coustume n’a point eu autre délibération que de tuer et destruire : et que l’aiguillon duquel sainct Paul fait voi mention, estoit trempé en poison mortelle : mais que ça esté un singulier bénéfice de Dieu, de tourner en médecine ce qui estoit mortel de sa nature. :
8 Pour laquelle chose j ay prié trois fois le Seigneur. Ce nombre de trois, est yci prins pour une répétition fréquente. Or il veut signifier que le tourment (pour lequel éviter il avoit prié tant de fois) luy estoit grief et fascheux. Car s’il eust esté léger, ou facile à endurer, il n’eust pas tant désiré d’en estre délivré. Toutesfois il dit qu'il n’a point impétré ce qu’il demandoit : dont il appert quel besoin il avoit d’estre humilié. Il conferme donc 6e qu'il a dit ci-dessus :
asçavoir qu'il a esté retenu par ceste bride, afin qu’il ne deveinst arrogant. Car si la délivrance qu’il désiroit, luy eust esté proufitable, il n’eust jamais esté refusé. Mais il semble qu’il s'ensuit par ceci, que sainct Paul n’a pas prié en foy :
si nous ne voulons faire toutes les promesses de Dieu vaines et inutiles. Nous lisons par tout en l’Escriture, que nous impétrerons tout ce que nous aurons de-
mandé en foy. Sainet Paul prie, et n’obtient pas ce qu’il demande. Je respon, que comme il y a diverses façons de demander, aussi il y a deux sortes d’impétrer. Nous demandons simplement les choses desquelles nous avons certaine promesse : comme la perfection et accomplissement du règne de Dieu, la sanctification de son nom, la rémission de nos offenses, et tout ce qui nous est salutaire. Mais quand nous avons ceste opinion que le Royaume de Dieu peut ou mesme doit estre avancé ainsi, Où ainsi :
que ceci ou cela est nécessaire pour la sanctification de son nom : nous sommes souvent déceus de nostre opinion. Pareillement en ce qui touche nostre salut, nous sommes souventesfois trompez. Ces choses donc qui sont de la première sorte, nous les demandons à Dieu asseuréement et sans exception : mais de limiter le moyen, ce n’est point à nous. Et si nous lexprimons, il y a tousjours tacitement une condition enclose. Or S. Paul n’a point esté si ignorant, qu'il n'ait bien sceu ceci. Parquoy quant au but de son oraison, il ne faut point douter qu’il n’ait esté exaucé, jà soit qu'il ait esté refusé quant à la forme. En quoy nous sommes admonestez qu’il ne nous faut point descourager, comme si nous avions perdu nostre peine en priant, quand Dieu ne satisfait ou n’obéit point à nos désirs :
mais que nous-nous devons contenter de sa grâce : c’est-à-dire de ce qu’il ne nous délaisse point. Car c’est la raison pourquoy il refuse quelque fois aux siens par miséricorde, ce qu’il ottroye aux meschans en son courroux : asçavoir pour autant qu’il prenoit mieux ce qui nous est expédient, que nostre entendement ne sçauroit comprendre.
9 Et ü ma dit, Ma grâce te suffit.
On ne sçait si c'est par oracle et révélation Divine qu’il a eu ceste response : et aussi il n’est pas fort requis de le sçavoir. Car certes Dieu nous respond, quand il conferme nos cœurs par son Esprit, et nous soustient par sa consolation, que ne perdions espoir et patience. Il veut que S. Paul soit content de sa grâce : et que cependant il ne refuse point la verge.
