‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 87 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

À Frères,

mesme, que lu ne sois aussi tenté.

encores qu un homme soit surprins en quelque faute, vous qui estes spirituels, restaurez un tel avec esprit de douceur :

et Le considère toy-

à Portez les charges l'un de l'autre, et ainsi accomplissez la Loy de Christ.

3 Car si aucun s'estime estre quelque chose, comme ainsi soit quil ne soit rien, il se décoit soy-mesme par sa fantasie.

4 Que chacun donc esprouve son œuvre, et alors il aura de quoy se glorifier en soy-mesme seulement, el non point en autruy.

-5 Car chacun portera son fardeau.

4 Encore qu'un homme, etc. Comme ambition est une peste pernicieuse sur toutes autres, ainsi bien souvent une trop grande rigueur et hors le temps deu, nuit beaucoup, laquelle est bien couverte

de quelque belle couleur de zèle, mais procède volontiers d’orgueil, et de contemnement et desdain des prochains. Car plusieurs, comme ayans rencontré matière de s’eslever contre les frères par les vices qu’ils auront veus en eux, les poursuyvent sans pitié, d’une façon injurieuse et outrageuse. Cela se fait, pource qu’ils s’estudient plus à reproches qu’à correction fraternelle. Il est bien vray qu’on doit reprendre ceux qui ont offensé : et souventesfois il est besoin d’user de sévérité et aigreur. Il est donc convenable de persister en répréhensions, voire iusques à estre importun : toutesfois il faut qu’il y ait de l’huyle meslé parmi le vinaigre. Il monstre donc yci, qu'il faut user de douceur, quand il est question de reprendre les offenses des frères : et que lors les répréhensions seront sainctes et Chrestiennes, quand elles seront meslées avec douceur. Afin d’impétrer cela plus facilement, il démonsire quelle est la fin des répréhensions Chrestiennes , asçavoir de redresser et restablir celuy qui est tombé : c’est-à-dire, le remettre en son entier. Ce qui ne se fera jamais par violence, ne par un esprit prenant plaisir à accuser autruy, ne par rudesse, de face où de paroles. Il reste que nous apportions un esprit débonnaire et paisible, si nous prétendons de donner remède à nos frères. Et afin qu’on ne face point seulement semblant d’estre doux et gra-

Une telle

cieux par geste extérieur, il requiert l'esprit, signifiant par cela, que ceux-là seulement sont propres pour corriger les autres, qui ont leur esprit paisible et disposé à douceur. Il amène un autre argument pour recommander la débonnaireté de laquelle on doit user à reprendre les frères, quand il dit, Si aucun est surprins. Car ceux qui ont commis quelque faute sans y penser, ou estans surprins par astuce, ne doyvent point estre trop rudement poursuyvis, autrement ce seroit inhumanité. Et nous sçavons que le diable est tousjours en embusches et qu'il tasche à nous surprendre par mille moyens. Quand donc nous voyons que quelqu'un de nos frères a péché, pensons qu'il est tombé és laqs de Satan, et ayonsen pitié, et soyons d'autant plus enclins à le supporter. Au reste, il ne faut point douter que lPApostre ne discerne les fautes et légères offenses d'avec les péchez énormes, qui Sont conjoints avec un exprès et obstiné contemnement de Dieu.

perversité, et malicieuse conspiration à l'encontre de Diéu doit estre maniée avec une plus grande sévérité :

car en cest endroit, que proufiteroit-on d'estre doux et gracieux ? Toutesfois, ce mot encore qui est entrelacé, emporte autant comme s’il disoit, Qu’on pardonne non-seulement aux infirmes qui auront esté tentez, mais aussi qui auront succombé à la tentation. fous qui estes spirituels. I ne parle point par ironie, mais quelquesspirituels qu’ils soyent, sinesont-.

ils pas toutesfois entièrement remplis de l’esprit. Le devoir de tels est de redresser ceuxquisonttombez. Car pourquoyont-ils

Cuar. VE.

