CS
Cuar. I.
objections que ses adversaires pouvoyent amener au contraire. Car ils pouvoyent dire, Qui est cestuy-ci, que Dieu Pait préféré à tous autres? Quelles grâces avoit-il plus excellentes que les autres, qu’il ait esté choisi par-dessus tous autres? Il oste donc toute comparaison de dignité et de vertus, quand il confesse qu'il a esté le moindre de tous. Et il ne parle point par feintise, quand il s’abbaisse ainsi : comme il y en a beaucoup qui font semblant d’estre humbles, combien qu’ils crèvent d’orgueil au dedans :
et se font les plus petis de parole, combien qu'ils veulent estre estimez les plus grans, et se réputent estre dignes de bien grand honneur. Sainct Paul recognoist sa petitesse en vérité de cœur. Et mesme, il parle bien en plus grande abjection de soy en d’autres passages, 4 Corint., XV, 9, quand il se dit estre indigne d’estre nommé Apostre : et quand il se fait le premier entre les pécheurs, 4 Tim., 1, 45.
Mais notons, quand il se fait le moindre de tous, il regarde quel il est de soymesme, et hors lagrâce de Dieu, comme s’il disoit, que son abjection n’a peu empescher qu’il n’ait esté éleu pour Apostre des Gentils, les autres éstans là délaissez. Car quand il dit qu’il luy a esté donné, il signifie que c’est un don spécial : pource qu’il parle par Comparaison, non pas qu’il ait esté seul éleu à ceste charge, mais d’autant qu’il estoit le premier et le principal entre les Docteurs des Gentils. A cause de quoy aussi en un autre passage il s’attribue ce titre, comme luy estant propre, 4 Timothée, IT, 7.
Par les richesses incompréhensibles de Christ, il entend les thrésors de grâce infinis et incroyables, lesquels Dieu avoit contre toute espérance eslargis soudainement aux Gentils. En quoy il monstre avec quelle ardeur les Ephésiens devoyent embrasser l'Evangile, et en quelle estime ils le devoyent avoir : de laquelle chose nous avons parlé en l’Epistre aux Galatiens chapitre IF, 45. Et certes comme il avoit la charge d’Apostolat commun avec d’autres, aussi cest honneur luy estoit propre, qu'il estoit destiné Apostre aux Gentils. |
9 Quelle est la communication du
HI
SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
secret. Il appelle ceste communication, la publication, asçavoir quand Dieu veut faire les hommes participans de son conseil, lequel auparavant il tenoit secret. Et il use d’une similitude bien propre, au mOL que nous avons traduit, Pour mettre en évidence à tous, car il descend du mot qui signifie Clairté ou Lumière :
comme s’il disoit, qu'en son Apostolat la gràce de Dieu reluit en plene clairté.
Qui estoitcaché de tout temps en Dieu.
Il veut éviter le reproche de nouveauté, comme il a fait par ci-devant. Or il dit expresséement, qu'il 4 esté caché en Dieu: pour obvier à la témérité des hommes, qui penseroyent leur estre déshonneur s'ils ignoroyent quelque chose, comme si Dieu n’estoit bien en sa liberté d’avoir ses conseils cachez par devers soy, jusques à ce qu’il les vueille révéler aux hommes. Quelle arrogance, ou plustost quelle rage est-ce ci, de ne vouloir point ottroyer à Dieu qu'il sçache plus que nous? Parquoy, toutes fois et quantes que la hautesse incompréhensible de la prescience de Dieu nous est proposée devantles yeux : qu’il nous souviene qu’il nous faut réprimer nostre audace. Et à cela se rapporte ce qu’il a appelé Les richesses de Christ, incompréhensibles :
signifiant par cela que c’est une matière digne d’admiration et de révérence, combien qu’elle ne puisse estre apprébendée par nostre sens. Qui «a tout créé par Jésus-Christ. Ceci doit estre plustost entendu de la restauration spirituelle, que de la première création. Car combien que cela soit vray, que toutes choses ont esté créés par la Parole de Dieu, comme on le peut veoir par tant de passages, toutesfois la circonstance du lieu requiert que nous l’entendions du renouvellement, qui est comprins sous le bénéfice de la rédemption. Sinon qu’on aime mieux déduire l'argument de Ja création au renouvellement, en ce sens, Le Père a créé toutes choses par Christ, qui est Dieu :
Il ne se faut donc point esbabir s’il remet maintenant tous les Gentils en leur entier par iceluy mesme Christ Médiateur.
