CHAPITRE V
A J'enez-vous done fermes en la liberté en laquelle Chrisi nous a affranchis : et ne soyez point derechef retenus du joug de servitude. à Foyci, moy Paul vous di, que si vous estes circoncis, Christ ne vous prou-
fitera de rien.
3 Æt derechef je proteste à tout homime, qui se circoncit, qu'il est obligé de
garder toute la Loy.
4 Fous tous qui vouiez estre justifiez par la Loy, vous-vous anéantissez de
Christ, et estes décheus de la grâce.
5: Car nous attendons l'espérance de justice par foy en Esprit. 6 Car ne Circoncision ni Prépuce ne vaut aucune chose en Jésus-Christ :
ains la Joy cuvrante par charité.
A Tenez-vous donc fermes en la liberté, etc. Après avoir dit qu’ils sont enfans de la franche, maintenant il démonstre combien grand est le pris de ceste liberté, afin qu’ils ne la mesprisent point, comme chose de petite importance. Et certes c’est un bien inestimable : pour lequel il nous faut batailler jusques à la mort. Car, il n’est pas yei seulement question du monde et des commoditez de ceste vie, mais aussi des choses sainctes et qui concernent le service de Dieu. Plusieurs aujourd’huy ne considérans point ces choses, disent que nous sommes outrageux , quand ils nous voyent maintenir si asprement la liberté de la foy contre la tyrannie du Pape és choses externes. Aussi nos adversaires taschent de nous rendre odieux envers les ignorans à ceste occasion, comme si nous ne cherchions autre chose qu’une licence desbordée pour renoncer à tout ordre et discipline. Mais ceux qui sont bien prudens et exercitez, cognoissent bien que ceci est l’un des principaux poincts en la doctrine de salut. Car il n’est point yei question si nous rnangeons d’une viande où d'autre, si nous célébrons un certain jour, ou si nous ne
le célébrons pas (comme plusieurs le pensent follement, et aucuns nous en calomnient) mais que c’est qui nous est licite devant Dieu, que c’est qui est nécessaire à salut, et que nous ne devons aucunement omettre. Brief la dispute est touchant l’estat de la conscience, quand on vient se présenter devant le siége judicial de Dieu. Au reste, par la liberté:
sainct Paul entend yci, Estre délivré des cérémonies de la Loy : desquelles les faux-apostres requéroyent expresséement l'observation, comme si elle eust esté nécessaire. Mais il faut que les lecteurs soyent aussi advertis, qu’une telle liberté est seulement une partie de celle que Christ nous a acquise. Car combien seroit-ce peu de chose, si seulement il nous avoit délivrez des cérémonies ? Ce ruisseau donc vient d'une plus haute source :
asçavoir pource qu’il a esté fait malédiction, afin qu’il nous délivrast de la malédiction de la Lay : ci-dessus chap. IT, v. 43 : pource qu'il a anéanti la vertu de la Loy, entant qu’elle nous tenoit sujets au jugement de Dieu sous la condamnation de mort éternelle : brief pource qu’il nous à affranchis de la tyrannie de péché, de Satan, et de la mort. Ainsi
sous une espèce est comprinse toute Ja généralité : mais nous parlerons de ceci plus amplement en lPEpistre aux Colossiens. Or Christ nous a acquis liberté en la eroix : mais il nous confère le fruit et la jouyssance par PEvangile. C’est donc bien avisé à sainet Paul, qui admoneste les Galatiens, qu'ils ne s’enchevestrent plus du joug de servitude, c’est-à-dire qu'ils ne permettent plus que leurs consciences soyent jettées dedans les laqs.
Car si les hommes mettent une charge trop pesante sur nos espaules, nous Île pourrons aucunement endurer : mais s’ils veulent mettre nos consciences en servitude , nous Jeur devons résister constamment, voire jusques à la mort.
Car s’il estoit licite aux hommes de lier nos consciences, nous serions privez d’un bénéfice inestimable : et avec ce on feroit grande injure à Christ, qui est autheur de nostre liberté. Mais que veut dire ce mot, Derechef : car les Galatiens n’avoyent jamais vescu sous la Loy. Il se prend simplement pour, Comme s'ils n’eussent point esté rachetez par la grâce de Christ. Car combien que la Loy eust esté donnée aux Juifs, et non pas aux Gentils, toutesfois ne les uns ne les autres ne peuvent estre en liberté hors Christ, ains sont vrayement serfs.
2 Voyci, moy Paul vous di, que si vous estes circoncis, etc. Il ne leur pouvoit pas faire menace plus griefve que de les forclorre du tout de la grâce de Christ. Mais qu’est-6e à dire, Que Christ ne proufitera de rien à tous les circoncis ? N’a-il de rien proufité à Abraham ?
Mais plustost il a receu la Circoncision afin que Christ luy proufitast. Si nous disons que la chose à eu lieu devant la venue de Christ : que respondrons-nous de Timothée ? II faut noter que le sainct Apostre ne parle pas yci seulement de ce qui se couppe extérieurement, ou de la cérémonie : mais plustost il dispute contre la meschante doctrine des fauxapostres, qui imaginoyent que ceste cérémonie estoit un service de Dieu nécessaire, et quant et quant fondoyent en cela quelque fiance, comme d'une œuvre méritoire. Telles inventions diaboliques rendoyent Christ inutile, Non pas que
Car. V.
les faux-apostres niassent Christ, ou qu'ils désirassent qu’il fust du tout osté :
mais ils partissoyent tellement entre sa grâce et les œuvres de la Loy, qu’il n’estoit plus autheur de salut, qu’à demi. Or sainct Paul résiste fort et ferme à l’encontre de cela, disant qu’une telle division ne se peut faire : et qu’il ne nous proufitera de rien, si nous ne le recevons et embrassons tout entier. Et les Papistes en font-ils aujourd’huy autrement, sinon qu’en lieu de la Circoncision ils mettent en avant un tas de badinages et fatras qu’ils ont controuvez? Quoy qu’il en soit, toute leur doctrine tend à cela, que la grâce de Christ soit meslée avec les mérites des œuvres : Ce qui est impossible. Car quiconque veut avoir Christ à demi, ille perd tout. Et toutesfois les Papistes pensent estre bien subtils, quand ils allèguent qu'ils m’attribuent rien aux œuvres, sinon moyennant la grâce de Christ : voire, comme si l’erreur des Galatiens eust esté autre. Car ils ne pensoyent point s’estre révoltez de Christ, ni avoir renoncé à sa grâce : et toutesfois Jésus-Christ ne leur servoit de rien qui soit, veu que la doctrine de l'Evangile estoit corrompue en cest article principal. Ceste manière de parler, P'oyci moy Paul, est de grand poids :
car il s'oppose apertement et expressément mettant en avant son nom, afin qu’il ne semble qu’il ait une cause douteuse. Et combien que son authorité avoit commencé desjà à diminuer envers les Galatiens, il afferme néantmoins qu’elle est suffisante pour réfuter tous adversaires. ,
3 ÆEt derechef je proteste à tout homme. C’est. une probation de la sentence précédente, prinse de la nature des choses répugnantes. Car celuy qui est obligé à faire toute la Loy, n’évitera jamais la mort : d'autant qu’il demeurera tousjours sous condamnation. Car il ne s’en trouvera jamais un seul, qui satisface entièrement à la Loy. Telle obligation done est une condamnation de l’homme certaine et infalible : ainsi advient que Christ ne luy proufite de rien.