Il nous faut donc durer sous le mal,
Caar. XII.
quelque long qu’il soit : Car nostre cas se porte bien, quand nous avons la grâce de Dieu laquelle nous subvient, et c’est assez. Ce mot de Grâce ne signifie pas yei la faveur de Dieu, comme il fait ailleurs : mais suyvant la figure nommée Métonymie,.il signifie laide du sainct Esprit, lequel nous provient de la faveur gratuite de Dieu. Or cela doit suffire aux fidèles, pource que ce leur est un appuy ferme et invincible, afin que jamais ils ne succombent. Car ma puissance se parfait en infirmité. 1 semble avis que nostre infirmité empesche que Dieu ne parface sa vertu en nous. Sainct Paul nonseulement nie cela, mais aussi afferme au contraire, que lors seulement la vertu de Dieu se parfait ainsi qu’il appartient, quand nostre infirmité apparoist. Et afin que nous entendions ceci plus clairement, il faut faire distinction entre la vertu de Dieu et la nostre. Car ce mot, Ma, emporte quelque poids. Ma vertu, dit le Seigneur (c'est-à-dire, qui subvient à l’indigence des hommes, qui les relève quand ils sont tombez, et les restaurent quand ils défaillent) se parfait en l’infirmiié des hommes, c’est-à-dire, elle ha matière de se manifester, quand Pinfrmité des hommes se démonstre : et nonseulement cela, mais elle est cognuë plus clairement, ainsi qu’il appartient. Car ce mot de $e parfaire, se rapporte au sens et à la Ccognoissance des hommes : pource que la vertu et puissance de Dieu n’est point parfaite, si elle ne reluit devant tous, pour avoir sa louange. Car les hommes n’en ont pas seulement le goust, si premièrement ils ne sont convaincus en eux-mesmes de leur nécessité : et ils oublient incontinent la vertu d’icelle, s’ils ne sont exercez assiduellement du sentiment de leur infirmité. Je me glorifieray donc très volontiers. Ceste dernière sentence conferme l’exposition que j’ay donnée. Je me glorifieray, dit-il, en mes infirmitez, afin que la puissance de Christ habile en moy. Celuy donc qui ha honte de ceste gloire, ferme la porte à la puissance de Christ, et, par manière de dire, la repousse arrière de soy. Car lors nous faisons ouverture à la grâce de Christ, quand par vraye humilité nous
Cuar. XIE.
sentons et confessons franchement nostre infirmité. Les vallées sont arrousées de pluye pour estre fertiles : et cependant les hauts coupeaux des montagnes demeurent secs et stériles. Il faut donc que celuy qui veut recevoir la rosée céleste de la grâce spirituelle de Dieu, soit fait vallée. Il adjouste ce mot, Tres volontiers, pour démonstrer qu'il est embrasé d’un si grand désir de la grâce de Christ, que pour l'obtenir il ne voudroit rien refuser : pource que nous en voyons plusieurs, qui s’abbaissent bien devant Dieu, d’autant qu’ils craignent d’estre sacriléges en appétant sa gloire : mais c’est contre leur gré, à tout le moins ce n’est point si nayfvement et franchement qu'il faloit.
10 Æt pourtant pren-je plaisir en infirmitez. I] ne faut douter qu'il n’use de ce mot Znfirmité, en diverse signification. Car ci-dessus il appeloit ainsi les aiguillons qu'il sentoit en sa chair : maintenant il entend les accidens extérieurs, qui engendrent contemnement devant le monde. Mais après avoir parlé en général de toutes sortes d’infirmitez, maintenant il retourne à l'espèce, à l’occasion de laquelle il estoit tombé sur ce propos général. Notons donc que ce mot /nfirmité est général : et que sous iceluy sont comprinses tant les infirmitez de nostre nature, que tous moyens d’abjection et mespris. Il estoit question de l’abjection extérieure de S. Paul : il s’est estendu plus loin, pour démonstrer que le Sei-
41 Jay esté fol en me glorifiant :
vous m'y avez contraint :
gneur lPhumilioit en toutes sortes, afin qu'en ses défauts, la gloire de Dieu reluisist plus évidemment, laquelle est aucunement cachée et ensevelie sous la hautesse de l’homme. Maintenant il retourne derechef à ses vertus, lesquelles toutesfois le rendroyent communéement plus contemptible, qu’elles ne luy apportoyent louange, ou le mettoyent en estime. Car quand je suis foible, adonc suis-je puissant. (’est-à-dire, Tant plus que j’ay de faute de mon costé, tant plus Hbéralement le Seigneur me fournit de sa vertu tout ce qu’il voit me faire besoin.
