‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 96 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

À Soyez doncques imitateurs de Dieu comme chers enfans, 2 Et cheminez en charité ainsi que Christ aussi nous a aimez, et s’est livré soy-mesme pour nous, en oblation et sacrifice à Dieu, en odeur de bonne

senteur.

A Soyez donc imilateurs de Dieu. Ii poursuit le mesme propos et le conferme, d'autant qu'il faut que les enfans soyent semblables à leur père. Or il remonstre que nous sommes enfans de Dieu: et que pourtant nous devons entant qu’en nous est l'ensuyvre en bénéficence. Ainsi nous voyons qu’en la division des chapitres on a mal coupé ces sentences, lesquelles sans doute s’entrelienent ensemble. Or tenons cest argument, Que si nous sommes enfans de Dieu, nous Île devons donc ensuyvre. Car aussi Christ dit, qu'autrement nous ne sommes point enfans de Dieu, si nous ne faisons bien, mesmes à ceux qui en sont indignes, Matth. V, 44. Après nous avoir proposé Dieu pour exemple, il nous propose aussi Christ. Car il est nostre vray patron, auquel nous-nous devons conformer. Aimez-vous les uns les autres en telle charite, dit-il, que Christ aussi nous à aimez. !

Car ce que nous voyons en Christ, nous est une vraye règle. | 2 Et s'est livré soy-mesme. Ç'a esté un singulier signe et argument d’une excellente charité, que Christ, comme s’estant oublié soy-mesme, n’a point espargné sa propre vie, afin qu’il nous délivrast de mort. Si nous voulons estre participans de ce bénéfice, il faut aussi que nous ayons semblable affection envers nos prochains. Non pas qu'aucun de nous soit parvenu à une si grande perfection : mais il nous y faut aspirer et efforcer d'y parvenir selon nostre petite capacité. Ce qui est adjousté de l'oblation de bonne odeur, sert premièrement à louer la grâce de Christ : puis après aussi à la matière présente. Ii est bien vray qu’on ne sçauroit assez suftisamment exprimer de paroles le fruit et l'efficace de la mort de Christ : afin que nous y apuretions à tenir fermement,

que c’est le seul pris, par lequel nous sommes réconciliez à Dieu. Et ceste doctrine de foy doit tenir le premier lieu.

“Mais tant y a que d'autant plus que nous trouvons que Christ a fait pour nous, tant plus luy sommes-nous redevables. Il nous faut aussi recueillir des paroles de S. Paul, que rien de toutes nos œuvres n’est agréable à Dieu, si nous ne nous aimons les uns les autres. Car si la ré-

Car, V.

conciliation des hommes faite par Christ, a esté un sacrifice de bonne odeur, alors il sortira bonne odeur de nous jusques à Dieu, quand ceste saincte senteur et ce perfum sacré sera espandu en nous. Et à cela se rapporte ce que dit le Seigneur Jésus-Christ, Délaisse ton don sur l’autel, et l’en va, et te réconcilie avec ton frère, Matth., V, 23.

3 Que paillardise et toute souillure, ou avarice ne soit point mesme nommée entre vous, ainsi qu'il appartient aux Saincts : 4 Ou chose vilene, ou parole fole, ou plaisanterie, qui sont choses qui ne convienent point : mais plustost propos de gräce!. .B Car vous scavez ceci, que nul paillard ou immonde, ou avaricieux, qui est idolâtre, n ha point d'héritage au Royaume de Christ et de Dieu. 6 Nul ne vous décoyve par vaines paroles : car pour ces choses l'ire de Dieu

vient sur les enfans de rébellion ?.

7 Ne soyez donc point leurs compagnons.

1) Ou, action de grâces.

3 Que paillardise et toute souillure, etc. Ce chapitre et le troisième aux Colossiens ont beaucoup de choses accordantes ensemble, lesquelles le lecteur prudent pourra de soy-mesme conférer l’une à lPautre sans mon aide. Il récite . yci trois choses, lesquelles il veut estre si loin des Chrestiens, que mesme elles ne soyent point nommées entr’eux : ce qu’on à accoustumé de faire des choses incogrues. Par ce mot de Sowillure, il signifie toutes vilenies et affections impudiques. Ainsi il diffère d'avec le mot Paillardise comme la généralité d'avec l'espèce. Il met Ævarice au troisième lieu, laquelle n’est autre chose qu’une cupidité excessive d’avoir des biens. Et il adjouste authorité à son commandement, disant qu’il ne requiert rien d'eux, Qu’ Ainsi qu'il appartient aux Saincts.

Par lequel mot il rejette du nombre et de la compagnie des Saincts tous avaricieux, paillards et impudiques. Après ces trois premiers vices il en nomme encore trois autres : asçavoir, Chose vilene : par lequel mot j’enten tout ce qui est déshoneste et contraire à la modestie des fidèles. Pour le second il met Za fole parole : par lequel mot j’enten tous sots propos et inutiles, et qui n'apportent

2) Ou, désobéissance, ou, d’incrédulité.

aucun proufit, ou mesmes profanes, et qui peuvent nuire par leur vanité. Au

surplus pour autant que les foles paroles

sont bien souvent couvertes et excusées sous couleur de Plaisanterie, ou de rencontre de bonne grâce : à ceste cause parlant nomméement de la plaisanterie, qui autrement est agréable aux hommes, comme si c’estoit une vertu digne de louange, il la condamne comme une partie de fole parole. Le mot Grec, entre les autheurs Payens se prend en bonne part, pour une facon de parler de rencontre subtile et de bonne grâce, qui monstre un homme honeste, de bon esprit, et bien apprins. Mais pource qu’il est bien difficile de jaser et se mesler de rencontrer, que quant et quant on ne picque quelqu'un : et quand on plaisante, il y à une affectation curieuse, qui ne s'accorde pas bien avec la vraye religion, à bon droict sainct Paul nous en destourne. Et de toutes ces choses il prononce tout en uh mot, asçavoir, Qwelles ne convienent point, c’est-à-dire qu’elles sont répugnantes au devoir des Chrestiens. CHENE |

4 Mais plustost propos de grâce.

Aucuns lexposent, Action de grâces.

Quant à moy, je trouve l'interprétation

Car. V.

bien qu’à l’opposite des vices précédens, sainct Paul meist quelque chose générale

qui apparoisse en nos paroles. Car sil eust dit, Cependant que les autres s’amu-

sent à plaisanter et dire des sornetes,

vous autres rendez grâces à Dieu : cela eust esté trop restraint. Or le mot Grec

souffre bien que nous tournions simple-

ment, Grâce. Et le sens sera, que nos propos soyent confits en douceur et vraye

grâce : ce que nous ferons, quand nous meslerons l'utilité avec la douceur et le plaisir.