Laquelle exposition je ne trouve point inal à propos. Il use d’un semblable argument, 2 Corint. IV, 6, Dieu qui a com-
mandé que la lumière resplendist des ténèbres, est celuy mesme qui a luit en vos cœurs. Car il recueille par la création du monde, que l'office de Dieu est d’illuminer les ténèbres. Mais ce qui estoit là visible, il le transfère à l'esprit, d'autant qu’il est question du règne de Christ.
10 Soit manifestiée aux principautez et puissances. Aucuns pensent n’estre point convenable que ceci soit dit des Anges, pource qu’ils voyent en la clarté de la face de Dieu, des choses si grandes qu'on ne leur peut attribuer une telle ignorance. Ils rapportent donc ceci aux diables : mais c’est sans considération.
Car quelle excellence raconteroit l'Apostre de l'Evangile, ou de la vocation des Gentils, s’il disoit qu’elle a maintenant commencé d’estre manifestée aux diables ? Mais on voit bien que toute son ‘intention est d’amplifier la miséricorde de Dieu envers les Gentils autant qu’il luy est possible, et de magnifier quant et quant la dignité de l'Evangile. Pour ce faire donc il tesmoigne qu’en la prédication de l’Evangile, la grâce de Dieu diverse est déclarée, laquelle n’a pas tousjours esté cognue, non pas des Anges mesmes. Dont il s'ensuit, que la sapience de Dieu doit estre plus qu’admirable aux hommes, en ce qu’il a conjoint les Gentils avec les Juifs pour participer au salut. C’est pourquoy il Pappelle Diverse en toutes sortes, d'autant que les hommes ont accoustumé de faussement mesurer ceste sapience de Dieu par une seule espèce, quand ils ne la peuvent comprendre toute entière et en chacune de ses parties. Exemple, les Juifs imaginoyent que la sapience de Dieu estoit enclose en la dispensation qui leur estoit cognue et usitée, telle qu’elle avoit esté sous la Loy. Mais Dieu à desployé une autre espreuve, et tesmoignage de sa sapience, en publiant l'Evangile indifféremment à tous. Non pas que ce fust une nouvelle sapience , mais pource qu’elle est plus ample et plus diverse que nous ne la pourrions comprendre par la capacité de nostre entendement.
Parquoy, quelque cognoissance que nous en ayons, sçachons toutesfois que ce n’en est qu’une bien petite portion. Et si
Cuar. IL
en la vocation des Gentils elle est cognue au ciel par les Anges, et receuë en toute révérence, quelle meschanceté est-ce en terre aux hommes de la rejetter ou mespriser ? Toutesfois quant à ce que les autres recueillent de ceci, que les Anges assistent aux prédications pour proufiter ensemble avec nous, c’est certes une spéculation bien peu ferme. Il faut tousjours regarder pour qui c’est que Dieu à député le ministère de sa parole. Car si les Anges ne cheminent point en foy veu qu’ils jouyssent de la présence de Dieu, ils n’ont nul besoin aussi de l’administration externe de la Parole, Il reste donc, que la prédication qui est en l’usage des hommes, ne sert sinon à la nécessité des hommes. Or le sens des paroles deS. Paul est, que l'Eglise amassée tant des Juifs que des Gentils, est comme un miroir auquel les Anges contemplent la sapience admirable de Dieu, laquelle ils ignoroyent auparavant. Car ils Voyent une œuvre qui leur est nouvelle, et la raison de laquelle estoit cachée en Dieu. Voylà comment ils proufitent, et non pas qu’ils apprenent quelque chose de la bouche des hommes.