Car la force et constance des Philosophes v’est autre chose qu’une obstination, ou plustost une courageuseté enragée, telle que les phrénétiques ont accoustumé d'avoir. Quiconque voudra estre vrayement puissant, qu’il ne refuse point auss d’estre foible. Qu'il soit, di-je, foible en soy-mesme, afin qu’il soit fort et puissant au Seigneur. Si là-dessus on objecte que sainct Paul ne parle point yci du défaut Ges forces, mais de la povreté et autres afflictions : je respon que toutes ces choses sont autant d'exercices, pour nous démonstrer et faire cognoistre nostre imbécillité. Car si Dieu n’eust exercé sainct Paul par telles espreuves, il n’eust jamais si bien cognu son infirmité. 1] n’ha done point seulement esgard à la povreté, ni à toutes sortes de misères, mais aussi aux effets qui en procèdent : comme la cognoissance de nostre infirmité, la desfiance de nous-mesmes, et humilité.
car je devoye
estre loué de vous : veu que je n'ay esté moindre en nulle chose que les excellens Apostres, combien que je ne soye rien.
12 Certes les signes de ma commission d'Apostre ont esté accomplis entre vous avec toute palience, avec signes, merveilles et vertus.
13 Car en quoy avez-vous eslé moindres que les autres Eglises? sinon que je ne vous ay point esté en charge‘? Pardonnez-moy ce tort.
44 Voyci pour la troisième fois que je suis prest d'aller à vous, et ne vous seray point en charge : car je ne demande point les choses qui sont vostres,
ains vous-mesmes.
Aussi les enfans ne doyvent point faire amas pour leurs pères, ains les pères pour leurs enfans.
A5 Et quant à moy je despendray très-volontiers, et seray despendu pour vos âmes : combien que vous aimant tant et plus, je soye moins aimé.
4) Ou, ne me suis point feint à la besongne pour vous charger?
Jil
44 Jay esté fol en me glorifiant.
avoit par diverses excuses demandé pardon de ce que contre sa coustume et manière de faire et contre ce que requéroit l’honnesteté et le devoir de son oflice d’Apostre, il preschoit ses louanges.
Maintenant il use de reproche en lieu de
prière, rejettant la coulpe sur les Corin-
thiens, qui devoyent les premiers faire cest office : asçavoir de le louer. Car quand les faux-apostres mesdisoyent de luy, ils Se devoyent vaillamment opposer, et rendre fidèlement le tesmoignage qui estoit deu à ses vertus. Il les blasme donc yci bien à propos, afin que ceux qui estoyent mal affectionnez envers luy, ne tirent en mauvaise part ce qu’il avoit amené pour sa défense estant contraint par leur ingratitude, ou poursuyvent à mesdire de luy. eu que je n’ay esté * moindre en nulles choses. Nous sommes ingrats envers Dieu, si nous souffrons que ses grâces (desquelles nous sommes tesmoins) soyent déshonorées et mesprisées par les meschans et gens malins. 1! accuse les Corinthiens de ce vice.
Car ils Pavovent cognu estre pareil aux plus excellens Apostres : et toutesfois ils prestoyent l’aureille aux calomniateurs, quand ils mesdisovent de luy. Aucuns entendent par les excellens Apostres, ses envieux qui S’attribuoyent le premier lieu et souverain degré. Or quant à moy, J’enten ceux-là mesmes qui estoyent les principaux entre les douze. Comme S'il disoit, Qu'on m'accompare avec lequel qu’on voudra des Apostres, je ne crain point d’estre trouvé Île moindre. Car combien que sainct Paul fust de trèsbon accord avec tous les Apostres, tellement qu’il estoit prest de les exalter au regard de sa personne, néantmoins il avoit combat contre les noms d’iceux faussement usurpez et controuvez. Car les fauxapostres abusoyent de ceste couverture, qu'ils avoyent esté en la compagnie des douze, qu'ils entendoyent bien toute leur intention, qu’ils Cognoissoyent toutes leurs ordonnances, et semblables propos.
