LIVRE PREMIER
Dd cDomieiieeinent et origine des dernières guerres en la Ganle belgiqae « puis de oe qni 's*cst fait en Gtiampaigne ,
à sa première oo?ertnre, en l'an f 55f .
[1551] Le seigneur Pierre Loys Fameze, investy des duchez de Plaisance et Parme par pape Panl troisième , son père, par eschange fiEdt à TE^isedesdits ducliez àaatres terres et pièces, coufinné et ratifié par la plus grand' part du coOege et le consentement de TËmpereur (1) , moyennant quelque recompense et le mariage de sa fille naturelle avec le seigneur Octave , fils aisQé dadit Pierre Loys , se meit > plus diligemment que luy fut possible en reale possession desdits duchez, et employa tout son pouvoir à les fortifier et munir, prévoyant que , non sans difficulté, il en pourroit jouir paisiblement; pois, au plus bref temps qu'il se veit avoir le nK>yûi , feit construire un chasteau à Plaisance, antant fort et defensable qu'il avoit à se douter et rendre asseuré de ceux qui le pouvoient troubler en sa jouissance; selon aussi qu'il avoit le lien et le pouvoir commode , prindpallement pour tenir la ville en subjection , de laquelle , et spécialement d'aucuns citadins , se souspeçon- Qoit. Toutesfois ne sceut-il de si loing prévoir et coodoire ses entreprises, qu'enfin par ceux mesoies peut estre desquels se doutoit ne fust tué, et dedans'sa forteresse mal-heureusement meurtry, avec telles intelligences, que si tost que sa mort Alt publiée dom Femand de Gonsagues, lientenant pour l'Empereur au duché de Millau, qui estoit prochain de là , entra dedans avec cavailerie et fimterie, saisissant la ville et le chasteau au nom de TEmpereur son maistre.
Le pape Paul se sentant plus griefvement offensé de la mort de son fils qu'en la perte du Uen, par le moyen de celuy qui non seulement de Sa Saincteté et de toute la maison Farneze avoit tiré innomerables plaisirs, mais qui s'y estoit allié; craignant d' estre entièrement frustré etdessaisy du surplus, envoya le seigneur CainUleUrsin, l'un des capitaines de l'ËgUse, avec
(1) Charles-Qoint avoit, au contraire, refusé son con- ■entement, et les cardinaux s'éioient opposés à cet €ciiange.
(2) Mort le 6 novembre 1549.
bon nombre de gens de guerre , à Parme , pour la garder et défendre; estans toutefois déjà prins et renduz plusieurs chasteaux du Parmesan aux chefs et serviteurs de l'Empereur. Peu de temps ensuy vaut , le pape Paul (2) ja fort vieil , et d'avantage ses Jours plus avancez de tel ennuy et tristesse y par sa dernière et expresse volonté testamentaire , voulut et ordonna avant mourir que Parme fust rendue au seigneur Octave son nepveu.
Apres que le siège pontifical eut vacqué aucuns Jours , les cardinaux assemblez au conclave pour l'élection d'un autre pape furent par intervalles en controverse , pour les prioritez des degrez , dignitez et nations. Finalement fut esleu un cardinal Aretin, de la maison de Monté , intitulé Jules troisiesme ; lequel^ cognoissant selon équité le droict qu'avoitle duc Octave au duché de Parme, l'enrevestit, et manda au seigneur Camille Ursin luy céder et rendre ce qu'il occupoit, comme au vray propriétaire; nonobstant que l'Empereur, long temps auparavant , eust requis instamment que Parme luy fust roidue , soubs couleur de se dire protecteur de l'Eglise ; ayant desja foit menass^r le seigneur Camille Ursin , à fin que la luy rendist entre ses mains : ce que ne pouvant obtenir par ce moyen, en après feit offrir recompense au seigneur Octave, adjoustant diverses promesses ausquelles ne voulut adjouster foy, craignant demeurer devestu de l'un et l'autre, se remémorant de divers exemples qu'il avoit veu advenir en pareil cas.
Et de ce refuz l'Empereur davantage irrité, recourut une autrefois au Pape, avec plus véhémentes persuasions entremesiées de menasses, luy faisant entendre les grands fraiz , que luy conviendroit exposer continuellement pour la défense de ce pauvre seigneur et de ses places; au contraire luy remonstroit les moyens et l'authorité qu*il avoit selon son afTection , pour non seulement défendre le bien de l'Eglise , mais d'avancer et eslever les siens. Tant y a que toutes ses persuasions eurent telle efficace à l'en-
C0HMEMTAIB£S DE FBANÇOIS DS HABUTIN. [i&Si]
droict da Pape, qu'il feit sçavoir au duc Octave que ne vouloit plus supporter ceste extraordinaire despense comme luy avoit promis.
