‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 91 sur 99 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

A Et lors que vous estiez morts en vos défautes et péchez",

9 Esquels quelque ternps vous avez cheminé selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l'air, qui est l'esprit qui besongne mainte nant és enfans de désobéissance ?.

3 Entre lesquels aussi nous tous avons conversé quelque temps, és concupiscences de nostre chair, exécutans les désirs de la chair et de nos pensées : et estions de nature enfans d'ire, comme aussi les autres.

1) Col.,11,13. 2) Ou, rébellion.

A Et lors que vous estiez. Il exposeet | cependant qu’il s’arreste à exaggérer esclarcit ce qu’il avoir dit ci-dessus. Car | Pun et l’autre membre, il enveloppe telafin d'appliquer mieux aux Ephésiens | lement les mots que le fil du propos ne ceste louange générale de la grâce, il | continue point bien .coulant. Toutésfois « leur réduit en mémoire leur première | quoy que les paroles soyent entremes- . condition. Or ceste application contient | lées, le sens cependant ne laisse pas d’es- | deux membres : asçavoir, Vous estiez ja- | tre bien clair, moyennant que nous rap- w dis perdus: et Dieu vous a maintenant | portions tout ce qu'il dit à ces deux mem= délivrez de perdition par sa grâce. Mais | bres. Parlons maintenant du premier.

Cuar. IL,

dit qu'ils estoyent morts: et quant ct quant il exprime la cause de leur mort, asçavoir leurs péchez. I n'entend pas seulement qu’ils ayent esté en danger de mort: mais il signifie que c’estoit une vraye mort et présente, de laquelle ils estoyent desjà opprimez. Car comme ainsi soit que la mort spirituelle n’est autre chose que quand l’âme est destournée de Dieu : nous naissons tous morts , et vivons morts, jusques à ce que nous soyons . faits participans de la vie de Christ. Et de là vient que Christ dit, L'heure est mainnant venue, que les morts orront la voix du fils de Dieu: et ceux qui l’auront ouye , vivront, Jehan, V, v. 28, Les Papistes, qui ne tendent à autre chose qu’à amoindrir la grâce de Dieu en quelque sorte que ce soit, disent que nous s0ommes à demi morts hors Christ. Mais ce n’est point pour néant. que le Seigneur luy-mesme, et après luy son Apostre, nous excluënt totalement de la vie, tandis que nous demeurons en Adam : et ne disent point Sans cause que la régénération est une nouvelle vie de l’âme, par laquelle elle ressuscite des morts. Je: confesse bien qu'il y a quelque vie de reste en nous, quand nous sommes encore aliénez de Christ. Car infidélité n’esteint point tout sentiment, ne lawolonté, ne les autres facultez de l’âme. Mais que sert cela au royaume de Dieu ? que sert-il à [a vie bien heureuse? veu que tout ce que nous sentons , voulons , et pensons , est mort. Arrestons-nous donc à ceci, que la conjonction de nostre âme avec Dieu, est la vraye et seule vie d’icelle : et par conséquent que nous sommes du tout morts hors Christ, pource que Le péché (qui est la matière de mort) règne en nous.

2 Esquels quelque temps vous avez cheminez, etc. 11 monstre évidemment par les effets ou les fruits, que le péché régnoit jadis en eux. Car les hommes ne cognoissent jamais bien la force du péché, sinon quand il en sort en œuvres extérieures. Quand il adjouste Selon le cours de ce monde, il signifie que ceste mort de laquelle il fait mention, ha son cours en la nature humaine, en sorte que c’est une maladie universelle. Car il n'entend pas le cours ordinaire du monde

SUR L’ÉPISTIRE AUX ÉPHÉSIENS

que Dieu a ordonné: ne les élémens, comme Île ciel, la terre et l'air, mais la perversité de laquelle nous sommes tous infectez: en sorte que ce n’est point un vice qui soit particulier à aucuns, mais duquel tout le monde est saisi. Selon ie principe de la puissance de l'air. H passe encore plus outre maintenant, démonstrant que la cause de nostre corruption est, que le diable ha domination et principauté Sur nous: qui est le mot le plus grief qu’on eust sceu dire pour condamner le genre humain. Car que nous laisse de reste celuy qui dit que nous sommes esclaves du diable, et à son commandement, tandis que nous'vivons hors du règne de Christ? À bon droict done nous devons avoir nostre condition en horreur, quoy qu’elle plaise à plusieurs, ou pour le moins ne leur desplaise pas assez. Où est maintenant le franc arbitre, le gouvernement de la raison, et la veriu morale, desquelles choses les Papistes gazouillent tant? Quelle pureté ou droiture trouveront-ils sous la tyranniedu diable? Mais c’est bien avisé à leurs affaires, quand ils détestent ceste doctrine de sainct Paul comme une grande hérésie.

Or je di qu’il n’y a rien obscur en ces paroles: Asçavoir que tous ceux-là bataillent sous l’enseigne et règne de Satan, lesquels vivent selon le monde: c’est-àdire, selon le naturel de leur chair. Au reste, il nomme le diable au nombre singulier, selon la coustume de lPEscriture.

Car tout ainsi que les enfans de Dieu ont un Chef, aussi ont les meschans : et les uns et les autres font éhacun un corps.

Ainsi la principauté de tous les meschans est atiribuée à un, en sorte qu'il se fait une masse d’impiété. Quant à ce qu’il assigne au diable puissance en l'air, nous en parlerons ci-après au sixième chapitre.

Maintenant nous noterons seulement que ç’a esté une grande resverie aux Manichéens d’avoir voulu asseurer par ce passage qu’il y a deux principes, comme si Satan avoit puissance de faire quelque chose sans la volonté de Dieu. Car sainct Paul ne luy attribue point un souverain empire, lequel ne soit point sujet à la volonté du seul Dieu, mais seulement une tyrannie laquelle il exerce par la permis-

sion de Dieu. Car qu'est Satan autre chose que le bourreau de Dieu, pour punir l’ingratitude des hommes ? Et c’est ce que sainct Paul veut dire quand il dit qu’il besongne és enfans d’infidélité seulement. Car par ce moyen il exempte les enfans de Dieu de la puissance de Satan.

Que si ainsi est, il s’ensuit donc que Satan ne fait rien que par la volonté d’un supérieur , et qu’il n’ha point la plene puissance en s0y. Combien que nous recueillons aussi de cela, que les meschans n’ont point d’excuse en ce qu'ils Commettent toutes meschancetez à l’instigation de Satan. Car comment se fait cela, qu’ils soyent sujets à sa tyrannie, sinon d'autant qu’ils sont rebelles à Dieu? Que s’il n’y en a point qui servent à Satan, sinon ceux qui sont hors de la conduite de Dieu, ou plustost qui refusent de se ranger sous son obéissance, qu’ils s’imputent à eux-mesmes la faute, de ce qu’ils ont un seigneur si pernicieux. Il a mis enfans de désobéissance, pour gens rebelles, selon la façon des Hébrieux. Et certes infidélité ha tousjours pour compagne désobéissance: mesme elle est la source et la mère de toute obstination.

