COMME
N'DAIREC \iAIRES
Car. À.
son Evangile. Or c’est un crime horrible :
car Renverser l'Evangile, est plus grief que de le corrompre. Et toutesfois, ilne le leur met point sus à tort. Car Christ n’est plus en son entier, et la doctrine de l'Evangile tombe bas, quand la louange de la justification de l’homme est transférée ailleurs, et qu'on met un laqs sur les consciences. Car il faut tousjours aviser qui sont les choses principales en l'Evangile. Quiconque combatra à l’encontre, il est destructeur de l'Evangile.
Ce mot De Christ, qui est adjousté, peut estre exposé en deux sortes : Ou que Christ est autheur de l'Evangile, et qu’il est procédé de luy : ou que l'Evangile monstre ouvertement et purement Christ.
Au reste, il ne faut point douter que par cest épithète il n’ait voulu signifier le vray et naturel Evangile, qui doit estre seul estimé tel.
8 OT Si nous-MmesmMmEs Où Un Ange, etc. It s’eslève yci en grande hardiesse pour maintenir l’authorité de sa doctrine.
Et premièrement il afferme que la doctrine qu’il a preschée, est ce seulEvangile, lequel il n’est aucunement licite de corrompre. Car sans cela les faux-apostres pouvoyent répliquer à Pencontre, Et nous aussi voulons que l'Evangile demeure en son entier : et ne l’avons point en moindre estime et révérence que toy.
Comme les Papistes crient aujourd’huy que l'Evangile leur est sainct et sacré : et de faict, is baisent et embrassent en grande révérence le nom d’Evangile : mais quand ce vient à le prouver, alors ils destruisent furieusement la vraye et simple doctrine de l'Evangile. Parquoy sainct Paul, non content de ceste protestation générale, détermine quel est cest Evangile, et que c’est qu’il contient : et dit apertement que sa doctrine est le vray Evangile, afin qu’on ne le cherche point ailleurs. Car que proufitera-il de dire qu’on veut tenir l'Evangile, et cependant ne sçavoir qu’il contient ? Cela pâr aventure sufliroit entre les Papistes, où la foy implicite (qu'ils appellent) ha lieu : mais entre les Chrestiens, il n’y a point de foy, quand il n’y a point de cognoissance et sçavoir certain, Tite, 1, 4. Afin donc que les Galatiens, estans autrement prests
Cnar. |.
d’obéir à l'Evangile, ne chancellent d’un costé et d'autre, et qu’estans en suspens, ils ne sçachent où s’arrester, sainct Paul veut qu’ils demeurent fermes en sa doctrine. Or il veut qu’on adjouste si certaine foy à sa prédication, qu’il dénonce malédietion à tous ceux qui y oseront contredire. Et qui plus est, il commence par soy-mesme, et estoit besoin de le faire ainsi. Car par ce moyen il prévient la calomnie que luy eussent intentée les malveillans : Tu veux que sans aucun contredit on accepte tout ce qui sortira de toy, pource qu'il est tien. Parquoy pour démonstrer qu’il n'ha en cela nul esgard à Soy, il se forclost tout le premier de toute puissance d'entreprendre quelque chose contre ceste doctrine. Et par ce moyen, il n’assujetit point les autres à soy, mais il se range et soy et les autres en obéissance (comme il est raisonnable) pour estre sujets à la parole de Dieu. Mais afin d’abbatre plus rudement les faux-apostres, il monte jusques aux Anges. Et il ne dit point simplement, qu’il ne les faut point escouter, mais il prononce qu'on les doit avoir en exécration. Ceci pourroit sembler estrange à aucuns, qu'il propose les Anges comme contraires à sa doctrine. Mais si nous regardons bien à tout, ainsi qu'il appartient, nous verrons qu’il luy a esté nécessaire de parler ainsi. Il est bien certain que les Anges célestes ne peuvent apporter autre chose que la certaine vérité de Dieu : mais comme ainsi soit qu'il y eust débat touchant la certitude de la doctrine révélée pour le salut des hommes : ce ne luy a point esté assez de l’exempter du jugement des hommes, si quant et quant il n’eust affermé qu’elle estoit par-dessus tous les Anges. Parquoy quand il dénonce les Anges pour excommuniez et pour abominables s'ils enseignent autre chose, combien que ce soit un argument fondé sur un cas impossible, néantmoins il n’est point superflu. Car ceste façon de parler en termes si estranges, sert beaucoup pour amplifier la certitude de la prédication de sainct Paul. Il voyoit qu’on mettoit en avant les bauts titres des hommes, pour faire instance contre luy et sa prédica-
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS
tion : sur cela, il dit que les Anges mesmes n’y peuvent rien pour les déprimer.
