‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 76 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

4 C’est yci la troisième fois que je vien à vous. En la bouche de deux ow de trois tesmoins toute parole sera confermée *. k

2 Jay prédit et prédi, comme si j'estoye présent la seconde fois, et maintenant j'escri à ceux qui ont péché paravant, et à tous les autres : que sije vien

derechef, je n'espargneray personne.

3 Puis que vous cherchez l'expérience de Christ qui parle en moy, lequel nest point foible envers vous, mais est puissant en vous.

k Car jà soit qu'il ait esté crucifié par infirmité, néantmoins W vit par la puissance de Dieu. Aussi certes nous sommes foibles en luy, mais nous vivrons avec luy de la puissance de Dieu envers vous.

1) Deut.,

.… A C’est yci la troisième. Il poursuit à

rédarguer l’insolence de ceux desquels il a parlé, desquels les uns vivans dissoluëment, et s’addonnans à paillardise, et les autres nourrissans noises et débats entr’eux, ne se soucioyent nullement de sa répréhension. Car son propos ne s’addressoit pas à tout le corps de lPEglise, ains seulement à à quelques membres rongneux, et à demi pourris. Et pourtant il use plus librement de plus grande aspreté, pource qu’il ha seulement affaire avec quelques hommes particuliers, et non point avec tout le peuple: et avec cela que c’estoyent gens envers lesquels il sentoit bien qu'il né proufiteroit aucunement par remèdes gracieux. Après avoir séjourné avec eux un an et demi, il les estoit allé veoir pour la seconde fois. Maintenant il leur mande qu’il viendra à eux pour la: troisième fois : et proteste que ces irois veuës seront comme trois tesmoins pour convainére leur contumace. fl allègue la Loy de l’authorité de tesmoins :

non pas selon le sens naturel et littéral, comme on dit, mais par dérivation ou similitude, Paccommodant à son propos. La parole (dit-il) de la Loy est telle qu’il se faut arrester au tesmoignage de deux, ou trois, pour mettre fin aux différens. Car ce mot, La chose estre establie où confermée, signifie autant comme, Estre prononcé de la matière, pour terminer le procès.

Ilest vray, dit-il, que je ne suis qu'un:

Mais quant je viendrav à vous pour la

XIX, 15. Matth., XVIIL, 16. Jean, VIII, 17. Héb., X, 98.

troisième fois, j’auray adonc Pauthorité de trois tesmoins : où mes trois voyages serviront de trois tesmoignages. Car la peiné que par trois fois il avoit prise pour leur salut, et sa constance approuvée par trois diverses fois, valoyent bien trois hommes.

2 J'ay prédit et prédi. Les admonitions paisibles et amiables que tant de fois il leur avoit faîtes, ne leur avoyent de rien proufité. Et pourtant il vient à user d’un remède plus aspre, duquel il les avoit desjà ménacez par paroles en'présence. Quand nous voyons qu'il les poursuit de si près, ne doutons point qu’ils n’avent esté merveilleusément endurcis et obstinez. Car il appert par ses escrits, combien sans cela il estoit débonnaire, gracieux, et de grande patience. Mais comme c'est le devoir d’un bon père, d’endurer et pardonner beaucoup de choses à ses enfans : aussi C’est le faict d’un père sot, et qui ne tient pas grand conte du salut de ses enfans, de n’user pas de sévérité quand il en est temps, et de ne mesler quelque rigueur parmi la douleur.