Nousvoyons donc comme ces deux cho-. :
ses sont répugnantes : aSÇçavoir que nous.
Cnar. V.
soyons participans de la grâce de Christ, et qu’on nous astraigne encore à accomplir toute la Loy. Mais (dira quelqu'un) il s’ensuyvroit par cela, qu’il n’y auroit nul des Pères qui fust sauvé : il s’ensuyvra mesmes que S. Paul a perdu Timothée, l'ayant circoncis. Car malheur sur nous, jusques à tant que soyons affranchis et mis hors de la servitude de la Loy. Or là où la Circoncision est, là il y a de Ja sujétion. Il faut noter pour response à ceci, que S. Paul a accoustumé de parler de la Circoncision en deux sortes : ce que facilement pourra apparcevoir tout homme qui sera, voire moyennement, exercé en la lecture du S. Apostre. Car au chapitre IV, v. 14, des Romains, il l’appelle le seau de la justice de la foy. Par ce moyen il enclost Christ et la promesse gratuite de salut sous la Circoncision. Mais yci il l'oppose à Christ, à l'Evangile, à la foy, et grâce : et sorte que ce soit simplement un contract de la Loy, fondé sur les mérites des œuvres. De cela on voit clairement ce que Jay dit :
asçavoir qu’il ne parle pas tousjours de la Circoncision en une mesme sorte. Mais il faut veoir quelle raison il y a de ceste diversité. Je di donc que quand $. Paul considère la Circoncision en sa nature, à bon droict il la fait le seau de grâce :
car telle a esté l’ordonnance de Dieu.
Mais quand il ha affaire aux faux-apostres, qui abusoyent de la Circoncision pour destruire l'Evangile, alors il ne regarde point à quel propos elle a esté instituée de Dieu : mais il débat contre la corruption que les hommes avoyent introduite. Nous en avons un exemple bien clair en ce passage. Quand la promesse fut faite à Abraham de Christ, de la justice gratuite, et du salut éternel, la Circoncision y fut quant et quant adjoustée en confirmation d’icelle. Ce a esté donc quant à l’ordonnance de Dieu un Sacrement qui servoit à la foy. Mais voyci venir les faux-apostres qui donnent à entendre que c’est une œuvre méritoire :
et recommandent tellement l'observation de Ja Loy, qu'ils faisoyent la Circoncision protestation de telle obligation.
Ainsi l'Apostre ne touche point yei l’institution de Dieu : mais combat contre
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
Pimagination des faux-apostres. Quel-
qu’un répliquera, Que quelque soit abus
des meschans, ce n’est pas toutesfois à
dire que cela oste la vertu des sainctes
ordonnances de Dieu. Je respon, que la
Circoncision n’a point esté ordonnée de
Dieu sinon pour un temps. Parquoy après
la venue de Cbrist ce n’a plus esté un
Sacrement institué de Dieu : pouree que
le Baptesme a succédé en lieu @icelle. A
quel propos donc fut circoncis Timo-
thée? Ce n’a point esté pour s0y, mais
seulement à cause des frères, à l’infirmité desquels sainct Paul s’est accommodé en
cela. Or afin qu’il apparoisse mieux Combien est accordante la doctrine des Papistes avec celle que sainct Paul combat yei : il faut noter que les Sacremens pu-
rement prins, ne sont point proprement œuvres des hommes, mais de Dieu. Car tant au Baptesme, qu’en la saincte Cène,
ce ne sommes-nous pas qui faisons, mais seulement nous-nous présentons à Dieu
pour recevoir sa gràce. Le Baptesme
donc au regard de nous est une œuvre
passive : car nous n’y apportons rien que
la foy, laquelle cherche tout en Christ et
s’y remet entièrement. Mais que disent
les Papistes? Ils imaginent une œuvre
opérée, par laquelle les hommes méritent
la grâce de Dieu. Par ce moyen que font-
ils autre chose, que simplement et pure-
ment esteindre la vérité du Sacrement?
Nous retenons toutefois le Baptesme et
la Cène : d'autant que Christ à voulu Pu-
sage de tous deux estre perpétuel : mais
nous détestons fort et ferme ces mes-
chantes resveries, comme il est raison-
nable aussi.
à Vous-vous anéantissez de Christ, etc. Le sens est tel, Si vous cherchez quelque partie de justice és œuvres de la Loy, Christ ne vous servira. de rien, et vous estes aliénez de la gràce. Car ils n’avoyent point une opinion si lourde, qu'ils pensassent estre justifiez par jà seule observation de la Loy : mais ils mesloyent Christ avec la Loy. Autrement en vain sainct Paul eust usé de ces menaces envers eux Que faites-vous ?
Vous-vous rendez Christ inutile : vous réduisez sa grâce à néant. Nous voyons donc qu’on ne peut constituer la moindre
partie de justice en la Loy, qu’on ne renonce à Christ, et à toute sa grâce.
5 Car nous attendons l'espérance de
justice, etc. C’est une anticipation, par laquelle il prévient une objection qu’on luy pouvoit faire. Car incontinent un chacun eust peu ainsi penser en soy-mesme, La Circoncision donc n’apportera-elle aucune utilité ? Il respond qu’elle ne sert derien en Christ : et que pourtant la justice consiste en La foy : et ceste justice s'obtient en esprit sans cérémonies, Attendre l'espérance de justice, e’est fonder sa fiance ou en ceci ou en cela, ou bien conclure et arrester en soy-mesme d’où on doit espérer justice. Combien qu’il est probable aussi, que par ces mots il a voulu signifier persévérance : comme s’il eust dit, Nous persévérons constamment en la fiance de justice, laquelle nous obtenons par foy. Or quant à ce qu’il dit, que nosire justice consiste en Ja foy :
cela nous est commun avec les Pères anciens. Car ils ont esté tous agréables à Dieu par foy, ainsi que lEscriture en rend tesmoignage. Mais leur foy estoit enveloppée du voile des cérémonies. Et pourtant, il nous discerne d'avec iceux par ce mot Esprit, lequel s'oppose aux ombres externes. Il entend donc que c’est maintenant la foy nue, qui est suffisante pour obtenir justice : et qu’elle n’est plus revestue de l’apparence externe des cérémonies, mais se contente du service spirituel de Dieu.