5 Car vous scavez ceci, que nul

paillard ou immonde, ou avaricieux,

ete. De peur qu’estans amorsez des allè-

chemens de ces vices qu’il reprend, ils ne reçoyvent ses admonitions froidement, et comme pensans ailleurs, il les estonne d’une menace sévère et rigoureuse, asçavoir que tels vices nous ferment la porte

du royaume de Dieu. Au reste, appelant

leur conscience en tesmoignage, il signifie qu'il parle d’une chose qui n’est nullement en doute. Si quelqu'un trouve ceste sentence trop rigoureuse et contraire à la bonté de Dieu, asçavoir que tous ceux qui Sont entachez de paillardise ou avarice, sont forclos de l’héritage du royaume des cieux : il est bien facile à luy respondre, asçavoir que Île sainct Apostre ne nie pas que ceux-là n’obtienent pardon lesquels estans cheus viendront à repentance et s’amenderont :

mais que la sentence qu'il prononce, c’est contre les péchez. Car ayant dit semblables paroles aux Corinthiens en la première Epistre, chapitre VE, v. 14, il adjouste incontinent, Et vous aussi avez esté tout ceci, mais vous estes maintenant justifiez, etc. Car là où il y a repentance, les hommes ne sont plus ce qw’ils estoyent, veu qu’en la repentance il y à aussi réconciliation avec Dieu. Au reste, ceux qui sont paillars, ou immondes, Où avaricieux, qu’ils Sçachent que tandis qu’ils sont tels, ils n’ont rien de commun avec Dieu, et que toute espérance de salut leur est ostée.

Il dit, Le royaume de Dieu et de Christ, pource que Dieu la baïllé à son Fils, afin que nous lobtenions par iceluy.

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

de sainct Hiérôme bonne. Car il faloit

Avaricieux, qui est idolâtre. Car avarice (comme il dit ailleurs) est le service des idoles : non pas celuy qui est tant de fois condamné en l’Escriture, mais un autre autre façon. Car il faut nécessairement que tous avaricieux renient Dieu, et qu’en la place d’iceluy ils se mettent les richesses : tant est aveugle la rage de ceste misérable convoitise.

Mais pourquoy est-ce que sainct Paul dit plustost cela d’avarice que des autres affections de la chair, veu qu’il ne leur compète pas moins ? Pourquoy l’avarice doit-elle estre plustost notée de ceste marque d’ignominie, qu’ambition, ou la vaine confiance de soy-mesme ? Je respon, Que pource que ceste maladie s’estend bien loin, et comme par sa contagion elle saisit le cœur de plusieurs, et qui pis est, on ne pense point que ce soit une maladie, ains plustost elle est louée par opinion commune : pourtant sainct Paul en parle en plus mauvaise part que de toutes les autres, afin d’arracher de nos cœurs la fausse opinion que nous en avons.

6 Nul ne vous décoyve par vaines

paroles. Il y à eu tousjours de vileins

contempteurs mastins, qui ont tourné en risée, et se sont mocquez plaisamment des menaces des Prophètes, comme nous en voyons encore aujourd’huy. Car le diable en tous siècles attitre de tels enchanteurs, lesquels se mocquans du jugement de Dieu par sornetes exécrables, endorment comme de quelques sorcelleries les consciences qui ne sont pas bien fondées en la crainte de Dieu. Cela est un péché léger, disent-ils, Dieu n’estime la simple fornication qu’un esbatement : Dieu n’est point tant cruel sous la Loy de grâce :

il ne nous à pas créez pour estre nostre bourreau : La fragilité de nostre nature nous excuse : et autres semblables propos. Sainet Paul crie à l’encontre qu'il se faut donner garde de telles fallaces, par lesquelles les consciences sont tirées en ruine et perdition. Car pour ces choses. Si on prend le temps présent

Vient, selon la facon des Hébrieux pour

le futur, Viendra, ce sera une menace du jugement dernier. Mais je suis de l’opinion de ceux qui prenent en général

Vient, pour À accoustumé de venir : tellement qu'il les advertit des jugemens ordinaires de Dieu, les exemples desquels sont tous les jours devant les yeux.

Et certes, si nous n’estions aveuglez et despourveus de sens, Dieu nous donne assez de tesmoignages et exemples de punitions, par lesquels il se déclare estre juste Juge, tant en punissant tels maux en particulier sur un chacun, qu’en desployant manifestement son ire en public sur les villes, les royaumes, et les peuples. Or il faut noter ce qu’il dit, Sur les enfans d'infidélité, ou Rébellion :

Car. V.

car d'autant qu'il parle aux fidèles, il ne tend pas tant à les estonner par leurs propres dangers, qu’à les resveiller afin qu'ils apprenent à contempler és réprouvez, comme en des miroirs, les jugemens horribles de Dieu. Car Dieu envers ses enfans ne se rend point espovantable afin qu'ils le fuyent, mais comme un Père débonnaire, il les attire à soy tant qu’il peut. De là l’Apostre conclud par une admonition, qu’ils se gardent de s’envelopper en la compagnie pernicieuse des meschans, esquels ils prévoyent une telle issue.

8 Car vous estiez jadis ténèbres, mais maintenant vous estes lumière au Seigneur. Cheminez comme enfans de lumière.

9 (Car le fruit de lumière! gist en toute débonnaireté, justice, et vérité)

10 Esprouvans ce qui est agréable au Seigneur :

A1 Et ne communiquez point aux œuvres infructueuses de ténèbres, ains

mesme reprenez-les plustost.

12 Car il est mesme vilein de dire les choses qui sunt faites par eux en

cachette.

13 Mais toutes choses estans mises en évidence par la lumière, sont rendues manifestes : car la lumière est celle qui manifeste tout. 14 Pour laquelle chose, il dit, Toy qui dors, esveille-toy, et te lève des morts.

el Christ l’esclairera.

1) Ou, de l'Esprit.

8 Fous estiez jadis ténèbres. Avec les enseignemens et instructions pour leur donner plus grand poids, il adjouste par fois des confirmations. Comme en ce passage, pource qu'il avoit fait mention des incrédules, et avoit admonesté les Ephésiens de ne participer en leurs meschancetez, atin qu’ils ne tombassent en semblable ruine : maintenant adjoustant la raison, il conferme combien ils se doyvent eslongner de leur vie et œuvres. Et quant et quant il leur rafreschit la mémoire de leur vie passée, afin qu’ils ne soyent ingrats envers Dieu. Vous devez estre tont autres, dit-il, que vous n’estiez par ci-devant : car en lieu que vous estiez ténèbres, Dieu vous a fait estre lumière. Il appelle Ténèbres, toute la nature de l’homme qu’il ha avant qu’il soit régénéré, pource que là ou la clarté de Dieu ne luit point, il n'y a qu’un horrible aveuglement. D'autre part, il appelle Lumière, ceux qui sont illuminez par

Esprit de Dieu : et ainsi c’est en signification passive, pour Reluisans. Car incontinent après il adjouste en un mesme sens, £nfans de lumière, quand il conclud qu’ils doyvent donc cheminer comme de jour, d’autant qu’ils sont délivrez'des ténèbres par la miséricorde de Dieu. Il faut noter que nous sommes appelez lumière au Seigneur, pource que hors de Christ Satan occupe tout, lequel nous sçavons estre le prince des ténèbres.