plus receu de grâces, sinon pour le proufit et salut des frères? Car d'autant que quelqu'un aura receu plus grande grâce, d'autant plus est-il tenu de s’employer à Péditication des frères. Mais d'autant que nous sommes tant mal-adroits, que mesmes en faisant les choses les meilleures qu’on sçauroit dire envers nos prochains, nous faillons et mesprenons ; pour ceste cause il les admoneste de ne rien mesler de Ta chair. Et {2 considère loy-mesme, que lu ne sois œussi tenté. HN n'a point changé de nombre sans cause. Car ladmonition ha plus d'efficace, quand il s’addresse à un chacun particulièrement, et commande qu'un chacun descende à soymesme. TOY, quiconque tu sois, dit-il, qui te mesles de reprendre les autres, considère-toy aussi toy-mesme. Car il n’y a rien plus difficile que de nous amener à la recognoissance ou examen de nostre propre intirmité. Comme ainsi soit que nous sommes tant et plus aigus à marquer les vices des autres, quant aux nostres, nous ne voyons pas ce que nous portons en la besace de derrière, comme a dit un personnage anciennement. Afin donc de les picquer et soliciter plus vivement, il use du nombre singulier. Or ceci se peut entendre en deux sortes. Car quand nous recognoissons que nous sommes sujets à pécher, nous pardonnons plus volontiers aux autres, tout ainsi que nous voulons qu’on nous pardonne. Pourtant aucuns prenent les paroles de S. Paul en ce sens, Ne te monstre point inhumain ou difficile envers les autres, d’autant que tu es pécheur toy-mesme, et as besoin que tes frères usent de miséricorde envers toy. L'autre exposition toutesfois me plaist bien autant, asçavoir que sainct Paul commande de nous garder, qu’en corrigeant les autres, nous ne péchions nous-mesmes. Car il y a un danger en cela, duquel il se faut songneusement garder, et toutesfois à grand’ peine s’en peut-on donner garde, d’autant qu’il n’y à rien plus facile que d’excéder mesure. Combien qu'il n’y a point d'inconvénient de prendre ce mot de Tentation selon la chose de laquelle il est yci parlé, et de l’estendre puis après à toute la vie. Ayons donc souvenance de com-

SUR L’EPISTRE AUX GALATIENS

mencer par nous, toutes fois et quantes qu'il sera question de corriger les vices, afin qu'ayans nostre infirmité devant les yeux, nous usions de modestie et douceur envers les autres.

2 Portez les charges l'un de l'autre.

C’est une manière de parler fort propre pour recommander humanité, quand il appelle nos infirmitez, ou les vices desquels nous sommes entachez, Charges.

Car nature mesme nous dit, que nous devons soulager ceux qui succombent sous le fais. Or il nous commande de porter les charges des autres, non pas afin que nous entretenions les autres en leurs vices en les flattant ou en les dissimulant, mais plustost afin que nous les deschargions. Ce qui se fait par Corrections douces et amiables. Car il y a beaucoup d’adultères, qui feroyent volontiers Christ leur macquereau : plusieurs larrons, qui le feroyent volontiers leur recéleur : brief, plusieurs de toutes sortes de meschans et desbauchez, qui le feroyent volontiers leur patron et capitaine : tous seroyent bien contens de se descharger de leurs fardeaux sur les espaules des fidèles. Mais d'autant qu’il veut que la patience serve à redressement et restablissement, il n’y à personne qui ne voye bien quelle patience il requiert des Chrestiens. 4ccomplissez'la Loy de Christ. Ce mot de Loy, quand il est applicqué à Christ, il se rapporte à Ja circonstance du propos. Car il va tacitement une antithèse entre la Loy de Christ et celle de Moyse : comme s’il disoit, S'il vous vient à gré d'observer la Loy, voyci Christ vous donne une Loy, qui doit estre à bon droict préférée à toutes autres, asçavoir que nous usions de douceur mutuellement les uns envers les autres. Car qui n’ha cela, n'ha rien. Mais au contraire, il dit que nous accomplissons la Loy de Christ, quand un chacun supporte et soulage son prochain par compassion. En quoy il signifie que tout ce que nous ferons sera inutile, quand i n’y aura point de charité. Car le mot Grec signifie un accomplissement solide, Or pource que nul n’occomplit parfaitement ce que sainct Paul requiert, à ceste cause nous sommes tous encore loin de

loin au pris des autres, toutesfois au regard de Dieu en est bien loin.

