‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau TestamentChapitre 97 sur 99 · CHAPITRE VE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VE

À Enfans obéissez à père et mère an Seigneur : car cela est juste, 2 Honore ton pére et ta mère (qui est le premier commandement en pro=

messe)

3 Afin qu'il te soit bien, et que tu sois de longue vie sur la terre:

4 Et vous pères, ne provoquez point vos enfans à despit, mais nourissez-les en instruction et remonstrances du Seigneur.

À Enjans obéissez à père et mère.

Le nom d'Honneur s’estend plus avant que ne fait Obéissance. Pourquoy donc restreint-il la généralité à une espèce ?

Cest pour autant que lobéissance est un tesmoignage de cest honneur que doyvent les enfans à leurs pères et mères : et pour ceste cause il la requiert principalement. Avec ce, il y a plus de difficulté à rendre obéissance qu'au reste. Car l’esprit humain fuit la sujétion, et souffre avec difficulté d’estre rangé sous la domination d’autruy. L’expérience nous monstre assez que ceste vertu est bien clair semée. Car combien eñ voyons-nous qui soyent obéissans à leurs pères et mères ? Il y a donc és paroles de sainct Paul la figure nommée Synecdoche : car il prend une partie pour le tout : mais c’est la principale partie, et qui tire avec s0oy toutes les autres. Au Seigneur. Outre la Loy de jature qui est receuë entre toutes nations, il monstre qu'avec cela Pobéissance des enfans est establie mesme par Pauthorité de Dieu. Toutesfois il s’ensuit de cela, qu’il faut tellement obéir au père et à la mère, que la révérence deue à Dieu ne soit point blessée, laquelle tient le premier degré. Car si la sujétion des enfans doit estre compassée à l’or-

donnance de Dieu comme à sa règle, ce seroit fait à rebours, si par icelle nous estions eslongnez de Dieu. Car cela est juste. Ceci est adjousté pour rabbatre cest orgueil, que nous avons dit éstre naturellement enraciné és cœurs quasi de tous. Or il prouve cela estre juste, pource que le Seigneur l’a commandé ainsi. Car il n’est licite de débatre, ne de révoquer en doute quel est ce qu'a ordonné celuy, la volonté duquel est une trèscertaine règle de justice et droiture.

Au reste, ce n’est pas de merveille si de l'honneur il en tire obéissance. Car Dieu ne s’arreste point aux cérémonies et mines, Et pourtant, sous Ce mot Æonneur, il comprend toutes façons de faire; par lesquelles les enfans rendent bon et suffisant tesmoignage de la révérence et humble affection qu’ils portent à leurs pères et mères.

2 Qui est le premier commandement en promesse, etc. Les promesses qui sont adjoustées aux commandemens ; tendent à nous attraire, afin que nous obéissions plus promptément. Ainsi ceci est comme la sausse par laquelle sainct Paul prétend de rendre douce et amiable ceste Sujétion qu’il impose aux enfans.

Et il ne récite pas simplement que Dieu propose Joyer à ceux qui obéiront à père

Caar. VI.

et mère : mais qué cela est particulier à ce commandement. Si chacun commandement avoit sa promesse, ceste-ci de laquelle il est yci parlé, wauroit pas si grande vertu à recommander cé commandément. Mais cest-ci le premier commandement, dit sainct Paul, lequel Dieu a voulu confermer par une promesse spéciale, comme d’un seau. Combien que ceci West pas sans difficulté. Car le second commandement contient aussi uné promesse, où il est dit, Ce suis-je qui fay miséricorde, etc. Exode, chap. XX,

6. Mais d'autant qu'icelle promesse est universelle, et appartient indifféremment à toute la LoY, nous ne dirons pas qu’elle soit attachée à ce second Commandement. Ainsi ce que dit sainct Paul, demeuré véritable, qu’il n’y à point d’autre commandement qui Soit marqué spécialémeñt de promesse, que celuy qui commande Pobéissance deue aux pères.

La promessé est de vivre longuement.

Dont nous entendons que la vie présente est du nombre dés dons de Dieu, voire excellens. Mais on pourra veoir et ceci et les autres choses en mon Institution. Je noteray Seulemeñt en peu de paroles, que le loÿér promis est bien correspondant à l’obéissance des enfans envers père et mère, quand Dieu dit que bien sera en Ceste vie à Ceux qui auront esté obéissans à père et mère, par lesquels ils ont eu la vie.

3 Sur la terre. Moysé exprime nomméement là terre de Canaan, d'autant que la vie ne pouvoit estre heureuse ne désirable aux Juifs, hors ceste terre.

Mais pource que ceste mesme bénédiction est espandue aujourd’huy par tout

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

le monde, à bon droict sainct Paul a Omis la désignation du lieu, laquelle dé-

pendoit de là différence, qui à seulement | duré jusqu’à la venue de Christ.

4 Pères, ne provoquez point vos en- Jans à despit. I exhorteaussi les pères de wirriter point leurs enfans par cruauté excessive. Car cela engendre en leurs cœurs-haine, dont finalement il advient que du tout ils jettent là le joug, et se desbauchent. Pourtant en l'Epistre aux Colossiens, LE, 24, il adjouste. Afin qu'il ne se descouragent. Car un traittement modéré et honneste retient mieux les enfans en la crainte de leufs pères et mères, et leur augmentent la volonté et alaigreté d’obéir. Au contraire, une rudesse et austérité servile les enflanime à rébellion, et esteint les sainctes affections d'amour et révérence. Pourtant S.

