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Cuar. IV.
SUR L’'ÉPISTRE AUX GALATIENS
30 Mais que dit l'Escriture? Jette hors la servante et son fils : car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la franche. 31 Parquoy frères?, nous ne sommes point enfans de la servante, mais de la
franche.
1) Gen., XXI, 10. 2) Ou, Or frères,
27 Car il est escrit, Resjouy-toy stérile, qui n'enfantes point, etc. 1 prouve par le tesmoignage d'Isaïe, qu’en l'Eglise naissent enfans légitimes, selon la promesse. Le passage est au ch. LIV, v.1, où le Prophète traitte du règne de Christ, et de la vocation des Gentils. Or il promet grande lignée à celle qui est et stérile et vefve. Car c'est la cause de la joye et liesse, à laquelle il exhorte P'Eglise. Or il faut noter que l'intention de sainct Paul tend là, qu'il veut oster aux Juifs ceste Jérusalem spirituelle, de laquelle parle Isaïe : et ce, attendu que le Prophète dénonce qu’enfans luy seront assemblez de toutes parts et de toutes nations: et non point par aucune préparation qui viene d’elle, ains par la bénédiction gratuite de Dieu. Parquoy, il conclud incontinent après, que nous sommes faits enfans de Dieu par la promesse, à l'exemple d’Isaac, et n’obtenons cest honneur par autre moyen. Ceste conclusion semble estre foible aux ignorans, et à Ceux qui ne sont guères bien exercez en l’Escriture, pource qu’ils n’en entendent pas le principe, lequel toutesfois est trèscertain: asçavoir que toutes les promesses fondées sur le Messias, sont gratuites. Mais lApostre, pource qu’il prévoit cela pour une maxime toute arrestée, à ceste cause il a opposé hardiment la promesse à la Loy.
29 Mais comme lors celuy qui avoit esté nay selon la chair, etc. I repousse yci l’arrogance des faux-apostres, qui se mocquoyent orgueilleusement des fidèles, qui remettent tout en Christ. Car une telle fierté de ces galans troubloit les fifièles, et pourtant ils avoyent besoin de consolation, ainsi qu’il estoit bon aussi que les autres fussent asprement rédarguez. Il remonstre donc, que ce n’est point de merveilles si les enfans de la Loy font aujourd’huy ce qu'Ismaël leur père a fait du commencement, lequel se confiant présomptueusement en sa primo-
géniture, à persécuté Isaac le vray hérilier: et que de la mesme arrogance ses successeurs font aujourd’huy le semblable, sous couleur des cérémonies externes, de la Circoncision, et de tout l’appareil de la Loy, s’eslevans contre les enfans légitimes de Dieu, et les molestans.
Derechef, il oppose lEsprit à la chair, c’est-à-dire la vocation de Dieu à lPapparence humaine. Par ce moyen il ottroye la masque aux observateurs de la Loy et des œuvres: mais il attribue la vérité à ceux qui s’appuyent sur la seule vocation de Dieu, et qui dépendent de sa grâce. Persécutoit celuy qui estoit nay selon l'Esprit. Mais quoy? Il n'est là fait aucune mention de persécution. Moyse ne dit autre chose d’Ismaël, sinon qw’il s'est mocqué de son frère Isaac. Car ce qu’aucuns des Juifs exposent, que ce n’estoit qu’une simple risée, n’est point convenable. Car quelle cruauté eust-ce esté de punir si griefvement une risée qui ne porte point de dommage ? I ne faut done point douter qu'Ismaël n’outrageast de paroles Isaac son frère, qui estoit encore petit enfant. Mais quelqu'un dira, qu'il ÿ :
a grande différence entre cela et persécution. Toutesfois, ce n’est point en vain ni à la volée, que sainct Paul amplifie ceci. Car il n’y à persécution qui nous deust estre si fascheuse, que quand nous voyons que les meschans taschent par leurs mocqueries de renverser nostre vocation. Les souflets, les espines, les fouets, les cloux, n’ont point donné tant de tourmens au Seigneur Jésus, que ce blasphème, Il se fie en Dieu, Matthieu, XXVIL, 43. Mais de quoy luy proufite-il, veu que toute aide luy défaut? Carilya plus de venin caché en cela, qu’en toutes les persécutions. Car n'est-ce pas beaucoup pis d’annuller la grâce de l'adoption de Dieu, que si on nous ostoit ceste vie caduque ? Ismaël donc n’a point persécuté son frère de glaive: mais qui est bien pis, il s’est eslevé à l’encontre de luy or-
- deust
726 | gueilleusement, en foullant la promesse de Dieu aux pieds. Et certes on trouvera que ceci est la source de toutes persécutions, que les meschans et contempteurs de Dieu mesprisent et hayssent sa grâce en ses éleus. De quoy nous avons un bel exemple en l’histoire de Caïn et Abel.