6 Car ne Circoncision ni Prépuce, ne vaut aucune chose en Jésus-Christ, ete. C'est la raison pourquoy ils attendent maintenant justice en esprit, asçavoir pource que la Circoncision avec toutes ses dépendances est abolie en Christ, c’est-à-dire au règne de Christ, ou en l'Eglise Chrestienne. Car en prenant une partie pour le tout, par ce mot de Circoncision, 1 entend les cérémonies. Par ainsi il démonstre qu’elles n’ont plus de lieu : et cependant toutesfois il n’accorde pas qu’elles ayent esté tousijours inu-
tiles. Car il ne dit pas qu’elles ayent esté abolies, sinon après la révélation de Christ: Aïnsi, nous avons par mesme moyen la solution de la question, Pourquoy en ce passage il parle de la Circon-
Crar. V.
cision tant en mespris, Comme si elle n’eust de rien proufité. Car il n’est point yci fait mention de la Circoncision, entant qu’elle estoit jadis Sacrement :'et n’est point question de quoy c’est qu’elle a servi en ce temps-là auquel elle n’éstoit point encore abolie : mais il afferme que sous le règne de Christ elle a esté faite égale au Prépuce : asçavoir pource que la venue de Christ a mis fin aux cérémonies de la Loy. Mais la foy ouvrante par charilé, etc. I met à l’opposite des :
cérémonies un autre exercice, asçavoir de charité : afin que les Juifs ne se complaisent point par trop, comme s'ils avoyent quelque excellence par-dessus les autres. Car vers la fin de ceste Epistre, chapitre VI, v. 45, en lieu de ces mots, Mais la foy, etc. il dira, Mais la nouvelle créature. C’est donc autant comme s’il eust dit que Dieu ne veut pas que nous soyons aujourd’huy occupez'en des cérémonies : mais que C’est assez que nous-nous exercions en charité: Cependant toutesfois il n’exclud point nos Sacremens, qui sont aides de nostre foy :
mais il conferme en peu de paroles ce qu’il avoit touché du service spirituel de Dieu. Gr il n’y a point de difficulté en ce passage, n’estoit que les Papistes le destournent malicieusement et par calomnies, pour establir la justice des œuvres.
Car quand ils veulent réfuter ce que nous disons, que nous sommes justifiez par la seule foy, ils allèguent contre nous, Que si quand on parle de la foy justifiante, il faut entendre celle qui œuvre par charité, elle ne justifie donc pas seule. Je respon, qu'ils n’entendent pas ce qu’ils gazouillent, et encore moins ce que nous enseignons. Car nous n’enseignons pas que la foy qui justifie soit seule, ains nous affermons qu’elle est tousjours conjointe avec les bonnes œuvres : seulement nous débatons que c’est ellé seule qui sert et suflit à justifier. Ce sont les Papistes eux-mesmes qui deschirent malheureusement la foy par pièces, comme bourreaux : quand maintenant ils imaginent une foy informe, et vuide de toute charité, maintenant ils l’appellent formée.
Quant à nous, nous nions que la vraye foy puisse estre arrachée d'avec l'Esprit
Cuar, V.
de régénération : mais quand il est question de la cause de justification, lors nous mettons hors toutes œuvres. Entant que touche le présent passage, l’Apostre ne dispute point si la charité coopère avec la foy, pour justifier : mais il démonstre seulement qui sont les vrais exercices des fidèles : afin qu'il ne semble qu’il xueille faire les Chresiiens oisifs, et comme semblables à des troncs de bois. Parquoy quand il est question de la cause de justification, il se faut bien garder d’y entremesier aucune mention de charité, ne des œuvres : mais retenir fort et ferme. ceste exclusive, Seule. Or que sainct
Paul ne traitte point yci de la justification, et qu’il r’assigne point une partie de la louange Wd’icelle à charité, il est aisé de le prouver, par ce que par un mesnie argument il s'ensuyvroit que la Circoncision et les cérémonies justifioyent aussi anciennement. Car comme en Christ il recommande la foy cofjointe à charité, aussi avant la venue de Christ, les cérémonies estoyent requises. Mais cela ne servoit de rien à mériter justice, par la contession mesme des Papistes. Parquoy il s'ensuit qu’il ne faut non plus estimer que charité serve à la justification.
1 Vous couriez bien : qui vous a empeschez que n'obéissiez à vérité ?
8.Ceste persuasion n'a point esté de celuy qui vous a appelez",
9 Un peu de levain enaigrit toute la paste.
A0°Je n'asseure de vous au Seigneur, que vous n'aurez autre sentiment : mais celuy qui vous trouble, en portera la condamnation, quiconque il soit,
A1 Et quant à moy, frères, si je presche encore ta Circoncision, pourquoy perd é-je encore persécut ion? Le scandale de la croix donc est aboli.
2 A la miene volonté que ceux qui troublent vostre repos, fussent re-
tranches.
1) Ou, appelle,
. Fous couriez bien. H mesle le reproche du présent révoltement avec la louange de la course précédente, afin qu’estans esprins de honte, ils se remettent plus alaigrement au droit chemin.
Ce qu’il les interrogue, qui est celuy qui les a destournez de la vraye et draite course, c'est par manière admiration, pour leur faire plus de honte. Il m'a semblé meilleur de traduire le verbe Grec par Obéissiez, plustosit que Croyez pouree qu'ayans une fois embrassé la pureté de l'Evangile, ils avoyent esté destournez de l’obéissance d’iceluy.
8 Ceste persuasion n'a point esté.
Jusques yci il a combatu par raisons :
maintenant à la parfin il y procède par authorité, quand il s’escrie que la persuasion est procédée d’ailleurs que de Dieu.
Car eeste .admonition n’auroit point autrement grande eflicace, si elle n’estoit appuyée sur l’authorité de la personne.
Mais S. Paul pouvoit à bon droict parler ainsi hardiment aux Galatiens, luy qui leur avoit esté héraut de la vocation Divine.
Et pour ceste cause il ne nomme point Dieu, mais il le dénote par circonlocution. Comme s’il disoit, Dieu n’est point répugnant à soy-mesme : c’est Iuy qui vous a appelez à salut par ma prédication : . il faut donc bien que ceste persuasion nouvelle soit procédée d’ailleurs. Parquoy, si vous voulez que la vocation de Dieu soit ferme, gardez-vous bien de prester l’aureille, à ses flagorneurs, qui vous mettent en teste je ne sçay quelles bourdes et resveries nouvelles.
9 Un peu de levain. Je rapporte ceci à la doctrine, et non point aux hommes.
Car il remonstre combien c’est une chose pernicieuse que la corruption de la doctrine : afin qu’ils ne passent le cas légèrement (ainsi qu'on a accoustumé) comme si C’étoit une chose de nul ou bien petit danger. Car c’est la cachete par laquelle Satan entre sans qu’on y pense : asçavoir qu’il ne renverse point apertement toute la doctrine, mais il contamine la pureté d'icelle par desguisemens et opinions fausses, Et plusieurs, pource qu’ils n’ap-
perçoyvént point l’énormité du mal, n’y résistent pas d’une telle véhémence qu’ils
deveroyent. L’Apostre donc crieà l’encontre de ceci, disant que rien ne demeure plus en son entier, depuis que la vérité de Dieu est une fois corrompue. Et iluse de la similitude du levain, lequel encore qu’il n’y en ait guères, espand son aigreur parmi toute la paste, il se faut donc garder songneusement de laisser adjouster quelque chose à la pure doctrine de PEvangile.