11 Suyvant la délibération arrestée de tous temps. Nous voyons comment il se garde songneusement qu’on ne puisse reprocher à Dieu changement en son conseil. À ceste cause il répète desjà pour la troisième fois, que la délibération a esté éternelle et tousjours stable :
mais qu’elle devoit estre confermée et establie en Christ, pource qu’elle avoit esté déterminée en luy. Ainsi, il signifie que le temps légitime de publier ceste détermination appartient au règne de Christ. De mot à mot il y a, Selon le propos qu'il à fait : mais je pren ce mot de Faire, pour Délibérer, d'autant qu'il n'est point seulement parlé de l’exécution du décret, mais de lordonnance mesme et détermination, laquelle jà soit qu’elle ait esté devant tous les siècles, est demeurée cachée et a esté retenue
comme au sein de Dieu, jusques à ce que
Christ a esté manifesté.
12 Par lequel nous avons hardiesse. |
IT signifie qu’il faut attribuer cest honneur à Christ, qu’il fait Dieu son Père
Cuar. HI.
propice à tout le monde. Il magnifie aussi ceste grâce pour le fruit qui en vient :
pource que comme la foy est maintenant commune aux Gentils, aussi leur donneelle entrée en la présence de Dieu. Or toutes fois et quantes que $S. Paul nous conjoint à Dieu par Christ, et la foy d'iceluy, il y a une antithèse secrète, laquelle nous ferme tous autres passages, et nous osie tous autres moyens de conjonction. Cependant, nous avons yci une doctrine singulière et très utile. Car S.
Paul exprime de bonne grâce quelle est la vertu et la nature de la foy, et quelle fiance est requise en la vraye invocation de Dieu. Il ne se faut point esbahir si les Papistes ont grans débats avec nous touchant l’effect et les offices de la foy.
Car ils n’entendent pas que signifie le mot de Foy. Ce qu’ils pourroyent apprendre du présent passage, s'ils n’estoyent desjà saisis et préoccupez de fausses opinions. Premièrement sainct Paul la nomme foy de Christ : signifiant que tout ce que doit regarder la foy, nous est offert en Christ. Dont il s’ensuit que nous ne devons pas réputer pour foy une cognoissance de Dieu nue et confuse : mais celle qui s’addresse à Christ pour chercher Dieu en luy. Ce qui ne se peut faire, sinon qu’on entende la vertu et office de Christ. Il monstre que de la foy procède hardiesse et confiance. La confiance va la première en ordre, et tire après soy hardiesse. Il nous faut donc yci faire comme trois degrez. Car premièrement nous croyons aux promesses de Dieu : puis après acquiesçans en icelles, nous concevons une confiance, en sorte que nous avons tranguillité en l'esprit. De là s’ensuit la liardiesse, qui fait qu'ayans chassé toute crainte, nous nous recommandons à Dieu hardiement et constamment. Ceux qui séparent, la foy de la confiance, font comme si quelqu'un s’efforceoit d’oster ‘au soleil sa chaleur ou lumière. Je confesse bien que les uns ont la confiance plus petite, les autres plus grande, selon la mesure de la foy : toutesfois la foy ne se trouvera en lieu quelconque sans les effets ou fruits. Parquoy, ce sera un trèscertain signe, ou d’infidélité ou de
SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
foy, quand la conscience sera en trouble»
et qu’elle chancellera et sera en doute :
ou quand elle sera asseurée, constante et invincible contre les portes d’enfer, C’est-ci une saincte présomption, comme on dit, quand estans appuyez sur Christ nostre Médiateur, nous nous reposons en seureté en lPamour paternelle de Dieu : et osons asseuréement nous promettre la vie éternelle, et ne craignons ne la mort ne les enfers. Il faut aussi noter ce qu'il dit, Accès en confiance.