Nous expérimentons lassez qu'il wy a rien plus dangereux qu’un abandon desmesuré, et douleur trop grande. Et pourtant usons de douceur, tant quelle temps le permet, eticelle grave et modérée : et quand la nécessité le requerra, monstrons-nous plus sévères. Mais on pourroit demander, Pourquoy PApostre à!

pris ceste licence, ‘de reprendre raperte-

Cap. XL

mént et divulguer les péchéz particuliers daucuns, tellement qu’il monstre les per- Sonnes quasi au doigt? Je respon, qu’il n’eust jamais fait cela, si leurs péchez eussent ésté secrets : mais pource qu'ils éstoyent manifestes à tous, et tellement divulguez qu’il estoyent en exemple pernicieux, il ne devoit point espargner ceux qui estoyent autheurs d’un scandale public. Secondement, on pourroit demander, De quelle correction il les menace qu'il usera contr’eux, veu qu’à grand’peine leS pouvoit-il chastier plus aigrement que dé paroles. Quant à moy, je ne doute point qu’il n’entende qu’il les punira par. exCommunication, Car y a-il chose plus horrible, que d’estre retranché du corps de Jésus-Christ? d’estre chassé hors du royaume de Dieu, et est'e livré à Satan en ruine perpétuelle, si on ne vient à repentance et amandement ?

3 Puis que vous cherchez, etc. On peut tirer double sens de ces paroles. Le premier est, Puis qu’ainsi est que vous voulez esprouver si je parle de moy-mesme, ou si Jésus-Christ parle par moy. Et ‘c'est ainsi que l’exposent Chrysostôme et Sainct Ambroise. Toutesfois je l'aime mieux entendre autrement : asçavoir qu'il déclare que ce n’est point tant luy qu'on contrerolle, que Christ mesme, quand on dérogue à $on authorité: et que quand ses admonitiohs sont mesprisées, on tente la patience de Christ. Comme s’il disoit, C’est Christ qui parle par moy. Quand donc vous révoquéz ma doctrine à vostre censure, ce n’est point tant à mOy qu'à Christ que vous faites injure. Mais quelqu'un dira, Quoy? Faudra-il donc aussi tost que quelqu’ un $e Sera vanté d’avoir Christ pour autheur, que sa doctrine soit exempte de tout examen? Et qui sera le faux-prophèté qui ne se vantera de ceci ?

Quelle différence donc y aura-il entre la vérité et le mensonge ? Et que deviendra ce que l’autre Apostre enseigne, Esprouvez les esprits, asçavoir S'ils sont de Dieu, 4 Jehan, IV,4. Sainct Paul prévient toutes ces objections quand il dit que Christ à este puissant en eux. par son ministère. Car il faut conjoindre ces choses en lisant, asçavoir, De Christ qui parle en moy: et, lequel n'est point

SUR LA ile EPISTRE AUX CORINTHIENS.

Joible envers vous, mais est puissant en vous: en ce Sens, Christ desployant sa puissance envers vous en ma doctrine, a rendu tesmoignage qu’il parloit, par ma bouche, tellement que ne pouvez prétendre aucune excuse d’ignorance. Nous voyons comment il ne se vante point seulement de paroles, mais aussi il prouve par effet que Christ parle en luy, et rend les Corinthiens convaincus, avant que de requérir d'eux qu’ils luy adjoustent foy.

Quiconque donc parlera en l'Eglise, quelque titre qu’il s’attribue, il sera permis d’enquérir de Sa doctrine, jusques à ce que Christ se soit manifesté en icelle. Et ainsi ce ne sera point de Christ que jugement sera fait ains ce sera de l’homme.

Mais quand il appert que la parole qui est proférée, est de Dieu, ce que dit $S. Paul ba lie: asçavoir que si on ne la reçoit, c'est osier à Dieu son authorité. Moyse parloit d’une mesme asseurance: quand il disoit, Que sommes-nous, moy et Aaron? Vous tentez Dieu, Nomb., XVI, 44.

Semblablement Isaïe, chap. VII, 43.

Vous semble-il peu de chose de fascher les hommes, si vous ne faschez aussi mon Dieu? Car il ne faut plus tergiverser, quand il appert que celuy qui parle est un ministre de Dieu, et qu’il fait fidèlement son office. Je retourne à sainct Paul. Veu que son ministère avoit esté si bien approuvé é entre les Corinthiens, entant qu’en iceluy Dieu s’estoit démonstré ouvertement, il ne $e faut point esbahir s’il est si marri de ce qu’on luy résiste.

