‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 89 sur 99 · PE, A · texte numérisé non relu

PE, A

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Eglise. Au contraire, l’Israël de la chair, ne se vantoit que de la race et du lignage : et d’iceluy il est parlé au chap. IX, v. 6, aux Romains.

47 Que personne ne m'en donne fascherie. I] parle yci en authorité pour ranger ses adversaires. Car il Gif ceci comme ayant droict de puissance et supériorité par-dessus eux. Qu'ils ne m'empeschent plus, dit-il, au cours de ma prédication.

Car il estoit prest d’endurer fascheries pour lPamour de tous : mais il ne veut point estre destourbé par contradictions.

Parquoy donner fascherie, signifie yci s'opposer pour troubler lPavancement de l’œuvre. Il dit Quant au reste, c’est asçavoir hors mis lanouvelle créature : comme s’il disoit, Il me suflit de ceci : quant au reste , je ne m'en soucie point, d'autant qu'il ne fait rien à propos. Que nul donc ne me suscite aucun débat sur Ces Choses. Or il s'eslève par-dessus tous les hommes du monde, ne permettant point à aucun d'iceux de troubler et impugner son ministère. Il y a mot à mot, Du reste, ou Du résidu : en quoy, selon mon jugement, Erasme s’est abusé, le rapportant au temps, D’oresenavant. Car je porte en mon corps les flestrissures du Seigneur. H démonstre de quelle asseurance et à quel titre, comme on dit, il s’attribue ceste authorité : asçavoir pource qu’il porte les enseignes de Christ en son corps. Et qui sont ces enseignes? Ses liens, ses buffes, ses emprisonnemens, bâtures, lapidations, opprobres : brief, toutes les injures et outrages qu’il avoit endurez pour le tesmoignage de PEvangile. Car comme les guerres de ce monde

SUR L'ÉPISTRE AUX GALATIENS

ont leurs honneurs et louanges, desquelles les capitaines anoblissent la prouesse et vertu de leurs gendarmes :

ainsi nostre Capitaine Christ orne de ses marques ceux desquels il s’est servi en choses excellentes, afin qu’ils soyent veus et éminens par-dessus les autres.

Mais il y a grande différence entre les marques de Christ et les autres. Car celles de Christ se sentent de la nature de la croix : et pour ceste cause elles sont ignominieuses devant le monde. Ce que signifie aussi le mot Grec duquel sainct Paul use, Séigmates. Car il signifie de mot à mot, une impression vive ou flétrissure. Mais les marques qu’on imprimoit anciennement aux serfs barbares, ou aux serfs fugitifs, ou aux malfaiteurs, estoyent appelées ainsi. Sainct Paul donc a parlé proprement, quand il se vante qu’en luy reluysent les marques desquelles Christ a accoustumé d’orner ses plus vaillans champions : c’est-à-dire lesquelles sont infÂmes et honteuses devant le monde, mais elles sont plus excellentes devant Dieu et les Anges que tous les honneurs du monde. La ‘grâce de nostre Seigneur Jésus-Christ soit avec vostre esprit, elc. I prie que la gràce de Dieu soit tellement avec eux , que nonseulement eile s’espande sur eux abondamment : mais aussi qu’ils lappréhendent d’un vray sentiment en leur esprit.

Car lors nous en jouissons vrayement , quand elle parvient jusques à nostre esprit. Il faut donc prier Dieu qu’il prépare en nos cœurs un siége pour sa grâce.

Amen.

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ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

On sçait assez qu'Ephèse a esté une ville d'Asie la mineur, renommée pour beaucoup de raisons. Or sainct Luc récite és Actes comment le Seigneur s’est acquis là un peuple par le ministère de sainct Paul, quel commencement d’Eglise, et quel avancement il y a eu. De moy, je toucheray yci seulement ce qui appartient proprement à l'argument de lPEpistre. Sainct Paul avoit instruit les Ephésiens en la pure doctrine de l'Evangile. Estant prisonnier à Rome, et voyant qu'ils avoyent besoin de confirmation, il leur a escrit ceste Epistre. Es trois premiers chapitres il s’arreste principalement à louer et magnifier la grâce de Dieu. Car dés le commencement du premier chapitre après la salutation, il parle de Pélection gratuite de Dieu, afin qu’ils recognoissent qu’ils sont maintenant appelez au Royaume de Dieu, d'autant qu’ils avoyent esté prédestinez à vie, avant qu’ils fussent nais. Et en ceci reluit la miséricorde admirable de Dieu, entant que le salut des âmes procède de Padoption gratuite, comme de sa vraye et naturelle source. Et pource que les esprits humains sont trop foibles pour comprendre un secret si haut, il se met à prier Dieu qu’il illumine les Ephésiens en la plene cognoissance de Christ.