Parquoy, sainct Paul voyant qu'ils se glorifioyent faussement de ces masques et titres fardez, et que par ce moyen ils
acquéroyent crédit envers les simples et.
Omar. XI.
idiots, ne pouvoit faire autrement quil ne veinst à faire ceste comparaison de soy et des plus excellens Apostres. Ceste correction qui est puis après adjoustée, Combien que je ne soye rien, signifie que sainct Paul ne se veut rien attribuer de propre, mais seulement se glorifier au Seigneur, Si d'aventure nous n’aimons mieux que ceci soit une concession, en laquelle il exprime ce que les malveillans et détracteurs gazouilloyent de luy.
12 Certes les signes de ma commission d'Apostre. HN prend les signes d’Apostre pour les seaux qui servent de contirmation de son Apostolat, ou bien pour les argumens et probations comme: s’il disoit, Dieu a si bien confermé mon Apostolat entre vous, qu’il n’ha nul: be= soin d'approbation. Pour le premier signe il nomme Patience : ou pource qu’en soustenant vaillamment tous. les assaux de Satan et de ses ennemis, il. a tousjours demeuré invincible et ferme.-sans se reculer : ou bien pource qu'ayant mis en oubli son excellence, il a, porté patiemment toutes les injures qu’on luy avoit faites, il a laissé passer beaucoup de fascheries sans en faire, semblant de rien, il à vaincu par patience beaucoup de Jasches tours. Car ceste vertu tant magnanime.est Comme. un: seau.céleste, par lequel Dieu authorize. ses Apostres, et ratilie leur vocation. IL donne le. second lieu aux miracles. Car quand il nomme, Signes,. merveilles, et vertus, il exprime une mesme chose par, trois noms, comme il fait aussi ailleurs. Or il les appelle Signes, pource que ce ne sont pas spectacles inutiles, mais qui sont ordonnez pour instruire les hommes.
Merveilles, pource qu'ils doyvent resveiller les hommes pour la nouveauté, et les rendre estonnez. F'ertus, pource que ce sont exemples et tesmoignages plus excellens et évidens de Ja vertu Divine, que ceux que. nous contemplonsau cours ordinaire de nature. Au reste, nous sçavons que la principale fin des miracles sur le commencement de la prédication de l'Evangile, à esté de faire.que la doctrine fust de plus grande authorité. Parquoy, d'autant plus que quelqu'un-a.eu grande puissance de faire miracles, d'au-
Caar. XII.
tant plus à esté son ministère authorizé, comme il a esté dit au chap. XV de VEpistre aux Romains,
43 En quoy avez-vous esté moindres, etc. Ceci est un accroissement de leur ingratitude, Asçavoir qu’il avoit esté excellent à leur grand proufit, qu'ils avoyent recueilli fruit de lapprobation de son Apostolat, et toutesfois ils consentoyent aux injures et détractions des faux-apostres. Il adjouste une exception par forme d’ironie, asçavoir qu'il ne leur a point esté en charge. Car à Ja vérité, de tant de bénéfices qu’il leur avoit faits, c'en estoit comme le comble de les avoir servi pour néant. Le mespriser puis après audacieusement comme ïls faisoyent, qu’estoit-ce autre chose sinon se mocquer de sa modestie ? Or quelle inhumanité estoit-ce là? Parquoy à bon droict il rédargue vivement un orgueil si exorbitant. Pardonnez-moy ce tort, dit-il.
Car ils estoyent doublement ingrats, d'autant que non-seulement ils mesprisoyent celuy auquel ils estoyent obligez à cause des bien-faits qu’ils avoyent receus de luy, mais mesme ils luy tournoyent à reproche sa bénéficence. Chrysostôme est d'opinion qu’il n’y à yci nulle ironie, ains que ce sont plustost paroles d’excuse : mais si on regarde Îa contimuation du texte de bien près, on verra facilement que ceste glose ne convient nullement à l'intention de sainct Paul,
.A% Voyci pour la troisième fois. I louë son faict, pour lequel il avoit receu bien povre récompense des Corinthiens.
