CHAPITRE IV
1 Or je di, que durant tout le temps que l'héritier est enfant, à n'est dif- Jérent en rien du serf, combien qu'il soit seigneur de tout.
2 Ains il est sous tuteurs el curateurs, jusqu'au temps déterminé par le père.
3 Nous aussi pareillement, quand nous estions enfans, estions réduits en servitude sous les rudimens! du monde.
4 Mais quand l'accomplissement du temps est venu, Dieu a envoyé son Fils Jaict de femme, et réduict? sous la Loy :
5 Afin qu'il rachetast ceux qui estoyent sous la Loy, à celle fin que receussions l'adoption des enfans.
1) Ou, apprentissage. 2) Ou, fait,
À Or je di, que durant tout le temps, etc. Quiconque a fait la division des chapitres, il a eu tort d’arracher ceste sentence d'avec les précédentes, veu que
ce n’est qu'une amplification, par laquelle sainct Paul explique et esclarcit la différence qui est entre nous et le peuple ancien. Ce qu’il fait, amenant une troi-
sième similitude du pupille et du tuteur.
Le pupille, combien qu’il soit libre, et qui plus est, seigneur aussi de tout le bien qui à esté au père, est toutesfois semblable au serf, d'autant qu’il est conduit et gouverné par l’authorité et puissance de ses tuteurs. Or la sujétion de Ja tutele dure jusqnes au temps que le père a déterminé : puis après, le fils entre en jouyssance de sa liberté. En ceste sorte, les Pères qui estoyent sous le vieil Testament, puis qu'ils estoyent enfans de Dieu, ils ont esté francs : mais ils ne jouissoyent pas de leur liberté, veu que la Loy leur estoit comme un tuteur, laquelle les tenoit sous le joug. Geste servitude de la Lov a duré autant de temps qu'il à pleu à Dieu, qui y a mis fin par da venue de Christ. Or quant à ce ques.
Paul termine la tutele par la seule ordonnance du père, combien que les Légistes récitent beaucoup de moyens par lesquels la tutele prend fin : il Pa fait, pource qu’il n’y avoit que ce seul moyen qui fust propre à sa similitude. Maintenant espluchons les parties lune après l’autre. Aucuns applicquent autrement la similitude, asçavoir à un chacun homme :
comme ainsi soit au contraire que sainct Paul parle des deux peuples. Je confesse bien que ce qu’ils disent est vray, mais il ne sert de rien au présent passage.
Les éleus, disent-ils, combien qu’ils soyent enfans de Dieu dés le ventre de la mère, toutesfois demeurent sous la Loy, semblables à serfs, jusques à tant que par foy ils soyent venus en possession de Ja liberté : mais après qu’ils ont cognu Christ : ils n'ont plus besoin de ceste sorte de tutele. Encore que je concède tout ceci, ce nonobstant je nie que Ssainct Paul parle yei d’un chacun homme : je nie aussi qu’il face distinction entre le temps de l’infidélité, et le temps de la vocation à la foy. Mais voylà qu’il traitte. Comme ainsi soit qu'il n’y a qu'une Eglise de Dieu, comment se fait cela que nostre condition et celle des Israélites soyent diverses ? Veu que par foy nous sommes affranchis, comment se fait cela, que ceux qui ont eu une foy commune avec nous, r’ayent point esté participans avec nous d’une mesme liberté ?
Puis qu'eux et nous sommes également enfans de Dieu, comment se fait cela que nous soyons aujourd’huy exempts du joug lequel ils ont esté contraints de porter ? Car le différent et débat estoit touchant ces choses : et non pas comment la Loy ha domination sur un €hacun de nous, avant qué par foy nous soyons délivrez de la servitude. Ayons donc ceci pour (out arresté avant que passer outre, que sainct Paul fait yci comparaison de lPéglise d'Israël, qui estoit sous le vieil Testament, à l'Eglise Chrestienne : afin qu’il apparoïsse de cela quelle convenance il y a entre nous, et en quoy aussi nous sommes différens les uns des autres. Ceste comparaison contient une doctrine bien ample et fort utile. Premièrement nous recueillons de ceci, que les Pères qui ont esté sous le vieil Testament, ont eu la mesme espérance de lhéritage laquelle nous avons aujourd’huy : pource qu'ils ont esté participans d’une mesme adoption. Car S.
Paul n’enseigne pas comme aucuns enragez songent (et entre autres Servet) qu'ils ayent esté éléus de Dieu, seulement pour nous figurer et représénter quelque peuple de Dieu : mais afin qu'ils fussent avec nous enfans de Dieu. Et il proteste nomméement que la bénédiction spirituelle promise à Abraham ne leur appartient pas moins qu'à nous. Secondement, nous recueillons que leurs consciences n’ont point laissé d’estre en liberté, quoy qu'ils fussent en servitude extérieurement. Car l’obligation de garder la Loy n’empeschoit point Moyse, Daniel, les bons Roïs, les vrais Prophètes et Sacrificateurs, et toute la compagnie des fidèles, d’estre en liberté selon l’esprit. Ainsi ils portoyent tellement le‘joug de la Loy sur leurs espaules, que cépendant ils servoyent à Dieu en liberté d’esprit : et sur tout estans instruits de la rémission gratuité des péchez ils avoyent leurs consciences délivrées de la tyrannie de péché et de mort. De là il faut conclure qu'il y a eu tousjours une mesme doctrine, et qu’ils ont esté conjoints avec nous en vraye unité de foy, et qu'estans appuyez sur la fiance du Seul Médiateur avec nous, ils ont invoqué
Cuar. IV.
Dieu pour Père, et ont esté conduits et gouvernez par un mesme esprit. Toutes ces choses considérées, il faut dire que la différence qui est entre nous et les Pères anciens, n’est point en la substance, mais aux accidens. Car nous convenons bien és choses qui sont les principales en l'alliance, ou au Testament. Les cérémonies et tout ce gouvernement en quoy nous différons, sont comme les accessoires. D’avantage il faut noter que ce temps-là a esté lenfance de l'Eglise, et que maintenant depuis que Christ est venu, elle est creuë, en sorte qu’elle est comme en aage parfaite. Car les paroles de sainet Paul sont claires. Mais yci survient une difficulté, pource qu’il semble qu'il n’accorde pas fort bien en ses propos. Au chapitre IV des Ephésiens, v. 13, il nous exhorte que nous croissions de jour en jour, jusques à ce que nous parvenions tous en aage parfaite et à la mesure de plénitude. Et en la première Epistre aux Cor., chap. IE, v. 4, il récite qu’il leur à donné du laict à boire, comme estans enfans, pource qu’ils n’estoyent point capables de viande solide :
et un peu ci-après il comparera les Galatiens à des enfans. Je respon qu’il est là traitté d’un chacun en son endroit, et de la foy particulière d’un chacun : mais yci il est parlé en général des deux corps, sans avoir esgard aux personnes. Ceste response servira aussi à soudre une autre difficulté beaucoup plus grande. Car nous voyons combien a esté singulière la foy d'Abraham : et de combien excellente intelligence estoyent douez les saincts Prophètes.Comment donc nous oserons-nous vanter que nous sommes hommes parfaits au pris d'eux ? Ne sont-ils pas plustost hommes excellens, et nous enfans ? Et sans parler de nous, qui eust-on trouvé entre tous les Galatiens semblable à l’un d’iceux, lequel qu'on vueille prendre ?