Nous sommes aussi admonestez que nous he devons pas avoir en horreur les persécutions externes seulement, quand les ennemis de vérité nous persécutent à feu et à sang, quand ils nous emprisonnent, fouettent, et géhennent: mais aussi quand par leurs blasphèmes ils s’efforcent d’esbranler nostre fiance, qui repose sur les promesses de Dieu, quand is se mocquent de nostre salut, et qu'ils se rient de tout l'Evangile à leur plaisir et avec outrecuidance. Car il n’y a rien qui si griefvement percer nos CŒUrS, que le mespris de Dieu, et les mocqueries faites à Pencontre de sa grâce: et n’y a sorte de persécution plus mortelle, que quand on assaut le salut de l’âme. Les glaives des meschans ne parvienent point jusques à nous, qui sommes délivrez de ja tyrannie du Pape. Mais combien sommes-nous stupides, si nous ne sommes esmeus de ceste persécution spirituelle, quand ils taschent en toutes les sortes qu’ils peuvent, d’esteindre ceste doctrine, de laqueile nous tirons et tenons la vie, quand par leurs blasphèmes ils assaillent nostre foy? et mesme quand ils esbranlent la foy de plusieurs infirmes?
Quant à moy, en vérité, la rage des Epicuriens m'apporte plus de tristesse que celle des Papistes. Il est vray qu’ils n’usent point de force, ne de main armée :
mais d'autant que le nom de Dieu m'est plus précieux que ma propre vie, il ne se peut faire que je n’en soye aussi plus griefvement torménté, quand je voy qu’on fait une conspiration diabolique pour esteindre toute crainte et service de Dieu, pour abolir la mémoire de Christ, ou pour la prostituer aux dérisions des meschans, que si tout un pays estoit totalement mis en feu.
30 Mais que dit l'Escriture? Jeite hors la servante, etc. Cestoit desjà quelque consolation qu’il avoit proposé l'exemple de nostre Père Isaac : mais
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ceste-ci ha quelque plus grande.efficace, quand il adjouste, que les hypocrites ne proufiteront rien par leur vanterie.et orgueil, sinon qu’ils seront chassez hors.de la famille spirituelle d'Abraham : et néantmoins l'héritage nous demeurera sauf et entier, quoy qu’ils nous assaillent etmolestent arrogamment pour quelque temps.
Que donc les fidèles s’appuyent sur ceste consolation, que la tyrannie des Ismaélites ne durera point tousjours. H semble bien avis qu'ils ont occupé la primauté :
e& pour ceste cause, enflez de leur primogéniture, ils nous mesprisent comme avortons : mais finalement ils seront déclarez Agariens, nais de de la servante, et indignes de l'héritage. Voyci un trèsbeau passage : afin que ne soyons troublez de l’orgueil des hypocrites, ou leur portions envie de leur condition, quand pour un temps ils ont demeurance en l'Eglise avec quelque dignité -et :apparence : mais attendions patiemment Pissue qui ne leur peut faillir. Car il y a beaucoup de bastars ou estrangers, qui usurpent place en l'Eglise : mais ils n’y ont pas leur demeure durable à jamais :
tout ainsi qu'ismaël avec toute sa:postérité a 'esté mis dehors, comme s’il eust.
esté estranger, lequel toutesfois .esiant
cnflé de son aisnesse, régnoit au, COM-
mencement. Un'tas de mocqueurs,.se rient yci de la simplicité de sainet Paul, disans qu’il compare à un jugement de Dieu, la cholère d’une femme, procédée d’une riote de néant. Mais ils n’avisent pas que l’arrest de Dieu entrevient, par lequel il fut manifesté que tout cela es-
toit gouverné par la providence céleste.
Car ce que commandement est..fait à Abraham d’obéir à sa femme, certes c’est une chose extraordinaire, dont nous recueillons, que Dieu s’est servi de.Sara pour confermer et establir sa promesse.
Brief, ce qu'Ismaël fust mis dehors, n’a
esté autre chose que l’exéculion et effet.
de cest oracle, En Isaac te sera appelée semence, et non pas en Ismaël. Combien
donc que ceci ait esté une vengence d’une riote de femme, toutesfois cela n’empes- | che point que Dieu n’ait par la bouche d’icelle publié son jugement en figuré, à
son Eglise,
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31 Parquoy frères, nous ne sommes point enfans de la servante, mais de la franche. Maintenant il exhorte les Galatiens qu'ils aiment mieux estre enians de Sara, que d’Agar. Mesme, afin qu’ils persistent en leur condition, il dit qu’ils sont desjà engendrez en liberté par la grâce de Christ. Or aujourd’huy si nous
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
appelons les Papistes Agariens et Ismaëlites, et que nous-nous vantions d’estre enfans légitimes, ils se mocqueront, de nous : mais si on fait comparaison de la cause ainsi qu'elle est d’un costé à l’autre, il n’y aura personne tant ignorant soit-il, qui n’en puisse juger promptement qu’il est ainsi que nous disons.