CHAPITRE JL
A O Galates mal-avisez!, qui vous à ensorcelez que n'obéissiez à la vérité, ausquels Jésus-Christ a esté par ci-devant pour trait devant les yeux, et cTu-
cifié entre vous ?
2 Je vucil seulement scavoir ceci de vous, Avez-vous receu l'Esprit par les œuvres de la Loy, ou par la prédication de la foy? 3 Estles-vous tant mal-avisez, qu'en ayant commencé 2 Ra l'Esprit, mainte-
nant vous acheviez par la chair?
4 Avez-vous tant souffert en vain? Si toutesfois c’est en vain?.
5 Celuy donc qui vous fourni l'Esprit et produit les vertus en vous, le fait-il par les œuvres de la Loy ou par la prédication de la foy?
1) Ou, insensez, fols et estourdis.
1 O Galates mal-avisez. I adjouste à Ja doctrine ou plustost entrelace une répréhension assez aspre. Or si quelqu'un s’esbahit pourquoy il ne l’a différée jusques à la fin, Certainement ces sentences tant graves, lesquelles il a amenées, l'ont incité à s’esmouvoir soudainement. Car quand nous oyons que le Fils de Dieu avec tous ses biens est rejetté, et qu’on tient si peu de conte de sa mort, qui est le cœur fidèle qui 5e pourroit tenir de se courroucer ? Il les appelle donc fols ou mal-avisez et despourveus d’entendement, pour autant qu'ils s’estoyent laissé envelopper en un blasphème et sacrilége tant exécrable : et les argue non pas seulement de ce qu’ils se sont laissé tromper, mais qu'ils se sont laissé décevoir comme par enchantement magique, et ensorceler.
Lequel mot emporte beaucoup plus : car par cela il donne à entendre que leur cheute procède plus de forcenerie que de folie ou légèreté. Aucuns pensent que
2) Ou, Voire si c’est mesmes en vain.
S. Paul a regardé au naturel de ceste nation, d'autant qu’estans descendus des barbares, il les faloit traitter plus rudement : mais je j'aime mieux rapporter simplement au propos et à la circonstance du faict. Car c’est une chose monstrueuse,
qu'au milieu d’une si grande clarté de l'Evangile les enchanteries du diable trouvent encore lieu. Car il dit qu’ils sont Ensorcelez et insensez : non-seulement pource qu’ils n’ont pas obéy à l'Evangile, mais aussi pource qu'après avoir esté instruits tant certainement, tant apertement tant familièrement, brief, avec une si grande efficace, ils se révoltent incontinent. Le'mot que nous avons traduit, N'obéissiez, Erasme l’a tourné, Ne croyiez : Ce que combien que je ne rejette pas du tout, toutesfois ce que j'ay.
mis Conyient beaucoup | mieux à la suyle du texte. Car sainct Paul, ne les accuse pas d’avoir du commencement refusé ou rejetté l'Evangile, mais il les tanse de ce
Car. HI.
qu’ils n’ont point persisté en l’obéissance d’iceluy. Æusquels Jésus-Christ a esté parcidevant, etc. Ceci tend à exaggérer leur faute, comme j'ay desjà touché. Car tant mieux que nous avons cognu Christ, tant plus grande sera la faute, si nousnous révoltons. Il dit donc que sa doctrine a esté si claire, que ce n’estoit point tant une doctrine nue, qu’une vive image et pourtrait de Christ. Ils en avoyent donc une telle cognoissance, qu’elle pouvoit estre comparée à une manière de veoir en personne. L'exposition de S. Augustin est dure et loin de Pintention du sainct Apostre. Il dit que Christ a esté prescrit, comme s’il avoit esté déjetté de sa possession. Les autres lisent, Proscrict, lequel mot ne seroit pas mal convenable, si on le prenoit pour Estre publié et annoncé devant tous :
pour raison de laquelle Signification, aussi de ce verbe entre les Grecs descend le nom, Programmatæ, qui signifie les tableaux où on met par escrit les héritages qui sont à vendre, afin que chacun le voye. Mais il y aura moins d’ambiguité quand nous dirons, Pourtraict ou Peinct : et selon mon jugement, il convient très-bien. Car sainct Paul pour monstrer combien a esté grande l’efficace de sa prédication, la compare premièrement à une peinture, par laquelle l’image de Christ leur a esté tirée au vif. En après non content de ceste similitude, il adjouste que Christ a esté crucifié entr'eux : par lequel mot il signifie qu’ils devoyent estre autant esmeus de sa prédication, comme s'ils eussent eu la mort de Christ présente devant leurs veux. Car de l’entendre comme aucuns, que les Galatiens avoyent derechef crucifié le Seigneur, et l’avoyent eu en mespris quand ils s’estoyent retirez de, la pureté de l'Evangile, ou pour le moins qu’ils avoyent presté l'oreille et adjousté foy aux trompeurs qui le crucifioyent : ce sens me semble estre par trop eontraint. Retenons donc ce sens, Qu'ils n’ont pas esté moins enseignez en Christ par la doctrine de sainct Paul, que si Christ leur eust esté monstré peint au vif en un tableau : voire mesme crucifié entr’eux. Telle représentation ne peut estre faite par éloquence
quelconque ne par aucunes couleurs de Rhétorique, sinon que ceste efficace du sainct Esprit y soit, de laquelle il a esté parlé aux deux Epistres aux Corinthiens.
Parquoy que ceux qui voudront s’acquitter du ministère de l'Evangile ainsi qu'il appartient, apprenent non-seulement de parler et haranguer, mais aussi de pénétrer jusques dedans les consciences, afin qu'elles sentent en elles Christ crucitié, et que le sang d’iceluy dégoutte dedans elles. Quand l’Eglise ha de tels peintres, elle n’ha plus besoin d'images de pierres ne de bois : c’est-à-dire d’idoles muettes :
elle ne demande plus de peintures. Et certes lors premièrement les portes des temples entre les Chrestiens, ont esté ouvertes aux images et peintures, quand en partie les Pasteurs estoyent devenus muets, et vrais idoles : en partie s’acquittoyent si froidement en la chaire, que la vertu et efficace du ministère estoit du tout esteinte.
2 Je vueil seulement scavoir, etc.
Maintenant il conferme de nouveau sa cause par raisons. La première est prinse de ce qu'eux-mesmes avoyent expérimenté. Car il leur réduit en mémoire quels avoyent esté les commencemens de l'Evangile entr’eux. Incontinent après avoir ouy l'Evangile, ils avoyent receu le S. Esprit : parquoy ils devoyent recognoistre ce bien leur estre venu de la foy, et non pas de la Loy. Sainct Pierre use du mesme argument, quand il s’excuse envers les frères, de ce qu’il avoit baptizé des gens qui n’estoyent point circoncis, AcCt., XI, 15. Semblablement S. Paul aussi et Barnabas en la disputation qu’ils eurent en Jérusalem touchant ceste matière, ACt., XV, 2, 7. Il appert donc que les Galatiens sont ingrats, d’autant qu’ils ne s’arrestent pas à la doctrine, par le moyen de laquelle ils avoyent receu le S. Esprit. Quant à ce qu'il se rapporte à eux de la response, ce n’est pas un signe de doute, mais de grande asseurance. Car ils estoyent contraints de confesser que cela estoit vray, en estant convaincus par leur propre expérience. 11 appelle yci l'Evangile, Foy, comme il l’appelle ailleurs doctrine de foy, d'autant qu’en icelle nous est pro-
posée la pure grâce de Dieu en Christ, sans les mérites des œuvres. Je pren yci l'Esprit, pour Ja grâce de régénération, laquelle est commune à tous fidèles. Combien que si on le veut prendre pour les dons particuliers, desquels le Seigneur pour lors ornoit la prédication de l'Evanile, je n’y contredi point. Si quelqu'un réplique que PEsprit n’a pas esté donné à Lous en ceste manière : je respon qu'il suffit pour l'intention de S. Paul, que les Galatiens sçavoyent bien que la vertu du sainct Esprit s’estoit démonstrée en leur Eglise avec la doctrine de S. Paul : et que les fidèles avoyent receu diverses grâces de PEsprit à lédification commune de tous. Siderechef on objecte sur cela, que ces gràces n’ont point esté certains si- . gnes d'adoption: et que pour ceste cause elles ne servent de rien au présent propos : Je respon que c’estoit assez que le Seigneur avoit confermé la doctrine de sainct Paul par dons visibles de son Esprit. Mais l’autre sens est plus simple :
asçavoir qu'ils avoyent esté ornez du bénéfice commun d'adoption, avant que ces séducteurs vinssent à mettre en avant leurs additions. Il en dit autant au Chapitre [ des Ephésiens, v. 13, Ayans ouy la parole de vérité, asçavoir l'Evangile de vostre salut, auquel aussi ayans creu, estes seellez du sainct Esprit de promesse, etc. *
3 Estes-vous tant mal-avisez. On est aussi en doute en cest endroit, que c’est qu’il entend par l'Esprit et Par la chair.
Les expositeurs sont divers en opinions.
Il me semble que sainct Paul à voulu faire allusion à ee qu'il avoit dit de l'Esprit: comme s’il eust dit, Comme ainsi soit que la doctrine de lPEvangile vous ait apporté le sainet Esprit, il faut dire que vostre commencement a esté spiri- {uel.. Mais maintenant vous estes déclinez en pire condition, comme ceux qui de l'Esprit tombent à la chair. Il a donc mis Ja Chair pour les choses extérieures et caduques, comme sont les cérémonies, mesme quand elles sont séparées de Christ : ou bien par la doctrine morte et
Cuae. III.
caduque. Or cela ne convient pas bien, quand après de beaux cCommencemens on ne continue pas de mesme.
4 Avez-vous tant souffert en vain.
C'est un autre argument : Veu qu’ils avoyent tant enduré pour l'Evangile, qu’ils ne perdissent point maintenant le tout en un moment. Ou plustost il leur demande par forme de reproche, s'ils veulent que tant dexcellens combats, lesquels ils avoyent soustenus pour la foy, soyent perdus pour eux. Car si le sainct Apostre ne leur eust enseigné la vraye foy, c’eust esté une grande folie à eux, d’avoir enduré quelqne chose pour maintenirune mauvaise cause. Mais ils avoyent expérimenté que Dieu leur avoit assisté au milieu des persécutions. D charge donc les faux-apostres et les rend odieux, d’au- {ant qu’ils despouilloyent les Galatiens de si précieux ornemens. Au reste, pour modérer l’aigreur de ce propos, il adjouste une correction, Si éoutesfois c’est en vain : par laquelle il les redresse et accourage, afin que prenans bonne espérance, ils aspirent à repentance et amendement. Car le but et la fin de toutes corrections est, non pas de précipiter les hommes en désespoir, ains leur donner courage de mieux faire.