Se trouvant le duc Octave de ce nouveau changement à bonne cause troublé, lequel avolt eut tousjours bonne opinion que le Pape luy seroit amy, comme ayant receu de .sa maison le premier poinct de son advancement , luy feit remonstrer le peu de moyen qu'il avoit si de Sa Saincteté ne luy estoit subvenu , et le grand péril qu'il encourroit si elle luy defailloit. Pour resolution luy fut respondu que n'y eustplus (Tattente j et quese retirast ailleurs où sentiroit pouvoir recouvrer meilleur secours, Parquoy [veu les grandes apparences que toutes ces menées estoient conduites à Tadveu de son beau père, qui ne tendoit à autre fin que le spolier et devestir de son propre], prudemment considéra que s'il retiroit devers luy peu d'avantage luy en adviendroit , et promptement ne peut eslire meilleur moyen que s'adresser au Roy ; lequel , tant pour cognoistre la chose digne de commisération, que pour estre , à l'imitation de ses prédécesseurs y affecté à la défense et tuition du bien de l'Eglise, le consola en premier d'un espoir de son secours; toutefois après avoir par son ambassadeur, qui lors estoit à Rome , fait remonstrer toutes raisons au Pape pour l'induire à meilleur moyen, et ne l'ayant peu resouldre, des-lors en accepta la protection soubs conditions obéissantes et favorables à l'Eglise.
Le Pape estant vaincu et diverty entièrement par les continuelles exhortations de l'Empereur et ses ministres , de premier mouvement trouva fort mauvaise ceste capitulation ; et , de cholere, avec plusieurs menasses feit courir le bruit de publier une censure sur le Roy et son royaume: qui luy donna occasion de se défier aucunement de luy, et de faire fermer les passages de ses pays, avec défenses de transporter à Rome or n*argent monnoy é ou non monnoyé , pour bulles, dispenses ny autres despesches , jusques à ce qu'autrement il y auroit pourveu. Puis estant condamné le duc Octave comme rebelle vassal , pour n'avoir voulu quitter son bien à tel marché qu*on le demandoit , le Pape consentit à l'Empereur de recouvrer Parme en toutes les sortes que luy seroit loisible. Parquoy dom Fernand (1 ), qui n'attendoit que cest arrest, espérant participer au proufit, ou pour se monstrer l)on serviteur à exécuter la volonté de son maistre, assembla en diligence toutes les garnisons du duché de Milan et de ce qu'il tient en Piedmont, et
{\) Bon Femaod de GooxaKoe.
(2) Jeaa-Bapliste del Monte , nevea du pape Jules UI.
commença le gast au territoire parmesan , ae« compagne du seigneur Jean Bi^tiste (2), ayant certain nombre de soldats, soubs tiltre et anâtorité apostolique ; lesquels estanscoDjoinctsa?« leurs armées , pour demonstrer que ce n'estât seulement au duc Octave qu'on en vouloit^ assiégèrent Parme et La MirandoUe , petite >111e adjugée dès long temps au paravant par pape Paul , pour estretenue soubs la protection duroy François et des autres roys de France ses sq6 cesseurs ; dont fut exposé à totalle perdition le plat pais circonvoisin , ceste armée excedaDtde façon de vivre la cruauté barbare, au temfi mesmement que restoit encor quelque espoir de pouvoir pacifier ces troubles, estant pendejoan ensuyvans envoyé le seigneur de Montloc devers le Pape pour esclalrdr tous ces differeiH,e( sçavoir la dernière intention de Sa Saincteté s,: neantmoins continuèrent ces excez, tant qw le Roy fut contraint d'y envoyer le duc OraceFarneze , frère du duc Octave, avec lessienrsde Termes, d'Ândelot et Sypiore, et bon nombre de capitaines et gens de guerre, poursubTour à ce pauvre seigneur, et à son pats qn'll atrï accepté en sa protection ; et d'autre part, maodi au seigneur de Brissac, lieutenant-generaideSi Majesté en Piedmont, de se mettre en cas* pagne avec telle armée qu'il pourroit recouvm, et de chercher le moyen et occasion de faire ^^ tirer dom F^nand du siège de Parme et deii MirandoUe , pour retourner deffendre et garder ce que son maistre tenoit seur et sieo , pio^ que s'entremettre aux choses où il n'avoitauca droit. En quoy il besogna si beureQsemeDtcc peu de temps , qu'il se feit maistre de Qoiers.et recouvra Sainct Damian, avec d*aQtres chsy teaux au marquisat de Monferrat; et sefœt davantage estendu , si dom Fernand ne fast f& brief retourné , pour luy venir empescherien^ trée au duché de Millan.
