COMMEN
TAIRES Car. IV.
bien est horrible ceste impiété, quand on poind l'Esprit de Dieu d’une telle tristesse, qu’il est contraint à la fin de sortir hors de nous. Il y a une telle forme de parler en Isaïe, chap. LXIIE, v. 40, mais en sens divers. Car le Prophète dit simplement, Fascher et irriter l'Esprit de Dieu, comme nous avons de coustume de dire, Irriter le cœur d’un homme.
Par lequel vous estes signez. Car VEsprit de Dieu est comme un seau, par lequel nous sommes discernez d'avec les réprouvez, et lequel est imprimé en nos cœurs, afin que nous soyons certains de la grâce d'adoption. Il adjousta, Au jour de la rédemption : c’est-à-dire, Jusques à ce que Dieu nous mette en possession de l'héritage promis. Car ce jour-là est coustumièrement appelé Jour de rédemption ou délivrance : pource que nous serons alors délivrez de toutes misères. De toutes ces deux façons de parler nous en avons assez traitté ailleurs, et sur tout aux Romains, chap. VITE, v. 23, de la seconde : mais de la première, aux Corinthiens 4, chap. E, v. 30. Il reste seulement à dire, que ce mot de Signer, peut estre yci exposé autrement : asçavoir que Dieu nous a imprimé son Esprit, comme une marque, afin de recognoistre pour ses enfans tous ceux qu’il voit ainsi marquez.
34 Toute amertume. Comme par cidevant il a condamné l’ire : ainsi maintenant répétant ceste mesme sentence, il conjoint quant et quant les accidens, qui presque tousjours suyvent lire, comme les contentions, crieries, et injures. Entre re, et le mot que nous avons traduit Cholére, il n'y a pas grande différence, si nous ne disons qu’'yci le premier signifie une impétuosité plus soudaine. Au reste, ce n’est point sans cause qu’il veut que toute malice soit ostée. Car il le fait, afin que nous corrigions tous les autres vices précédens. Or il signifie par ce mot de Malice, une perversité de cœur, laquelle est contraire à humanité et équité : : et on l'appelle communéement Malignité.
cordiaux, et pardonnans les uns aux
autres : ainsi que Dieu vous à pardonné par Christ.
Cuar, V.
32 Soyez bénins. À amertume il oppose bénignité, qui est une douceur et courtoisie tant és mœurs qu’au visage et en propos. Et pource que ceste vertu ne régnera jamais entre-nous, Si COMpassion n’y est quant et quant conjointe : à ceste “ause il nous recommande miséricorde, qui consiste en cela, que non-seulement pous soyons marris des adversitez de nos frères, autant que des nostres mesmes :
mais aussi qu’ayans une vraye humanité en nous, nous ne soyons point moins esmeus de ce qui leur sera advenu, soit prospérité, soit adversité, que s’il estoit advenu à nous-mesmes. À ceste vertu est contraire une dureté de courage, quand les hommes sont si barbares et farousches, qu’ils ne se soucient aucunement de ce qu’ils voyent endurer aux autres.
Pardonnans les uns aux autres. Les autres l’interprètent de bénéficence : et pourtant Erasme traduit, Donnans ou fai-
SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS
sans bien les uns aux autres, Et de faict, la signification du mot n’y est point répugnante : mais la circonstance du lieu nous mène plustost à un autre sens : asavoir que nous soyons faciles à pardonner. Car il se peut faire quelque fois, qu’il y en ait aucuns doux et tendres à compassion : mais estans offensez à tort et sans cause, ils ne pardonnent pas facilement l’injure qui leur a esté faite. Afin donc que ceux qui autrement par une douceur de nature sont enclins à humanité, ne perdent point courage en voyant l’ingratitude des hommes, sainct Paul les admoneste qu’ils se monstrent faciles à pardonner les uns aux autres. Et afin que ceste admonition ait plus de vigueur, il propose l’exemple de Dieu, qui nous a beaucoup plus pardonné par Christ, qu'homme du monde ne sçaurait pardonner à ses frères. Il faut sur ce propos veoir le chap. HIT, des Colossiens, v, 13.