Paul commande qu’on les traitte doucement. Car il n’y a point de doute que le mot Grec, lequel nous traduisons Nourrir, emporte une douceur et nourriture amiable. Toutesfois, afin que autre part ceste douceur ne soit convertie en trop grand abandon, ainsi que bien Souvent il advient, il la resserre, comme s’il luy donnoit une bride, quand il dit, En instruction et remonstrance du Seigneur, Car Dieu ne veut pas que Îles pères Soyent si doux à leurs enfans, qu’ils les corrompent en les éspargnant. Qu'il y ait donc une gracieuseté modérée, afin qu'ils soyent entretenus en la discipline du Seigneur, et mesme soyent chastiez quand ils faillent. Car cèste aage doit estre souvent admonestée, et mesme ha besoin d’estre tenue en bride, à celle fin qu’elle ne se desbauche.

5 Serviteurs, obéissez à ceux qui Sont vos maistres selon la chair, avec crainte et tremblement, en simplicité de vostre cœur, comme à Christ,

6 Non point servans à l'œil, comme voulans plaire aux hommes, mais com- . me serfs de Christ, faisans de courage la volonté de Dieu : 1 Servans de bonne affection au Seigneur, et non point aux hommes : 8 Scachans qu'un chacun recevera du Seigneur le bien qu'il awra fait, soit

serf ou franc.

9 Et vous maistres, faites vers eux le semblable, relaschans les menacés, scachans que le Seigneur d'eux et de vous est és cieux, et que quant à Luy, il n'ha point d'esgard à l'apparence des personnes.

5 Servilteurs, obéissez à ceux qui sont vos maistres. La cause pourquoy il s’arreste plus à exhorter les serviteurs, c'est pource que comme leur condition est enpuyeuse et dure, aussi est-elle difficile à porter. Et il ne parle point seulement des services extérieurs, mais plustost d’une crainte volontaire, pource que c’est une chose qu’on ne voit guères, que quelqu'un se soumette volontiers au commandement d’autruy. Au reste, il ne parle point des serviteurs loez à gages, comme sont ceux d’aujourd’huy : mais des serviteurs dont on usoit le temps passé, la servitude desquels estoit perpétuelle, sinon que quelqu'un eust esté affranchi par son maistre : lesquels les maistres achetoyent tellement argent contant, qu'ils s’en servoyent en toutes choses les plus viles et sales du monde, et mesme avoyent puissance sur eux de vieet de mort, qui leur estoit permise par les laix. Il commande à tels serviteurs, qu’ils obéissent à leurs maistres, afin qu’ils ne pensent point que l'Evangile leur apporte une liberté charnelle, c’està-dire selon le corps. Mais pource que la crainte de la punition contraignoit mesme les plus meschans à se ranger, il discerne par laffection les serviteurs Chrestiens d’avec les autres, qui estoyent infidèles. 4vec crainte et tremblement, dit-il, c’est-à-dire avec une révérence songneuse, qui procède de la simplicité du cœur. Or d'autant qu’il est bien difficile d’impétrer d’eux qu’ils défèrent tant à un homme, sinon qu’ils soyent contraints par une nécessité plus haute, il leur commande de regarder à Dieu. Et de cela il s’ensuit que ce n’est point assez que leurs services soyent approuvez devant les yeux des hommes : car Dieu requiert la vérité, et une pure et entière affection du cœur. Et il dit, qu’ils obéissent à Dieu, quand ils servent fidèlement leurs maistres : comme s'il disoit, Ne pensez point que vous soyez mis ainsi en servitude par la disposition des hommes.

C'est Dieu qui vous a mis ceste charge sur les espaules, qui a loé vostre labeur et industrie aux maistres. Par ainsi, celuy qui en bonne conscience tasche de rendre le devoir à son maistre, ne fait

Car. VI

pas seulement son devoir envers l’homme, mais aussi envers Dieu. Il oppose, la bonne affection à un despit caché, duquel sont enflez les cœurs des serviteurs. Car combien qu'ils n’osent pas se despiter apertement, ne donner signe de rébellion, toutesfois ils portent si mal en gré la domination, qu’ils n’obéissent à leurs maistres que par contrainte et contre-cœur.

Quiconque voudra lire ce que les anciens autheurs ont laissé par escrit de la nature et des mœurs des serviteurs, il entendra facilement, qu’autant qu’il y a yci d'instructions, autant il y à eu de maladies en ceste manière de gens, ausquelles il estoit yci besoin de donner remède.

Au reste, ceste doctrine appartient aussi aux serviteurs et servantes de nostre temps. Car Dieu ha tousjours en recommandation le gouvernement et ordre domestique, duquel il est autheur. Et qui plus est, ils doyvent bien penser en euxmesmes, que d’autant-plus que leur condition est tolérable, d'autant moins seront-ils excusables, sinon qu’en toutes sortes ils taschent à se gouverner comme le sainct Apostre le commande yci.

Quant à ce qu'il dit, Maistres selon la chair, il addoucit ce qui pouvoit estre trop aspre en la condition des serviteurs.

Car il signifie qu’ils ne laissent point pour cela d’avoir entière la liberté spirituelle, qui est celle qu’on doit principalement désirer. Il fait mention de servir à l'œil, pource que presques tous serviteurs ont acgoustumé de flatter : mais aussi tost que le maistre a tourné le dos, ils commencent à folastrer, en mesprisant leur maistre : et comme se mocquans de luy. S. Paul donc veut que les fidèles soyent du tout eslongnez d’une telle feintise, et hypocrisie. p

8 Un chacun recevera du Seigneur le bien qu'il aura fait, etc. Voyci une belle consolation, asçavoir que s'ils ont affaire avec des maistres ingrats, chiches et vileins, Dieu allouera comme faict à soy-mesme ce qu’ils auront fait envers les hommes, combien qu’ils en fussent indignes. Car c’est une considération qui rend souvent les serviteurs plus paresceux et plus lasches, asçavoir qu’ils pensent avoir perdu leur peine, quand ils

Cnar, VI.

considèrent l’orgueil et arrogance de leurs maistres. Mais sainct Paul démonstre qu’envers Dieu leur est réservée une bonne récompense pour leurs services, qui semblent estre mal employez envers des gens qui n'ont guères d'humanité, et que pourtant ils n’ont nue occasion de se destourner du droit chemin. Il adjouste, que là il n’y a point de différence entre le serf et le franc : d'autant que les labeurs des serfs sont coustumièrement moins estimez en ce monde. Il dit donc, qu’il n’est pas ainsi envers Dieu, mais qu’il les estime autant précieux que les labeurs des Rois, pource que sans s’arrester à l’apparence extérieure, il jugera d’un chacun selon lintégrité du cœur.

