‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 79 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

A Paul Apostre (non point des hommes, ni par homme, mais par Jésus- Christ, et par Dieu le Père qui l'a ressuscité des morts)

a Et tous les frères qui sont avec moy, aux Eglises de Galatie :

3 Grâce vous Soit ef paix de par Dieu le Père, et nostre Seigneur Jésus-

Christ.

4 Qui s'est donné soy-mesme pour nos pêchez, afin de nous retirer du présent siècle mauvais, selon la volonté de Dieu nostre Père. 5 Auquel soit gloire à tousjours, Amen.

1) Ou, de par les hommes.

A Paul Apostre. Nous avons dit ailleurs, que sainct Paul à accoustumé de s'attribuer le nom d’Apostre en ses salutations, afin d'acquérir authorité à sa doctrine par sa personne. Or l’authorité de la personne ne dépend point du jugement ne de la volonté des hommes, mais seulement de la vocation de Dieu. Parquoy il requiert d’estre ouy, d’autant qu’il est Apostre. Retenons donc tousjours, que nul autre ne doit estre ouy en l'Eglise, que Dieu seul, et celuy qui a esté par luy ordonné Maistre, asçavoir Jésus-Christ. Parquoy quiconque voudra s’atiribuer lieu d'enseigner, il faut qu’il parle au nom de Dieu ou de Christ. Mais

pource qu'entre les Galatiens la vocation de sainct Paul estoit plus révoquée en doute qu'entre les autres : à ceste cause pour la maintenir il à exprimé quelque chose de plus qu’il ne fait és autres Epistres. Car non-seulement il afferme qu’il est appelé de Dieu, mais il nie au contraire qu’il soit appelé des hommes, ne par les hommes. Il faut noter qu'il parle de l’Apostolat, et non point de loffice commun des Pasteurs. Les calomniateurs ne l’osoyent pas du tout despouiller de l’honneur et titre du ministère, seulement ils luy ostoyent le nom et l’authorité d’Apostre. Nous parlons maintenant de l’Apostolat en sa propre signification.

Car ce mot se prend en deux sortes. Il signifie quelque fois tous annonciateurs de l'Evangile : mais yci il signifie spécialement le principal et le plus honorable estat entre les offices qui sont en l'Eglise: en sorte que S. Paul soit égal à S. Pierre, et aux autres douze. Ce premier membre, asçavoir qu'il n’estoit point appelé des hommes, luy estoit commun avec tous vrais Ministres de Christ. Comme nul ne se doit point attribuer l'honneur, aussi il n’est point en la puissance des hommes de le donner à qui bon leur semblera.

Car ilappartient à Dieu seul de gouverner son Eglise ? parquoy la vocation ne peut estre légitime, si elle n’est de luy. Or combien qu’il peut advenir quelques fois qu’un homme sera deuëment appelé au regard de l'Eglise, lequel toutesfois sera parvenu au ministère par mauvaise Convoitise, et non point en bonne conscience, Sainct Paul toutesfois parle yei de Ja parfaite approbation de sa vocation, en laquelle il n’y ait rien à redire. Mais quelqu'un dira, N’advient-il pas souvent que les faux-apostres se vantent de ceci mesme ? Je le confesse : voire, et ils le font avec plus grande arrogance et authorité magistrale que n’osent faire les vrais serviteurs du Seigneur. Mais la vérité leur défaut, laquelle S. Paul pouvoit et avoit bien de quoy mettre en avant.

Le second membre, asçavoir n’estre point appelé par homme, appartenoit particulièrement aux Apostres. Car cela n’eust point esté tourné à vice pour lors à un Pasteur. Sainct Paul luy-mesme avec Barnabas ordonnoit de ville en ville des prestres, recneillant les voix d’un chacun, Act., XIV, 23. II commande à Tite et Timothée d'en faire autant, A Tim., V,47,et Tit., I, 5. Et ceste est la façon ordinaire délire des Pasteurs et Ministres : car il ne faut pas attendre que Dieu révèle du ciel ceux qu’il a éleus. Pourquoy est-ce donc que le sainet Apostre rejette arrière de SOy ce qui nonseulement n’est point mauvais, mais aussi est digne de louange? J’ay desjà dit que ce n'eust point esté assez à S. Paul, de prouver qu’il estoit Pasteur, où un du

rang commun des ministres de PEvan-.

gile : car il estoit question de lAposto-

Cuar. 1.

lat. Or il taloit que les Apostres fussent éleus autrement que les Pasteurs : asçavoir immédiatement (comme on dit) par le Seigneur mesme. Suyvant cela Christ luy-mesme a appelé les douze. Mac, X.