40 Je m'asseure de vous, etc. Derechef il descharge toute sa véhémence et aspreté sur les faux-apostres, et dit qu’ils sont cause du mal, et les menace de punition. Quant aux Galatiens, il dit qu'il ha bonne espérance d’eux, que bien tost et aiséement ils retourneront à un vray consentement. Car cela nous donne courage, quand nous entendons dire qu’on ha bonne espérance de nous : d'autant que nous estimons une chose infame, si nous trompions ceux qui ont bonne opinion de nous. Or pource que c’estoit une œuvre de Dieu, &e réduire les Galatiens en la pure doctrine de la foy, de laquelle il s’estoyent destournez, il dit qu’il s’asseure d’eux au Seigneur. En quoy il leur donne à entendre, que repentance est un don céleste, afin qu'eux aussi le demandent à Dieu. Mais celuy qui vous a troublé. C’est la confirmation de la sentence précédente : car il rejette une grande partie de la faute sur ces affronteurs qui avoyent séduits les Galatiens : et en leur dénonceant vengence il exempte aucunement d’icelle les Galatiens. Au reste, que tous ceux qui donnent occasion de troubles aux Eglises, qui rompent l’unité de la foy, et violent l'union, prestent laureille à ceci : et s’ils ont quelque peu de bon sens, qu’ils soyent estonnez de ceste parole. Car Dieu prononce par la bouche de sainct Paul, qu’il n’y en aura pas un (les autheurs de tels scandales qui demeure impuni. Ce mot, Quiconque il soit, ha quelque poids. Car pource que les faux-apostres estonnoyent les simples de leurs paroles hautaines, il faloit à l'opposite que sainet Paul louast si hautement sa doctrine, qu’il n’espargnast personne de tous ceux qui estoyent si hardis d'ouvrir
Cnar. V.:
la bouche à l’encontre, quelque dignité ou excellence qu’ils eussent.
A1 Et quant à moy, frères, si je presche, etc. C’est un argument prins de la cause finale. Je pourroye bien (dit-il) éviter les haines des hommes, les dangers et persécutions, si seulement je vouloye mesler les cérémonies avec Christ. Done ce que je déba de ceste matière tant au contraire, je ne le fay point pour moy, ne pour mon proufit particulier. Mais s'ensuit-il pourtant que ce qu’il enseigne, soit vray ? Je respon que la pure affection et droite conscience de celuy qui enseigne, sert beaucoup à faire adjouster foy.
D’avantage, il n’est point croyable qu’un homme soit tant hors du sens, que de son propre gré il se procure le mal. Finalement, il rend ses adversaires suspects, d'autant qu’en preschant la Circoncision, ils cherchoyent plustost leur repos particulier, qu’ils ne servoyent fidèlement à Christ. La somme est, que S. Paul a eu en horreur toute ambition et avarice, et considération de sa personne, veu qu'il.ne se soucioit point de la faveur et applaudissement des hommes: mais se présentoit plustost aux persécutions et à la rage de plusieurs, que de se destourner tant peu que ce soit de la pureté de PEvangile.
Le scandale de la croix est aboli, etc.
Sainet Paul appelle volontiers PEvangile Croix, ou Parole de la croix, quand il veut opposer la simplicité abjecte d’iceluy à l’orgueil de la sapience ou justice des hommes. Car les Juifs estans enflez d’une perverse confiance de leur justice, et les Grecs d’une sotte persuasion de sagesse, avoyent en mespris la simplicité de ŸEvangile. Parquoy quand maintenant il dit qu'ayant accordé de prescher la Circoncision, le scandale de la croix sera aboli: | il entend que les Juifs ne luy feront plus de fascherie : mais qu’avec leur bonne grâce il luy sera loisible d’enseigner :
pource que l'Evangile estant ainsi fardé et corrompu, tenant à demi de la doctrine de Moyse, à demi de celle de Christ, ne les scandalizera plus : mais un tel meslinge leur sera aisé à porter, pource que par ce moyen ils demourront paisibles en possession de, leur ancienne dignité.
12 À la miene volonté, etc. 1] passe
Cuar. V.
outre en se courrouceant : car il désire la perdition de ces trompeurs, qui avoyent séduits les Galatiens. Or il semble qu’il fait une allusion à la Circoncision pour laquelle maintenir ils débatoyent : quand il dit, qu'ils fussent retranchez : et Chrysostôme est de ceste opinion : comme s’il disoit, Ils deschirent l'Eglise par pièces à cause de la Circoncision : je voudroye qu’ils fussent du tout retranchez. Mais une telle imprécation ne semble point bien convenir à la débonnaireté requise en un Apostre. Car il faut désirer le salut de tous, non point donc la ruine ou perdition d'aucun. Je respon, que cela est vray quand nous avons esgard aux hommes. Car Dieu nous recommande le salut de tous sans aucune exception : ainsi que Christ a souffert pour les péchez de tout le monde. Mais il advient quelque fois que les fidèles sont transportez par-dessus la considération des hommes : asçavoir quand ils ont esgard à la gloire de Dieu et au règne de Christ. Car d'autant plus que la gloire de Dieu est excellente par-dessus le salut des hommes, d'autant plus hautnous doit-elle ravir à l'aimer. ety avoir zèle. De là advient que les fidèles parfois pensans du tout à l'avancement de la gloire de Dieu, oublient le monde et les hommes : el pourtant aiment mieux que tout le monde périsse, que de veoir la gloire de Dieu amoindrie en chose que ce soit, Mais souvenons-nous que ce dé-
SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS
sir procède, de ce qu’estans destournez
de la considération des hommes, ile sont du tout fichez en Dieu. Parquoy cela ne
peut estre condamné de cruauté, comme
s’il estoit répugnant à charité. D’avan-
tage, si nous faisons comparaison de l’'E-
glise avec un homme seul, ou quelque
petit nombre de gens, de combien nous
doit-elle estre en plus grande recomman -
dation ? Car ce seroit une cruelle miséri-
corde, quand on préféreroit un homme
seul à toute l'Eglise. Je vOy d’un costé
le troupeau du Séignèur qui est en dar-
ger : je voy de l’autre part le loup, qui
à l’instigation de Satan circuit çà et là
pour le dévorer : asçavoir si la solicitude
de l'Eglise ne doit pas tellement englou-
tir toute ma pensée, que je viene à désirer
que le salut d’icelle soit racheté par la
ruine du loup? Et cependant toutesfois ce n’est pas à dire que je désire la perdi-
tion d'aucun : mais l’amour et la solicitude de l'Eglise me ravit quasi en ecsta-.
se, que je n’ay autre souci que du salut
d'icelle . Nul donc ne sera vray Pasteur
de l'Eglise, s’il n’est embrasé d’un sem-
blable zèle. Où j'ay traduit, Qui trou-
blent vostre repos : le mot Grec signifie,
Esbranler quelqu'un de son degré ou
estat. Pour amplifier il a entrelacé ce mot Aussi, désirant qu'ils fussent non-seulement déjettez, mais retranchez et exterminez.