Car voyei en quoy diffèrent les enfans de Dieu des infidèles. asçavoir que les intidèles pensent estre en repos quand ils ont mis Dieu en oubli, et jamais ne sont à leur aise, sinon quand ils se reculent bien loin de Dieu : au contraire les fidèles ont paix avec Dieu, et s’approchent de luy volontairement et d’un courage prompt. D’avantage, nous recueillons de ce passage, que la confiance est requise en la vraye invocation : et qui plus est, que c’est la clef qui nous ouvre la porte du royaume céleste. Car ceux qui sont en bransle et prient en doutant, ne seront jamais exaucez, comme dit sainct Jaques, E, 6. Parquoy les Sophistes Sorboniques ne sçavent que c’est que d’invoquer Dieu, veu qu'ils commandent qu’on soit en doute. Parquoy je requier que ne vous lassiez point. Nous voyons maintenant à quel propos il a fait ci-dessus mention de ses liens : asçavoir afin qu'ils ne perdissent courage, après qu’ils auroyent esté advertis de sa persécution.
O cœur invincible, lequel combien qu’il fust en prison et près de la mort, toutesfois fournissoit de consolation aux autres qui estoyent hors du danger ? Il dit qu’il endure tribulations à cause des Ephésiens : d'autant qu’elles tournovent à l'édification de tous fidèles. Car combien grande confirmation de foy est-ce pour le peuple, quand le Pasteur ne craind point de maintenir sa doctrine par la perte de sa propre vie? Parquoy aussi il adjouste, Qui est vostre gloire.
Car sa prédication avoit tel bruit, que toutes les Eglises où il avoit presché, se glorifioyent à bon droict d’avoir une foy confermée d’un très bon gage.
Car. HI,
14 Pour laquelle chose je ploye mes genoux vers le Père de nostre Seigneur
Jésus-Christ :
15 (Duquel toute parenté est nommée és cieux et en la terre) \
46 Afin que selon les richesses de sa gloire il vous doint que soyez corroborez de force par son Esprit en l'homme intérieur :
17 Et que Christ habite en vos cœurs par foy, et que soyez enracinez et fon-
dez en charité,
18 Afin que vous puissiez comprendre! avec tous les Saincts quelle est la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur.
49 Cognoistre,
di-je, /a dilection? de Christ, laquelle surmonte toute co-
gnoissance, afin que soyez remplis en toute plénitude de Dieu.
1) Ou, 18 Afin qu’estans enracinez ct fondez en charité, vous puissiez comprendre, ete,
dilection,
14 Pour laquelle chose je ploye mes genoux. Il récite les prières qu’il faisoit pour eux, non-seulement pour rendre tesmoignage de l'affection qu’il avoit envers eux, mais aussi afin qu'eux prient semblablement. Car c’est tousjours en vain qu'on sème la doctrine, si le Seigneur ne la fait fructifier par sa bénédiction. Que les Pasteurs donc apprenent à l'exemple de sainct Paul non-seulement à admonester et exhorter, mais aussi demander à Dieu que leurs labeurs ne soyent sans fruit. Combien que ceci ne leur doit point donner occasion d’estre nonchalans, quand ils oyent dire qu'ils ne proufiteront rien par leur labeur et industrie, sinon entant que le Seigneur y mettra sa bénédiction, mais que tout le soin et la peine qu’ils auront prinse sera inutile : ains plustost ils doyvent estre diligens à planter et arrouser, pourveu que cependant ils demandent accroissement au Seigneur et l’attendent de luy. Par ce moyen est repoussée la calomnie des Pélagiens et des Papistes,
quand ils arguent que toute doctrine est
superflue, si ainsi est que les esprits ne soyent illuminez que par la seule grâce du sainct Esprit, et que les cœurs soyent seulement formez par luy en obéissance.
Car pour ceste cause sommes-nous illuminez par le sainct Esprit, afin que la doctrine ait lieu envers nous, et soit d’efficace, tellement que la lumière estant proposée, et la vérité annoncée, nous ne demeurions tousjours aveugles et sourds. Dieu donc besongne telle-
2) Ou, Et cognoistre la
ment seul en nous, que cependant toutesfois il besongne par ses instrumens.
