CHAPITRE HI
A Pour ceste cause, moy Paul estant prisonnier de Jésus-Christ suis en ambassade, pour vous Gentils!.
2 Voire si vous avez ouy la dispensation de la grâce de Dieu, laquelle m'a esté donnée envers vous,
3 C’est asçavoir que par révélation ü m'a baillé à cognoistre le secret, ainsi que vous ay escrit un peu auparavant *?.
k A quoy estans attentifs, pouvez entendre la cognoissanceÿ que j'ay au secret de Christ :
5 Lequel n’a point esté cognu des fils des hommes és autres aages, ainsi que maintenant il est révélé par Esprit à ses saincts Apostres et Prophètes,
6 Asçavoir que les Gentils sont cohéritiers, et d'un mesme corps, et consors de la promesse d'iceluy en Jésus-Christ par l'Evangile.
1) Ou, suis prisonnier de Jésus-Christ pour vous Gentils.
2) Ou, en brief ci-devant. 3) Ou, De quoy vous pouvez
en lisant appercevoir l'intelligence.
A Pour ceste cause, moy Paul, etc.
En lieu que les liens de sainct Paul devoyent servir pour confermer son Apostolat, il n’y à point de doute que ses adversaires taschoyent de les tirer tout au contraire. Et pourtant, il remonstre maintenant aux Ephésiens, que leur vocation est approuvée et confermée par ses liens. Car il n’avoit point esté mis en prison pour autre Cause, sinon pour autant qu’il avoit presché l'Evangile aux Gentils. Pource donc qu'il demeuroit ferme et constant en son propos sans varier pour la prison, c’estoit un grand moyen pour confermer les Gentils et les asseurer qu’il avoit exécuté sa charge avec zèle, et en bonne conscience. Mais afin d’avoir plus d’authorité, il parle magnifiquement de ses liens, quand il dit qu'il est en ambassade. Vray est que ceste vanterie estoit ridicule devant le monde et les meschans : mais envers les fidèles, plene de gravité et de foy. Car la gloire de Christ, non-seulement efface lignominie des liens, mais aussi rend merveilleusement plein de gloire ce qui autrement estoit ignominieux. S’il eust dit simplement, Je suis prisonnier : lors le nom d’Ambassade n’auroit point de lieu. Car cest honneur n’est point deu aux liens, lesquels le plus squyent sont enseignes de maléfices et meschancetez. Mais les chaines et liens de celuy qui est prisonnier de Jésus-Christ, sur-
montent en dignité, non-seulement l’estat de tous les ambassadeurs, mais aussi les couronnes et les sceptres des Rois.
Non pas que cela apparoisse devant les hommes, mais c’est à nous de peser la cause : et d’avoir le nom de Christ en si grande révérence, que nous tenions pour grand honneur ce que les hommes réputeront un grand Géshonneur. Or sainct Paul louë envers les Ephésiens sa persécution, quand il dit qu’il enduroit pour les Gentils, ei cela servoit grandement à esmouvoir leurs cœurs, quand ils oyoyent dire qu’il estoit en danger et angoisse pour leur salut.
2 Voire si vous avez ouy, etc. Il est facile à croire qu’estant en Ephèse, il s’estoit teu de ces choses, pource qu'aussi la nécessité ne requéroit point qu'il en parlast. Car il n’estoit point encore là survenu de débat touchant la vocation des Gentils. Car s’il leur en eust lors tenu quelque propos, il leur réduiroit en mémoire. Ce qu’il ne dit pas : mais seulement il fait mention du bruit conimun et de son Epistre. Et certes il ne mettoit point en avant de son gré des disputes superflues : mais estant contraint par la malice et importunité de ses adversaires, il défendoit son ministère quand il en estoit besoin. Dispensation, est yci prinse pour charge, mandement, ou ordination de Dieu, ou pour commission, comme on l’appelle coustumièrement,
3 Que par révélation. Afin qu’il ne semble qu'il ait rien légèrement entreprins en son Apostolat, et qu’il soit maintenant puni de sa témérité, il allègue tant songneusement Dieu pour autheur des choses qu’il a faites. Et pource que la nouveauté de la chose estoit cause qu’il y avoit bien peu de gens qui trouvassent bon ce qu’il faisoit, à ceste cause il l’appelle Secret. En lPappelant donc ainsi, il oste tout le blasme qu’on luy pouvoit mettre sus, à l’occasion que ce qu’il faisoit, n’estoit point trouvé bon par la plus grand’part. Et en ceci, il n’a pas tant esgard à soy-mesme, qu'aux Ephésiens, ausquels il estoit bien nécessaire d’estre asseurez que c’estoit par une ordonnance de Dieu trèscertaine qu'ils avoyent esté appelez par le ministère de sainct Paul.