Mais yci, comme j'ay desjà dit, il n’est pas parlé d'un chacun homme à part, ains est descrite la condition universelle dis deux peuples. Il y en a lors eu aucuns qui ont receu beaucoup de dons et grans : mais ç’a esté quelques-uns et en petit nombre, non pas tout le corps.
D'avantage, quand ils auroyent esté beau-
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS
coup de ce nombre, toutesfois si ne fautil pas regarder quels ils ont esté au dedans, mais quelle a esté la procédure que Dieu a tenue à les gouverner. Or il est certain que ça esté une pédagogie, c’està-dire, une discipline et gouvernement puérile. Mais aujourd’huy qu'est-ce ci?
Le Seigneur Dieu après avoir rompu ces liens, gouverne aujourd’huy son Eglise en plus grande liberté, et ne la tient point sous une garde tant estroite. Combien qu’il faut noter aussi en passant, que quoy qu’ils ayent receu une intellisence fort excellente, toutesfois elle retenoit quelque chose de Ia nature du temps : en sorte, qu’en la révélation qu'ils avoyent, il y avoit tousjours quelque peu dobscurité, ét comme quelque nuée. De là vient que Christ dit, Bienbeureux sont les yeux de ceux qui voyent ce que vous voyez. Plusieurs Rois et Prophètes ont désiré de veoir ce que vous voyez, et ne l'ont peu veoir, etc.
Luc, X, 23. Nous entendons maintenant comment nous sommes préférez à ceux qui ont esté beaucoup plus excellens que nous. Car ceci n’est point attribué aux personnes, mais le tout dépend de la police et procédure que Dieu a tenue à les gouverner. Or nous avons en ce passage, comme une puissante artillerie pour mettre en pièces tous les appareils des belles cérémonies, lesquelles seules donnent lustre à la Papauté. Car qu'y ail autre chose qui esblouisse aujourd’huy les yeux des simples et ignorans, pour leur faire avoir en admiration le royaume du Pape, ou pour le moins en quelque révérence, que ce magnifique et brave appareil de cérémonies, observations, mines, Contenances, et toutes sortes de paremens dressez tout expressément pour amuser les simples gens et les faire esbahir ? Mais on voit bien par ce passage, que ce sont fards et desguisemens qui ont desfiguré l'Eglise. Je ne parle point maintenant des plus grans vices et plus exécrables, comme est qu’ils font à croire que l'observation de tels fatras est un service de Dieu. Item, qu’ils imaginent qu’elle sert à mériter salut. Item, qu'ils la requièrent plus estroittement que l'observation de toute la Loy de Dieu,
veaux ouvriers, et s’en servent comme d’une belle couleur pour couvrir tant d’abominations. Qu'ils mettent, diie, en avant tant qu'ils voudront, qu’il y a aujourd’buy beaucoup plus de rudesse et ignorance en plusieurs, qu’il n’y avoit jadis és Israëlites : et pour ceste cause ils ont besoin de plus d’aides. Car ils ne gaigneront jamais par là, qu’il les fale gouverner d’une semblable pédagogie que les Juifs ont esté jadis. Car je leur répliqueray tousjours au coniraire, que l'ordonnance de Dieu porie autrement.
S’ils disent qu’il est expédient, je nieray qu’ils voyent mieux Ce qui est expédient que Dieu luy-mesme. Quant à nous, tenons plustost pour tout certain que ce . que Dieu à ordonné, est non-seulement très-équitable, mais aussi très-utile. Parquoy pour les simples gens il faut chercher des aides, non point celles que les hommes auront voulu forger à leur poste:
mais celles que Dieu luy mesme a ordonnées, lequel sans doute n’a rien omis de ce qui pourroit estre propre pour soulager lPinfirmité des siens. Pour repousser donc toutes les objections qu’on nous pourroit faire, Contentons-nous de ce seul bouclier : Il à pleu autrement au
Seigneur, le conseil duquel nous suffit |
pour toutes raisons. Si d'aventure nous ne voulons dire que les hommes puissent inventer de meilleures aides que celles desquelles le Seigneur luy-mesme avoit pourveu, lesquelles depuis il a abolies, comme n’estans plus utiles. Or il faut diligemment noter que sainct Paul n’enseigne pas seulement que le joug lequel avoit esté imposé aux Juifs, nous est maintenant osté, en sorte que l’usage des cérémonies nous soit libre, jà soit que nous n’y SOYONS pas astreints: mais qu’il met expressément la différence du gouvernement que Dieu à voulu estre observé. Je confesse bien que toutes choses extérieures nous sont aujourd’huy en liberté : mais c’est en telle sorte, que l'Eglise ne soit aucunement Chargée de multitude de cérémonies, si nous ne voulons confondre la Chrestienté avec le Judaïsme.
Nous dirons puis après la raison, quand
COMMENTAIRES Je parle seulement de ceste excuse, la-!
quelle allèguent aujourd’'huy de nou-!|
Car. 1Y.
Qus serons venus au passage propre.
3 Sous les rudimens, etc. Le mot Grec signifie proprement Elémens : en laquelle signification nous le pourrions prendre yei, asçavoir pour les choses externes et corporelles. Niais par métaphore et simiitude il se prend aussi pour les rudimens et petis commencemens pour parvenir à chose plus haute : et je l’aime mieux prendre ainsi Mais pourquay les dit-il estre du monde, veu qu’ils avoyent une signification spirituelle ? C’est autant comme s'il disoit, Nous n'avions point Ja vérité nue, mais enveloppée en figures terriennes. Ainsi ce qui estoit extérieur, il dit qu’il a esté du monde:
combien qu'il y eust quelque mystère céleste caché dessous.
4 Quand l'accomplissement du temps est venu. 1] poursuit la similitude qu’il avoit amenée, et applique à son propos le temps ordonné du Père. Toutesfois il démonstre quant et quant que ce temps qui avoit esté ordonné par la providence de Dieu, estoit le temps vrayement propre et convenable. La vraye opportunité donc, ou la saison et droite dispensation de faire les choses, est celle seulement laquelle est gouvernée par la providence
| de Dieu, et non autre. Aïnsi c’estoit à
Dieu seul &e juger et ordonner quand il seroit expédient que le Fils fust révélé au monde. Par lequel propos est réprimée toute curiosité, afin que quelqu'un ne se contentant point du conseil secret de Dieu, n’entreprene de contreroller pourquoy c’est que Christ n’est apparu plustost. Si les lecteurs veulent veoir d’avantage de ce propos, qu'ils le prenent sur la fin de l’Épistre aux Romains. Dieu a envoyé son Fils. 11 a compris yci beaucoup de choses en peu de paroles. Car il faut que le Fils qui a esté envoyé, ait auparavant esté : et par cela est prouvée sa Divinité éternelle. Christ donc est le Fils de Dieu, envoyé du ciel. Sainct Paul dit qu'iceluy mesme a esté fail de femme, pource qu’il a vestu nostre nature. Par ce moyen il signifie que Christ ha deux.
natures. Il y a d’autres livres qui ont, Nay, en lieu de Fait : mais le second est plus communément receu, et selon mon jugement, il convient mieux. Car il a
Car. IV.