Et cependant, il ne fait point de tort aux Anges. Car puis qu'ils sont créez pour faire reluire la gloire de Dieu en toutes les sortes qu’il est possible, quiconque abuse sainctement de leur nom à ceste fin que Dieu en soit glorifié, il ne dérogue rien à leur dignité. Or non-seulement nous recueillons de ceci, combien est grande la majesté de la parole de Dieu, mais aussi nostre foy en receoit une merveilleuse confirmation, quand estans asseurez sur la parole de Dieu, nous osons bien desfier les Anges, et Îles maudire. Quand il dit, Z{ soit maudit, il faut suppléer, De vous. Quant au mot Grec Anathéma, lequel nous avons traduit, Haudit, il en a esté parlé sur la première aux Corinthiens, XIT, 3. Il signifie yei exécration, et est prins pour le mot Hébrieu Zarem.
9 Ainsi que nous avons desjà dit.
Maintenant laissant à parler de soymesme et des Anges, il répète derechef en général, qu’il n’est loisible à homme quelconque d'enseigner autre doctrine que celle qu’il &voit enseignée aux Galatiens. Il faut noter ce mot, Ce que vous avez receu : Car il insiste tousjours sur cela, qu'ils ne tienent point un Evangile incognu, et comme en suspens en Pair par leur imagination : mais qu’ils en ayent une définition certaine, et soyent bien asseurez que celuy qui leur a esté enseigné, et qu'ils ont embrassé, est le vray Evangile de Christ. Car il n’y a rien qui conviene moins à la foy qu’une opinion et un cuider. Que sera-ce donc si quelqu'un est en doute, ne sçachant que c’est de l'Evangile ? Aïnsi il commande qu’on tiene pour diables tous ceux qui oseront apporter un autre Evangile que le sien : nommant Autre, quand on y mesle des inventions humaines, et des choses qui ne sont point de mesme. Car la doctrine des faux-apostres n’estoil point totalement contraire ne diverse aussi, mais estoit corrompue par fausses additions. Le subterfuge donc des Papistes est plus que puérile, quand pensans se desvelopper de ces paroles de sainct Paul, comme en jouant, ils disent
premièrement que nous n'avons pas toute sa prédication, et que nous ne pouvons sçavoir ce qu’elle contenoit, sinon que les Galatiens qui l'ont ouye, ressuscitent des morts pour en porter tesmoignage. D’avantage, qu’yci par sainct Paul n’est point défendu d'y adjouster quelque chose, mais que Seulement sont défendus les Evangiles autres. Car nous pouvons recueillir aiséement par les es-
Cuar. À
critures de sainct Paul, quel à esté son Evangile, autant qu’il nous est expédient de le sçavoir. D'autre part, C’est une chose bien évidente, que toute la Papauté est un horrible renversement de cest Evangile. Finalement, il appert par la circonstance, que toute doctrine bastarde est autre que la prédication de sainet Paul. Parquoy, ils ne proufitent de rién en cherchant ainsi des cavillations.
16 Car maintenant admonesté-je selon les hommes, ou Selon Dieu? Ou cherché-je à plaire aux hommes? Certes si je plaisoye encore aux hommes, je
ne seroye point serviteur de Christ.
A1 Or frères, je vous fay scavoir que l'Evangile qui a esté annoncé par
moy, n'est point selon l’homme.
12 Car je ne l'ay point receu ou apprins d'aucun homme, mais par la révé-
lation de Jésus-Christ.
13 Car vous avez ouy quelle à esté autresfois ma conversation en la Loy
Judaïique :
JRRAE,
comment je persécutoye l'Eglise de Dieu à outrance, et la dé-
4 Et proufitoye en la. Loy Judaïique plus que plusieurs de mes pareils? en ma CA estant le plus ardent zélateur des traditions de mes pères”.