9 Car le fruit de lumière, etc. H entrelace ceste parenthèse, pour monstrer le chemin par lequel il faut que les enfans de lumière cheminent. Combien qu’il ne met pas une description entière, mais par forme d'exemple il touche seulement quelques parties de la vie saincte et Chrestienne. Or voulant comprendre le tout :

en un poinct, il les ramène à la volonté de Dieu : comme s’il disoit, Quiconque désire vivre droitement et bors du dan-

ger de se fourvoyer, que cestuy-là ad-

Cnar. V.

dresse sa vie à l’obéissance de Dieu, et ait la volonté d’iceluy pour règle. Car il n’y à point d'autre raisonnable service de Dieu, comme il enseigne aux Romains, XII, 4, que de vivre simplement selon son ordonnance, suyvant ce qui est dit, Obéissance vaut mieux que sacrifice, 4 Sam., XV, 22. Mais je m’esbahi comme cela s’est fait, qu’en plusieurs exemplaires Grecs, est survenu le mot Esprit en lieu de Lumière, veu qu’il est plus convenable de dire le Fruit de lumière. Combien que ce changement ne diminue rien de la sentence de S. Paul. Car cela demeure tousjours, qu’il faut queles fidèles cheminent comme en lumière, d’autant qu’ils sont enfans de lumière : et que cela se fait, quand ils ne vivent pas à leur plaisir : mais se dédient entièrement à l'obéissance de Dieu, et n’entreprenent rien que par son ordonnance et Commandement. D’avantage, que telle obéissance est cognuë par les fruits, asçavoir Débonnairelé, justice, vérité, et autres semblables. +

A1 Et ne communiquez point aux œuvres infructueuses. Pource que les enfans de lumière conversent entre les ténèbres, c’est-à-dire au milieu de la génération perverse et tortue, ce n’est pas sans cause qu'ils sont admonestez de ne se mesler point parmi les œuvres mauvaises, Philippe, Il, 45. Ce n’est donc point assez quand un homme de soymesme ne se mettra point à faire chose mauvaise : mais avec cela, il nous faut donner garde de nous mesler avec les meschans, pour leurs compagnons où coadjuteurs en œuvres meschantes. Brief, il nous faut abstenir de toute communication, ou de consentement, ou de conseil, ou de volonté tacite, ou de quelque autre aide quelle qu’elle soit. Car nous participons avec les meschans par tous ces moyens. Et qui plus est, afin que personne ne pense estre quitte de son devoir, en dissimulant et faisant semblant de ne veoir point le mal, il commande aussi nommément qu'on reprene : qui est le contraire de dissimulation. Maintenant, de combien en trouvera-on un qui se puisse exempter de condamnation,

SUR L'EPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

devant leurs yeux que Dieu est offensé, se gardent de faire semblant d’approuver, et que quasi tous dissimulent ? Tant y à toutesfois que plustost périront cent mondes, que la vérité de Dieu ne demeure ferme. Le mot Grec que nous traduisons Rédarguer où reprendre, convient à la similitude du mot de Ténèbres. Car il siguifie proprement produire en avant, et mettre en évidence ce qui estoit incognu auparavant. Pour autant donc que les meschans se flattent en leurs vices, et veulent qu'ils soyent cachez, ou réputez pour vertus : à ceste cause sainct Paul commande qu'on les rédargue. Il appelle œuvres infructueuses, non-seulement qui n’apportent nul proufit, mais aussi qui d’elles-mesmes sont dommageables et pernicieuses.

12 Car ùl est mesme vilein de dire les choses. 1 veut monstrer combien ils proufiteront en rédarguant les meschans.

Ils se donnent licence, dit-il, de commettre tous maux, voire des vilenies horribles , et indignes d’estre nommées, moyennant que les hommes ne s’en apperçoyvent point. Car, comme il a esté dit par les Latins en commun proverbe, La nuit n’a point de honte. D’où vient cela, sinon qu’estans plongez en ténèbres d’ignorance, eux-mesmes ne voyent point leur turpitude, et ne pensent point que Dieu et les Anges l’apperçoyvent? Mais quand la parole de Dieu vient en avant, lors leurs yeux commencent à s’ouvrir, comme qui apporteroit en plene nuit une chandelle allumée. Ainsi ils commencent à avoir honte et estre marris en euxmesmes. Les Saincts donc par leurs sainctes admonitions illuminent les infidèles aveugles : et en lieu qu’ils estoyent cachez sous la couverture d’ignorance, ils les tirent hors de leurs cachettes pour les faire venir en lumière. C’est donc autant comme s’il disoit, Quand les infidèles ont leurs maisons fermées, et qu'ils sont retirez de la compagnie des hommes, /l est mesme vilein de dire, de quelle meschanceté et deshordement ils se jettent en tout mal. Et se lascheroyentils ainsi la bride sans honte aucune, si les ténèbres ne leur donnoyent ceste au-

veu qu’il y en a bien peu lesquels voyans | dace, comme si ce qu’on fait en cachette,

JE

demeuroit impuni? Mais quand vous les reprendrez, vous leur apporterez (par manière de dire) la lumière devant les yeux, afin qu'ils ayent honte de leur vilenie. Or une telle honte procédante de la cognoissance de sa vilenie, est le premier degré pour venir à repentance. C’est ce qui est dit aussi en la première aux Corinthiens, XIV, 24. Si quelque infidèle entre en vostre compagnie, il est argué -et jugé de tous : et ainsi les secrets de son cœur sont manifestez : et par ainsi il cherra sur sa face, et adorera Dieu.

Sinon qu’yci il use de métaphore. Erasme a changé le mot Rédarguer, et à traduit, Toutes choses estans descouvertes :

en quoy il a corrompu tout le sens. Car sainct Paul tend là, que ce ne sera point une chose sans fruit de rédarguer les œuvres des infidèles.