5 Celuy donc qui vous fournil l'Esprit. I] ne parle plus maintenant de la grâce de régénération, mais des autres dons de l’Esprit. Car l’ordre mesme démonsire que c’est un argument divers du précédent : par ce qu’il a entremeslé un autre argument. Il leur remonstre donc, que toutes les grâces excellentes de l'Esprit, desquelles ils estoyent douez, sont fruits de l'Evangile : voire de cest Evangile qu’il a presché de sa propre bouche entr’eux. Ainsi ils se despouilloyenteux-mesmèés licelles grâces, quand laissans l'Evangile, ils suyvoyent une autre sorte de doctrine. Au contraire, d’autant qu'ils estimoyent ces grâces, d’autant aussi ils devoyent donner ordre de retenir fermement l'Evangile. Avec ces dons et grâces il adjouste Les vertus, c’est-à-dire les miracles,
Cuar. HT,
6 Ains plustost comme Abraham a creu à Dieu, et luy a esté imputé à
justice".
7 Sçachez donc que ceux qui sont de la foy, sont enfans d'Abraham.
8 Et l'Escriture prévoyant que Dieu justifie les Gentils par Ja foy, a devant évangélizé à Abraham, disant, Toutes gens seront béniles en toy?.
9 Ceux donc qui sont de la foy, sont bénits avec le fidèle Abraham.
1) Gen., XV, 6. Rom., IV, 3. Jaq., II, 93.
‘Après les avoir convaincus par Îles choses en elles-mesmes, et par l’expérience, il vient maintenant aux tesmoignages de l'Escriture. Premièrement, il amène l’exemple d'Abraham. Or combien que les argumens prins des exemples ne soyent pas tousjours bien fermes, toutesfois cestuy-ci est trèssufflisant, pource qu'il n’y a point de différence ni en la chose, ni en la personne. Car il n’y a pas plusieurs entrées à justice : et aussi Abraham est appelé le père de tous les croyans et fidèles, d'autant qu’il est le patron et exemple de tous : mesme, pour mieux dire, la règle universelle pour obtenir justice, nous est prescrite en sa personne.
. 6 Ains plustost Æbraham a creu & Dieu. Xl faut suppléer ce mot, Au contraire : Ou, Ains plustost, ou autre semblable. Car après avoir fait l’interrogation, il à voulu retrancher tout soudain toute occasion de douter : ou bien, ce mot Comme, se rapporte seulement au plus prochain membre : asçavoir que par louve de la foy, l'Esprit et ses vertus leur estoyent administrées, comme sil disoit, qu’en la grâce qu’ils ont receuë reluit une ressemblance à Abraham. 4 creu à Dieu. Par ce tesmoignage il prouve tant yci qu’au quatrième chap.
aux Romains, que les hommes sont justifiez par foy : d'autant que la foy d’Abraham luy a esté réputée à justice. Premièrement ii faut entendre que signifie yci Foy selon que sainet Paul Ja prend :
secondement que signifie Justice : tiercement pourquoy est la foy réputée cause de justification. La foy n’est point prinse pour chacune persuasion que les hommes pourroyent avoir de la vérité de Dieu.
Car quand Caïn eust creu cent fois à Dieu, qui luy dénonceoit punition, cela
2) Gen., XXII, 18.
encore ne luy eust de rien servi pour obtenir justice. Abraham donc à esté justifié en croyant, d'autant qu'ayant de Dieu promesse de son amour paternelle, il s’y est arresté entièrement. La foy donc a yci correspondance ou regard à la parole de Dieu, qui soit telle que les hommes s’y appuyans, puissent acquiescer et se reposer en Juy. Quant à ce mot Justice, il faut noter la façon de parler de Moyse. Car quand il dit que ce qu’Abraham a creu luy à esté imputé à justice : il signifie que celuy est juste, qui est réputé tel envers Dieu. Or comme ainsi soit que les hommes n’ont point de justice en eux-mesmes ils l’obtienent par imputation : d'autant que Dieu leur impute pour justice la foy. Ainsi donc il est dit que nous sommes justifiez par la foy, non pas que la foy mette en nous quelque habitude ou qualité : mais pource que Dieu nous accepte, et ha pour agréables. Mais pourquoy est-ce que si grand honneur est attribué à la foy, qu’elle est appelée la cause de nostre justice ? Premièrement il faut sçavoir qu'elle en est seulement la cause instrumentale. Car, à parler proprement, nosire justice n’est autre chose que ceste acceptation gratuite de Dieu en laquelle est fondé tout nostre salut. Mais pource que Dieu en nous rendant tesmoignage de son amour et grâce par l'Evangile, nous communique ceste justice, de laquelle j’ay parlé :
à ceste cause il est dit que nous la recevons par foy. Parquoy, quand nous attribuons la justification de l’homme à Ja foy, nous ne disputons point de la cause principale : mais seulement nous notons le moyen, par lequel les hommes parvienent à la vraye justice, Car ceste justice est un pur don de Dieu, et non pas une qualité qui soit adhérante aux hom-
mes : mais On la possède seulement par foy. Et cela ne se fait point par le mérite de la foy, en sorte que ce soit comme une récompense deuë : mais pource que nous recevons par foy ce que Dieu nous doune de son propre mouvement et de don gratuit. Parquoy toutes ces façons de parler valent autant l’une comme l’autre, Nous sommes justifiez par la grâce de Dieu : Christ est nostre justice :
La miséricorde de Dieu est cause de nostre justice : La justice nous est acquise par la mort et résurrection de Christ : La justice nous est conférée par PEvangile : Nous obtenons justice par foy. Dont il appert combien faillent lourdement ceux qui veulent accorder ces propositions : AsÇavoir, que nous s0mMmes justifiez par foy et par les œuvres ‘tout ensemble. Car quiconque est juste par foy, cestuy-là estant du tout despourveu et vuide de justice propre à luy, ‘ se repose sur la seule grâce de Dieu. Et c’est la raison pourquoy sainct Paul aux Romains, chap. IV, v. 2, conclud qu’Abraham n’ha point de gloire envers Dieu, pour autant qu'il a obtenu justice par foy. Car il n’est pas dit que la foy luy à esté imputée en partie de justice, mais simplement à justice. Ainsi donc la foy luy à esté pour justice entièrement. Or la foy ne regarde sinon la miséricorde de Dieu, et Christ mort et ressuscité.
Parquoy tout mérite des œuvres est exclus, quand parlant de la cause de jusiification, on l’impute toute à la foy. Car la foy, entant qu’elle contient en soy la bonté gratuite de Dieu, Christ avec tous ses biens, le tesmoignage de nostre adoption, lequel nous est rendu en lPEvangile, ect opposée universellement à la Loy, aux mérites des œuvres, et à la dignité des hommes. Car quant à ce que les Sophistes pensent qu’elle est seulement opposée aux cérémonies, il sera bien facile ci-après de le confuter par la suyte de la disputation. Qu'il nous souviene donc que ceux qui sont justes par foy, ils sont justes hors d’eux-mesmes, asçavoir en Christ. Par ceci aussi est repoussée la sotte cavillation d’aucuns, qui se mocquent de S. Paul, disans que quand Moyse parle de la justice, il en-
Car. JE.
tend une preud’hommie : et que cela ne signifie autre chose, sinon qu’Abraham à esté réputé pour homme de bien, pource qu’il a creu à Dieu. Satan suscite aujourd’huy de tels esprits estourdis pour renverser la certitude de l’Escriture par calomnies obliques, et comme pour la miner par-dessous terre. Mais S. Paul, qui sçavoit bien que Moyse n’a point voulu monsitrer aux enfans la Grammaire, mais qu'il a parlé du jugement de Dieu, a prins à bon droict le nom de Justice selon le sens auquel on le prend en Théologie. Car nous ne sommes pas réputez justes devant Dieu, à la mesme manière que nous avons la louange de preu-
d'hommie envers les hommes : mais c’est
quand nous apportons une parfaite obéissance de la Loy. Car lopposite de Justice c’est Transgression de la Loy, voire quand ce ne seroit qu’en un poinet et au plus petit. Or pource que nous n’ayons pas de nous ceste justice, Dieu nous la donne gratuitement. Mais les Juifs poursuyvent yci sainct Paui, disans qu’il a abusé des paroles de Moyse, les tirant impertinemment à son proufit. Car Moyse (disent-ils) ne parle point là de Christ, pe de la vie éternelle : mais seulement il fait mention d’une promesse terrienne.