1) Ou, presché-je des hommes ou de Dieu ? où, humainement ou Divinement?
8) Ou, ancestres.
Pource qu’il avoit si hardiment loué et exalté sa prédication, il démonstre maintenant qu’il Pa fait à bon droict, et non point par folle vanterie. Et pour démonstrer cela il use de deux argumens. Le premier est prins de l'affection de son cœur, en ce qu’il ne s’accommode point aux hommes par ambition ne pour les flatter. Le second est plus fort beaucoup, asçavoir qu'il n’est paint autheur de son Evangile, mais l’a dofaux homines fidèlement, ainsi qu'il Par ceu de Dieu.
10 dmonesté-je selon, hommes ?
Ce passage s'expose en diverses sortes à cause de Pambiguité de la construction Grecque. Car SUCUNS le tournent ainsi, Admonesté-je les hommes ou Dieu ? Les autres prenent yci Dieu et les hommes, pour les choses Divines et humaines. Et ce-sens convienGroit bien, s’il n’éstoit quelque peu trop eslongné des paroles.
À ceste cause, j'ay mieux aimé suyvré celuy qui estoit le moins contraint. Car les Grecs ont Souvent accoustumé dé suppléer lé mot qui signifie autant comme Selon, en nostre langue, Sainct Paul
2) Ou, de mon aâge.
parle, non pas du sujét et de la matière dé sa prédication, mais de son affection, et du but qu’il avoit én son cœur, asçavoir qu'il ha plustost eésgard à Dieu qu'aux hommes. Combien que la doctrine aussi est correspondante à l'affection de celuy qui enseigne. Car comme la corruption de doctrine procède d’ambition, ou d’avarice, ou de quelque autre mauvaise cupidité, aussi la conscience droite fait qu’on retient la pure vérité.
Et pource il maintient que sa doctrine est saine, d'autant qu'elle n’est point accommodée pour complaire aux hommes. Ou cherché-je à plaire aux hommes ? Ce second n’est point grandement différent du premier : toutesfois il est différent en quelque Sorte. Car la volonté d'acquérir faveur, est cause de nous faire parler selon les hommes:
Quand une telle ambition règne én nos cœurs, que nous désirons de parler à.
l'appétit des hommes pour acquérir leur grace, il ne se peut faire que nous enseignions purement. Sainct Paul donc proteste qu’il n’est point entathé de cé
Car. I, vice. Et afin qu'avec plus grande hardiesse il s’exempte mesme de calomnie, il parle par interrogation. Car les interrogations ont plus de poids et de véhémence quand nous donnons congé aux adversaires de contredire s'ils peuvent.
Car cela ést un signe de grande asseuranCé, qué donnoit à sainct Paul le tes- Moignage de sa bonne conscience, pource qu'il Sçavoit certainement qu'il S’estoit tellement employé en son office, qu’on ne luÿ pouvoit point reprocher cela.
Certes Si je plaisoye encore aux hommes. Voyci une sentence digne dé mémoire, asçavoir que les ambitieux, c’està-dire ceux qui pourchassent la grâce dés hommes, ne peuvent servir à Christ.
Toutesfois il parle de sa personné en particulier, en ce sens, qu’il a renoncé volontairèment à toute faveur humaine, pour sé dédier du tout au Service de Christ : et en cela, il fait comparaison de Sa vie passée à sa vie présenté. On l’avoit eu en grände réputation, et avoit esté le bien venu envers un chacun : et pourtant, s’il eust voulu plaire aux hommes, il ne luy eust point falu changer d’estat.