43 Car la lumière est celle qui manifeste tout. Pource que le mot Grec est indifférent, on peut traduire ceci tant en signification active que passive. Le Translateur ancien Latin a mieux aimé prendre la passive, Tout ce qui est manifesté est lumière. Ce que si nous suyvons, le mot de Lumière vaudra autant comme Luisant ou Lumineux, ainsi que devant :

et lors le sens sera, Que les mauvaises œuvres, qui estoyent cachées, seront claires et évidentes, après qu’elles auront esté descouvertes et manifestées par la parole de Dieu. Que si nous le prenons en signification active, encore il ÿ pourra avoir double exposition. La première, Tout ce qui manifeste, est lumière : la seconde, Ce qui manifeste tout, ou toutes choses, est lumière. Et ce qu'Erasme a craint que l'article Grec empeschast ce sens, n’y fait rien, pource que les Apostres n’ont pas accoustumé de regarder de si près à mettre les articles en leur droit lieu. Et puis encore mesme entre les autheurs qui ont escrit mignardement ceste façon de parler seroit passable.

Certes quant à moy, je ne pense point -que l'intention de sainct Paul soit autre.

Car je regarde à suyvre le fil du propos.

Pource que sainet Paul avoit exhorté les Ephésiens à tirer des ténèbres et mettre en évidence les mauvaises œuvres des infidèles, il adjouste maintenant que le pro-

Car. V.

pre office de la lumière est ce qu’il leur commande : asçayvoir de Manifeste. La lumière est celle qui manifeste toutes choses, dit-il. Et de cela s’ensuyvoit qu'ils estayent indignes de ce titre, asçavoir d’Enfans de lumière, s’ils ne produisoyent en lumière ce qui estoit enveloppé en ténèbres.

14 Pour laquelle chose il dit. Les expositeurs travaillent beaucoup à monstrer le passage duquel ceci est prins, pource qu’il semble que sainct Paul allègue ce tesmoignage de l’Escriture, lequel toutesfois on n’y trouve point. Je diray ce qu'il m'en semble. Premièrement il introduit Christ parlant par ses ministres.

Car c’est ci la prédication ordinaire, laquelle on doit tous les jours ouyr de la bouche des annonciateurs de l'Evangile.

Car quel butdoyvent-ils avoirsinonderessusciter les morts à vie? suyvant ce qui est dit, L'heure viendra, et est desjà, que les morts orront la voix du Fils de Dieu : et ceux qui auront ouye, vivront, Jehan, V, 25. Maintenant considérons da circonstance de ce passage. Sainct:Paul avoit dit qu’il faloit rédarguer les infidèles, afin qu’estans amenez en lumière, ils commençassent à recognoistre leurs fautes. Maintenant il introduit Christ parlant, d'autant que ceste voix, Esveilletoy qui dors : résonne assiduellement en sa prédication de l'Evangile. Cependant toutesfois je ne doute point qu’il ne face allusion aux prophéties des Prophètes, lesquelles prédisent expresséement ceci du règne de Christ. Comme est ceste prophétie d’Isaïe, LX, 1, Lève-toy Jérusalem, sois illuminée : car ta lumière est venue, etc. Puis donc qu’ainsi est, efforçons-nous tant qne nous pourrons de .

resveiller ceux qui dorment, et qui sont morts, afin que nous les amenions à la lumière de Christ. Car ce qu’il adjouste, Et Christ l'esclairera : ne signifie pas que sa lumière nous esclaire seulement après que nous-nous serons eslevez de mort : comme si nous prévenions sa grâce. Mais sainct Paul démonstre simplement que nous ressuscitons de mort à vie, quand Cbrist nous illumine. Et c’est pour confermer la sentence précédente :

asçavoir qu’il faut retirer les infidèles de

Cuar. V.

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

leur aveuglement, afin qu’ils soyent sau- | mot qui signifie, Te touchera : c’est une vez. Quant à ce qu'aucuns livres Grecs | faute toute manifeste : parquoy je réau lieu de, Christ ’esclairera ont un autre | prouve ceste leçon sans difficulté.

15 Avisez donc comment vous cheminerez songneusement, non point comme

Jols, mais comme sages! :

416 Racheians le temps : car les jours sont mauvais. 17 Parquoy ne soyez sans prudence, ains entendans quelle est la volonté du

Seigneur.

18 Æt ne vous enyvrez point de vin, auquel? il y a dissolution, mais soyez

remplis de l'Esprit,

19 Parlans entre vous par Pseaumes, louanges, et chansons spirituelles, chantans et résonnans en vostre cœur au Seigneur :

20 Rendans lousjours grâces pour toutes choses, au nom de nostre Seigneur

Jésus-Christ à nostre Dieu et Père.

1) Col., IV,6. 2) Ou, en quoy.

15 Avisez donc comment vous cheminerez. Si les fidèles doyvent chasser les ténèbres des autres par leur lueur, combien moins doyvent-ils estre ayeugles eux-mesmes en leur manière de vivre?

Car quelles ténèbres pourront trouver pour se cacher, ceux ausquels le Soleil de justice, Christ, a esclairé ? Ils doyvent done vivre comme s'ils estoyent en un théâtre magnifique, ou en quelque lieu exposé à la veuë de tous : car ils vivent en la présence de Dieu et des Anges, Qu'ils ayent donc en révérence et qu'ils craignent ces tesmoins, quand ils se pourroyent. cacher de tous hommes. Or

laissant la similitude des ténèbres et de!

la lumière, il leur commande d’ordonner et régler songneusement leur vie, comme sages : C'est-à-dire, comme gens que le Seigneur a instruits en l’eschole de vraye sagesse. Car nostre intelligence gist en ceci, que nous ayons Dieu pour Conducteur et Maistre qui nous enseigne sa volonté.

16 Rachetans le temps. I] conferme son exhortation par la circonstance du temps. Il dit que les jours sont mauvais :

c’est-à-dire que tout est plein de scandales et corruptions : en sorte qu’il est bien difficile que les fidèles ne soyent blessez, quand ils cheminent parmi tant d'espines.

Quand le monde est si corrompu, il semble que le diable domine et exerce tyrannie, en sorte que le temps ne puisse

estre dédié à Dieu, sinon que par ma-

nière de dire onle rachète. Or quel sera le pris de ceste rédemption? C’est de se destourner de tant d’alléchemens qui nous pourroyent aiséement corrompre , se despétrer des voluptez et solicitudes de ce monde : brief, renoncer à tous empeschemens. Soyons donc attentifs et diligens à recouvrer l’occasion par tous moyens. Et mesme en lieu que plusieurs ont accoustumé d’alléguer pour couvrir leur paresse, qu’il y a beaucoup de scandales, et que la peine est trop grande :

que cela aiguise plustost notre vigilance,

17 Parquoy ne soyez sans prudence, Celuy qui s’exercera jour et nuiet en la méditation de la Loy, il obtiendra facilement victoire sur toutes les difficultez que Satan mettra au-devant. Car d’où vient cela, que les uns se fourvoyent, les autres chopent : les uns se heurtent, les autres recullent en arrière, sinon que petit à petit nous-nous laissons esblouir les yeux par Satan, en sorte que nous oublions la volonté de Dieu, en la méditation de laquelle nous-nous devions exercer assiduellement? Notons de rechef que sainet Paul pour la définition de prudence, dit que c’est quand nous entendons la volonté de Dieu. Comment l'adolescent addressera-il sa voye? (dit David) En gardant ta Parole, Seigneur, au Pseaume CXIX, 9. Il parle des jeunes : mais C’est bien aussi la prudence des vieux. |

