‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 31 sur 58 · NOTICE SUR FRANÇOIS DE RABUTIN · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FRANÇOIS DE RABUTIN

Franco» de Ralratin, dans son ëpttre dédicaUnre au dac de Nevers, noas raconte que , désirant se ressoQTenir des grandes choses qui se passaient en MD temps, il avait coutume, aux jours de sa jeunesse, de noter ce qui lui semblait le plus digne de mémoire ; il pensait que ces grands exemples pourraient lui servir de règle à lui-même , et que plus tard, arrivé à la dernière saison des ans, il pourrait insuraire plus aisément sa petite famille. Entré au service du roi, dans la compagnie du duc de Nevers, ayant un jour entendu ce prince vanter Jules César pour ses immortels récits, Rabutin sentit tout à coup raigoiUon de la gloire, et forma le prqjet d'écrire, lui aussi, des commentures; ce n'est pas qu'ileût la prétention de se faire enroolereti la ir&upe historiographes, mais il avait l'espoir d'être utile Qiijour. Au retour du camp, et fortune Tayant porté ' à Paris, bien honoré par l'excellence de plusieurs B hommes de bon esprit , » il s'adresse à un maître lies requêtes appelé Barthélémy, et lui communique ^ « Brouillards et Mémoires. » Celui-ci futcontent du labeur, et conseilla à Rabutin de le faire imprimer; il rengageait à communiquer son manuscrit à Pierre Paschal, « gentilhomme de rare doctrine <?t savoir. » Pierre Paschal , à qui nous devons un ouvrage intitulé : Uenrûi ii Elogiutn , effigies et tu- ^vius, trouva l'oeuvre mal digéré, et le style mal iiiné et mal poli ; il s'offrit à revoir Touvrage ; mais ne pouvant suffire à cette tâche, il le recommanda à un gentilhomme de ses amis, nommé Guy-de-Bruès de Languedoc, qui prit seulement le slxièuie Uvre pour l'examiner ; Rabutin, pressé d'en finir avec la vénfîcaiion du manuscrit, recourut à Tobligeance d'un sien ami, nommé Bernard du Puy de Luc de Béar, qui daigna ce tant prendre de peine pour luy , que "• de le secourir en ce qu'il cognolstroit y défaillir

* de propriété de langage , liaison de sentences et

• autres choses. » Telle est en quelque sorte Thisloire des Commentaires de Ffançois de Rabutin ; qnant à la biographie de l'auteur, elle se réduit à deux seuls points: Il combattit durant les guerres <iu règne deLouis XI , en qualité d'homme d'armes dans la compagnie du duc de Nevers, et fut ensuite gouverneur de Noyers , petite place en Bourgogne. ^oilà tout ce que nous savons sur sa vie. François de Rabutin s'est oublié lui-même dans ses Conunentaires; il a caché la part de gloire qui a pu lui revenir dans cette grande et dernière lutte entre le roi de France et l'Empereur.

Us dix livres qui composent les Commentaires

de Rabutin comprennent l'e^aœ de neuf ans, depuis 4551 jusqu'à la paix de Cateau»Cambrésts en 45S9. Ces neuif ans furent féconds en événemeati remarquables ; Rabutin a mis un grand soin i recueillir les foits, et à les présenter dans toute leur vérité. Sa narration est travaillée; elle rappelle tous les efforts de l'auteur pour limer ou faire limer le style. Rabutin se montre constamoKnt préoccupé de la netteté, de la brièveté , de l'ordre de ses récits ; quand il veut reprendre le fil de son histoire , il espère qu'il ne sera pus trop prolixe et ennuyeux. On peut reprocher parfois à l'auteur la longueur des périodes ; mais on doit pourtant lui reconnaître un vrai mérite littéraire. Le gentilhomme bourguignon raconte bien, décrit bien : villes, châteaux, tronpes, champs de bataille reçoivent une vivante physio* nomie sous la plume de Rabutin. Le récit des voya^ ges de Henri II dans le pays d^ Metz et de Strasbourg a du mouvement et de la couleur ; Rabutin nous associe aux nobles joies du roi de France, trouvant près de Metz sa belle et admirable armée, dévouée à son service, et heureux d*entendre son artillerie le saluer avec fracas : a faisant tout cela y » tel et si merveilleux tonnerre, qu'il sembloit que le » ciel et la terre voulussoit recommencer la guerre » entre eux, ou que toutdust reprendre la première N forme du caos. » Rabutin suivait le roi dans aes voyages ; il observait en chemin , et ses souvenirs d'Allemagne se retrouvent dans les Commentaires. Il nous a donné de curieuses descriptions de plusieurs villes. La peinture de Salverne est un charmant morceau : — (( Salverne est une petite ville qui » est du domaine de Tevesque de Strasbourg, située n au pied de montagnes, sur le grand chemin et » passage par lequel on descend des pays de deçà » pour aller à Strasbourg , Spire , Francfort , et en » tous endroits des Allemagnes ; parquoy est hait bitée de riches marchands , qui trafiquent en di< » vers endroits, d'une part et d'autres. L'assiette est » fort belle et plaisante, commode pour le plaisir et V profit, bien bastie de beaux édifices et maisons à » leur mode. Elle a le soleil levant du costé de la » haute Allemagne, l'occident à l'endroit des mon- » lagnes ; les Suisses et la Franche-Comté à midy, » et les bons Allemands au septentrion. EUe a en » front les labourages et terres de rapport en grande « estendoe ; un peu au-dessous, les prairies longues • et larges, arrosées d'une petite rivière, et grande » abondance de fontaines et sources vives : au dos, n sur les cousteanx et pendans des montagnes y sont

NOTICE SUB FBANÇOIS DE BABUTIN.