Au second chapitre, pour mieux amplifier la grandeur de la grâce par comparaison de leur condition précédente, il leur réduit en mémoire combien ils estoyent misérables ayant qu’ils fussent appelez à Christ. Car nous ne pouvons jamais assez appercevoir combien nous devons au Seigneur Jésus, et n’estimons jamais comme il appartient combien sont grans ses bénéfices envers nous, sinon qu’on nous melte à l’opposite devant les yeux combien est nostre condition misérable hors d’iceluy. Il fait aussi une seconde amplification, disant qu’ils estoyent Gentils, estranges des promesses de la vie éternelle, lesquelles Dieu avoit seulement faites aux Juifs.

Au troisième chapitre, il déclare que son Apostolat avoit esté particulièrement destiné pour les Gentils, afin que ceux qui avoyent esté long temps estranges, fussent insérez maintenant au peuple de Dieu. Et pource que c’estoit une chose non accoustumée, et qui par sa nouveauté troubloit l'esprit de plusieurs, il Pappelle un secret caché de tous temps : disant toutesfois que la dispensation de ce secret Iuy a esté commise. Vers la fin il prie derechef que Dieu vueille donner aux Ephésiens

une parfaite et vive cognoissance de Christ, afin qu’ils n’appètent point de sçavoir autre chose. Par ces propos non-seulement il prétend de faire que les Ephésiens recognoissent tant de bénéfices et grâces que Dieu leur a faites, et qu’ils monstrent ceste affection, se desdians du tout à luy : mais plustost de leur oster toute doute de leur vocation. Car il est vray-semblable que sainct Paul craignoit que les fauxapostres ne veinssent à troubler leur foy, leur faisans à croire qu’ils n’avoyent esté instraits qu'à demi.” Car ils avoyent esté Gentils : et ayans receu la vraye doctrine Chrestienne, ils n’avoyent point ouy parler ne des cérémonies, ne de la Circoncision. Mais ceux qui vouloyent mettre la Loy en usage entre les Chrestiens, disoyent que tous ceux qui n’estoyent point consacrez à Dieu par la Circoncision, estoyent profanes. Car c’estoit leur chanson commune, Que nul ne devoit estre réputé entre le peuple de Dieu, qui ne fust circoncis : et que toutes les cérémonies commandées par Moyse, devoyent estre gardées. Et pour ceste cause ils calomnioyent sainct Paul, de ce qu’il faisoit Christ commun aussi bien aux Gentils comme aux Juifs : et affermoyent que son Apostolat estoit une profanation de la doctrine céleste, d’autant que sans aucune différence il présentoit et prostituoit ainsi l'alliance de grâce

à gens immondes. Afin donc que les Ephésiens estans assaillis de telles calomnies :

ne changeassent de propos, il leur a voulu donner remède. Ainsi quand d’un costé il leur remonstre tant diligemment qu’ils ont esté appelez à l'Evangile, pource qu’ils avoyent esté éleus devant la création du monde, il les admoneste d’autre part, de ne penser point que l'Evangile leur ait esté apporté à l'aventure par volonté des hommes, ou qu’il ait prins sa volée vers eux. Car il dit que quand Christ leur a esté presché, une telle prédication n’a esté autre chose que la publication du décret éternel de Dieu. Quand il leur met devant les yeux la mal-heureuse condition de leur vie passée, il les admoneste quant et quant que ça esté par une miséricorde de Dieu singulière et admirable qu’ils sont sortis d’un gouftre si profond. Quand il parie de l’Apostolat qui luy avoit esté commis envers les Gentils, c’est pour les confermer en la foy qu'ils avoyent une fois receue, d'autant que ce qu’ils avoyent esté appelez en la communion de l’Eglise, s’estoit fait par la volonté de Dieu. Combien que cependant autant qu’il y a yci de sentences, ce sont autant d’exhortations pour inciter les Ephésiens à recognoistre les bénéfices de Dieu.

Au quatrième chapitre il descrit le moyen par lequel le Seigneur gouverne. et maintient son Eglise : asçavoir par l'Evangile qui est presché par les hommes. Dont il s’ensuit qu’elle ne peut estre autrement conservée en son entier, et que c’est-ci le but de la vraye perfection. Parquoy, l'intention du sainet Apostre est, de recommander aux Ephésiens le ministère par lequel Dieu règne entre nous. Puis après, il vient à parler des fruits de la prédication : asçavoir d’innocence et saïncteté, et de tous devoirs d’un Chrestien. Et non-seulement il enseigne en général quelle doit estre la vie des Chrestiens, mais aussi y entremesle des instructions particulières, qui dépendent de la vocation particulière d’un chacun.

SUR

L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

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