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS
voulu, expresséement discerner Christ | licite. Car la règle de bien et sainctement
d'avec les autres hommes, pour autant
qu'il a esté créé de la semence de sa mère, et non pas par Cognoissance charnelle d'homme et de femme. Autrement ceste façon de parler seroit maigre, et sans propos. Le mot de Femme, se rapnorte généralement au sexe. Réduit sous la Loy. N y a de mot à mot, Fait sous la Loy : mais j’ay mis, Réduit sous la Loy, pour exprimer plus familièrement le sens.
Christ donc, le Fils de Dieu, qui à bon droict eust esté exempt de toute sujétion, a esté sujet à la Lov. Pourquoy ?
Pour l’amour de nous, afin qu’il nous acquist liberté. Car tout ainsi que celuy qui est en liberté, rachète le captif en se constituant plege, et en se liant il deslie l'autre : aussi Christ à voulu estre sujet à garder la Loy, afin qu’il nous acquist affranchissement. Autrement pour néant se fust-il Soumis au joug de la Loy : car certes il ne l’a pas fait pour soy. Cependant, nous ne sommes pas tellement exempts de la Loy, par le bénéfice de Christ, que ne devions plus obéissance aucune à la doctrine de la Loy, et que tout ce qui nous semblera bon, nous soit
vivre est perpétuelle. Mais sainct Paul parle de la Loy avec ses dépendances, Nous sommes rachetez de la sujétion de ceste Loy, par ce qu’elle n’est plus ce qu’elle estoit. Car le voile estant rompu, la liberté a esté apertement manifestée. Et c’est ce qu'il adjouste incontinent après.
5 À celle jin que receussions l'adoplion, etc. Car les Pères aussi sous le vieil Testament estoyent certains Ge leur adoption : mais ils ne jouissovent pas encore ainsi plenement de leur droict.
Adoption donc est prise yci comme le motde Rédemption ou délivrance est pris au Chap. VIT des Romains, v. 23, asçavoir pour la possession actuelle, comme on dit, et par effet de l’adoption ou de la délivrance. Car comme nous receverons le fruit de nostre rédemption au dernier jour, ainsi maintenant nous recevons le fruit de Padoption, de laquelle les saincts Pères n’ont pas esté jouissans devant Vadvénement de Christ. Parquoy ceux qui chargent maintenant l'Eglise de trop de cérémonies, la privent à tort et laschement du droict d'adoption qui luy est deu.
6 Et pourtant que vous estes enfans, Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils en
vos cœurs, criant Abba, Père.
1 Parquoy maintenant tu n'es plus serf, mais fils. Que si tu es fils, aussi
es-tu héritier de Dieu par Christ.
8 Or alors que vous ne cognoissiez point Dieu, vous serviez à ceux qui de
nalure ne sont point dieux.
9 Mais maintenant puis que vous avez cognu Dieu, ou plustost avez esté cognus de Dieu, comment vous convertissez-vous derechef aux rudimens foibles et povres, ausquels vous voulez derechef servir comme auparavant?
10 J’ous observez les jours, et les mois, et les temps, et les années.
11 Je crain de vous, que d'aventure je n'aye travaillé en vain envers vous.
1) Ou, rendus cognoissans de par Dieu.
6 Et pourtant que vous, etc. I démonstre que l’adoption de laquelle ïil avoit parlé, appartient aux Galatiens : et ce par un argument d’une chose subséquente. Car Estre adopté de Dieu, est premier que d’avoir par l’Esprit de Dieu tesmoignage de l’adoption : mais l'effet est signe de la cause. L'Esprit de Christ, dit-il, vous pousse et exhorte à oser appeler Dieu Père, 2 Cor., I, 22, et V, 5.
Parquoy il est certain que vous estes enfans de Dieu. Il signifie ce qu’il enseigne bien souvent ailleurs : asçavoir que l’Esprit nous est donné pour arre el gage de nostre adoption : afin que nous soyons certainement persuadez de l'affection paternelle de Dieu envers nous: Mais quelqu'un dira, Les meschans aussi ne vienent-ils pas bien jusques à ceste Lémérité,
‘de se vanter que Dieu est leur Père ?
mesme, qui plus est, ils se glorifient faussement en Dieu, souventesfois d’une plus grande audace que les vrais, enfans de Dieu. Je respon, que sainct Paul ne parle point yei d’une folle vanterie : ne de ce qu'un chacun s’attribue par son propre esprit : mais du tesmoignage de la conscience fidèle, lequel va tousjours après la régénération nouvelle. Parquoy cest argument ne peut avoir lieu, sinon entre les fidèles : pource que les réprouvez n'ont nul goust de ceste certitude : comme Christ aussi luy-mesme tesmoigne. L'Esprit, dit-il, de vérité, lequel le monde ne peut comprendre : pouree qu’il ne le cognoist point, Jeban, XIV, 47. Et c’est ce que signifient les paroles du sainct Apostre, quand il dit, Dieu a envoyé en vos cœurs. Car il a voulu monstrer ce que Dieu leur testifñie dedans le cœur par son sainct Esprit : et non pas ce qu’ils osent follement penser par le sens de leur chair. Aussi ce qu’il appelle L'Esprit du Fils de Dieu, convient mieux à la circonstance du passage, que s’il eust usé d’un autre épithète. Car pour
ceste Cause sommes-nous enfans, pource |
que nous avons un mesme Esprit que le Fils unique. Mais notons que sainct Paul attribue ceci à tous Chrestiens en commun. Comme à la vérité il n’y a point de foy, quand ce gage de l'amour de Dieu envers nous n’y est point. Par ceci il appert quelle Chrestienté il y a en la Papauté, où ils condamnent de présomption meschante si quelqu'un dit qu’il ha PEsprit de Dieu. Car ils imaginent une foy sans l'Esprit de Dieu et sans aucune asseurance. Ce seul point de doctrine est un trèscertain signe, que le diable, qui est le père dinfidélité, règne en toutes les escholes des Papistes. Je confesse bien que quand les Scholastiques veulent que les consciences soyent tousjours en suspens, et en doute, ils n’enseignent autre chose, sinon ce que le sentiment naturel nous dit et propose. Et pour ceste cause tant plus songneusement nous faut-il imprimer en nos cœurs ceste doc- {trine de sainct Paul, asçavoir que nul n’est Chrestien, sinon celuy qui estant apprins par la maistrise du sainct Esprit, invoque Dieu comme Père. Criant. Je
pense qu’il a usé de ce mot pour mieux exprimer une plus grande asseurance.
Car quand nous sommes en doute, cela nous empesche de parler asseuréement, et nous tient le gosier comme serré, en sorte que la Jangue tremblante à grand peine peut mettre hors les mots à demi formez. Au contraire, quand on crie, c’est signe qu'on est asseuré, et qu'on ha ferme fiance, Car nous n’avons point receu l'esprit de servitude pour estre encore en crainte : mais l'Esprit de liberté pour avoir plene asseurance : comme il dit au chap. VIT des Rom., v, 145. 4bba Père. | Je ne doute point qu’il ne vueille signifier que l’invocation de Dieu est commune à toutes Langues. Car cela convient proprement au présent propos, que Dieu est renommé Père indifféremment entre les Hébrieux et les Grecs. Comme il avoit esté prédit par Isaïe, XLV, 23 : Toute Langue fera confession à mon nom. Parquoy puis que les Gentils sont réputez entre les enfans de Dieu, on voit bien que l'adoption ne prouvient point du mérite de la Loy, mais de la grâce de la foy.