Ainsi, il oppose ce mot Secret, à tous les jugemens pervers et mauvaises opinions que le monde avoit lors communéement de luy, et de sa façon de faire, afin que si la chose n’estoit point tant cognue, qu’on ne la teinst pas pourtant pour suspecte. Au reste, il dit, Que ce secret luy a esté manifesté par révélation : en quoy il se sépare du rang des phantastiques, qui attribuent à Dieu et au sainct Esprit tout ce qu’ils ont songé.
Vray est que les faux-prophètes aussi se vantent bien d’avoir des révélations, mais ils mentent : mais sainct Paul estoit certain de la vérité de sa révélation, et la pouvoit aussi démonstrer aux autres : et de faict, il en parle comme d’une chose bien certaine et testifiée. Æénsi que devant vous ay escrit. Ou il réduit yei en mémoire ce que desjà il avoit touché au second chapitre, ou il parle d’une autre Epistre : ce qui est receu quasi de tous d’un commun accord. Si on prend Ja première exposition, cela viendra bien à propos de traduire, qu’il a escrit en brief : pource qu’il avoit seulement touché ce poinct comme en passant. Mais pource que la dernière, comme j'ay dit, est plus receuê, je l’ay suyvie en ma translation. Et pourtant il n’a semblé bon de rapporter au temps le mot Grec, lequel Erasme a traduit En brief, ou En peu de paroles. Car à le prendre ainsi, il y auroit tacitement une comparaison
Car. I, entre cest escrit et l’autre précédent. Or cela ne conviendroit point de dire qu'il leur escrivit en brief l’autre fois, veu qu’il estoit impossible de comprendre en moins de paroles le propos lequel il touche yci en passant. Mais en touchant lan briefveté du temps, il semble que propos délibéré il les appelle COMmReE tesmoins d’une chose dont ils ont encore la mémoire fraische, Combien que de ceci je n’en veux pas fort débatre. Il Ya plus de difficulté au prochain membre ensuyvant. Erasme l’a traduit, Ce que lisans, pouvez entendre la cognoissance, etc. Mais selon mon avis, la construction des mots Grecs ne peut recevoir ceste ex=M position: et pourtant je laisse à considérer aux lecteurs si le sens ne sera pas plus convenable, À quoy estans attentifs : Ou, Ce que recognoissans pouvez entendre,“ etc. Toutesfois si on veut prendre le participe Grec à part, le sens encore pourri se trouver aucunement ainsi, En lisant“ vous pouvez, selon ce que je Vous ay es-" crit, entendre. Jay yci amené des con jeciures comme en une chose douteuse.“ Au reste, si nous recevons Ce que quasi tous approuvent, que l’Apostre avoit au" paravant escrit aux Ephésiens, l’Epistrem aura esté perdue comme plusieurs au tres. Et toutesfois les meschans n’6nt… que gronder en cest endroit, disans que la doctrine dè l’Escriture soit imparfaite ou défaillante en quelque sorte. Si nous considérons deuëment Ja solicitude de sainct Paul, sa vigilance et continuation, son zèle et affection ardente, l'humanité et promptitude qu’il avoit à secourir Iles frères, nous pourrons facilement COnelure de cela, qu’il a escrit beaucoup d’Epistres çà et là, tant en général qu'en particulier. Mais le Seigneur par Sa pro vidence à consacré en mémoire perpétuclle celles qu’il cognoissoit estre néces= saires à son Eglise. Sçachons donc, que ce qui a esté laissé nous suffit : et'queu ce qu’il y en à si peu, n’est point adyenu par cas fortuit, mais que par un CONSEIL admirable de Dieu, le corps de lPEscre ture a esté ainsi compassé tel que nous 4 l'avons. 1480
k Cognoissance que j'ay au Secret.
Nous pouvons recueillir de ceste répé- «
Cure. III.
tition tant fréquente, combien la certitude de la vocation est une chose nécessaire tant au peuple qu'aux Ministres.