Les Papistes aussi n’en font guères moins que les Juifs. Car combien qu’ils r’osent mesdire de sainct. Paul, toutesfois ils renversent entièrement son intention. Je respon que sainct Paul prend pour tout arresté, ce que les Chrestiens aussi tienent pour une maxime indubitable : Asçavoir que toutes les promesses que Dieu a faites à Abraham, ont. esté comme dépendances de ceste première, Je suis ton Dieu, ton loyer trèsample :
Gen. XVII, 4 : et toutes nations seront bénites en ta semence, Gen., XW, 4. Parquoy quand Abraham ouyt de la bouche de Dieu, Ta semence sera comme le sablon de la mer, etc. Gen. XXIF, 47 et 18, il ne s’arresta point à ceste parole : mais plustost il la ramena à la grâce d’adop-
tion, et la considéra comme enelose là
dedans, ainsi que la partie dedans le tout. D’avantage quelque promesse qui
luy fust faite, il ne la recevoit point au-
trement, que comme un tesmoignage de
Car. TI. SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS. 695 là grâce paternelle de Dieu : alin que| Zstre de la foy, signifié Constituer sa ce luy fust une aide à appréhender la ! justice et Ja fiance de son salut en Ja fiance de salut. Car les enfans de Dieu | bonté et miséricorde de Dieu. Il infère diffèrent en ceci des infidèles, que les | de la sentence précédente, que ceux qui infidèles jouyssent aussi bien des béné-| sont tels, sont enfans d'Abraham. Car si fices de Dieu que les autres : mais ils les! Abraham a esté justifié par foy, tous gourmandent comme bestes brutes, et} ceux qui voudront estre ses enfans, il ne regardent point plus haut : mais les | faut qu’ils s’arrestent semblablement en fidèles, pource qu'ils sçavent que tous |la foy. Or il a omis ce qui estoit aisé à lès bénéfices de Dieu sont sanctifiez par | suppléer, Asçavoir que nul rest receu ses promesses, ils recognoissent Dieu | en l'Eglise, s’il n'est enfant d'Abraham. en iceux leur Père. Par ce moyen il ad-| 8 Æé l'Escriture prévoyant. Maintevient qu'ils sont tousjours conduits à | nant il estend nomméement aux Gentils. espérance de la vie éternelle, d'autant | ce qu’il avoit dit simplement. Car la voqu'ils commencent par le fondement, | cation des Gentils estoit une chase nouc'est-à-dire par la foy et certitude de | velle et estrange : et pourtant on doutoit leur adoption. Abraham done n’a pas|du moyen par lequel ils devoyent estre esté justifié pour avoir seulement creu à | appelez. Il sembloit bien que la Circonci- Dieu touchant la multiplication de sa se-| sion y fust requise avec l'observation de mence : mais pource qu’il a embrassé la | la Loy, et qn’autrement ils estoyent exgrâce de Dieu, s'appuyant sur le Média- | clus de la participation de alliance. Or teur promis, en qui toutes les promesses | le sainct Apostre monstre au contraire, de Dieu sont Ouy et Amen : c’est-à-dire, | que par la foy ils parvienent à la bénééstablies et ratifiées : ainsi que S. Paul | diction, et que par la foy ils doyvent esluy-mesme l’enseigne ailleurs, 2 Cor., | tre insérez en la famille d'Abraham. D’où 1, 20. | prouve-il cela ? Pource qu’il est dit, Tou-
1 Seachez donc, etc. Ou, Vous sca-|tes gens seront bénites en toy, etc. Ces vez donc, etc. Car le mot Grec peut es-| paroles signifient sans doute, qu'il faut tre-exposé en toutes les deux sortes : | que tous soyent bénits comme Abraham : mais pource que le sens demeure tous-| car il est le patron, voire la règle de jours tel, il n’y à pas grande différence, | tous. Or il a obtenu bénédiction par foy : laquelle lecture on prene, sinon que la! et pourtant, il y a une mesme raison et translation Latine ancienne, laquelle j’aÿ | moyen en tous autres. Ce mot donc, suivie emporte plus de poids. Or par | Fidèle, emporte quelque grand poids. Ceux qui sont de la foy, il entend ceux} Car c’est autant comme s’il disoit, Avec qui renonçans à toute fiance des œuvres, | Abraham, non point circonci, ou ayant se reposent en la seule promesse de |les œuvres de la Lov, ou estant Hébrieu, Dieu. Si on demande qui me le fait ainsi! ou appuyé sur sa propre dignité, mais exposer. Luy-mesme. Car il dit ainsi en | ayant obtenu bénédiction par la seule PEpistre aux Romains, chap. IV, v. 4, I! foy. Car il n’y a qualité de Ia personne n’est point donné gratuitement à celuy | qui viene yci en conte, mais la seule foy. qui œuvre, mais le salaire luy est rendu : | Le mot de Bénédiction, est prins en dimais à celuy qui ne peut monstrer au- | verses sortes en l’Escriture, mais ycCi il cune œuvre, veu que rien ne luy est deu, | est prins pour l'adoption en l'héritage de la foy est réputée à justice. Ainsi donc, | la vie éternelle.
10 Car tous ceux qui sont des œuvres de la Loy sont sous malédiction. car il est escrit, Maudit est quiconque n’est permanent en toutes les choses qui sontescriles au livre de la Loy, pour les faire.
14 Or que par la Loy nul n’est justifié envers Dieu, il appert: car le juste vivra de foy°.
1) Déut,, XXVIT, 26. 2) Abac., Il, 4, Rom. 1, 17. Héb., X, 38,
Cnar. IE,
42 Æt la Loy n'est point de la foy : mais L'homme qui fera ces choses, vivra
en icelles'.
13 Christ nous a rachetez de la malédiction de la Loy, quand il a esté fait pour nous malédiction, (Car il est escrit : Maudit est quiconque pend au bois ?)
14 Afin que la bénédiction d'Abraham adveinst aux Gentils par Jésus- Chrisi : afin que nous recevions la promesse de l'Esprit par foy.
1) Lévit., XVINI,5. 2) Deut., XXI, 23.
10 Car tous ceux. C’est un argument prins-des choses répugnantes : car Île chaud et le froid ne sortent point d’une mesme source. La Loy enclost généralement tous les hommes sous malédiction:
ce seroit donc en vain d’altendre bénédiction d'icelle. Par ceux qui sont des œuvres de la Loy, il entend ceux qui mettent la fiance de leur salut en icelles.
Car ces manières de parler doyvent estre tousjours rapportées au poinet de la question qu’on trailte. Or nous sçavons qu’il est yei question de la cause de justice.
Sainct Paul donc prononce yci que ceux qui veulent estre justifiez par les œuvres de la Loy, sont tous sujets à malédiction.
Et d’où prouve-il cela : C’est la sentence de la Loy en termes exprès, Que tous ceux qui auront transgressé la moindre partie de la Loy, sont maudits. Maintenant voyons s’il y a un seul homme qui accomplisse la Loy. I est certain qu’il n’y en eut jamais an seul, et qu'on n’en pourra jamais trouver. Tous donc sont yei condamnez jusqu’à un. En cest argument défaut la seconde proposition, qu'on appelle la mineur avec la conclusion. Car le syllogisme entier seroit, Quiconque aura failli en une partie de la Lov, est maudit. Tous sont coulpables de ceste condamnation : il faut donc dire que tous sont maudits. Au reste, l'argument de S. Paul ne seroit pas ferme, si nous avions. force pour accomplir la Loy. Car incontinent on pourroit alléguer une exception sur la mineur. Parquoy il faut conclure de deux choses l’une, Ou S$. Paul a mal et impertinemment argumenté, ou il est impossible aux hommes d'accomplir la Loy. Car incontinent quelque adversaire réplicqueroit, Je confesse que tous transgresseurs sont maudits. Et puis, qu’en est-il? I s’en trouvera qui observeront la Loy: car les hommes ont libre élection du bien et du mal. Mais S. Paul
prend yei pour tout résolu sans contredit, ce que les Papistes réputent aujourd'huy une doctrine exécrable, asçavoir qu'il n'y,en a pas un entre tous les hommes qui puisse accomplir la Loy. Par ce moyen, il conclud hardiment que tous sont maudits, d'autant qu'il est commandé à tous de garder la Loy entièrement: certes pource que la puissance leur défaut en ceste corruption de nature.
Nous recueillons de ceci, que ce que Ja Loy apporte malédiction;-est un accident, mais perpétuel et inséparable de la Loy.
Car la corruption de nostre nature nous garde d'approcher de la bénédiction que la Loy nous présente. Il ne reste donc plus que la malédiction.
A1 Que par la Loy nul n'est justi- Jié, etc. I argumente derechef par la comparaison @es choses contraires : en ceste sorte, Si nous sommes justes par foy, ce n’est donc point par la Loy. Mais la vérité est telle, que nous sommes justes par foy, ce n’est donc point par la Loy. Il prouve la mineur par le tesmoignage d’Abacue, lequel aussi il allègue au chap. E, v. 47, aux Rom. Et quant à la majeur, il la prouve par la diverse manière de justification. Car alors la Loy nous justifie, quand nous accomplissons tout ce qu’elle commande : mais la foy justifie ceux qui estans despouillez des mérites des œuvres , se reposent en Christ seul. Ces deux choses ne peuvent convenir ensemble: Estre justifié par son propre mérite: et par la gràce d’autruy.
Parquoy lun est renversé par l'autre.
Voylà la somme : maintenant considérons les membres l’un après l’autre. Car le juste vivra de foy. Pource que nous avons exposé ce passage en l’Epistre aux Romains, il ne sera besoin de répéter maintenant tout ce qui appartient à lexposition d’iceluy. Il est certain que le Prophète oppose là la confiance orgueil-
Car. HE.
leuse de la chair, à la vraye foy. I dit que les justes vivront de foy : signifiant par cela qu’ils ne sont pas soustenus pour quelque temps seulement, en sorte que quelque tempeste survenant ils puissent estre renversez, mais qu’ils sont fermes à tout jamais, tellement qu’ils ne laissent point de vivre, mesme au milieu de Ja mort. Par ce moyen, les mocqueurs ne proufitent de rien avec leurs calomnies , quand ils aHèguent que le Prophète prend le nom de Foy en plus large signification que ne fait yei sainct Paul. Car le Prophète appelle simplement Foy, une certitude paisible de conscience, laquelle est appuyée en Dieu seul. Parquoy, sainet Paul à bien à propos usé de ce tesmoignage.
42 Et la Loy n'est pas de la foy. I est certain que la Loy n’est point répugnante à la foy : autrement Dieu luvmesme seroit dissemblable à soy-mesme:
mais il faut tousjours revenir là, que sainct Paul parle selon la circonstance de la matière présente. Parquoy la répugnance qui est entre la Loy et la foy, c’est en la cause de la justification. Car il est plus facile de conjoindre l’eau avec le feu, que de faire accorder ces deux choses, asçavoir que les hommes soyent justes par Ja foy et par la Loy. La Lovy donc n’est pas de foy, c’est-à-dire, elle ha une manière de justifier l’homme toute contraire à. celle de la foy. Mais l’homme qui fera ces choses. La différence est en cela, que l’homme en accomplissant la Loy, est réputé juste de justice légale.
Ce qu’il prouve par le tesmoignage de «Moyse. Mais quel sera la justice de la foy ? Il en donne la définition au chap. X, v. 9, aux Rom. Si nous croyons, dit-il, que Christ est mort pour nos péchez, etc.
FPoutesfois il ne s'ensuit pas pourtant, ou que la foy soit oisive, ou que les fidèles soyent excusez de faire bonnes œu- .vres. Car on ne débat point yci si les fidèlas doyvent garder la Loy autant qu’il . leur est possible (ce qui est sans doute) mais s'ils obtienent justice par les œu- . vreS, ce qui est impossible. Au reste, si on objecte: Puis que Dieu promet la vie . à ceux qui feront et observeront la Loy, pourquoy c’est que sainct Paul nie qu’ils
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
soyent justes? Il est aisé de respondre, asçavoir que la raison pourquoy il n’y a personne qui soit juste par les œuvres de la Loy, c’est pource que nul ne les fait.