Mais il faut recueillir de ceci, ceste doctrine générale de laquelle j'ay parlé :
Asçavoir qu'il faut que tous ceux qui veulent fidèlement servir à Christ, mesprisent de grand cœur toute la grâce et faveur des hommes. Ce mot 4ux hommes, emporté yci quelque certaine propriété. Car les Ministres de Christ ne doyvent point de propos délibéré chercher de desplaire aux hommes : mais il y à diverses sortes d'hommes. Nous devons tascher de plaire en Christ, à tous ceux à qui Christ plaist : au contraire, nous ne devons en sorte quelconque obéir à ceux qui veulent que leurs affections soyent préférées à la vraye doctrine. Et à la vérité, il faudra tousjours que les vrais et fidèles Pasteurs éntrent en ce combat, de ne craindre point d’encourir linimitié de ceux qui désirent qu’on leur complaise en tout et par tout. Car l'Eglise aura tousjours des meschans et faux hypocrites, qui préféreront leur plaisir à la parole de Dicu. Les bons aussi Sont aucunesfois tentez du diable, en sorte qu'ils se courroucent contre
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS
leur Pasteur qui les admoneste de leur salut, soit qu’ils le facent par ignorance, soit qu’ils soyent préoccupez de quelque infirmité. Nostre devoir donc est, de ne craindre point d’encourir la mauvaise gräce des hommes, moyennant que nous reslongnions point de Christ les infirmes. Plusieurs exposent ce passage autrerment, comme si C’estoit une concession : ét pensent que le sens est tel, Si je plaisoye aux hommes, alors je ne seroye pas serviteur dé Christ. Je le confesse :
mais qui est celuy qui me lé reprochera?
Qui est celuy qui ne voye que je ne tasche point d'acquérir la faveur dés hommes ? Toutésfois je trouvé meilleur le premier sens : asçavoir que Sainct Paul récite quelle et combien grande faveur des hommes il à renoncé, pour se dédier du tout au service dé Christ.
11 Or frères, jé vous fay Scavoir.
Ceci est un argument de trèsgrande eficace, ét le principal poinct de toute la matière : Asçavoir qu’il n’a point receu des hommes lEvangile qu’il annonce, mais qu'il luy a esté révélé de Dieu. Et pource qu'on luy pouvoit nier cela, il adjouste uné probation, qui contient la narration des choses advenues en Sa personne, Mais afin que ceste protestation ait plus de poids, il dit d'entrée, qu’il ne parle point d’une chose incertaine ou incognue, mais de laquelle il est prést de faire foy. Car une telle préface convient quand on veut parler d’une chose d’importance. Il dit, qué Son Evangile n’est point selon l'homme, pource qu’il ne sent rien de l'invention de FPhomine, ou qu'il n’a point esté forgé ou dressé par les hommes. Et pour prouver cela, il adjouste incontinént après, qu’il n’a esté enseigné par aucun maäistre terrien.
12 Car je ne l'ay point receu ou apprins d'aucun homme. Quoy donc ? Quand quelqu'un estant enseigné par le ministère d’un homme, viendra puis après à estre Docteur, et avoir charge d'enseigner en l'Eglise, l’authorité de la Parole en sera-elle pourtant moindre ?
Or il faut tousjours considérer de quoy les faux-apostres l’assailloyent : asçàvoir qu'il tenoit un Evangile imparfait et
068 COMME bastard, lequel il avoit je ne sçay comment apprins de quelque maistre qui n’estoit pas des meilleurs, ou pour le moins qui n’avoit point de bruit : et que maintenant il enseignoit aux autres à tors et à travers cest Evangile mal entendu. Et cependant eux se vantoyent d’estre disciples des plus grans Apostres, desquels ils sçavoyent certainement toute l'intention et quasi le secret du cœur. Il a donc esté nécessaire à sainct Paul pour opposer sa doctrine à tout le monde, de s'appuyer sur ce fort : quelle luy avoit esté revélée du ciel, et qu’il ne lavoit point apprinse en l’eschole d'homme quelconque. Autrement il ne l’eust jamais peu défendre des calomnies des fauxapostres. Si on met en avant qu’il a esté enseigné par Ananias (Actes, IX, 10) il est facile aussi d’y respondre. Car il n’y a rien qui empesche que Dieu luy-mesme ne lait enseigné par révélations, et que quant et quant il n’ait usé du moyen d’un homme pour linstruire : et ce pour authoriser le ministère. Comme nous avons dit ci-dessus qu'il a esté appelé au ministère immédiatement de Dieu par révélation, et qu’il a esté ordonné par les voix des hommes et approbation solen-
NTAIRES
Cirar. Ï,
nelle. Ces choses ne contrevienent point l’une à l’autre.
13 Car vous avez ouy quelle a esté autresfois. Tout ce récit a esté adjousté pour probation. Car il raconte que toute sa vie il avoit eu l'Evangile si fort en horreur, qu’il en estoit ennemi mortel, et destructeur du nom de Chrestienté.