3 Entre lesquels, etc. Afin qu'il ne semble qu'il reproche par injure aux Ephésiens quels ils ont esté, ou que par un orgueil Judgïque il déboute et desdaigne les Gentils, il se met du nombre et ses semblables. Et ne dit point ceci par hypocrisie : mais donne gloire à Dieu par vraye confession. Toutesfois on se pourroit esbahir de ce qu'il confesse qu'il à conversé és concupiscences charnelles, luy qui se vante ailleurs d’avoir esté sans répréhension toute sa vie, Phil., IE, v. 6. Je respon que ceci est commun à {ous ceux qui ne sont point encore régénérez par l'Esprit de Christ. Car quoy que la vie d’aucuns soit louable en apparence, d’autant que les concupiscences ne viennent point en évidence devant les hommes, toutesfois il n’y à rien qui ne soit corrompu et souillé hors la fontaine de toute pureté. D’avantage, il faut noter la définition, que c’est cheminer selon les désirs de la chair : c’est asçavoir faire ce qui est plaisant à Ja chair et à l’entendement: c’est-à-dire, vivre selon la conduite

Cuar. Il

de sa nature ét raison. Car la chair, signifie yei l’inclination de nature, comme on dit. Après est adjousté le nom de Pensées, qui procèdent de l’entendement. Or le mot d'Entendement comprend toute la raison qui est de nature en l’homme. Et pourtant le mot de Concupiscence , ne se rapporte pas seulement aux appétis inférieurs, Ou à la partie sensuelle, qu’on dit, mais touche jusques au plus haut. Et eslions de nature , etc. I] dit que tous sans en excepiter un, sont sous condamnation, jusqu’à ce qu’ils soyent délivrez par Christ, soyent Juifs ou Gentils comme il le dit aussi en l’Epistre aux Galatiens , IF, v. 46: en sorte qu’il n’y a nulle justice, nul salut, brief, nulle excellence hors Christ. Par les enfans d’ire, entendons simplement Perdus, et dignes de mort éternelle. Car l’Ire signifie le jugement. Parquoy Enfans dire, vaut autant comme condamnez devant Dieu. S. Paul monstre yci que les Juifs, et tous ceux qui ont esté excellens en l'Eglise, estoyent tels : et ce de nature, c’est-à-dire de naissance, et dés le ventre de la mère.

C'est un passage digne d’estre noté contre les Pélagiens, et contre tous ceux qui nient le péché originel. Car ce qui est naturellement en tous, il est certes originel. Or $. Paul enseigne que nous sommes tous naturellement sujets à condamnation. Il s’ensuit donc que péché est comme fiché en nous : car Dieu ne condamne point les innocens. Les Pélagiens usoyent de cesie cavillation, disans, Que le péché estoit descendu d'Adam à tout le genre humain, non pas par origine ou naissance , mais par imitation. Mais S. Paul dit que nous sommes engendrez avec le péché : comme les serpens apportent leur venin du ventre de leurs mères.

Ï y en a d’autres qui ne répugnent point moins aux paroles du S. Apostre, disans que le péché originel n’est pas vrayement péché. Car où il y a damnation, il faut qu’il y ait péché : d’autant que Dieu ne se courrouce pas contre les hommes estans innocens, mais contre le péché. Et ne se.

faut point esbahir si ceste perversité qui est en nous naturellement, est réputée péché devant Dieu : car il voit et juge la semence qui est encore cachée. Toutes-

Cuar. I.

fois on peut faire yci une question : Pourquoy c’est que S. Paul assujetit à ire et malédiction les Juifs aussi bien que les autres , veu qu'ils estoyent toutesfois la semence bénite. Je respon, que la nature est commune, et que les Juifs diffèrent des Gentils seulement en ceci: que Dieu les délivre de perdition par la grâce de la promesse. Mais cela est un remède survenant. 1] y a aussi une autre question:

Veu que Dieu est autheur de nature, Comment se fait cela qu’il n’est point coul-

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

pable, si ainsi est que nous soyons perdus de nature ? Je respon, qu’il y a double nature. L'une est créée de Dieu: l’autre c'est la corruption de ceste première.

Ceste condamnation done (de laquelle parle yei S. Paul) ne procède point de Dieu, mais de la nature corrompue. Car nous ne naissons pas maintenant ainsi qu'Adam a esté créé du commencement :

mais nous sommes une semence bastarde, estans descendus d’un homme révolté et corrompu.

k Mais Dieu qui est riche en miséricorde, par sa grande charité, de la-

quelle il nous à aimez,

5 Du temps mesme que nous estions morts en péchez, nous à vivifiez ensemble avec Christ? (vous estes sauvez par gräce*?) 6 Et nous a ressuscitez ensemble, et nous a fait seoir ensemble és lieux cé-

lestes en Jésus-Christ.

7 Afin qu'il monstrast és siècles à-venir l'abondante richesse de sa gräce par sa bénignilé envers nous en Jésus-Christ.

1) Ou, à Christ, ou, par Christ.

4 Mais Dieu. S'ensuit maintenant le second membre, duquel la somme est que Dieu a délivré les Ephésiens de la perdition à laquelle ils estoyent du tout attachez. Mais il use d’autres mots. Dieu qui est riche en miséricorde, dit-il, vous à vivifñiez avec Christ. Il donne à entendre par cela qu’il n’y à point d’autre vie de l’âme, que celle qui nous est inspirée par Christ. Parquoy lors nous commençons à vivre, quand nous sommes entez avec luy, pour jouir d'une mesme vie et commune avec luy. De quoy nous pouvons recueillir que c’est qu’il a entendu ci-dessus par La mort. Car la mort, de laquelle il a parlé, et ceste résurrection de laquelle il parle maintenant, sont choses opposites. Or c’est-ci un bénéfice inestimable, que nous soyons faits participans de la vie du Fils de Dieu : en sorte que nous ayons force et vigueur par un mesme Esprit que luy.

Et pourtant il exalte en cest endroit la miséricorde de Dieu, de laquelle parlant en ce terme de Richesses, il entend qu’elle a esté espandue abondamment et magnifiquement. Or combien que par ces paroles il attribue tout nostre salut à la miséricorde de Dieu, toutesfois inconti-

qi

Lo

2) Ou par la grâce duquel vous estes sauvez,

nent après il constitue plus expresséement la cause en la bonté gratuite, quand il dit que cela a esté fait Par sa grande charité. Car il signifie que ceste a esté la seule considération qui à esmeu Dieu :

comme aussi sainct Jean dit, 4 Jehan, IV, 40, Non pas que nous l’ayons aimé les premiers : mais luy nous a aimez le premier. Ce mot Mesme, emporte poids :

comme aussi au VI des Romains.

5 Fous estes sauvez par grâce. Je ne sSçay si quelque autre a entrelacé ceci :

toutesfois pource qu’il ne contient rien qui ne conviene bien au texte, je le reçoy volontiers comme escrit par sainct Paul. Et de faict, nous voyons comment il ne peut jamais assez à son gré louer l'excellence de la grâce : et pour ceste cause il répète souvent par plusieurs paroles, qu’il n’y à rien en nostre salut qu’il ne fale attribuer à Dieu. Certes quiconque considérera deuëment l’ingratitude des hommes, il ne rejettera point ceste parenthèse comme superflue.

6 Æl nous a ressuscilez ensemble, et nous à fait seoir, etc. Nous ne voyons pas encore de nos yeux ce qu’il dit yci de la résurrection, et de ce que nous serons assis au ciel : toutesfois il enseigne

que ces bénéfices nous sont conférez, comme si desjà nous en avions la jouissance entre-les mains : et ce afin d’exalter d'autant plus le changement de nostre condition, quand d'Adam nous sommes transférez à Christ. Certes comme s’il disoit que nous sommes transportez du plus profond des enfers au ciel. Et à la vérité, quoy que nostre salut soit encore caché en espérance quant à nous, nonobstant en Christ nous possédons Pimmortalité et gloire bien heureuse. A ceste cause il adjouste, En Christ :

pource que les choses qu’il récite n’apparoissent point encore és membres, mais seulement au Chef : toutesfois à cause de ceste union secrète que les membres ont avec le Chef, elles leur appartienent pour certain, et vienent jusques à eux.

Les autres ont tourné, Par Christ : mais En Christ, est plus convenable, pour Ja raison que j'ay notée. Et on doit recueillir de ceci une singulière consolation : asçavoir, qu’en la personne de Jésus-Christ, nous avons un gage certain, et comme les prémices de toutes choses qui nous défaillent.