Car nous accordons bien que ceux qui font et accomplissent la Loy, sont justes, voire si aucuns s’en trouvoyent. Mais pource que le traité et accord que Dieu fait avec nous par sa Loy, est conditionnelle, à ceste cause tous sont exclus de la vie, d'autant que pas un n'apporte une telle justice qu’il devoit. Or il nous doit souvenir de ce que j’ay remonsitré par Cidevant, que ceux-là font la Loy, non pas qui luy obéissent en partie, mais qui accomplissent entièrement tous les poincts de justice: de laquelle perfection tous hommes sont tant et plus eslongnez.
13 Christ nous a rachetez, etc. I] avoit fait tous ceux qui sont sous Ja Loy, sujets à malédiction. De cela survenoit une grande difficulté, que les Juifs ne se pouvoyent exempter de Ja malédiction de la Loy. En proposant donc le remède, il résout ceste difficulté, enseignant que nous en sommes délivrez par Christ. Par lequel mot aussi il conferme encore mieux son intention. Car si nous sommes sauvez pource que nous sommes délivrez de la malédiction de la Loy, la justice donc n’est pas de la Loy. Après cela, il adjouste aussi le moyen de la délivrance.
Ilest écrit, maudit est quiconque pend au bois. Christ y a esté pendu : il a donc porté ceste malédiction. Or maintenant il est certain que ce n'a point esté pour soy qu'il a enduré ce genre de mort: il s'ensuit donc, ou qu'il a esté crucifié pour
néant, ou que nostre malédiction a esté
imposée sur luy, afin que nous en fussions délivrez. Il ne dit pas que Christ ait esté maudit : mais qu’il @ esté fait malédiction: ce'qui est bien plus. Car il signifie que la malédiction de tous hommes à esté enclose en luy. Si quelqu'un trouve ceci dur à dire, qu’il ait aussi honte de la croix de Christ, en la confession de laquelle gist toute nostre gloire. Car Dieu n'ignoroit pas quelle devoit estre la mort de son Fils, quand il disoit ceci, Maudit est quiconque est pendu au bois. Mais quelqu’un dira, Comment se fait cela, que le Fils qui est le bien-aimé du Père, soit
maudit ? Je respon, qu'il faut yeci considérer deux choses, non-seulement en la personne de Christ, mais aussi en son humanité. La première est, qu’il estoit l'Agneau de Dieu sans macule, plein de bénédiction et grâce. La seconde, qu’il avoit prins nostre personne, et pourtant il estoit pécheur, et coulpable de malédiction, non pas certes tant en s0y qu’en nous : en sorte toutesfois qu’il faloit qu'il fust mis en nostre place. Et pourtant, il n’a peu estre hors de la grâce de Dieu, et toutesfois il a soustenu son ire. Car comment eust-il peu faire nostre paix envers le Père, s’il l’eust eu pour ennemi, et si le Père eust esté courroucé contre luy ? Parquoy, le Père a tousjours prins son bon plaisir en luy. D’avantage, comment nous eust-il délivrez de lire de Dieu, s’il ne l’eust retirée de nous pour la transporter sur soy-mesme? À ceste cause, il a esté frappé pour nos péchez, et a senti la rigueur de Dieu, comme d’un Juge courroucé. C’est-ci la folie de la croix admirable mesme aux Anges, laquelle non-seulement surmonte, mais aussi engloutit toute la sagesse du monde, 4 Corinth., chap. I, v. 18.
14 Afin que la bénédiction d’Abraham, etc. Il applique de plus près à son propos ce qu’il avoit dit, Que par Christ
Car, LE
nous sommes rachetez de la malédiction de la Loy : asçavoir que la bénédiction promise à Abraham est fondée en Christ, et que pourtant elle parvient jusques aux Gentils. Car s’il est ainsi qu'il fale que les Juifs soyent délivrez de la Loy, pour estre faits héritiers d'Abraham, qui empeschera que les Gentils ne jouyssent d'un mesme bien? D’avantage, si céste bénédiction n’est sinon en Christ, il faut dire qu’il n’y a que la seule foy en Christ qui nous face participans ’icelle. Æfin que nous recevions, etc. Je pren La promesse de l'Esprit selon la façon des Hébrieux, pour promesse spirituelle. Car combien que ceste promesse appartiène au nouveau Testament, J’espandray de mon Esprit sur toute chair, Joël, IF, v. 28, toutesfois sainct Paul a regardé yci à autre chose. Car selon mon opinion, il oppose l’esprit à toutes choses externes, et non-seulement aux cérémonies, mais aussi à la génération charnelle, afin que les personnes, c’est-à-dire toutes les choses qui apparoissent à l’œil en l’hofme, payent point yci de lieu. Parquoy il démonstre par la nature de la promesse, que les Juifs ne diffèrent en rien des Gentils: pource que si la promesse est Spirituelle , on ne la receoit point que par TOY. |
45 Frères, je parle à la facon des hommes. Combien qu'un accord soit d’un homme, s'il est confermé, nul ne le casse, ou y adjouste. A6 Or les promesses ont esté diles à Abraham, et à sa semence. Il ne dit
poin, Et aux semences, comme parlant de plusieurs :
à La semence, qui est Chr ist.
mais comme d'une, Et
AT l'oylà que je di, quant à l'alliance qui auparavant a esté confermée de Dieu en Christ : que la Loy, qui est venue quatre cens eë trente ans Pre ne le peut enfreindre, pour abolir la promesse.
18 Car si l'héritage est de la Loy, il n'est plus par la promesse : mais Dieu
l'a donné à Abraham par promesse.
3) Ou, contract.
15 Je parle à la facon des hommes.
Il leur à voulu faire honte par ceste parole. Car c’est une trop grande vilenie, que Dieu wait non plus d’authorité envers nous, qu'un homme mortel. Quand donc il leur demande, qu'ils ne défèrent p nt moins d'authorité à la sacrée alliance de Dieu, qu'on a accoustumé d’at-
tribuer aux accords et Contrats que les hommes feront communément les uns avec les autres, ce n’est pas qu’il vüéille méttre en mesme degré Dieu et les hommes. Car cependant il leur laisse à penser, combien il y a de différence entre Dieu et les hommes. Combien qu'un àccord soit d'un homme. C'est un argu-
Cuae. HI.
ment du moindre au plus grand. Les contrats que les hommes font entr’eux, sont ratifiez ou tenus pour fermes et va- Jables sans aucun contredit : combien plustost celuy que Dieu a confermé P Le mot Grec, duquel sainct Paul use vyci, signifie le plus souvent Testament : aucunesfois aussi toutes sortes de contrats, combien qu’en ceste seconde signification il est plus usité au nombre pluriel. Quant au présent passage c’est tout un en quel sens nous le prenions, ou pour contract ou pour testament. C’est autre chose en l’Epistre aux Hébrieux, chapitre IX, v. 45 là où l’Apostre sans doute fait allusion aux testamens. Yci je l’aimeroye mieux prendre simplement pour l'alliance que Dieu à faite. Car la similitude que prend yci sainet Paul, ne conviendroit pas tant proprement à un testament, qu'à une alliance, ou accord et contract, Suyvons donc ceci, que le sainct Apostre argumente des conventions et contrats humains, à Ceste alliance solennelle que Dieu a faite avec Abraham. Car si ces contrats faits par les hommes sont si fermes, qu’il n’est loisible mesme d'y adjouster, que sera-ce au pris de ceste alliance Divine? comhien plustost doitelle demeurer inviolable ?
416 Or les promesses ont esté dites à Abraham. Avant qu'il poursuyve son argument, il entremesie quelque chose de la substance de l'alliance : asçavoir qu’elle est fondée en Christ seul. Que si . Christ est le fondement de ceste alliance, il s'ensuit donc qu’elle est gratuite. Et c’est aussi ce qu'il veut dire par ce mot de Promesse. Car comme la Loy regarde aux hommes et à leurs œuvres, ainsi la promesse ha son regard à la gräce de Dieu et à la foy. {ne dit point et aux semences. Pour prouver que Dieu parle
Jà de Christ, il nous advertit que par le’
nombre singulier quelque certaine semence a esté signifiée. Or je me suis esbahi souventesfois de ce que les Chrestiens ét Docteurs de l'Eglise n’ont plus soigneusement résisté aux Juifs, quand ils voyoyent ce passage estre par iceux pourmené avec une telle audace et arrogance. Car tous y passent légèrement comme par un pays bien paisible, Et tou-
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tesfois l’objection des Juifs ha grande couleur. Car comme ainsi Soit que ce mot de Semence soit un nom collectif, c’est-à-dire comprenant plusieurs : il semble que sainct Paul parle impertinémment en insistant sur cela, qu'un homme certain est signifié par ce mot, sous lequel toutesfois toute la race d’Abraham est comprinse au passage n’àguères allégué : asçavoir, Ta semence sera ainsi que le sable dé la mer, et comme les estoilles du ciel. Parquoy comme ayans convaincu S. Paul de fausseté, ils se mocquent de nous arrogamment. Et d’autant plus m’esbahi-je que les nostres se sont yci teus, veu que nous n’avons point faute de défense asseurée pour repousser leur calomnie.
Car la division a commencé à estre telle, mesmes és propres enfans d'Abraham :
que l’un des deux a esté retranché de la famille, comme il est dit, En Isaac te sera appelée semence, Gen., XXI, 42.
Ismaël donc n’est point réputé de la famille. Venons au second degré. Les Juifs accorderont ils que la postérité d'Esaü soit la semence bénite ? au contraire ils débairont fort et ferme que le père d’iceux en a esté effacé, combien qu’il fust l'aisné. Et combien sont sortis de peuples de Ia race d'Abraham, qui n’ont point obtenu de lieu en ceste vocation ?
Puis après les douze Patriarches ont esté autant de chefs : non point pour estre descendus de la lignée d'Abraham, mais pouree qu'ils estoyen£ ordonnez par élection spéciale de Dieu. Au reste depuis que les dix lignées furent emmenées, combien de mille ont forligné, en sorte qu’ils n’ont point de lieu en la semence d'Abraham? Finalement la lignée mesme de-Juda à esté exposée en grand danger :
en sorte qu'il n’y a eu qu’un bien petit nombre de peuple, auquel Ia vraye succession de la bénédiction soit demeurée.