Tant y à qu'il avoit bonne occasion et droict de leur reprocher ce qu’il leur reproche : asçayvoir qu’ils estoyent rebelles à Christ.

4 Car jà soit qu'il ait eslé crucifié.

De propos délibéré il parle de Pabjection de Christ: afin de donner tacitement à enténure, qu'on ne mesprisoit autre chose én [uy, que Ce qu’on eust peu aussi bien mespriser en Christ mesme, veu qu’il a esté anéanti jusques à la mort Ge la croix, Phil, IE, 8. Mais il démonstre quant et quant combien C’est chose absurde de mespriser l'humilité de la croix en nostre Seigneur Jésus, veu qu'elle est conjointe avec la gloire incomparable de Sa résurrection. Comme s’il disoit, Esti-

merez-vous moins Christ, pour autant qu’il a monstré signes d’infirmitez en sa mort? comme si sa vie céleste, de laquelle il vit après sa résurrection, n’estoit point -un argument manifeste de sa vertu Divine. Car comme que par /nfirmité, est yci signifiée l’humanité de Christ, ainsi ce mot Dieu est pris pour sa Divinité. Hais on fait yci une question, Asçavoir si Christ a esté tellement infirme, qu’il ait esté sujet à nécessité contre sa volonté.

Car ce que nous endurons par infirmité, nous l’endurons par contrainte, et non point de nostre propre gré. Jadis que les Arriens abusoyent de ceste couverture pour anéantir la Divinité de Christ, les docteurs fidèles qui estoyent pour lors, ont dit pour solution, que cela avoit esté fait par dispensation : pource que Christ : avoit ainsi voulu, et non point qu'il eust esté contraint par aucune nécessité. Laquelle responseest bien vrave, moyennant qu’elle soit bien entendue. Mais il y ena aucuns qui prenent mal ceste dispensation, l’estendans à la volonté humaine de Christ : comme si cela n’eust point esté de la condition de sa nature, ains d’une permission contre sa nature. Pour exemple ils disent que ce qu’il est mort, n’est point advenu pource que son humanité fust proprement sujete à mort, mais par dispensation, entant qu’il a voulu mourir.

Je confesse bien certes qu’il est mort, pource qu’il Pa voulu: mais d’où procède ceste volonté, sinon pource que volontairement il s’est revestu de nostre nature mortelle ? Que si nous faisons Ja natu-

Car. XIII.

re bumaine de Christ si dissemblable à Ja nostre, voylà le principal fondement de nostre foy renversé. Parquoy prenons-le ainsi, Que Christ a souffert par dispensation, et non point par contrainte, pource qu’estant en la forme de Dieu, il se pouvoit exempter de ceste nécessité, et que toufesfois il a souffert par infrmité, pource qu'il s’est anéanti Soymesme, Philip., I, 7. Aussi certes nous sonunes foibles en luy. Estre foible en Christ, signifie yci estre participant de linfirmité de Christ. Par ce. moyen, sainCt Paul fait glorieuse son infirmité, pource qu’en icelle il est conforme à Christ, et n’ha plus eu horreur lignominie qui luy est commune avec le Fils de Dieu : mais cependant il dit qu'il vivra envers eux à Vexemple de Christ. Je seray aussi (dit-il) participant de la vie de Christ, après que mon infirmité aura :

comme fait son temps. Il oppose l@ vie à l'infirmité : et pourtant il entend par ce mot, un estat florissant et plein d’honneur, asçavoir quand un homme est en estime et réputation. Ceste particule, Envers vous, peut estre conjointe aussi avec ce mot De la puissance de Dieu.