4, et quandil a falu substituer un successeur en la place de Judas, l'Eglise n'ose en élire par la plus grande voix.

mais elle ha recours au sort, Act., I, 26.

Il est certain qu’on n’a point fait de sort és élections des Pasteurs. Pourquoy donc le fait-on en l'élection de Matthias ? Afin qu’il soit mis en ce lieu-là de la main de Dieu : car il faloit discerner l’Apostolat d'avec les autres ministères. Ainsi donc S. Paul afin de s’oster du rang commun des Ministres, afferme que sa vocation est de Dieu immédiatement : c’est-à-dire sans aucun moyen des hommes. Mais comment nie-il qu’il ait esté appelé par les hommes, veu que S. Luc récite que luy et Barnabas ont esté appelez par l'Eglise d’Antioche? Act., XI, 22, 26.

Aucuns respondent qu'il avoit exercé l'office d’Apostre au paravant : et par ainsi que ceste ordination-là n’a point esté le fondement de son Apostolat. Mais on peut répliquer à ceci, que lors premièrement l’Apostre a esté destiné aux Gentils, du nombre desquels les Galatiens estoyent. Parquoy la meilleure et la plus vraye response est, qu’il n’a point ycÏ voulu exclure du tout la vocation de l'Eglise, mais seulement démonstrer que son Apostolat estoit appuyé sur un plus ferme privilége. Ce qui est vray : car ceux d’Antioche n’ont pas imposé les mains à sainct Paul de leur propre jugement, mais le commandement leur en estant fait par oracle, C’est-à-dire par révélation de Dieu. Pour autant donc qu’il a esté appelé Divinement par révélation, et depuis nommé et ordonné Apostre des Gentils par le sainct Esprit, il s'ensuit qu’il n’a point esté introduit par les hommes, quoy que depuis on ait observé la cérémonie accoustumée en lordination des Ministres. Si quelqu'un trouve bon que ce soit ici une antithèse oblique entre S. Paul et les faux-apostres, je n’y contredi point : car de faict ils se glorifioyent des hommes. Ainsi ce sera autant comme s’il disoit, Qu'ils se vantent d’es-

SUR L'ÉPISTRE tre envoyez de quels qu’ils voudront : je ne laisseray point d’estre par-dessus eux :

d'autant que je tien ma commission de Dieu et de Christ. Par Jésus-Christ et Dieu. I fait Dieu et Christ autheurs de son Apostolat. II nomme Christ le premier : pource que c’est son office d’envoyer : et nous exerceons l’office d’ambassade pour luy. Toutesfois pour plus grande amplification, il adjouste aussi le Père : comme s’il disoit, S'il y a quelqu’un auquel la majesté de Christ ne suffise, qu'il sSçache que cest oflice n’est enjoint aussi du Père. Qui l’a ressuscité des morts. Ce n’est point sans cause qu’il fait yei mention de Ja résurrection.

Car C’est le commencement du règne de Christ. Or ils mesprisoyent sainct Paul, de ce qu’il n’avoit point conversé avec Christ en ce monde. A l'encontre de cela il démonstre que tout ainsi que comme Christ a esté glorifié par sa résurrection, lors aussi il a véritablement démonstré sa puissance au gouvernement de son Eglise. Parquoy la vocation de sainct Paul ha plus de dignité, que s’il eust esté mis en son office par Christ estant encore mortel. Et ceste circonstance est bien digne d’estre notée. Car S. Paul donne tacitement à entendre que ses envieux combatent malicieusement à l’encontre de Ja puissance admirable de.Dieu, qui s'est monstrée en la résurrection de Christ : d'autant que le Père céleste, qui a ressuscité Christ de la mort, c’est luymesme aussi qui a ordonné Paul annonclateur de ceste vertu siene.

2 Et tous les frères, etc. I semble qu’il ait escrit au nom de plusieurs en commun, afin que si les Galatiens ne tenoyent pas grand conte d’un tout seul, pour le moins ils prestassent l’aureille à plusieurs, et n’eussent point en mespris toute une congrégation. Car sa coustume est plustost de saluer au nom des frères sur la fin de ses Epistres, que de les adjoindre pour compagnons de ses letres au commencement d’icelles : pour le moins il n’en nomme jamais plus de deux, et iceux cegnus, mais il en fait yci autrement : car il les comprend tous ensemble, ce que je ne pense point avoir esté fait sans cause. Or le consentement commun

Cnar. À,

AUX GALATIENS.

de tant de fidèles à pour le moins deu avoir quelque poidsenvers les Galatiens, à cequ'ils serendissent plus dociles ettraittables. Aux Eglises de Galatie. C’estoit une région de grande estendue : et pourtant elle avoit beaucoup d'Eglises esparses çà et Ià. Mais c’est merveilles que ce titre est donné aux Galatiens, veu qu’ils s’estoyent quasi révoltez de Christ.