9 Æt vous maistres failes vers eux.

D'autant que les loix permettoyent beaucoup aux maistres, plusieurs interprétoyent leur estre licite tout ce qui estoit accoustumé suyvant le droict civil. Et mesme, aucuns usoyent de si grande cruauté, que les Empereurs Romains ont esté contraints de réprimer leur tyrannie. Combien qu’encore qu'il n’y eust aucun édit des Princes, qui fust pour les serviteurs, Dieu ne permet non plus aux maistres, que la règle de charité permet.

Quand les Philosophes veulent addoucir d’une grande équité la rigueur excessive des maistres envers les serviteurs, ils enseignent qu'il en faut user comme de mercenaires, c’est-à-dire de gens qui gaigneroyent argent pour leur service. Mais ils regardent seulement l'utilité, c’est-àdire, ils considèrent ce qui est proufitable au père de famille, et propre au gouvernement domestique. Sainct Paul prend bien yci un autre principe et fondement.

Car il prescrit que c’est qui leur est permis suyvant l'ordonnance de Dieu, et mesme en quoy c’est qu’ils sont detteurs aux serviteurs. Premièrement, il dit, Faites le mesme, ou le semblable, c’està-dire faites mutuellement vostre devoir :

car au mesme sens qu’il a dit aux Colossiens, chapitre IV, v. 4, Ce qui est juste, et le pareil devoir : au mesme il à mis maintenant Le mesme, ou les mesmes choses. Or à quoy tend cela, sinon à ce que le droict qu’on appelle analogique, c’est-

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

à-dire réglé et compassé selon la circonstance et condition des personnes, soit observé? Vray est que la condition du maistre et du serviteur n’est pas égale :

nonobstant il y a quelque droict mutuel entr’eux, lequel comme il rend le servi-teur 0bligé à son maistre, aussi oblige-il aucunement le maistre à son serviteur, la proportion toutesfois gardée. Les hommes mesurent mal céste analogie, pource qu’ils ne la compassent pas selon la règle de charité, qui est la seule vraye mesure.

C’est ce que sainçét Paul à entendu per ce mot, Le mesme. Car nous sommes tous naturellement enclins à exiger ce qui nous est deu : mais quand de nostre costé il faut que nous rendions nostre devoir, il n’y en A pas un qui ne tasche à s'en exempter. Et singulièrement ceste façon de procéder tant desraisonnable, règne entre ceux qui ont plus de puissance, el Sont constituez en plus grand honneur et dignité. Relaschans les menaces. Îl comprend en un mot toutes les sortes d’outrages qui procèdent de l’orgueil des maistres : comme s’il leur défendoit de dominer d’une façon trop magistrale, en sorte que leur présence mesme face peur, comme si toutes fois et quantes qu’ils parlent à leurs serviteurs, il sembloit qu'ils les voulussent menacer de leur faire quelque grand mal. Car le commencement de menaces et de toute rigueur vient de là, que les maistres n’estiment non plus leurs serviteurs que bestes, comme s'ils n’estoyent nais que pour eux. Sous une espèce donc, sainct Paul défend aux maistres de traitter leurs serviteurs outrageusement et rudement.

Scachans que le Seigneur d'eux et de vous. Voyei une admonition grandement nécessaire. Car la cause pourquoy nousnous donnons congé de faire tout ce qu’il nous plaist contre ceux qui nous sont sujets, c’est pource qu’ils ne nous peuvent résister, et ne leur est permis de nous faire venir en jugement : il n’y a personne qui les venge, ou qui maintiene leur &ause, ou qui mesme daigne par pitié ouir leurs plaintes. Brief, il advient yci ée qu'on dit coustumièrement, que l'impunité est mère de tout desbordement. Mais sanct Paul admoneste vyci

que les maistres sont tellement par-dessus leurs serviteurs, que cependant toutesfois ils ont un Seigneur commun és cieux, à qui il faut rendre conte. Et quant à luy il n'hapoint d'esgard, etc.

L’apparence des personnes nous esblouit les yeux, en sorte que droict ni équité n’ont plus de lieu : mais sainct Paul dit que les choses qui concernent lapparence externe ne sont en aucune estime devant Dieu. I y a mot à mot, Envers luy il n’y à point d’acception des personnes.

Or ce mot Personne, signifie tout ce que nous regardons en l’homme, outre la vérité de la chose en jugeant : comme le parentage, beauté, noblesse, richesse, amitié, et autres choses semblables acquièrent faveur aux hommes, et les contraires engendrent contemnement, et

Cuar. VI, mesme quelque fois haine. Pource que le

plus souvent ces affections corrompues,

et conceuës de l’esgard de la personne, règnent és jugemens des hommes : ceux qui sont en quelque degré d'honneur, se flattent comme s'ils devoyent avoir Dieu propice et favorable par ces mesmes corruptions. Qui cest cestuy-là (dirontils\ que Dieu ait esgard à luy, et prene sa cause en main Contre moy? Sainet Paulafferme yci au contraire, que les maistres sont bien abusez s'ils pensent que leurs serviteurs soyent vils et de nulle estime devant Dieu, pource qu’ils sont tels devant le monde. Car Dieu ne se soucie point des personnes, c’est-à-dire de l’apparence externe, et n’estime pas moins la cause de celuy qui sera le plus abjeet de tout le monde, que du plus grand Roy.