Toutesfois sainet Paul ha plus d’esgard aux autres qu'à soy-mesme. Vray est, que par tout on disoit mal de luy, de ce qu'il faisoit l'Evangile commun tant aux Gentils qu'aux Juifs : mais il ne s’en soucioit pas tant pour soy-mesme, que pource qu'il voyoit que la foy de plusieurs estoit en bransle,. d'autant qu’ils commençoyent à douter de son Apostolat, estans troublez des calomnies des meschans. Et pourtant, il ramène si souvent les Ephésiens à la cognoissance qu’il avoit de la volonté et mandement de Dieu en cest endroit. Quant à ce qu'il appelle maintenant Mystère ou Secret de Christ, ce qu’il avoit auparavant simplement appelé Secret, il signifie par cela que ce secret devoit demeurer caché
” jusques à ce qu'il fust manifesté par
l’advénement de Christ. Comme on peut appeler Prophéties de Christ, toutes celles qui parlent de son règne. Or il faut noter en premier lieu, le contenu de ce secret, puis après nous considérerons pourquoy c’est qu’il dit qu’il a esté incognu à toutes générations. Il dit, que le secret a esté, Que les Gentils deussent estre associez à la participation de la promesse, et par ce moyen aussi participer à la vie en Christ, et ce par l'Evangile.
Quand ce nom est attribué à l’Evangile, c’est pour autres raisons, mais lesquelles ne convienent au présent passage. La vocation donc des Gentils estoit un secret de Cbrist, c’est-à-dire qui devoit estre accompli sous le règne de Christ. Mais pourquoy dit-il que ceste vocation a esté incognuë, veu qu’elle avoit esté prédite par tant de prophéties ? Car les Prophètes afferment par tout, que les peuples viendront de tous les costez du monde pour adorer Dieu, qu'il y aura un autel dressé, tant en Assyrie qu'en Egypte, et que tous parleront le langage de Ghanaan, isaïe, XIX, 48, 49: par lesquels mots, ils signifient que Île service du vray Dieu, et une mesme confession de foy sera estendue par tout. Ils estendent le royaume de Christ depuis Orient jusques en Occident, et Iuy assu-
SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
jetissent tous les peuples de la terre.
Nous voyons aussi que les Apostres allèguent en plusieurs lieux des tesmoignages faisans à ce propos, et non-seulement des Prophètes qui avoyent esté depuis, mais aussi de Moyse mesme. Comment donc a peu estre caché ce qui avoit esté divulgué par la voix de tant d'ambassadeurs? Et mesme que veuf dire que S. Paul exclud tous sans exception de la cognoisssnce de ce secret? Dirons-nous que les Prophètes ayent parlé des choses qui leur fussent incogrues ? et qu’ilsayent prononcé des paroles sans intelligence?
Je respon, qu’il ne faut pas ainsi prendre les paroles de S. Paul, comme sil ny eusi point eu du tout aucune cognoissance de ces choses, Car il y en a tousiours eu aucuns entre le peuple qui ont cognu que la grâce de Dieu devoit estre publiée par tout le monde, quand le Messias se:
roit venu, et qui attendoyent la restauration du genre humain. Et quant aux Prophètes, ce qu’ils prédisoyent, c’estoit par révélation certaine : mais cependant ils n’estoyent point asseurez du temps ne du moyen. Ils sçavoyent bien que la gràce de Dieu scroit une fois communiquée aux Gentils: mais quand ce seroit, ne comment il adviendroit, ou par quels moyens, ils ne sçavoyent rien de tout cela. Et de faict, on a veu mesme és Àpostres un bel exemple de ceste ignorance. Non-seulementils estoyent instruits de cela par les oracles des Prophètes, mais aussi ils avoyent ouy la voix tant claire de leur Maistre, disant, J’ay encores d’autres brebis qui ne sont point de ceste bergerie : il faut qu'icelies aussi soyent mises au nombre des autres, afin qu’il n’y ait qu'une bergerie et un berger, Jehan, X, 46. Toutesfois, la nouveauté du faict les empeschoit de lPentenüre plenement. Et qui plus est, après avoir receu ceste commission, Allez, preschez à toute créature, Marc, XVI, 15. Item, Vous me serez tesmoins depuis Samarie jusques au bout de la terre, Actes, I, 8 : ils ont depuis encore en horreur la vocation des Gentils, et s’en reculent, comme si C’eust esté une chose monstrueuse. Car le moyen leur estoit incognu. Avant qu’ils fussent venus à contempler la chose s’accomplir
Cuar. II.