De là nous recueillons que sa conversion a esté de Dieu. Et certes il les appelle pour tesmoins, comme d’une chose nullement douteuse, afin que ce qu'il veut dire soit receu sans contredit. Il appelle ses pareils, Ceux qui estoyent de son temps. Car la comparaison ne seroit pas propre avec les anciens. Quand il parle des traditions de ses pères, I] n’entend pas ces additions par lesquelles la Loy de Dieu avoit esté corrompue, mais la Loy de Dieu mesme, en laquelle il avoit esté nourri dès son jeune aage, et laquelle il avoit receuë de main en main de ses père et mère, et autres prédécesseurs.
Comme ainsi soit donc qu’il fust grandement addonné aux cérémonies de sa nation, il n’estoit pas facile de Pen destourner, si le Seigneur ne l’en eust retiré miraculeusement.
15 Mais quand il a pleu à Dieu (qui m'avoit mis à part dès le ventre de ma
mère, et qui ma. appelé par sa grâce) 16 De me révéler son Filsi
, &fin que je l’évangélizasse entre les eue : je
ne prins point conseil incontinent de la chair et du sang,
17 Et ne revein point en Jérusalem à ceux qui avoyent esté Le es devant moy : ains je men allay en Arabie, et derechef retournay à Damas.
18 Depuis, trois ans après je revein en Jérusalem pour visiter Pierre, et
demeuray avec luy quinze jours.
19 Et ne vey nul autre des Apostres sinon Jaques frère du Seigneur. 20 Or des choses que je vous escri, voyci je vous di devant Dieu que je n'en
men point.
À Depuis je vein és pays de Syrie et de Cilicie. 2 Et estoye incognu de face aux Eglises de Judée, qui estoyent en Christ : ; Mais ils avoyent seulement ouy dire, Celuy qui autresfois nous persécutoit, annonce maintenant la foy, laquelle autresfois il destruisoit :
24 Et glorifioyent Dieu en moy.
4) Ou, révéler son Fils en moy.
45 Quand il a pleu à Dieu. C’est le second membre du récit, touchant sa conversion miraculeuse. Oril faut yci mettre par membres ce qui est lié ensemble et
couché tout d’un fil esté appelé par la grâce de Dieu pour prescher Christ entre les Gentils : et que tout incontinent après sa vocation, sans
, Que sainet Paul a.
Cuar, I.
demander conseil aux Apostres, il s’est mis à faire l'office qui luy estoit enjoint, sans en faire difficulté, estant certain du conseil et de la volonté de Dieu. Quant à là construction des mots, Erasme n’accorde pas avec la commune translation Latine. Car il conjoint ainsi, Quand il a pleu à Dieu que je preschasse Christ entre les Gentils, qui m’a appelé afin de le révéler par moy. Mais la vieille translation convient mieux selon mon jugement. Car premièrement la révélation de Christ luy a esté faite : puis après la commission de le prescher luy a esté donnée. Ou si on veut suyvre la translation d’'Erasme, Révéler par moy, etc. :
Afin que je l'évangélisasse, sera adjousté pour exprimer la manière de la révélation. Au reste, il pourroit sembler de prime face, que la façon dargumenter que tient sainct Paul, ne seroit pas guères ferme. Car quoy qu'il se soit mis à prescher l'Evangile tout incontinent après qu’il a esté converti à la Chrestienté, et sans en demander conseil aux Apostres, il ne s'ensuit pas pourtant qu’il fust in- Struit par la révélation de Christ, pour estre propre à faire une telle besongne.
Mais il nous faut entendre qu’il se fonde sur plusieurs raisons, lesquelles quand on assemblera toutes en un, seront assez suffisantes pour en faire un argument bien concluant. Premièrement, Qu'il à esté appelé par la grâce de Dieu : puis après, Que son Apostolat a esté approuvé par les autres Apostres : et ce qui s’ensuit. Il faut donc que les lecteurs ayant souvenance de prendre tout ce récit assembléement : et puis après faire une conclusion de toute la somme, et non point de chacune partie. Qui m'avoil mis à part, etc. Ceste séparation a esté le conseil de Dieu, par lequel il destinoit S. Paul à l'office d’Apostre, avant que Juy-mesme se sceust estre nay au monde, Après cela est venu la vocation en son temps, quand le Seigneur a manifesté que c’est qu'il vouloit faire de luy, et commandé qu’il se mist à faire son office.