Car il dit qu’il s’abstient de prendre de leurs biens pour deux causes. Premièrement, pour autant qu'il les demande euxmesmes, et non point leurs richesses :
puis après, pource qu’il vouloit faire office de père envers eux. Il appert par ceci quelle louange mérite sa modestie, laquelle luy engendroit un contemnement entre les Corinthiens. Je ne demande point les choses qui sont vostres. L'office d’un vray et bon Pasteur, c’est de ne chercher point son proufit és brebis : mais plustost de chercher leur salut. Jà soit qu'il faut noter que les Ministres ne doyvent pas chercher les hommes à ceste intention d’avoir chacun
LS
SUR LA Ile ÉPISTRE
des disciples à soy en particulier. C’est certes une mauvaise chose d’estre addonné au gain, ou de faire l'office de Pasteur pour son proufit particulier mais attirer des disciples après soy pour ambition, est pire beaucoup. Or le sainet Apostre entend qu’il ne pourchasse point de salaire, mais que seulement il est songneux du salut des âmes. Toutesfois ainsi qu'il le dit, la. chose ha plus de grace : Car c’est autant que s’il eust dit, Je requier un plus grand loyer que vous né pensez. Je ne me contente point de vos richesses, mais je vous demande
tous entiers, afin que je présente au Sei-
gneur un sacrifice du fruit de mon ministère. Or que sera-ce si un Pasteur est nourri de son labeur ? Est-ce pourtant à dire qu’un tel cherche la substance du peuple? Certes s’il est fidèle Pasteur, il cherchera tousjours le salut des brebis, et rien autre chose. Vray est que les gages y pourront estre comme un accessoire : mais il ne doit regarder à autre but, sinon à celuy que j’ay dit. Malheur à ceux qui visent ailleurs. Æins les pères pour leurs enfans. N’estoit-il donc point père aux Philippiens qui le nourrissoyent, voire en son absence? N’y avoitil donc nul entre les autres Apostres qui fust père, pour autant que les Eglises leur administroyent la vie? Ce n’est pas ce que sainct Paul à voulu dire : car aussi de faict ce n’est pas chose nouvelle que les enfans nourrissent leurs, pères en leur vieillesse. Nous ne dirons donc point que ceux qui vivent aux despens de l'Eglise soyent pourtant indignes du nom de pères : mais S. Paul a seulement voulu démonstrer par la loy commune de nature, que ce qu’i avoit fait, procédoit d'affection paternelle. Parquoy, on ne doit point tirer cest argument au contraire. Car il a fait ceci comme un père bien affectionné : mais en faisant autrement, il n’eust point laissé d’estre tousjours père. |
45 Et quant à moy, je despendray très volontiers. Ceci est certes un tes moignage de piété et affection plus que paternelle, que non-seulement il est prest d'employer envers eux son labeur et tout ce qu'il a de puissance, mais aussi (f’ex-
(ar poser sa vie propre : et que mesme, COMbien qu’il soit aimé d'eux froidement, néantmoins il persiste en ceste affection.
Y ail cœur si dur qui ne fust amolli ou rompu par une ardeur d'amour si véhémente , mesmement accompagnée d’une
Car. XII.
telle constance ? Au reste, S. Paul ne dit pas yei de soy une chose, seulement afin que nous l’ayons en admiration, mais aussi que nous l’ensuyvions. Parquoy, que tous Pasteurs apprenent d’yci, que c'est qu’ils doyvent à leurs Eglises.
16 Mais combien que je ne vous aye point chargez, toutesfois estant rusé, je
“vous ay prins par finesses.
17 Vous ay-je affrontez!
par aucun de ceux que je vous ay envoyez?