7 Afin qu'il monstrast és siècles àvenir. Il répète derechef la cause finale, atin que les Ephésiens s’exercent en la méditation continuelle d'icelle, et que d'autant mieux qu’ils cognoistront la cause de leur salut estre juste, asçavoir que Dieu soit glorifé, tant plus ils soyent certains d'iceluy. Il adjouste aussi que Dieu à voulu consacrer à tous aages la

Car. IL mémoire d’une bonté si admirable : et c’est pour rendre plus odieux ceux qui impugnoyvent la vocation gratuite des Gentils. Car ils taschoyent d’abolir dés la première entrée une chose digne de mémoire de siècle en siècle. Ceperidant nous sommes admonestez par ceci, que

nous devons célébrer à perpétuité la mé-

moire de la miséricorde de Dieu, par laquelle il luy à pleu recevoir nos Pères du rang de son peuple. Car la vocation des Gentils est une œuvre admirable de la bonté de Dieu : laquelle les pères doyvent enseigner de main en main à leurs enfans et aux enfans. de leurs enfans :

afin qu’elle ne tombe jamais de Ja mémoire des hommes par faute d’en parler.

L'abcadante richesse par sa bénignité envers nous. Maintenant il démonstre ou conferme par répétition que cest amour duquel Dieu nous a aimez en son Fils, procède de miséricorde. Car il dit, Afin qu’il monstrast la richesse de sa grâce. Comment ? Par sa bénignité envers nous : c’est asçavoir, comme l'arbre est monstré en son fruit. Non-seulement doncques il afferme que l’amour de Dieu a esté gratuit, mais aussi que Dieu a en iceluy démonstré les richesses abondantes de sa grâce, et non point vulgaires, mais excellentes. IT faut aussi noter ce qu’il répète deux fois ce mot Jésus- Christ. Car il ne veut point que nous espérions de Dieu aucune grâce ni amour, que par le moyen de Jésus-Christ.

8 Car vous estes sauvez de grâce par la foy : et cela non pots de vous :

c’est don de Dieu.

9 Non point par œuvres : afin que nul ne se glorifie.

A0 Car nous sommes son ouvrage, estans créez en Jésus-Christ à bonnes -

œuvres, que Dieu à préparées afin que cheminions en icelles.

8 Fous estes sauvez de grâce. C'est comme une conélusion de ce qui à esté dit ci-dessus. Car il a parlé et de l’élection et de la vocation gratuite, afin de parvenir à faire ce sommaire, Que par la seule foy ils ont obtenu salut. Il afferme donc en premier lieu que le salut des Ephésiens est une œuvre de Dieu, et non d'autre, voire œuvre gratuite : et

quant à eux, qu’ils ont embrassé et re-

ceu ceste grace par foy. Car îl faut considérer Dieu d’un costé, et les hommés de l’autre. Il dit que Dieu ne nous doit M : c’est donc pure grâce, et non

rien point récompense ou salaire ce qu’il nous sauve. Après cela il faut sçavoir com-

ment Cest que les hommes sont fais participans du salut qui leur est offert de.

Cuar. IL

la main de Dieu. Sainct Paul respond que c’est par la foy. De là il conclud, qu’il n’y à donc en tout ceci rien du nostre. Car si du costé de Dieu il n’y a que grâce seulement, et quant à nous, nous n’apportons rien que la foy, qui nous despouille de toute louange, il s’ensuit bien que ce n’est point de nous. Ne fautil pas par ce moyen que le franc arbitre, et les honnes intentions, et les préparations inventées par les hommes, et les mérites et satisfactions cessent du tout ?

Car il n’y a rien de tout cela qui ne s’attribue une partie de la louange au salut des hommes. Parquoy la louange ne seroit pas du tout donnée à la grâce, comme sainct Paul monstre qu’il faut qu’il en soit. D'autre part, comme ainsi soit que du costé de l’homme il constitue le seul moven de recevoir salut en la foy, il rejette les autres moyens sur lesquels les hommes ont accoustumé de s'appuyer. Or la foy amène à Dieu l’homme vuyde afin qu'il soit rempli des biens de Christ. Et pourtant il adjouste, Non point de vous : afin que ne s’attribuans rien, ils recognoissent Dieu pour seul autheur de leur salut. C’est don de Dieu. En lieu qu’il avoit dit que leur salut prouvenoit de grâce, il afferme maintenant que c’est un don de Dieu :

en lieu qu’il avoit dit, Non pas de vous : il dit maintenant, Non point par œuvres.

Et pourtant nous voyons qu’il ne laisse rien de reste aux hommes quant à acquérir salut. Car il comprend yci en trois mots tout ce qu'il débat par une si longue dispute en lEpistre aux Romains, et aussi aux Galatiens : asçavoir, Que de la seule miséricorde de Dieu nous procède justice : qu’elle nous est offerte en Christ, et ce par l'Evangile : que nous en sommes faits participans par Ja seule foy, sans aucun mérite d'œuvres. Or nous pouvons facilement repousser par ce passage la vaine cavillation par lâquelle les Papistes pensent eschapper : Asçavoir que sainct Paul parle des cérémonies, quand il enseigne que nous sommes justifiez sans les œuvres, Car il est plus que certain qu’il n’est point yei question d'une espèce des œuvres seulement, mais que toute la justice de l’homme,

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

laquelle consiste és œuvres, est rejettée, voire l’homme fout entier, et tout ce qu'il ha de soy. Car il faut yei noter l’antithèse entre Dieu et l’homme, entre la grâce et les œuvres. Pourquoy seroit Dieu opposé à l’homnie, si le différent estoit seulement des cérémonies ? Parquoy les Papistes sont contraints de confesser que sainct Paul attribue yci toute la gloire de nostre salut à la grâce de Dieu. Mais ils forgent une autre bourde : que ceci est dit pour autant que Dieu confère la première grâce. Mais ils sont bien sots de penser ainsi se desvelopper, veu que sainct Paul déboute Phomme tout entier avec toutes ses facullez et puissances, non-seulement de l'entrée d’obtenir salut, mais entièrement de toutes les pariies de salut. Et puis ils sont fols au double de ne prendre point garde à ceste conclusion, {fin que nul ne se glorifie. Car il demeurera tousjours quelque reste de gloire aux nommes, cependant que hors ja grâce de Dieu, les mérites seront encore aucunement mis en conte. La sentence donc de sainct Paul ne demeurera point ferme, si on ne donne la louange entière à Dieu seul et à sa miséricorde. Au reste, on expose mal Ce passage communéement, d'autant qu’on restreint ce mot de Don, à la seule foy. Car il faut entendre, que sainct Paul répète la sentence précédente par d’autres paroles. Il n’entend donc pas que la foy soit don de Dieu, mais que le salut nous est donné de Dieu, ou que nous l’obtenons par don de Dieu.