Au reste, il ne faut point douter que Dieu wait déterminé avant la création du monde ce qu’il vouloit faire d’un chacun de nous, et assigné à chacun son oflice
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
par un jugement secret. Mais l’Escriture a quelque fois accoustumé de mettre ces trois degrez : asçavoir la prédestination éternelle de Dieu, lordonnance dés le ventre, et la vocation, qui est l'effet et Paccomplissement des deux autres. Le Seigneur parle un peu autrement au chapitre I de Jérémie, v. 5, que ne sonnent les mots desquels use yci S. Paul : toutesfois c’est en mesme sens. Il dit, Avant que je te formasse au ventre, je (’ay cognu : et avant que tu sortisses de Ja matrice, je t’ay sanctifié, et t’'ayÿy mis pour Prophète entre les gens. Car Dieu avoit aussi sanctitié S. Paul à l'office d’Apostre, avant qu’il fust nay, comme Jérémie à l’office-de Prophète. Mais il est dit derechef qu’il nous sépare, et choisit dès le ventre, pource que nous venons en ce monde à celle fin qu'il accomplisse en nous ce qu’il a déterminé. Or la vocation est différée jusques au temps opportun, qui est quand Dieu nous à appropriez à l’office auquel il nous commet. Parquoy nous pouvons ainsi résoudre les paroles de sainct Paul, Quand il a pleu à Dicu de révéler son Fils par moy qui m’a appelé, comme il m'avoit choisi au paravant. Car il a voulu démonstrer que sa vocation dépend de lélection secrète de Dieu : et qu'il n’a point esté ordonné à l'office d’Apostre, pource qu’il se fust façonné de sa propre industrie à exercer une charge si grande, ou pour autant que Dieu l’eust trouvé suflisant et digne pour luy commettre un tel office : mais pource que devant qu’il nasquist, il avoit esté destiné à cela par le conseil secret de Dieu. Car il a ainsi accoustumé de rapporter la cause de sa vocation au bon plaisir de Dieu et gratuit : ce qu’il nous faut noter diligemment. Car nous sommes enseignez par ceci, que non-seulement ce que nous sommes éleus et adoptez à la vie éternelle doit estre attribué à la grâce de Dieu, mais aussi ce qu’il nous fait ce bien de se vouloir servir de nous, comme ainsi soit qu’autrement nous soyons du tout inutiles : et ce qu’il nous assigne une vocation légitime, en laquelle nous nous exercions. Car qu’avoit sainct Paul avant qu’il fust nay, qui fust digne d’un si grand honneur ? Il nous faut donc
résoudrecela, que ce que nous avons esté appelez au gouvernement de l'Eglise de Dieu, est totalement un pur don de Iuy, et non point Chose acquise par nostre industrie. Au reste, quant à ce qu'aucuns philosophent subtilement sur ce mot de mettre à part: c’est sans occasion, ef mal à propos. Car il n’est pas dit que Dieu nous choisisse ou sépare, pourtant qu'il mette en nous quelque propriété, par laquelle nous soyons différens des autres : mais quand par son conseil il nous destine à quelque chose. Or combien qu’il eust desjà assez apertement attribué à la grâce de Dieu sa vocation, en disant que le commencement d’icelle avoit esté ceste séparation volontaire et gratuite dés le ventre, toutesfois il l’ex-
prime nomméement encore une fois : en.
partie, afin qu’en louant la grâce, il se purge de tout souspeçon de vaine gloire:
en partie aussi afin qu’il rende tesmoignage qu’il n’est point ingrat envers Dieu.
Car il a accoustumé de le faire ainsi
volontiers, mesme encore qu'il ne soit.
point question de débatre avec les fauxapostres.
16 De me révéler son Fils. Si nous lisons, Révéler par moy : ce sera-ci la fin de l’office d’Apostre de manifester Christ.
