I. c. p. M. T, vu
n'ay Jamais faict acte que d'homme de bien et loyal sujet et serviteur de mon Roy, et ne Tay jamais servi en masque ni en dissimulation, carmes faits et ma parole ont tousjours cheminé par un chemin ; et n'eus jamais intelligence ni amitié avec les ennemis de mon Roy et maistre. Et qui sera roigneux si se gratte hardiment , car Je ne me démange ny dans le cœur ny dehors , ayant tousjours porté les ongles si accourcies , que Je n'ay eu Jamais besoin d'elles ; dont j'en loué Dieu, et le remercie tres-humblement, qul,m*a conduit et aydé jusques icy sans reproche aucun; et espère qu'il me fera ceste grâce que, comme il a accompagné ma fortune aux armes jusques icy, il accompagnera ma renommée Jusques à mon enterrement; et après ma fin, mes parens et mes amis n'auront point d^ honte de m'avoir esté parens, amis et compagnons. Et espère qu'avec ceste belle robbe blanche de fidélité et loyauté, je me marqueray pour jamais, en despit de ceux qui m'ont tousjours porté envie. Tant y a que , si le roy Henry mon bon maistre eust vescu, tous ces mal-heurs ne me fussent pas advenus, ny au royaume, qui est pis. Je lairray donc ces propos, estant peut-estre entré trop en collere pour la mort et perte du meilleur roy que la France aura jamais.
[1560] Je ne me veux mesler d'escrireles inimitiez et rebellions qui ont esté faites depuis , Jusques à la mort du roy François second , encores que j'en sçeusse bien escrire quelque chose, pour estre de ce temps-là, car je ne suis pas historien, ny n'escris ce livre par manière d'histoire, mais seulement afin que chacun cognoisse que Je n'ai point porté les armes si long temps inutilement, et aussi afin que mes compagnons et amis prennent exemple en mes faits. Il y en a prou dont ils se pourroient bien aider quand ils se trouveroient en tels affaires. Et aussi que mon escriture sera cause que ma mémoire ne mourra pas si tost; qui est tout ce que les hommes qui ont vescu en ce monde portant les armes en gens de bien et sans reproche doivent désirer; car tout le reste n'est rien. Tant que le monde durera, je croy qu'on trouvera nouvelles de ces braves et vaillans capitaines , de Lautrec, Bayard, de Foix , de Brissac, de Strossi , de Guyse et de tant d'autres qui ont vescu depuis l'advenement du roy François premier à la couronne , parmy lesquels peut-estre le nom de Montluc pourra estre en crédit. Et puis que Dieu m'a osté mes enfans , qui sont tous morts faisans service aux roys mes maistres , les jeunes Montlues qui en sont sortis tascheront de devancer leur ayeul. Je ne veux donc rien escrire du r^ne du roy François second ; et comme on joua
COHKSNTUKBS BB BLAt« RB HONILtC. [1560]
or, aussi ne fat ce que re- I toriens, pour parachever le reste de nu vie. El l'en 8çay blea des particu- | commenceray à escrire les combats où Je n>e té fort privé du roy deNa- ; suis trouvé durant ces guerres dvilei , esqoelks le prince de Condé ; mais, il m'a fallu, conbemon naturel, oser non tea- Isùssfl c« subject aux bis- ; lement de rigueur , mais de cruauté.