‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 77 sur 99 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

12 Saluez l'un l'autre d’un sainct baiser ?. Tous les Saincts vous saluent. 43 La grâce du Séigneur Jésus-Christ, et la charité de Dieu, et la communication du sainct Esprit soit avec vous tous, Amen.

1) Ou, avancez-vous à vous parfaire,

2) Rom.; XVI, 16. 1 Cor., XVI, 20, 1 Pierre, V, 14.

10 Selon la puissance. Premièrement | auditeurs : et s’il leur tourne à condam-

illarme du commandement de Dieu ceste rigueur, afin qu’il ne semble que ce soit un tonnerre sans foudre, ou une escarmouche d’un homme qui se soit enflambé sans raison. En après il leur remonstre qu’il aime mieux Convertir sa puissance à un autre usage, auquel elle est proprement destinée, asçavoir à leur édification.

Comme s’il disoit, Je ne me jetteray point légèrement à user de remèdes violens, et né lascheray point la bride à ma cholère:

mais seulement j’exécuteray la commission que le Seigneur m’a donnée. Quand il dit yei que puissance luy à esté donnée pour édifier, et non point pour destruire: il le dit à une occasion quelque peu autre que ci-dessus, chap. X, v. 8.

Car là c’estoit en louant l'Evangile à cause de Putilité qui en revient : pource que nous avons accoustumé de trouver plaisant, et recevoir volontiers ce qui est à nostre proufit. Mais vci il a voulu seulement déclarer, que combien qu'il peust justement user d’une correction rude contre les Corinthiens, toutesfois il désire beaucoup plus d'exercer sa puissance à leur bien qu’à leur destruction, pource que c’est la propre fin d’icelle. Car comme PEvangile de sa nature est puissance de Dieu à salut, Rom., !, v. 46, et odeur de vie à vie, et par accident est odeur de mort, ci-dessus, chap. If, v. 45, 16:

aussi lauthorité qui est conférée aux Ministres d’iceluy doit estre à salut aux

nation, cela est outre sà nature. Le sens donc est, Ne faites point par vostre faute, que ce que Dieu vous a ordonné à salut, vous soit tourné en ruine. Cependant l’Apostre admoneste par son exemple tous Pasteurs , comment ils doyvent modérer l'usage de leur puissance.

A1 Au surplus, frères. N addoueit ce qu’il y à eu d’aigreur en toute l’Epistre, pource qu’il ne vouloit point laisser leurs cœurs offensez ou saisis d’amertume , mais plustost les appaiser. Car lors les répréhensions proufitent, quand elles sont meslées de douceur , et comme destrempées de quelque miel, afin que l’auditeur les reçoyve paisiblement, voire quand il se peut faire. Combien qu’il semble que d’un propos qu'il addressoit à aucuns qui estoyent comme brebis rongneuse en la compagnie, il revient maintenant à toute l'Eglise. Aïnsi il testifie qu’il tasche de pourvoir par tous moyers à l'intégrité d’icelle, et qu’il luy désire consolation. £stre d'un consentement, et vivre en paix , diffèrent : pource que l’un provient de l’autre. Le premier emporte accord d'opinions, l’autre signifie bénévolence et union -de cœurs. Et le Dieu de dilection et de paix. H adjouste ceci, afin que l’exhortation ait plus grand poids envers eux : mais quant et quant il donne aussi à entendre, que Dieu sera avec nous , si nous mettons peine d’entretenir paix les uns avec les autres : et

que tous ceux qui ont débats en sont eslongnez, et n’ont point d’accointance avec luy. Car où il y a discords et contentions , il est certain que là le diable règne. Or quelle convenance y a-il de la lumière aux ténèbres? Il appelle Dieu de paix et de dilection, d'autant qu’il nous a recommandé paix et dilection, qu’il les aime, et qu’il en est l’autheur. Touchant le baiser, nous en avons parlé sur les deux Epistres précédentes.

13 La grâce du Seigneur. Il conclud son Epistre par une prière qui contient trois membres, esquels consiste toute la somme de nostre salut. Premièrement il leur désire la grâce de Christ : secondement a dilection de Dieu: pour le troisième la communication du sainct Esprit. Le mot de Grâce ne signifie pas yci la faveur gratuite : mais par une figure nommée Métonymie il se prend pour tout

le bénéfice de rédemption. Mais il semble

que l’ordre soit yci renversé : pource que La dilection de Dieu est nommée en second lieu, laquelle toutesfois est la cause d'icelle grâce, et pourtant précède en ordre. Je respon que la disposition des mots n’est pas tousjours observée si exactement és Escritures, et que toutesfois l’ordre qui est en ce passage convient fort bien à la facon commune d’enseigner qui est és Escritures, asçavoir que lors que nous estions ennemis de Dieu, nous avons esté réconciliez par la mort de son Fils, Rom., V, v. 10, combien que l’Escriture parle de ceci en deux sortes. Car aucunesfois elle prononce ce que j'ay maintenant allégué de sainct Paul, qu'il y avoit inimitié entre Dieu et nous, devant que nous fussions réconciliez par Christ. Nous oyons d'autre part ce que dit S. Jehan, au chap. HE, v. 16,

COMMENT. SUR LA Ile ÉPIST. AUX CORINTH.