A0 Car nous sommes son ouvrage, I prouve par la privation du contraire ce qu’il a dit, Que nous sommes sauvez par grâce : aSÇavOir pource que nous n'avons point d'œuvres dont nous puissions mériter salut, Car tout ce que nous avons de bonnes œuvres, est un fruit de la régénération. Dont s'ensuit que mesme les œuvres sont une partie de la grâce. Ce qu'il dit, Que nous sommes l'œuvre de Dieu, ne doit point estre entendu de la création commune, laquelle nous fait paistre hommes : mais il afferme que nous sommes nouvelles créatures, formez à justice par PEsprit de Christ, et non point

par nostre propre vertu. Ceci appartient seulement aux fidèles, lesquels estans nais d'Adam pervers et corrompus, sont spirituellement régénérez par la grâce de Christ, afin qu’ils commencent à estre nouveaux hommes. Parquoy, tout ce qui est de bien en nous, est une œuvre de Dieu supernaturelle. Et l'exposition s’ensuit au texte. Car il adjouste que nous sommes l'ouvrage de Dieu, pource que nous sommes créez, non pas en Adam, mais en Jésus-Christ : et non pas à une vie telle que nous voudrons, mais & bonnes œuvres. Que reste-il maintenant au franc arbitre, puis que toutes les bonnes œuvres qui procèdent de nous, sont attribuées à l'Esprit de Dieu? Que les lecteurs fidèles avisent un peu aux paroles de l’Apostre. Il ne dit pas que nous soyons aidez de Dieu, et que nostre volonté soit préparée pour courir puis après de soymesme: il ne dit pas non plus, que la faculté de bien vouloir nous soit donnée, afin qu’il soit en nous d’élire puis après lequel des deux nous voudrons, comme ont accoustumé de gazouiller ceux qui amoindrissent la grâce de Dieu entant qu’en eux est : mais il enseigne que nous sommes l’œuvre de Dieu, et que tout ce qui est de bien en nous, est sa création. Par lequel mot il signifie, qu’à ce que l’homme soit bon, il faut qu’il le forme tout entier de sa main. Ce n’est donc point seulement la faculté de bien vouloir, ou je ne sçay quelle préparation ou aide, qui soit l’œuvre de Dieu, mais aussi la droite volonté mesme.

Autrement aussi l'argument de sainct Paul ne vaudroit rien. Son intention est de prouver que l’homme ne s’acquiert nullement salut, mais qu’il le recoit de Dieu gratuitement. Et pour le prouver, il dit que l’homme n’est rien, sinon par la grâce de Dieu. Quiconque donc attribue à l’homme tant peu que ce soit hors de la gràce de Dieu, il luy donne autant de puissance à acquérir salut.

Créez en Jésus-Crist à bonnes œuvres.

Ceux qui tirent ce passage pour deschirer ou ronger la justice de la foy, sont bien loin de l'intention de sainct Paul. Pource qu'ils ont honte de nier entièrement que nous soyons justifiez par foy, et qu’ils

Car. IL

voyent qu’ils travailleroyent en vain s’ils le faisoyent, ils ont leur recours à ce subterfuge, Que nous sommes justifiez par foy, pource que le commencement de justice vient de la foy, par laquelle nous

recevons la grâce de Dieu: mais que

nous sommes faits justes par la régénération, pource qu’estans renouvelez par l'Esprit de Christ, nous cheminons en bonnes œuvres. Aïnsi, ils font la foy comme la porte, par laquelle nous entrons en justice: mais puis après, ils imaginent que nous acquérons ceste justice par les œuvres : ou pour le moins ils donnent ceste définition de Justice, que est une droiture, quand l’homme est réformé à bien vivre. Je ne me soucie point s’il y à long temps que cest erreur ait commencé, mais c’est bien abusé de ce passage, de le prendre pour tesmoignage à confermer telle fantasie. I] faut regarder quelle est l'intention de V'Apostre. Voulant monstrer que nous n'avons rien donné à Dieu pour le nous rendre obligé, il enseigne que les bonnes œuvres mesmes que nous faisons, procèdent de luy : dont s’ensuit que nous ne sommes rien que par sa pure libéralité. Maintenant, quand ceux-ci infèrent que nous sommes donc à demi justifiez par les œuvres, comment vient cela à propos de l'intention de S. Paul, et dela matière qu’il traitte ? Car c’est autre chose de disputer en quoy consiste la justice: et autre, quand on enseigne qu’elle n’est point de nous, y adjouster la raison, Pource que nous wavons rien de nostre propre és bonnes œuvres, mais sommes formez par l'Esprit de Dieu à bonnes œuvres, et ce par la grâce de Christ. Car quand le sainct Apostre déclare quelle est la cause de justice, il s’arreste principalement en ce poinct, Que les conscien-

ces ne seront jamais paisibles, si elles ne :

se reposent en la rémission des péchez.

Yeï il ne touche rien de cela: car il ne traitte autre chose, sinon que tout ce que nous sommes, nous le sommes par la grâce de Dieu. Que Dieu a préparées.

Il ne faut point rapporter ceci à la doctrine de la Loy, ainsi que les Pélagièns :

comme si sainct Paul entendoit que Dieu commande ce qui est juste, et qu’il ensei-

Cuar. Il.

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

gne quelle est la droite règle de bien vi- | osté toute occasion de nous vanter. Par-

vre. Car plustost il poursuit ce qu'il avoit commencé à monstrer, asçavoir que le Salut ne procède point de nous. Il dit donc, Que les bonnes œuvres sont préparées de Dieu avant que nous fussions nais : entendant que de nous-mesmes nous ne sommes point capables de bien vivre, mais d'autant que nous sommes formez et façonnez de la main de Dieu.

Et si la grâce de Dieu a prévenu, elle a

quoy, il faut diligemment noter ce mot, Préparées : car S. Paul démonstre par Pordre mesme, que Dieu ne nous doit rien à cause desbonnes œuvres. Comment cela? autant qu’elles sont prinses de son thrésor, où elles estoyentlong temps auparavant gardées: car il justifie et régénère ceux qi'il a appelez, Rom., chapitre NUS v. 30:

11 Partant, ayez soutenance que vous jadis Gentils en chair, estiez appelez Prépuce par celle qui est appelée Circoncision, faite de main en la chair :

12 Que vous estiez, di-je en ce temps là hors de Christ, n’ayans rien de commun avec la république d'Israël, estrangers des tables de la promesse", n'ayans point d'espérance, et sans Dieu au monde.

13 Mais maintenant par Jésus-Christ, vous qui estiez jadis loin, estes ap-

prochez par le sang de Christ,

4) Ou, alliances.

AA Partant ayez souvenance. Il âescend tousjours à lapplication spéciale, afin de monstrer la chose comme au doigt, et pour presser d'avantage. Car il admoneste derechef les Ephésiens de réduire en mémoire quels ils ont esté devant leur vocation. Ceste considération leur mettoit devant les yeux combien il s’en faloit qu'ils eussent occasion de s’enorgueillir. Puis après il leur monstre le moyen de la réconciliation, afin que se contentans de Christ seul, ils ne pensent point avoir besoin d’autres aides. Voyci quelle est la somme du premier membre, Ayez souvenance que du temps que vous estiez incirconcis, vous estiez aussi estrangers de Christ, de l’espérance de salut, de V’Eglise, et du Royaume de Dieu, en sorte que vous n’aviez nulle accointance avec Dieu. Et la somme du second membre est telle, Estans entez maintenant en Christ, vous estes quant et quant réconciliez à Dieu. Il a esté monstré ci-dessus de quoy servoit ceste souvenance, et quelle eflicace elle pouvoit avoir en leurs esprits. Gentils en chair. Il récite en premier lieu qu'ils n’avoyent point les marques et enseignes du peuple de Dieu.

