I. C. D. M. T. vu
riloient autant ou mieux que luy, et toutes-fois n'ont rien eu du tout. Vostre Majesté prendra en bonne part, s'il luy plaist , ce que je luy en dis. J'ay un pied dedans la fosse, l'affection que je porte à vostre couronne me faict tenir ce langage. Je suis voisin de l'Espagnol , mais il n'y a eu jamais que des fleurs de lis chez moy. Si j'osois , je vous dirois bien d'autres choses, car certes il n'y a que trop à dire et refformer. Il faut que j'entretienne un peu Monsieur vostre frère (2), vostre nouveau chancelier des armes, avec vostre congé.
C'est à vous donc , monseigneur, à qui je m'addresse : je serois marry que ce livre partist de chez moy qu'il ne portast quelque honnorable tesmoignage de vostre grandeur. Vous estes sorty de la plus grande race qui, soit au monde : il n'y a poinct de mémoire que , de dix races en ça, les roy s de France n'ayent esté tous liardis et belliqueux, et bien peu, depuis le premier roy chrestien , ont esté autres , encor que les races ayent uni et changé, et que de nouvelles se soient emparées de la couronne ; qui est chose admirable, car en quatre races de gentils-hommes , à peine en trouverez vous deux de suite vaillans : ce que nous doit faire croire que Dieu a mis la main sur ce royaume , puis qu'il a donné de si grands dons et grâces à ceux qui tiennent sa place, comme aux roys vostre ayeul , père et frère; et encor que vous ne soyez pas roy, si participez vous à la bénédiction que Dieu leur a departy. 0 monseigneur, que vous avez grand argument de penser, et vous asseurer que Dieu vous a esleu (3) pour faire de grans faicts, comme on commence à cognoistre par les victoires qu'il vous a données en vos jeunes ans , lesquelles on peut manifestement juger vous estre advenues, plus par la volonté de Dieu que par le combat des hommes. Doncques il faut que chacun confesse que ce royaume est à Dieu , et que le Roy vostre frère est son lieutenant, et vous le sien. Voyla de beaux titres.
Il faut que je parle un peu à vous : vous estes le baston sur lequel il s'appuye ; vous estes celuy qui doit commander les armes , qui les doit porter à tous hazards , périls et fortunes ; vous estes la trompette qui nous doit faire entendre ce que nous devons étire ; vous estes nostre recours et nostre espérance , pour nous faire avoir la recompense de nostre Roy. C'est vous qui nous devez faire cognoistre à Sa Majesté, et qui, vray chancelier de l'espée , luy devez faire le rapport de ce que nous avons faict pour son ser-
(5) Ce prince a bien trompé ceux qui aboient conçu de de lui une haute opinion lors de ses premières armes.
COMMENTAIBSS DE BLAISB DE MONTLUG. [1570]
vice ; et quand nous serons morts , yous Iny devez faire cognoistre nos enfans, si nous avons faict ce qae gens de guerre doy vent. Bref , toute la France a les yeux tournez sur vous qui présidez aux armées , et qui avez battu et rebattu si souvent les Huguenots : toute la cbrestienté sçait que c'est vous , car le Roy est contrainct^ puis que son conseil le veut , faire la guerre de son cabinet. Puis que vous tenez si grand lieu , d'où dépendent toutes les charges qui procèdent des armes, et qu^l faut que nous tous mourions auprès de vous pour le service du Roy et le vostre , il faut que vous mettiez tout vostre soing et vos pensées en nous qui suivons les armes, car tous les autres estats ne participent rien avec le vostre , d^autant que tout le reste dépend des gens de robbe longue : il y en a prou au conseil du Roy> vous n'avez rien à demesler avec eux , car on dit que qui trop embrasse peu estreint
Si vous voulez un peu considérer ma remoustrance, vous trouverez qu'il faut , puis que vous tenez si grand lieu , que vous pesiez qu'est-ce qui vous peut aider à maintenir une si grande charge et honnorable; elle ne le peut estre davantage. Sera-ce des Jeunes capitaines que vous attendrez cela? non certes, car en ceste manière de gens il n^y a point d'expérience , mais plustost de la légèreté. Sera-ce des gens de robbe longue? encores moins : ils en parleront en clercs d'armes ; ils s'en meslent trop et veulent sur le tapis veni Juger des coups. De qui doncques? ce sera des vieux capitaines qui de longue main seront expérimentez aux guerres , et passez par les rudes examens des batailles, combats , escarmouches, sièges et assauts. Ils seront memoratifs de ce qu'ils auront veu, et auront bien retenu les pertes, et pourquoy elles sont adveoues. S'ils ont esté battus , ils s'en souviendront, et s'ils gaignent, aussi. Si vous prenez advis et conseil de telles gens , vous ne pouvez faillir de maintenir vostre grandeur, accroistre votre renommée et réputation; car de telles gens vous apprendrez de sçavoir bien commander, et retiendrez d'eux ce qu'ils vous mettront en avant, racomptant ce quMls auront veu. Vous ne sçauriez employer mieux les heures, afin que la postérité sçache vostre nom. Vous estes de trop bon lieu pour ne vouloir qu'il soit parlé de vous après vostre mort.
Il y en pourroit bien avoir de vieux près de vous qui n'auront pas veu ou faict de grandes choses , ou pour avoir plus aymé leurs maisons et richesses que l'exercice des armes. Certes, monseigneur, il n'yaque tropde gentils-hommes de telle humeur : le Roy devroit dégrader telles
gens de noblesse , qui sont casaniers et ne oon* mandent qu'aux chiens et aux lévriers oepcndant que les autres cerchent les coups, et leur semble que c'est assez de sçavoir donner àmk trou d'une bague. Il en y a aussi d'autres qui faute d'esprit n'ont peu retenir ce qu'ils ont m: ils peuvent bien dire : Tay esté aux batailla de Cerizolles, de Dreux , de Jamac et Monoontov; mais de sçavoir discourir commcmt monsioir d'Anguyen gaigna la première, etmoDSieorâe Guyse sauva la seconde , la faute que fitnNosieur l'Admirai aux deux autres , la belle resohtion vostre, bref comme tout passa, et les raimi de l'un et de l'autre , rien de tout cela ; >o« diriez qu'ils n'en ont jamais ouy parier, m plus que le plus rude lansquenet qui s'y sereit trouvé. Ce ne sont pas les gens qu'il vous DuL Vous ne les devez pourtant rebutter, car H it faut ayder de toutes personnes, mesmeneotî la guerre.
Ceux que vous devez avoir près de vostrefrsonne et de vostre conseil estroit, doiventërr les vieux capitaines qui ont eu reputatloo d'oâi gens sans peur, vigilans et de prompte eu» tion. Un capitaine lent fera quelque chosi k bon en sa vie , maia pour sa longueur il Uisn perdre cent belles commoditez où il easi «^ l'honneur et du profit Je ne diray pas pour flÀ que vous dévies du tout mépriser oeu-U, etii suis pas si fol d'avoir ceste intention , car je w brusleroifl peut estre à la chandelle. Tel qpc Jl suis, vous me verrez dans mon livre. Je F** bien dire qu'aujourd'huy il n'y a pas de Ik* et grands capitaines à douzaines. Yens deni faire pour un chacun, en quelque degré qu'il A non es&allement , mais chaeun selon asa tocrile et renommée. Jesçay bien qu'on vousilrafBea vous attirez tant de gens près de vous, f«'^ vous importuneront à Oedre de grandes deourfe» au Eoy, car les gens de guerre sont graadsdemandeurs, et peut estre que SaMiyeiU^^ chera ; en cela il y a bon remède , suytaledlrr
des anciens :
Qui n*a de l'argent en bonne , Qu'tt ait du uM dans la boocbe.
Ainsi vous ne mettrez personne hors d^e^tf que vous n'ayez souvenance d'eux, loisqtfl* commodité se présentera , et que vous y ^ drez la main : un bon accueil, un ••^»^ accolade les tiendra en haleine. Que s'il y ««F* que fascheux et importun qui ne se vacille coi* tenter de vos amiables rcponces , vous de^« croire que celuy-là ne sert poinct jeRoy P^J^ de bon cœur, ne pour amitié qu'il vawiwn«'
COMUCnTAIBCS DE BLAISE DE HONTLUC. [1570]
De telles gens vous n^en pouvez rien faire qui vaille; si la guerre ne vous en depestre, il y a assez de moyen de s'en deffaire ; car tout homme qui sert son maistre plus par avarice que amitié , n'a rien de bon au ventre. Car en premier lieu , on peut dire que là où il y a faute d'amitié il y a faute de loyauté ; car, comme le serviteur avare ne peut accomplir son avarice , il vondroit desja avoir changé de maistre , pensant quMl fera mieux son profit, et corrompt les autres pour les plainctes ordinaires qu*il faict. Payez doncques , monseigneur , telles gens de twnne heure , avant que leur poison et venin n'empoisonne le reste ; car telles gens font tout ce qu'ils peuvent pour faire hayr le prince , afin de couvrir leur mauvaistié par l'opinion qu'ils auront mis en la teste de leurs compagnons : telles gens sont aysez à recognoistre : j'en ay cogneu de tels, et vous les voyez tous les jours ; eneores qu'ils crèvent sous les biensfaictsdu Roy, ils ne cessent pourtant de demander , et demanderont sans cesse.