Car là où il y a Eglise, là il y à unité de foy. Je respon qu’il y avoit encore quelques enseignes d’Eglise, veu qu’il y avoit là profession de Chrestienté, invocation d’un seul Dieu, usage des Sacremens, et quelque ministère. On ne voit donc point tousjours une telle pureté aux Eglises, qu'on pourroit bien désirer. Ceiles qui sont les plus pures, encore ont-elles quelques taches ou macules. Les autres sont non-seulement tachées, mais presque desfigurées. Il ne faut donc pas que nous soyions tellement offensez des vices de la doctrine et des mœurs, que si tost que nous verrons quelque Chose qui ne nous plaira point en quelque congrégation, nous luy ostions incontinent le nom d’Eglise. Sainct Paul nous enseigne bien yci d'autre Gébonnaireté. Cependant toutesfois les congrégations qui ont quelques vices, doyvent tellement estre r'ecognues pour Eglises de Christ, que nous ne laissions pas de condamner {out ce qui est de mauvais en icelles. Car il ne faut pas penser que par tout où il y a Eglise tellement quellement, il y ait une perfection de toutes les choses qui sont à désirer en une Eglise. Je di ceci, pource que les Papistes empoignans ce petit mot, veulent que tout ce qu’ils mettent en avant, soit ratifié. Jà soit qu’il s’en faut beauep qu'il y ait un tel estat et forme

d’Eglise à Rome, qu’il y avoit en Galatie.

Si sainct Paul vivoit aujourd’hui, il recognoistroit là de misérables ruines, et une horrible dissipation : de bastiment d’Eglise, point du tout. Pour le dire en moins de paroles, la compagnie où il y a quelque portion d’Eglise, est appelée Eglise, combien que toutes choses n’y soyent point correspondantes en tout et par tout à ce qu'emporte le nom.

3 Grâce vous soit et paix. I a esté parlé de ceste forme de salutation aux

autres Epistres. Je demeure tousjours en mon opinion, que sainct Paul désire que Dieu soit propice aux Galatiens : et puis après, qué toutes choses leur vienent à prospérité, d'autant que l’heureuse issue de toutes choses nous provient de la gräce et bénévolence de Dieu. Il prie que ï un et l’autre luy Soit donné par le Père, ensemble et par Christ, pource que hors de Christ il n’y à ne grâce, ni aucuñe heureuse issue.

4 Qui s’est donné soy-mesme. I loue yci dès lé commencement la grâce de Christ, afin de ramener les Galatiens à iceluy, et les arrester en luy. Car s’ils eussent deuement considéré ce bénéfice de rédemption, ils ne fussent jamais tombez en observations estranges. Car quiconque cognoist Christ ainsi qu’il appartient, il le tient ferme, il l’embrasse des deux bras, il s’arresie du tout en luy, et ne désire rien d'avantage. Parquoy ceci est aussi un trèsbon remède pour purger nos esprits de toutes sortes d’erreurs et Superstitions : asçavoir de réduire en mémoire ce que nous est Christ, et que c’est qu’il nous a apporté. Et ce n’est pas peu de chose, que ce qui est signifié par ces paroles, Qui s’est donné soy-mesme pour nos péchez. Car il a voulu-advertir les Galatiens, qu’il ne faloit point chercher la purgation des péchez, et par conséquent la justice parfaite, sinon en Christ : pour autant qu'il s’est offert au Père en sacrifice : et qu'il est tellement la vraye hostie, que ce seroit meschanceté de mettre à l’opposite de luy autres satisfactions, quelles qu’ellés soyent : d'avantage que ceste rédemption est de tel pris et dignité, qu’elle nous doit du tout ravir en admiration. Au reste, ce que $S. Paul attribue vei à Christ, en d’autres passages, l’Escriture le transfère à Dieu le Père. L’une et l’autre facon de parler est propre. Car cela est vray que le Père par son conseil éternel nous à ordonné ceste expiation et satisfaction, et a en cela tesmoigné son amour envers nous, qu'il n’a point espargné mesme Son Fils unique qu'il ne le livrast pour nous : d'autre part aussi cela est vray, que Christ s’est offert en sacrifice, afin qu’il nous réconciliast à Dieu : Rom.,

Cuar. T.

