‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 88 sur 99 · NU NO · texte numérisé non relu

NU NO

Car. VI.

portable. Mais plustost il les accuse de mauvaise conscience : pource qu’ils estoyent hardis contempteurs de la Loy, toutes fois et quantes qu’il n’y avoit point de danger d’en estre hays. Et C’est une peste, qui est aujourd'huy par tout. Car on en trouvera aujourd'huy plusieurs, qui maintiendront la tyrannie de la Papauté plus par ambition que de conscience. Je parle des apostres de cour et de tous ceux qui suyvent la fumée des cuisines. Ils prononceront avec authorité comme si C’estoit un arrest de Dieu, qu’il faut observer avec révérence les status de la saincte Eglise Romaine. Et eux cependant que font-ils? Ils ne font non plus de conte de tous les oracles du siége Romain, que du brayement d’un asne : mais ils ne se veulent point mettre en

SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS

danger. En somme, sainet Paul a eu un tel combat contre ces séducteurs, que nous avons aujourd'huy contre ceux qui font mine de suyvre l'Evangile, lesquels meslans Christ avec le Pape, nous forgent un monstre. Sainét Paul donc descouvre tels trompeurs, monstrant qu’ils ne font rien purement ne droitement :

mais qu’ils commandent la Circoncision pour acquérir la bonne grâce des Juifs, en amenant de nouveaux convertis. Car c'est cela se glorifier en la chair d'iceux. Hs veulent, dit-il, trompher de vous : et en ceste sorte ils abusent de vostre corps, pour acquérir faveur, quand en vostre chair coupée ils auront monstré bravement aux faux-zélateurs de la Loy, un tesmoignage de paix et consentement avec eux.

14 Mais quant à moy, ainsi n'adviene que je me glorifie sinon en la croix de nostre Seigneur Jésus-Christ : par laquelle le monde m'est crucifié, et moy

au monde.

15 Car en Jésus-Christ ne Circoncision nt Prépuce ne vaut aucune chose :

ains la nouvelle créature.

16 Æt tous ceux qui marcheront selon ceste règle, paix soit sur eux et misé-

ricorde, et sur l'Israël de Dieu.

17 Quant au reste, que personne ne m'en donne fascherie ! : car je porte en mon corps les flestrissures du Seigneur Jésus. 18 Frères, la grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit avec vostre esprit.

Amen.

1) Ou, Que nul désormais ne me baille peine: car je porte.

14 Mais quant à moy. Maintenant il oppose aux entreprises des faux-apostres la rondeur et pureté de son cœur : comme s’il disoit, Telles gens afin de n’estre contraints de porter aucune croix, renoncent la croix de Christ : ils font comme marchandise de vostre chair pour acquérir la grâce des hommes : brief ils font leurs triomphes de vous. Mais quant à moy, mOn triomphe et ma gloire est en la croix du Fils de Dieu. Si les Galatiens r’eussent estèé du tout despourveus de sens commun, ne devoyent-ils pas avoir en horreur ceux-ci, lesquels ils voyent se jouer ainsi à leurs despens? Se glorifier en la croix de Christ, est autant comme en Christ crucifié : sinon que le premier est plus signifiant. Car il signifie ceste mort plene d’ignominie et oppro-

bre, et qui plus est, maudite de Dieu. I dit donc, que ceste croix, que-les hommes ont en horreur, et de laquelle ils ont honte, c’est cela en quoy il se glorifie, d'autant qu’il ha une parfaite béatitude en icelle. Car là où le souverain bien est, là aussi y est la gloire. Et pourquoy n'est-elle autre part? Car combien que le salut ait esté présenté en la croix de Christ, que dirons-nous de la résurrection? Je respon, que toute la rédemption, et les parties d’icelle sont contenues en la croix : mais la résurrection de Christ ne nous destourne point de sa croix.