Monsieur, pour entretenir l'amitié des gentils-hommes et capitaines , vous leur pouvez eserirequelquesfois, afin qu'ils s'asseurent d'estre (n vos bonnes grâces et souvenance : cela leur (mt penser que vous avez quelque opinion de faire quelque plus grande chose , et que vous voulez suy vre vcstre fortune. Or de cecy sort ce que je vous diray : c*est qu'ils monstreront les lettres à leurs parens et amis , et comme ceuxlà verront que vous faictes cas de l'un , que vous l'honorez de vos lettres , ils se mettront en devoir et despence de le suy vre : ainsi un serviteur vous en acquerra vingt et trente^ pour i*esperance qu'ils auront qu'en vous faisant service vous ne les oublierez non plus que luy . Cela ne vous sera pas grand peine, mais à vos secrétaires : quittant une heure de vos plaisirs , vous !^igoerez plus de despesches qu'il n'en faudra pour tout cff royaume. Que si c'est à quelque grand seigneur , un petit mot de vostre main P&r apostille ne vous donnera pas grand peine ; mais il ne faut pas aussi que cela soit trop commun, en mesmes temps ny en mesmes termes. J'ay tOQsjours remarqué ceste fiaute aux secrétaires des princes et aux nostres aussi , car les lins les monstrent aux autres , et après en font peu de cas.
Si vous ne faictes ce que je vous dy , monseigneur , voycy ce qu'il vous adviendra : quand le capitaine verra que vous ne faites compte de '^Y) ny n'en avez souvenance, il pensera que vous vous contentez de la fortune que Dieu vous ^ donné, et qu'il ne faut plus espérer que vous veuillez estre plus grand que vous estes, et faut
que chacun pense de se retirer en sa maison , sans se soucier plus des armes. £t depuis que l'homme de guerre , pour peu de bien qu'il aye, commence à sentir le plaisir de sa maison , de sa femme et de ses chiens, et qu'on luy laisse prendre ce ply , il est bien mal-aysé de le tirer plus du foyer pour aller à la guerre , et de quitter la plume pour dormir sur la dure ; et s'il y va , ce sera à regret , désirant tousjours de revoir sa femme et ses enfans : il n'ouyra tirer arquebusade que, comme le franc archier, il ne pense estre mort. En toutes ces choses il n'y a que continuer : les canonnades et arquebusades estonnent ceux qui ne les ont pas accoustumées , mais après qu'on les a ouyes souffler aux oreil* les , on ne s'en soucie pas tant. Il n'y a rien si ennmy de la guerre que de laisser rouiller le soldat ou le capitaine : mettez vostre sallade et vostre cuirasse au crochet , en peu de temps la rouille s'y mettra et les araignées : ainsi est-il des gens de guerre si on les laisse en oysiveté. Parquoy il vous faut prendre garde à cecy , car, tenant esveillez les capitaines avec quelques lettres et quelque peu de bien-fiEûcts du Boy, vous tenez tout le monde en cervelle et prest à marcher quand le commandement du Roy et le vostre arrivera. Instruisez vos secrétaires de vous en faire souvenir , car les dames ou le plaisir de la Cour vous en osteront la mémoire : vous estes jeune , je voy bien qu'il faut que vous goustiez le plaisir du monde; il est raisonnable que vous sachiez que c'est : ainsi avons nous fait et feront ceux qui viendront après nous ; mais allez y sobrement.
Par ce reveille-matin que vous donnerez aux gens de guerre par vos lettres, vous monstrerez à tout le monde que vous ne voulez oublier ny laisser en arrière le don de grâce que Dieu a mis en vous. Chacun qui aura envie de suy vre les armes se résoudra d'accompagner jusques an bout vostre fortune. Vous ferez cognoistre que, puis que Dieu vous a desja mis la mahi sur l'espaule , vous essayerez s'il la voudra mettre sur la teste ; vous devez avoir vou^mesme ceste opinion de vous , et prendre le vers du pseaume en vostre devise , qui dit : cœlum ccdi Domino, terrant autem dédit filiis hominuniy qui vaut autant à dire que Dieu a gardé le ciel pour luy , et a laissé la terre pour nous , pour la conquérir. Ces vers n'ont pas esté fedcts pour des petits compagnons comme moy , mais pour des roys et des princes tel que vous estes. Si faut-il que je vous die que je suis pauvre gentil homme , et n'ay pas le cœur de prince ny de roy ; mais si Dieu m'avoit conservé mes enfans , et qu'il me donnast unpeu plusdesanté que je n'ay, je penseroiS;
COMMENTAIRES DE BLAISB DE BIONTLUC. [1570]
avec i*aide de mes amis , pourveu que la France fost en paix , acquérir quelque coing du monde : que si je n'avois un gros morceau, pour le moins en aurois-je quelque lopin. Au fort je neperdrois que les frais et la vie, que Je tiendrois bien employée , puis que c'est pour acquérir de Thonneur. Si mon fils eust vescu, je croy qu'il fust venu à bout du dessein que monsieur l'Admirai sçait bien qu'il avoit dans la teste , qu'il vous pourra dire , monseigneur. Vous estes jeune , vous avez vostre frère qui a le gros morceau , 11 faut que vous alliez busquer fortune ailleurs , et , au lieu d'estre suject , vous acquérir des sujects. Voyez donc, puis qu'un pauvre gentilhomme comjne moy ose voiler si haut , puis que mesme , à ce que j'ay ouy dire, car je ne le sçay pas bien , des enfans de laboureurs et de forgerons par leurs vertus sont parvenus à l'empire , que devez-vous espérer, vous qui estes fils et firere du plus grand roy de la chrestienté ? Vous ne devez doncques perdre ceste espérance quand l'oecasion se présentera et que vous cognoistrez qu'il sera temps. Un prince de cœur ne doit jamais estre contant , ains faut pousser sa fortune : la terre est si grande, il y a prou à conquérir. Le roy vostre frère a assez de moyens pour vous assister; vous avez l'aage et la bonne fortune. Je suis marry que vous ayez laissé ce beau et brave nom d'Alexandre (i) , qui a esté , si je ne me trompe , le plus vaillant homme qui porta jamais armes. Sa Majesté vous aydera pour mettre sur vostre teste quelque couronne estrangere. Que si Dieu vous faict la grâce de mettre fin à ces misérables guerres , essayez à dresser vos desseings et immortaliser vostre nom. Employez tant de serviteurs à conquérir quelque chose. Fuis que mes ans et mes blessures ne me permettent de vous y servir, au moins vous donneray-je conseil de ne vous arrester jamais, ains tousjours «entreprendre choses grandes et difficiles , prenant la devise de l'empereur Gharle-8, qui a donné tant de peine à vos ayeuls. Si vous ne pouvez arriver au bout , pour le moins atteindrez-vous à la moitié. Je n'espère pas , estant si maladif et cassé , vous y pouvoir servir , mais je vous laisse trois petits Montlucs , lesquels j'espère ne dégénéreront de leur àyeul ny de leurs pères. Je ne vous diray autre chose , car il est temps que je mette fin à mon livre.
Voyià , mes compagnons qui lirez ma vie , la fin des guerres où je me suis trouvé depuis cinquante cinq ans que j*ay commandé pour le ser-
(I) Le duc d'Anjou quitta le nom d'Alexandre pour prendre celui de Henri.
vice de nos roys. J'en ay rapporte sur moy sept harquebusades pour m'en faire ressouvenir, et plusieurs autres blesseures , n'ayant membre en tout mon corps où je n'aye esté blessé, si ce n'est le bras droict. Il m'en reste l'honneur et la réputation que j'ay acquise par toute la chrestienté, car mon nom est cogneu par tout : j'estime plus cela que toutes les richesses du monde , et , avec l'ayde de Dieu qui m'a assisté , je m'enterreray avec ceste heureuse réputation. Ce m'est unmerveilleux contentement quand j'y pense, et Ion qu'H me souvient comme je suis parvenu de d^ gré en degré , ayant eschappé tant de dangers pour jouyr de si peu de repos qu'il me reste eo ce monde en ma maison , afin d'avoir loisir (k demander pardon à Dieu des offenses que f ly commises. 0 que si sa miséricorde n'est grande, qu'il y a de danger pour ceux qui portent les armes, et mesmement qui commandent, car la nécessité de la guerre nous force en despit de nous-mesmes à faire mille maux , et faire non plus d'estat de la vie des hommes que d'un poulet ; et puis les plaintes du peuple qu'il faut manger en despit qu'on en aye ; les veufves et orphelins que nous faisons tous les jours nous donnent toutes les malédictions dont ils se peuTent adviser, et à force de prier Dieu et implorer l'ayde des saincts , quelqu'une nous en demeure sur la teste : mais certes les roys en patiroDt encores plus que nous , car ils le nous font faire, comme je dis au Roy l'entretenant à Thooloose, et n'y a mal duquel ils ne soient cause , carpuis qu'ils veulent faire la guerre, il faut payer poor le moins ceux qui s'en vont mourir poureni. afin qu'ils ne puissent faire tant de maux qnlb font. Moy doncques bien heureux , qui ay ie loysir de songer aux péchez que j'ay commis, ou plustost que la guerre m'a faict commettre, car de mon naturel je n'estoîs pas addouné à faire mal , et sur tout ay tousjours esté enDcnvda vice, de l'ordure et vilenie, cnnemy capital de la trahison et desloyauté. Je sçay bien que la colère m'a fait faire et dire beaucoup de choses • dont j'en dis mea culpa ; mais il n'est pas tempi de les reparer : une eu ay-je sur le coeur par dessus toutes les autres. Si je n'en eusse ainsi ose. on m'eust baillé des nazardes , et le moindie consul de village m'eust fermé la porte au neis je n'eusse tousjours eu le canon à ma queué^ear chacun vouloit faire le maistre. Dieu sçait si /& tois pour l'endurer; meshuy cela est &ict Xs' vois la main aussi prompte que la paroIleJ>Q^ voulu , si j'eusse peu , ne porter jamais de fera» costé, mais mon naturel estoit tout antre : aussi porte-je en ma devise , Deo dvcejerro em'^^- Une chose puis-je dire avec la vérité. quejaiDais
lieuteoantde Roy n'ent plus de pitié de la ruyue du peuple que moy, quelque part que je me sois trouvé. Mais il est impossible de faire ces Chartres sans faire mal , si ce n*est que le Roy ait ses colïres pleins d*or pour payer les armes ; encor y aura-il prou affaire. Je ne sçay si après moy on fera mieux , mais je ne le pense pas. Tous les Catholiques de la Guyenne porteront tesmoignage si je n'ay pas espargné le peuple ; car des Huguenots , je les récuse ; je leur ay £aiet trop de mal , et si n'en ay pas faict assez, ny tant que j*eusse voulu , il n'a pas tenu à moy. Je ne me soucie s'ils disent mal de moy , car ils en disent autant ou ont plus dit de leurs roys.