VIE, 32, dont s'ensuit que sa mort est la satisfaction pour nos péchez. 4fin de nous retirer, etc. I1 déclare aussi la fin de la rédemption : asçavoir que Christ nous à ACqUIS à SOY par sa mort, afin que nous soyons son héritage péculiér. Célà sé fait quand nous nous sommes séparez du monde. Car tandis que nous sommes du monde, nous n’appartenohs de rien à Christ. Ce mot de Monde, est prins yci pour la corruption qui est au mondé :

comme en la première Epistre de sainct Jehan, chapitre V, 19, où il est dit, que tout le monde est mis à Mal : ét en plusieurs autres passages. Il est autrement prins en l’Evangile, quand Christ dit, Je ne prie pas que tu les ostes du monde, mais que tu les préserves du mal, Jeban, XVII, 45, car il signifie là, la vie présente. Que signifie donc yei le Monde?

Les hommes séparez du royaume de Dieu, et de la grâce de Christ. Car tandis que l'homme vit à Soy, il est tout en damnation. Le monde donc et la régénération sont choses contraires l’une à l’autre : comme ces deux mots, Naturé et Grâce, La chair et L’esprit. Ainsi ceux qui sont nais du monde, n’ont rien que péché êt malice : non pas que cela viene de la création, mais de leur corruption. Christ donc est mort pour nos péchez, afin qu'il nous délivrast ou séparast du monde présent. Mauvais. Il a adjousté cest épithète, pour démonstrer qu'il parloït dé la corruption ou perversité qui est par le péché : et non point de la créature de Dieu, ou de la vie corporelle. Or toutesfois par ce seul mot, il met par terre tout l’orgueil et arrogancé des hommes, comme foudroyant déssus. Car il testifie que hors le renouvellement qui se fait par la grâce de Christ, il n’y a rien en nous que pure malice. Car nous sommes du monde :

et jusqu’à ce que Christ nous en ait retirez, le monde règne en nous, et nous vivons à luy. Que les hommes donc se flattent tant qu'ils voudront, si sont-ils meschans et pervers avec touté leur excellence. Vray est qu’ils ne pensent point estre tels, toutesfois contentons-nous que Dieu l’a ainsi prononcé par la bouché de sainet Paul. Selon la volonté de Dieu nostre Père, N démonstre quellé ést la

Car. I.

première source de grâce : asçavoir le propos de Dieu. Car Dieu à tant aimé le monde, qu'il a donné son seul Fils, Jehan, JET, 46. Mais il faut noter que sainct Paul a accoustumé d’opposer le propos de Diéu à toutes les récompenses ou mérites des hommes. Aïnsi ’olonté, signifie yei ce qu’on appelle coustumièrement, Le bon plaisir. Le sens donc est, que Christ à souffert pour nous, non pas que nous en fussions dignes, ou que nous luy eussions apporté quelque chose qui lPin- Citast à miséricorde : mais pource que le conseil de Dieu à esté tel. De Dieu‘et

SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS

nostre Père. C'est autant comme s’il eust dit, De Dieu, qui est nostre Père.

5 Auquel soit gloire à lousjoursmais, Amen. I] entre de grande affection, soudainement en action de grâces : afin d’aiguiser leurs esprits à considérer ce bénéfice inestimable de Dieu, à ce que puis après ils-se rendent plus dociles.

Combien que C’est aussi une exhortation générale, Que toutes fois et quantes que nous réduisons en mémoire ceste miséricorde de Dieu, nous soyons tout incontinent par icelle incitez à le gloritier.

6 Je mesbahi qu'en délaissant celuy qui vous avoit aprelez par grâce, asçavoir Christ, vous! estes tant soudainement transportez en un autre Evangile. 1 Ce qui n'est autre chose, sinon qu'il y en a qui vous troublent, et veulent

reñverser l'Evangile de Christ?.

8 Or si nous-mesmes, où un Ange du ciel vous évangélize autrement que nous ne vous avons évangélizé, qu'il soit maudit,

9 Ainsi que nous avons desjà dit, maintenant aussi je di derechef, Si aucun vous évangélize autrement que ce que vous avez receu, qu'il soit maudit.

1) Ou, en la grâce de Christ, yous.

qu’il n’y en ait point d’autre : mais, etc.