Car la Circoncision estoit le signe duquel estoit marqué le peuple de Dieu, pour estre discerné des autres : et le Prépuce

estoit le signe d’un homme profane. Comme ainsi soit doncques que Dieu ait accoustumé de conjoindre les Sacremens avec ses grâces, il recueille de ce qu’ils estoyent privez du Sacrement, qu’ils n’estoyent point aussi participans de la gràce. Vray est que cest argument n’ha pas tousjours lieu, toutesfois il vaut quant à la dispensation ordinaire de Dieu. C’est pourquoy il est dit, Qw’Adam soit chassé, de peur qu'après qu’il aura gousté de l’arbre de vie, il ne vive. Certes quand encore il eust englouti tout l'arbre entièrement, si reust-il point recouvré la vie par le seul manger : mais par la privation du signe, Dieu luy ostoit aussi la vérité mesme. Ainsi, sainct Paul objecte yci aux Ephésiens le Prépuce, comme un signe de pollution: il leur oste le signe de sanctification, pour leur oster aussi la chose signifiée. Ceux-là donc s’abusent, qui pensent tout ceci estre dit en mespris de la Circoncision extérieure. Combien que je confesse aussi, que cest épitbhète, Faite de main en la chair, soit adjousté pour monstrer qu’il y a double Circoncision, et par ce moyen rabbatre la gloire des Juifs, qui se vantoyent en vain de la Circoncision litérale : et quant aux Ephésiens, les délivrer de tout scrupule, quand 1) Gen., III, 22,

ils se cognoistroyent avoir celle qui estoit la principale, et mesme qui estoit toute la vérité du signé extérieur. Il les appelle doncques, Prépuce en la chair :

pour autant qu'ils portoyvent en leurs corps le signe de leur pollution. Cependant toutesfois il démonstre tacitement que le Prépuce maintenant ne leur nuit “aucunement, G’autant qu'ils sont spirituellement circoncis par Christ. On peut lire ceci ensembléement, En la chair faite de main : ou séparéement, en sorte que ceste Circoncision soit premièrement appelée Charnelle : puis après, Faite de la main des hommes. Au reste, Sainct Paul oppose une telle Circoncision, à la Circoncision spirituelle qui est faite au cœur, laquelle il appelle Circoncision de Christ, au chap. I des Colossiens, v. 44.

Par celle qui est appelée Circoncision.

Ce mot de Circoncision, peut vyci estre prins pour les Juifs, ou en sa propre signification, pour la chose mesme. Et en ceste sorte le Sens sera, Qu'ils ont esté nommez Prépuce, pour autant qu'ils es- -1oyent privez du signe sacré, asçavoir à Ja différence des Juifs. Et ce dernier sens est confermé par lépithète qui est adjousté. Mais ceci ne sert pas de beaucoup à la somme de l'argument.

12 Que vous estiez, di-je, en ce tempslà hors de Christ. Maintenant il déclare que les Ephésiens ont esté forclos, nonseulement du signe extérieur, mais aussi de toutes choses qui sont nécessaires pour le salut et félicité des hommes. Or pource que Christ est le fondement de toutes les promesses et de l’espérance, à ceste cause il dit en premier lieu, qu’ils ont esté estrangers de luy. Or à celuy qui n’ha point Christ, il ne reste sinon perdition. Car la police mesme d'Israël estoit fondée en luy. Qu’ainsi soit, comment pourroit le peuple de Dieu estre conjoint en l’unité d’un corps sacré, sinon en un Seul Christ? Il En faut autant dire des Tables de la promesse. Car toutes les promesses dépendent de ce principe, Toutes nations seront bénites en ta semence, Gen., XXIE, 48: et sans cela, elles sont faites inutiles. De 1à vient ce que dit sainct Paul ailleurs, 2 Corint., F, 20, Autant qu’il y a de promesses, sont

Ouy et Amen en Christ. Or si l'alliance de salut est ostée, il n’y aura plus d’espérance. Quant au mot Grec yci mis, il nous a semblé bon de le traduire Tables:

ce qu’on appelle communéement Instru-

mens ou Contrats. Car Dieu à contracté

son Alliance d’une facon solennelle avec Abraham et sa postérité, asçavoir qu'il fust perpétuellement leur Dieu. Les instrumensettables de ceste Alliance ontesté faites par la main de Moyse lesquelles ont esté données en garde au peuple d’Esraël, comme un thrésor spécial: et quant aux Gentils, elles ne leur àappartenoyent.en rien. Et sans Dieu au monde. Si est-ce que ni les Ephésiens, ni les autres peuples, quels qu’ils soyent,-ne furent jamais sans quelque religion. A quel propos doncques sainct Paul les appelle-il d'un mot qui signifie 4fhéistes, c'est-àdire, Gens sans Dieu? veu que celuy est proprement Athéiste, qui n’ha nul sentiment de la Divinité, et qui sé mocque de toute religion, quelle qu’elle soit. Certes nous n'avons pas accoustumé d'appeler les superstitieux, Athéistes, mais bien ceux qui ne sont touchez de religion quelconque, Ou pour mieux dire, qui VOudroyent que toutes religions fussent esteintes. Je respon, que S: Paul a parlé ainsi à bon droict, d'autant qu’il n’estimoit rien toutes lés opinions qu’on avoit des faux-dieux. Comme à la vérité, tout ainsi que toutes idoles ne sont rien, aussi elles doyvent estre estimées pour rien entre les fidèles. Parquoy,'tous ceux qui n’adorent point le vray de Dieu, sont sas Dieu, combien qu’ils ayeñt divers services, etse tormentent après grand nombre de cérémonies. Car ils adorent ce qu'ils ignorent. Notons doncques songneusement que sainct Paul ne reproche point Ephésiens qu’ils fussent athéistes, comme jadis Diagoras et ses semblables ont esté estimez : mais que CEUX qui se pensoYent estre fort religieux, sont condarinez de cé crime, pource qu'ésidoles il ny a point de Divinité, ains seulement imagination

et tromperie. Maintenant, réduisons en

mémoire’ ce qui a esté dit ci-dessus, et il nous sera facile d’inférer, que hors Christ il n’y a qu'idolés. Car ayant ait auparavant que les Ephésiens estoyent

CHar. >

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Cuar. I.

sans Christ, il &it maintenant, qu’ils n'avoyent point Dieu. Et certes qui n’ha le Fils, comme dit S. Jehan, n'ha point aussi le Père, 2 Jehan, I, 9. Parquoy sçachons que tous. ceux qui ne tienent point ce chemin, se fourvoyent du vray Dieu, Quelqu'un pourra yei demander, Asçavoir Si Dieu ne s’est jamais manifesté à aucun des Gentils. Je respon, qu’il n'y a point eu de manifestation faite aux Gentils sans Christ, non plüs qu'aux Juifs.

Car ce qu'il dit, Je suis la voye, (Jehan, XIV, 6) n'appartient pas seulement à un siècle ou à une nation, mais en parlant ainsi, il prononce que c’est luy seul par lequel tous parvienent à Dieu.

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

13 Mais maintenant par Jésus-Christ, Ou il faut suppléer un participe, comme si sainct Paul eust dit, Après que vous avez esté receus en Christ : ou les mots qui s'ensuyvent, Par le sang de Christ, ne sont mis que pour plus claire exposition. En quelque manière qu’on le prene, le sens est tel, Que les Ephésiens, qui estoyent loin de Dieu, et de salut, ont tellement esté réconciliez à Dieu par Christ, que maintenant ils en sont prochains par le sang d’iceluy. Car le sang de Christ a osté la division qui estoit entre Dieu et eux : et en lieu qu’ils estoyent ennemis de Dieu, les a faits les enfans.

14 Car il est nostre paix, qui de tous les deux a fait un, et rompu la closture de la paroy d’entre-deux, ascavoir l'inimitié par sa chair,

Â5 Mettant à néant la Loy des commandemens! qui gist en ordonnances : afin qu'il constituast les deux en soy-mesme, pour en faire un homme? nou-

veau, en faisant la paix,

16 Æt afin qu'il ralliast les uns et les autres à Dieu en un corps par la croix, ayant destruit en icelle l'inimitié.

1) Ov, 15 Ayant aboli en sa chair l’inimitié asçavorr la Lovy des commandemens.

mesme un homme, ete,

Îl estend maintenant le bénéfice de réconciliation aux Juifs aussi, et démonstre que c’est par Christ seul que tous hommes sont conjoints à Dieu. En quoy il réfute la vaine constance des Juifs, lesquels rejettans la grâce de Christ, se vantoyent estre le peuple sainet de Dieu, et l'héritage éleu. Car si Christ est nostre paix, il s'ensuit que tous. ceux qui sont hors de luy sont encore en division et inimitié avec Dieu. Or c’est un titre excellent que ba Christ, qui est la paix entre Dieu et les hommes : afin que nul ne doute d’estre en la grâce de Dieu, sil demeure en Christ. Î! dit expresséement qu'ilæen a fait un de tous les deux. H estoit nécessaire que l’Apostre distinguast ainsi les hommes en deux bandes. Les Juifs estans enflez du privilége que Dieu leur avoit fait, tenoyent les Gentils pour indignes de communiquer avec eux en sorte quelconque. Or afin de leur rabbaisser cest orgueil, il dit qu'eux et les Gentils ont esté unis en un mesme Corps.