Et il avoit esté. ainsi prédit par Isaïe, chap. X, v. 21, Que le résidu seulement seroit sauvé. Je n’ay rien dit jusques yci que les Juifs ne confessent bien. Qu'ils me respondent donc, comment se fait cela que treize lignées descendues des douze Patriarches, ayent plus{ost esté Ja semence d'Abraham, que les Ismaélites
ou Iduméens ? et pourquoy ils se glorifient aujourd’huy seuls de ce nom, rejettans les autres comme semence bastarde? Is se vanteront bien qu'ils ont obtenu cela par leur mérite : mais l’Escriture dit tout au Contraire, que tout cela dépend de la vocation de Dieu. Car il faut tousjours revenir à ceste prérogative, En Isaac, te sera appelée semence, Gen., XXI, 42. L'ordre continuel de ceste prérogative devoit avoir lieu jusqu’à Christ. Car le Seigneur a puis après réitéré en la personne de David la promesse faite à Abraham, comme la renouvelant et remettant sus. S. Paul donc ne s’arreste point au nombre singulier, pour prouver que ceci ait esté dit d’un homme seul : mais seulement pour monstrer que le nom de Semence réside en quelqu'un, . qui non-seulement soit nay d'Abraham - Selon la chair, mais aussi ordonné à cela par la vocation de Dieu. Si les Juifs nient ceci, ils ne feront autre chose que se monstrer ridicules par leur obstination. Mais pource que S. Paul recueille aussi par ces paroles mesmes, que l’alliance a esté contractée en Christ, ou envers Christ : avisons qu'emporte ceste façon de parler, Toutes gens seront bénites en ta semence. Les Juifs usent de Cavillation, disans qu’elle signifie comparaison, comme si la semence d'Abraham devoit estre un patron et exemplaire, ou servir de formulaire, quand on voudra souhaiter bien et prospérité à aucun.
comme au contraire, Maudire en Sodome ou en fsraël, signifie prendre le nom de Sodome ou d'Israël, quand on veut maudire quelqu'un. Je confesse bien que cela est vray aucunesfois, mais non pas tousjours. Car Se bénir en Dieu, signifie autre chose, et les Juifs mesmes le confessent.
Comme ainsi soit donc que cest une façon de parler ambiguë, et que maintenant elle signifie la cause, maintenant comparaison : il la faut exposer selon la circonstance du lieu, toutes fois et quantes qu’on la trouve en l'Escriture. Or il est certain que nous sommes tous maudits de nature. La bénédiction est promise à toutes nations és mains d’Abraham. Asçavoir si tous parvienent à icelle indifféremment ? Certes nenni : mais seu-
Care. HIL
lement ceux qui sont assemblez au Messias. Car alors ils sont faits un peuple, quand ils sont recueillis en un corps par la conduite et sous le gouvernement du Messias. Quiconque donc cherchera la vérité, sans estre transporté d'affection de débatre, il cognoistra aiséement que la cause est yci signifiée, et non point la comparaison nuë. Dont s'ensuit que sainct Paul ne dit point sans cause, que l'alliance a esté contractée en Christ, ou au regard de Christ.
17 La Loy qui est venue quatre cens et trente ans après. Si nous croyons Origène et sainct Hiérome, et tous les Papistes, il n’y aura pas grand affaire à réfuter ceste raison. Car sainct Paul dispute ainsi : La promesse a esté faite à Abraham quatre cens et trente ans avant que la Loy fust donnée : la Loy donc qui est survenue depuis, n’a peu abolir la promesse. Il conclud de cela, que les cérémonies ne sont point nécessaires.
Mais si quelqu'un alléguoit que ce sont Sacremens donnez pour confermer la foy : pourquoy est-ce que le S: Apostre les sépareroit d'avec la promesse? Or il les sépare en telle sorte, qu’il les fait combatre. Parquoy il considère quelque chose plus haute és cérémonies, asçavoir l'effet de Ja justification, que les fauxapostres leur attribuoyent, et Vobligation des consciences. Mesme prenant occasion des cérémonies, il vient à traitter de la foy et des œuvres en général. Car s’il n’estoit point question de l'acquisition de justice, du mérite des œuvres, et de l’obligation des consciences, les cérémonies s’accorderoyent bien avec la promesse. Que veut donc dire cest abolissement de promesse, contre lequel combat l’Apositre ? C’est pource que les séducteurs nioyent que le salut fust promis gratuitement aux hommes, et qu’on l’obteinst par foy : mais ils requé-
royent les cérémonies comme nécessaires
pour mériter salut, comme on verra tantost après. Je retourne aux paroles de sainct Paul. La Loy, dit-il, est survenue après la promesse : parquoy elle n’abolit point la promesse. Car un contract une fois establi, doit demeurer inviolable. Je le répéteray encore : Si nous n’entendons
Cnar, IL.
que la promesse soit gratuite, ceste sentence de sainct Paul sera superflue. Car la Loy et la promesse ne répugnent point, sinon en Ja cause de justification :
asçavoir, d'autant que la Loy justifie l’homme par le mérite des œuvres : et Ja promesse confère la justice gratuitement.
Et aussi il s'expose ouvertement, quand il l'appelle, 4{iance fondée en Christ.
Mais les Papistes s’eslèveront à l'encontre de ceci : car ils ne faudront point de se mocquer de cest argument. Nous ne requérons plus, diront-ils, les cérémonies anciennes. Qu’elles soyent ostées : néantmoins l’homme est justifié par la Loy morale. Car ceste Loy a esté devant Pallhiance que Dieu a faite à Abraham : d’autant qu’elle a esté créée avec l’homme.
Par ce moyen, la maniere d’argumenter que tient S. Paul sera frivole : ou elle n'aura lieu que contre les cérémonies. Je respon, que S. Paul à considéré ce qui estoit vray, asçavoir qu’il n’est point deu de loyer aux œuvres, Sinon par la convention et promesse de Dieu. Ainsi, encore que nous confessions que Ja Loy justifie, toutesfois les hommes ne pouvoyent point devant la Loy mériter salut par les œuvres, pour autant qu'il n’y avoit point de convention. Je n’afferme rien que les Théologiens Scholastiques n’accordent aussi. Car ils n’enseignent point que les œuvres méritent salut par leur dignité intérieure, mais par l’acceptation de Dieu, comme ils disent, et à raison du contrat que Dieu à fait avec nous. À ceste cause, là où il n’y a point de convention, point de tesmoignage d'acceptation , toutes les œuvres du monde ne sçauroyent suñire à Justice.
Parquoy la manière d'arguer de S. Paul vient bien au poinct. Dieu (dit-il) a fait deux accors, avec les hommes. Le pre- Mmier accord a esté fait en la main d’Abraham. Le second en-la main de Moyse.
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Le premier a esté fondé en Christ, ‘et pourtant il est gratuit. Parquoy la Loy survenant n’a peu faire que les hommes obtienent salut sans grâce : car par ce moyen, la promesse seroit inutile. Que tel soit le sens, ce qui s'ensuit incontinent après, le monstre.
18 Car si l'héritage est de la Loy, il n'est, etc. Afin que les adversaires v'usassent de cavillation, disans que ce qu'ils enseignoyent ne tendoit point à enfreindre ou abolir lPalliance de Dieu : il prévient toutes Lergiversations, affermant ces deux choses estre contraires, Que nous obtenions salut par la Loy, et par la promesse. Qui oseroit maintenant exposer ceci des cérémonies seulement, veu que S. Paul comprend généralement tout ce qui est contraire à la promesse gratuite ? Il ne faut donc nullement douter qu’il n’exelue toutes sortes d'œuvres.
Autant en dit-il au chapitre EV, v. 44 des Romains, Si l'héritage est de la Loy, la foy est abolie, et la promesse anéantie.
Pourquoy cela ? Pource que le salut seroit dépendant de ceste condition, Si tu satisfais à la Loy. Parquoy il conclud incontinent, que le salut est de la foy :
afin que la promesse soit certaine. Retenons donc diligemment pourquoy en la comparaison de la promesse et de la Loy, l’une estant establie, renverse l’autre.
C'est pource que la promesse ha son regard à la foy, et la Loy aux œuvres.
La foy prend ce qui est donné gratuitement, mais loyer est rendu aux œuvres. Et c’est ce qu’il adjouste incontinent après, Que Dieu la donné à Abraham, non pas requérant de luy comme quelque récompense mutuelle, mais comme promettant de son bon gré. Car si nous lPentendons de la promesse conditionnelle, ce mot de donner ne conviendra nullement.
19 À quoy donc sert la Loy? Elle a esté adjoustée à cause des transgressions, jusques à tant que la Semence veinst, à laquelle avoit esté faite la promesse : el a esté ordonnée par les Anges par la main d'un Médiateur.
20 Or le Médiateur n'est point d'un, mais Dieu est un.
21 La Loy donc est-elle contre! les promesses de Dieu? Jà n'adviene. Car si
1) Ou, a-elle esté adjoustée contre, etc.
la Loy eust esté donnée pour pouvoir vivifier, vrayement la justice seroit de
la Loy. /
29 Mais l'Escriture a tout enclos sous péché, afin que la promesse par la Joy de Jésus-Christ fust donnée à ceux qui croyent.
Quand nous oyons dire que la Loy ne sert de rien à conférer justice, incontinent survienent diverses pensées : ou qu’elle est don inutile, ou qu’elle est contraire à l’alliance de Dieu, ou quelque autre chose semblable. Et mesme il nous pourroit venir en fantasie, Pourquoy ne dirons-nous de la Loy ce que Jérémie dit du nouveau Testament? Jérémie, chapitre XXXI, v. 31, qu'il a esté donné en second lieu, pour corriger l’infirmité de la doctrine précédente. Il faloit nécessairement que sainct Paul desmeslast ces objections, s’il vouloit satisfaire aux Galatiens. Premièrement donc, il demande quelle est l'utilité de la Loy. Car d'autant qu’elle est venue après la promesse, il semble qu’elle devoit suppléer ce qui défailloit à la promesse. Et de faict, c’est le poinct duquel on estoit en doute, asçavoir si la promesse estoit de soy sans efficace, sinon qu’elle fust aidée par la Loy. Or il faut noter que sainct Paul ne parle point seulement de la Loy morale, mais de tout le ministère de Moyse entièrement, voire lequel estoit particulier à Moyse. Or ce ministère estoit de donner la règle de vivre, et les cérémonies par lesquelles ils s’exerceassent au service de Dieu : et puis d’adjouster les promesses et les menaces. Et quant à ce que plusieurs promesses touchant la miséricorde gratuite de Dieu, et touchant Christ, sont là encloses, lesquelles appartienent à la foy, cela est comme accidental au ministère de Moyse, et une chose empruntée d’ailleurs, entant qu’on fait comparaison entre la Loy et la doctrine de grâce.
Retenons donc que la somme de la question en un mot est, Pourquoy, après que la promesse avoit desjà esté faite, Moyse encore est finalement survenu, apportant ce nouveau traitté et accord, Qui aura fait ces choses, vivra en icelles, Deut., IV, 4 :
et, Maudit qui n’aura point accompli toutes ces choses, Deut., XX VII, 26. Est-ce afin qu’il apportast quelque chose de meilleur et de plus parfait?