Et pourtant l’oflice des Pasteurs est d’enseigner diligemment : et de l’autre costé l'office du peuple est d’escouter songneusement sa doctrine. Mais il faut que l’un et l’autre ait son recours au Seigneur, de peur qu’ils ne travaillent en vain en ses exercices. Or quand il dit, Je ploye mes genoux, il dénote la chose par le signe. Non pas qu’il soit tousjours requis de ployer les genoux quand on veut faire oraison, mais pource qu’on y adjouste communéement ce signe de révérence, et singulièrement quand on prie à bon escient, et non pas par manière d’acquit.
15. Duquel toute parenté, etc. Cerelatif Duquel, peut estre rapporté tant au Père qu’au Fils. Ce qu'Erasme le restraint nomméement au Père, ne me plaist point. Car il ne faloit pas” oster Ja liberté aux Lecteurs. Et qui plus est, autre lecture est plus us probable. Car il fait allusion à la parenté qui estoit entre les Juifs, à cause qu'ils avoyent un père commun, asçavoir Abraham , qui estoit la source de toute
la race. Or au contraire, quand il veut
oster la différence qui estoit entre les Juifs et les Gentils , il dit que non-seulement les hommes ont esté tous réduits en une famille et une mesme parenté par Christ, mais aussi qu'ils ont esté faits :
d’une mesme parenté avec les Anges mes-
mes. Si on le veut interpréter de Dieu
simplement, il ne conviendra pas si bien.
Car on pourroit incontinent réplicquer à
Cuar. HI.
encontre, que Dieu jadis a choisi les Juifs pour son peuple particulier, laissant là les Gentils. Mais quand on vient à Christ, alors est accompli ce que sainct Paul enseigne yci. Car tous sont assem-
. blez et unis en une mesme famille, pour
estre mutuellement frères sous un Dieu le Père. Entendons donc que sous la conduite de Christ la parenté est consacrée et confermée entre les Juifs et les Gen- {ils, pour autant que nous réconciliant au Père, il nous a faits tous ensemble un. Il ne faut done plus que les Juifs se glorifient, ou de la race d'Abraham, ou d’une telle lignée ou autre, pour mespriser et desdaigner les autres comme profanes, et s’attribuer l'honneur du peuple sainct. Car il n’y à qu'une parenté qui
soit à estimer tant au ciel que sur la
terre, tant entre les Anges que les hommes: asçavoir si nous appartenons au corps de Christ. Car hors iceluy on ne trouvera qu'une dissipation : mais il est luy seul le lien de nostre union.
16 Afin que selon les richesses. Sainct Paul désire que les Ephésiens soyent fortiliez : et toutesfois il leur avoit auparavant attribué une grande louange de crainte de Dieu. Mais les fidèles ne sont jamais tant avancez, qu'il ne leur fale tousjours croistre. La plus grande perfection donc des fidèles en ceste vie, c'est d'avoir affection de proufiter. Or il déclare qu’une telle confirmation est une œuvre du sainct Esprit : dont il s’ensuit qu’elle n’est pas de la propre faculté des hommes. Car comme le commencement de tout bien procède de l'Esprit de Dieu, aussi font les accroissemens. D’avantage, il attribue telle confirmation à la grâce de Dieu, quand il use de ce mot ous doint.
Ce que les Papistes ne veulent nullement admettre quand ils disent que les secondes grâces nous sont données en récompense, selon qu’un chacun aura mérité usant bien de la première grâce. Quant à nous, recognoissons avec sainct Paul que c’est un don de la gräce de Dieu, nonseulement que nous avons commencé à bien courir, mais aussi que nous passons plus outre: non-seulement que nous sommes régénérez, ains aussi que nous croissons tous les jours de plus en plus. Et
SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
afin que plus apertement il maintiene Ja grâce de Dieu, il dit, Selon les richesses de sa gloire. Ce qu’on peut exposer en deux sortes : ou, Selon ses richesses glorieuses, tellement que le génitif soit mis pour une épithète, suyvant l’usage de la langue Hébraïque : ou, Selon sa gloire rice et abondante. Par ce moyen ce mot Gloire, Sera mis pour Miséricorde, comme au chap. E, v. 6. Ce second sens me semble meilleur. Æ£n l’homme intérieur. L'homme intérieur selon sainct Paul signifie l’âme, et tout ce qui appartient à la vie spirituelle de l'âme: comme L'homme extérieur signitie le corps avec ses dépendances, c’est asçavoir la santé corporelle, les honneurs, richesses, fleur d'aage , crédit, et toutes autres choses semblables. Il est dit 2 Cor., IV, v. 416, Si nostre homme extérieur se corrompt, l'intérieur est renouvelé de jour en jour.