Mais avant que je mette fin à ce mien escrit, lequel mon nom fera veoir à plusieurs j je les supplleray de ne me penser si ingrat que je ne recognolsse, après Dieu , tenir de mes princes et de mes maistres tout ce que j'ay , je dis biens et honneurs, mesmement de mon bon maistre le roy Henry, que Dieu absolve. Que si par fois dans livre mon j'ay dict que les playes sont les récompenses de mes services , ce n'est pas pour leur reprocher mon sang. Celuy de mes enfans qui Mot morts pour leur service est bien employé: ^ieu me les avoit donnez, et ils me les ont prins ; j'en ay perdu trois à leur service : Marc Antboioe mon aisné , Rertrand , auquel par chaf • ^re (1) je donnay te nom de Peyrot, qui est un mot de notre Gascongne , parce que ce nom là de Bertrand me desplaisoit ^ et Fabian , seigneur de Montesquieu. Dieu m'en a redonné trois autres , car j'ay du second RIaise , et du dernier Adrian et RIaise , Dieu les veuille conserver pour faire service à leurs roys et à leui' patrie, sans faire honte au nom qu*ils portent ! et qu'ils estudient hien mon livre et se mirent dedans ma vie,taschant k surmonter leur ayeul s'ils peuvent. Sire, souvenez vous d'eux , s'il vous plaist ; je laisse parmy leurs papiers la lettre que vous m'escrivistes , de Villecostrets , le troisiesme de décembre 1 570 , où il y a ces mots : Tenez voiis ^^ul asseuré quefauray souvenance à jamais ^^- vos longs et grands services , desquels , si ''07« ne pouvez recevoir la recompense condiy«^, vos enfans achèveront d'en cueillir le Mu, joint qu'ils sont tels, et m'ont ja si bien servy, que d'eux mesmes ils ont mérité que Ton face pour eux ce que je seray bien aise défaire quand l'occasion se présentera. Sire, voylà vostre promesse, un roy ne doit jamais rien dire oy promettre qu'il ne le vucille tenir.
Je n'use donc de reproches à l'endroit de mes
(l| Par plaisanterie.
maistres ; il me doit suffire , encore que je ne sois pas riche , qu*un pauvre cadet de Gascongne soit parvenu aux plus hautes dignitez de ce royaume: j'en vois plusieurs aujourd'huy qui entrent en reproche contre leurs Majestez , et le plus souvent ceux qui n'ont rien faict se plai« gnent le plus ; aux autres il est un peu pardonnable. Tout ce que nous avons , grands et petits, nous le tenons de nos roys : tant de grands princes, seigneurs , capitaines et soldats qui vivent et qui sont morts , doivent au Roy l'honnear qu'ils ont receu , car leur nom vit encores pour les charges qu'ils ont eues des roys. Ils se sont non seulement enterrez en ce grand honneur, mais encores ils ont honnoré ce qui est descendu d'eux : il s'en pariera tant que les escritures dureront au monde. J'en ay couché un bon nombre dans mon livre : j'ay veu des soldats, fils de laboureurs , qui ont vescu et se sont enterrez en réputation d'estre enfans de grands seigneurs, pour leur valleur et le compte que les roys et leurs lieutenans faisoient d'eux. Quand mon fils Marc Anthoine fut porté mort à Rome , le Pape, tous les cardinaux , le sénat et le peuple romain, luy firent autant d'honneur que s'il eust esté un prince du sang. Qui fut cause de cela ? sa valeur et ma bonne renommée , et mon Roy qui m'avoit fait tel. Le nom de Marc Anthoine se trouve encore parmi les escrits des Romains. Quand je commençay d'entrer aux armes , sortant de page de la maison de Lorraine , on ne nous parloit d'autre chose que du grand Consalvo , appelle le grand Capitaine. Quel honneur fut-ce à luy, qui durera éternellement , d'estre couronné de tant de victoires ? J'ay ouy compter qu'estant le roy Loys et le roy Ferdinand ensemble (2) , je ne sçay où c'estoït , car ils avoient assigné lieu pour s'entrevoir, estans ces deux grands princes en table , le nostre pria le roy d'Espagne qu'il trouvast bon que Consalvo dinast à leur table , ce qu'il fit , pendant que de plus grands seigneurs que luy estoient debout. Le Roy son maistre et sa valleur Tavoient faict tel. Yoyla l'honneur qu'il récent du roy de France , lequel , pour recompence de ce qu'il luy avoit fait perdre le royaume de Naples, luy mit une grosse chaisne d'or au col. J'ay ouy dire à monsieur de Lautrec qu'il ne print jamais tant de plaisir à voir homme que celuy- là. 0 le bel exemple pour ceux qui veulent parvenir par les armes 1 Quand je retournay la seconde fois en Italie , passant par les rués de Rome, tout le monde accouroit aux fenestres pour voir celui qui avoit defTendu Sienne: je prisois plus cela que tout le bien du monde.
(2) ASaTone.
COflllIENTÂIfiES D£ BLAISE DB MONTLUC. [1570]
Je pourroî bien escrire icy des exemples de nos François qui sont sortis de bas lien , qui par les armes sont parvenus à de grands grades, mais pour ne faire tort à leurs maisons , je m'en tais: ce sont les bienfaits des roys qui ont récompensé leurs services.
Recognoissons donc que nous ne serions rien sans eux. Si nous les servons , c'est obeyr aux commandemens de Dieu sans tascher avoir des récompenses par reproches etimportunitez; et le tort n'est pas à nos roys si quelqu'un est mal recogneu , mais à ceux qui sont près d'eux , qui ne leur font cognoistre ceux qui les servent bien on mal , car il y en a prou des uns et des autres, afin que ces bienfaits ne soient bien employez. II n'y a rien qui face tant de mal de cœur des bons y que quand le Roy faict bien h ceux qui le ser^'cnt mal : c'est ce qui m'a le plus fasché. J'en ay veu souvent qui disoient : Le Roy ou la Royne ont fiiit cecy , ont fait cela pour un tel, pourquoy n'en feront ils autant pour moy ? le Roy a remis et pardonné une telle faute à un tel, et poarquoy ne me pardonnera il aussi à moy? Je sçay bien que leurs Majestez ont souvent dit : On ne fera plus de ces fautes^ pour ce coup il faut fermer les yeux ; mais le lendemain c'estoit à recommencer. C'est le compte de Marc de Bresse ; il ne faut pas pourtant se despiter contre son maistre. L'honneur de telles gens demeure en petit lieu , puis qu'ils estiment plus les biens que leur renommée et réputation , et qu'ils sont si prompts à se despiter. Et encor, comme j'ay dit, ce sont des gens qui ne tirèrent jamais trois coups d'espée, et se vantent cependant d'avoir souffert beaucoup de peineet de travaux. Queslon lesdespouilloit tout nuds, l'on verroit de beaux personnages quin'auroicut pas une seule playe sur le corps. Telles gens, s'ils ont gueres porté les armes , sont bien heureux , car le jour de la résurrection, s'ils vont en paradis , ils y porteront tout leur sang sans en avoir respandu une seule goutte sur la terre.
J'en ay ouy d'autres et de toutes manières de gens qui se plaignent , et jusques aux moindres , qu'ils ont servy le Roy quatre , cinq et six ans , et neantmoins n'ont peu acquérir que trois ou quatre mil livres de rente : les voyià bien gastez 1 Je ne parle pas des gens de guerre seulement , mais de tous les autres estats dont le Roy se sert. J'ay ouy dire à mon père , qui estoit vieux , et autres plus anciens que luy , qu'il se disoit à la Cour et par toute la France , du temps du roy Louis XI :
Cbastillon, Boardillon, Galliot et BonneTal , GooTeraent le sang royal.
J'oserois dire que tous ces quatre seigneurs, qui ont gouverné deux roys, n'acquirent jamais tous ensemble dix mil livres de rente. Je Fay dit antres-fois à monsieur le mareschal de Bourdilloo, lequel me respondit que tant s'en faut que son prédécesseur eust acquis trois mil livres de rente, qu'il en avoit vendu quinze cens , et les avoit laissé pauvres. Que l'on demande à monsieur l'Admirai qu'il monstre ce que son predecessenr, qui gouvemoit tout, a acquis, je gageray qn'il n'en sauroit monstrer deux mil livres de rente. Quant à Galliot , il a vescu grand aage après les autres ; il a acquis par adventure trois ou ^tre mil livres de rente ou revenu. QuantàBonnoal, monsieur de Bonneval , qui est aujourd'hui , H monsieur de Biron sont héritiers. Je croy qu'Os ne sçauroient pas monstrer grandes acquisitions. 0 bien-heureux roys d'avoir eu detdsservitairs: on peut bien juger qu'ils servoient leurs maistm pour l'amitié qu'ils leur portoient , et non pour l'avarice. J'ay ouy dire qu'ils demandoicnt plustost pour les serviteurs du Roy que pour mmesmes. Ils sont morts avec honneur, et leurs successeurs ne sont pas nécessiteux.
