‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 33 sur 58 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

espérant que de vostre grande humanité seralrecenë pour aggreable, d^autant qu'il me semble que toutes bonnes choses provenans de moy vous sont deu€s et Yonëes , et que les prendrez tousjours en bonne part; aussi, que pour Tamour de vous je seray tellement favorisé, que ceux qui i bon droict y trouveroient quelque chose à reprendre, à Thonneur de vostrenom passeront par dissimulation mea plus

grandes faultes. Monseigneur, je snpplie k Créateur vous donner en santé très longue et très heureuse vie.

A Paris, ce vingt-cinquiesme de mars 4554.

Yostre très humble et très obéissant serviiear,

F. DE Rabdtin.

PROEME DE L'AUTEUR.

Si je vonlois déduire par le menu les principaux antheors et les premières causes des guerres qui estoientesmenés au temps que je pretens commencer mon histoire, j'aurois argument et sufOsant subject pour parfaire un Tolume qui ne seroit moindre que toutes les Décades de Tite-Live, d'autant que les ferres et différents des princes sont enchaînez, et que Tan dépend et s'entretient avec l'autre; de ^orle qu'en ce cas je ne sçay s'il faudroit prendre ces occasions au commencement du règne de ceux qui sont presens, leurs ancestres et riere-bisayeuls, ou bien les tirer des controverses et inimitiez qui caoserent premièrement la guerre entre les \mmts ; car je ne puis croire que la réparation <fa& tort, revanche d'un injure, recouvrement de ^, défense des subjects, secours des alliez et concéderez, convoitise de nous agrandir, l'ambition de f^oet ou le désir d'estre monarche , eust eu tant de pouvoir envers nous , que de nous faire porter les ^es longuement, et , ce faisant , ruiner tant de bien, commettre tant d'indignitez et scandales, meurtrir tant de corps et perdre tantd'ames, si, oultre cela, chacun de nous n'avoit en soy une chaleur de disputer , et inclination naturelle de débattre , tellement que, quand l'on résiste à nos sensualitez, nous sommes prests à faire foy de la preuve de nos opinions par un tesmoignage des armes ; mais lais- M)n$ résoudre aux plus savans si les guerres viennent des occasions précédentes , ou que nature nous ^t disposez à estre quereUeux, ou bien si les deux ensemble nous causent ce malheur. Il suffît que la difGculté de propos , la longueur du discours et le desgoi^ement que chacun fait àsondroict, me servent de mettable excuse; et pourray aucunement ivoir satisfait à tous objets, si, sans chercher lesdites occasions de plus loing , j'en ramène aucunes des plus véritables et dernières, commençant à celles dont vint la première émotion en Italie. Encor veux je protester de deux choses avant la main : l'une , si je ne parle de tout ce qu'est advenu durant le temps dont je fais mention , que ce n'est pour paresse de souffrir le travail de l'escrire; car qui ad-

visera ma profession , et s'enquerra de mes compaignons si j'ai tousjours porté ma part de la fatigue de la guerre, il trouvera que, pour un soldat, j'ay esté assez diligent, ayant retenu ce peu que j'ay voulu escrire ; et si on vouloit dire que je ne me suis enquis de ceux qui ont plus veu que moy, je responds que je l'eusse fait volontiers, n'eust esté que dissimulations et parolles faintes, dont tous usent communément aujourdhuy, accoustument peu à peu les personnes à s'esloigner de la vérité ; de sorte qu'à la parfin la pluspart demeurent menteurs ordinaires. A ceste raison , j'avois peur que m'aydant d'autruy je meslasse. parmi les veritez que j'ay veu, les mensonges. L'autre chose dont je proteste, est que, si jetais la vertu d'aucuns, ce n'est de malice ou d'envie, mais pour ne l'avoir veu, ou sceu véritablement ; par ainsi ce n'est par ma faute ; et quant à ceux desquels je fais mention , je suis certain que je les loué encor' bien froidement, veu leurs vertueux faicts ; et si , touchant les faultes des autres, je ne les sçay aigrir et rendre tant abominables qu'elles méritent, en cela je remets ma cause et considération à toutes personnes de bon jugement, combien que toute ma vie j'ay esté d'advis que les personnes de vertu soient estimées, sans comparaison plus vertueuses qu'on ne sçauroit dire, les meschans honunes encor' plus meschans que la meschanceté mesme. Par ainsi le default mien de ne sçavoir bien au vif représenter la louange et le blasme, je désire estre jugé par la presumption précédente, et ma simplicité estre excusée, si en escrivaut mon histoire je n'ay usé d'artifices ny enrichy mon stile, pour plaire à plusieurs oreilles délicates qui se délectent en l'ornement de langage ; parce que suivant la vérité, qui est la fin et l'ame de l'histoire , j'ay esté contraint d'escrire les affaires nuëment comme elles sont advenues. Lesquelles causes, si eUes sont bien considérées , mon œuvre ne sera trouvé moins aggreable que la gloire et renommée est requise des vertueux hommes, qui travaillent journellement pour acquérir un nom perpétuel.

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