13 Car frères, vous avez esté appelez & liberté: seulement gardez que la liberté ne soit occasion à la chair, mais servez l'un à l'autre par charité.
14 Car toute la Loy est accomplie en une parole :
asçavoir en ceste-ci, Tu
aimeras ton prochain comme toy-mesme *, A5 Que si vous mordez et rongez l’un l'autre, gardez que ne soyez consumez
l’un par l'autre.
16 Or je vous di, Cheminez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez point les
désirs de la chair.
17 Car la chair convoite contre l'Esprit, et l'Esprit contre la chips
et ces
choses sont contraires l'une à l'autre, tellement que vous ne faites point ce que
vous voulez.
18 Que si vous estes menez de l'Esprit, vous n'estes point sous la Loy. 1) Lévit., XIX, 18. Matth., XXII, 39. Rom., XIIT, 9. Jaq., II, 8.
13 Fous avez eslé, etc. 1 remonstre |aux Corinth. qu’il y a différence entre la maintenant comment il faut user de la li- | liberté et l’usage d’icelle. Car la liberté
berté. Nous avons déclaré en Ja 1re Epist.
est en la conscience, et ba son regard à
Dieu : mais l’usage est és choses extérieures, et ha affaire avec les hommes, et non pas avec Dieu seul. Après donc avoir exhorté les Galatiens de ne laisser rien-entamer de leur liberté, maintenant il commande qu’ils soyent modestes en l’usage d’icelle. Or pour règle comment ils en useront deuëment, ils prescrit qu’ils ne convertissent cestusage en couverture ou occasion de licence. Car la liberté n’est pas donnée pour la chair, qui plustôt doit estre tenue captive sous le joug :
mais c’est un bien spirituel, duquel sont capables les consciences fidèles seulement. Mais servez, etc. Il déclare comment il faut modérer la liberté, afin qu’elle ne soit point convertie en licence et abus desbordé : asçavoir quand elle sera gouvernée par charité. Souvenonsnous tousjours que sainct Paul traitte maintenant non pas comment nous sommes libres devant Dieu, mais comment il faut user de nostre liberté entre les hommes. Car la conscience droitte ne peut admettre aucune servitude : mais il n’y à point de danger, encore qu’il y ait servitude ou restriction en l'usage extérieur. La somme donc est, Que si nous servons l’un à l’autre par charité, nous aurons tousjours esgard à l'édification. Par ce moyen il adviendra que nous ne serons point desbordez, mais userons de la grâce de Dieu à son honneur, et au salut de nos prochains.
14 Car toute la Loy est accomplie.
Il faut suppléer une antithèse tacite entre ceste exhortation de sainct Paul, et la doctrine des faux-apostres. Car en lieu qu'eux s’arrestoyent seulement aux cérémonies, sainct Paul touche yci en passant qui sont les vrais offices et exercices des Chrestiens. Ainsi done la louange qu’il attribue maintenant à charité tend à cela, que les Galatiens entendent que le principal article de la perfection Chrestienne gist en charité. Mais il faut veoir pourquoy il comprend tous les commandemens de la Loy sous charité, veu que la Loy est comprise en deux Tables, et que la première d’icelles démonstre quel est le service de Dieu , et quels sont les devoirs de piété : et la seconde enseigne ce qui concerne charité. Car ce seroit
Cuar. V.
chose absurde d’une partie en faire le tout. Aucuns eschappent, disans qu'il n’est rien enseigné mesme en la première Table, sinon que nous aimions Dieu de tout nostre cœur. Mais S. Paul parle nomméement de la charité envers les prochains.
Il faut donc chercher une autre solution plus ferme. Je confesse que piété, c’està-dire, la crainte et le service deu à Dieu est plus excellent que la charité deuë à nos frères : et pourtant que l'observation de la première Table est en plus grande estime devant Dieu, que de la seconde.
Mais la piété est une chose cachée aux sens des hommes, comme Dieu aussi est invisible. Or combien que les cérémonies ayent esté instituées pour rendre tesmoignage d’icelle, toutesfois si n’en sontelles pas argumens certains. Car il advient bien souvent qu'il n’y a point de plus vaillans et plus continuels observateurs des cérémonies, que les hypocrites.
Dieu donc par la charité fraternelle , laquelle charité. il nous recommande mutuellement, veut approuver quelle: affection nous luy portons. Voylà pourquoy charité est appelée l’accomplissement de Ja Loy, non-seulement yci, mais aussi en l'Epistre aux Romains, chap. XIIT, v. 8:
non pas qu'elle soit plus excellente que le service et la crainte de Dieu, mais pource que c’est une approbation d’icelle.
J'ai desjà dit que Dieu est invisible, mais il se représente à nous en nos frères , et requiert de nous que nous accomplissions en leurs personnes ce qui luy est deu.
La charité donc envers les prochains ne procède que de la crainte et amour de Dieu. Parquoy ce n’est point de merveilles si l'effet comprend sous soy la cause, de laquelle il est signe : et ce par une figure appelée Synecdoche. Ce seroît donc en vain qui voudroit séparer l'amour de Dieu de la charité envers les hommes. Tu aîmeras ton prochain. Car celuy qui l’aimera, rendra à chacun ce qui luy appartient:
il ne fera point de tort ne nuisance à personne: il fera bien à tous, autant qu’il luy sera possible. Ains qu’est-il autre chose traitté en toute la seconde Table ?
Er c’est ceste mesme raison que $S. Paul amène aux Romains. Au demeurant, sous ce mot de Prochain, sont comprins tous
les hommes du monde. Car la nature qui nous est commune, nous conjoint ensemble: comme Isaïie nous admoneste, disant, Ne mesprise point ta chair, mais singulièrement l’image de Dieu nous doit estre un lien de conjonction sainct et inviolable. Isaïe, LVII, v. 7. Parquoy il n’y a nulle différence yci entre l’ami et l’ennemi. Car la meschanceté des hommes ne peut pas effacer le droict de nature. Ce qu’il dit, Comme toi-mesme, signifie autant comme s’il disoit, Comme selon l’affection de la chair un chacun est enclin à s’aimer, ainsi l'amour envers les prochains nous est recommandé de Dieu.