18 Et ne vous enyvrez point de

vin, etc. Quand il leur défend des’enyvrer, il défend aussi de boire trop largement et plus que de raison. C’est donc autant comme s’il disoit, Ne soyez point désordonnez en vostre boire. Et quant ct quant il admoneste quel mal engendre l’yvrongnerie : asçavoir toute sorte de folastrement déshonneste et de dissolution. Il signifie donc que les yvrongnes s’abandonnent à toute vilenie, oublians toute honte et modestie, et que toute impudence règne où le vin domine. Ainsi, ceux qui sont touchez de quelque modestie et honnesteté, doyvent fuir et avoir en abomination l’yvrongnerie. Or pource que les enfans de ce monde ont accoustumé de boire plus qu'ils ne doyveni pour s’inciter à joyeuseté, il oppose à ceste joye charnelle, une autre saincte resjouissance, par laquelle l'Esprit de Dieu nous resjouisse. Et avec ce il récite les effets de ceste resjouissance contraire aux effets de l’autre. Qu’engendre lyvrongnerie? Un desbordement dissolu :

en sorte que les hommes s’esgayent déshonnestement sans estrei retenus d’aucune bride. Au contraire, qu'engendre Ja resjouissance spirituelle, quand nous en sommes remplis? Pseaumes, Cantiques, Actions de grâces, et Louanges de Dieu.

Or tout ceci sont fruits vrayement gracieux et délectables. Le mot D’esprit signifie yci Joye au sainct Esprit. En ce mot Soyez remplis, il ÿ à une allusion au boire excessif, en sorte que c’est ta-

Cuar. V.

citement une antithèse qu'il fait. J'ay translaté Parlans entre vous, combien qu’il y ait au Grec, En vous-mesme : car il ne commande pas que chacun chante au dedans seulement pour soy. Car ce qu'il dit puis après, chantans en vostre cœur, Vaut autant comme s’il eust dit, De cœur, et non-seulement de langue, comme font les hypocrites. Touchant de sçavoir quelle différence il y a entre Pseaumes et Louanges, entre Louanges et Chansons, il n’est pas facile d’en donver certaine définition combien que j'en toucheray quelque chose en lEpistre aux Colos., chap. IV. L’épithète, spirituelles, est pour monstrer quel en doit estre l’argument et le subject : pource que le plus souvent les chansons qui ont la vogue et qui se chantent par le commun peuple sont faites de choses frivoles, et mesmes :

impudiques.

20 Rendans tousjours grâces, etc. W signifie que ce plaisir est de telle sorte, que jamais on n’en doit estre soulé, pour s’en desgouster et que c’est un exercice duquel on ne doit jamais estre las. Car Dieu en nous faisant des biens innumérables, nous fournit de matière pour nous resjouir de fois à autre, et nous baille tousjours occasion nouvelle de luy rendre grâces. Cependant il admoneste que ce sera une meschante et vilene lascheté si les fidèles ne continuent toute leur vie en l'affection et exercice de louer Dieu.

94 Estans sujets les uns aux autres en la crainte de Christ.

22 Femmes soyez sujetes à vos maris comme au Seigneur.

23 Car le mari est le chef de la femme, ainsi que Christ est Chef de l'Eglise lequel aussi est le sauveur de son corps ?.

24 Comme donc l'Eglise est sujete à Christ: semblablement aussi les femmes

le soyent à leurs maris en tout.

25 Vous maris, aimez vos femmes, comme aussi Christ à aimé l'Eglise,'et

s’est livré soy-mesme pour elle :

26 Afin qu'il la sanctifiast, la nettoyant par lavement d'eau par la Parole.

27 Afin qu’il se la rende une Eglise glorieuse, n'ayant point de tache ni ride, ni autre telle chose : ains qu'elle soit saincle et irrépréhensible,

28 Ainsi les maris doivent aimer leurs femmes cpmme leurs corps mesmes.

4) Ou, de Dieu.

3) Ou, et pareillement est le Sauveur, ou, est celuy qui maintient le corps.

24 Estans sujets les uns aux autres. | aux autres, que nul ne se doit exempter Car Dieu nous à tellement obligez les uns | de sujétion. Et certes là où charité règne,

Char. V.

là il ya servitude mutuelle. Les Rois mesmes et les gouverneurs n’en sont point excepiez: car ils sont en prééminence eux-mesmes, afin qu'ils servent.

Parquoy ce n’est point sans cause qu'il exhorte tous en général d’estre sujets les uns aux autres. Mais pource qu’il n’y a rien plus contraire à l'esprit humain que de s’assujetir aux autres, il nous ramène à la crainte de Christ, lequel seul peut donter nostre arrogance, afin que ne refusions point le joug : et abbatre nostre orgueil, afin que n’ayons point de honte à servir à nos prochains. C’est tout un quant au sens de sainct Paul, comment nous entendions ceste crainte de Christ asçavoir, Pource que nous craignons Christ, soyons sujets à nos prochains :

ou bien pour autant qu’il est convenable que les esprits de tous fidèles soyent remplis de ceste crainte sous le règne de Christ. Aucuns lisent, En la crainte de Dieu. Ce que quelqu'un a peu changer, pource que l’autre façon de parler luy sembloit dure, laquelle toutesfois convient fort bien. |

22 Femmes soyez sujetes. I vient maintenant aux degrez particuliers. Car outre ce lien général de sujétion, il y en a aucuns qui sont obligez plus estroitement que les autres, selon la vocation d’un chacun. Or le gouvernement domestique consiste de trois liens ou accouplemens, esquels trois il y a obligation mutuelle des parties. Le premier lien est de mariage entre le mari et la femme : le second des pères et mères envers leurs enfans : le troisième des maistres et serviteurs. Ainsi au gouvernement domestique il y a six diverses personnes, ausquelles sainct Paul enseignera à chacune à part quel est leur office. Il commence par les femmes, lesquelles il veut estre sujetes à leurs maris comme à Christ.

Non pas qu’il y ait une semblable authorité, mais pource que les femmes ne peuvent obéir à Christ, sinon en se rendant obéissantes à leurs maris. La raison s’ensuit après : pource que Christ à mis un tel ordre entre le mari et la femme, que luy-mesme tient avec son Eglise, Au res:

te, ceste Comparaison à deu plus esmouvoir, que s’il eust parlé de la simple or-

SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

donnance de Dieu. Car il a mis deux choses : Asçavoir que Dieu a ordonné le mari pour chef de la femme, et qu'il y a une image de ceste prééminence en Christ qui est le Chef de l'Eglise, comme le mari est le chef de la femme.