Comment? En l’annonceant entre les Gentils : ce que les faux-apostres luy tournoyent à blasme, Mais comme ainsi soit qu'il y a de mot à mot au Grec, Révéler son Fils en moy : je pense que c’est une manière de parler prinse des Hébreux :
entre lesquels souvent la letre qui signifie, En, est superflue, Comme sçayent ceux qui ont cognoissance de la Langue.
Le sens done sera, que Christ a esté révélé à S. Paul, non pas afin que luy jouist seul de ceste cognoissance de Christ, et qu’il le gardast à part soy secrètement dedans son cœur : ains qu'après lavoir cognu, il le preschast entre les Gentils.
Je ne prins point conseil incontinent.
Ou, Je n’en veins point à conférer et communiquer avec la chair et le sang. Or quant à la signification de ces deux mots, Chair et Sang : il a voulu simplement exclure tous conseils humains. Car il comprend yei tous hommes universellement, et tout ce qu'ils ont de prudence ou con-
Crar. I.
seil, comme il apparoistra tantost par la suyte du texte : et mesme il entend nommément des Apostres : et ce, afin qu’on voye plus clairement reluire ceste vocation procédante immédiatement de Dieu.
Estant donc appuyé sur la seule authorité de Dieu, et se contentant d’icelle, il s’est mis à exercer l’office de prédication.
Et ne reveins point en Jérusalem. C’est une exposition et avee ce amplification de la sentence précédente. Comme s’il disoit, Je n’ay point demandé en cela l’authorité d'homme quelconque, non pas des Apostres mesmes. Ceux donc qui pensent que les Apostres ne sont pas comprins sous la chair et le sang, pource que il les nomme maintenant à part, s’abusent. Car il n’adjouste rien de nouveau ou divers :
mais il expose seulement plus clairement ce qui avoit esté dit obscurement. Et en ceste façon de parler il né fait point de déshonneur aux Apostres : d'autant qu’afin de monsirer qu’il mavoit point esté induit par les hommes, il luy a falu nécessairement mettre mesme les Apostres à l’opposite de Dieu, à cause des fausses vanteries de ces canailles, Or quand on confère la créature avec Dieu, de quelques titres abjects etcontemptibles qu’elle soit abbaissée, on ne luy fait point de tort.
A7 Ains je men allay en. Arabie.
S. Luc n’a point parlé de ces trois ans en l’histoire des Actes: comme aussi il ne récite pas beaucoup d’autres choses.
Ainsi, la calomnie de ceux qui cherchent yci quelque couleur de répugnance, est frivole. Au reste, que les lecteurs fidèles considèrent un peu yei, de quel combat de tentation, et combien rude secousse S. Paul à esté assailli dés la première entrée qu'il a commencé à faire son office.
Luy qui le jour de devant avoit esté envoyé par grand honneur en Damas, avec une compagnie magnifique, tantost après il est contraint comme banni de fuir çà et là en terre estrange: et toutesfois il ne perd point courage.
18 Depuis, trois ans après je revein en Jérusalem, etc. Il alla en Jérusalem seulement trois ans après qu’il eut commencé à exercer l'office d’Apostre. Son commencement donc n’a point esté par
Crae. I.
la vocation, des hommes. Et. toutesfois afin qu'il ne semblast qu’il eust une Goctrine à part et un but divers des autres, et que pour ceste cause il évitast de se trouver en leur présence, il dit qu'il veint en Jérusalem en intention de visiter Pierre. Ainsi donc, combien quil n’eust point attendu leur authorité, quand il voulut commencer à faire son office : toutesfois ce n’a point esté maugré eux, mais par leur consentement et approbation qu’il a poursuyvi à exercer l’oflice d’Apostre. Cest ce qu'il veut dire: et que jamais il n’a esté divisé des Apostres : et qu'encore maintenant il est bien d'accord avec eux. Il marque un temps bien brief qu'il a là esté: et ce afin de monstrer qu’il n’y estoit point venu pour apprendre, mais seulement pour commupication mutuelle. À cela mesme tend ce qu'il. adjouste, qu'il ne veit nul autre des Apostres, asçavoir pource qu’il passoit seulement. par là, allant ailleurs.