19 Elle a esté adjoustée, etc. La Loy
ha divers usages : mais S. Paul a touché
seulement celuy qui servoit à la matière présente. Car ce n’estoit pas son but de
traitter en combien de sortes la Loy proufite aux hommes. Et de ceci les lec-
teurs doyvent estre advertis : car j'en voy plusieurs qui s’abusent, en ce qu’ils ne recognoissent autre utilité de la Loy, sinon celle qui est yci notée par sainct Paul. Et toutesfois sainct Paul luy-mesme en d’auires passages accommode Îles commandemens de la Loy à doctrine et exhortations, 2 Tim. [IE, 46. Ce n'est done pas yci une définition entière de
l'utilité de la Loy : et ceux-là s’abusent
qui ne recognoissent autre chose en la Loy. Mais que signifie ce mot, 4 cause
des transgressions ? Certes les Philoso=.
phes mesmes parlent ainsi, Que la Loy
est donnée pour punir et réprimer les
mesfaits : et le proverbe ancien dit ainsi, Que les bonnes loix sont procédées des mauvaises mœurs. Maïs le sens de sainct Paul est plus haut que les paroles ne démonstrent. Caril entend que la Loy a esté donnée afin qu’elle manifestast les transgressions : et que par ce moyen elle contraignist les hommes à recognoistre leur condampation, Car comme ils se flattent aiséement de nature, s'ils ne sont pressez par la Loy, ils ont leurs consciences endormies et assopies. Et de là vient ce que dit sainct Paul, Combien que le péché fust au monde devant la Loy,
néantmoins il n’estoit point imputé, RO =
mains, V, 43. La Loy donc est survenue qui a resveillé les hommes paravant endormis. Car C’est ci la vraye préparation pour aller à Christ. Par la Loy (dit-il,
Rom. IF, 20) est la cognoïssance de pé-
ché. Pourquoy? Afin que le péché fust outre mesure péchant. Car voylà la response qu’il donne au chapitre VII, w. 43:
La Loy donc a esté mise pour les trans
gressions, afin qu’elle les manifestast :
ou (comme il dit au chapitre V, v. 20 aux
Crar. IH. 4
nn,
Romains) afin qu'elle les feist abonder.
TR FE és sis
Cuae. HE.
Ceste manière de parler tormente Origène : mais c’est sans cause. Car quel inconvénient y a-il de dire que Dieu adjourne nos consciences devant son siège judicial, afin qu'elles soyent humiliées par la cognoissance de leur condamnation, en lieu que sans cela elles se flatieroyent en leurs maux ? qu’il oste la stu- pidité, qui ensevelissoit tout sentiment de son jugement ? qu’il produit en lumière le péché, qui estoit caché dedans la caverne d’'hypocrisie, comme un larron? Si quelqu'un réplique : Puis que la Loy est une règle de vivre droitement et sainctement, à quel propos est-il dit plustost qu’elle est mise pour les transgressions, que pour obéissance? Je respon, combien qu’elle démonstre la vraye justice, ce nonobstant, qu'à cause de la corruption qui est en nostre nature, elle ne fait autre chose par sa doctrine, qu’accroistre les transgressions, jusques à ce que l’Esprit de régénération surviene, par lequel elle soit escrite dedans les cœurs. Or cest Esprit n’est point donné par la Loy, mais on le receoit par foy.
Qu'il nous souviene donc que ceste sentence de S. Paul n’est point philosophale ou politique, mais qu’elle nous monstre un usage de la Loy, lequel a esté de tout temps incognu au monde. Jusques à tant. Si elle regarde à la semence, en laquelle estoit fondée la bénédiction, elle ne diminue donc rien de la promesse. Car ce mot, Jusques, vaut autant comme s’il eust dit, Cependant qu’on attend la semence. Dont il s'ensuit qu’elle devoit seconder, et non point tenir le plus haut degré : car elle estoit mise jusques-là, afin d’eslever et entretenir les hommes en l'attente de Christ. Mais on fait yci une question, Asçavoir si elle ne devoit point durer que jusques à l’advénement de Christ. Car s’il est ainsi, il s'ensuit qu’elle est maintenant abolie. Je respon, que toute ceste administration là a esté temporelle, pour autant qu’elle estoit mise à ceste fin de contenir le peuple ancien en la foy du Christ. Je ne confesse pas toutesfois que la Loy ait esté toute abolie par ladvénement de Christ. Et sainet Paul p’a pas voulu aussi dire cela, mais seulement que ceste manière de
gouvernement qui estoit survenu entredeux, devoit prendre fin en Christ : qui est le parfait accomplissement de la promesse. Mais il nous faudra taptost parler encore de ceci plus amplement. Ordonnée par les Anges. Ceci se rapporte à la louange de la Loy : asçavoir quand il est dit qu'elle à esté baillée par les Anges. Sainct Estienne en dit autant au chapitre VIF, v. 38 des Actes. Car ce qu’aucuns par les Anges entendent Moyse et Aaron, et les Sacrificateurs : c’est une exposition plus subtile que ferme. Au reste, ce n’est pas de merveille si les Anges, par lesquels Dieu nous distribue mesme les moindres de ses bénéfices, ont aussi eu ceste commission d'assister à la publication de la Loy comme tesmoins.
Par la main d’un Médiateur. Cela est assez Commun, que le mot de Main, se prend pour Ministère. Mais d'autant qu’il a fait les Anges Ministres de la publication de la Loy : je pren yei la main du
Médiateur pour la principauté et super-
intendance du ministère, d’autant que cestuy-ci a esté le Chef de l’ambassade, et que-les Anges ont esté adjoints pour l'accompagner. Aucuns pensent que ceci soit dit de Moyse, en sorte qu’il y ait yci une comparaison entre Moyse et Christ.
Quant à moy, je m’accorderay plustost aux anciens qui l’exposent de Christ. Car on verra bien tantost comme ce sens convient mieux au fil du texte : combien toutesfois que je ne consen point aux anciens en la signification du nom. Car Médiateur ne signifie pas yci (comme ils pensent) pacificateur, et réconciliateur, comme il fait en la première Epistre à Timothée, FE, 5 : mais un ambassadeur entre Dieu et les hommes pour publier la Loy. Il faut entendre que depuis le commencement du monde jusques à présent il n’y à point eu de communication de Dieuavec les hommes, sinon par lemoyen de sa Sapience éternelle, qui est son Fils.
Et pour ceste cause S. Pierre dit que les saincts Prophètes ont parlé par l'Esprit de Christ, 2 Pierre, I, 21 : et S. Paul fait Christ conducteur du peuple au désert, 4 Cor. X, 4. Et à la vérité, l’Ange qui apparut à Moyse, Exod. IH, 2, 6, ne peut estre réputé un autre que Christ, veu
Fr
qu’il s’attribue le 5om propre et essenciel de Dieu, Actes VE, 30, 38 : lequel n’est
: jamais transferé aux créatures. Tout
ainsi donc qu'il est Médiateur de réconciliation, par lequel nous sommes agréables à Dieu, et qu’il est- Médiateur d’intercession, par lequel nous avons accès au Père pour l’invoquer : aussi il a esté tousjours Médiateur de toute doctrine, pource que Dieu s’est tousjours par Juy manifesté aux hommes. Et il a voulu exprimer ceci nomméement, afin que les Galatiens cognussent que celuy mesme qui est le fondement de l'alliance gratuite, avoit esté aussi le Chef en Ix publication de Ja Loy.
20 Or le Médiateur, etc. Combien qu’aucuns philosophent yei des deux natures de Christ, comme si sainet Paul en disant, N'est point d’un, eust entendu, n’est point d’une essence : toutesfois nul de ceux qui ont bon jugement, ne doutera qu’il ne parle des contractans. Et on lPexpose communéement ainsi, qu'il n’est point de besoin de Médiateur, sinon quand l’une des parties ha affaire avec lautre.
Mais de la ‘raison pourquoy il a’ entremeslé ceste sentence, ils laissent cela en suspens : combien toutesfois que le passage mérite bien qu'on y prene garde.
Or ce peut estre une anticipation par laquelle le sainet Apostre prévient une meschante imagination qu'on eust peu avoir, qu'il y ait changement de conseil en Dieu. Car quelqu'un eust peu dire ainsi en soy-mesme, Comme donc les hommes qui se repentent d'avoir fait quelque accord, ont accoustumé de se desdire, ainsi aussi en a-il esté fait des accords et promesses de Dieu. Si nous suyvons ce sens que j’ay Git, S. Paul confesseroit par le premier membre qu’il est bien vray que les hommes qui sont variables, sont l’une des parties en ce contract : mais toutesfois que Dieu ne laisse pas pour cela de demeurer un : c’est-àdire qu’il est tousjours ferme, et ne peut estre esbranlé pour lPinconstance des hommes. Mais quand javise de près à toutes choses, je pense que plustost yci est signiliée la diversité entre les Juifs et Gentils. Christ donc n’est point Médialeur d'un, pource que la condition de
Cuar. IE.
ceux avec lesquels Dieu contracte par le moyen et sous la conduite d’iceluy, est bien diverse quant à lapparence extérieure. Mais le sainet Apostre dit qu’il ne faut pas estimer lalliance de Dieu, par là, comme si elle estoit répugnante à so ymesme, ou variable, selon la diversité des hommes. Maintenant les paroles sont claires : Que comme Christ a jadis uni en amitié Dieu avec les Juifs en contractant alliance, maintenant aussi il est Médiateur des Gentils. Les Gentils diffèrent grandement des Juifs : car la paroy est mise entre deux par la Circoncision et les cérémonies. Les Juifs ont esté prochains de Dieu, en lieu que les Gentils en estoyent bien loin : et toutesfois Dieu ne laisse point pour cela d’estre ferme en son propos. Ceci se fait quand Christ amenant à un mesme Dieu ceux qui auparavant estoyent divisez entr’eux, est cause aussi qu’ils soyent assemblez et unis en un corps. Il n’y a donc qu’un Dieu, pource qu’il est tousjours semblable à soy-mesme, et d’un fil perpétuel tient ferme et stable ce qu’il a une fois décrété.