C'est-à-dire , Si nous déchéons quant au monde , cela fait que la vie spirituelle commence à avoir vigueur en nous de plus en plus. Sainct Paul donc n’entend pas que les fidèles soyent corroborez pour estre excellens et fleurissans au monde : mais que par la vertu de Dieu leurs âmes soyent fortifiées quant au royaume de Dieu.
17 Et que Christ habite en vos cœurs, etc. I] déclare quelle est la force de l’homme intérieur. Car puis que le Père a mis toute plénitude de bien entre les mains de Christ, celuy qui ha Christ habitant en soy, n’ha faute de rien.
Ceux donc qui pensent obtenir l'Esprit de Dieu, sans avoir Christ en eux, s’abusent bien : comme au contraire, c’est une sotte imagination, de penser que nous puissions recevoir Christ sans le S. Esprit.
Mais il nous faut retenir tous les deux :
asçavoir que nous sommes faits participans du sainet Esprit, en tant que nous communiquons à Christ (car nous ne trouverons point l'Esprit ailleurs, qu’en Christ : sur lequel pour ceste cause il est dit avoir reposé, Isaie, LXI, v. 4), et aussi que Christ ne peut estre séparé de son Esprit pour estre comme mort et despouillé de sa vertu. Sainct Paul donc dit très-bien que ceux ausquels Christ habite, sont corroborez de la vertu spiri-
ce. soit tout un ,
tuelle de Dieu. Il note aussi la partie, où est le siége légitime de Christ, asçavoir le cœur : afin que nous sçachions que ce n’est point assez que nous l’ayons en Ja bouche , ou qu’il voltige en nostre cerveau, D’avantage, il exprime le moyen par lequel on obtient un si grand bien.
Afin, dit-il, que Christ habite par foy.
C’est une belle louange qui est donnée à Ja foy, que par icelle le fils de Dieu est
fait nostre, en sorte qu’il habite en nous.
Car par. la foy non-seulement nous co-
qe em ES
gnoissons que Christ a souffert pour
nous , et qu’il est ressuscité des morts pour l'amour de nous, mais aussi nous le recevons comme il s'offre à nous pour Je posséder, et pour en avoir Ja jouyssance. Ce qu'il nous faut diligemment noter. Il y en a plusieurs qui pensent que
Christ, et Croire en Juy : mais la participation que nous avons avec Christ , est un fruit de la foy. Or la somme du pro-
pos sera, Que par la foy nous ne devons
pas contempler Christ de loin, mais le
recevoir en lembrassant de nostre ame, afin qu'il habite en nous: et que par ce moyen nous sommes remplis de l'Esprit de Dieu.{Æé que soyez enracinez et fondez en‘charité. Il récite les fruits de ce que Christ habite en nous, asçavoir charité, et cognoissance de la grâce de Dieu, et de ceste amour qui nous a esté monstrée en Christ. Il s'ensuit que ceci mesme est la vraye et ferme vertu de lPâme, Et pourtant toutes fois et quantes qu’il traitte de la perfection des Saincts , il dit qu’elle consiste en ces deux parties. Les deux similitudes qu’il amène, expriment combien la charité doit estre ferme et Constante en nous. Car il y en a beau- Coup qui ont en eux quelque mouvement légier de charité: mais elle s’esvanouit
aiséement, ou pour le moins est facil. sent
esbranlée, d'autant qu’elle n’ha point prins profondes racines en eux. Or sainct Paul veut qu’elle soit profondément fichée dedans nos cœurs : en sorte qu’elle soit comme un édifice ayant bon fondement, et comme une plante qui ait la racine profonde. Voylà le simple sens et naturel, asçavoir que nous devons estre -plantez tellement en charité jusques à la
Estre participant. de
Cuar. HN
racine, et tellement bastis en l'affection profonde d’icelle jusques au fondement , que rien ne nous en puisse esbranler:
Dont appert que ceux-là resvent qui recueillent des paroles de S. Paul, que charité est le fondement ou racine de nostré salut. Car sainct Paul (comme chacun le voit) ne traitte point yci où est fondé nostre salut: mais il démonstre combien la charité doit estre ferme et constante en nous.