18 Jay prié Tile, et ay envoyé un frère avec luy. Tite vous ail affrontez ? N'avons-nous point cheminé d'un mesme esprit? n'avons-nous point cheminé
d'un mesme train ?
19 Cuidez-vous derechef que nous-nous excusions envers vous? Nous par-
dons devant Dieu en Christ : et le tout 6
trèschers, pour vostre édification.
20 Car je crain qu'il n'adviene quand je viendray, que je ne vous trouve
point tels que je voudroye :
el que je so ye trouvé de vous, tel que vous ne vou-
drez pas : et qu'iln y ait aucunement noises, envies, courroux, débats, detre
tions, murmures, orqueils, sédilions :
21 Et qu'estant derechef venu, mon Dieu ne m'abbaisse envers vous, el que je ne pleure plusieurs de ceux qui ont péché paravant, et qui ne se sont point amendez de l’ordure et paillardise, et insolence qu'ils ont commise.
1) Ou, pillez.
16 Mais combien que je ne vous aye point chargez. Ces paroles donnent à entendre que sainct Paul à esté accusé par ses envieux, comme s’il eust tiré à soy subtilement par gens attitrez ce qu’il avoit refusé de prendre de ses propres mains. Non pas qu’il eust rien fait de cela : ma's ils mesuroyent les autres à leur aulre, comme on dit. Car c’est la coustume des meschans , de rejetter impudemment sur les serviteurs de Dieu, tout ce qu’ils feroyent, s'ils avoyent le moyen. S. Paul donc, pour réfuter et repousser loin de soy le blasme qu’on avoit controuvé impudemment, est contraint de maintenir la rondeur et droiture de ceux qu'il avoit envoyez. Car si tels personnages eussent fait quelque faute, elle luy eust esté imputée. Maintenant qui s’esbahiroit de ce qu’il a esté si prudent és aumônes, veu qu'on semoit de luy des souspeçons et jugemens si iniques, après qu'il avoit si diligemment pourveu à toutes choses? Au reste, que sa personne nous soit pour exemple, afin que s’il nous faut quelques fois respondre à semblables calomnies , nous ne le trouvions point
nouveau ni intolérable. Mais sur tout, que ceci nous serve d’advertissement, de prendre songneusement garde que nous ne donnions quelque occasion aux médisans. Car ous voyons que ce n’est point assez d’avoir donné bon tesmoignage de nostre innocence, si aussi ceux desquels nous-nous sommes aidez, ne sont trouvez tels comme nous. Par quoy il faut que ce soyent gens choisis, non point à la volée , ne par forme d’acquit, mais avec diligence exquise.
19 Cuidez-vous dérechef, etc. Pource que ceux qui se sentent coulpables, sont quelques fois plus curieux de s’excusér que ne sont les autres , il est vray-semblable qu’on l’a aussi calomnié de ce qu’en l'Epistre précédente il avoit fort insisté sur les défenses pour maintenir l'honneur de son ministère. D’avantage, c’est un vice aux serviteurs de Christ, quand ils sont trop songneux de leur réputation. Afin donc de repousser ces deux calomnies, il proteste en premier lieu, qu’il parle en la présence de Dieu:
laquelle les mauvaises conscierices craignent tousjours. Secondement, il afferme
CHar. XIT.
qu’il n’ha point tant esgard à soy qu’à eux. Il estoit prest de marcher par diffame et par bonne renommée, voire d’estre du tout anéanti: mais c’estoit le proufit et utilité des Corinthiens, qu’il demeurast en la réputation laquelle il méritoit, afin que son ministère ne fust mesprisé.
20 Car je crain, etc. I] déclare comment cela sert à leur édification, que son intégrité et pureté soit maintenue. Car pource qu’il estoit venu en mespris, plusieurs se desbordoyent à bride avallée.