10 Au reste, mes frères, soyez forts! au Seigneur, et en la puissance de:sa

force.

A1 Soyez vestus de toutes les armes de Dieu : afin que puissiez résister.con-

tre les embusches du diable,

12 Car nous n avons point la luite contre le sang et la chair, mais contre les principautez, contre les puissances, contre les seigneurs du monde, gouverneurs des ténèbres de ce siècle, contre les malices spirituelles qui sont és lieux

célestes.

13 Parquoy prenez toutes les armes de Dieu, afin que puissiez résister au mauvais jour, et ayans tout parachevé?, demeurer fermes.

1) Ou, fortifiez-vous. 2) Ou, surmonté.

10 Au reste, mes frères. I] retourne encore aux exhortations générales : et premièrement il les admoneste d’estre forts ou de prendre bon courage et force :

pource qu'il y a toujours beaucoup de choses qui nous afloiblissent, et nous avons peu de courage quant il y faut résister. Mais pource que l’exhortation ne serviroit pas de beaucoup, veu que nostre infirmité est si grande, si Dieu ne nous assistoit, et s’il ne nous tendoit la main pour nous secourir, OU pour mieux dire, s’il ne nous donnoit toute la vertu : il adjouste, Au Seigneur: comme s’il disoit , Il ne faut point que vous respondiez que vous estes despourveus de puissance : je requier seulement que vous soyez forts au Seigneur. Et mesme incontinent après par manière de déclaration il adjouste, La puissance de sa force: laquelle ad-

dition sert pour donner plus grande asseurance, veu mesmement qu’elle exalte l’aide que Dieu à accoustumé de donner à ses fidèles. Car si ainsi est que le Seigneur aide aux siens en puissance merveilleuse, il ne faut point que nous soyons en doute au milieu du combat. Mais quelqu’un dira, Quel besoin estoit-il de commander aux Ephésiens qu’ils fussent forts en la vertu de Dieu, veu qu'à la vérité cela n’estoit point en leur puissance ?.Je respon, qu'il faut yei considérer deux membres. Car il les exhorte à constance et force: et puis après, d'autant qu'ils défaillent en eux-mesmes, il les admoneste de demander au Seigneur ce qu'ils n'ont point: et quant et quant il. leur promet que la vertu de Dieu leur sera présente s'ils la demandent.

14 Soyez vestus de toutes les armes

Car, VI.

de Dieu. Dieu est prest de nous aider de toutes sortes d'aide, moyennant que nous ne soyons point paresseux à prendre ce qu’il nous offre. Mais voyci en quoy nous faillons quasi tous, c’est que nous usons comme par forme d’acquit et laschement de la grâce qui nous est offerte: comme si un gendarme prenoit son heaume, et laissoit-là son bouélier quand il faut combatre et chocquer contre l’ennemi. Ainsi donc S. Paul afin de corriger ceste nonchalance ou plustost paresse, emprunte une similitude du faict de la guerre, et nous commande de vestir toute l’armure de Dieu: par lequel mot il signifie que nous devons estre garnis de tous costez, afin que rien ne nous défaille. Le Seigneur nous présente de toutes sortes d'armes pour repousser tous les assauts de nos ennemis. Il ne reste plus sinon que nous les applicquions à nostre usage, et non pas les laissions pendues au croc.

Et afin de nous rendre plus diligens, il nous admoneste que nous n'avons pas seulement à batailler à guerre ouverte :

mais aussi que nous avons affaire à un ennemi cauteleux et malicieux, qui ne demande qu'à nous surprendre secrètement par embusches. Car le mot Grec duquel il use emporte cela.

12 Nous n'avons point la luite. 1] exprime encore mieux le danger en monstrant quelle est la nature de nostre ennemi. Et mesme il amplifie la chose par comparaison , quand il dit que nous n’avous pas à luiter, Contre la chair et le sang. Car il signifie qu’il y a beaucoup plus de difficulté, que s’il faloit combatre contre les hommes. Car on peut résister à un homme par force humaine, Il y a espée contre espée, et l’homme ha affaire avec un homme: &est là force contre force, et ruse contre ruse. Mais il est bien yci question d’une autre chose: car ce sont des ennemis contre lesquels la force humaine ne se peut défendre, quelle qu’elle soit. C’est ce qu'il veut dire en somme. Au reste, par la Chair et le Sang, il entend les hommes. Or il les nomme ainsi, afin qu’il y ait opposition entr’eux et les astuces ou malices spirituelles :

comme s’il disoit, que nous n'avons point à combatre ou luiter d’une luite corpo-

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

relle. I nous doit souvenir de ceste sentence, toutes fois et quantes qu’estans provoquez par les injures que les hommes nous font, nous sommes sollicitez et tentez en nous-mesmes de prendre vengence. Car comme ainsi soit que nostre nature nous transporte d’une merveilleuse impétuosité contre les hommes, ceste cupidité desbordée sera réprimée, et comme tenue en bride, quand nous considérerons que les hommes mesmes qui nous font fascherie, ne sont autre chose que dards tirez sur nous de la main de Satan: pour lesquels rompre tandis que nous-nous amusons , nous sommes descouvers à tous ses coups. La luite donc que nous ferons avec le sang et la chair, ne nous apportera point de proufit, mais plustost nous sera cause de grand dommage. Il faut aller droit contre cest ennemi, qui nous donné l’assaut en cachette, et mesme lequel nous tue avant

que nous le puissions appercevoir. Mais

retournons à sainçt Paul. Il nous propose l’ennemi espovantable, non pas afin de nous rendre esperdus de crainte, mais plustost afin d’aiguiser nostre diligence et sollicitude. Car il faut bien qu'il y ait quelque chose entre deux. Quand nous mesprisons nostre ennemi, il advient souvent par nostre nonchalancée que nousnous trouvons surprins et accablez :

d'autre part aussi la crainte et estonnement nous oste le cœur, en sorte que nous sommes vaincus avant que d’estre frappez.-S. Paul pour tenir le moyen entre ces deux extrémitez, parlant de a puissance de nostre ennemi, nous esmeut en telle sorte que c’est pour nous rendre plus prompts et alaigres. I Pavoit au paravant nommé le diable: maintenant il luy donne plusieurs épithètes afin que les lecteurs entendent mieux comment c’est un ennemi qui n’est point à mespriser.