7 Parquoy maintenant tu n'es plus serf, etc. C'est-à-dire, il n’y à plus de servitude en l'Eglise Chrestienne : mais une condition d’enfans franche. Or il a esté desjà dit, en quelle sorte les Pères jadis ont esté serfs sous læ Loy : c’est asçavoir pource que leur liberté n’estoit pas encore manifestée, mais enclose sous les ombres et le joug de la Loy. I parle donc derechef de la différence du vieil et nouveau Testament. Les anciens ont esté aussi enfans de Dieu, et héritiers par Christ : mais nous le sommes autrement, pource que nous avons Christ présent :
et pour ceste raison nous jouissons de ses biens. Or il poursuit tout ceci plus amplement en l’Epistre aux Romains : où on pourra aller chercher ce que je passe yci, pource que je Pay à dit.
8 Alors que vous ne cognoissiez point Dieu. Il rédargue plustost yei qu'il enseigne. Et aussi il a desjà suffisamment prouvé ce qu’il prétendoit: en sorte qu'on.
ne peut mespriser ses répréhensions, comme si la chose estoit encore douteuse. Or il tend à ce poinct, d’exaggérer leur faute présente par la comparai-
Cuar. EV.
Car. IV.
son du temps passé. Ce que jadis, dit-il, vous adoriez pour dieux ceux qui n’estoyent point dieux, il ne s’en faut pas grandement esbahir : pource que là où Dieu rest cognu, là il y a un horrible aveuglement. Lors donc vous erriez eh ténèbres, mais maintenant quelle honte est-ce de s’esgarer si vilenement au milieu de la lumière ? F1 s'ensuit donc que les Galatiens sont moins excusables en la corruption de PEvangile, qu’ils n’avoyent esté jadis en lidolâtrie. Voylà quelle est la somme. Au reste, il faut noter yci, que jusques à ce que nous soyons illuminez en la vraye cognoissance d’un seul Dieu, nous servons tousjours aux idoles, quelque couleur que nous prenions pour couvrir nostre fausse religion. Parquoy, avant qu'il y ait service légitime de Dieu, il faut nécessairement que la certaine cognoissance de Dieu précède. Il a mis yci Nature pour effet, vérité, ou substance. Car tout ce que les hommes imaginent de Dieu, ce n’est que songe et un ris, Parquay tous idoles sont dieux par opinion : mais à la vérité ils ne sont rien.
9 Mais maintenant puis que vous avez cognu Dieu, etc. On ne peut assez exprimer par paroles combien est vilene l’ingratitude , quand on se destourne de Dieu après l'avoir une fois cognu. Car qwest-ce de laisser de son propre gré la lumière , Ja vie, brief la source de tous biens? ainsi que Dieu luy-mesme se plaind par Jérémie, IF, v. 43. Foutesfois encore amplifie-il la faute, en adjoustant une correction, quand il dit, Ou plustost avez esté cognus de Dieu. Car tant plus que la grâce de Dieu est grande envers nous, aussi nostre faute est d'autant plus grande si nous rejettons sa grâce. Sainct Paul donc remonstre aux Galatiens d’où leur estoit venue la cognoissance de Dieu. Il nie qu'ils l’ayent acquise d’eux-mesmes , de leur propre industrie, ou par la subtilité de leur esprit: mais pource que Dieu les à prévenus par sa bonté et miséricorde , lors qu'ils ne pensoyent en rien moins qu'en luy. Or ce qui est dit des Galatiens, s’estend indifféremment à tous. Car ce que dit Isaïe , LXV, v. 4, est accompli en tous, Jay esté trouvé de ceux qui ne me cherchoyent point: je
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
me suis apertement manifesté à Ceux qui ne s’enquéroyent point de moy. Ainsi le commencement de nostre vocation, c’est l’élection gratuite de Dieu, par laquelle il nous prédestine à vie avant que nous naissions. De là dépend’ la vocation, la foy, et l’accomplissement de nostre salut. Comment vous convertissez-vous derechef , etc. Hs ne pouvoyent pas estre derechef convertis aux cérémonies, ésquelles ils n’avoyent jamais esté accoustumez. Il ha donc usé de ce mot improprement, voulant seulement signifier, que c’estoit une chose par trop absurde qu’ils retombassent en superstions perverses, comme si jamais ils n’eussent receu la vérité de Dieu. Quant à ce qu’il appelle les cérémonies, Rudimens poores et foibles : il le fait, pource qu’il les considéroit hors Christ, voire mesme comme contraires à Christ. Car jadis aux Pères elle servoyent non-seulement d'exercices salutaires, et de moyens pour les entretenir en la crainte et cognoissance de Dieu, mais aussi d’instrumens de grâce, ayans efficace. Mais toute la vertu d'icelles consistoit en Christ, et en l'institution ou ordonnance de Dieu. Or les faux apostres les vouloyent opposer à Christ, laissans en arrière les promesses : comme si Christ n’eust point esté seul suffisant. N ne faut donc point s’esbahir si sainct Paul ne les estime non.
plus qu'amusemens de petis enfans et choses de néant: et de ce nous avons touché quelque chose ei-dessus.' Par ce mot de Servir, il reprend la nécessité, à laquelle ils s’astreignovent d'observer les cérémonies.
A0 Fous observez les jours et les mois. Pour exemple il récite une espèce de ces élémens : asçavoir l'observation des jours. Or il faut noter, que l’observation civile des temps, laquelle est conjointe avec l’ordre de nature, n’est point yci condamnée. L'ordre de nature est Stable et perpétuel. Car d’où vient la supputation des mois et des ans , Sinon du cours du soleil et de la lune ? Qui est ce qui fait distinction entre lPesté et l’hyver, entre le prim-temps et l'automne, sinon l’ordonnance de Dieu ? Et il a promis une fois qu’elle durera jusques à la
fin du monde, Genèse, VITE, v. 22. Ainsi observation civile sert tant au labourage, qu'à la police et la conduite domestique, c’est-à-dire au gouvernement de chacun mesnage : mesme elle s’estend aussi au gouvernement de l'Eglise.
Quelle estoit donc l’observation que sainct Paul réprouve ? Certes une observation qui obligeoit les consciences, et les chargeoit de scrupule, comme estant nécessaire au service de Dieu, et laquelle discernoit entre un jour et l’autre, comme il dit au chap. XIV, aux Romains. Quand donc on attribue aux jours quelque saincteté particulière , quand on discerne un jour d’un autre jour par dévotion, quand la feste et le délaissement d'œuvre est estimé partie du service de Dieu, voylà un abus et une mauvaise observation des jours. Ainsi donc les faux apostres insistoyent sur cela, qu’il faloit nécessairement observer le Sabbath,, les nouvelles lunes, et les autres jours de feste, pource que c’estoyent observations légales. Or quant à nous, quand nous avons quelque différence des jours, nous ne jettons pas un lags de nécessité sur les consciences :
nous ne discernerons point entre les jours, comme si l’un estoit plus sainct que l’autre : nous ne constituons point en cela religion ne service de Dieu : mais seulement nous pourvoyons à l'ordre et concorde commune. Ainsi l’observation que nous avons entre nous est libre, et repurgée de toute superstition.