3 Car si aucun s'estime, etc. La con- Struction des mots est douteuse, mais l'intention de sainct Paul est certaine.

‘Car il semble de prime face que ceste particule, Comme ainsi soit, qu'il ne soit rien : signifie autant que si l’Apostre disoit, Si quelqu'un, combien qu’il ne soit rien (comme il y à plusieurs hommes de néant, qui toutesfois sont enflez d’une folle persuasion d'eux-mesmes) s’attribue quelque chose. Mais la sentence est plus générale : et pourtant il la faut ainsi résoudre, Comme ainsi soit que tous les hommes ne soyent rien, celuy qui veut estrecstimé quelque chose, et se persuade qu'il vaut quelque chose, se trompe. Il déclare donc en premier lieu que nous ne sommes rien : entendant par cela que nous n'avons rien de propre à nous en quoy nous-nous puissions glorifier: mais que nous sommes. despourveus de tout bien, en sorte que toute nostre gloire n’est que pure vanité. Et de cela il recueille en second lieu, que ceux qui s’attribuent quelque chose, s’abusent.

Or c’est une grande absurdité et folie, de nous abuser nous-mesmes, veu qu'il n’y à rien que nous portions moins patiemment, que d’estre abusez par autruy.

Or ceste considération nous rendra plus paisibles et humains envers les autres.

Car d’où vient l’arrogance d’agacer les autres, et ceste austérité orgueilleuse, sinon qu'un chacun en s’eslevant, mesprise les autres fièrement ? Qu'il n’y ait point d'arrogance, et lors nous serons modestes les uns envers les autres ainsi qu’il appartient.

4 Que chacun donc esprouve, etc.

Sainct Paul a desjà rembarré d’un puissant coup l’arrogance de l’homme : mais pource que souvent elle procède de ce que faisans comparaison de nous aux autres, nous fondons lestimation de nos personnes sur la petite estime que nous faisons d’eux, à ceste cause il dit que comparaison n’ha point yci de lieu. Que personne, dit-il, ne se mesure à l’aulne d’autruy, et ne se plaise point d'avantage, pource que les autres luy desplaisent :

la perfection: et celuy qui en est le moins.

Car. VI.

mais en cela rayant point esgard aux autres, qu’il examine seulement sa conscience, considérant quel est son œuvre.

Ceste, certes, est la vraye louange, laquelle nous acquérons sans faire comparaison des autres, et non pas celle que nous-nous attribuons en désestimant les autres. Aucuns pensent que ce soit une

ironie : comme s’il disoit, Tu te flattes à

cause des vices d'autruy : mais si tu regardes qui tu es, lors tu auras la louange qui t'est deuë : c’est-à-dire, tu n’en auras point : d'autant qu’il n’y- a personne qui mérite une seule goutte de louange.

Puis après ce qui s'ensuit, Chacun portera son fardeau : is l'exposent, À accoustumé de porter. Mais sans figure le sens s’entretient mieux. Car voyei que les paroles signifient, Quand il est question d’avoir louange, il la faut avoir en toy-mesme seulement, et non pas en comparant les autres à toy. Je sçay bien pourquoy ils aiment mieux entendre que ceci soit dit par ironie : asçavoir, pource que le sainct Apostre a du tout anéanti toute la gloire des hommes par la sentence précédente. Mais il est yei question de la gloire d’une bonne conscience, laquelle le Seigneur permet aux siens, et de laquelle S. Paul luy-mesme se glorifie ailleurs, Act., XXIIE, 4. Icelle n’est autre chose qu’une recognoissance de la grâce de Dieu, laquelle n’eslève point l’homme en sorte que ce soit, mais l’incite à glorifier Dieu. Les fidèles trouvent en euxmesmes une telle matière de louange pour l’attribuer non point à leurs mérites, ains à la bonté de Dieu. Ceste est nostre gloire (dit-it ailleurs, 2 Cor, E, 42) asçavoir le tesmoignage de bonne conscience, que nous avons Conversé fi-

dèlement, etc. Et Christ, Mat, VI,6,

Entre en ta chambre, fay bien devantton Père en secret : ef ton Père qui est en

secret te le rendra. Combien qu’à propre-

ment parler il n’afferme rien, mais monstre seulement que lors la louange sera vraye et légitime, quand on jugera de

chacun selon ce qu’il vaut, et non pas se-

lon ce qu’un autre sera de peu d'estime.

Ainsi c’est un propos sous condition, comme s’il disoit, Que s’il estoit question de donner gloire à un homme, il le fau-

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Car. VI.

SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS

droit-priser en soy-mesme, et non pas | nous abuse

: il semble avis à un borgne

em comparaison d’autres : ou, qu'il ne | qu’il voit bien clair entre les aveugles :

faut estimer les gens de bien sinon ceux qui sont tels, estans prins à part.

50Chacun portera son fardeau. Afin de nous oster tout orgueil et paresse, il nous propose le jugement de Dieu, de-

vant lequel ün chacun à part rendra

conte de sa vie, sans faire aucune comparaison des autres. Car voylà ce qui

et le brun pense bien estre blanc au pris de ceux qui sont noirs. Or il dit que toutes ces imaginations mauront point de lieu au jugement de Dieu, pource que à chacun portera son fardeau : et l’un ne sera point absous par les péchez des autres. Voylà la vraye intention de $S, Paul.

m6 Que celuy qui est enseigné en la Parole, face participant de tous ses biens

celuy qui l'enseigne.

“Ne vous abusezs point, Dieu ne pe

aurasemé, il le moissonnera aussi.

ut estre mocqué. Car ce que l’homme

8 Car qui sème à sa chair, il moissonnera aussi de la chair corruption : mais qui sème à l'Esprit, il moissonnera de l'Esprit vie éternelle. % 9 Orne nous lassons point en faisant bien!: car nous moissonnerons en la saison, si nous ne devenons point lasches.

M0 Parquoy, cependant que nous avons le temps, faisons bien à lous : mais principalement aux domestiques de la foy.

1) 2 Thess., II, 13.

+ 6 Que celuy qui est enseigné en la

Parolé, etc. I est vray-semblable que

dés lors on n’avoit pas grand soin des Ministres : ce qui est toutesfois une ingratitude trop vileine. Car quelle honte et meschanceté est-ce de desnier la nourriture corporelle à ceux qui nourrissent nos âmes? et refuser une récompense

térrienne à ceux de qui nous recevons

les biens célestes ? Mais voylà, c'est, et dés jadis a esté le naturel du monde, de

farcir abondamment le ventre des minis-

tres de Satan, et n’y rien espargner : au contraire de donner bien petitement et quasi à regret la nourriture aux fidèles Pasteurs. Or combien qu’il ne nous fale estre ne trop faciles à nous plaindre, ne regardans de trop près à maintenir nostre droict, toutesfois S. Paul à bien fait d’exhorter les Galatiens à faire leur devoir. Ce qu’il a fait plus librement, d’au tant qu’en Cela il ne parloit point pour son regard particulier, mais pourvoyoit à Putilité commune de lEglise, sans avoir esgard à sOy-mesme et à son proufit. 1 voyoit qu'on ne tenoit conte des

Ministres de la Parole, pouree que la

Parole mesme estoit mesprisée. Car si on ha Ja Parole en estime, il ne se peut

faire que les Ministres aussi ne soyent traittez honnestement et commodéement.

D’avantage, c’est la ruse de Satan, de priver les fidèles Ministres de leur nourriture, afin que PEglise soit despourveuë de tels serviteurs. S. Paul, comme il estoit songneux de la conservation du ministère, aussi il recommanda le soin de pourvoir aux bons et fidèles Pasteurs. Il prend la Parole, pour la doctrine de piété : comme aussi c’est la Parole par excellence. Il aûmoneste que ceux qui nous instruisent en ceste Parole, doyvent estre entretenus. À quel titre donc sont nourris en la Papauté un tas de ventres paresseux, d'hommes muets, ou des bestes enragées qui n’ont rien commun avec la doctrine de Christ? Tous ses biens.

Non pas qu’il vueille qu’on amasse sans mesure une abondance superflue, mais que rien ne leur défaille de ce qui leur sera nécessaire pour vivre. Car les Ministres se dovvent contenter d'une nourriture frugale et Sobre : et faut tousjours obvier au danger de dissolution et de trop grand appareil. Que les fidèles donc soyent presis de distribuër de tous leurs biens aux vrais et saincts Ministres autant que la nécessité le requerra.

74h Car que pourroyent-ils bailler pour récompenser suffisamment le thrésor inestimable de la vie éternelle, lequel ils obtienent par la prédication d’iceux ?