Car ceux qui recueillent d’yci (comme font tous les Sorbonistes) que l'amour de nous-mesmes doit tousjours précéder en ordre, pource que la chose réglée est inférieure à sa règle , tant s’en faut qu’ils interprètent les paroles du Seigneur, que plustost ils les renversent. Ce sont asnes, qui n’ont point une seule goutte de Charité. Car si l’amour de nous-mesmes estoit la règle, il s’'ensuyvroit qu’il seroit juste et sainct, et approuvé de Dieu. Mais la vérité est telle que nous n’aimerons jamais nos prochains purement, et ainsi que Dieu le veut, jusques à ce que nous ayons corrigé ceste amour de nousmesmes. Car ce sont affections contraires et répugnantes, veu que l’amour de nousmesmes nous fait mespriser les autres, et est Cause que nous n’en tenons Conte :
elle engendre cruauté : elle est la source d’avarice, rapines, fraudes, et toutes autres telles pestes : elle nous pousse à impatience, et nous arme de cupidité de vengence. Le Seigneur donc requiert que ceste amour de nous-mesmes soit convertie en charite.
15 Que sivous mordez el rongez. On peut bien conjecturer tant de la chose en soy que des paroles, que les Galatiens ont eu débats et contentions entr’eux, veu qu’ils estoyent discordans en doctrine. {1 monstre maintenant par l'issue quelle peste mortelle c’est en l'Eglise.
Aussi il est vray-semblable que Dieu a voulu punir leur ambition, orgueil et leurs autres vices, par fausses doctrines : comme il a accoustumé, et comme aussi il tesmoigne par Moyse, Deut., XII, v. 2.
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
Par mordre et ronger : il entend, selon mon opinion, tant les calomnies procédantes d’inimitié, les accusations, reproches, et toutes autres contentions de paroles, que les torts qui se font par fraude et violence. Qu'en adviendra-il à la fin?
Qu'on est consumé l’un de l’autre, dit-il.
Au contraire le propre de charité est de se maintenir les uns les autres. Pleust à Dieu que nous eussions tousjours ceci devant les yeux, toutes fois et quantes que le Diable nous solicite à débats et contentions : asçavoir que des dissensions intérieures des membres n’en peut procéder autre chose, que la ruine et consomption de tout le corps. Or quelle misère et rage est-ce, quand de nostre propre gré nous conspirons la ruine les uns des autres: nous, di-je, qui sommes membres d’un mesme corps.
16 Or je vous di, cheminez selon l'Esprit, etc. Voyci le remède. Ce n’est point un petit mal que la ruine de l’Eglise : il y faut donc obvier diligemment quand on en voit quelque apparence.
Mais comment? Ce sera quand la chair ne dominera point en nous, ains que nous-nous laisserons gouverner au S. Esprit. Or il démonstre tacitement que Îles Galatiens sont charnels, et vuides de l’Esprit de Dieu, d'autant qu’ils mènent une vie indigne de Chrestiens. Car d’où venoit cela, qu'ils se faisoyent la guerre les uns aux autres, siron qu’ils estoyent menez selon Paffection de la chair! Il dit donc que c’est signe qu’ils ne cheminent point selon l'Esprit. Il faut noter ce mot, N’accomplirez: par lequel il signifie que les enfans de Dieu, combien qu’ils soyent encores sujets à plusieurs vices tandis qu'ils sont chargez du fardeau de ceste chair, toutesfois ne sont pas du tout asservis où addonnez à iceux, mais qu’ils s'efforcent de leur résister. Car l’homme spirituel mesme n’est point tellement exempt des cupiditez charnelles, qu’il ne soit bien souvent incité par icelles : mais il n’y succombe point, en sorte qu’il leur permette la domination sur luy, qui seroit les accomplir. Voyez de ceci le chap.
VIE, aux Romains.
47 Car la chair convoite contre lEsprit, I les advertit de la difficulté, atin
qu’ils sçachent que ce ne sera point sans combat qu'ils vivront spirituellement. La difficulté vient de là, que nostre naturel est répugnant à PEsprit. Car (comme nous avons dit en l’Epistre aux Romains) par ce mot de Chair est signifiée la nature de l’homme. Car ce que les Sophistes le restraignent aux sens inférieurs, comme ils les appellent, est réfuté par plusieurs passages : et l'Esprit qui est mis à l’opposite, nous en met du tout hors de doute : car il signifie yei la nature réformée, ou la grâce de régénération. Que sera donc la Chair autre chose que le vieil homme? Comme ainsi soit donc que toute la nature de l’homme est revesche et rebelle contre l'Esprit de Dieu, il nous | faut prendre peine, et -combatre à bon escient jusques à nous faire force à nousmesmes, afin de rendre obéissance à l’Esprit. Parquoy il faut commencer par le renoncement de nous-mesmes. Nous voyons yci quelle louange Dieu donne à nostre naturel: asçavoir qu’il ne s’accorde avec droiture et vertu, non plus que fait l’eau avec le feu. Maintenant quelle goutte de bien trouvera-on au franc arbitre ? si d'aventure on ne veut appeler Bien, ce qui est contraire à l’Esprit de Dieu. C’est ce qu’il dit au chapitre VIIE, v. 7, aux Romains , que toutes les affections de la chair sont autant d’inimitiez à l’encontre de Dieu. Tellement que vous ne faites point tout ce que vous voulez. Ceci sans doute se rapporte à ceux qui sont régénérez. Car les charnels n’ont point de combat contre les affections mauvaises, ni aucun bon désir pour aspirer à la justice de Dieu. Et sainct Paul parle aux fidèles. Parquoy ce Vouloir dont il parle doit estre entendu des affections sainctes, que Dieu inspire
Crar. V.
en nous par sa grâce, et non pas de linclination naturelle. Ainsi donc sainct Paul dit, que les fidèles tandis qu’ils sont vivans yci-bas, quoy qu’ils s'efforcent de tout leur pouvoir, ne peuvent jamais toutesfois gaigner cela sur eux, de servir à Dieu parfaitement. Ils le veulent bien, et le désirent : mais l’effet ne respond pas plenement à leur désir. De ceste matière il est traitté plus amplement au chap. VIT, v. 45, aux Romains.
18 Que si vous estes menez de l'Esprit. Comme ainsi soit que les fidèles clochent en cheminant en la voye du Seigneur : afin qu'ils ne perdent courage, d'autant qu’ils ne satisfont point à la Loy, ils ont besoin de telle consolation qu’ils ont yei, quand sainct Paul dit, Qu'ils ne sont point sous la Loy. Laquelle aussi il donne en lEpistre aux Romains, chap.
VI, v. 14. Car il s'ensuit de cela, que ce qui défaut encore , ne leur est point imputé : mais que leurs services sont aussi agréables à Dieu, comme s'ils estoyent parfaits et plenement accomplis. Au reste, il poursuit encore vyei le propos qu’il avoit commencé de la liberté. Car c’est ci PEsprit, lequel il à appelé ci-dessus Esprit d'adoption : lequel d'autant qu’il donne liberté aux hommes, les affranchit aussi du joug de la Loy. C’est donc autant comme s’il disoit, Voulez-vous une fois mettre fin à ces débats, qui vous tormentent ainsi? Cheminez selon PEsprit :
car lors vous serez délivrez de la domination de la Loy, pource que la Loy sera seulement une doctrine libérale pour vous admonester, et ne tiendra plus vos consciences obligées. Or quand la condamnation de la Loy est ostée, de là s'ensuit qu’on est quitte des cérémonies, qui sont enseignées de condition servile.