Puis que j'ay parlé des autres, je veux parler
de moy-mcsmes : peut estre quelqu'un après m
mort parlera de moy comme je parle des autres,
Je confesse que je suis tres-obligé aux roys qç<
j'ay servy , mesmement au Roy mon bonmaii-
tre, comme j'ay dit souvent. Je ne serais qu'un
simple gentil-homme si ce n'estoient les moyens
qu'ils m'ont donné pour acquérir la reput^tk»
que j'ay gaigné , q\\e j'estime plus que tout le
bien du monde , ayant immortalizé le nom de
Montluc ; et encor que je n'aye acquis pendant
si long temps que j'ay porté les armes que for*
peu de biens , si ne m'a on jamais ouy plaindre
des roys mes maistres , ouy bien de ceux qui
estoient près d'eux , lors qu'en ces dernierw
guerres ils m'ont calonmié, comme si de rien
je pouvois faire tout. Croyez que les playes
que j'ay reçues m'ont plus donné de reconfort
que d'ennuy ; et m'asseure , quand je serai
mort , qu'à grand peyne dira on que j'emporte
au jour de la résurrection enparadis tout le sanj'
os et veines que j'ay s^portéau monde du ventrf
de ma mère. Pour le bien, j'en ay prou : il ^
vrai que si j'eusse esté nourry en l'escole da
bayle (l) de l'Esperon, j'en eusse d'avanU^ : «
compte mérite qu'on le sache et que je le m^
icy.
Le roy Louys douzlesme , allant à Bayonne* logea en un petit village nommé l'Esperon, lequel est plus près de Bayonue que de Bordeaox.
(OBailly.
COMMfillTÀIBSS DE BLAISE DE MONTLUC. [l570j
Or sor le grand chemin le bay le avoit fait bastir ose très belle maison : le Roy trouva estrange qn'en un pays si maigre et stérile , et dans des landes et sables qui ne portoient rien , cç bayie eost fait bastir une si belle maison , de quoy il entretint pendant son soupper son mareschal des logis, qui luy fit responce que le bayle estoit un riche liomme, ce que le Roy ne pouvant croire, veu le misérable pays où la maison estoit assise, renvoya quérir sur Theure mesme, et luy dit ces mots : I Venez ça, bayle, pourquoy n'avez vous fuct bastir ceste maison en quelque endroit où le pays fùst bon et fertile ? — Sire, dit le bayle, Je suis natif de ce pays, et le trouve prou bon pour moy. — Estes vous si riche , dit le Roy, comlne Ton m*a dit? — Je ne suis pas pauvre, dlt-il , grâces à Dieu j'ay dequoy vivre . » Le Roy dît lors : « Comment est-il possible qu*en un pays si maigre et sterille tu sois peu devenir si riche?— Cela m'a esté bien aysé , dit le bayle, Sire. — Dittes moy donc comment , dit le Roy ? —Par-ce, Sire, que j*ay tousjours plustost fait mes afSiires que celles de mon maistre et de mes voisins.— Le diable ne m'eraport, dit le Roy [ ainsi estoit son serment ] , ta raison est bonne , car en faisant de ceste sorte et te levant matin, tu ne pouvois faillir de devenir riche. » 0 combien d'enfans a laissé ce bayle héritiers de ses complexionsl Je n'ay jamais esté de ceux-là. Certes Je croy qu'il n*y a si petit mercadant au monde qui , ayant tant trotté, couru et tracassé comme J*ay fait , ne se fust enrichy ; et n'y a financier ou recepveur , pour homme de bien qull fnst, en ce royaume , que s'il luy eust passé tant d'argent par les mains comme il a faict à moy , qu'il ne luy en fbst plus demeuré. J'ay esté sept ou huict fois capitainede gens de pied, qui n'est pas petit moyen pour commencer à gaigner quelque chose. J'ay vende mon temps plusieurs capitaines qui se sont faits riches seulement sur la paye de leurs soldats. Je n'estois pas si ignorant ny si mai habile , que je n'eusse sceu faire le tour du baston aussi bien qu'eux : il n'y a pas si grand affaire pour apprendre cela, car avec un bon fourrier et un peu d'aide, cela estoit facile. Puis après fay esté maistre de camp par trois fois : Diea sçait si je pouvois trouver force passe- volans , et avoir intelligence avec les commissaires des vivres ; car je pouvois descouvrir s'il y avoit rien à gaigner aussi tost ou plustost qu'homme de Tannée , car j'avois assez bon nez. Apres j'ay esté gouverneur des places : je pouvois tousjours avoir à ma dévotion quatre vingts ou cent hommes pour les faire passer, comme messieurs les gouverneurs le sçavent trop bien faire. Ainsi, ayant eu ces charges long temps , et foict tant de
monstres comme j'ay fait en ma vie , avec quelque peu d'espargne, mon Dieu quelle montagne d'or aurois-je! quand il m'en souvient, je le trouve estrange. Et puis encore j'ay esté lieutenant de Roy à Siene, et une autre fois à Montalsin, où il y avoit bien dequoy faire son profût , comme d'autres qui ont eu pareilles charges l'ont fait, car il ne falloit sinon que j'eusse intelligence avec trois ou quatre marchans , lesquels eussent advoùé que les bleds que les soldats mangeoient avoient esté acheptez par eux , et prins sur leur crédit ; et Dieu sçait quel profit on fait à ces magasins. Puis je pouvois faire des demandes par manière d'emprunt, députant quelques uns qui en eussent pris la charge et eussent apporté cent ou deux cens mille francs de debtes. Mais au lieu de cela, Sa Majesté nousdevoit cinq payes quand nous sortismes de Sienne, dequoy je luy en fis quitter les trois dés que nous fusmes arrivez à Montalsin. Puis à la seconde fois que j'y fus renvoyé au lieu de monsieur de Soubize , je demeuray six sepmaines par le commandement du Roy à Rome auprès du Pape et des ambassadeurs et agents du Roy : c'estoit au temps que le duc d'Albe faisoit la guerre à Sa Saincteté ; toute la coste de la mer s'en alloit abandonnée, et Grossette n'en pouvoit plus , pour n'y avoir un seul grain de bled, non plus qu'aux autres garnisons. Je trouvay à Rome quelques gentils-hommes sienois , lesquels estoient sortis avec moy de Siene, qui me mirent en cognoissance avec un banquier, nommé Julie d'Albie , aussi sienois , lequel sur ma paroUe presta six cens moges de bled , qui sonttrois cens tonneaux à douze muids pour tonneau , moyennant que tous les mois je luy donnerois six cens escus à chaque monstre. Je ne pouvois prendre cet argent que de l'espargoe que je faisois sur les monstres; et au lieu de mettre cela dansâmes bouges , je le fis du tout payer, sauf le dernier pact , car il n'y eut plus d'argent, ny moyen d'en avoir , de sorte que nous ne fismes point monstre. Je pouvois bien faire mon profit là dessus , car j'en pourveus des places qui en avoient besoin , selon la charge que j'en euz, et si espargnay encore la moitié du bled , lequel je prestay aux paysans , qui mouroient de faim encore plus que les soldats. Ce fut là où je commençay à estre usurier, mais ce fut aux despens de la conscience du Roy, car pour un muid à la récolte j'en eus deux , car il valloit deux fois plus quand je le prestay. Ce gain n'entra non plus en ma bourse, car je le lalssay tout au Roy. Je sejournay encore en ce pays là sept mois sans tirer une seule paye , et fis vivre mes gens quatre mois, à vingt onces de pain le jour, du gain que j'avois fait sur les bleds , espargnant tant que je
poavois le bien de mon maistre. Je payay les autres trois mois les soldats avec remonstrances et bonnetades (l), commejefoisois quand j'estois à Siene : quelque temps après arriva le seigneur dom Francisco , lequel trouva encore des bleds aux munitions. Encore iîs-je ime praticque avec la duchesse de Castro , femme du duc qui fut tué à Plaisance, laquelle cognoîssoit monsieur de Valence mon frère du temps qu'il estoit au service du pape Paule Fernes. Le pape Paul Caraffe avoit fait deffence de ne laisser sortir hors la Romanie aucuns bleds; mais ceste duchesse par dessous main permettoit que des marchans en fissent apporter de nuict dans nos terres , et nos marchans les alloient achepter. Je menay ceste praticque bien secrettement , sur laquelle je pouvois gaigner beaucoup ; mais^un seul liard n*en vint à mon profit.
Je poavois apporter au Roy pour deux ou trois cens mil francs de debtes , aussi bien qu'a fait le seigneur Jourdain de Corsegue (1), et autres que Je neveux nommer, lesquels ont esté bien payez. Je n'estois pas garny desi peu d'entendement ny de moyens, que je ne Teusse sceu faire aussi bien qu'eux. J'ay esté lieutenant de Roy en ce pays de Guyenne ; j'ay fort couru le monde ; mais je croy qu'il n'y a rien qui esgalle ce pays , soit en richesses , commoditez et vivres. Ayant une telle charge , je pouvois bien avoir intelligence avec le receveur de la province [ces gens ne demandent pas mieux] , et emplir bien mes coffres , car tant sur les monstres et garnisons, qu'attellages d'artillerie, je pouvois faire un grand gain. Combien d'impositions pou vois-je faire sur le pays? car le Roy m'en avoit baillé le pouvoir, lesquelles fussent tournées à mon profit ; car, encore que Sa Majesté entendist que ce fust pour son service , si j'eusse voulu j'eusse bien sceu faire le change, de sorte que la pluspartfust demeuré entre mes mains. Je pouvois , si j'eusse voulu , avoir un homme de paille , pour aller par les villes et villages dire à Faureille aux prin« cipaux qu'il me falloit donner de l'argent pour estre soulagez , ou qu'autrement je les ferois ruyner et manger jusques aux os aux gens de guerre , car nous ne laissons mal à faire. Je pouvois aussi faire dire aux Huguenots qui demeuroient en leurs maisons sous l'authorité d'un edit, que, s'ils ne crachoient au bassin, je les ferois tous ruyner. Combien m'en eussent-ils donné pour estre asseurez de leurs vies et biens ! car ils ne se fioient gueres en moy, sçachant comme je les avoîs accommodez. Mais au lieu
(f ) Bonnelades : Salutations.
