‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 28 sur 58 · SS · texte numérisé non relu

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GOMUBnTÀIBBS DE BLÀ1SB DE MOHTLtJC. [1569]

et Jour à me fortifier. Estant en ces termes , arriva ime nuict monsieur de La Valette , qui venoit du camp de Monsieur , et par fbrtune se trouva à Viiieneufve à l'heure que messieurs les {Nrinces envoyoient un trompette à monsieur de Cassaneuil, qu'il leur rendist la ville. Ledit iBîear de La Valette ordonna luy-mesme la responce, qui fut que la ville estoit au Roy et non pas à eux , et que s'il y avoit trompette ny tabourin qui retoumast plus, Ton les tueroit, et qu'il y avoit trop de gens de bien là dedans pour la. rendre. La nuict ledict sieur de La Valette se hasarda de passer avec beaucoup de danger, et me vint trouver environ les neuf heures. Il me trouva au lict, car J'estois fort se- €oarude messieurs de Fontenilles, de MadaiU lan, de Leberon et des autres capitaines; par ainsi Je dormois à mon aise, allant tout d'un ^and ordre , aussi bien la nuict que le Jour : il fiiut pardonner à la vieillesse. Ledit sieur de La Valette me dit que J'envoyasse un chef pour commander à tous ceux qui estoient dans Viiieneufve, car autrement la ville s'en alloit perdue ; et jamais ne me voulut dire la raison , mais seulement me hastoit d'y envoyer promptement un chef, et me disoit tousjours que si je ne me hastcris J'en serois le premier marry , car c'est une ville d'importance et belle ville de guerre : qui fut cause que Je me levay du lict , ne voulant mespriser l'advis d^une si bonne teste que la sienne, et depeschay promptement deux hommes au chevalier mon fils à Lectoure , que tout incontinent ma lettre veuë il montast à cheval , et qu'il me vinst trouver pour s'aller jetter dans Viiieneufve , et qu'à la diligence qu'il feroit je cognoistroîs s'il estoit mon fils. Je manday au chevalier de Romegas que je le priois qu'il fist tout seul ce qu'ils faisoient eux deux ensemble. 11 fut jour avant que les deux messagers fussent à Lectoure. Le chevalier mon fils .print promptement congé de tous ces seigneurs qui estoient là, et arriva à Agen sur les trois heures après midy. Quatre ou cinq jours devant , monsieur de Mongommery , avec tout son camp à pied et à cheval , vint donner une camisade au capitaine Gadreils , lieutenant de la compagnie de chevaux légers du capitaine Fabian mon fils , que j'avois mis dans Moyrax avec vingt cinq saliades et vingt cinq arquebusiers. Or Moyrax est un petit village fermé de murailles : à la plus haute on y monteroit avec une eschelle de douze degrez , sans aucun flanc. Et y arriva demy-hcure avant jour ; on m'en vint advertir à Agen , ayant prins un clistere , lequel j'avois encores dans le corps. Sans autre attente , Je m'armay et montay à cheval , et

allay passer la rivière. Les gentito-hommes de ma compagnie passoient les uns après les aolrci tant qu'ils pouvoient après moy. Monriew de Fontenilles n'arriva que le lendemain. Je me trouvay seul avec quatre chevaux deçà la rivière devers Gascogne , là où Moyrax est assis, et près d'Estillac, qui est à moy; et avec ces quatre chevaux Je donnay à toute bride droit à Moyrax , là où il y a une lieuê. Et à la ?erité si monsieur de Mongommery eust mvoyé mlement dix ou douze chevaux sur le chemin d'Ageu à Moyrax J'estois prins ou mort; mais il faut par fois tenter la fortune et faire le soldat : l'ennemy ne sçait pas ce que vous Diûtes. Et ainsi arrivay à Moyrax , et trouvay q«e ledil Mongommery s'en estoit party il y avdt enTiron demy heure , et laissa les eschelles an pied de la muraille : ayant demeuré deux heures ià, ils n'eurent Jamais la hardiesse d'en dresser one. Et encores qu'auparavant Je n'estimaasse gueres leurs gens de ^ed, cela cmifirma encores noo opinion de les estimer moins : et ainsi m'en r^ tournay à Agen. Les médecins furent contraints me donner un autre clistere pour me jetter celuy-là du corps , parce que le travail avoit a^ resté son opération. Je demeuray deax fours sans bouger du lict ; et comme mon fib le et valier fut arrivé, je manday soudain qoeriric capitaine Gadreils, et envolay vingt cinqarqa^ busiers en sa place, afin qu'il allast avecrnoodit fils à Viiieneufve. Monsieur de Salnct Giron, frère de monsieur de la 0uyche, colonoel des vingt deux enseignes de monsieur le mareselul. s'estoit fiait apporter à Agen, malade, poor-« qu'il avoit esté blessé à l'assaut de Mazereseo une jambe , ou en une cuisse que je ne meate, lequel se vouloit retirer à sa maison pour se &irt guérir : et à une heure de nuict je les tiny d^ hors , et leur baillay deux bonnes guides, qni les rendirent le lendemain au point du jour à Viiieneufve. Tout le v^nàt fut fort Joyeaxde la venue de mon fils le chevalier, et croy cp^ leur dispute estoit qu'ils ne se voaloieat p^ obeyr les uns aux autres. J'y eusse envoyé le capitaine Fabian mon jeune fils , mais noos k tenions à la mort depuis son retour dacamp^ et pour lors n'avions autre espérance de luy que la mort.

Or d'heure en autre j'estoîs adverty comment monsieur l'Admirai dressent un pont de batlcaux au port Saincte Marie , et avoit recueîUy tons les batteaux de Lot et de Garonne Jusqnes à Ma^ mande ; J'estois aussi adverty d'heure à aatre comment les ennemis avoient envoyé qoerirde la grosse artillerie en Bearn : toutes ces nouvelles me faisoient haster les tranchées et for-

GOMÎIEirrÂTBSS D» BLÀISB DE MONTIUC. [1569]

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