19 Les œuvres de la chair sont manifestes : lesquelles sont, adultère, pail-
lardise, souillure, dissolution",
20 Idolätrie, empoisonnement, inimitiez, noises, émulations?, courroux,
quereles, séditions”*, hérésies,
21 Envies, meurtres, yvrongneries, gourmandises, et choses semblables à icelles, desquelles je vous prédi, comme aussi j ay prédit, que ceux qui font telles choses n'hériteront point le Royaume de Dieu.
1} Ou, insolence. 2} Ou, despits.
3) Ou, divisions, sectes, envies, etc.
Caar. V.
19 Les œuvres de la chair, etc.
Pource qu'il à proposé sommairement aux Chrestiens un but, auquel ils Goyvent avoir les yeux dressez, c’est qu’ils obéissent à l'Esprit, et résistent à la chair, il nous peind maintenant lPimage tant de la chair que de l'Esprit. Si les hommes se cognoissoyent bien, ils n’auroyent nul besoin de ceste déclaration, veu qu’ils ne sont rien que chair : mais l'hypocrisie, qui est naturelle en nous, pous empesche de veoir nostre ordure et vilenie, jusqu’à ce que l'arbre soit manifestement cognu par ses fruits. L’Apostre done maintenant nous avertit contre quels vices nous avons à combatre, afin que ne vivions point selon la chair. Il est vray qu’il ne les récite pas tous, comme il le touche aussi en la fin: mais il est facile de recueillir les autres par ceux qu’il amène. Il met en premier lieu Ædultère et paillardise: puis après il nomme, Souillure, laquelle s’estend à toutes les parties d’impudicité. Dissolution est comme linstrument. Car du mot Grec qui est yci mis, descend un nom duquel ils appellent les gens desbauchez, et qui se gouvernent désordonnéement et dissoluëment. Ces quatre choses se rapportent à un chef: asçavoir à impudicité. Il adjouste conséquemment l’Zdolätrie, qui est prise yei pour toutes lourdes superstitions, lesquelles on voit à l'œil. Les sept espèces qui s’ensuyvent incontinent après, ont affinité entre-elles, après lesquelles sont adjoustées encore deux autres. Il nomme Courroux et inimiliez, lesquelles diffèrent principalement en ceci, que le courroux est de petite durée, et Vinimitié ou haine dure longuement. Les émulations et envies sont les causes de haine. Au reste, Aristote au second livre de sa Rhéthorique, met ceste distinction entre Emulation et Envie: asçavoir que celuy est mené &'émulation, qui est marri de ce qu’un autre le passe, et est plus excellent que luy : non pas que la vertu ou l'excellence de l’autre luy face mal, mais pource qu’il désireroit estre pardessus luy. Mais celuy est envieux, non pas qui désire d’estre excellent, mais qui brusle de despit voyant l'excellence des autres. Et pourtant il dit, qu’envie
SUR L’'ÉPISTRE AUX GALATIENS
est un vice de gens de néant et contemptibles : et attribue l’émulation à gens de grand cœur et magnanimes. Mais S. Paul dit, que tous les deux vices sont de la chair. De courroux et haines procèdent aussi Contentions, débats, esmotions et tumultes. Finalement on tombe à meurtres et empoisonnemens. Par les gourmandises il signifie une vie dissoluë, et toutes sortes d’excès de bouche. I faut noter qu’il met les secies où hérésies contre les œuvres de la chair. Car de là nous recueillons que ce mot de chair, s’estend plus avant qu’à la sensualité que songent les Papistes. Car qu'est-ce qui engendre les sectes et hérésies!, sinon ambition, qui est une affection ayant son siége au principal lieu de Pesprit, et laquelle ne gist pas en la partie sensitive de laquelle la corruption est toute apparente? Il dit que ces œuvres sont mani- Jestes, afin qu'on ne pense point rien gaigner en voulant nier, et usant de tergiversation. Car que proufite-il de nier que la chair domine en nous, puis que les fruits démonstrent quel est l'arbre?
21 Desquelles je vous prédi comme aussi j'ay prédict, etc. Il n’a point voulu seulement estonner les Galatiens par ceste tant sévère dénonciation : mais aussi tacitement {axer les faux-apostres, qui débatoyent pour les cérémonies, délaissans derrière ceste doctrine beaucoup plus utile. Cependant toutesfois il nous admoneste par son exemple, que nousnous arrestions sur ces exhortations et menaces, suyvant ce qui est dit, Crie, ne cesse point: annonce à mon peuple ses meschancetez?. Or que nous sçauroit-on proposer plus espovantable, que de dire que tous ceux qui cheminent selon la chair, sont bannis et exclus du royaume de Dieu? Comment osera-on maintenant imaginer et sefaire à croire que ces vices soyent légers, veu que Dieu les ha en si grande abomination ? Mais il semble que l'espérance de salut est ostée par ce moyen à tous. Car combien y en a-il qui ne soyent entachez d'aucun de ces vices ?
Je respon, que sainct Paul ne menace point de ceste réjection du royaume de
1) Voyez l’Institution, chap, IE, sect. #7.
2) Is., LVIN. 1.
LT
Dieu tous ceux qui ont péché : mais bien ceux qui persévèrent tels sans repentance. Les fidèles mesmes faillent quelque fois lourdement, mais ils retournent au chemin. Ils ne sont donc point de ce nombre: car ils ne se flattent point en leurs péchez. Brief, toutes les menaces du jugement de Dieu tendent à nous ap-
Cuae. V.
peler à repentance, laquelle trouve tousjours pardon prest devant Dieu: mais elles seront en tesmoignage contre nous, si nous demeurons obstinez. Lemot Grec qui est yci mis, signifie Hériter.: car nous n’obtenons point la vie éternelle, que par droict d'adoption: comme il a esté veu ailleurs.
22 Mais le fruit de l'Esprit est, charité, joye, paix, patience, bénignité,
bonté, foy,
23 Douceur, attrempance. contre telles choses il n'y a point de Loy. 24 Or ceux qui sont de Christ, ont crucifié la chair avec les affections et
les concupiscences.