(2) Jourdao Ursin.
d'user de tous ces artifices pour me fidre riebe, je laissois prendre le tout aux capitaines et geosdarmes , et gens faisant service au Roy qui me ledemandoient, n'en ayant que peu ou point tourné à mon profit, et encore ce que j^eos de Clairac je le prins avec permission du Boy. Or que les autres se contantent , je suis contant Que si Dieu me faisoit la grâce de guérir de ceste grande arquebusade que j'ay au visage, je pense encores que , si la guerre recommençoit jamais, que je serois homme pour monter à cheTai. Je croy qu'elle n'en est pas loing, car, tant qu'il y aura deux religions , la France sera en diviskm et en trouble : il ne se peut faire autrement, et le pis est que c'est chose qui ne peut pas finit de long temps. Les autres querelles se pacifient aisément, mais celle de la religion a longue soile, et , encore que les gens de guerre ne soient pas fort religieux, ils prennent party , et estant engagez ils suivent puis après. Aux termes que je voy les affaires , je ne croy pas que nous soyoos au bout ; pour le moins ay-je ce contentement ea moy-mesmed<e m'y estre opposé autantque j'ay peu , et fait mon devoir. Pleust à Dieu que toos ceux qui ont eu les forces en main , n cassent non plus connivé que moy. Il faut laisser faiit Dieu : après qu'il nous aura prou fouettez il mettra les verges au feu.
Or, seigneurs et capitaines qui me ferez cest honneur de lire ma vie, ny apportez nal maltalent; croyez que j'ay dit le vray sans dérober l'honneur d'autruy . Et sçay bien qu'il en y aura qui mettront en dispute mon escrit, pourvoir si j'auray touché quelque mensonge, poar-ce qu'ils trouveront que jamais Dieu n'a accompagné plus la fortune d'un homme , pour les charges qu'il a eues, que la mienne; silesassenray-je que j'ay laissé infinies particularitcx à escrire, car je n'avois jamais rien escrit Dypen» à faire des livres : j'estois incapable décela; mais pendant ma dernière blesseure et mes maladies j'ay diète ce que je vous en laisse, afin que mon nom ne se perde , ny de tant de vaillans hommes que j'ay veu bien foire; car les historiens n'escrivent qu'à l'honneur des roys et des princes. Combien de braves soldat» et gentilshommes ay-je nommé icy dedans, desquels c© gens ne parlent du tout , non plus qoe s*ils n'eussent jamais esté! Celuy qui a escrit la bataille de Cerizolles , encore qu'il me nomme j w parle toutesfois en passant : si me puis je vanter que j'eus bonne part en la victoire , aussi bien qu'à Bologne et Thionville, et cesescrivainsn'en disent rien , non pi us que de la valleur d'un gran^ nombre de vos pères et parens que vous trouve rez icy. Or ne trouvez pas estrange si j'aycslc
COMIIBIiTÂIRBS DE BLA1S£ DE MONTtUC. [1670]
liheareiuc comme J'ayescrit, car Je ne me suis jamais proposé que ma charge; et ay recogneu que tout venoit de Dieu , auquel je remettoîs toat, quoy que les Huguenots m'ayent estimé un atlieiste : ils sont mes ennemis , et ne les faut pas croire. Encore que J'aye eu des imperfectioDS et des vices , et ne sois pas sainct non plus que les autres [ils en ont leur part quoy quMls &cmt les mortifiez] , si est-ce que J*ay tousjours mis mon espérance en Dieu, recoguoissant qa'il folloit que de luy vinst mon heur ou mon mal-heur, luy attribuant toutes les bonnes fortones qu'il me donnoit à la guerre. Je ne me suis jamais trouvé en faction quelconque que Je ne raye appelle à mon ayde , et n'ay passé Jour de ma vie sans l'avoir prié et demandé pardon. Et phisiears fois Je puis dire avec la vérité que Je me sais trouvé envoyant les ennemis en telle peur, qoeje sentoisle cœur et les membres s'afiolblir et trembler [ne faisons pas des braves , rapfnrehension de la mort vient^devant les yeux];^ mais comme J'avois Aiit mon oraison à Dieu Je seotois mes forces revenir. Elle &toit ainsi , l'ayaot dés mon entrée aux armes apprise en ces nwts : Mon Dieu gui m*as creé^ je te supplie , garde moy l'entendement j afin qu^at^ourd'huy jenele perde, car lu le m'as donné ^ et ne le tiens que de toy. Que situas at^ourd'hty determiné ma mort yfais que je meure en réputation d*un homme de bien, laquelle je recherche avec tant de périls. Je ne te demande point la 9ie, car je veux tout ce qu'il te plaist : ta volonié toit faitte , je remets le tout à ta divine bonté. Puis ayant dit mes petites prières latines , je promets et atteste , devant Dieu et les hommes , que Je sentois tout à coup venir une chaleur au cœur et aux membres , de sorte que je ne Tavois pas achevée que je ne me sentisse tout autre que quand Je Favols coipmencée : Je ne sentois plus de peur ^ de façon que l'entendement me revenoit , et avec une grande promptitude et jopment Je cognoissois tout ce qu'il me falloit f^f sans ravoir Jamais perdu en combat que je me sois trouvé.
Combien y en a-il de morts qui pourroient, s'ibestoient en vie, tesmoigner si Jamais ils m'ont r^ effirayé ny perdre Tentendement à la guerre, soit à assaut, rencontre ou bataille 1 MesBieorstfe Lautrac, de FEscut, de Barbezieux, de Monpezi^^ de Termes , du Blé , de Strossi , de Boardilkm, de Briasac , d'Anguien , de Botieres , de Ouyse , en pourroient bien dire la vérité, OB^ilstt'ont tous commandé , et m'ont veu <A mS et mil périls sans peur ny estonnement ; (pie s'ils pouvoient retourner en vie, ils serolent bons tesmoings de ce que Je dis. Encores ne sont
pas morts tons ceux qui m'ont commandé, car, combien que je sois plus vieux capitaine qu'eux, il estoit raisonnable que je leur obeysse : monsieur le duc d' Aumale , messieurs les mareschaux de Gossé et de Vieilleville sont de ce nombre. Je vous supplie, mes bons seigneurs , si mon livre tombe entre vos mains , de faire Jugement si ce que Je dis est vray ou faux, car vous en avez veu une partie, et croy qu'après ma mort vous voudrez veoir ce que J'ay escrit. Il y en a d'autres aussi qui me peuvent desmentir, comme le seigneur Ludovic de Birague et monsieur le président de Birague, lequel n'abandonna gueres ce brave mareschal de Brissac. Plusieurs autres vivent , qui ont esté mes compagnons d'armes , et plusieurs aussi qui ont marché sous moy, tous lesquels peuvent estre fidèles tesmoings de ce que J'ay dit , et si , quand il a esté question de faire une exécution, J'ay jamais trouvé rien impossible; mais au contraire, ce qu'on tenoit impossible Je le trouvois possible, Je l'entreprenois et en venois h bout, ayant tous- Jours ceste ferme fiance en Dieu qu'il ne m'abandonneroit point, et m'ouvriroit tousjours l'esprit pour cognoistre ce qui estoit besoing pour venir au bout de mon entreprinse. Je n'en ay trouvé jamais aucune impossible , si ce n'est celle de Thionville : il en faut donner l'honneur à monsieur de Guyse seul ; il y eut là plus de l'heur que de la raison , quoy que ledit sieur de Guyse asseurast tousjours de l'emporter, comme il fit.
Mes compagnons , combien de choses grandes ferez vous si vous mettez toute vostre fiance en Dieu, et si vous proposez tousjours l'honneur devant les yeux, discourant en vous mesmes que si vos jours doivent finir sur la bresche, vous avez beau à demeurer dans le fossé. Un bel mourir , dit l'italien , tuta la vita honora : c'est mourir en beste , de ne laisser nulle mémoire après soy. Ne taschez Jamais à desrober l'honneur d'autruy , ny à vous proposer l'avarice on ambition , car vous verrez lors le tout tomber en mal-heur et infortune; je ne dis pas cecy pour faire le prescheur , mais pour la vérité. Combien y en a-il au monde qui ont eu le bruict d'estre fort vaillans , mesmes qui sont en vie, que je ne veux nommer ; neantmoins ils ont esté fort mal-heureux en leurs entreprinses : croyez que cela venoit de Dieu ; et encores qu'ils l'appellassent à leur ayde , leur zèle n'estoit pas bon , voyla pourquoy Dieu leur estoit contraire. Il fout, si vous voulez qu'il soit à vostre secours, que vous despouilliez toute ambition , avarice et hay ne , et soyez pleins de la loyauté et délité que nous devons à nostre
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prince; et encore que sa querelle ne soit juste, il ne laissera pas pourtant de nous assister, car ce n'est pas h nous de demander à nostre Roy si sa querelle est bonne ou mauvaise , mais seulement d'obeyr. Que si vous n^estes recogneus des services que vous avez faicts , vous ne vous en fascherez pas , par-ce que vostre intention n'aura pas esté de combattre pour ambition ny grandeur, ny pour convoitise des richesses, mais pour la fidélité que Dieu nous a commandé de porter à nostre Roy. Vous vous resjoulrez d'estre estimez et aymez de tout le monde , qui est la plus belle richesse et acquisition que tout homme d'honneur doit désirer ^ car les richesses et grands estats périront avec le corps , et la bonne renommée vivra à Jamais avec l'ame. Â présent je me vois tirant à la mort , dans le lict, Je me sens grandement soulagé ; en despit d'elle mon nom vivra , non seulement en la Gascogne, mais parmy les estrangers.