Mais cela n’est pas de grande conséquence: car le sens est tousjours semblable, asçavoir que les Corinthiens quand ils commenceront à juger droitement, priseront magnifiquement -et auront en grande révérence la vertu de Dieu qui estoit en S. Paul, et n'auront plus en mespris l’infirmité extérieure.

LE

5 Expérimentez-vous vous-mesmes si vous estes en la foy: esprouvez-vous vous-mesmes. Ne vous cognoissez-vous point vous-mesmes, asçavoir que Jésus- Christ est en vous? sinon que vous soyez réprouvez.

6 Mais j'espère que vous cognoistrez que nous ne sommes point réprouvez.

7 Or je prie Dieu que vous ne faciez aucun mal, non point à celle fin que

nous soyons trouvez approuvez :

nous soyons comme réprouvez.

mais afin que vous faciez ce qui est bon, et

8 Car nous ne pouvons rien contre la vérité, mais pour la vérité. 9 Nous-nous esjouissons certes si nous sommes foibles, et que vous soyez Jorts : et mesmes souhaîttons cela, asçavoir vostre perfection.

1) Ou, Car nous-nous esjouissons si nous, etc.

5 Expérimentez-vous vous-mesmes. | la vertu de Christ s’estoit manifestement Il conferme ce qu’il avoit dit ci-dessus, que | démonstrée en son ministère. Car ikles en

Caar. XIII.

fait eux-mesmes juges, moyennant qu’ils descendent en eux-mesmes, et qu’ils reco-

gnoissent ce qu'ils avoyent receu de luy.

Premièrement, comme ainsi soit qu’il n’y ait qu'un Christ, il faut nécessairement que ce soit un mesme Christ qui habite au Ministre et en tout le peuple. Or ha- bitant au peuple, comment se reniera-il soy-mesme en la personne du Ministre ?

D’avantage, il avoit si bien démonstré sa puissance en la prédication de S. Paul, qu’elle ne pouvoit estre douteuse ni obscure âäux Corinthiens, s'ils n’eussent esté du tout stupides et abbrutis. Car doù avoyent-ils Ja foy? d’où avoyent-is Christ? Brief, d’où avoyent-ils tout?

C’est à bon droict donc qu'il les ramène à eux-mesmes afin que [à ils trouvent ce qu’ils avoyent en mespris, comme une chose incognuë. Voylà la seuie asseurance du Ministre vraye et bien fondée pour lPapprobation de sa doctrine, asçavoir d'appeler en tesmoignage les consciences de ceux lesquels il à enseignez, afin que s'ils onf quelque chose de Christ, ou quelque crainte de Dieu, ils soyent contraints de recognoistre sa fidélité. Nous entendons maintenant à quel but tend l'Apostre. Mais ce passage est digne d’estre songneusement noté pour deux causes. Car premièrement, il démonstre la relation et correspondance mutuelle de ja foy du peuple à la prédication du Ministre, asçavoir que la prédication est la mère qui engendre et enfante: et la foy du peuple est la fille, qui ne doit point oublier le lieu d'eù elle a prins sa naissance. Secondement, il sert bien à prouver la certitude de la foy, laquelle les Sophistes Sorboniques nous ont gastée, ou pour mieux dire, l'ont du tout exterminée des cœurs des hommes. Ils accusent de témérité tous ceux qui ont certaine persuasion qu’ils sont membres de Christ, et l’ont demeurant en eux. Car ils veulent que nous-nous contentions d’une conjecture morale (qu’ils appellent) c’est-à-dire, d’une opinion et d’un cuider, en sorte que nos consciences soyent perpétuellement en suspens et en perplexité. Mais que dit yci sainct Paul? Il testifie que tous ceux-là sont réprouvez, qui doutent s'ils possèdent Christ, et s'ils sont de