21 La Loy donc, etc. Combien qu’après avoir cognu Ja fermeté et constance du propos de Dieu, il fale aussi nécessairement conclure, que les choses procédantes de luy ne sont point contraires : toutesfois il estoit besoin de résoudre ceste difficulté, à cause de Papparence de contrariété qui semble estre entre la Loy et l’alliance de grâce. Ce peut estre aussi une exclamation par laquelle sainct Paul ayant osté toute doute de contradiction, comme ayant gaigné sa cause, s'escrie, inférant des choses précédentes comme tout certain, Maintenant qui osera alléguer qu’il y ait discord entre la Loy et les promesses? Et toutesfois ceci n’empesche point que S. Paul ne poursuyve de se desvelopper yei des difficultez qui pouvoyent encore survenir. Mais avant que respondre à la question, suyvant sa coustume il repousse bien loin ceste si grande absurdité, afin d’advertir tousjours, en quelle abomination les aureilles fidèles doyvent avoir tout ce qui
tend au déshonneur de Dieu. Mais sous
ces mots est caché encore un autre artifice lequel il faut noter. Car il accuse ses
Cuar. III.
adversaires, qu’ils font Dieu contraire à soy-mesme. Car il appert que la Loy et les promesses sont venues de luy. Si aucun donc introduit quelque répugnance entr’elles, il commet blasphème à lencontre de Dieu. Or elles répugnent, si la Loy justifie. Ainsi sainct Paul trèsbien à propos rejette contre ses adversaires cela mesme qu’ils alléguoyent à l'encontre de luy faussement et par calomnie. Car si la Loy eust esté donnée, etc. C’est une response oblique, laquelle ne déclare point encore plenement l'accord qui estentre la Loy et les promesses : et toutesfois contient bien assez pour oster la contrariété.
On dirait de prime face queceste Sentence ne vient point à propos du fil du texte, et qu'elle ne sert de rien pour soudre Ja questiou: mais il n’est pas ainsi. Car si la Loy avoit puissance de justilier, alors elle seroit contraire aux promesses. Car ce seroyent deux façons contraires de justifier l’homme, et comme deux moyens pour obtenir justice, discordans l’un de l’autre. Mais sainct Paul oste cela à la Loy : il n’y a done plus de répugnance.
Je concéderoye (dit-il) que la justice est acquise par la Loy si on trouvoit salut en icelle. Mais quoy ?
22 L'Escriture a tout enclos, etc.
Par ce mot d'Escriture, il signifie principalement la Loy. {celle tient tous hommes enclos sous péché : parquoy elle les despouille de justice, plustost que de la leur donner, Voyci une raison péremptoire : Tu cherches justice en la Loy :
mais la Loy avec toute l’Escriture ne laisse rien aux hommes que damnation :
SUR L’EPISTRE AUX GALATIENS
Car elle condamne d’injustice tous hommes avec toutes leurs œuvres. Qui vivra donc de la Loy? Il fait allusion à ceste sentence, Qui aura fait toutes ces choses vivra en icelles!'. Estans, di-je, exclus de ceste vie par le péché, ce sera en vain que nous cherchons salut en la Loy. Par ce mot Tout, il a plus exprimé que s’il eust dit, Tous hommes. Car il a comprins non-seulement les hommes, mais aussi tout ce qu'ils ont ou peuvent apporter.
Afin que la promesse par la foy. Car il n’y à point d'autre remède, sinon qu’estaps despouillez de la justice des œuvres, nous ayons nostre refuge à la Loy de Christ. La conséquence donc est certaine, Si les œuvres vienent en jugement, nous somries {ous damnez. Parquoy il s’ensuit, que par la foy de Christ nous obtenons justice gratuite. Au reste, ceste sentence est piene de grande consolation :
car elle nous admoneste, que toutes fois et quantes que nous oyons dire en l’Escriture, que nous sonimes condamnez, le remède nous est appresté en Christ, moyennant que nous-nous rangions à luy. Nous sommes perdus, encore que Dieu n’endise mot. Pourquoy donc prononce-il si souvent que nous sommes perdus ? C’est certes afin que nous ne périssions éternellement, mais qu’estans effrayez et conius de ceste sentence tant espovantable, nous cherchions Christ par foy, lequel nous face passer de mort à vie. Au mot de Promesses, il y a la figure nommée Métonymie : car la chose qui contient, est prinse pour la chose contenue, c’est asçavoir la promesse pour l'héritage.
1) Lév., XVII, 5.
23 Or devant que la foy veinst, nous estions gardez sous la Loy enclos, pour parvenir à la foy qui devoit estre révélée.
24 Par ainsi, la Loy a esté nostre pédagogue pour venir à Christ, afin que
nous soyons justifiez par foy.
25 Mais la foy estant venue, nous ne sommes plus sous pédagogue.
26 Car vous estes tous enfans de Dieu par la foy, qui est en Jésus-Christ.
21 Car vous tous qui estes baptizez, avez vestu Christ!
28 n'y a ne Juif ne Grec, ü n'y a ne serf ne franc, il n'y a ne masle ne Jemelle : car vous estes tous un en Jésus-Christ.
29 Que si vous estes de Christ, vous estes donc semence d Abraham et héri-
tiers selon la promesse.
1) Rom., VI, 3.
23 Or devant que la foy veinst. 1 y a yci une définition plus entière de la question qui à esté proposée. Car il expose clairement, non-seulement quel est l'usage de Ja Loy, mais aussi pourquoy il faloit qu’elle fust temporelle. Car autrement il sembloit tousjours estre mal convenable que la Loy eust esté donnée aux Juifs, et que les Gentils en fussent exempts. Car si les Juifs et les Gentils sont une mesme Eglise, pourquoy en est le gouvernement divers ? D’où vient ceste nouvelle liberté, et de quel droit procèdeelle, veu que les Pères estoyent sous la sujétion de la Loy P Il enseigne donc que la différence est telle, qu’elle n’empesche point l’union et concorde de l'Eglise. Deréchef, les lecteurs doyvent estre advertis que sainct Paul ne parle point seulement des cérémonies, ne de la Loy morale à part : mais comprend tout l’ordre et régime par lequel le Seigneur gouvernoit son peuple sous le vieil Testament. Car la question estoit, asçavoir si la forme du gouvernement ordonné par Moyse servoit à acquérir justice. Sainct Paul compare ceste Loy, premièrement à une prison, où à une garde, puis après à 7 pédagogue. I démonstre apertement par ces deux similitudes, que la nature de la Loy a esté telle, qu’elle ne devoit point estre en vigueur sinon pour un certain temps. La foy signifie ycei la plene révélation des choses qui estoyent alors cachées sous lobscurité des ombres de la Loy. Car il n’oste point la foy aux Pères qui ont vescu sous la Loy. Et de faict, il a esté parlé ci-dessus de la foy d’Abraham. Quant est des autres Pères, lPautheur de l’Ep. aux Héb., XI, récite les exemples de leur foy. Brief, la doctrine de la foy ha tesmoignage de Moyse et des Prophètes. Mais pource que la clarté de la foy n’estoit point lors si apparente, à céste cause il appelle Temps de Ja foy, le temps du nouveau Testament non pas simplement, mais par comparaison, et qu’il Pait ainsi entendu, il le démonstre incontinent après, quand il dit qu'ils ont esté enclos sous la foy qui devoit estre révélée. Car il testifie par ces paroles, que ceux qui estoyent sous la garde de
Cuar. III.
la Loy, ont esté participans d’une mesme foy que nous. Car la Loy ne leur fermoit point le chemin de la foy, mais elle les retenoit, afin qu’ils ne sortissent hors des limites de la foy. Et c’est une belle allusion à ce qu’il avoit mis auparavant, asçavoir que l’Escriture a tout enclos sous péché. Tout ainsi donc que la malédiction les tenoit assiégez de tous costez, aussi avoyent-ils à l’opposite de cest assiégement une garde qui les défendoit de la malédiction. Parquoy, il démonstre que la garde dela Loy a estévrayement franche selon l'Esprit. Or la foy n’estoit pas encore révélée alors. Non pas que les Pères fussent despourveus de toute lumière mais pource qu'ils avoyent -moins de lumière que nous. Car au lieu que les cérémonies leur proposoyent Christ en ombre et figure, comme absent, il nous est aujourd’huy représenté comme s’il estoit devant nos yeux. Ainsi, en lieu qu’ils avoyent comme un miroir, nous avons aujourd’'huy la substance. Parquoy quelque obscurité qu’il y ait eu en la Loy, les Pères toutesfois n’ont point esté ignorans par quelle voye il faloit cheminer. Car combien que la clarté ne soit point si grande au poinct du jour, comme elle est en plein midi, néantmoins ceux qui vont par les champs, n'attendent pas que le soleil soit plenement levé, pource que ce leur est assez de sçavoir bienle chemin. Ainsi Ja portion de lumière qu'ont eu les Pères leur a esté comme l’aube du jour, laquelle les à peu conduire en sewreté à la béatitude éternelle, sans aucun danger de s’esgarer.
24 Par ainsi la Loy a esté nostre pédagogue. C’est la seconde similitude, laquelle exprime encore plus clairement l'intention du sainct Apostre. Car un pédagogue n’est pas ordonné pour toute la vie, mais il est seulement destiné pour le jeune aage!, comme ilkappert par l’étymologie du mot. D’avantage, en instruisant l'enfant, il tend à cela, que l'enfant soit préparé à plus grandes choses par rudimens puéries. Tous les deux cenvienent à la Loy : car elle ha eu une aage
certaine, sur laquelle elle devoit avoir
superintendance. D’avantage, elle devoit avancer ses disciples, seulement jusques
1) Car ce mot Pédagogue, emporte autant que conducteur d’enfans.
Cuar. IE.
à quelque degré, afin qu’ayans passé les rudimens et commencemens esquels elle les exerceoit, ils fussent promeus aux choses convenables à l’aage parfaite.
À ceste cause il dit, À Christ. Car comme un Grammairien après après avoir instruit l’enfant par sa diligence, le livre és mains d'un autre qui le pourra façonner et polir en plus hautes sciences : ainsi, la Loy a esté comme la Grammaire, laquelle ayant enseigné ses disciples és premiers rudimens, les devoit renvoyer à la foy, pour les rendre consommez :
ainsi que de la Grammaire on monte à ia Théologie ou autre science. Ainsi saint Paul compare les Juifs à des enfans, et à nous, il attribue l'adolescence. Mais on demande yei, Quelle a esté, ou la discipline, ou la façon d’enseigner de ceste pédagogie? Premièrement, la Loy en manifestant la justice de Dieu, les rédarguoit de leur propre injustice. Car ils pouvoyent contempler és commandemens de Dieu, comme en un miroir, combien ils estoyent loin de la vraye justice. Par ce moyen, ils estoyent admonestez qu’il leur faloit chercher justice ailleurs. Les promesses de la Loy avoyent un mesme office: car ils devoyent ainsi penser, Si tu ne peux autrement obtenir la vie par les œuvres, qu’en accomplissant Ja Loy, il te faut chercher quelque autre nouveau moyen. Car veu ton infirmité, jamais tu ne pourras parvenir jusques-là : et encore que tu les désires tant et plus, et que tu t’y efforces, toutesfois tu seras tousjours bien loin du but. De l'autre part, les menaces les pressoyent et solicitoyent à chercher moyen d’eschapper Pire et la malédiction de Dieu : et qui plus est, elles
nedes laissoyent point en repos, jusques
à ce qu’elles les eussentpicquez etaiguillonnez à souhaiter ia grâce de Christ.