Or c'est icy la fin de mon livre et de ma vie : que si Dieu me la continué plus longuement , quelqu'autre esçrira le reste , si je me trouve en lieu où je face quelque chose digne de moy , ce que je n'espère pas, me sentant si incommodé que je ne pense meshuy pouvoir jamais plus porter les armes. J'ay ceste obligation à ceste meschante arquebuzade qui m'a percé et froissé le visage,. d'avoir esté cause que j'ay dicté ces Ck>mmentaires , lesquels , comme je pense , du«^ reront après moy. Je prie ceux qui les liront de ne les prendre point comme escrits de la main d'un historien , mais d'un vieux soldat , et encores gascon , qui a escrit sa vie h la vérité , et en guerrier : tous ceux qui porteront les armes y prendront exemple , et recognoistront que de Dieu seul procède l'heur et le mal-heur des homnies. Et pour-ce que nous devons avoir recours à luy seul , supplions-le nous aider et conseiller en nos tribulations, car ce monde n'est autre chose , et dont les grands ont aussi bien leur part que les petits : en cela se manifeste sa grandeur , veu qu'il n'y a roy ny prince qui en soit exempt , et qui n'aye ordinairement besoing de luy et de son secours.
(I) Il est probable que Montlac, à canse de cette bléssnre, alla aux eaai de Bagnières; Toici une lettre que Henri IV, alors roi de Nayarre , écriyit à cette occasion à Goriaandre d'Andonins , datée de Bagnières , le 1 2 septeml>re 1570:
■ Je ne te sçaurois qu'escrire sinon que je suis ycy depuis hyer à boire de l'eau qui me fait tout le bien du monde. M. de MonUoc y est aussi, qui dit qu'il est plus à moy qu'à bomme qui vire. Je legouxeme. A propos de cela , je te prie rechercher dans mon petit coffre la lettre qu'U ro'escriîit, dans laquelle il me mande qu'il ne me petilt oontimier la garnison de ma compagnie si près de
Ne desdaignez , vous qui devrez suivre le train des armes, au lieu de lire des Aioadison Lancellots , d'employer quelqu'heure à me oognoistre dedans ce livre ; vous apprendra à vous cognoistre vous mesmes , et à vous fionser pour estre soldats et capitaines , car il fiiat içavoir obéir pour sçavoir après bien commaodêr. Cecy n'est pas pour les courtisans on gens qoi ont les mains polies , ny pour ceux qui syme&t le repos ; c'est pour ceux qui par le chemm de la vertu , aux despens de leur vie y veulent eterniser leur nom , comme en despit de l'euvie j'e»pere que j'auray JSait celuy de Montluc
(ley avoit mis fin le aeignenr de llontlnc à sqd Km,»» depuis l'eschantiUon qui s'ensuit s'est troaré.)
[1571] Je pensois avoir mis fin à mes esci^ turcs et à ma vie tout ensemble , ne pensant pai jamais que Dieu me fist la grâce de montera cheval pour porter les armes ; mais il ne Tapi ainsi voulu, foute la France jouit quelque teop de la paix et du repos; moy seul, affligé de n»* ladies et de ma grande biesseure (i), estoiiic plus souvent dans le lict ; toutes-fois peu à pea je recouvray santé , estant plus aise d'estre dochargé du gouvernement, que si ce pesant (aii me fust demeuré sur les' espaules : monsieur k marquis de Villars , qui en est chargé, s'en » quittera comme un vieux chevalier et grand Or pitaine doit fiodre.
Or Je disois tousjours en moy-mesmes, o^ les nouvelles de la Cour , car encore y tvoisji quelque amy , qu'on faisoit trop de carese m Huguenots , et cognoissois bien qu'il y auroit ds bruit au logis. Le Roy, par ses lettres qoeftj encores , parlant à mes amis, tesmoignoittoQS- Jours qu'il n'avoit nul mescontentemeDtdemoy] qu'il desiroit me faire paroistre combien il maimoit, mais que mon indisposition estoit en» qu'il avoit envoyé monsieur le marquis de Villars en ma place; je le creoz ainsi, car il boi croire ce que les roys veulent , autrement on to olTense. Or, quoy que ja ne fusse lieutenant de Roy, si est-ce que toute la noblesse et toasts
moy , puisque je l'emploie ailleurs qu'an tenke do iv.- Dedans ceUe-là mesmeildit aussi qu'il a enteodnqvtf^ états qui se sont tenus en Béam je me suis dédsi(^(f||^ ire le serTioe du Roy. Envoyé mdk le doable de oeOe w^ tre, et garde bien l'original, oardewtqoesoM^ partout U faut qu'il m'en îbj^ on petit derépsri^' mais je te prie , envoyé la moi par homme e^K^^ ' diligence, car une autre fois je ne seroiS pas ft tdfe e<^ modité. Je ferai cela bien joKment et gnwieossiBeoM seront et loi et les siens beaneoup pins nei flsiitirn Je te prie, n'y buli point...,, i
C0MM£I9TAIBBS J>S BLAlSS DE MONTLUG. [1572]
trois estats de la Guyenne me portoient tousjoors beaucoup d^honneur et me visitoient : ce n'estoit pas saus discourir qu'est-ce q}xe ce temps deviendroit, car il me sembloit que les Huguenots estoient venus fort insolens , et parloient presque aussi haut qu'aux premiers troubles. Si j'eusse esté aussi sain et aussi jeune que j'estois lors, je les eusse fait taire, pour lé moins en la Gascogne où j'estois.
[1672] Quelque année estant ainsi passée^ la noQvelIe survint de ce qui estoit advenu à la journée de Sainct Barthélémy à Paris , où monsieur rAdmiral fut si mal advisé de s'aller enfourner pour monstrer qu*il gouvernoit tout. Je m'estonne qu'un si advisé et sage homme pour le monde fist une si lourde faute : il la paya bien cher, car il luy cousta la vie et à plusieurs antres. II avoit aussi mis ce royaume en un grand trouble, car Je sçay bien que tout ne venoit pas de monsieur le prince de Condé, ny la moitié : ledit sieur prince ne m'en communiqua que trop àPoissy , et croy que si je luy eusse preste Toreille, il m'eust tiré le fonds du sac ; je le dis à laRoyne , mais elle me commanda de me taire : é^ De pensoit pas lors que les choses allassent ^HNiime elles ont fait. Je sçay bien et tout le monde aussi, qu'elle a esté accusée d*estre cause des premiers remuemens qui advipdrent aux premiers troublés , et monsieur le prince % fit ce tort d'envoyer ses lettres en Allemaigue, et les monstrer et faire imprimer par tout : cela n'advança pas ses affaires. Estant ladite &me à Thoulouse , elle me fit cet honneur de me parier plus de trois heures sur ce subject, et nM" dict beaucoup de choses que je me garderay iHen d'escrire ; tant y a qu'il est bien aisé de reprendre et trouver en faute ceux qui ont le maniement des affaires du monde , et mesmes ^ {grands comme elle a eu, ayant sur ses bras le Roy et messieurs ses frères si jeunes , et es- ^stous les princes bandez l'un contre l'autre, les uns advancez puis reculez , et après ce beau n^nteau de religion qui a servy aux uns et atix autres pour exécuter leurs vengeances et nous tKire entre-manger. Je vous prie , quelle apparence y avoit-il qu'elle eust intelligence avec ledit seigneur prince ? ce qu'elle a faict depuis a bien monstre le contraire; mais je laisse cela, car peut estre je n'en parle que trop , et retourneray à mon propos.
Tout le monde fut fort estonné d*entendre ce qui estoit advenu à Paris , et les Huguenots encores pluS| qui ne trouvoient assez de terre pour ^yr ) gaignant la pluspart le pays de Bearn ; les autres se firent catholiques, ou pour le moins eu firent semblant : je ne leur fis polnct de mal
de mon costé , mais par tout on les accoustroit fort mal. Je pensay lors que l'armée qui estoit devant La Rochelle estoit là pour autre besongne que pour aller en Portugal, et cogneus bien l'encloùeure ; mais je nepouvois imaginer pourquoy on eust seulement blessé monsieur l'Admirai au commencement, si on avoit le dessein que je vis depuis ; car si le lendemain tous les Huguenots se fussent résolus avec les grands qui leur estoient alliez ou les soustenoient, il leur estoit aysé de se retirer de Paris et se mettre qn seureté : or ils furent esblouis, et Dieu leur fern^a les yeux. Je ne veux pas icy dire ny me mesler d*escrire si ceste procédure fut bien ou malfaicte, car ily a prou à dire et de bien et de mal, et puis cela ne porteroit nul profit : ceux qui viendront après nous en parleront mieux à propos et sans crainte , car les escrivains d'aujourd'hui n'osent escrire qu'à demy : de moy j'ayme mieux me taire.