Amassons maintenant tout ceci, et nous

2) Ou, que des deux il feist én s6y-

ferons cest argument: Si les Juifs veulent avoir paix avec Dieu, il faut qu’ils ayent Christ pour réconciliateur. Or Christ ne pourra estre autrement leur paix, sinon qu’il face d’eux et des Gentils un mesme corps. Et pourtant les Juifs n’ont nulle accointance avec Dieu, s’ils ne reçoyvent les Gentils en société et communauté avec eux.

44 La closture de la paroy d'entredeux. Afin que nous entendions ce passage, il nous faut noter deux choses : asçavoir que les Juifs ont esté séparez des Gentils pour quelque temps par Pordonpance de Dieu : et que les cérémonies ont esté signes de ceste division, à ce qwelle fust manifestement cognue. Car Dieu avoit choisi ce peuple pour estre sien particulièrement, délaissant les Gentils. Or la séparation estoit grande, de dire que les uns fussent domestiques de l'Eglise, et les autres estrangers de PEglise. C’est ce que dit Moyse en son Cantique, Quand le Souverain divisoit les gens comme héritage, et quand il sépa-

roit les fils des hommes : lors il mit en Jacob le cordeau de son héritage, Deut. XXXII, 8. Nous voyons les bornes limitées de Dieu, par lesquelles il discerne son peuple des autres. Et de là est venue linimitié, de laquelle sainct Paul parle yci. Car les uns sont séparez des autres, quand Dieu rejettant les Gentils, choisit seulement les Juifs pour soy : et les sanctifie, les délivrant de la commune pollution du genre humain. Les cérémonies ont esté depuis adjoustées pour estre comme murailles pour enclorre lPhéritage de Dieu, atin qu’il ne fust ouvert à tous, ou meslé avec les autres possessions, et mesme forclorre du Royaume

de Dieu les Gentils. Maintenant le sainct

Apostre dit et que les inimitiez sont ostées, et que la paroy est rompue. Car - Christ, en estendant le bénéfice d’adoption outre les limites du pays de Judée, a fait que nous sommes tous maintenant frères. Ainsi a esté accomplie ceste prophétie, Japhet habitera és tabernacles de Sem, Gen. IX, 27. Or les paroles du sainct Apostre sont claires maintenant. La paroy qui estoit entre-deux, empeschoit que Christ ne ralliast les Gentils avec les Juifs. Il a donc rompu Ja paroy. Il exprime puis après quel a esté le moyen de rompre et abbatre la paroy : asçavoir que Christ par sa chair à aboli la division.

Car le Fils de Dieu en prenant nostre nature humaine, commune tant aux Juifs qu'aux Gentils, à consacré une vraye unité en Son Corps.

15 La Loy des commandemens qui gist en ordonnances. 1 exprime maintenant plus apertement ce qu’il avoit entendu par la similitude de la paroy, &isant que les cérémonies ont esté abolies par Christ, lesquels estoyent marques et tesmoignages externes de la différence entre les Juifs et les Gentils. Car qu’estoit-ce de la Circoncision, des sacrifices et lavemens, de l’abstinence de quelques certaines viandes, sinon signes de sanctification, par lesquels les Juifs fussent admonestez que leur condition estoit différente des autres? Ainsi que maintenant la croix blanche et la eroix rouge mettent la différence entre les François et les Bourguignons. Sainet Paul doncques

Car. I

signifie que non-seulement les Gentils ont esté appelez à la communion de gràce pour n’estre plus différens des Juifs, mais aussi que l’enseigne de la division a esté ostée, d'autant que les cérémonies sont abolies. Comme si un prince réduisoit sous sa puissance deux peuples discordans entr’eux, et que non-seulement il voulust qu’ils fussent conjoints de courage, mais aussi ostast les enseignes et marques de l’inimitié ancienne. Comme aussi on rompt le signe de l’obligé quand la dette est remise et quittée. De laquelle similitude sainct Paul aussi a usé à ce mesme propos au chapitre If, v. 14 des Colossiens. Aucuns conjoingnent ce mot En ordonnances, avec le participe mettant à néant : mais mal à propos. Car il a accoustumé de parler ainsi de la Loy cérémoniale : en laquelle Dieu non-seulement prescrivoit une simple façon de vivre, mais aussi astreignoit les Juifs à diverses ordonnances. De quoy nous pouvons recueillir que sainct Paul ne parle yci que de la Loy cérémoniaie. Car la Loy morale n’est point la paroy mise entredeux pour nous séparer des Juifs : veu qu’elle contient une doctrine qui nous est commune aussi bien qu'aux Juifs. Au demeurant, on peut aussi réfuter par ce passage l'erreur d’aucuns, qui pensent que la Circoncision et les autres anciennes cérémonies demeurent encore aujourd’huy quant aux Juifs, combien que les Gentils en soyent délivrés. Car par ce moyen la paroy demeureroit encore entr’eux et nous: qui est uné chose fausse, comme il est yei prouvé apertement. "4}jin qu'il continuast les deux en soy-mesme. Quand il dit, En soy-mesme, il destourne les Ephésiens de la considération de la diversité des hommes : afin qu'ils ne cherchent point l’unité ailleurs qu’en Christ. Ainsi donc quoy qu’ils ayent esté deux au paravant, et de condition inégale, ils sont maintenant faits un homme en Christ, Et ce n’est point sans cause qu'il adjouste, Pour en faire un homme nou-

veau. Car il donne tacitement à entendre

ce qu’il enseigne plus clairement ailleurs :

asçavoir que la Circoncision ne le Prépuce ne valent rien en Christ : que toutes choses externes ne sont rien esti-

Cnapr. ÎL.

mées devant luy : mais que la nouvelle créature tient le premier et le dernier lieu, c’est-à-dire est le tout, 2 Cor., V, 17, Gal., VI, 45. I n’y a donc que la régépération spirituelle qui nous unisse ensemble. Que si nous sommes tous renouvelez par Christ, que maintenant les Juifs cessent de s'enorgueillir de leur première condition, et qu’ils endurent que Christ soit tout tant en eux qu’és autres, comme il est dit, Eph., I, 23.

16 Afin qu'il ralliast et les uns et les autres. Non-seulement il afferme que la paix a esté faite entre-nous, mais aussi que nous sommes retournez en grâce avec Dieu : et ce, afin de monstrer que les Juifs n’ont point moins besoin du Médiateur que les Gentils. Car la Loy, ne les cérémonies, ne la race d'Abraham, ne tous leurs priviléges, ne leur eussent de rien proufité autrement. Car tous sont pécheurs : et la rémission des péchez n’est point obtenue que par le moyen et la grâce de Christ. Il répète ce mot, En un corps : afin que les Juifs sçacherit, que lors ils sont agréables à Dieu, quand

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

ils entretienent une saincte unité avec les Gentils. Par la croix. 1 a adjousté ce mot, La croix, pour signifier le sacrifice de purgation. Car puis que le péché est cause de l’inimitié qui est entre Dieu et nous, ne pensons point jamais estre agréables à Dieu, que le péché ne soit premièrement effacé. Il est donc aboli par la mort de Christ, en laquelle il s’est offert au Père en sacrifice de purgation.