Principautez. 1] luy donne ces épithètes Principautez et puissances, pour nous donner crainte : non pas afin de nous faire perdre courage, mais pour nous inciter et resveiller à nous tenir sur nos gardes. Après les avoir appelez Seigneurs du nonde : il adjouste pour mieux expliquer, Gouverneurs des ténèbres de ce siècle. Car par cela il signifie que le dia-

ble ne règneen ce monde pourautre cause, sinon d'autant que le monde n’est rien que ténèbres : dont s'ensuit que la corruption du monde est ce qui donne entrée et fait place au règne du diable. Car certes il ne trouveroit point de place en la créature de Dieu, qui seroit pure et entière : mais le tout procède du vice des hommes. Or il est assez notoire que par les ténèbres est entendue infidélité et ignorance de Dieu, avec leurs fruits. Pour autant donc que tout le monde est saisi de ténèbres, à ceste cause le diable est prince du monde.

Quand il le nomme, Malices spirituelles, non-seulement il blasme la perversité et malignité de la nature du diable, mais aussi il nous admoneste qu’il nous faut estre diligens à faire bon guet, afin que nous ne soyons surprins. À quOY aussi se rapporte l’adjectif Spirituelles. Car le danger est plus grand, et il y a plus à craindre quand on ba affaire à un ennemi invisible. D’avantage ce qui s'ensuit, Qui sont és lieux célestes, emporte quelque poids. Car nous avons d'autant plus d’affaire et d’ennuy, quand nos ennemis COmbatent contre nous, estans au-dessus de nous, voire sur nos testes. Au reste, quant à ce que les Manichéens ont abusé de ce passage pour prouver leur resverie, asçavoir qu’il y à deux principes, ils forgeoyent que le diable estoit comme un autre Dieu contraire, et que pour le subjuguer, le juste Dieu travailloit grandement. Mais sainct Paul r’attribue point yci principauté aux diables, laquelle ils puissent usurper maugré la volonté de Dieu, et exercer quand il leur voudra résister : mais laquelle Dieu par juste vengence leur permet, pour punir les meschans, comme l’Escriture nous le monstre par tout. Car il ne débat point yci que

CHar. VI.

c'est qu’ils peuvent contre Dieu, mais combien nous le devons craindre, afin que nous soyons songneux à nous tenir sur nos gardes. Ceci aussi n’aide de rien à ceux qui ont songé que la région de Pair, qui est au milieu, a esté créée du diable, et est possédée par luy. Car sainct Paul ne leur assigne point certains limites, lesquels ils occupent sous leur juridiction :

mais il monstre seulement qu’ils ont cest avantage d’estre au-dessus, quand ils combatent contre nous.

13 Parquoy prenez toutes les armes de Dieu. I ne conclud pas qu’il fale jetter là les armes, pource qu’il y a si grande puissance en nos ennemis: mais qu'il faut reprendre courage pour résister.

Combien que ceste exhortation contient aussi promesse de victoire. Car en disant Afin que puissiez résister : il démonstre que nous demeurerons fermes et asseurez, moyennant qu'ayans veslu les armes de Dieu, nous bataillions courageusement, et ce jusques à la fin. Car sans cela, la multitude et diversité des combats et assauts nous pourroit faire perdre courage. Et pourtant il dit, {uw jour mauvais, et ayans tout parachevé. Or par le premier mot d’un costé il resveille leur nonchalance, à ce qu'ils s’apprestent à des combats bien rudes , pleins de danger et de fascherie: d'autre costé il les enhardit en leur donnant espérance de victoire, pource que mesme estans en dangers extrêmes, ils viendront tousjours audessus. Au second membre il estend ceste confiance à tout le cours de leur vie, 11 n’y aura donc point de si grand danger, que la vertu de Dieu n’en viene au-dessus : et ceux qui estans armez d’icelle combatront contre Satan, ne défaudront point au milieu du combat.

14 Soyez donc fermes, ayans vos reins ceins de vérité, estans vestus du

halecret de justice,

45 Ayans les pieds chaussez de la préparation de l'Evangile de paix :

16 Prenans en toutes! choses le bouclier de foy, par lequel vous puissiez esteindre tous les dards enflammez du malin.

A7 Prenez aussi le heaume de salut, et le glaive de l'Esprit, qui est la pa-

role de Dieu :

4) Ou, surtout,

Cuar. VE,

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

18 Prians en toute sorte de prière et requeste en tout temps en esprit, et veillans à cela avec toute persévérance et requeste pour tous les Suincts,

49 Et pour moy: afin que parole me soit donnée à bouche ouverte en hardiesse, afin de notifier le secret de l'Evangile.

20 Pour lequel je suis ambassadeur en la chaine : afin di-je que je parle

franchement, comme il me faut parler.

14 Soyez donc fermes. I] descrit maintenant quelles sont les armes, lesquelles il veut que nous vestions. Toutesfois il ne faut point nous amuser trop scrupuleusement à chercher la raison de chacun mot. Car celuy a esté de donner à entendre ce qu’il vouloit dire, prenant similitude de l’équipage d’un homme de guerre.