son Corps. Parquoy, n’allons point chercher une autre vraye foy, sinon celle qui fait que nous-nous reposons seurement, et nous arrestons à la grâce de Dieu, et non point par une opinion douteuse, mais par une certitude stable et ferme, Sinon que vous soyez réprouvez. leur baille aucunement le chois, asçavoir s'ils aiment mieux estre réprouvez,- que de rendre le tesmoignage deu à son ministère. Car il ne laisse rien au milieu, qu’il ne fale, ou qu’ils portent révérence à son Apostolat, ou qu'ils confessent qu'ils sont réprouvez. Car certes leur foy estoit fondée en sa doctrine: et ils n’avoyent autre Christ que celuy qu'ils avoyent receu de luy, ni autre Evangile que celuy qu'ils avoyent receu estans addressez par sa doctrine: tellement que c’estoit folie à eux de penser séparer d'avec la louange de S. Paul, aucune partie de leur salut.

6 Mais j espère que vous, etc. I] les presse encore de plus près, en prenant desià cest asseurance, que les Corinthiens ne le réprouveront point. L’un des deux estoit nécessaire, ou qu’ils luy portassent honneur tel qu’il appartient à un Apostre, ou bien qu’ils se Condamnassent eux-mesmes d'infidélité, et confessassent qu’ils n’avoyent nulle Eglise. Toutesfois il addoucit la rigueur de ce propos, en usant de ce mot, J'espère : mais c’est en telle sorte que par cela il les admoneste mieux de leur devoir. Car ce seroit trop grande inhumanité à nous de frustrer les autres de lespérance qu’ils ont conceue de nostre droiture et syncérité. J'espère (dit-il) que vous cognoistrez : asçavoir quand vous serez mieux avisez. Or il fait prudemment , se déportant en ce second membre de parler de sa personne, les ramenant à considérer les bénéfices de Dieu desquels ils estoyent ornez: ou pour mieux dire, substituant leur salut en lieu de son authorité.

1 Or je prie Dieu que vous ne faciez.

Il proteste derechef, qu’il ne s’arreste nullement à son honneur propre, mais que seulement il cherche leur proufit et salut. Car rien ne leur estoit moins expédient que d’estre privez du fruit de sa doctrine : ce qu’ils avoyent commencé à estre par leur orgueil et contemnement.

Je he me soucie point (dit-il) de moy, ne de là réputation que je peux avoir entre les hommes, mais je crain seulement que vous n’offensiez Dieu : et mesme je suis prest d’estre comme réprouvé moyennant que vous ne soyez en rien Coulpables. Réprouvé (di-je) selon le jugement des hommes, lesquels rejettent bien souvent ceux qui estoyent dignes d'honneur sur tous autres. Combien aussi que ce mot Comme n’est point superflu : car c’est ce qu’il dit ailleurs, Ci-dessus, VI, v. 8. Comme trompeurs, et toutesfois véritables. Et certes c’est-ci la vraye règle, à sçavoir que le Pasteur mayant nul esgard à Soy-mesme, soit seulement attentif à l’édification de son Eglise : qu’il ait soin de sa bonne renommée, entant qu’il verra estre expédient pour l'utilité publique qu’il soit prest à n’en tenir conte, toutesfois et quantes qu’il le pourra faire sans dommage publique.

8 Car nous ne pouvons rien. C'est-àdire, Je ne cherche et ne souhaite autre puissance que celle que Dieu m'a donnée, afin que je serve à la vérité : au contraire c’est tout un à ces faux aposires , pourveu qu’ils ayent puissance, et n’ont aucun esgard d’user de leur puissance en bien.