Encore que je fusse lors seulement maistre de ma maison , si ^est-ce que la Royne me fist cest honneur de m'en escrire , et me mander qu'on avoit descouvert une grande conspiration contre le Roy et son Estât ^ et que cela avoit esté cause de ce qui estoit advenu. Je sçay bien ce que j'en creus : il fait mauvais offencer son maistre. Le Roy n'oublia jamais quand monsieur l'Admirai luy fit faire la traitte de Meaux à Paris plus viste ^que le pas. Nous perdons Tentendement au bon du coup, et ne songeons que les roys ont encor plus de cœur que nous, et qu'ils oublient plustost les services que les offences. Or laissons cela; il en sera assez parlé par d'autres qui s'en sçauront mieux demesler que moy.
Tout le soin du Roy et de la Royne fut lors à enlever La Rochelle , seul refuge des Huguenots. Dieusçaitsij'enmanday à laRoynemonadvis. Au voyage de Rayonne, et depuis en Salnctongeje luy avois fait Fou verture de s'en rendre maistresse sans bruit et sans rien rompre ; et à Taleine de monsieur de Jarnac , auquel je m'en descouvris un peu, et non pas trop, je croy qu'il n'y eust pas eu grand doubte. Elle craignoit tousjours de faire resveiller la guerre; mais pour un si bon morceau il ne falloit craindre de rompre le jeusne : cela eust esté faict, on eust eu beau crier. l\ y avoit assez de moyen d'appaiser lors les gens ; car qu'eussent ils sceu dire , si le Roy vouloit faire une citadelle dans sa ville? Il n'est plus temps de s'en repentir. Geste ville a donné le moyen aux Huguenots de renouveller les guerres, et leur en donnera encores plus si le Roy ne la leur oste , pourquoy faire il ne doibt rien oublier ; car par le moyen de ceste ville ils manient et entretiennent les intelUgences qu'ils
COMMENTAIRES DE BLAISE BE MONTLUC. [iô73]
ont en Angleterre et en Allemagne , et font sur mer de grandes prinses avec lesquelles ils font la guerre. Ils tiennent aussi les isles, d'où sort grand argent, à cause du sel. LaRoyneme pardonnera s*il luy plaist, elle fit là une grande faute, et encore une autre depuis, de n'avoir voulu envoyer des moyens lors qu'on nous commanda de l'assiéger, car en ce temps là elle n'estoit en Testât qu'elle est, et croy que je luy eusse fait grand peur.
[ 1573 ] Voylà tout le monde à La Rochelle; Je fus appelle au festin comme les autres , et , c^mme je veux que Dieu m*ayde, quand je prins ma resolution de m*y en aller , je fis estât d'y mourir , et que ce seroit là mon tombeau. Estant arrivé, je fus estonné d'y voir tant de gens de diverses humeurs, qui eussent esté bien marris qu'elle eust esté piinse. Ce siège fut grand, long et beau, mais à bien assailly mieux deffendu. Je ne veux pas m*amuser à escrire ce qui fut fait là , car je n'estois que comme un particulier , et ne veux mesdire de personne. Monsieur , qui a depuis esté roy, lequel commandoit à ce siège, sçait bien que, m'ayant faict cet honneur de m'en p«irler et sçavoir mon advis , je luy en dis franchement ce que j'en sçavois. Par ce siège, tous ceux que nous estions lors, et ceux qui viendront après , pourront juger qu'il faut mes-huy preftdre les places de telle conséquence, ou par famine les blocquant , ou avec le temps pied à pied. Il s'y fit une grande faute d'hazar* der tant d'hommes aux assauts, et encore plus d'avoir fait si mauvais guet , afin que secours de poudres n'entrast comme il fit par la mer ; mais pour en dire mon advis comme les autres, quelque chose qu'ils eussent sceu faire, ils estoient à nous, et n'eussent sceu s'en desdire, Je dis la corde au col , car le secours que le comte Mongommery leur menoit s'estoit retiré; nous estions sur le point de venir aux mains avec eux, tout leur defailloit. Mais en mesme temps mon frère, monsieur de Valence , estoit en Poulongne pour faire eslire Monsieur pour leur roy , comme il fit : et croy que ceste gloire luy en est deuê, mais cela aussi fut cause que chacun pensa à entrer en capitulation , laquelle en fin se fit. Les députez de Poulongne le vindrent saluer là pour leur roy. Or toute la trouppe s'en retourna pour s'apprester et se trouver à la feste de ceste nouvelle couronne, après avoir laissé plusieurs morts en ce siège, et les Rochellois maistresde leur ville. Il sembloit, aux propos que Monseigneur tint à son départ , qu'il n'estoit pas fort content de ce nouveau royaume : si pense-je que c'estoit grand honneur , et pour luy et pour nous y qu'un royaume si esloigné vinst chercher
un roy dans le nostre. Monsieur de Valence mon frère y acquit beaucoup d'honneur isesharangues sont belles, lesquelles il mettra , comme je pense, dans son histoire.
Pendant ces malheureuses guerres et ce siège, où je perdis plusieurs de mes parens, monsieur l'admirai de Villars, qui estoit lieutenantdeRoj en Guyenne , fit ce qu'il peut à mon advis : aussi n'y avoit il pas beaucoup à faire, carlesHQga^ nots estoient escartez comme perdriaiix;mais ayant pris cœur pour la longueur de ce siège, ils firent quelques entreprises. Je perdis , pcaroioa dernier mal-heur , mon fils Fabien , seigoeorde Montesquieu, lequel, voulant forcer onebirricade à Nogarol , Ait blessé d'une arqoebosade de laquelle il mourut. Encore qu'il fast mo&fils, je puis dire qu'il estoit bien né et valenrcn. Gela me cuida accabler d'ennuy ; mais Dieu ine donna le courage de le porter, non pas eomise je devois , mais comme Je peus.
Cependant que tous les triomphes se faisoleiH en France pour le départ du nouveau roy de Pologne, je demeuray chez moy accompagné d'ennuis et tristesses, visité de mes amis et de la noblesse. Le Roy fit un nouveau remuement fort dommageable à la Guyenne : ceux quiviendroo: après nous , se feront sages par les fautes ^^^ truy : c'est qu'il départit le gouvernement «c deux , ayant donné ce qui est deçà la Garonae et du costé de Gascogne à monsieur de La ^V lette , et ce qui est delà , à monsieur de Lo$tf' Ce fut un grand erreur au conseil du Boy, et i la Royne principallement , car encore elle eo vouloit faire trois parts, pour en lonneraBea monsieur de Gramond. C'est un grand eas que tant de sages testes ne prissent garde quel is^ avoit apporté à la Guyenne le pouvoir qui ^ donné à monsieur Banville , pour le pea d'iBtd' iigence qu'il y avoit entre nous , comme j'ay escrit en mon livre, et que, puis quelesl«w5<^^ tout le gouvernement gênerai unies avdeotasseï affaire à rendre le Roy obey , qu'en pou^oit-oo espérer de les veoir séparées et en div^s^ mains? cela met de la division et de la jabo^ parmy eux , laquelle en fin amené l'inimitié, «< tout aux despens du Roy et de son peuple I^ effects s'en ensuy virent peu après , car monsieiff de Lusse entreprint le siège de Clerac , leqw' ^ m'avoit jamais osé fermer la porte, où monsiew de La Vallette aussi fut , mais pour veoir s«^fment ce qui s'y faisoit. En fin il ne s'y ^^^ qui vaille la peine de l'escrire , aussi il ne toocbf à moy. Je le dis seulement pour advcrtirle R«? que , ponr estre bien servy , il nedoitdesHinif le gouvernement , ains le laisser tout cntiff son royaume est assez grand pour conlentff
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l'ambition de ceux qui demandent des honneurs. \à Majesté m'excasera s'il lay plaist; ils doivent ittendre à leur rang ; il y en aura assez pour
iOQS.
[1574] Quelque temps après , nous oyons dire ant de choses , quMI me sembloit voir les entre- }risesd*Atnbolse renouvellées, car on disoit merieiiles^ et des plus grands, que je n'eusse jamais |)ensé si ce qu'on disoit est vray , comme je m'en tinets. Peu après survint la nouvelle de la maadiedu Roy , de tant d'emprisonnemens qui se làisoient à la Cour; ce qui me fit estimer bienlieurenx d'en estre loing , car on se trouve souvent engagé là où on ne pense pas. Apres tout »la vint la nouvelle de la mort du Roy , qui fut a la vérité un grand dommage, car j'oserois dire ipie , s'il eust veseu , il eust fait de grandes choses, et aux despens de ses voisins eust jette la imerre de son royaume ; et si le roy de Pologne east voulu s'entendre avec luy , et mettre SOS les grandes forces qu'il pouvoit tirer de son rovanme, tout leur eust obey , et l'Empire eust Kté remis en la maison de France. Sa mort nous ^onna fort , à cause des grandes entreprises qu'il vavoit, disoit-on, au royaume. Je croy <7Uf JaRoyne ne se trouva jamais si empeschée depuis la mort du roy son mary, mon bon imistre.