7 Dieune peut estre mocqué. I] a adjousté ceci pour repousser les excuses et tergiversations que plusieurs ont accoustumé d'amener. L’un met en avant qu’il luy faut nourrir sa famille : l’autre dit qu'il n'ha rien de reste pour donner ou dispenser aux autres. Par ce moyen il y en a seulement aueuns et bien peu qui facent leur devoir, lesquels le plus souvent n’y peuvent pas fournir, d'autant qu’il y en à tant qui sont paresseux à contribuer, S. Paul déclare que c’est folie d'amener tels subterfuges, attendu qu’on ha affaire à Dieu, ce que le monde ne pense pas. Car il n’est pas yci seule-

ment question de la nourriture d’un homme, mais en quelle estime nous avons Christ et son Evangile. Ce passage nous rend tesmoignage, que ce n’est point d’aujourd’huy que la coustume est venue au monde de se mocquer des Ministres fidèles : mais tant y a que les meschans et contempteurs ne demeureront point impunis de telles mocqueries.

Car ce que l’homme aura semé il le moissonnera aussi C'est ce qui nous retarde de faire libéralité : que nous pensons que tout ce qui passe en une autre main, est perdu pour nous : d’avantage que nous Craignons tousjours d’avoir faute en ceste vie. S. Paul au contraire compare ceste libéralité au temps des semailles : et dit que nous semons, quand nous faisons du bien à nos prochains, de quoy il a esté parlé en la seconde Epistre aux Corinthiens, où il usoit de la mesme similitude. A la miene volonté que ceci nous fust bien persuadé entièrement. Combien alaigrement nous employerions-nous et nos biens à secourir nos prochains, ayans tousjours l'œil dressé à l’espérance de la moisson comme les laboureurs ne font rien plus gayement que de semer? Mais comme ainsi soit que pour recueillir une moisson corruptible, ils attendent patiemment neuf mois :

nous au contraire, perdons courage en l'attente de l’immortalité bien-heureuse.

4) Chap. IX,

eo

Car. VI.

8 Car qui sème à sa chair. Après la sentence générale, il parle maintenant de chacune partie à part, Semer à la chair.

c'est pourvoir aux nécessitez de la vie présente, sans avoir esgard à la vie àvenir. Ceux qui font ainsi, recueilleront un fruit digne de leur semence car ils amasseront une chose qui périra malheureusement. Aucuns exposent Semer en chair, pour obéir à ses plaisirs et concupiscences charnelles : et corruption, pour perdition et damnation. Mais la première exposition convient mieux au fil du texte. Ce que je l’ay autrement traduit que n’a pas fait l’ancien translateur Latin, ni Erasme, je ne Pay pas fait sans cause. Les mots Grecs desquels S.

Paul a usé, à les traduire le plus près de leur signification, emportent, Semer envers la chair. Or qu'est-ce autre chose, sinon estre addonné tellement à la chair, que tu applicques toute ton estude et solicitude à avoir soin d’icelle, et chercher son aise? Mais qui sème à l'esprit.

Je pren yci l'esprit, pour la vie spirituelle, à laquelle sont dits semer ceux qui regardent plustost le ciel, que la terre : et ordonnent tellement leur vie, qu’ils aspirent au royaume de Dieu. Tels donc moissonneront au ciel un fruit incorruptible de leurs exercices et actes spirituels. Au reste, il les nomme actes spirituels, regardant à la fin, quoy qu’autrement ils soyent extérieurs, et appartienent au Corps : comme est cestuy-ci mesme duquel il traitte maintenant : ascavoir entretenir les Ministres. Si les Papistes, selon leur coustume, s’efforcent de confermer par ces paroles la justice des œuvres, nous avons dit ailleurs combien il est facile de repousser leurs niaiseries. Car combien que la vie éternelle soit un loyer, il ne s’ensuyt pas pourtant ou que nous Soyons justifiez par nos œuvres, ou que les œuvres méritent salut.Car certes cela mesme est un don gratuit, que Dieu fait cest honneur aux œuvres, lesquelles il nous a données gratuitement, qu'il leur promet un loyer non deu. Si quelqu'un désire solution plus ample je nie premièrement que nous ayons aucunes œuvres bonnes que Dieu récompense, sinon celles que nous avons de sa grâce,

CHar. VI.