23 Et pareillement est le sauveur de son corps. Aucuns pensent que ceci se rapporte au mari : les autres à Christ.

Il convient mieux à Christ, selon mon jugement : mais c’est en telle sorte que sainet Paul laccommode aussi à la présente matière. Car il faut que la similitude se trouve en cest endroit aussi :

asçavoir, Que comme Christ préside sur son Eglise pour le salut d’'icelle, aussi il n’y a rien qui soit plus proufitable ne plus salutaire pour la femme, que d’estre sujete à son mari. Il faut donc dire que celles-là cherchent de périr, qui refusent de se ranger à telle obéissance et sujection, sous laquelle elles pouvoyent estre en sauveté. Toutesfois pource qu’au verset ensuyvant, où j'ay traduit, Comme donc l'Eglise, il y a proprement une particule qu'on appelle adversative. Mais comme l'Eglise : ceci pourroit estre exposé, comme estant dit par anticipation :

en ceste sorte, Vray est que Christ ha ceci propre et particulier à soy, qu'il est Sauveur de l'Eglise : toutesfois que les femmes sçachent que leurs maris ont prééminence sur elles, à lexemple de Christ, combien qu'ils n’ayent point pareille grâce que luy. Mais la première exposition est plus vraye, et je ne m’arreste pas tant à ce qui a esté dit de ce mot Mais, pource que S. Paul en use pour Au reste.

25 Vous maris, aimez vos femmes, comme aussi Christ a aimé l'Eglise, et s’est, etc. La dilection est requise des maris aussi. Mais il signifie que ceste dilection ne doit point estre vulgaire ou petite, quand il leur propose aussi lexemple de Christ. Car si en degré d'honneur ils portent son image, et représentent quasi sa personne : aussi luy doyvent-ils ressembler en affection et devoir d’amitié. Et s’est livvé soy-mesme. Vray est que ceci se rapporte à exprimer la grandeur de l'amour que les maris doyvent à leurs femmes : mais un peu après lA-

imitation. Maintenant il adjouste qui la sanctifiast :

qu’il la séparast pour soy. Car j'enten

vient à louer la grâce dé Christ. Que les maris donc ensuyvent Christ en ce qu’il s’est exposé à la mort pour son Eglise.

Mais quant à ce que par sa mort il a racheté l'Eglise, ce luy à esté une vertu particulière, à laquelle il n’est point donné aux hommes de pouvoir parvenir par , afin

c’est-à-dire, afin

ainsi ce mot de Sanctification. Or cela se

fait par la rémission des péchez, et par

là régénération de l'Esprit.

26 Lanettoyant par lavement d'eau,

‘etc. À la sanctification intérieure et se- <rète, il adjouste aussi le signe extérieur, -pource qWwilen est la confirmation évi-

dente. Comme s’il disoit, que le gage de

Ceste sanctification à esté donné au Bap-

tesme. Combien qu’il faut aviser d’inter-

préter ceci sainement, afin que les hommes par une perverse superstition ne se ‘facent du Sacremert une idole :

‘il advient bien souvent.

Paul nous enseigne que nous sommes avez par le Baptesme, c’est pource que

comme Quand sainet

Dieu nous y rend certains de nostre lavement, et fait quant et quant ce qu’il figure. Car si la vérité de la chose ou

l'exhibition, qui vaut autant? n’y estoit

conjointe, ceste façon de parler ne seroit pas propre, de dire, Le Baptesme est le lavement de l'âme. Cependant il se

faut bien donner garde de transférer au signe, ou au Ministre ce qui est propre à

Dieu : c’est-à-dire, que le Ministre soit autheur de ce lavement, et qu'on pense que l’eau purge les ordures de l’âme :

ce qui ne convient qu’au sang de Christ.

Brief, il nous faut garder d'adjouster aucune portion de nostre fiance, ni à l’é-

çJément, ni aux hommes, pins ce c'est JF

quant à ce qu'aucuns travaillent à amoin-

-drir d’avantagé ceste louange du Bap-

| tesme, afin qu’on r’attribue trop au signe, | quand il est appelé le lavement de l'âme,

ils s’abusent. Car en premier lieu l’ Apos-

tre ne dit pas que ce soit le signe qui

uéttoye, mais il afferme que g’ést une

COMMENTATRES

postre prenant l’otcasion sur ce propos

Car. V.

œuvre de, Dieu, et non d'autre, C’est donc Dieu qui nettoye : et n’est licite de transférer cest honneur au signe; ou de le communiquer au signe. Toutesfois on peut bien dire que Dieu use du signe.

comme d’un instrument : non | pas qué Ja vertu de. Dieu soit enclose au. “signe, mais pource qu'il nous 2 distribue par, cilité de nostre ele Aucuns se faschent de ceci, pensans qu’on oste au sainct Esprit ce qui luy est propre, et que lEscriture luy attribue par tout.

Mais ils sont abusez : car Dieu besongne tellement par le signé, que toutesfois toute l’eflicace du signe dépend de V'Esprit de Dieu. Ainsi rien n’est attribué au sighe outre ceci, que ce soit un instrument inférieur, inutile de s0y; sinon entant qu’il emprunte ( d’ ailleurs sa force. Quant à ce qu'ils craignent encore, que la liberté de Dieu ne soit rattachée, cela!!! est frivole. Car la grâce de Dieu n’est point liée aux signes en sorte qu'ilne.

la distribue librement, sans aide quel- ) conque du signe, s’il veut Outreplus, plusieurs reçoyvent le signe; qui toutesfois ne sont pas faits participans'de Ja grâce, pource que le signe est commun à tous, tant aux bons qu'aux mauvais :

mais l'Esprit est seulement donné aux éleus. Or le signe (comme nous avons dit) n’ha nulle efficace sans l'Esprit. Par la Parole. C’est une addition qui n’est point superflue : ear si on oste la Pafole, toute la force des Sacremens s’esvanouit.

Car que sont autre chose les Säcremens, |!

que seaux de la Parole? Et ceste seule:

considération nous délivrera de toute superstition: Car d’où vient que les superstitieux s’arrestent aux signes, Sinon qu’ils n’entendent: point à la Parole, qui ?

les addresseroit à Dieu ? Certes quand

| nous regardons ailleurs qu’à la Parole, nous. mener par la main droit à Cu stiot | et de nous faire arrester en luy. Au reste,

4 y à plus rien entier ne pur : ains'uñe :

resverie en amènera d’autres infinies : et finalement les signes (qui avoyent esté par l’authorité de Dieu JR salut des hommes) commencent à estre profanez, et convertis en lourdes idolâtries, Ét par ainsi il n’y a que la seule Parole qui mette la différence entre les Sacremens des fidèles, et toutes les inventions

Là ma Le ae yci la promesse, par laquelle est

aa

Car. V.

des infidèles. Au surplus, la Parole si-

— détjarée la vertu et Pusage du signe.