» les vignobles, esquels croissent de fort bons vins » blancs et rouges; aa-dessas, les bois et cbauf- » fages. Sur trois hauts rochers et dessus sont trois » vieux chasteaux, forts de situation, et non d^art; » je pense, toutefois, que je ne les ai point vus de » prez, estant le chemin mal aisé et dangereux pour 1» la hauteur du lieu. »

Il y a dans les Commentaires de Rabntin nn sentiment de Yérité, de justice, qui exclut même toute apparence de partialité ; l'auteur a des paroles d'admiration pour tous les courages, des paroles de pitié pour toutes les infortunes. Ce Charles-Quint , dont la gloire n'a guère pu trouver grâce aux yeux de la plupart de nos auteurs français dn seizième siècle, est traité par Rabutin avec une grande équité. Dès les premières pages de ses Commentaires , il nous prévient qu'il n'aura garde en ses écrits « d'injurier M OU altérer la vertu et grandeur de l'Empereur, sça- 1» chant bien que c'est un des plus vaillants princes » qui soient au monde, qui a mis heureusement à fin » des faits autant grands que firent en leurs règnes, » les Césars. » Seulement il regrette, comme Monthic, et comme d'autres contemporains^ qu'nn tel homme n'ait pas employé son belliqueux génie an recouvrement du très-grand et très-opulent empire du levant. Les contemporains s'attristaient dn spectacle de grands rois chrétiens livrant leurs états aux calamités de la guerre; puisqu'il fallait aux princes des ennemis à combattre, les contemporains souhaitaient à leur remuante ambition l'empire turc à conquérir. Ce sentiment , ce vague instinct populaire au seizième siècle, doit être regardé comme la dernière expression des menaces de l'occident chrétien contre l'orient musulman.

Rabutm a d'intéressants détails sur l'abdication de Charles- Quint, et sa retraite dans la solitude d'un monastère. Il cherche à expliquer l'étrange détermination du grand empereur : Charles-Quint, consumé par tant d'agitations ardentes, sentait son corps s'affaiblir de jour en jour; son intelligence était

triste de n'avoir pu accomplir ce qn^elle avait désira; Rabutin croit aussi que Temperenr Charies avait été saisi d'un « incredible et très-grand regret et re- » mord de conscience de voir les troubles et diri- » sions des AUemagnes, et les guerres intestines et

• sociales entre les princes et parents d'un même « sang, dont il estoit auteur; mais surtout des cootn- » riétés et schismes de la foy et religion cfarétieiiiie, » dont il prévoyoit , comme homme de très-gnbtâ » entendement , infinité de malheurs et guerres re- M naist^e et arriver à toute la chrestienté. • L'historien bourguignon ajoute cr que toutes ces préméditi- » tions et pensées lui esmouToientnn estran^tiD- » tamarre en l'esprit. » La cérémonie del'abdieatioo à Bruxelles, dans l'assemblée des états du Pays-te, le 23 octobre 4555, ne se passa point « sans mainte » larmes. » En entendant son fils Philippe II, lenmercier de tous ses soins , de tous ses sacrifices, k remercier de cet empire dont il venait de se dépouiller pour lui, Charles-Quint ne put se défendre d'one émotion profonde; « les larmes luy décooloient le » long de sa face ternie et pasle, et lui arrosoient sa

• barbe blanche. »

Les dix livres des Commentaires de Rabutin ne parurent point en même temps ; en 4555 furent pobliés les livres traitant de années 4551 . 52, 55, 54 ; la fin de l'ouvrage fut imprimée en 4559 ; on réimprima les Commentaires en entier en 4574 (in-8o,Pr ris). Les éditions qui ont suivi, sont la reprodoctioo de ce texte. Le gentilhomme auteur des Commentaire est de cette même famille de Rabutin d*0Q est sorti Tauteur de V Histoire Amoureuse des Gaula: on a dit que le célèbre cousin de madame de Sévigaé avait renié François de Rabutin, sons prétexte qoe celui-ci avait été domestique dn duc de NeTers; nous conviendrons sans peine que Bussi-RabotiD était d'une insolente vanité, mais nons ne pensons pas qu'il ait jamais été assez ignorant pour considérer comme des domestiques les hommes d'armes des anciennes compagnies d*ordonnance.

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