Secondement, je di que les bonnes œuvres que nous faisons par la conduite et addresse du sainct Esprit, sont fruits de Padoption gratuite. Je di pour Île troisième, que non-seulement elles ne sont point dignes de la plus petite ou plus vile récompense qu’on pourroit dire, mais du tout dignes d’estre condamnées, d'autant qu'elles sont tousjours souillées, et tachées de plusieurs ordures. Or quelle accointance y a-il entre les pollutions et la présence de Dieu ? Pour le quatrième, je di, quand récompense seroit mille fois promise aux œuvres, que touiesfois suyvant la condition de la promesse, il n’en est point deu, sinon qu’on ait accompli toute la Loy. Et combien sommes-nous tous loin de ceste perfection ? Que les Papistes s’y frottent maintenant, et qu’ils s’efforcent de faire ouverture au ciel par les mérites de leurs œuvres : mais quant à nous, nous confessons franchement avec S. Paul et avec toute l’Escriture, que tout ce que nous ne pouvons obtenir autrement que par pur don de Dieu, cela mesme toutesfois sous le nom de loyer est rétribué aux œuvres.

9 Or ne nous lassons point en bien Jaisant. Quand il-parle yci de bien, il n'entend pas une chose bien faite : mais il signifie bénignité, et le mot se rapporte aux hommes. Il nous admoneste donc de Le nous lasser point en aidant à nos prochains, en leur faisant plaisir et exerçant libéralité. C’est un enseignement fort nécessaire. Car comme ainsi soit que de nature nous soyons tant et plus paresseux aux exercices de charité, il y a d’autres innumérables empeschemens qui survienent, lesquels seroyent pour nous retarder, quand nous serions au meilleur propos du monde. Nous rencontrons beaucoup de gens indignes, beaucoup d’ingrats : d'autre part la multitude des nécessitez nous accable, nous sentons que nos biens s’espuisent et s’en vont bien fort en donnant çà et là : la froidure des autres esteint nostre ardeur. Finalement tout le monde est plein d’empeschemens , qui sont pour nous destourner du droit chemin. C’est donc bien à propos que sainct Paul nous ad-

SUR L’ÉPISTRE AUX GALATIENS

moneste et conferme, de peur que nous lassans, nous ne venions à cesser de bien faire. Si nous ne devenons point lasches. C'est-à-dire, Lors nous moissonnerons le fruit que Dieu nous promet, voire si nous persévérons jusques à Ja fin. Car ceux qui ne persévèrent point, sont semblables aux laboureurs oisifs et lasches, lesquels après avoir labouré et semé, laissent la besongne imparfaite, lors qu’il estoit besoin de herser la terre, afin que les oiseaux re mangeassent la semence, ou que le soleil ne la bruslàst, ou que le froid ne la*consumast.

Ainsi nous perdons nostre temps de commencer à bien faire, si nous ne venons jusques au but. I fait mention de /a saison ou du temps opportun, afin que pous ne soyons privez de la moisson spirituelle, en euidant cueillir le fruit avant le temps en ceste vie. Il faut donc que les fidèles se maintienent et brident leur désir par espoir et patience.

10 Parquoy pendant que nous avons Le temps. I poursuit la similitude. Car pource que le temps n’est pas tousjours propre pour Jlabourer et semer, les laboureurs sages et diligens avisent songneusement à bien employer l'opportunité, et ne la laissent point passer par oisiveté.

Comme ainsi soit done que Dieu a destiné toute la vie présente comme à labourer et semer, usons de l'opportunité qui nous est donnée cependant qu’elle dure, de peur que le moyen nous soit osté, si nous sommes paresseux. Au reste, sainct Paul ayant commencé par la libéralité qui doit estre exercée envers les Ministres, estend maintenant sa doctrine plus avant.

Car il commande de bien faire à tous : et sur tous autres il recommande /es domestiques de la foy : c'est-à-dire les fidèles, d'autant que nous sommes d’une mesme famille avec eux. Car il a usé de ceste similitude afin que la communication qui doit estre nécessairement entre, les membres d’une mesme maison, nous incitast d'avantage. Ainsi donc la condition de nature humaine, commune à {ous hommes nous oblige enverstous : mais envers les fidèles un lien plus estroit de consanguinité et parentage spirituel, lequel est consacré entre nous par le Seigneur,

Cuar. VE.

A1 Fous voyez quelles grandes letres je vous ay escrites de ma main. 12 Tous ceux qui veulent selon la chair plaire en La chair, sont ceux qui vous contraignent d'estre circoncis : afin seulement qu'ils n'endurent persécu-

tion pour la croix de Christ.