11 Je crain de vous que d'aventure je n'aye travaillé en vain, etc. Voyci une parole dure, et qui devoit grandement espovanter les Galatiens. Car quelle espérance eussent-ils euë de reste, si le labeur de $S. Paul eust esté inutile ? Mais aucuns s’esbahissent de ce que S. Paul |
Crar. IV.
est tellement irrité de ceste observation des jours, qu’il l’appelle un renversement presque de tout l'Evangile. Mais si nous regardons à toutes choses ainsi qu’il appartient, nous verrons qu'il en a eu ‘bonne occasion. Les faux-apostres nonseulement taschoyent à imposer une servitude judaïque sur les espaules - de l'Eglise, mais aussi abbruvoyent de meschantes superstitions les esprits des fidèles. Desjà ce n’estoit pas peu de mal de contraindre les Chrestiens à un Judaïsme:
mais encore c’estoit une peste beaucoup plus dangereuse de ce qu’ils dressoyent les festes à lencontre de la grâce de Christ, comme œuvres méritoires : qu’ils imaginoyent que Dieu estoit honoré et appaisé par ce moyen. Ces opinions estans une fois receues, le service de Dieu est corrompu, la grâce de Christ anéantie, la liberté des consciences opprimée.
Nous esbahissons-nous donc si sainct Paul craint d’avoir travaillé en vain ? Car de quoy serviroit puis après l'Evangile, et quel en seroit le fruit? Or veu qu’aujourd’huy une telle impiété règne en la Papauté, quel Christ y a-il de reste? et quel Evangile? [Is ne sont pas moins rigoureux à contraindre d'observer les jours, entant que touche lPobligation des consciences , que Moyse a esté. Ils n’enferment pas moins le service de Dieu és festes, que les faux apostres. Ils y atlachent avec cela une opinion diabolique de mérite. Ils ont done une mesme cause, et encore pire en un poinct. Car les autres vouloyent que les jours ordonnez par la Loy de Dieu, fussent observez: mais ceux-ci commandent de tenir pour sajnets et sacrez les jours lesquels ils ont euxmesmes ordonnez et esiablis sans raison à leur simple fantasie.
A2 Soyez comme moy : car aussi suis-je comme vous, frères, je vous en prie.
Vous ne m'avez en rien offensé.
13 Et vous scavez comment je vous ay par ci-devant évangélizé avec infir-
milé de la chair.
14 Et n'avez point mesprisé ne rejetté l'espreuve de moy, telle qu’elle estoit en ma chair : ains vous m'avez receu comine un Ange de Dieu, Noire comme
Jésus-Christ.
45 Quelle estoit donc vostre béatitude!? Car je vous porte tesmoignage,
1) Ou, Où est donc ce que vous-vous estimiez tant heureux?
Car, IV.
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
que s'il eust esté possible, vous eussiez arraché vos yeux, et les meussiez
donnez.
16 Fous suis-je donc fait ennemi vous disant la vérité? 47 Ils sont jaloux de vous, non point pour bien, plustost vous veulent-ils for-
clorre, afin que vous les convoiltiez.
48 Or il est bon d’ensuyvre tousjours en bien” , et non pas seulement quand
je suis présent avec vous,
19 Mes petis enfans, pour lesquels enfanter je travaille derechef, jusqu'à
tant que Christ soit formé en vous,
20 Je voudroye maintenant estre avec vous, et changer ma voix : car je suis
troublé en vous ?.
1) Ou, de tousjours fort aimer en bien.
A2 Soyez comme moy. Maintenant parlant à eux plus doucement, il addoucit la rigueur de laquelle il avoit usé. Car combien que mesme il ne se fust point assez asprement courroucé, pour l’esgard de la honte et lascheté du faict, toutesfois pource qu'il vouloit proufiter, il modère son style . afñn d'attirer la grâce de ceux ausquels il parle. Et c’est le devoir d’un prudent Pasteur et Ministre, de né regarder pas ce que méritent Ceux qui ont failli, mais ce qui est convenable pour les remettre au chemin. À ceste cause il doit arguér d'heure et hors heure, mais avec toute douceur et patience, comme sainct Paul se commande en la 2e à Timothée, IV, v. 2. Suyvant ceste consi- Gération, après les avoir repris et tansez, il vient à user de prières. Je vous prie, dit-il: et les appelle frères : afin qu'ils sçachent qu'il ne leur a rien reproché par outrage. Mais que signifie ceci? Soyez comme moy: il se rapporte à l'affection.
Car comme ainsi soit qu’il tasche à s’accommoder à eux, il veut qu'ils facent aussi comme luy. Comme ja eye Veu que je suis comme vous, c’est-à-dire, veu que je ne cherche autre Hé sinon de me rendre traïtabie envers vous, aussi est-il raisonnable que vous condescendiez à une modération : asçavoir que de vostre costé vous-vous rendiez aussi obéissans et dociles envers moy. EL yci les Pasteurs sont derechef admonestez @e leur devoir, c’est asçavoir qu’ils s’accom- modent au peuple tant qu’ils pourront, et qu'ils se conforment aux esprits de ceux avec lesquels ils conversent, s'ils les veulent avoir ohéissans. Car ceste sentence se trouve tousjours vraye, Si tu
2) Ou, en doute quant à vous,
veux estre aimé, ren-t0y aimable. Fous ne m'avez en rien offensé, etc. I] oste le souspeçon, qui eust peu rendre odieuses les répréhensions précédentes. Car si nous pensons que quelqu'un en parlant, tende à poursuyvre l’injure qui luy aura esté faite, ou à venger sa douleur particulière: n06 cœurs sont entièrement destournez de luy, en sorte que tout ce
qu'il dira sera prins à la mauvaise part.
Sainct Paul donc prévient les Galatiens per ceste anticipation : Quant à ce qui me touche en particulier, je n’ay rien de quoy je me puisse plaindre de vous. Donc ce que je me courrouce, ce n’est point pour mon regard, ne pource que je soye irrité contre vous. Parquoy s’il vous semble que juse de trop grande véhémence, je le fay par contrainte, et non point par haine ou cholère.
13 Vous scavez comment je vous ay par ci-devant évangélizé, etc. Il leur réduit en mémoire, comment, Cest-àdire combien amiablement et honorablement il a esté receu d'eux : et ce pour deux causes. Premièrement, afin qu’ils entendent qu’il les aime, et qu’en ceste sorte ils reçoyvent en douceur, et prenent à la bonne part tout ce qu’il leur dit : secondement, qu’ils persévèrent en leur course bien commencée. Le récié donc qu'il fait yei, est premièrement un tesmoignage de bénévolence : d'avantage, il sert d’exhortation, pour les admonester de faire si bien, que leurs actes ensuyvans respondent aux commencemens. Par l'ânfirmité de la chair, il entend (comme aussi il fait ailleurs) tout ce qui le pouvoit rendre abject et contemptible. Car La chair signilie l'apparence extérieure,
et L'infirmité signifie abjection et condition contemptible. Telle avoit esté la venue de S. Paul, sans pompe, sans ostentation, sans gloire, et dignité mondaine :
mais contemptible, et de nulle estime devant les hommes : toutesfois tout cela p’avoit point empesché les Galatiens de recevoir S. Paul en bien grand honneur.