Or s'ils l’eussent eu en révérence, cela leur eust esté cause de repentance: car ils eussent obéy à ses admonitions. Je crain, dit-il. Ceste crainte procédoit d’amour. Car s’il ne se fust point soucié de leur salut, il eust facilement mesprisé tout cela, de quoy il ne prétendoit aucun proufit particulier. Car autrement nous craignons d’estre en la male grâce des gens, quand nous prévoyons que cela nous pourra porter dommage. Æ4 que je soye trouvé. C’est la seconde crainte :
asçavoir qu'il ne soit contraint de se monstrer plus sévère. Or c’est un signe non-seulement d'amour, mais aussi de douceur, de supporter les gens, quand on recule d’'user de sévérité, et on prend des remèdes plus gracieux. C’est autant comme s’il disoit, Ce que maintenant je mefforce de maintenir mon authorité, et que je tasche à vous ranger en obéissance, je le fay afin qu’il ne me fale user de rigueur à l'encontre de vostre obstination, quand après estre venu à vous, je ne trouveray rien en vous de correction et amendement. Il enseigne donc à son exemple, que les Pasteurs doyvent tousjours chercher des remèdes modérez, par lesquels ils puissent corriger les vices, avant que venir à user préciséement de sévérité : et quant et quant qu’il faut par admonitions et répréhensions prévenir la nécessité de rigueur extrême. Æ4 qu'il n'y ait aucunement noises, envies, courrouæx, etc. I récite les vices qui régnoyent principalement entre les Corinthiens , lesquels descoulent quasi tous d’une mesme source. Car si un chacun n’eust esté addonné à soy-mesme, ils neussent jamais eu débat ne contention entr’eux, ils n’eussent jamais esté envieux
SUR LA Ile ÉPISTRE AUX CORINTHIENS.
les uns sur les autres, ils n’eussent jamais mesdit l’un de l’autre. Ainsi donc, le sommaire du premier dénombremert de leurs vices qu’il fait yci, est faute de charité : car amour d’eux-mesmes et ambition régnoyent entr’eux.
21 Et qu'estant derechef venu, mon Dieu ne m'abbaisse, etc. On luy tournoit à blasme et reproche son abbaissement. Il en rejette la faute sur les Corinthiens , lesquels en lieu qu’ils devoyent honorer son Apostolat, le diffamoyent plustost. Car Ja gloire et l’honneur de PApostolat de sainct Paul, eust esté qu'ils eussent proufité en saincteté de vie.
Quand donc ils estoyent abandonnez à beaucoup de vices, ils le diffamoyent entant qu’en eux estoit. Vray est qu’il ne les accuse pas fous de ce crime, mais seulement aucuns qui avoyent avec impudence mesprisé toutes ses admonitions. Le sens donc est: Ils ne n’estiment rien , pource que je semble estre contemptible. Qu'ils ne me donnent donc point occasion d’estre encore plus humilié et abbatu : mais plustost qu’eux-mesmes laissans leur obstination, commencent à avoir honte :
et estans confus de leurs forfaits, se prosternent, et non pas comme hauts montez, poursuyvent à mespriser les autres. Cependant il nous exprime l’affection d'un bon et vray Pasteur, quand il dit qu’il pleurera les péchés des autres.
Et à la vérité, voylà comment il en faut faire: asçavoir qu’un chacun Pasteur porte son Eglise enclose en son cœur :
qu’il soit esmeu des maladies d’icelle, comme des siennes propres: qu’il ait pitié des misères, et pleure les péchez d’icelle. Nous voyons comme Jérémie requiert qu’il luy soit donné une fontaine de larmes pour pleurer la calamité de son peuple, Jérémie, IX, v. 1. Nous voyons comme les bons Roïs et Prophètes ausquels le gouvernement du peuple estoit commis, ont prins de semblables affections. C’est bien une chose que doyvent faire tous fidèles, d’estre esmeus de douleur toutes fois et quantes que Dieu est offensé, et de pleurer la ruine des frères Chrestiens, et se présenter devant Dieu en leur place comme coulpables :
mais il est plus requis des Pasteurs et
Cnar. XII.
Ministres. Au reste, S: Paul fait yci un | toutesfois se rapportent tous à un terme second dénombrement de vices , lesquels | général: asçavoir impudicité.