13 Car ayans mesme la Circoncision, ils ne gardent? point la Loy : mais veulent que soyez circoncis, afin qu'ils se glorifient en vostre chair.

1) Ou, cherchent belle apparence en la chair.

Âl Fous voyez quelles grandes letres, etc. Pource que le mot Grec est ambigu, on pourroit aussi traduire en Impératif, Voyez quelles grandes, etc.

Sainct Paul pour mieux monstrer aux Galatiens le soin qu’il ha d'eux, leur dit que de sa propre main il leur à escrit une si longue letre, et aussi pour les rendre plus attentifs à la lecture d’icelle. Car d'autant - qu’il avoit pris plus grande peine pour Pamour d'eux, d’autant devoyent-ils estre plus esmeus à la lire, non pas par forme d’acquit, mais d’une affection songneuse.

A2 Tous ceux qui veulent selon la Jace. Premièrement, V’ouloir plaire en la chair, c'est pourchasser par ambition la grâce des hommes, et non point pour édification. Et ü use d’un mot composé, qui signifie acquérir grâces par allèchemens de douceur tant au visage qu’en paroles. [accuse donc d’ambition les fauxaposires : comme s’il disoit, Voulez-vous sçavoir quelles gens ce sont ceux qui vous contraignent à vous circoncir, et que c’est qu'ils regardent, et qu’ils pourchassent? Vous-vous abusez si vous pensez qu'ils soyent poussez de quelque bon zèle : mais ils veulent par cela acquérir la faveur des hommes ou s’y entretenir.

Car pource qu'ils estoyent Juifs, ils vouloyent par ce moyen s’entretenir en la grâce de ceux qui estoyent de leur nation, ou pour le moins éviter la haine d’iceux. Ainsi ont accoustumé de faire les ambitieux, en flattant d’une façon servile ceux par le moyen desquels ils espèrent devenir grans : ils taschent par subtils moyens à acquérir leur grâce, afin qu'après avoir déchassé d’autres qui sont meilleurs, ils règnent tous seuls. Il descouvre aux Galatiens lPintention malicieuse de telles gens afin qu’ils s’en donnent garde. Afin seulement qu'ils

2) Ou, ceux-mesme qui sont circoncis, ne gardent.

nendurent persécution. Derechef, il appelle la pure prédication de l'Evangile la croix de Christ. Mais il fait allusion à la mignardise de tels, qui vouloyent enseigner Christ sans croix. Car C’estoit la caûse pourquoy les Juifs estoyent esmeus d’une si grande rage à lencontre de sainet Paul : asçavoir pource qu’ils ne pouvoyent endurer qu'on délaissast les cérémonies. Ceux-ci donc pour éviter persécution, flattoyentles Juifs. Que s'ils eussent gardé la Loy eux-mesmes, il eust esté plus tolérable : maïs ils troubloyent toute l'Eglise, pour leur repos particulier : ils ne faisoyent point de difficulté d'imposer un joug tyrannique sur les povres consciences, afin que cependant ils fussent exempts de fascherie corporelle.

Ainsi de crainte qu'ils avoyent de la croix, ils corrompoyent la vraye prédication de la croix.

13 Car ayans la Circoncision. L’ancien translateur Latin et Erasme ont traduit, Ceux qu’on circoncit. Mais pource que je pense que sainct Paul ne parle pas généralement de tous, mais seulement des Docteurs : pour éviter l'ambiguïté, j'ay mieux aimé le traduire ainsi. Le sens donc est tel, Quand ils nous assujetissent au joug des cérémonies, ils ne le font pas pour zèle qu’ils ayent à la Loy. Car avec leur Circoncision ils ne gardent point la Loy. Vray est que sous couleur &e la Loy, ils requièrent que vous soyez circoncis :

mais combien qu’ils soyent circoncis eux-mesmes, nonobstant ils ne font point ce qu’ils enjoignent aux autres. Au reste, on est en doute s’il entend de toute la

Loy, ou des cérémonies seulement, quand

il dit, Qu'ils ne gardent point la Loy.

Car il y en a aucuns qui l’exposent ainsi, Qu’eux-mesmes ne satisfont point à la Loy, d'autant que c’est une charge insup-

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