Aussi il nous faut noter, comment il ha eu abomination toute autre gloire, ainsi qu'une peste morteile. Car ce mot, Ainsi n'adviene, vaut autant comme s’il disoit, Que Dieu vueille destourner une telle

peste et malencontre, Par laquelle le monde m'est crucifié, etc. Pource que le mot Grec est ambigu , on pourroit dire aussi, Par lequel, en le rapportant à Christ. Toutesfois, selon mon jugement, il vaut mieux le rapporter à la croix : car proprement c’est par icelle que nous mourons au monde. Mais que signifie yci le monde ? Il ne faut point douter qw’il ne soit mis à l’opposite de la nouvelle créature. Tout ce donc qui est contraire au royaume spirituel de Christ, est appelé le Monde, pource qu’il appartient au vieil homme. Ou bien, pour le dire en un mot, Le Monde est comme l’object et le but du vieil homme. Sainct Paul dit, Qu'iceluy est crucifié: et en ce sens il proteste autre part, qu’il a réputé toutes choses comme fiente et ordure , Phil., IH, Y. 8. Car le crucifiement du monde, c’est quand on ha le monde en contemnement et desdain, Il adjouste aussi que mutuellement ê/ est crucifié au monde : entendant par cela que ce luy est tout un de n’estre rien estimé, voire d’estre réduit à néant, pource que cela ne luy fait point de mal, veu qu’il estmort: oubienentend qu’il a renoncé au monde en mortifiant le vieil homme. Car quant à ce qu'aucuns l’exposent ainsi, Si le monde m'ha en exécration et pour excommunié, je l’ay aussi de ma part en abomination : ce sens me semble estre un peu loin de l'intention de Sainct Paul. J'en laisse toutesfois le jugement aux Lecteurs.

15 Car en Jésus-Christ ne Circoncision, etc. C’est la raison pourquoy il est crucifié au monde, et le monde à luy, pource qu’en Christ, auquel il est enté, rien n’est estimé sinon la nouvelle créature. Il faut donc que toutes autres choses s’en aillent, et mesmes qu’elles soyent du tout anéanties. J’enten celles qui empeschent le renouvellement de PEsprit.

C’est ce qu’il dit aussi en la seconde Epistre aux Corinthiens, V, v. 47, Si aucun est en Cbrist, qu’il soit nouvelle créature : c’est-à-dire, Si aucun veut estre du règne de Christ, qu'il soit réformé par l'Esprit de Dieu, qu’il ne vive plus à soy ni au monde, ains qu'il soit régénéré en nouvelle vie. Or il a esté dit ci-dessus pourquoy il infère de ceci, Ne la Circon-

Cuar. VI cision ni le Prépuce, ete., asçavoir pource que la vérité de l'Evangile, engloutit par manière de dire, et espuise toutes les figures de la Loy.

16 Et tous ceux qui marcheront selon ceste règle. Tous ceux , dit-il, qui gardent ceste règle, bien leur soit et prospérité. Ceste façon de souhaiter bien à quelqu'un, est un signe aussi d’approbation. Il signifie donc qu’on doit aimer et donner toute faveur à ceux qui apportent une telle doctrine : et au contraire, que ceux qui s’en eslongnent, sont indignes d’estre ouïs. [l a mis ce mot de ARegle, pour exprimer un fil certain et perpétuel, lequel tous fidèles annonciateurs de l'Evangile doyvent suyvre. Car comme les maistres massons ont leur niveau auquel ils compassent les édifices qu’ils ont à bastir, afin que toutes les parties du bastiment s’entretienent l’une avec l’autre par une juste proportion et compassement:

ainsi il assigne une règle aux Ministres de Ja Parole, afin qu’ils puissent édifier l'Eglise deuement et par bon ordre. Ce passage doit donner une merveilleuse alaigreté tant aux bons et fidèles Ministres, qu’à tous ceux qui endurent d’estre faconnez à la règle d’iceux, quand ils oyent qu'ils sont bénits de Dieu par la bouche de S. Paul. Il ne faut point donc que nous craignions plus les foudres du Pape, puis que Dieu nous promet paix et miséricorde du ciel. Ce mot Marcher, peut estre rapporté tant au Ministre qu’au peuple, jà soit qu'il compète principalement aux Ministres. Quant à ce qu'il a usé du temps à venir, Marcheront, c’est pour signifier la persévérance. ÆË sur l'Israël de Dieu. I se mocque tacitement de la folle vanterie des faux-apostres, qui se glorifioyent de la race charnelle d'Abraham. Il fait donc deux Israëls :

l'un masqué, qui soit apparent devant les yeux du monde : l’autre lIsraël de Dieu.

La Circoncision estoit une masque devant le monde : mais la régénération estoit la vérité devant Dieu. Brief, il appelle l’Israël de Dieu, ceux lesquels il avoit nommez auparavant enfans d’Abraham par foy : et ainsi il comprend les fidèles, qui tant des Gentils que des Juifs, sont assemblez et unis à une mesme

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