6 Je m'esbahi, etc. 1] commence par une répréhension, laquelle toutesfois n’est point si aspre qu’ils méritoyent bien : mais il aïme mieux employer sa véhémence Contre lés faux-apostres : comme nous verrons puis après. Or ïl les taxe d’un révoltement non-seulement de sa doctrme, mais aussi de Christ. Car is ne pouvoyent retenir Christ, sinon en co- Snoissant que par sa grâce nous sommes affranchis dé la servitude de la Loy. Or la nécessité que les faux-apostres constituoyent aux cérémonies, estoit totalement contraire. Par ce moyen ils estoyent transportez hors de Christ: non pas qu'ils réjettassent du tout la Chrestienté, mais pource qu'au milieu d’une telle corruption il ne leur restoit qu'un Christ par imagination. Ainsi aujourd’huy les Papistés, pource qu'ils veulent avoir un Christ À demi, et deschiré par pièces : ils n’en ont point du tout, et pourtant ils sont transportez hors dé Chrisf. Car ils sont remplis de superstitions, qui sont directement contraires à la nature de Christ.

Ceci doit estre noté diligemment, asçavoir

2) Ou, Qui n’est pas un autre Evangile mais il y en a, etc., ou, Comme ainsi soit

que nous sommes transportez hors de Christ, quand nous déclinons à choses qui sont contraires à son office. Car la lumière ne peut estre meslée avec les ténèbres. C’est une semblable facon de parler, quand il dit, Æ£n un autre Evangile, C’ést-à-dire, autre que Île vray, ou différent du vray Evangile. Et toutesfois les faux-apostres disoyent qu’ils preschoyent l'Evangile de Christ : mais pour autant qu'ils mesloyent leurs songes et inventions par lesquelles ils anéantissoyent la principale vertu de l'Evangile, à ceste cause ils avoyent un Evangile faux, corrompu et abbastardi. Il use d’un verbe du temps présent, comme si leur cheute estoit encore en suspens, et non pas du tout accomplie. Comme s’il disoit, Je ne di pas que desjà du tout vous soyez transportez : car lors il seroit plus difficile de retourner au droit chemin. Mais maintenant que vous estes encore au milieu de la course, tournez bride plustost que de poursuyvre plus avant. Aucuns lisent, De celuy qui vous à appelez par la grâce de Christ ; entendans cela estre dit

du Père : mais la lecture que nous avons suyvie, est plus simple. Quant à ce qu’il dit, qu’ils ont esté appelez de Christ par grâce, cela sert pour leur reprocher leur ingratitude. Se révolter du Fils de Dieu. c’est desjà une chose meschante de Soy : mais se révolter de luy, veu qu’il nous a appelez gratuitement à salut, est une chose encore plus infâme et malheureuse. Car la bonté de laquelle il use envers nous, augmente la grandeur de nostre péché, si nous sommes ingrats. 7’ous estes tant soudainement transportez.

Il exaggère et augmente la vilenie de leur inconstance. Vray est qu’il n’est jamais temps de nous révolter de Christ : mais les Galatiens estoyent d'autant plus dignes d’estre blasmez, qu'ils s’estoyent desbauchez aussi tost que S. Paul fut parti d'avec eux. Comme donc il ha par ci-devant amplifié leur ingratitude en mettant à l’opposite leur vocation gratuite : aussi maintenant il amplifie leur légèreté par la circonstance du temps.

7 Ce qui n'est autre chose. Aucuns sont d'avis de résoudre ceci en ceste sorte, Veu qu’il n’y a point d'autre Evangile :

comme si c’estoit une espèce de correction, afin que nul ne pensast qu’il y eust plusieurs Evangiles. Quant à moy, je le pren plus simplement, entant que touche l'exposition des mots. Car il parle de la doctrine des faux-apostres en mespris :

asçavoir que ce n’est autre chose que matière de troubles et de destruction.

Comme s'il disoit, Qu’apportent ceux-ci?

Quelle cause ont-ils d’impugner la doctrine que j'ay enseignée? Certainement ils vous troublent, et renversent l'Evangile : et autre chose ne font. Toutesfois le sens revient tousjours à un mesme poinct. Car je confesse que par ceste façon de parler il corrige ce qu’il avoit dit d’un autre Evangile. Il dit donc que ce n’est point Evangile, mais rien que trouble. Jay voulu seulement remonstrer que selon mon opinion le mot Grec est prins yei pour Autre chose : comme nous avons accoustumé de dire, Ceci n’est rien, sinon que tu veux tromper. Æ£ veulent renverser l'Evangile de Christ. I les charge d’un autre blasme, asçavoir qu'ils font injure à Christ, voulans renverser

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