Dont il appert qu ln "y à nulle obsery ation légitime des signes en la Papauté.

Car ils $e vantent bien d’avoir la Parole :

mais c’est tellement qu’elle leur sert d'enchantement, d'autant is ’ils la barboeven IN sorte

l'élément mort qu aux oies, fl n ÿ a

| nüllé déclaration du mystère faicte at

Fr

tient : comme aussi fait le Seigneur l'Eglise.

| peuple, Tiquelle seule fait que l'élément : mort commence à estre Sacrement.

27 Afin qu'il se la rende une Eglise glorieuse, n'ayant point de tache ni ride, ni autre, etc. 1 déclare quelle est la fin de nostre Baptesme et lavement :

ASçavoir que nous vivions à Dieu sainctement et sans repréhension. Car Christ né nous purge point afin qu'incontinent après hous retournions à nostre bourbier et ordures, mais que nous gardions toute nostre vie ceste pureté que nous avons une f@is receuë de luy. Et premièrement il desérit ceste pureté sous figure convenable au propos qu'il traitte, 4fin qu'elle soit saincte, dit-il. Car comme Ja beauté du visage en la femme, est cause d'amour : aussi Christ orne l'Eglise son éspouse de saincteté, afin que cela soit un gage d'amitié. Ainsi par ceste simili-

SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

tude il fait allusion au mariage : mais puis après il exprime la chose simples ment sans figure, disant, Que Christ s’est acquis son Eglise, afin qu’elle soit saincte et sans reproche. Voyci donc |4 vraye beauté de l'Eglise, voyei sa chasteté de mariage : asçavoir saincteté et innocence. $. Paul par ce mot de Rendre, signilie que lPEglise doit estre sainete devant les yeux du Seigneur, et non pas selon l’opinion des hommes. Car il dit, Afin qu'il se la rende : et non pas qu'il la monstre aux autres. Combien que les fruits de ceste pureté intérieure apparoissent après és œuvres extérieures. Or quant à ce que les Pélagiens s’armoyent de ce passage pour prouver la perfection de justice en ceste vie, en cela ils ont prudemment esté repoussez par sainct Augustin. Car sainct Paul ne récite pas ce qui a esté desjà fait, mais à quelle fin Christ a nettoyé son Eglise. Or quand il est dit que quelque chose a esté faite, afin qu’une autre s’en ensuyve puis après, ce seroit mal et folement inféré de cela, de dire que ce dernier qui devoit suyvre, est desjà fait, Combien que nous né nions pas que la saincteté de l'Eglise ne soit desjà commencée : mais Ceux-ci s’abusent destablir la perfection, quand il est encore question de prouliter tous les jours,

28 Qui aime sa Jemme, il s'aime soy-mesme.

29 Car personne n eut oncques en haine sa chair : ains la nourrit et entre-

30 Car nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses 05. 31 Pour cela l'homme délaissera père el mère, el s'adjoindra à sa femme : et

les deux seront une chair.

82 Cé secret est grand, voire di-je touchant Christ et l'Eglise: 33 Partant vous aussi faites qu'un chacun en son endroit aime sa femme, et

que la femme craigne son mari.

À) Gen, IL, 2,

28 Qui aime sa femme. I prend maintenant argument de la nature mesme pour exhorter les maris à aimer leurs femmes. Ceci est naturel à un chacun, dit-il, dé s'aimer soy-mesme. Or nul ne peut aimer soy-mesme qu'il n'aime aussi sa femme. C’est donc une chose contre nature, quand quelqu'un p’aime point sa

femme. Il prouve la mineur : d'autant que le mariage a esté ordonné de Dieu à céste condition, que de deux il n’en face qu'un, Et afin que ceste unité soit estimée plus saincte, derechef il enseigne qu’elle nous est recommandée en Christ et son Eglise. C’est ce qu’il veut dire en somme, Vray est que cest argument ha

lieu aucunement en toute la société des hommes : car Isaïie dit, chap. LVII, v. 7. Ne mesprise point {a chair : quand il veut démonstrer ce que l’homme doit à l’homme. Mais cela se rapporte à la nature commune. Il y à bien une autre raison entre le mari et la femme : pource - que non-seulement ils sont conjoints entr’eux par similitude de nature, mais aussi assemblez en un par le lien de mariage, tellement qu’ils ne sont que comme une personne. Quiconque donc considérera sainctement la loy et condition du mariage, il ne se pourra faire qu’il n'aime sa femme.

.29 Comme aussi fait le Seigneur l'Eglise, etc. Il poursuit à confermer et establir le devoir mutuel du mari et de la femme selon la loy de mariage en proposant ce qui est en Christ et son Eglise, d'autant qu’il n’avoit rien de si grande efficace que cest exemple. Et premièrement quant à ce qu’il a commandé de l'amour singulière du mari envers sa femme il monstre que Christ la accompli. Puis après il testifie que l'exemple et patron de ceste unité, qu’il avoit mise au mariage, est manifesté en luy et en l'Eglise. Et c’est un beau pas-

sage de la communication secrète que,

nous avons avec Christ. Ïl dit, Que nous sommes ses membres de sa Chair el de ses os, etc. Premièrement ce n’est point une manière de parler hyperbolique, mais simple. En après, il ne signifie pas seulement que Christ est participant de nostre nature, mais il a voulu exprimer une chose plus haute, et qui emporte plus. Car il récite les paroles de Moyse du chap. II de Genèse, v. 24. Quel sera donc le sens? Que comme Eve a esté formée de la substance d'Adam son mari, à ce qu’elle fust comme une partie d’iceluy : afin d’estre vrais membres de Christ, nous Communiquons à sa substance, et par ceste Communication sommes assemblez en un mesme corps.

Brief, S. Paul descrit yci ceste union de nous avec Christ, de Eu Je signe et Car quant à ceux qui Mare que ce passage est à tort et sans cause appliqué à la Cène, pource qu’il n’en est fait au-

Car, V.

cune mention, mais seulement du mariage, ils s’abusent bien. Car comme ainsi soit qu’ils enseignent qu’en la Cène est faite commémoration de la mort de Christ, et ne veulent point admettre la communication telle que nous la maintenons par les paroles de Christ, nous usons de ce tesmoignage contr’eux. $.

Paul dit que nous sommes des membres et des os de Christ :

nous donc, s’il nous présente son corps en la Cène pour en jouyr, afin qu’il nous soit en nourriture de vie éternelle ? Ainsi nous monstrons que nous n'enseignons point autre représentation en la Cène, sinon celle de laquelle sainct Paul monstre yci l’effect et la vérité.

