‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 84 sur 99 · T % À ES · texte numérisé non relu

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Cuar. IV.

semblable à Agar. Mais Sara représente la seconde, qui engendre enliberté. Combien que S. Paul commence plus haut, faisant que Sina soit la première mère, et Jérusalem la seconde. Parquoy, si quelqu'un veut esplucher plus subtilement chacun poinct : la Loy sera comme une semence, par laquelle enfans sont engendrez à Sina : et l'Evangile une autre semence, par laquelle enfans sont engendrez à Jérusalem. Mais ceci ne fait rien à la somme de l'argument : c’est assez si nous entendons que les deux alliances sont comme deux mères, desquelles sont nais enfans dissemblables, d'autant que l'alliance de la Loy les fait serfs, et celle de l'Evangile francs. Mais tout ceci pourroit sembler absurde de prime face, pource que nul ne naist enfant à Dieu, sinon en liberté : parquoy la similitude ne convient pas. Je respon, que ce que dit S. Paul est vray en deux sortes. Car la Loy a jadis engendré ses disciples en servitude : les saints Prophètes, di-je, et tous les autres fidèles : non pas afin qu'ils demeurassent en servitude, mais pource que Dieu les tenoit sous pédagogie pour un temps, c’est-à-dire les conduisoit comme pêtis enfans. Car leur liberté estoit cachée sous la couverture des cérémonies, et de toute la police, par laquelle ils estoyent pour lors gouvernez :

ét n'appercevoit-on rien en l'apparence extérieure, que Servitude. Voylà pourquoy S. Paul dit le semblable au chapitre VII des Rom., v. 45, Vous n’avez point receu derechef l'esprit de servitude en crainte. Parquoy, ces bons Pères anciens, combien qu’ils fussent francs intérieurement devant Dieu, toutesfois selon l'apparence extérieure ne différoyent en rien des serfs : et ainsi se sentoyent de la condition de leur mère. Mais la doctrine de l'Evangile non-seulement confère plene liberté à ses enfans en l’enfantemént, mais aussi les nourrit en ceste condition franche. Je confesse toutesfois que sainct Paul ne parle point yei de tels enfans, comme on pourra veoir par la déduction du texte. Car il exposera qu'il a entendu par les enfans de Sina, les hypocrites, qui sont finalement exterminez de PEglise de Dieu, et chassez de l’hé-

SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS

ritage. Quelle est donc ceste génération en servitude, de laquelle il dispute maintenant? C’est de ceux qui faussement abusent de la Loy, en sorte qu'ils ne conçoyvent rien d’icelle que servitude.

I n'en estoit pas ainsi des saincts Pères, qui ont vescu sous le vieil Testament.

Car la génération servile de la Loy n’empeschoit pas qu’ils n'eussent Jérusalem pour leur mère en esprit. Mais ceux qui s'arrestent en la Loy nue, et ne recognoissent point que c’est une pédagogie, par laquelle ils soyent conduits à Christ:

ains plustost se font d’icelle un empeschement, afin qu’ils ne parvienent jusques à Christ: ceux-là sont Ismaélites, nais à servitude. Toutesfois quelqu'un pourroit répliquer encore à l’encontre de ceci, Pourquoy est-ce que sainct Paul dit, que tels naissent Ge l’alliance de Dieu, et les répute enfans de lEglise? Je respon, qu’ils sont une semence bastarde d’une semence corrompue, et qu'ils ne sont point proprement engendrez de Dieu, mais qu'ils sont forlignans et comme bastards : et ce qu’ils appellent Dieu leur Père, c’est à fausses enseignes: car il les rejette. Îtem, que par ce mesme titre, ils sont réputez estre de lEglise: non pas qu’ils soyent vrais membres d’icelle, mais pource qu’ils y usurpent lieu pour quelque temps, et estans masquez et desguisez, ils déçoyvent les autres. Car PA- .

postre considère yci l'Eglise en telle sorte qu’on la voit en ce monde : de quoyil nous faudra parler tantost après.