Ainsi du costé de Levant et d'Italie commença une ouverture de guerre entre le Roy et TEfflpereur : lequel encore qu'il eust par plasienrs fi» asseuré à l'ambassadeur de France, qni lon^^ sidoit près de Sa Majesté , qu'il vouloit per$e^^ rer en l'amitié du Roy, ne desistoit pourtant! innover grandes menées tendantes à loy pr^ rer une Airieuse guerre es parties de deçà; ^ sant amasser deniers en tous ses pays, esUtf faictes secrettes levées de gens de guerre, et toites ses frontières munies en diligence, tantdi soldats que d'artillerie ; estans aussi eqnipp' vaisseaux de guerre en tous les endroits des me^
(3) ModUuc ne dit rien de oeUe mission dans t» ^ moires.
COmiBNTAlBSS DB FBANÇOIS BB RABUTIN. [1551]
qoi sont en n rabjection , mesmement es Pays- Bas sekm la coste de Flandres, et en toutes les eoDtrées où la royne Marie, douairière de Hongrie, a toute puissance et commandement [ laquelle on sçait de tout temps n'avoir eu grande affection et plaisir de veoir ces deuz grands princes en paix ] : Idloonent que desjà on com- DMfflçoit couvertement à user de rigueur à Tendroit des marchands françois qui trafiquoi^t celle part* Toutesfois le Roy , taisant toutes ces petites fiischeries pour se monstrer désireux du repos public , envoya amiablement un ambassadrâr devers ceste princesse, pour modérer et difflnir toutes ces difflcultez, qui , au lieud'estoreeeu d'elle avec gracieux accueil , fut, par son commandement, estroittement resserré , et pour quelque temps détenu prisonnier en un vieil chasteau. Et , peu après, ne se pouvant plus contenir sans apertement dedairer le vray de BQO intention, feit généralement par tous ses ports détenir les vaisseaux et marchands de France, conmie confisquez , conmiandant leur cstre estez les voiles et autres instrumens nécessaires à la navigation ; mettre la marchandise en terre, laissant consommer les mariniers, qui estoient en grand nombre , avec les pauvres marchands, en firais de poursuytes , sans leur donner antre response de leur en faire restitution. Davantage ceste cholere s'estendit sur les mardiandsqui traûquoient par terre à Anvers, estant faite inquisition de leurs marchandises et autres biens de tous les François qui y habitoient, conmie si deslors ils fussent declairez pour ennemis , et n'eust plus esté question que de httiner. Et non-seulement en toutes ces choses promptuaires [ pour estre présentement soubinises à sa disposition ] se monstra fort ennemie des François, mais à l'endroit de cinq ou six lumnestes gentilshommes françoisqui , ayans veu l'Allemagne, curieux de cognoistre et veoir les nwnrs et ecmditions des nations estranges , retonmans en France par les Pays-Bas, furent arfcstez long-temps à La Haye en Hollande^ et de là menez prisonniers dans des chariots à Bruxelles, avec non moindre d'opprobre comme l'on ineine les criminels et ceux qui appellent de la sentence de mort. Où, pour réparation de l'injure qu'ils avoient receuë , leur fut prononcé par le président d'Estat qu'ils avoient esté arrestez ^ jnste cause, qui ne pou voit estre autre sinon ^Hh estaient François , et que de^jà et de tout ^ps on les tenoitjKmr ennemis , nonobstant qae le Roy , pour oster tout moyen à l'Empereur ^ ehercher occasion de luy commencer la guerre, cost faict battre et ruiner îc fort de Lynchant , non pour autre cause sinon que les subjects de
l'Empereur se plaignoient que le seigneur de Boignac, à qui il appartenoit, les grevoit et endonomageoit grandement, encore que ce fort luy eust peu estre propre pour en temps de guerre tenir une partie des Ardennes en subjecUon. Ainsi donc il me semble qu'on peut aucunement cognoistre , par ces principaux poincts , le premier autheur de ces guerres , et auquel de ces deux princes le tort doit estre imputé.