En somme , il défend et maintient lhonneur de son ministère, entant qu'il est conjoint à la vérité de Dieu : comme s’il disoit, Que m'en est-il? car si je n’ay ce but devant moy de servir à la vérité, toute la puissance que j’usurperay sera fausse et inique : mais si j’employe tout le pouvoir que ÿ’ay, à l’avancement de la vérité, desjà je ne cherche point mon propre, et ce qui me concerne. Or quand . F'authorité de la doctrine est sauve, et que la vérité demeure en son entier, j’ay ce que je-demande. Ce donc que j'insiste et me déba si fort, je n’y suis point incité d’une affection particulière qui concerne pa personne. Au reste, il veut démonstrer par ceste raison, que celuÿ qui combat et travaille seulement pour la vérité, ne sera point marri, si mestier est, d’estre mesprisé et tenu comme réprouvé à l'opinion des hommes, moyennant que cela ne dérogue rien à la gloire de Dieu, à l’édification de l'Eglise ; et à lauthorité de la saine doctrine. Ce passage doit estre

Cuar. XHE

observé bien songneusement ; ‘pource qu'il limite la puissance que doyvént avoir les Pasteurs de l'Eglise , et. léur donne leurs bornes , asçavoir qu’ils sovent Ministres de la vérité. Les Papistes crient qu'il a esté dit, Qui vous oït, il m’oit :

qui vous mesprise, :il me mesprise, Luc, X, v. 16. Item, Obéissez à vos conducteurs, Héb., XIE, v. 17. Et sous couleur de cela, ils Se donnent congé de faire tout ce qu'ils veulent, pour usurper une.

domination infinie, estans cependant ennemis mortels de la vérité, et machinans de toute leur puissance lac destruction d'icelle. Or pour réfuter une si merveilleuse impudence, il ne faudra que ceste seule sentence de S. Paul, laquelle dit, qu’il faut que ceux qui ont le gouvernement en l'Eglise, servent à vérité.

9 Nous-nous esjouissons certes. I y a de mot à mot au Grec, Car nous-nous esjouissons. Mais, ou ce mot Car; se doit prendre pour, Parquoy::ou c’est une seconde raison de ce qu’il a dit, qu’il ne refuse pas d’estre tenu pour comme réprouvé pour l’amour d’eux:et pour leur proufit. Que les lectéurs choisissent lequel ils voudront des deux :.car c’est tout un. Quand ildit, Pourveu que vous soyez forts, il ne me fera point de mal d’estre estimé foible: c’est une: antithèse: de mots, et non pas de sens: Car Infirmité ou foiblesse, signifie mespris, comme devant. Et il entend que les Corinthiens seront forts, s'ils sont pleins dela vertuet grâce de Dieu. £€ mesme souhaitons .

cela. Comme il a touché desjà par quelques fois ci-devant, encore maintenant il répète, que ce qu'il a esté plus sévère qu'ils n’eussent voulu, il Va fait estant contraint , et non point de son mouvement volontaire. D’avantage, que mesme en ce faisant, il les a espargnez, afin qu’il ne fust contraint estant présent, user de remède plus rigoureux. La perfection de laquelle il parle , consiste en une proportion convenable de tous.les membres et santé d’iceux. Or en parlantiainsi, äl fait une allusion aux bons médecins, qui guarissent tellement les maladies particulières , que toutesfois le corps ne viene point à estre mutilé en aucun endroit: Et d'autant qu'il ha soin de garder ceste per-

Cnar. XIE.

fection, il dit, que pource il prévient la nécessité d’applicquer remèdes plus fascheux et aspres. Car nous voyons que ceux qui du commencement ne veulent point endurer la picqueure de la lancette,

SUR LA Ile ÉPISTRE

où un cataplasme cuisant, Sont finalement contraints de porter le torment du cau-

tère, ou de section de quelque mémbre,

voire encore sans asseurance de guarir pour cela.

10 Pourtant j'escri ces choses estant absent, afin que quand je seray présent, je n'use de rigueur selon la puissance laquelle le Seigneur m'a donnée à

édification et non point à destruction.

A1 Au surplus frères, esjouissez-vous, soyez entiers !, soyez consolez, soyez d'un consentement : vivez en paix, et le Dieu de dilection et de paix sera avec

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