en effet, ils ne recevoyent les paroles de | Esprit, qui ha ceste puissance de distri-
Christ que par une appréhension obscure et confuse. Car les cérémonies leur estoyent comme un voile devant leurs veux, lequel les empeschoit de concevoir ce qui en estoit. Pourtant il ne faut point trouver absurde, si sainct Paul appelle ceci Mystère et Secret, et s’il dit qu’il a esté caché. Car on ignoroit encore l’abolissement des cérémonies, qui estoit une entrée pour parvenir à la cognoissance de ce secret.
5 Ainsi que maintenant est révéle.
Afin qu'on n’imputast point à orgueil ce qu’il se vantoit sçavoir ce que tous Îles Patriarches, Prophètes, et les saincts Rois avoyent ignoré, premièrement il dit que ceste cognoissance luy est commune avec les autres : et fait en cela ses com- -pagnons les principaux Docteurs de l’Eglise : puis après il attribue cela au sainct
buer à un chacun autant d'intelligence que bon luy semblera. Car il n’y a point d'autre mesure de sçavoir, sinon celle qu’il nous limite. Or il use de trois mots pour exprimer que les Gentils ont esté receus au peuple de Dieu, afin de monstrer plus clairement à quelle condition ceci devoit estre fait : asçavoir quand ils sont faits indifféremment égaux aux Juifs, tellement qu’ils facent un mesme corps.
Et afin que la nouveauté de la chose ne trouble aucun, il dit qu'il faloit que cela fust fait par l'Evangile, duquel certes la prédication estoit lors nouvelle, et non ouye auparavant : laquelle toutesfois tous fidèles accordoyent et recognoissoyent estre procédée du ciel. Se faut-il donc esbahir si Dieu renouvelant le monde, tient une façon de procéder non accoustumée ?
7 Duquel je suis faict Ministre selon le don de la grâce de Dieu, lequel m'est donné suyvant l'efficace de sa puissance.
8 Ceste grâce di-je, m'a esté donnée, à moy qui suis le moindre de tous les Saincis!, pour annoncer entre les Gentils? les richesses incompréhensibles de
Christ,
9 Et pour mettre en évidence à tous quelle est la communication du secreb, qui estoit caché de tout temps en Dieu qui a tout créé par Jésus-Christ? :
10 Afin que la sapience de Dieu, qui est diverse en toutes sortes, soit manifestée aux principautez et puissances és lieux célestes par l'Eglise,
A1 Suyvant la délibération arrestée de tous temps,
Jésus-Christ nostre Seigneur,
laquelle il a faite en
12 Par lequel nous avons hardiesse et accès en confiance par la foy que
nous avons en luy.
13 Parquoy, je requier que ne vous lassiez point pour mes tribulations que jendure à cause de vous, qui est vostre gloire.
1) 1Cor.,XV,9. 2) Gal.,I. 16. 3) Rom., XVI, 25.
7 Duquel je suis fait ministre. Pour-, ceci de sa propre libéralité, que je soye
ce qu’il avoit démonstré que l'Evangile | Apostre des Gentils : non point à cause est l’instrument pour communiquer la | de ma dignité, mais par sa grâce. Ne regrâce aux Gentils, il adjouste maintenant | gardez point aussi quel j’ay esté : car que ceste charge luy a esté commise : et} c’est le propre de Dieu d’exalter ceux qui ainsi, il applique à sa personne ce qu'il! ne sont rien. Voylà quelle est Pefficace avoit dit de la chose. Toutesfois afin qu’il! de sa puissance, que d’un rien il en fait ne semblast s’attribuer plus qu’il ne de-| quelque chose d’excellent.
voit, il dit premièrement que C’est un don| 8 4 moy qui suis le moindre de tous de la grâce de Dieu, et puis il magnifie | es Saincts, etc. 1 abbaisse tant qu'il la Puissance de Dieu en ce don. Comme | peut et sa personne et tout ce qu’il ba, s’il disoit, Ne regardez point à ce que | afin d’exalter plus haut la grâce de Dicen, j'ay mérité : car le Seigneur m'a donné et de prévenir par ceste confession les
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