Jà soit qu’il fait aussi mention de la croix, pource que toutes les cérémonies sont abolies par icelle. Et pourtant il s'ensuit, Ayant destruit en icelle l’inimitié. Car il ne faut point douter que cela ne se rapporte à la croix. Duquel mot toutesfois le sens peut estre prins en deux sortes :

Ou que Christ nous appaisant le Père par sa mort, a Osté son ire : ou qu’en rachetant les Juifs et les Gentils ensemble, il les a réduits en un troupeau. Le second sens me semble estre le plus probable, pource qu’il convient avec le membre précédent, Destruisant l’inimitié en sa chair.

17 Et estant venu, il a évangélizé la paix à vous qui estiez loin, et à ceux

qui estoyent pres.

18 Car par luy nous avons tous deux en un Esprit accès au Père. 19 Fous n'estes donc plus estrangers et forains, mais comme bourgeois avec

les Saincts, et domestiques de Dieu,

20 Edifiez sur le fondement des Apostres et des Prophètes, estant Jésus- Christ mesme la maistresse pierre du coin.

21 En qui tout le bastiment adjusté ensemble, se lève pour estre un temple

sainct au Seigneur :

22 En qui vous aussi estes ensemble edifiez pour estre un tabernacle de

Dieu en Esprit.

Tout ce qu’il à enseigné touchant la réconciliation faite par Christ, ne proufiteroit de rien s’il n’estoit publié par lEvangile : et pourtant il adjouste que le fruit de ceste paix et réconciliation a esté offert tant aux Juifs qu'aux Gentils.

Dont il s'ensuit que Christ est venu nonseulement pour le salut des Juifs, mais aussi des Gentils. Car la prédication de J'Evangile qui est indifféremment destinée aux uns et aux autres, est un certain tesmoignage de cela. Il tient ce mesme ordre en la seconde Epistre aux Corin-

thiens, chapitre V, v. 20. I a fait, dit-il, celuy qui n’a point cognu péché, estre péché pour nous. Et après : Il a mis en nous la Parole de réconciliation. Nous sommes donc ambassadeurs pour Christ.

Premièrement la matière de salut est proposée en la mort de Christ. Après est descrit le moyen par lequel Christ se communique à nous avec le bénéfice de sa mort. Mais yci le but principal de sainct Paul tend à cela, de conjoindre les Juifs avec les Gentils au Royaume de Dieu. Parquoy comme par ci-devant il a

fait Christ commun tant aux Juifs qu'aux Gentils : ainsi maintenant il les fait compagnons en l’Evangile : signifiant par cela que les Juifs aussi ont eu besoin de l’Evangile, combien qu’ils eussent la Loy :

et que Dieu a fait une semblable grâce aux Gentils qu'il a faite aux Juifs. Ceux donc que Dieu a conjoints ensemble par participation égale de sa grâce, que l'homme ne les sépare point. Ces deux mots Prés et Loin, ne Se rapportent point à la distance du lieu : mais il dit les Juifs . prochains de Dieu, à cause de l’alliance t: et les Gentils lointains, pour autant qu’ils estoyent bannis du Royaume de Dieu, tandis qu’ils n’avoyent aucune promesse de salut.

17 Il a évangelizé la paix. Vray est qu’il n’a pas évangélizé la paix de sa pro- ‘pre bouche, mais tant y a qu’il Pa fait par ses Apostres. Car il a falu que Christ ressuscitast des morts, avant qu’il appelast les Gentils à la communication de sa grâce. Et de là vient ce qu’il dit, Je ne suis envoyé sinon aux brebis qui estoyent péries de la maison d'Israël. Mat., XV, 24. Et d'avantage, il défend aux Apostres, estant encore en ce monde, qu’ils ne facent point leur première ambassade aux Gentils, Mat., X, 5. Il a donc publié son Evangile aux Gentils'par les Apostres, comme par des trompetes. Pourtant ce qui a esté fait par ses disciples, non-seulement en son nom et par son commandement, mais Comme en sa personne, luy est attribué à bon droïiet. Car nous parlons comme si Christ exhortoit par nous, 2 Cor., V, 20. Et à la vérité, la foy que nous avons à l’Evangile seroit par trop débile, si seulement nous avions esgard aux hommes. Mais toute l’authorité vient de là, que nous recognoissons les hommes pour organes de Dieu : et que nous OYOns Christ parlant à nous par leur bouche. Notons aussi que l'Evangile cst une ambassade de paix, par laquelle Dieu tesmoigne qu’il nous est propice, et nous offre son amour paternelle. Parquoy si l'Evangile est osté, il n’y aura plus que guerre et inimitié entre Dieu et les hommes. Comme aussi le propre office de l'Evangile, est d’appaiser les consciences, et les mettre en repos : autrement

Car. IL il faut qu’elles soyent tourmentées d’une 1 inquiétude misérable. ; 4 18 Car par luy nous avons tous deux en un Esprit accès au Père. I] prouve par l'effet qu’il vient. de dire, et quant et quant déclare quelle est ceste paix : AsÇavoir que nous avons accès à Dieu. Car il est bien vray que les meschans n’ayans nul souci, et estans comme assopis d’un.

profond sommeil, s’abusent quelque fois .

d’une vaine Opinion de paix : mais ce qu’ils sont en repos, €’ést lors qu'ayans effacé de leur esprit toute mémoire du jugement de Dieu, ils se reculent de luy le plus loin qu’ils peuvent. Parquoy, ce n’est point sans cause que le sainct Apostre a adjousté ceste définition de la paix M de l'Evangile, afin que nous entendions qu’elle ne gist point en stupidité de conscience, ni en vaine Confiance, ni en Orgueil enflé, ni en ignorance de sa propre misère : mais en une tranquillité paisible, qui désire plustost se trouver devant la face Dieu, comme estant douce et amiable, que de s’en reculer. Or Christ = est celuy qui nous ouvre la porte, ou M pour mieux dire, il est la porte mesme.

Au reste, veu que ceste porte ha. deux

huis, et par ce moyen est ouverte tant aux Geniils qu'aux Juifs, il s’ensuit que Dieu se présente aux uns et aux autres, pour user envers eux de sa charité paternelle. I adjouste, En un Esprit, par la conduite aussi et addresse duquel nous venons à Christ, et par lequel nous crions, Abba Père, Rom., VIII, 45. Car delà vient la hardiesse de nous approcher.

Les Juifs ont eu divérs moyens pour avoir accès à Dieu : maintenant il n’y en a qu'un pour tous hommes, asçavoir d’estre gouvernez par l'Esprit de Christ.

19 ous n'estes donc plus estrangers et forains. 1 fait une allusion à ce qu'il avoit dit que les Ephésiens avoyent esté autresfois estrangers de l'alliance, Car maintenant il parle à eux seulement:

comme s’il disoit, Vostre Condition est changée. Car d’estrangers, Dieu vous a faits citoyens de son Eglise. Or il ma-” gnifie par plusieurs paroles cest honneur M que Dieu leur avoit fait. Il les appelle Combourgeois des Saincts : puis après domestiques de Dieu : et finalement

Cuar. II.

pierres taillées et appropriées pour le bastiment du temple de Dieu. Le premier nom qu’il leur donne, est pris de la similitude de laquelle on trouve bien souvent en lEscrittre quand l'Eglise est comparée à une cité. Voylà un grand honneur :

que ceux qui estoyent profanes au para- Yant, et indignes de toute communication des fidèles, ont maintenant un mesme droict de bourgecisie avec Abraham, avec tous les saincts Patriarches, Prophètes et Rois, voire avec les Anges mesmes. Toutesfois l’autre honneur n’est pas momdre : asçavoir que Dieu les a receus en sa famille : car l'Eglise est la maison de Dieu!.

20 Ædifiez sur le fondement des Apostres, etc. C’est le troisième honneur, auquel aussi est exprimé comment les Ephésiens ont esté faits et domestiques de Dieu, et citoyens avec les Saints, et comment tous les autres aussi sont faits tels : asçavoir quand ils sont fondez en la doctrine des Prophètes et Apostres.