Toutes les cérémonies tendoyent à ce mesme but. Car à quel propos estoyent instituez les sacrifices et lavemens, sinon afin de les exercer à méditation continuelle de leurs ordures.et condamnation ?
Or maintenant comment est-il possible que celuy qui voit son ordure devant ses yeux, et à qui est proposé l’image de sa mort en une beste innocente, dorme à son aise, et soit sans souci? Comment ne
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
sera-il tellement esmeu qu’il cherche remède avec un grand désir ? Et de faict les cérémonies ne servoyent pas seulement à espovanter et humilier les consciences, mais aussi pour les éslever à Ja foy du Rédempteur à-venir. En tout cest appareil des cérémonies, tout ce qui estoit proposé devant les yeux, portoit comme une marque de Christ imprimée.
Brief, toute la Loy n’estoit autre chose qu’un exercice consistant de beaucoup et diverses façons de faire, par lequel les observateurs d’icelle estoyent comme par la main conduits à Christ. {fin que nous soyons justifiez par foy. 11 a desjà osté la perfection à la Loy, quand il a dit que elle estoit semblable à une pédagogie.
Or elle rendroit les hommes parfaits, si elle leur conféroit justice. Que reste-il, sinon qu’en lieu d’icelle succède la foy ?
Ce qu’elle fait, quand nous estans destituez et vuides de justice propre à nous, elle nous revest de la justice de Christ.
Ainsi est accomplie ceste sentence, Que les affamez sont rassasiez de biens, Mat., V,.6,.Luc,:1,,:53.
25 Mais la foy estant venue. I à esté desjà dit, que c’est de la venue de la foy, asçavoir une plus claire révélation de grâce, après que le voile du Temple fut rompu, Matt, XXVII, 51, Ce qui a esté fait par la manifestation de Christ. Et pourtant, il dit que sous le règne de Christ, ce n’est plus l'enfance laquelle doyve estre gouvernée par un pédagogue: et par ce moyen que la Loy a fait son office, et a prins fin, qui est l’autre application de la similitude. Car il avoit entreprins de prouver ces deux choses, Asçavoir que la Loy est une préparation à Christ, et qu’elle est temporelle. Mais on demande yei derechef, Si la Loy est tellement abolie, qu’elle ne nous appartiene en rien. Je respon, que la Loy entant que c’est la règle de bien vivre, et la bride pour nous arrester en la crainte du Seigneur, et un aiguillon pour corriger la paresse de nostre chair: brief, entant qwelle est utile à enseigner, à corriger, à rédarguer, 2 Tim., HT, 16, afin que les fidèles soyent instruits à toute bonne œuvre, sert et demeure en son entier, aussi bien aujourd'huy que jadis. Com-
ment donc est-elle abolie? Nous avons desjà dit que $S. Paul considère la Loy, comme vestue de ses qualitez. Or voyci quelles sont ses qualilez, asçavoir qu’elle ordonne loyer et peine aux œuvres, c'est-à-dire qu’elle promet la vie à ceux qui observeront, et maudit tous transeresseurs. Cependant, elle requiert de ‘homme une souveraine perfection, et une obéissance exquise. Eile ne quitte rien, elle ne pardonne rien : mais ramène en conte jusqu'aux plus petites fautes.
Elle ne démonstre point apertement Christ, et sa grâce, mais de loin, et ce sous les cérémonies, comme enveloppé de quelques couvertures. Sainct Paul, di-je, enseigne que telles qualitez sont abolies, en sorte que le ministère de Moyse a maintenant prins fin, entant qu’il est différent de l'alliance gratuite quant à l’exté- ‘eur.
26 Car vous esles tous enfans de Dieu. prouve par une autre raison, que ce n’est pas chose raisonnable et bien convenable, que la Loy tiene les fidèles obligez d'une servitude perpétuelle : ascavoir pource qu’ils sont enfans de Dieu.
Autrement, ce qu’il a dit, Que nous sommes sortis d'enfance, ne sufliroit pas, s’il n’eust quant et quant adjousté, que nous sommes de franche condition. Car lPaage ne change rien en la condition des serfs.
Il prouve la liberté par cela, qu’ils sont enfans de Dieu. Comment? Par la foy qui est en Jésus-Christ, Jehan, E, 42.
Car à tous ceux qui croyent en luy, est donné ce privilége, qu’ils sont enfans de Dieu. De là aussi s’ensuit quant et quant que nous sommes affranchis par la foy, veu que par icelle nous parvenons à Padoption.
27 Car vous tous qui estes baptizez.
Tant plus que c’est une chose haute et excellente que nous soyons enfans de Dieu, tant plus elle est loin de nostre sens, et difficile à nous estre persuadée.
Et pourtant, il remonstre en peu de paroles quelle conjonction, ou plustost quelle unité nous avons avec le Fils de Dieu, atin que nous ne doutions point que ce qawilha de propre, nous est communiqué. Il use de la similitude d’une robbe, quand il dit que ics Galatiens ont vestu
Cuar, HE
Christ. Mais il entend qu’ils sont tellement entez en Christ, que devant Dieu ils portent le nom et la personne de Christ, et sont plustost considérez en luy qu’en eux-mesmes. Ceste translation ou similitude prinse des vestemens, est assez commune : etil en a esté parlé ailleurs.
Au reste, il semble que ceste raison n’est pas guères ferme, de dire qu’ils ont vestu Christ, pource qu’ils sont baptizez. Car combien s’en faut-il que le Baptesme soit d’efficace en tous? Cela aussi est absurde, pource que par ce moyen on attacheroit la grâce du sainct Esprit au signe extérieur. Parquoy, il semble que ceste sentence peut estre rédarguée, tant par toute la doctrine de lEscriture, que par expérience. Je respon, que S. Paul a accoustumé de parler des Sacremens en deux sortes. Quand il ha à combatre contre les hypocrites, qui se vantent des signes nuds, et n’ont rien de la vérité, alors il remonstre comment le signe extérieur n’est rien, et n'apporte aucun proufit: et se courrouce asprement contre ceux qui mettent leur fiance en ces choses externes. Pourquoy cela? Il ne regarde point l'institution de Dieu, ains l'abus et la corruption des meschans.
Mais quand il parle aux fidèles, qui usent des signes ainsi qu’il appartient, alors il les conjoint avec leur vérité, qu'ils figurent. Pourquoy? Car Dieu és Sacremens, ne nous fait point une monstre de quelque vaine apparence, mais il nous présente quant et quant véritablement les choses lesquelles il nous figure par la cérémonie extérieure. Et par ce moyen, selon l’ordonnance de Dieu, la vérité est conjointe avec les signes. Si maintenant quelqu'un demande, Comment donc? le vice des hommes peut-il faire que le Sacrement ne soit point ce qu’il figure ? Ja response est facile : asçavoir que les meschans ne sçauroyent rien déroguer aux Sacremens, ne faire qu’ils ne retienent leur nature et vertu, combien que quant à eux ils n’en sentent nulle efficace.
Car les Sacremens offrent la grâce de Dieu, aussi bien aux meschans qu'aux bons, et ce n’est point à fausses enseignes qu’ils promettent la grâce du sainct Esprit. Les fidèles reçcoyvent ce qui leur
Cuar. 1V.
est offert: les meschans en le rejettant, font bien que ce qui leur estoit offert, ne leur proufite de rien : mais ils ne peuvent faire que Dieu ne demeure fidèle, et la signification du Sacrement véritable.
Parquoy, sainct Paul ne dit point sans cause en parlant aux fidèles, qu’ils ont vestu Christ au Baptesme. Comine aussi au chap. VI des Romains, v.5, il dit que nous sommes eniez en sa mort, afin que nous SOyOns aussi participans de sa résurrection. Par ce moven ce qui est propre à Dieu, n’est point transféré au signe :
et toutesfois les Sacremens ne laissent point d’avoir leur vertu, afin qu’on ne les estime point comme spectacles pour plaisir, et inutiles. Et aussi nous sommes admonestez, combien est meschante lingratitude des hommes, quand par leur abus non-seulement ils sont cause que les dons salutaires de Dieu leur sont inutiles, mais aussi les convertissent à leur ruine et perdition.
28 Il n'y a ne Juif ne Grec. Le sens est, que les choses externes ne vienent point yei en considération, et ne servent de rien: et pour ceste cause, que c’est tout un de quelle nation ou condition on soit : et la circoncision n’est non plus que le sexe ou quelque qualité civile. Pourquoy? car Christ fait tous un. Et pourtant, quoy que les autres choses soyent diverses en chacun de ceux qui vienent à la foy, toutesfois Christseul est suffisant
pour les unir tous. À ceste cause l’Apostre dit, Vous estes tous un: signifiant par cela que la différence est ostée. Le propos tend là que la grâce d'adoption, ne l'espérance de salut, ne dépendent point de la Loy, mais consistent en Christ seulement. Christ seul donc est tout.
Que le mot de Grecs soit prins pour les Gentils, une espèce pour le général, cela est assez cognu par l'usage commun de l'Escriture.
29 Fous estes donc, etc. 1 n’a pas adjousté ceci, pource que ce soit plus grande chose d’estre fils d'Abraham, que membre de Christ: mais afin d’abbatre l'orgueil des Juifs, qui se glorifoyent de leur privilége, comme s'ils eussent esté seuls le peuple de Dieu. Or ils n’avoyent rien plus excellent que d’estre descendus de la race d'Abraham. A ceste raison, il fait ceste excellence commune à tous ceux qui croyent en Christ, La conséquence qu’il fait yci est fondée sur ceste raison, que Christ est ceste semence bénite, en laquelle sont unis tous les enfans d'Abraham: ainsi qu'il a esté dit. Et il le prouve, d'autant que le droict d’hériter est offert à tous en commun : dont s'ensuit que par la promesse, ils sont tenus pour enfans. Au reste, notons que la foy est tousjours conjointe avec la promesse, par relation, Cest-àdire correspondance mutuelle de l’une à l'autre.