19 Sinon Jaques frère du Seigneur.
Il faut veoir qui estoit ce Jaques. Presque tous les anciens sont d'accord en ceci, que c’estoit un des disciples surnommé Oblias et Juste, qui estoit Pasteur en l'Eglise. de. Jérusalem. Combien que les autres pensent qu’il ait esté fils de Joseph, lequel il avoit eu d’une autre femme: et les autres (ce qui est plus vraysemblable) qu’il estoit cousin germain de Jésus-Christ, fils de la seur de sa mère.
Mais pource qu’il est yci nommé entre les Apostres, je ne reçoy point ceste opinion.
Car l’excuse de S. Hiérôme n’ha pas lieu, asçavoir que cenom, d’Apostre, est quelquesfois transféré des douze à d’autres :
veu qu'il est yci question de la dignité souveraine: et d'avantage, nous verrons ci-après, que cestuy-là mesme estoit estimé entre les principales colomnes de l'Eglise. Parquoy je trouve plus vraysemblable que c’est le fils d Alphée, duquel il parle. Il est bien à présumer que les autres pour lors estoyent espars en diverses régions: car ils ne demeuroyent point oisifs en quelque certain lieu. Or combien que sainct Luc récite aux Actes, chap. XL v. 25, que Barnabas ait mené sainc{ Paul aux Apostres, toutesfois il ne faut pas entendre cela des douze: mais
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
seulement de ces deux, lesquels seuls pour lors estoyent en Jérusalem.
20 Or des choses que je vous escri.
Ceste aflirmation s’estend à tout le récit.
Or en ce que S. Paul use yci de serment, duquel on ne doit nullement user sinon és causes graves, et de grande importance, il nous est démonstré comment c’est à bon escient qu’il a débatu de ce poinct.
Et certes Il ne se faut pas esbahir s’il insiste si fort: car nous avons veu par cidevant, que C’est que machinoyent les séducteurs, en luy ostant l’honneur et le titre d’Apostre. Au reste, il faut que nous notions les manières de jurer desquelles les Sainicts usent: afin que nous entendions que nous ne faisons autre chose en jurant, sinon ramener au jugement de Dieu la certitude et vérité de nos paroles et nos faits : auquel acte il faut nécessairement que la révérence et crainte de Dieu préside dedans le cœur de l’homme.
22 Et estoye incognu de face aux Eglises. | me semble que ceci est adjousté pour amplifier d'avantage la malveillance et malignité de ceux qui mesdisoyent de luy. Car si les Eglises de Judée en oyant seulement parler, estoyent incitées à donner gloire à Dieu, de ce qu’il avoit besongné d’une façon si magnifique en S. Paul : quelle honte et ingratitude est-ce, que ceux qui voyent par effet devant leurs yeux ses vertus merveilleuses, ne facent le semblable? Si ceux qui estoyent en Judée, se contentoyent de la seule renommée, pourquoy ne se contentent les autres, de veoir les choses à œil? Il dit qu’il destruisoit la Joy : non pas que la foy de soy puisse estre destruite : mais pource qu'il la destruisoit en ceux qui estoyent infirmes. D’avantage, ceste façon de parler ne regarde pas tant l'effet que l'effort.
24 Et glorifioyent Dieu en moy. Ceci estoit un signe évident que son ministère estoit approuvé de toutes les Eglises de Judée, et tellement approuvé qu'avec louange et grande admiration ils recognoissoyent en luy une vertu excellente de Dieu. Ainsi il taxe obliquement ses malvueillans, que par leur envie et calomnies ils ne gaignent autre chose, sinon qu’ils obscurcissent la gloire de
Dieu, de laquelle les Aposires avoyent recognu et apertement confessé, quelle reluisoit en l’apostolat de sainet Paul.
Cependant toutesfois comme en passant, yci nous est donnée certaine règle : En quelle admiration nous devons avoir les Saincts du Seigneur. Car, comme nous avons une merveilleuse ou perversité ou ingratitude, ou inclination à superstition :
ceux que nous voyons estre ornez des
Cuae. Il.
grâces de Dieu, nous les adorons comme dieux, mettans en oubli de qui ils les ont receuës., Et pourtant nous sommes admonestez en ce lieu, de regarder plustost à P’autheur, afin de luy attribuer ce qui est sien. Et quant et quant nous sommes enseignez, que ce que S. Paul d’ennemi et adversaire avoit esté fait Ministre, a esté matière de louer Dieu.