De cela on peut aussi juger quelle est la vraye ou la fausse Eglise : ce qui est grandement nécessaire. Car comme ainsi Soit qu’il n’y ait endroit où on se puisse mesprendre avec plus grand danger, toutesfois il est bien facile d’y failli. El n’y à volontiers gens qui se vantent plus hardiment du nom d’Eglise, que ceux qui usurpent ce titre à fausses enseignes : ce qu’on peut bien appercevoir aujourd’huy.

Or afin que nous n'y soyons trompez, sainct Paul nous monstre yci quelle est la marque de la vraye Eglise. Quant à ce mot fondement, il n’y a point de doute qu'il ne soit yci pris pour doctrine. Car il ne nomme pas les Patriarches ne les

saincts Rois : mais seulement ceux qui avoyent la charge d’enseigner, et ausquels Dieu avoit commis l’édification de son Eglise. Ainsi sainct Paul monstre que la foy de l'Eglise doit estre fondée sur ceste doctrine. Que dirons-nous Gonc de ceux qui s’appuyent sur les seules inventions des hommes? Et cependant nous nomment aposiats, et accusent de révoitement, d'autant que nous recevons la

pure doctrine de Dieu? Mais il faut noter

le moyen pour lequel il est dit que l’'E- 1) 1 Tim, HE, 154

SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

glise est là fonûée. Car à parler proprement, Christ est le seul fondement, d’autant que luy seul soustient toute l'Eglise :

il est luÿ seul :a règle et la mesure de la foy. Mais c’est par la prédication de la ioctrine que l'Eglise vient à estre fondée en Christ : dont aussi les Prophètes et Apostres sont appelez les maistres massons. C’est done.autant comme siS. Paul disoit, que les Prophètes et Apostres n’ont eu autre but que de fonder l'Eglise en Christ. Nous trouverons ceci estre vray, Si nous voulons commencer mesme par Moyse. Car Christ est la fin de la Loy : et luy-mesme aussi la somme de l'Evangile. Qu'il nous souviene donc, qu'il ne nous faut point reposer ailleurs, si nous voulons estre réputez du nombre des fidèles : et que si voulons bien proufiter és sainctes Escritures , il faut rapporter le tout à luy. Nous sommes aussi advertis par ce passage, où c'est que nous devons chercher la parole de Dieu:

asçavoir és Escritures des Prophètes et Apostres. Et afin que nous apprenions de les coujoindre ensemble, il nous est yci monstré qu'il y a bon accord entre les uns et les autres : d'autant qu’ils ont un mesme fondement, et qu’ils travaillent en commun à l'édification du temple de Dieu.

Car combien que nous ayons les Apostres pour nos maistres et Docteurs, la doctrine des Prophètes n’est pas pourtant superflue : mais les uns et les autres travaillent en une mesme œuvre, et tendent à un mesme but. Je di ceci, pource que comme les Marcionites avoyent jadis effacé ce mot, Des Prophètes, de

‘ce présent passage : ainsi aujourd’huy il

y a des esprits fantastiques semblables aux Marcionites, qui crient que la Loy et les Prophètes ne nous appartienent en rien, d'autant que l'Evangile a mis fin à toutes choses. Maïs le sainct Esprit tesmoigne par tout, qu'il a tellement parlé par la bouche des Prophètes, qu’il veut estre ouy en leurs escrits. Et ceci sert de beaucoup pour confermer lPauthorité de iostre foy, quand nous voyons tous les serviteurs de Dieu, depuis le commentcement jusques à la fin, estre de si bon consentement ensemble, que laccord mesme démonstre clairement que c’est.

Dieu luy seul qui parle en tous. Parquoy si on cherche le commencement de nostre religion, il le faut prendre dés la création du monde. Et par ce moyen c’est en vain que les Papistes, les Turcs et tous autres autheurs de sectes, se vantent de JPancienneté, veu qu’ils ne sont que bastars de la vraye et pure religion. La maistresse pierre du coin. Ceux qui transfèrent cest honneur à S. Pierre, d’affermer que l'Eglise a.esté fondée sur luy, Sont si impudens qu’ils ne font point de difficulté d’abuser mesme de ce tesmoignage, pour couvrir leur erreur. Car ils allèguent que Christ est nommé la maistresse pierre au regard des autres :

et que pourtant il y à plusieurs pierres, sur lesquelles l'Eglise est appuyée. Mais il est facile de respondre à cela. Car les Apostres usent de diverses similitudes selon la circonstance des lieux : toutesfois c’est en un mesme sens. Ceci demeure arresté, qu’on ne peut mettre un autre fondement que Christ, 4 Cor., II, 44.

Yei donc il ne signifie pas que Christ soit seulement un anglet ou une partie du fondement : car il se contrediroit à SOYmesme. Et quoy donc? Il veut approprier les Juifs et les Gentils à un mesme bastiment spirituel. Or ils estoyent comme deux parois séparées l’une de l’autre. Et pourtant il met Christ entre deux, comme estant le coin qui assemble et unit les uns avec les autres. Voylà le poinct de la similitude. Toutesfois il déclare incontinent après assez clairement, qu’il ne restreint point Christ à quelque partie de l'édifice, qnand il dit que tout le bastiment est lié ensemble en luy. Que si cela est vray, où sera sainct Pierre? Et aussi quand il l'appelle fondement en Ja première aux Corinthiens, il n'entend pas que l'Eglise prene son commencement en luy, et qu’elle soit achevée és autres :

mais pource qu’il fait comparaison du ministère des autres au sien (car il luy avoit falu fonder l'Eglise des Corinthiens, et laisser la charge à ses successeurs de parachever le bastiment) à ceste cause il met ceste division. Quant au présent passage, il enseigne que tous ceux qui sont

unis et liez ensemble en Christ, sont le temple de Dieu. Premièrement, il est requis un appropriement, que les fidèles s’entretienent ensemble, et qu’ils s’accommodent les uns aux autres par mutuelle communication. Autrement ce ne seroit pas un édifice, ains un monceau de pierres en confus. Mais la principale pro-

portion et convenance consiste en l'unité}

de la foy : puis après s’ensuit l’avancement ou accroissement. Tous ceux qui ne sont ainsi unis par foy et charité, pour proufiter en Christ, ils ont un édifice profane, lequel n’ha rien commun avec le temple de Dieu.

21 Se lève pour estre un temple sainct. En d’autres passages chacun fidèle est appelé temple, 2 Cor., VI, 46 :

mais yei il dit que le temple de Dieu est fait de tous ensemble. L’une et l’autre facon de parler est vraye et propre : car Dieu habite tellement en un chacun de nous, qu'il nous veut ce ependant conjoindre et embrasser tous ensemble en une saincte unité, et par ce moyen de plusieurs en faire un. Parquoy celuy qui est temple à part est fait pierre du temple, quand il est conjoint et uni avec les autres : ce qui est dit pour nous recommander unité.

22 Auquel vous aussi estes DT édifiez, etc. En Grec et en Latin la termination de ce verbe est ambiguë, tellement qu’on le peut traduire, Estes édifiez, ou Soyez édifiez : et l’un et l’autre ne convient point mal au fil du texte : toutesfois j'aime mieux le second. Car, selon mon jugement, il exhorte les Ephésiens de croistre de plus en plus en la foy de Christ, puis qu’ils ont esté une fois fondez en icelle : et ainsi d’estre une partie de ce nouveau temple, lequel lors se bastissoit au monde d’un costé et d’autre par l'Evangile. Il répète encore ce mot En esprit, et ce pour deux causes. Premièrement pour monstrer que toutes les vertus humaines n’y font rien, mais qu’il faut que l'Esprit de Dieu y besongne.

En après, pour opposer la façon spirituelle d’estre édifié à tous autres moyens extérieurs et Judaïques.

ENS. li.

Car, LL.

SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS. 781

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