Parquoy la curiosité de ceux qui travaillent beaucoup à chercher la raison pourquoy le halecret est plustost attribué à justice que le baudrier, est bien frivole.

Car l'intention de sainct Paul a esté de toucher en brief les choses qui sont principalement requises en l’homme Chrestien, et les approprier à la similitude qu’il avoit donnée ci-dessus. Parlant de F'érité, par lequel mot il entend un cœur rond et non feint, il l’a comparé au baudrier. Orle baudrier estoit anciennement une des principales parties d’un harnois de guerre. Cependant toutesfois il regarde à la fontaine de toute rondeur, pource que la pureté de l'Evangile nous doit purger de toutes tromperies, et oster toutes feintises de nos cœurs. En second lieu ïil recommande Justice, et veut qu’elle soit au lieu de /alecret pour garder la poitrine. Ce qu’aucuns font yci mention de la justice gratuite, ou de l'imputation de justice, laquelle consiste en la rémission des péchez, est hors de propos, selon mon jugement. Car sainct Paul traitte de l'innocence de vie. Il veut donc premièrement que nous SOYONS Ornez de rondeur et syncérité : puis après d’une vie saincte et Chrestienne.

15 Ayans les pieds chaussez. I fait allusion, selon mon advis, aux chaussures de guerre. Car elles estoyent aussi une partie des armes, desquelles on n’usoit point en temps de paix. Le sens est tel :

Que les hommes d'armes couvroyent leurs pieds et jambes pour résister au froid et autres inconvéniens, aussi faut-il que nous soyons chaussez de l'Evangile,

par le moyen duquel nous puissions passer par ce monde sans estre aucunement blessez. On sçait bien pourquoy il l’appelle l'Evangile de paix, asçavoir à cause de l'effet qui en vient : pource que c’est l'ambassade de nostre réconciliation avec Dieu : laquelle seule rend nos consciences paisibles. Mais que veut-il dire par ce mot, Préparation ? Aucuns exposent, que $S. Paul commande que nous soyons prests à suyvre l'Evangile :

mais quant à mov, je l'interprète que c'est encore un, effet de l'Evangile : asçavoir que nous soyons prests tant à marcher qu’à batailler, estans despestrez de tous empeschemens. Car nous sommes de nature tardifs et pesans : et d’autre part la difficulté du chemin, et beaucoup d’autres empes“hemens nous retardent et la moindre rencontre nous affoiblit. A lopposite de tous ces destourbiers, S.

Paul met l'Evangile, comme un trèsbon moyen et aide pour commencer et parachever nostre voyage de guerre. Ainsi il me semble que la translation d’'Erasme n’est pas guères propre, en Ge qu'il use yci de circonlocution, Afin que soyez prests.

16 Prenans en toutes choses le bouclier de la foy. Combien que la foy et la parole de Dieu soyent un, le sainct Apostre toutesfois leur assigne deux offices.

Je di qu’elles sont un, pourautant que la parole est l’object de la foy : et ne peut estre autrement appliquée à nostre usage que par la foy. Comme aussi de l’autre costé la foy n’est rien et n’ha nulle vertu sans la Parole. Mais sainct Paul laissant là une si subtile différence, s’est donné congé de parler librement des armes spirituelles. Car aussi en la 4re aux Thes., chap. V, v. 8, il attribue le nom de Halecret à la foy et à Ja charité en commun.

Dont il appert qu’il n’a voulu dire autre chose, sinon que celuy qui sera garni de ces vertus qu'il nomme, sera bien armé de tous costez. Or ce n’est point sans

cause qu’il compare à la Foy et à la parole de Dieu, les principaux instrumens de guerre, asçavoir Ie glaive et le bouclier. Car à la vérité ces deux choses sont bien les principales pièces requises au combat spirituel. Car par la foy nous repoussons tous les assauts du diable : et par la parole de Dieu cest ennemi demeure renversé par terre et destruict : c’est-àdire, si la Parole ha son efficace en nous par la foy, Hous serons assez armez, tant pour repousser, que pour du tout desconfire nostre ennemi. Ceux donc qui ostent la parole de Dieu au peuple Chrestien, que font-ils autre chose, sinon le despouiller de ses armes nécessaires, en sorte qu’il est destruict sans combatre ?

Car il n’y en a pas un de quelque estat ou condition qu’il soit, qu’il ne fale qu'il soit soudard de Christ. Or comment pourrons-nous suyvre la guerre sans armes, et estans despourveus d’espée ?

Par lequel vous puissiez esteindre tous les dards. 1 parle improprement. Car il devoit plustost user de ce mot, Recevoir, ou Repousser, ou de quelque autre sembläble. Mais il a plus exprimé, quand il a dit, Estéindre : car il a regardé à Pépithète qu’il avoit desjà mis : comme s’il eust dit, Les dards de Satan ne sont point seulement aigus et pénétrans, mais aussi enflammez, qui est une chose beaucoup plus dangereuse. Mais la foy sera sufïisante non-seulement pour repousser la pointe, mais aussi pour esteindre l’ardeur. Car C’est la victoire qui surmonte lé monde, comme sainct Jehan en sa première épistre dit au Chap. V, v. 4.

17 Et le heaume de salut. En ce chapitre des Thessaloniciens que j’ay maintenant allégué, il nomme l’espérance de salut, Æeaume. Ce que je pren en un mesme sens. Car la teste est armée d’un bon heauüme, quand eéstans eslevez par espérance, nous regardons au ciel à ce salut qui nous est promis Ce heaume donc ne nous ést point en salut, sinon en espérant.