18 Afin que vous puissiez comprendre avec tous les Saincts, etc. C’est le second fruit, asçavoir que les Ephésiens puissent comprendre combien est grande la dilection de Christ envers les hommes.
Or une telle appréhension où cognoissance procède de la foy. Quand en cela il leur adjoint pour compaignons tous les Saincts, il démonstre que c’est le plus excellent bien qu'ils puissent obtenir en ce monde, et la souveraine sagesse à laquelle tous les enfans de Dieu aspirent.
Au reste, combien que ce qui s'ensuit soit assez clair de soy-mesme, toutesfois il a esté jusques à ceste heure obscurci par diverses opinions d’interprétations. Sainct Augustin s’est grandement pleu en une subtilité qui ne sert de rien à ce propos. Car il cherche yci je ne sçay quel mystère en la figure de la croix : d’avantage de la largeur il en fait Charité, de la hauteur Espérance, de la longueur Patience, et de la profondeur l'Humilité.
Ce sont des discours qui Semblent beaux à cause de la subtilité : mais de quoy Sért tout cela au propos de sainet Paul? Rien plus certes, que ce que sainèt Ambroise pense qu’yci soit signifiée une forme de sphère. Or laissant là les interprétations des autres, je diray ce que tous cognoistront estre simple et vray. Car sainct Paul n'entend autre chose par ces mesu- -emens, que la charité de Christ, de laquelle il parle iricontinent après : signifiant que celuy ha un sçavoir parfait, qui cognoist vrayement et parfaitement ceste charité. comme s’il eust dit : De quelque costé que les hommes regardent, ils ne trouveront rien en la doctrine de salut qui ne doyve estre rapporté à ceci. Car la seule dilection de Christ contient tous les poincts esquels gist la vraye sapience, Et
Cuae. TI.
pourtant, afin que le sens soit plus facile, on doit ainsi résoudre ces paroles : Afin que vous puissiez comprendre la dilection de Christ, laquelle est la longueur, la largeur, la profondeur et hauteur de nostre sagesse, c’est-à-dire toute la perfection. Car il emprunte ceste similitude des Mathématiciens, pour signifier le tout par le dénombrement des parties. Or pource que c’est une maladie commune presque à tous, d’appéter la cognoissance de choses inutiles, voyci un advertissement bien propre que c’est qu’il nous est expédient de savoir, que c’est que le Seigneur veut que nous considérions haut et bas, à dextre et à senestre, devant et derrière. La charité de Christ nous est proposée, afin que nous-nous exercions en la méditation d’icelle jour et nuit, et par manière de dire nous y plongions.
Celuy qui comprend ceste charité, ha assez : et hors icelle il n’y a rien ferme ne proufitable, brief rien droit ni entier. On aura beau environner le ciel, les terres et les mers, il est impossible de monter plus haut, qu’on ne passe outre les vrais limites de sagesse.