95 Si nous vivons d'Esprit, cheminons aussi d'Esprit. 26 Ne soyons point convoiteux de vaine gloire, provoquans l’un l'autre,
ayans envie l’un contre l GHbré 1) Ou, esprit patient,
99% Mais le fruit ‘est charité. Comme il a condamné ci-dessus toute la nature de l'homme, pource qu’elle ne peut produire fruits, qui ne soyent corrompus et réprouvez: ainsi maintenant il démonstre que toutes vertus et toutes affections honestes et bien réglées procèdent de l'Esprit, c’est-à-dire de la grâce de Dieu et de la régénération, que nous avons par Christ. Cest autant donc comme s’il eust dit, que rien ne procède de l’homme, que mal: et qu'il n’y a nul bien, que du $S. Esprit. Car jà soit que bien souvent on a veu de beaux exemples de débonnaireté, de fidélité, d’attrempance, et libéralité en des gens gens non régépérez, néantmoins il est certain que ce n’estoyent autre chose que des masques décevantes, et je ne sçay quelles ombres de vertus. Il est vray que l’attrempance à esté une belle vertu en Curius, en Fabricius, et en Caton: en Scipion la douceur et une façon de faire libérale qu’il avoit, et la patience en Fabius: mais c'est seulement devant les hommes, et selon l'estimation civile: mais envers Dieu ilny a rien pur s’il ne procède de la source de toute pureté. de pren yci Joye, non pas comme elle est prise au Chap.
XIV des Romains, v, 17: mais pour une façon de faire joyeuse, ou une alaigreté que nous démonstrons envers nos prochains, laquelle est contraire à cha-
grin. Aussi je pren La foy pour Vérité, en sorte que ce soit l’opposite de finesses, fraudes et mensonge. Je pren Za paix pour le contraire de noïses et. dissensions. Patience.est une douceur. d’esprit, laquelle fait que nous prenons tout en la bonne part, et que nous ne sommes pas faciles à irriter. Le-reste est clair:
car il descrit les fruits par lesquels onpeut cognoisire quel est l'esprit. d'un chacun. Mais dira quelqu'un, Que. jugerons-nous donc.des. infidèles et idolâtres, qui out eu une. excellente apparence de vertus? Car il semble par leurs œuvres, qu'ils ont.esté spirituels. Je respon, que comme on ne voit pas à l’œil toutes les œuvres de Ja. chair en un homme charnel, mais les hommes se démonsirent estre charneis par un vice ou autre, aussi ne faut-il. pas estimer un homme estre spirituel par. une seule vertu. Car cependant on cognojstra apertement par les autres vices, que da chair domineenluy. Ce quenouspouxons aiséement juger de {ous ceux que jay nommez.
23 Contre telles choses il ny à point de loy. Aucuns entendent. simplement que la Loy n’est point donnée contre les, bonnes œuvres, pour autant que (comme on à dit anciennement) les bonnés loix .
sont procédées des mauvaises, mœurs.
Mais sainct Paul regarde plus: haut, ;et parle en un scns plus caché, asçavoir
Cuar. V.
que quand l'Esprit gouverne, la Loy n’ha plus de domination. Car le Seigneur en formant nos cœurs à sa justice, nous délivre de la rigueur de la Loy, pour ne nous traitter point selon les conditions dela Loy, et ne tenir plus nos consciences sous condamnation. La Loy cependant ne laisse point de faire son office en enseignant etexhortant : mais l'Esprit d'adoption nous délivre de servitude. Et ainsi il se mocque obliquement des fauxapostres, lesquels insistans à maintenir la sujétion et servitude de la Loy, ne regardoyent pas plustost à relascher le joug d’icelle : ce qui se fait (comme remonstre S. Paul) quand PEsprit de Dieu domine : dont s’ensuit qu’ils ne se soucioyent aucunement de la justice spirituelle.
24 Or ceux qui sont de Christ ont crucifié, etc. Il adjouste ceci, afin de monstrer que la liberté est commune à tous Chrestiens, pour autant qu’ils ont renoncé à la chair. Au reste, il admoneste les Galatiens, qui est la vraye Chrestienté, entant que touche la vie, afin que ce ne soit à fausses enseignes qu’ils se disent estre Chrestiens. Il a usé de ce mot Crucifier, afin de monstrer que la mortification de la chair est l’effet de la croix de Christ. Car ce n’est point une œuvre propre de l’homme, mais par la gràce de Dieu nous sommes entez en Îa société de la mort de Christ, afin que nous ne vivions plus à nous. Rom., VE, 6.
Lors donc nous jouirons du privilége des enfans de Dieu, quand nous serons ensevelis avec Christ, en renonceant vrayement à nous-mesmes, et en anéantissant nostre vieil homme. Non pas que la chair soit encore du tout esteinte et destruite :
mais pource qu’elle ne doit point avoir la domination, ains plustost estre sujete à l'Esprit. La chair et ses concupiscences, Sont comme la racine et ses fruits.
Car la chair est la perversité de la nature corrompue, de laquelle tous maux procèdent. Maintenant il appert, que c’est faire tort aux membres de Christ, si on les assujetit encore à la servitude de la Loy, de laquelle sont délivrez tous ceux qui sont régénérez par l'Esprit d’iceluy.
25 Si nous vivons d'Esprit, chemi-
SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS
nons aussi d'Esprit. Maintenant S. Paul selon sa coustume, tire de la doctrine une exhortation. La mort de la chair, c’est la vie de l'Esprit. Que si l'Esprit de Dieu vit en nous, il faut qu’il gouverne toutes nos opérations. Car il yen aura tousjours plusieurs qui se vanteront impudemment de vivre d’Esprit: mais S, Paul les renvoye des paroles à la probation et à l’effet. Car tout ainsi que l’âme ne vit point oiseuse dedans le corps, mais elle départ mouvement et vigueur à chacun membre et partie du corps, aussi Esprit de Dieu ne peut estre en nous, qu’il ne se manifeste par les effets extérieurs. Ainsi par vivre, est yci entendue l'efficace intérieure : et par cheminer, les opérations extérieures. Car S. Paul veut dire, que les œuvres sont tesmoignages de la vie spirituelle. La similitude de ce mot Cheminer, est usitée et assez commune.
26 Ne soyons point convoiteux de vaine gloire. Ce sont exhortations spéciales, qui estoyent nécessaires aux Galatiens: mais aussi ne sont pas moins convenables à nostre temps. Ambition est la mère de beaucoup de maux, tant en toute la société des hommes, que principalement en l'Eglise. Il nous admoneste donc, que nous-nous en donnions garde.
Car combien que le mot Grec qui est yei mis, signifie Vaine gloire, par iceluy toutesfois sainct Paul n’entend autre chose que convoitise d'honneur, quand chacun appète d’estre éminent par-dessus les autres. Car jà soit que les Philosophes profanes ne condamnent point toutes sortes d’appétit de gloire, ce nonobstant entre les Chrestiens, quiconque est convoiteux de gloire, à bon droict est condamné de vaine et sotte ambition : pour autant qu’il se recule de la vraye gloire. Car il ne nous est point licite de nous glorifier, sinon en Dieu seul: hors iceluy, ce n’est plus que pure vanité. Provocations el envies mutuelles, sont filles d’ambition.
Car celuy qui aspire au souverain degré, il faut nécessairemeut qu’il porte envie aux autres. De là procède que les hommes vienent à détracter, à se mordre et picquer les uns les autres.
Cuar. VI.