A8 Prians en toute sorte de prière ct requeste. Après avoir armé les Ephésiens de toutes pièces, il les enseigne qu'il faut combatre par oraisons. Et c’est le vray moyen. Car lPinvocation de Dieu |

Cuar. VE est le principal exercice de la foy et d’espérance, c’est elle-mesme qui impètre de Dieu toutes sortes de biens. Quant aux mots il n'y à pas grande différence entre Prière et Requeste : sinon que l’une est comme l'espèce, et l’autre est lé général.

Or il recommande la continuation de prier, quand il dit, Avec toute persévérance. Car par ce mot il nous admoneste que pour ne se lasser point il faut persévérer d’une promptitude de cœur, et continuer à prier d’une affection constante, quand nous n’obtenons pas tout incontinent ce que nous demandons. Si on aime mieux dire, Diligence que Persévérance, je n’y contredi point. Mais que veut dire, quand il dit, £n tout temps? Répèle-il une mesme chose deux fois veu qu'il a desià parlé de l'affection de prier continuelle ? Je ne le pren pas ainsi. Mais quand toutes choses nous vienent à souhait, et que nous sommes à nostre aise, à grand peine avons-nous une seule pensée qui solicite à prier : mesme au COntraire nous ne recourons jamais à Dieu, sinon eslans contrains par advérsité.

S. Paul donc veut qu’il n’y ait temps auquel il ne nous souviene de prier. Ainsi ce mot, En tout temps, vaut autant comme s’il disoit, Tant en prospérité, qu’en adversité. Pour tous les Saincts. Nostre propre indigence nous deveroit inciter à prier à toutes minutes de temps. Mais encore il y à une autre raison pour nous faire prier sans cesser : asçavoir que les nécessitez de nos frères nous doyvent toucher le cœur. Or en quel temps pourra-ce estre, qu’il n’y ait quelques membres de l'Eglise qui soyent en peine, et ayent besoin de nostre aide ? Parquoy, si quelque fois nous sommes froids à prier, où plus nonchalans qu’il ne faudroit, pource que nulle nécessité présente ne nous presse : qu’il nous souviene incontinent combien il y a de nos frères qui défaillent sous tant de pesans fardeaux , et grtefves fascheries, qui sont pressez de grandes angoisses en leurs cœurs, et qui sont en toute extrémité de maux ? Il faudra que nous ayons bien les cœurs de fer ou d’acier, si ceste lascheté de prier ne hous pêut estre ostée du cœur. On pourroit faire yci une question.

Cuar: VL

Asçavoir s’il faut seulement prier pour les fidèles. Je respon, que sainct Paul recommande tellement aux Ephésiens les fidèles, que cependant il n’exelud point les autres. Il ne faut point douter toutesfois, que comme és autres offices de charité, il ne fale en prières aussi avoir premièrement et principalement soin des fidèles.

49 Æt pour moy, afin que parole

me soit donnée. Il veut que les Ephésiens se souvienent de luy particulièrement en leurs oraisons. Dont nous pouvons recueillir, qu’il n’y en a pas un qui soit si abondant en dons et grâces, qui p’ait besoin d’une telle aide de ses frères, tant qu’il vivra en ce monde. Car qui est celuy qui sera plustost exempté de ceste nécessité que S. Paul ? et toutesfois il requiert l’aide des frères en leurs orai- Sons : et il ne le fait point par feintise, mais pource qu’il désiroit à bon escient d’estre aidé. Oyons maintenant qu’il veut qu’on face pour luy : asçavoir qu’ouverture de bouche luy soit donnée. Comment donc ? Estoit-il muet? ou la crainte l'empeschoit-elle de confesser l'Evangile ?

Non certes, mais il estoit à craindre qu'après avoir trèsbien commencé, il ne perdist courage pour l’advenir, Et puis il brusloit d’un si grand zèle de maintenir l'Evangile, que jamais il ne se contentoit.

Et certes si nous considérons bien quelle est la dignité et excellence de cest affaire, nous confesserons qu’il s’en faut beaucoup que nous soyons suffisans pour nous en bien acquitter. Et pourtant il adjouste puis après, Comme il me faut parler :

signifiant que c’est une œuvre d’une vertu fortrare, de rendre tel tesmoïgnage à l'Evangile qu’il appartient. Or considérons les mots l’un après l’autre. Il dit en hardiesse par lequel mot il signifie que la crainte empesche nostre liberté, que nous ne pouvons annoncer Christ à plene bouche et parole asseurée: et qu’au contraire il faut que les Ministres de Christ facent une confession franche et sans aucun fard ou desguisement. Car VApostre ne demande point qu’il luy soit donné puissance de respondre cauteleusement, ou plustost de trouver des cavillations pour tromper ses adversaires par circuits et obscurité de paroles. II

SUR L'ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS

désire avoir la bouche ouverte, afin qu’il puisse faire une confession claire et ferme. Car quand on donne des responses ambiguës et douteuses, on parle volontiers la bouche à demi ouverte. Ainsi £n ouverture de ma bouche, ou à bouche ouverte, c’est-à-dire, En si grande liberté, qu'il n’y ait nulle apparence de crainte. Mais il semble que ceci ait esté un signe d’incrédulité en ce sainct Apostre : que comme doutant de sa constance, il requiert d’estre secouru par les oraisons des autres. Mais ce n’est pas cela :

car il ne cherche pas un remède contraire à la volonté de Dieu, ne qui soit discordant à sa parole, ce que font les infidèles : mais seulement il s’appuye sur les aides, qu’il cognoist luy estre permises, voire promises de Dieu, et mesmes recommandées, Le Seigneur commande que les fidèles prient les uns pour les autres.

De là chacun à part soy reçoit une singulière consolation, d'autant qu’ils oyent yci que la solicitude de leur salut est recommandée aux autres et ont Dieu pour autheur de cela, afin qu’ils sçachent que les autres ne prient pas en vain pour eux.