25 Car Agar est la montagne de Sina. Je ne m’arreste point à réfuter les expositions des autres. Car la conjecture de sainct Hiérôme est vaine et légère: Asçavoir que la montagne de Sina a eu deux noms. Et linvention de Chrysostôme n’est pas moins puérile, lequel philosophe sur la convenance des mots. Car Agar est appelée Sina, pource qu’elle en est une image ou figure, comme il est dit que la Pasque estoit Christ, 4 Cor., V, 7. Or il exprime la situation aussi de ceste montagne, par mespris, £n Arabie, dit-il, c’est-à dire hors les limites de la Terre saincte, qui est un signe et tesmoignage de l'héritage éternei. C’est merveille qu’en une si familière application

on ait failli si lourdement. Et est correspondante, etc. En lieu que j’ay tourné Correspondante, le translateur Latin ancien avoit mis, Conjointe: et Erasme, Voisine: mais j’ay voulu éviter l’obscurité en le tournant ainsi. Car il est certain que sainct Paul n’a point voulu yei parler de la prochaineté des lieux ne de la situation : mais de Ja similitude en la figure qu'il traitte. Car le mot Grec que l’Apostre prend yci, se met volontiers quand on parle des choses qui sont tellement arrangées, qu’elles se regardent l’une l’autre. Comme quand on parle des allées où il y a des arbres plantez à la ligne, et par égale distance. Mais pourquoy compare-il la Jérusalem présente avec la montagne de Sina? Combien que j’ay esté autresfois de contraire opinion, toutesfois je m’accorde avec Chrysostôme et sainct * Ambroise, qui l’exposent de la Jérusalem terrestre: et mesme ainsi que pour lors elle s’estoit abbastardie après une doctrine et adoration servile. Pourtant il dit, A la Jérusalem de maintenant. Car elle devoit estre la vive image de la Jérusalem céleste, et tenir de sa condition:

mais telle qu’elle est aujourd’huy, dit-il, elle se rapporte à la montagne de Sina.

Combien qu'il y ait longue distance entre deux, toutesfois, si est-ce qu’elles sont du tout semblables, et ont entr’elles une parfaite correspondance. C’est une terrible reproche contre les Juifs, qu’ils estoyent décheus de la grâce de Dieu, et avoyent pour mère non point Sara, ains une Jérusalem bastarde, et ayant Agar pour sœur gemelle: et qu’ainsi ils estoyent serfs, nais de la servante, quoy qu’iis se vantassent orgueilleusement estre enfans d'Abraham.

260 Mais Jérusalem qui est d'enhaut, etc. 1] l'appelle Céleste, non pas

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qu’elle soit enclose au ciel, et qu’on la doyve chercher hors du monde. Car PEglise est espandue, et Comme érrante par tout le monde. Pourquoy donc est-elle appelée céleste? Pource qu’elle ha son origine de Ja grâce céleste: car les enfans deDieu ne naissent pas de Ja chair et du sang, mais de la vertu du S. Esprit, Jeban, I, 43. Parquoy, la Jérusalem céleste qui ha son commencement du ciel, et par foy habite en haut, c’est celle qui est la mère des fidèles. Car elle ha en garde la semence de vie incorruptible, de laquelle elle nous forme, elle nous coëtive dedans son ventre, et puis nous enfante. Elle ha aussi du laïet et de la viande ferme, de laquelle elle nous nourrit continuellement, après qu’elle nous a engendrez. Voylà pourquoy l'Eglise est appelée la mère des fidèles. Et à la vérité, quiconque refuse d’estre enfant de l'Eglise, c’est en vain qu’il désire, avoir Dieu pour Père. Car ce n'est sinon par le ministère de l'Eglise que Dieu engendre des enfans, et les nourrit, jusques à tant qu’ils croissent et parvienent cn aage d'homme. C’est un beau titre qui est donné à l'Eglise, et fort honcrable. Mais les Panites sont bien sots, et doublement enfans, de prétendre ce titre pour nous grever. Car estant ainsi qu’ils ayent une mère adultère, laquelle engendre des énfans au diable à mort éternelle, quelle folie est-ce de demander que les enfans de Dieu s’assujetissent à elle, afin qu’elle les meurtrisse cruellement ? O que la synagogue de Jérusalem avoit bien pour lors plus belle couleur de s’eslever et enorgueillir, que n’ha point aujourd’huy l'Eglise Romaine! Et toutesfois nous voyons comment l’Apostre la despouillant de tout ornement, la renvoye à la condition d’Agar.

27 Car il est escrit, Resjouy-toy stérile, qui n'enfantes point : efforce-toyet crie, toy qui ne travuilles point : car il y a beaucoup plus d'enfans de la dé-

laissée, que de celle qui ha mari*.

28 Or quant à nous, mes frères, nous sommes enfans de promesse? ainsi

qu'Isaac.

29 Mais comme lors celuy qui avoit esté nay selon la chair, persécutoit pan] gui estoit nay selon l'Esprit, pareillement aussi maintenant.

1) Æs., LIV,1, 2) Rom., IX, 8,

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