Ceste circonstance sert beaucoup à la matière. Car qui avoit-il en S. Paul qu'ils deussent avoir en admiration et révérence, sinon la seule vertu du $S. Esprit? Or maintenant quelle couleur auront-ils pour commencer à la mespriser? D’avantage, ils se rendront dignes aussi d’estre rédarguez d’inconstance, pour autant que rien n’estoit advenu de nouveau à sainct Paul, pourquoy ils le deussent moins estimer, Mais il leur laisse ces choses à considérer, seulement il leur donne obliquement l'occasion d'y aviser.
14 L'espreuve de moy. C'est-à-dire,
Combien que vous vissiez un homme.
contemptible selon le monde, toutesfois vous ne l'avez point rejetté. Il appelle ela, L'espreuve ou Expérience, pource que ce n’estoit point une chose obscure ou incognue, et luy ne le dissimuloit point, comme les gens ambitieux ont accoustumé, lesquels ont honte de leur pe-
titesse. Càr il advient souvent qu'on ap-
plaudira à des gens qui ne le méritent pas, asçavoir avant qu’on les cognoisse, et que la povreté qui est en eux soit descouverte : et trois jours après, on les quitte là avec mocquerie, et à leur grand” honte : mais ç’a bien esté tout autrement en sainct Paul, qui ne s’estoit aucunement fardé pour abuser les Galatiens, mais s’estoit simplement monstré tel qu'il estoit. Comme un Ange de Dieu.
Ainsi certes que doit estre estimé chacun vray Ministre de Christ. Car comme Bieu nous distribue ses grâces par le ministère des Anges, ainsi aussi les Docteurs fidèles sont suscitez de Dieu pour nous administrer le bien très excellent sur tous autres, asçavoir la doctrine du salut éternel. Parquoy, ils sont à bon droict comparez aux Anges, d'autant que Dieu nous distribue un tel thrésor par leurs mains. D'avantage, ils sont vrayement messagers de Dieu, veu que par leur bou-
Car. IV.
che Dieu parle à nous, Et Malachie aliègue ceste raison au chapitre IF, x. 7. Il monte encore plus haut, quand il adjouste, loire comme Jésus-Christ. Car le Seigneur Jésus aussi commande qu’on reçoyve ses Ministres, tout ainsi que sa propre personne. Qui vous oit, dit-il, il m'oit : et qui vous mesprise, il me mesprise, Luc, X, 46. Et ne s’en faut point esbabir. Car ils font une ambassade pour luy : parquoy, ils représentent la personne de celuy duquel ils sont comme lieutenans, 2 Cor., V, 20. Ces façons de parler, et de louange tendent à nous recommander la majesté de l'Evangile, et orner le ministère d’iceluy. Que si les Ministres doyvent estre ainsi honorez, selon le commandement de Christ, il est certain que quand on les mesprise, cela procède de Pinstigation du diable. Et certes tant qu’on aura la Parole en estime, on ne les pourra point mespriser. Au reste, les Papistes se glorifient en vain sous couleur de ceste sentence. Car puis qu’ils sont ennemis manifestes de Christ, quelle mocquerie est-ce à eux d’empoingner les plumes des serviteurs de Christ, : pour se monstrer et parer? S'ils veulent donc estre honorez comme Anges, qu’ils facent office d’Anges : s’ils veulent estre escoutez comme Cbrist, qu'ils nous apportent fidèlement la pure doctrine d’ice- Iuy.
A5 Quelle estoit donc vostre béatitude? 11 veut dire, que lors ils ont esté bien-heureux, quand ils recevoyent d’une si bonne et saincte affection l'instrument de leur béatitude: et que maintenant ils sont misérables, d'autant qu'ils se laissent priver de son ministère, auquel ils devoyent attribuer tout ce.qu’ils avoyent de Christ. Car il les veut poindre de ceste admonition. Comment? faudra-il que tout ceci soit perdu? Ne vous proufitera-il de rien d’avoir une fois cognu Christ parlant par moy? Faudra-il que ce soït en vain que vous ayez esté fondez par moy en la foy? Faudra-il qu'un révoltement maintenant efface devant Dieu la gloire de vostre obéissance? Le sommaire est, que s’ils mesprisent la pure doctrine laquelle ils avoyent embrassée, ils rejettent à leur escient la béatitude qu'ils avoyent obte-
Cuar. IV.
nue, et attirent sur eux une perdition de laquelle ils périront mal-heureusement.
Car je vous porte tesmoignage. Ce west point assez de faire honneur aux Pasteurs et Ministres, si aussi on ne les aime. Car ces deux choses sont nécessaires, pource que autrement le goust de la doctrine ne sera point trouvé doux. Il rend tesmoignage que tous les deux ont esté aux Galatiens. Il a desjà parlé de l'honneur, maintenant il parle de l'amour. Car c’est un signe d'amour merveilleusement singulier, d’estre prest de s’arracher les yeux, si mestier est : veu que c’est plus que d'employer sa vie.
16 Fous suis-je donc fait ennemi ?
ll retourne maintenant à soy, et nie que ce qu'ils ont changé de courage, soit advenu par sa faute. Car jà soit qw’il adviene quasi tousjours, que la vérité engendre haine, toutesfois elle n’est point odieuse, que par la malice et perversité de ceux qui ne peuvent souffrir de l’ouir.
Ainsi done, il se purge tellement de la faute en ce qu’ils s’estoyent aliénez de luy, qu'il reprend obliquement leur ingratitude. C’est toutesfois quant et quant une admonition amiable, Qu'ils ne rejettent point légèrement et sans cause leur Apostre, lequel ils avoyent aimé singulièrement au paravant, pource qu’ils lPavoyent cognu digne d’estre aimé. Car voudroit-on une plus grand'honte et las- “cheté que cela, quand les gens en haine de vérité, d'amis devienent ennemis ?
Ainsi, il n’a pas dit ceci, tant pour reproche que pour les admonester qu'ils avisassent à faire autrement, et s’amender.
17 Ils sont jaloux de vous. Finalement, il vient à parler des faux-apostres, lesquels il marque d'une façon plus odieuse en taisant leurs noms, qu’en les exprimant. Car nous avons accoustumé de taire les noms en parlant de ceux lesquels il nous fasche et vient contre cœur de nommer. Or il advertit les Galatiens de Ja sotte ambition de ces faux-apostres, d'autant qu’ils pouvoyent estre trompez en eux par quelque apparence de zèle. Et il emprunte une similitude des amoureux, qui appètent les filles d’une amour impudique, et non pour autre chose, sinon afin qu’ils en abusent à paillardise. Pour-
tant, s’ils sont jaloux de vous, ou vous convoitent, gardez que cela ne vous abuse. Car ils ne le font point d'un bon zèle, mais par une cupidité perverse d'acquérir bruit. Icelle est opposée à ceste saincte jalousie, de laquelle il à fait mention, 2 Cor., chapitre XI, v. 2. Plustost vous veulent-ils forclorre.Il augmente encore leurs sottes ruses et finesses, adjoustant une correction. Non-seulement ils taschent à vous surprendre, dit-il, mais pource qu’ils ne peuvent jouir autrement de vous, ils s’efforçent d'allumer des noises entre-Vous €t moy, afin que comme estans abandonnez et délaissez de moy, vous-vous rendiez à eux. Car ils voyent bien qu’ils n’auront point de lieu, tandis qu’il y aura entre-nous un sainct consentement. Cest la ruse commune de tous les ministres de Satan, de rendre le Pasteur odieux, ou le mettre en mauvaise grâce, afin que puis après ils allèchent à eux le peuple, et en prenent possession paisible, ayans chassé celuy qui leur estoit contraire, et leur pouvoit résister en face. Si on y prend bien garde, on verra qu'ils commencent tousjours par-là.