Sa Majesté me fit cest honneur de m'escrire, ^tme prier l'assister en une si grande afiOiction, pour sauver l'Estat , attendant la venue du Roy. EDcore que Je fusse accablé d'années et incommodité de maladies , si est ce que pour m'oster t ennuy que je portois de la mort de mon fils Fabien, et luy tesmoigner le desirquej'avoisde loy garder la parole que je luy donnay à Orléans, ie m'enallay à Paris trouver Sa Majesté , et l'acrompagnay à Lyon, où j'eus le plaisir de l'entretenir là tout à mon ayse de plusieurs choses dont depuis j'en ay veu faire les approches : elle fera Ijeancoup si elle y peut apporter des remèdes. le Roy arrivant , à son entrée on luy fit faire une erreur , car , au lieu qu'il devoit assoupir le tout et nous donner la paix , qui estoit chose bieo aysée lors , on le fit résoudre à la guerre, et encore pis , on luy fit accroire qu'entrant au Hauphiné tout se rendroit à luy , et neantmoins la moindre place lui fit teste. Je n^ay affaire de déduire toutes ces choses. A son arrivée il me fit (^ort bonne chère , et si n'en faisoit pas trop à lout ie monde : je le trouvay tout changé. Là fuient tenus quelques conseils , mais il y en avoit de privez et de secrets. Or Sa Majesté , se ressouvenant des services que j'avois fait au roy son ^yeul , père et frères , l'ayant ouy dire et veu oae partie , me voulut honorer de l'estat de ma-
reschal de France , me faisant riche d'honneur puis qu'il ne le pouvoit faire de biens; et m^ayant fait appeller et faict mettre à genoux devant luy, après avoir faict le serment , me mit le baston de mareschal de France en la main. Je luy dis en le remerciant que je n'a vois autre regret en ce monde , si ce n'est de n'avoir dix bons ans dans le ventre, pour luy faire paroistre comme je desirois en ceste honnorable charge luy faire service et à sa couronne. Ayant receu ses commandemens et de la Royne, je m'en revins en Gascoi* gné pour faire les apprests pour la guerre , car tout tendoit là. Mais je cogneus bien à la longueur de mon voyage que je devols plustost songer à ma mort qu'à la donner aux autres , car je n'estois plus capable de porter les grandes courvées , ny prendre grande peine ; et puis Je vis bien qu'il adviendrait de mesme entre les nouveaux lieutenans de Roy et moy , que m'estoit advenu avec monsieur le mareschal Danville.
Quelque temps après, la cour de parlement de Bordeaux m'escrivit que les Huguenots remuoient besongne sur la rivière de Dordoigne, et qu'il falloit y pourvoir , me priant m'approcher d'eux pour y apporter quelque remède , et que le mal n'allast plus avant. Je vins à La Reolle , où messieurs le président Nemond , qui n'estoit pas de ma cognoissance , de Merville, de Monferran et de Gourgues me vindrent trouver , me proposant beaucoup de choses. Je n'estois pas sans responce ny excuse apparente, veu mesmes qu'on ne m'avoit pas tenu ce qu'on m'avoit promis ; leur remonstray ma vieillesse et mon indisposition. Et m'estantvenu trouver au lict lesdits sieurs de Merville et de Monferran , je leur fis voir mes playes et blesseures ; je leur dis aussi le serment que j'avois faict de ne porter jamais plus les armes : mais en fin je ne les peus desdire , et me firent parjurer. S'en estans retournez pour aller faire les apprests afin d'attaquer Gensac, je m'y acheminay. Quelque temps après monsieur de Monferran amena une belle trouppe de noblesse de son gouvernement, conune il en vint aussi d'ailleurs , et bon nombre de gens de pied. D*abordée nous emportasmes le fauxbourg et les barricades ; messieurs de Duras , de La Marque et de La DiBvese y allèrent en pourpoint , le coutelas au poing , et donnèrent jusques aux portes. Ils n'en estoient pas plus sages, car les arquebusades y estoient à bon marché : ils le faisoient à l'envi l'un de l'autre , et pour monstrer qu'ils estoient sans peur. Or le mal-heur voulut que monsieur de Monferran eust une arquebusade au travers du corps, de laquelle il mourut ; qui Ait dommage,
GOHUfiNTÂlllES DB BLAISl^ DB MONTIUG. [1574]
car il estoit gentil-homme de valeur et fort aymé du pays, qui le trouvera à dire.
Les ennemis , se voyans bouclez en telle sorte, et le canon prest à jouer , envoyèrent un grand vilain qu'ils appelloient le capitaine Tonnelier , bon soldat pourtant , disoit-on , lequel capitula et rendit la place , où monsieur de Rausan (l) , frère de monsieur de Duras, fut mis. Or je veux mettre icy une chose qui m'advint en ce siège , laquelle ne m'estoit jamais arrivée. Apres la mort de monsieur de Monferran , je voulus donner la charge qu'il avoit en Tarmée à monsieur de Duras , parce qu*il me sembloit qu'estant seigneur de si bonne maison comme il est, il seroit aggreable ; mais tout le monde ne le trouva pas bon : dequoy sortit une autre chose, c'est qu'on me dit que la noblesse qui estoit venue avec tous ces messieurs me trouver se plaignoit fort de quelques propos que j'avois tenu d'elle, aussi faux que le diable est faux. Les mots estoient vilains et salles , voyla pourquoy je ne les coucheray point dans mon escrit ; tout estoit si mutiné qu'ils furent sur le point de monter à cheval et me laisser engagé avec le canon. Je les envoyay prier tous me faire ce plaisir de se trouver de bon matin en la campagne, où j'avois à leur dire quelque chose , ce qu'ils firent. J'y fus de bon matin aux flambeaux , tant j'avois haste de descharger mon cœur. S'estans tous mis en rond, je me mis au milieu d'eux et leur parlay le chappeau au poing en teUe sorte:
« Messieurs , il y a long temps que plusieurs d'entre vous me cognoissez , ayant porté les armes sous moy , tant es guerres de ceste Guyenne qu'aux guerres estrangeres ; d'autres aussi qui sont presens ont ouy parler de moy , de mes complexions et de mes humeurs ; mais je croy que nui de tous tant que vous estes n'a jamais sceu ne ouy dire que j'aye esté d'un na^rel mesdisant et injurieux. Encor que je ne sois pas sans vice , si n'ay-je jamais eu celuy-là. Gomment donc m'avez vous faict ce tort de croire que j'aye esté si mal-adviséde parler de vous avec tel mespris , comme on m'a dict qu'il vous a esté rapporté , de vous , qui estes gentils-hoQunes? Tant s'en faut que je le voulusse faire , que je ne voudrois pas avoir tenu tel jangage de la moindre compagnie de soldats qui soit en ceste armée. J'ay tousjours aymé et honoré la noblesse, car après Dieu c'est elle qui m'a fait acquérir l'honneur et la réputation que j'ay acquise. Vous sçavez bien , messieurs , que je suis
(I) Jean de Dorfort, seignrar de Hassan et non pm Kausan.
hors de combat , tenant le rang qne je tiens , et ne veux donner des desmentis. Bien vous dirayje qu'il n'en est rien , et que je n'en ay jamais parlé , et ne le voudrois avoir fait pour chose du monde, Mes-huy en cest aage et à tant de choses qui sont passées par devant moy , je doii sçavoir que c'est de vivre au monde, et se ga^ der d'offencer tant de gens d'honneur et ge&tili hommes de bonne maison. Or j^ay sceu la resolution que vous avez prinse de vous retirer chcs vous , dequoy je suis bien marry , et quiussi vous n'avez eu aggreable la nomination qwfavois £Bdcte de monsieur de Duras. Je m'en remets à vous aussi ; puis que la chose va en ceste sorte , il n'est plus besoin d'en nommer :leRoy pourvoyra quelque autre de la place detearnoosieur de Monferran que je regrette. Pou k moins, messieurs, ne me refusez pas de me ture ce plaisir d'accompagner le canon en lien de seureté. Si vous ne le voulez faire pour Xmm de moy , qui ay esté vostre chef et vostre ct{titaine depuis tant d'années , fedctes le pour l'aP fection et service que vous devez au Roy. Quant à moy , je m'en vois retirer aussi chez moy , car mon aage , mes maladies et playes ne me peovent plus permettre de porter les armes ny preadre la peine qui est requise à la guerre. Aima moy tousjours , je vous prie , et souvenez to» de moy. »
Ma remonstrance les satisfit et contenta tM& et me dirent d'une voix qu'à la vérité cela la avoit fort offencez , leur ayant esté rapporté par un homme qui portoit tiltre de gentil homoK. mais qu'ils n'en croyoient rien , et estoioit oei serviteurs , m'offrant d'accompagner , non sfslement le canon , mais me suyvre là où je la voudrois commander. J'ay voulu Hiettre cela par escrit , afin que ceux qui viendront après moy apprennent comme il se faut comporter ea tdkf occurrences. Je sceus depuis que ce rafiporteor estoit un La Mothe ; si je l'eussescea sarftare, je croy que je luy eusse faict mauvais paity. Or, le canon ramené , qu'ils accompagnèrent, noos nous dismes à Dieu. Ayant séjourné quelqi}! temps chez moy, j'oyois tousjours d'estran^ nouvelles de la Cour et des entreprinses des plai grands. £t quand j'ouys dire que le RoydeNa* varre s'en mesloit et qu'il estoit party de la Gw sans dire à Dieu , Je jngeay 4cslors qpt la Guyenne auroit de nouveau beaucoup à patir, car estant si grand prince ^ jeune , et qui d«uK espérance d'estre quelque jour un grand ca^ taine, il gaigneroit ay sèment le cœor de la noblesse et du peuple , et tiendroit tout le reste eo crainte. Comme je veux que Dieu m'ayde« mille malheurs m'allerent au devant, de aorte qie
COlonilTAIBSS M HUISfi BS V09TIUG. [1574]
bien «myoït il me prenoit fantaisie de faire retraicte, pour n'avoir pas le desplaisir d'onyr tant de faschenses nouyelles et la ruine de ce paayre pays. Il me ressouvenoit tonsjonrs d'un prieuré assis dans les montagnes, quej'avois veu
autresfots, partie en Espagne, partie en France, nommé Sarracoli : J'avols fantaisie de me retirer là en repos ; j'eusse veu la France et TEs^ pagne en mesme temps : et si Bieu me preste vie , encores Je ne sçay que Je feray .
Fm DBS COMMBNTAIBBS DE BIAISE DK MOIfTLUC.
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