Cuar. XIE.

changeant l’ordre, Que Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, etc. Ces deux sentences semblent de prime face contraires : mais il est facile de les accorder quand nous regarderons premièrement Dieu, et puis que ce l’autre costé nous viendrons à nous. Car Dieu, quant à luy, nous à aimez devant Ja création du monde: et ne nous a rachetez pour autre cause, sinon d'autant qu’il nous aimoit. Mais quant à nous, comme ainsi Soit que nous ne voyons rien en nous que matière d’ire, c’est-à-dire péché, nous ne pouvons comprendre aucune dilection de Dieu envers nous sans le Médiateur. Par ce moyen advient qu’au regard de nous le commencement de la dilection procède de la grâce de Christ.

Selon la première considération sainct Paul eust parlé improprement , mettant l'amour de Dieu après la grâce de Christ, c'est-à-dire la cause après leffect: mais selon la seconde, l'ordre seroit convenable de commencer par la grâce de Christ, par laquelle a esté fait que Dieu nous ait adoptez pour ses enfans , et estendu son amour sur nous, lesquels auparavant il avoit en haine et abomination à cause du péché. La communication du sainct Esprit est adjoustée , pource que c’est par la seule addresse et conduite d’iceluy que nous venons à posséder Christ et tous ses biens. Toutesfois il, semble quant et quant qu'il face allusion à Ja diversité de dons, de. laquelle il a fait mention ailleurs: pource que Dieu ne donne pas l'Esprit à un chacun particulier à part, mais le distribue à chacun selon la mesure de grâce, afin que les membres de lEglise en communiquant mutuellement les uns avec les autres, entretienent une bonne union.

ÉPISTRE AUX GALATIENS

A trèsexcellent Prince et Seigneur, Christophle Duc de Wirtemberg, Comte de Montbéliard, etc, Jehan Calvin, Salut.

Pource que moy, homme à vous incognu, Prince trèsexcellent, vien franchement vous dédier ce mien Commentaire, sans en faire difficulté, il me semble que mon devoir est d'amener quelque excuse de ceste miene hardiesse, afin que paraventure elle ne soit par aucuns blasmée de témérité. Or comme l’excuse est facile et aisée, aussi je la déduiray en peu de paroles. Il y a donc deux raisons principales qui m'ont induit à ce faire. Car combien que de vous-mesmes vous soyez assez prompt et courageux à poursuyvre au droit chemin, toutesfois j’ay pensé que ce ne seroit point un aiguillon superflu, si de propos délibéré je vous convioye et incitoye à vous employer songneusement à la lecture, laquelle vous apportera grans moyens pour vous confermer. Car Dieu par sa grâce à fait que vous avez un aide, duquel la plus part des Princes de ce temps sont destituez : c’est qu'ayant esté dés vostre jeunesse bien enseigné en la cognoissance de la Langue Latine, vous pouvez vacquer à lire les bons et saincts livres. Que s’il y eut jamais temps, auquel les consolations prinses de la Saincte doctrine fussent nécessaires, qu'est-ce que laisse aujourd’huy autre chose de reste, mesme aux nobles et vaillans cœurs, la calamité présente de l’Eglise, ou pour mieux dire, plusieurs autres et plus estranges, qui semblent n’estre pas loin? Parquoy selon que chacun désirera de demeurer ferme et invincible jusques à la fin, qu’il se repose entièrement sur cest appuy, selon que chacun cherche un support et secours asseuré : qu’il apprene de se ranger là, comme dedans un bon fort et lieu de franchise certaine. Or en ces quatre Epistres, lesquelles je vous offre maintenant, Prince trèsnoble, exposées et esclarcies par mon labeur, vous trouverez plusieurs bons points de consolation fort propres au temps présent : lesquels je me déporte de réciter maintenant, pource que d’euxmesmes ils se donneront à cognoistre chacun en son lieu, voire et beaucoup mieux. Je vien à la seconde raison, par laquelle j’ay dit que j'avoye esté incité à vous dédier cest œuvre. Car comme ainsi soit qu’au milieu d’une si grande confusion qui est maintenant au monde, laquelle en esbranle aucuns, et abbat du tout les autres, vous reteniez tousjours une merveilleuse tranquillité et modération d’esprit, et quant et quant une singulière constance à l’encontre de tous assauts et tempestes, il me semble qu’il est bien requis pour lPutilité commune de toute

l'Eglise, de proposer en vous, comme en un beau miroir et bien clair, un exemple que tous ayent à imiter et ensuyvre. Car combien que le Fils de Dieu impose ceste 10y à tous les siens en commun, que plustost ils choisissent de batailler sous l’enseigne de sa croix, que de triompher avec le monde, toutesfois il s’en trouve tant peu que merveilles qui soyent prests et délibérez de se ranger et assujetir à ceste condition de batailler. Et d'autant plus est-il nécessaire que ces beaux exemples qui tant peu souvent se trouvent,’tel qu'est celuy qu’on voit reluire en vous, servent à resveiller les gens par-ci par-là, afin qu’ils apprenent de corriger leur paresse et lascheté de cœur. Quant à mes Commentaires, je diray seulement cela, que peui-estre on trouvera en iceux plus de doctrine et proufit, qu’il né me séroit séant Ge dire et promettre. Et de cela j'aime mieux que vous-mesmes en faciez le jugement par la lecture. Adieu Prince trèsnoble. Le Seigneur Jésus vous maintiene long temps à son honneur et à lPavancement de son Eglise, et vous gouverne par son sainct Esprit. De Genève, ce premier jour de Février, M. D. XLVII.

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