48 Or il est bon d’ensuyvre, etc. On ne sçait s'il parle de s0y ou des Galatiens.
Car il faut que les fidèles Ministres bruslent d’une saincte jalousie, afin qu'ils entretienent les Eglises en chaste conjonction avec leur mari. Parquoy, si nous entendons de sainet Paul, le sens sera tel, Je confesse bien aussi que je suis jaloux de vous, mais c’est à autre fin, et d’une autre affection. Et je le fay aussi bien estant absent que présent, d'autant que je ne cherche point un fruit qui me soit particulier. Toutesfois je l’aime mieux rapporter aux Galatiens, et encore en ceste sorte il y pourra avoir plus d’un sens. Car il pourra estre exposé ainsi :
Il est vray que ces gens-ci s'efforcent de vous aliéner de moy, afin qu’estans délaissez, vous-vous retiriez vers eux. Mais vous qui m'avez aimé estant présent avec vous, Continuez aussi Ceste amour envers mOYy, maintenant que je suis absent. La plus vraye opinion est, que S.
Paul fait allusion sur l'ambiguïté du mot, lequel ha diverses significations en Gree, comme aussi en Latin Æmulari. Car er
720 | lieu qu'il l'avoit mis pour Estre jaloux :
maintenant il le prend pour Ensuyvre, ou s’efforcer à l'exemple de la vertu d’autruy. Car en condamnant la sotte émulation, c’est-à-dire imitation, il exhorte les Galatiens à s’exercer en une autre façon d’émulation, et ce mesme quand il est absent.
19 Mes petis enfans. Ï use yci d'un nom encore plus gracieux. Car c’est plus d’estre nommé enfant, que frère. Et encore use-il du diminutif, les appelant ses petis enfans. Et cela n’est point par mespris, mais pour les mignarder et monstrer Paffection tendre qu’il leur porte.
Combien que cependant il touche couvertement comment ils estovent encore petis et tendrelets. en lieu qu’ils devoyent desjà estre grans et forts en Christ. Or c’est un propos rompu, COMME ODt accoustumé d’estre les propos de ceux qui parlent estans pressez en eux-mesmes d’une affection grande. Car la vénémence de l'affection fait que la voix ne peut continuer, quand nous ne trouvons pas termes qui puissent assez exprimer ce que nostre esprit a conceu , et le cœur estant bouillant nous ferme quasi le gosier.
Pour lesquels enfanterie travaille derechef, etc. Ceci aussi sert à déclarer la véhémence de son amour, qu’il endure à cause d’eux, comme des travaux et douleurs de mère, quand elle enfante. Toutesfois il déclare aussi lPangoisse qu’il ha. Car la femme qui a enfanté, se resjouit : mais en l’enfantement elle endure de merveilleux travaux. Les Galatiens avoyent esté une fois au paravant COnCeus et enfantez. Il faloit pour la seconde fois qu’ils fussent encore engendrez après leur révoltement. Toutesfois il amoindrit la haine qu’il eust peu encourir, quand il dit, Jusqu'à tant que Christ soit formé en vous. Car il n’abolit point le premier enfantement, mais il dit qu'il faut qu’il les ait derechef en son ventre, comme un fruit qui n’est pas à terme, et qui n’est * pas encore bien formé. Au surplus, Christ estre formé en nous, et nous en Christ, c’est tout un. Car nous naissons afin que nous soyons nouvelles créatures en luy :
et luy aussi naist en nous, afin que nous vivions çn luy. Pour autant donc que la
… Car, IV, vraye image de Christ estoit desfigurée parles superstitions que lesfaux-apostres avoyent introduites, sainct Paul travaille à la remettre en bonne forme, afin qw’elle reluise purement et sans aucuns empeschemens. C’est ce que font aussi les Ministres de l'Evangile, quand ils donnent du faict, quand ils donnent à manger de la viande ferme : brief, ils se doyvent employer en cela tout le temps que durera le cours de leur prédication. Mais S. Paul se compare yci à une femme qui est en travail d'enfant : pource que les Galatiens n’estoyent pas encore parfaitement naïis.
Et c’est-ci. un beau passage touchant lefficace du ministère. Il est vray que c’est une chose propre à Dieu, d’engendrer et enfanter spirituellement. Mais pour autant qu'il use d’instrumens à ce faire :
asçavoir du Ministre et de la prédication, il leur attribue ce qui luy est propre, pource qu’il conjoint la vertu du S. Esprit avec le labeur de l’homme. Retenons tousjours ceste distinction, que quand le Ministre est opposé à Dieu, il n’est rien, et ne peut rien : mais c’est un orgahe inutile. Au reste, pouree que le sainct Esprit besongne avec efficace par le Ministre, la louange de faire est aussi transférée au Ministre. Touteslois lors il n’est pas question de ce qu’il peut par soy, ou hors Dieu : mais de ce que Dieu fait
par luy. Parquoy, si les Ministres veu. !
lent estre quelque chose, qu’ils taschent à former Christ, et non pas eux-mesmes.
Yei sainct Paul demeure à la moitié de son propos, comme estant à demi mort de tristesse,
20 Je voudroye maintenant estre avec vous, elc. C’est bien une complainte fort amère, quand le père se plaind d’estre réduit en telle perplexité pour loffense de ses enfans, que conseil luy défaut, et qu'il ne sçait de quel costé se tourner. Or il désire trouver lopportunité de parler à eux, pource que nous délibérons mieux en présence de ce qu’il convient faire. Car nous accommodons nos propos selon que celuy à qui nous parlons, est touché, ou selon qu’il se rend traittable, ou qu’il résiste obstinéement.
Combien qu’il a voulu exprimer quelque peu plus, quand il a dit qu’il voudroït
changer sa voix : asçayoir qu’il seroit volontiers prest de tenir diverses contenances, et de prendre une nouvelle façon de parler, pourveu qu’il y eust cause et raison apparente de ce faire. Ce que les Pasteurs doyvent diligemment observer, afin qu'ils ne soyent point addonnez à eux-mêmes, ou sujets à leurs complexions,
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS. 721
mais qu’ils se transforment selon la capacité du peuple, et autant que la raison le requerra. Seulement qu’ils regardent de ne faire chose contre l'honneur de Dieu et leur conscience, à ce qu’ils ne se destournent point du droit chemin pour complaire aux hommes.
21 Diles-moy, vous qui voulez estre sous la Loy, n'oyez-vous point la Loy? 22 Car il est escrit, qu'Abraham a eu deux fils : un de la servante, et un de
la franche,
23 Mais celuy qui estoit de la servante, estoit nay selon la chair? : et celuy qui estoit de la franche, par promesse? :
24 Lesquelles choses sont dites par allégorie : car ce sont les deux alliances?, L'une di-je, du mont de Sina, engendrant à servitude, qui est Agar :
25 (Car Agar est la montagne de Sina en Arabie : et est correspondante! à
Jérusalem de maintenant, el sert avec
ses enfans.) !