31 Pour cela l'homme délaissera père et mère. I] conjoint deux choses ensemble. car il traitte tellement de Punion spirituelle de Christ avec lEglise, que quant et quant il estend cela mesme à la loy commune de mariage. Ce qu’il allègue yci de Moyse, appartient à la règle générale de mariage : mais il adjouste incontinent après, que cela a esté accompli en Christ et en l’Eglise, car il s'arreste volontiers à louer les bénéfices de Christ toutesfois et quantes que l’opportunité s’y offre. Toutesfois il accommode nomméement ceste louange à son propos et à la matière qu’il traitte. Au reste, on ne sçauroit pas bien dire si Moyse introduit Adam parlant, ou si en personne il recueille de lhistoire de la création ceste doctrine : Et de faict, e’est tout un lequel on prene :

tousjours un oracle de Dieu lequel prescrit aux maris ce qu’ils doyvent à leurs femmes. Quand il dit, Z{ délaissera père et mère, et s'adjoindra à sa femme :

c’est autant comme s'il eust dit, Que plustost il abandonne son père qu’il ne s’adjoingne à sa femme. Car le lien de mariage n’abolit point les autres oflices d'humanité : et les ordonnances de Dieu ne convienent point si mal entr’elles, que nul ne puisse faire office d’un bon et fidèle mari, sinon en se retirant de son père, et luy déniant devoir de fils. Mais les degrez sont yci notez : et Moyse use de comparaison, afin qu’il exprime mieux combien est estroite et saincte la con-

nous esbahirons- .

car ce Sera :

Cnar. V.

jonction du mari avec la femme. Car l’obligation du fils envers le père est un droict de nature et qui est inviolable.

Quand à icelle est préférée l'obligation du mari envers la femme, la vertu de la dernière est mieux cognue. Celuy donc qui voudra estre bon mari, ne laissera point de se monstrer hon enfant envers son père : mais il préfèrera le mariage à toutes autres conjonctions, comme estant la plus saincte de toutes. Æt les deux seront une chair. C'est-à-dire, ils seront un homme : ou (comme on dit communéement) ils feront une personne :

ce que certes nullè autre alliance ne peut faire. Or le tout dépend de là, que la femme est formée des os et de la chair du mari. Il y a donc une mesme raison d'union entre nous et Christ, d'autant qu'il se met aucunement dedans nous.

Car nous ne sommes point os de ses 05, et chair de sa chair, d'autant qu'il est homme comme nous : mais pource que par la vertu de son Esprit, il nous ente en Son Corps, afin que de luy nous puisions vie.

32 Ce secret est grand. I] conclu par admiration ce qu’il avoit dit de la conjonction spirituelle qui est entre Christ et l'Eglise. Car il s’escrie disant que c’est un grand secret : en quoy il donne à entendre qu'on ne peut exprimer par paroles combien est excellente la dignité de ce secret. Et certes les hommes se travailleront en vain, quand ils voudront par leurs sens charnels comprendre le moyen et la raison d’iceluy. Car Dieu desploye yci la puissance infinie de son Esprit. Parquoy ceux-là ont leur esprit tourné à rebours, qui ne recognoissent rien plus en ceci, que ce que la mesure de leur entendement leur aura donné à cognoistre. Quand ils nient que la chair et le sang de Christ nous soyent offerts en la sainete Cène : Qu’on nous déclare le moyen, disent-ils, autrement on ne le nous fera pas croire. Mais quant à moy, je suis ravi en estonnement pour l’excellence incompréhensible de ce secret : et n’ay point de honte de confesser mon ignorance par admiration avec sainct Paul. Car ne vaut-il pas mieux faire ainsi, que par mon sens charnel amoin-

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

drir ce que sainet Paul dit estre un grand mystère? Et la raison mesme nous enseigne de le faire ainsi. Car tout ce qui est supernaturel, surmonte certes la capacité de nostre entendement. Parquoy, donnons plustost ordre que nous sentions Christ vivant en nous, que non pas que le moyen de ceste communication nous soit manifestée. Au reste, c’est merveille de la subtilité des Papistes, qui recueillent de ce mot, Mystère, que le mariage est un des sept Sacremens :

comme si de l’eau ils en faisoyent sortir du vin. Ils disent qu’il y à sept Sacremens : et toutesfois Christ n’en a institué que deux en tout. Pour prouver que le mariage est l’un des sept, ils allèguent ce présent passage. Mais quelle couleur ont-ils ? Pource que le translateur Latin ancien à mis Sacrement, au lieu que PApostre avoit dit Mystère, qui est à dire, Secret. Voire, comme si les autheurs Latins n’avoyent point accoustumé d’user de ce mot Sacrement, quand ils veulent dire Mystère : comme si sainct Paul aussi n’en avoit pas usé en ceste mesme Epistre, parlant de la vocation des Gentils. Mais il est maintenant question, Asçavoir-mon si le mariage est un signe solennel de la grâce de Dieu, lequel soit institué à ceste fin de nous représenter et tesmoigner quelque chose spirituelle, comme fait la saincte Cène ou le Baptesme. Ils n’ont autre raison d’affermer cela, sinon pource qu’ils ont esté trompez à la signification du mot qui se peut prendre en deux sortes, ou plustost par faute d'entendre la langue Grecque. Car on n’eust jamais erré en cela, si on eust esté bien adverti que l’Apostre avoit mis yci le mot de mystère qui signifie Secret. Nous voyons done de quel marteau et sur quelle enclume ils ont forgé ce Sacrement. Combien qu’ils ont monstré aussi leur bestise en cela, qu’ils n’ont point pris esgard à la correction qui est adjoustée tout incontinent après, Foire, di-je, touchant Christ et l'Eglise. Car il a voulu expressément prévenir qu’on ne lentendist du mariage. Et certes il a parlé plus clairement, que s’il eust prononcé sans aucune exception ceste sentence. C’est un

grand Mystère ou secret, que Christ inspire Sa vie et sa vertu à l'Eglise. Et toutesfois qui est-ce qui forgeroit un Sacremént de cela? Nous voyons donc que cest abus est procédé d’une merveilleusement lourde ignorance.

33 Vous aussi failes qu'un chacun en Son endroit aime sa femme, etc.

Pource qW’il estoit un peu sorti hors de son propos, combien que mesme la digression qu’il a faite Servoit à la matière,

Crar. VI.

toutesfois (comme On a accoustumé de faire quand on baille de briefs enseigne mens) il recueille en somme ce qu'il veut obtenir d'eux : asçavoir que les maris aiment leurs femmes, et que les femmes craignent leurs maris : signifiant par ce mot de Crainte, une révérence, qui Îles rende obéissantes. Car il n’y aura jamais sujétion volontaire, Si révérence ñe pré cède. |

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