19 Laquelle surmonte toute cognoissance. C’est comme il dit en un autre passage, La paix de Dieu laquelle surmonte tout entendement gardera vos
cœurs, Philip., IV, v. 7. Car pour venir à
Dieu, il faut que l’homme soit eslevé par-
SUR L’'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
dessus s0y, et par-dessus le monde, C’est ce qui empesche les sophistes de nous accorder que nous pouvons estre asseu— rez de la grâce de Dieu. Car ils mesurent la foy selon l’appréhension du sens humain. Mais sainct Paul met yci une science, qui surmonte toute cognoissance. Et à bon droict: car si la puissance de l’homme montoit jusques-là, en vain sainct Paul vci demanderoït à Dieu qu’il la donnast. Souvenons-nous donc, que la certitude de la foy est une science:
mais qui est apprinse par la maistrise du sainct Esprit, et non pas par la subtilité
de l’entendement humain. Qui voudra véoir ceste matière traittée plus au long, pourra avoir recours à mon Institution.
Afin que soyez remplis. I déclare maintenant en un mot que c’est qu'il a entendu par les divers mesuremens : Asçavoir que celuy qui ha Christ, il a toutes les choses qui sont requises pour avoir perfection en Dieu. Car voylà que signifie ce mot, Plénitude de Dieu, Sans cela les hommes se feront bien à croire qu’ils ont la perfection en eux-mesmes : mais c’est qu’ils sont enflez de vent et de choses de néant. Au reste, ceux-là ont follement et meschamment resvé qui par le mot de Plénitude ou accomplissement de Dieu, ont entendu sa plene Divinité :
comme si les hommes estoyent faits égaux à Dieu.
20 Or à celuy qui par la puissance qui besongne en nous peut faire en toute abondance plus que tout ce que nous demandons ou pensons, 91 À luy, di-je, soit gloire en l'Eglise par Jésus-Christ, en tous aages du
siècle des siècles, Amen.
Il vient finalement à conclure le propos par action de grâces : laquelle toutesfois contient aussi une exhortation à bien espérer. Au reste, l’action de grâces tend à cela, qué les Ephésiens soyent de plus en plus incitez à estimer la grâce de Dieu, selon qu’elle mérite. Gloire, dit-il, soit à Dieu, par Jésus-Christ, etc. asçavoir, pource que par luy la miséricorde de Dieu estoit espandue sur les Gentils. I adjouste, En l'Eglise, signifiant par cela que la grâce de Dieu est telle en la vocation des Gentils, qu'elle doit estre ma-
gnifiée entre tous les fidèles, par toute l'estendue de PEglise. Ce qu'il dit, £n tous aages, du siècle des siècles, Sert à augmenter la grandeur.
20 Qui par la puissance qui besongne en nous peut faire, etc. Ceci se rapporte au temps advenir : et pourtant c’est une doctrine d'espérance. Et de faict, nous ne pouvons pas rendre grâces à Dieu de cœur comme il appartient, pour les bénéfices que nous avons receus de luy, si nous n'avons cesie certaine persuasion, que sa bonté sera perpétuelle
793 COMMENTAIRES Car. IV.
envers nous. Or quand il est dit que Dieu |en nous, dit-il. Car tous les biens que est puissant : il ne faut pas entendre que | Dieu nous confère, ce sont autant de ce soit une puissance qui soit bien loin | tesmoignages et enseignemens de sa de l’opération, comme on dit : mais une | grâce envers nous, de son amour et telle puissance qu’elle se manifeste, et la- | vertu : dont nous devons concevoir meilquelle nous sentions à la vérité. Car les |leure espérance pour l’advenir. 1 faut fidèles la doivent tousjours conjoindre | noter ce membre, Æn toute abondance. avec l’œuvre, quand il est question des | Item, Plus que tout ce que nous demanchoses qui leur ont esté promises, et de | dons ou pensons afin que ne craignions leur salut. Car tout ce que Dieu peut, il | point d’excéder en la droite et vraye foy. ne faut point douter qu’il ne le face, s’il | Car nous ne pourrons jamais attendre de l'a promis. Il conferme cela par les expé- | Dieu tant de biens qu’il ne surmonte par. riences précédentes, ou par l’efficace du | sa libéralité inestimable tous nos soubaits sainct Esprit présente qui se monstroit | et nos sens.
en eux. Selon ce que desjà nous sentons