26 Mais Jérusalem qui est d'enhaut, est franche, laquelle est mère de
nous tous.
4) Gen., XVI,15. 2) Gen., XXI,1, 3) Ou, testamens, 5) Ou, la haute Jérusalem est franche.
21 Dites-moy. Après avoir entremesié quelques exhortations pour esmouvoir les cœurs, il adjouste un beau discours pour donner lustre à la doctrine précédente. Vray est que la probation ne seroit pas assez suflisante de soy : mais après qu'il a assez combatu parargumens, ceste confirmation qu'il adjouste, n’est point à mespriser. Æstre sous la Loy, signifie en ce lieu porter le joug de la Loy, à la condition, que Dieu face avec toy selon le traitté et accord contenu en la Loy, et que de ton costé tu t’obliges à Ja garder. Car autrement tous fidèles sont sous la Loy : mais yci il traitte de la Loy avec ses dépendances, comme il a esté dit.
22 Il est escrit qu Abraham, etc. I n’y à personne, tant hors du sens soit-il, que si on luy laissoit le chois, n’aimast trop mieux liberté que servitude. Or S.
Paul enseigne yci, que tous ceux qui sont sous la Loy, sont serfs. Ainsi ceuxlà sont bien misérables, qui de leur pro- - pre gré appètent ceste condition, veu que Dieu les en veut délivrer. Il propose une image de ceci és deux fils d'Abraham :
l'un desquels estant nay de la servante, a retenu la condition servile de sa mère :
4) Ou, Sina est une montagne en Arabie, correspondante, ele
l’autre estant france, nay de la franche, a jouy de l'héritage. Puis après il applique toute l’histoire à son propos, et l’esclarcit et déduit de bonne grâce. Premièrement, pource que Sa partie adverse s’armoit de l’authorité de la Loy, il allèguela Loy à l’opposite. On sçait bien que c’est l'usage commun que par le nom de Loy, sont signifiez les cinq livres de Moyse.
En après, pource que lhistoire qu’il allè--
gue, sembloit n’appartenir de rien à la présente matière, il la transfère à une exposition allégorique. Au reste, pource qu’il dit que ceci est dit par allégorie, Origène a pris de cela occasion, et avec luy plusieurs autres, de corrompre l’Escriture en diverses sortes, et la tirer loin de son vray et naturel sens. Car ils faisoyent leur conte, que le sens litéral estoit trop bas et contemptible : ainsi donc qu'il faloit bien qu’il y eust de plus hauts secrets cachez sous l’escorce de la letre, lesquels on n’eust peu tirer, sinon en forgeant les allégories. Et ceci a facilement eu lieu. Car le monde a tousjours préféré et préférera à la doctrine ferme et solide les spéculations, qui ont quelque apparence de subtilité. Après que cela a esté une fois receu et approuvé, Ç’a esté
à qui en forgeroit des plus aiguës : en
sorte que non-Seulement il a esté permis
de se jouer de l’Escriture sans en estre repris, mais aussi il a esté attribué à grande louange. Et certes il y a desjà fort longtemps que nul n’a esté estimé de bon esprit, sinon qu’il sceust et osast transfigurer subtilement la parole de Dieu inviolable. Il ne faut point douter que ce n’ait esté une invention de Satan, pour amoindrir l’authorité de lEscriture, et pour oster le proufit qui pouvoit revenir de la lecture d’icelle. Et le Seigneur Dieu s’est vengé de ceste profanation par son juste jugement, quand il a permis que la pure intelligence ait esté ensevelie par gloses fausses et corrompues. L’Escriture, disent-ils, est fertile : et pour ceste cause elle engendre plusieurs sens et de diverses sortes. Quant à moy, je confesse bien que l’Escriture est une fontaine de toute sapience, très abondante, et qui ne se peut espuiser : mais je nie que la richesse et abondance ’icelle consiste en diversité de sens, lesquels il soit licite à un chacun de forger à sa poste. Sçachons donc que le vray et naturel sens de l’Escriture C’est celuy qui est simple et nayf. Recevons donc iceluy et nous y tenons fermes. Quant aux expositions controuvées, lesquelles nous destournent du sens litéral, non-seulement laissons-les colimme douteuses, mais aussi les rejettons hardiment comme corruptions pernicieuses. Mais que respondrons nous à ce mot dont use yci sainct Paul? Certes il n’entend pas que Moyse ait escrit à l'intention que son histoire fust convertie en allégorie : mais il admonéste comment l’histoire convient à la matière présente , asçavoir si nous considérons que Pimage de l'Eglise nous est là pourtraite en figure. Cependant ce n’est point chose contrevenante au vray et naturel sens de la letre, qu’une telle déduction ou discours, quand on tire une similitude de la famille d'Abraham pour là rapporter à l’Eglise. Car comme la maison d'Abraham estoit pour lors la vraye Eglise, aussi il ne faut nullement aouter que les principales choses et plus
1) C’est quand on tire un mot de sa propre c{ première signification pour s’en servir à son propos impropr ement et
c omme par abus.
Cuap, IV,
mémorables qui sont advenues en icelle, ne nous soyent autant de figures. Parquoy, comme il y a eu allégorie en la Circoncision, és sacrifices, et en toute la sacrificature Lévitique, comme aussi aujourd’huy il y a en nos Sacremens : aussi
di-je qu’il y à eu allégorie en la maison.
d'Abraham, Mais ce n’est pas à dire pourtant que nous devions pour cela sortir hors du sens litéral, et le laisser là. En somme, c’est autant Comme Si Sainct Paul disoit que la figure des deux Testamens, ou alliances, nous est peinte comme en un tableau és deux femmes d'Abraham : et celles des deux peuples, en ses deux fils.
Et certes Chrysositôme confesse qu’en ce mot, AUégorie, il y a une Catachrèse! 2 ce qui est très véritable,
23 Celuy quiestoil dela servante, etc.
Tous deux estoyent nés d'Abraham selon la chair : mais il y avoit une raison spéciale en Isaac, pource qu’il avoit la promesse de grâce. En Ismaël donc il n’y avoit rien que la nature : et l'élection de Dieu estoit en Isaac. Ce qui fut aussi figuré en la conception mesme. Car il fuf miraculeusement engendré, et non point à la façon ordinaire. Toutesfois l’Apostre en parlant ainsi, touche obliquement la vocation des Gentils et la rejection des Juifs: par ce que les Juifs se gloritient de la race naturelle, et les Gentils par foy sans aucun moyen humain sont faits enfans spirituels d'Abraham.
2% Car ce sont les deux alliances. Je Pay mieux aimé translater ainsi, de peur que la similitude ne perdist sa grâce. Car S. Paul compare deux: alliances à deux mères : et cela ne convient pas bien, que Testament soit appelé mère. Le mot d’ Alliance donc est plus propre. Et cértes je n’ay point tant regardé à estre élégant, qu’à estre clair et facile. Or il propose maintenant la matière : asçavoir que comme il y a deux mères en la maison d'Abraham, aussi y a-il en l'Eglise de Dieu. Car la doctrine est nostre mère, par laquelle Dieu nous engendre. Et icelle est double : il y à la doctrine de la Lo, et la doctrine de l'Evangile. Celle dela Loy engendre en servitude: elle est done
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