Leur seroit-il licite de refuser une chose que Dieu leur offre? Vray est qu’il devoit bien suffire, qu’un chacun est asseuré par la promesse de Dieu, qu’il sera exaucé toutes fois et quantes qu’il priera. Mais si Dieu pour le comble de sa libéralité a voulu encore adjouster, qu’il exaucera ceux qui prieront pour nous , faut-il rejetter ceste siene libéralité ? mais plustost ne la devons-nous pas embrasser des deux bras et d’un courage ardent? Souvenons-nous donc que sainct Paul n’ha point son recours aux intercessions des frères, comme estant poussé de desfiance ou doute : mais qu’il les désire de grande affection, pource qu’il ne vouloit rien laisser en arrière de ce qui luy estoit donné de Dieu. Les Papistes donc sont dignes de mocquerie en ce, que de l’exemple de sainet Paul ils recueillent qu’il faut invoquer les trespassez. Car sainet Paul escrivoit aux Ephésiens, avec lesquels il avoit une telle communication que j’#y dite. Or quant à nous, quelle accointance avons-nous avec ceux qui Sont morts ?

C'est autant comme s'ils disoyent que

Car. VI

nous devons convier les Anges à nos fes-| moyens la charité s’entretient entre les tins et banquets, pource que par tels ! hommes.

24 Or afin que vous aussi scachiez mes affaires, et que c’est que je fay, Tychique nostre cher frère et fidèle Ministre au Seigneur, vous notifiera

le tout.

22 Lequel je vous ay envoyé pour cela mesme, afin que scachiez nos affai-

res, el qu’il console vos cœurs.

23 Paix soit aux frères, et charité avec foy, de par Dieu le Père et de par

le Seigneur Jésus-Christ.

94 Grâce soit avec tous ceux qui aiment nostre Seigneur Jésus-Christ en

pureté, Amen.

91 Mais afin, etc. Bien souvent nonseulement les infirmes sont troublez de bruits ou douteux, ou faux, mais aussi ceux qui au demeurant sont gens graves et constans. Sainct Paul prévient ce danser, en envoyant Tychique, pour rendre les Ephésiens certains de toutes choses.

En quoy il nous faut considérer la saincte solicitude que $S. Paul avoit des Eglises.

Car combien que la mort se présentast à toutes heures devant ses yeux, toutesfois ne la crainte de la mort, ne le soin de sa personne ne le pouvoit empescher qu’il ne pensast et pourveust à ceux-mesmes qui estoyent fort loin de luy. Un autre diroit, qu’il auroit assez à faire pour soy, et que plustost tous autres deveroyent accourir pour luy donner aide, qu’attendre de luy le moindre soulagement qui soit. Sainct Paul ne fait pas ainsi, mais il envoye de tous costez gens pour confermer les Eglises qu'il avoit fondées. Il louë Tychique, afin qu’on adjouste plus de foy à ce qu’il dira. Toutesfois quand il l’appelle Fidèle Ministre au Seigneur, on ne peut pas asseurer s’il parle du ministère publie de l'Eglise, ou des services particuliers que Tychique luy avoit faits. Ce qui fait le doute, c’est ce qu’il Conjoint ces deux titres ensemble, Cher Frère et fidèle Ministre. Le premier est dit pour le regard de la personne de S. Paul: et pourtant il en pourroit sembler autant du second.

Toutesfois je l'interprète plustost &u ministère public: pource qu’il me semble vray-semblable que sainct Paul n’a pas envoyé le premier qui s’est trouvé, mais un personnage qui eust quelque authorité pour esmouvoir les Ephésiens par sa présence.

23 Paix soit aux frères. Je pren ce mot de Paix, comme és salutations , asçavoir pour prospérité, ou heureuse issue d’affaires. Combien que si quelqu’un aime mieux le prendre pour Concorde, pource qu’il fait incontinent après mention de Charité, je n’y contrediray point : mesme le fil du texte semble mieux couler ainsi. Car il souhaite que les Ephésiens soyent ensemble de bon accord et paisibles : et puis incontinent après il donne à entendre que cela se fera par amour et par un consentement de foy.

Car l’amour fait que les hommes vivent et s’entretienent en paix, et la foy engendre une amour mutuelle des uns envers les autres, et en est comme le lien. Au reste, il faut noter de la prière, que tant la foy et dilection que la paix mesme, sont dons de Dieu, lesquels il nous confère par Christ : ou pour mieux dire, que Christ est autheur d’iceux ensemble avec le Père. |

24 Grâce soit avec tous ceux qui aiment nostre Seigneur Jésus-Christ. Le sens est, Que Dieu vueille déclarer sa faveur sur tous ceux qui aiment Christ en pure conscience. Le mot Grec que j'ay après Erasme translaté, Pureté, signifie Incorruption. Ce qu’il nous faut noter à cause de Ja grâce de la métaphore et similitude. Car $S. Paul à voulu tacitement monstrer , que lors le cœur de l’homme sera vuyde de toute corruption quand il sera sans hypocrisie. Au reste, nous devons tenir ceste prière pour un oracle, afin que nous sçachions que Dieu nous sera lors propice, quand nous aimerons en pureté de cœur son Fils, auquel il nous à donné tesmoignage certain et

Cnar. VL SUR L’ÉPISTRE AUX ÉPHÉSIENS. 837 gage asseuré de sa dilection envers nous: | fait par manière d’acquit. Et pleust à Dieu moyennant qu'il n’y ait point d'hypocri- | qu'il n’y eust point tant d'exemples ausie. Car la plus part de ceux qui ne sont | jourd’huy, pour rendre tesmoignage que pas adversaires de l'Evangile , et qui en | ce n’est point en vain que sainct Paul refont quelque profession , se forgent un | quiert une pureté vraye et entière quand Christ à leur poste , lequel ils honorent | il est question d’aimer Christ.

en apparence et de quelque petit devoir

TABLE

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