C. D. M, T. VII
sieur de Madaillan vit venir au galop les trois cornettes , il se retira à moy ; mais elles ne le suyvirent pas beaucoup : et ainsi nous retirasmes dans la ville.
Or Viard fut bien tost de retour de la Cour, car il avoit passe-port du Roy et de messieurs les princes , et s'en alla trouver monsieur le mareschal. Monsieur de FontenlUes arriva le lendemain que nous eusmes prins ces chevaux, et par ainsi j'eus deux compagnies de gens-d'armes dans la ville, et trois de gens de pied. J'avois mis, dés que j'arrivay là, monsieur de Laugnac (2) à Peymirol avec deux compagnies de gens de pied , qui estoient celles de la garde du port Sainte Marie et Malves , qui firent de belles escarmouches. Et encore que monsieur dé Laugnac fust malade de la maladie qui l'a si long temps tenu, neantmoins si tenoit-il les soldats nuict et jour dehors , et faisoient tousjours quelque prinse sur les ennemis. Nos gens de cheval sortoient bien souvent, mais ils trouvoient tousjours ces reistres si serrez dans les villages , et enfermez avec des barrières, qu'on ne pouvoit rien gaigner sur eux que des coups, et tout incontinent estoient à cheval. A la vérité ces genslà campent en vrays gens de guerre, il est malaisé de les surprendre ; ils en sont plus soigneux que nous, et encores plus de leurs armes et chevaux. D'avantage ils sont plus espouventa* blés à la guerre , car on ne void rien que feu et fer , et n'y a valet d'estable en leurs trooppes qui ne se dresse pour le combat , et ainsi avee le temps se font gens de guerre. Je ne pouvois secourir nostre cavallerie de gens de pied, à cause des grandes boues, et aussi que je craignois une perte , ayant si peu de gens comme j'avois dans la ville, laquelle , peut estre, eust mis une telle espouvante dedans que la perte s'en fust ensuy vie. Je n'estois que sur la deffensive , et toutes-fois je les tenols en cervelle, leur monstrant que Je ne les craignois gueres. Messieurs les princes et l'Admirai demeurèrent cinq semaines ou plus campez là où j'ay dit , monsieur de Mongommery trois et plus à Gondom, où il fit tous les diables, ruynant et saccageant les églises , et pillant tout, et tenoit son camp jusques à La Plume des Brullles. Ny de leur costé ny du mien nous ne faisions rien , à cause que je n'avois point de geos. Ils mangeolent leur saoul et faisoient grand chère , car ils avoient tant paty depuis la perte de Moncontour , qu'il n'estoit possible de plus. Je croy qu'ils avoient plus d'envie de se reposer que de m'attaquer. Quant à moy , je m'attendois nuict
(2) Alain de Montpczat , seigneur de l.oîgnac.