Et s'il faut prendre les choses de plus loing. Je pourray adjouster que l'Empereur ne pouvant tant couvertement faindre son intention que le Boy n'en eust tousj ours quelque advertissement, advint qu'après le décès du feu roy François, quand le Boy voulut renouveller et confirmer les alliances des cantons des Suisses et des Grisons, il n'oublia à mettre en avant tous exploits pour les en destourner et distraire , tant par promesses que par menasses , voire jusques à envoyer quelque nombre de cavallerie sur les limites de leur pays , pour recognoistre les accès et entrées les plus commodes pour les assaillir; enfin ne peurent tant faire ces menasses , promesses et presens, que de séduire et aliéner ces hommes constans et certains compères ( i ) etamis du Boy. De quoy l'Empereur, pour monstrer un signe de vengeance , feit deffendre aux Grisons le commerce et traicte des vivres qu'ils souloient avoir au duché de Milan , sçachant leur pays fort aspre et infertile , espérant par ceste nécessité et incommodité les contraindre à entrer en sa ligne et obéissance. Je pourray aussi dire combien luy a despieu et qu'il a trouvé mauvaise l'alliance du roy de France et du roy d'Angleterre , et la restitution de Bouloigne : ce que peut estre cogneu quand M. le mareschal de Sainct André porta l'ordre de France au roy d'Angleterre , s'estant l'armée de mer de l'Empereur opposée et plantée entre Douvres et Calais pour empescher ce voyage , que toutesfois n'advint , pour ce qu'il print autre chemin. On sçait aussi en combien de sortes l'Empereur s'est parforcé de rendre les François et les Allemans ennemis ; desquels mesmement il en a fait aucuns mourir et traiter rigoureusement, pour cause seulement qu'ils avoient- esté au service du Boy, afin qu'estans divisez et espuisez de finances, et sans espoir de secours, tant plus facilement les peust tousjours tenir en servitude : et ne prendray pour exemple que Sebastien de Volgeberg , colonel de lansquenets, ancien serviteur de la maison de France, auquel [au temps de paix et que mesmement s'estoit le plus de-
(I) Les Suisses avoieot tenu sur les fonts de traptéme la secoode fiUe de Henri II.
COMMENTAIBBS 0S FBANCO DE BABUTIN. [lô6l]
dairé amy du Roy J FEmpereur feit trancher la teste en la ville d'Auguste (l); et ftit prononcé par le ministre de Texécution , tenant encore l'espée sauvante au poing, qu'autant en seroit fedt de tous ceux qui partiroient du pays pour aller servir la couronne de France ; comme à la venté ledit de Volgeberg testifia sur l'eschafaut qu'il mouroit pour avoir esté au service du Roy. Et pour déclarer le moyen par lequel il vouloit esloigner les AUemans et mettre hors d'espoir de pouvoir recouvrer secours des François, c'est chose toute commune et claire qu'il se vouloit saisir de Lorraine par le moyen de la duchesse douairière sa niepce , laquelle y avoit desjà appelle et fait venir certain nombre d'Espagnols, desquels elle estoit contente veoir manger et outrager ses pauvres subjects , à celle fin de se rendre tant plus forte et asseurée d'eux, s'ils se vouloient rebeller et contredire à ce qu'elle pretendoit, de soubsmettre tout ce duché soubs la protection de son oncle. De quoy fera foy et donnera tesmoignagele refuz que long-temps elle a fait de faire la foy et hommage au Roy à cause du duché de Rarrois. Outre cela, TEmpereur se vouloit emparer de ces trois villes neutres, Metz, Verdun et Thoul , et en faire comme de Gambray , afin de réduire toute celle région obéissante et soubmise à luy, pour plus facilement avoir accès et dresser commodément ses entreprises sur les terres du Roy. Je pourrois déclarer et déduire plusieurs'autres menées et sollicitations pratiquéespar l'Empereur à son plus grand advantage pour entreprendre sur nous, que je suis content de taire ; et me suffit d*en avoir escrit les principaux poincts de la plus fresche mémoire, que chacun [comme Ton dit en commun langage ] presque voit encore à l'œil , et ne peut ignorer, tant pour n'obscurcir mon histoire de choses ennuieuses ne concernantes mon intention , [que pour oster l'occasion à quelque lecteur scrupuleux de dire qu'estant François J'ay voulu colorer nostre querelle , rejettant le tort sur l'Empereur ; ce que je n'entend et ne pourrois faire, pour estre la vérité de tout ce différent universellement publiée et descouverte . Enquoy toutefois je ne me veux tant oublier que de vouloil* en mes escrits aucunement injurier ou altérer la vertu et grandeur de l'Empereur , sçachant bien que c'est un des plus vaillants princes qui soit au monde . qui a mis heureusement à fin des faits autant grands que feirent en leurs règnes Les Cœsars , et croy qu'il eust passé plus outre s'il ne se fiist arresté à détenir le propre des autres princes ses parents
(I) IKAugsboarg.
et voisins, ains qu'il eust retourné ses imê co^joinctes avec les leurs, au reooavroDedl de ce très-grand et très-opulant empire de Levant.
Or, pour continuer la narration de mon hii> toire, et reprendre ce qu'estoit fiiit à M^et ment de ceste guerre, le Roy avoit ^ea q«. nonobstant tout le devoir qu'il avoit mis à (»»• server les traictez d'amitié , son eonemy cod-j mettoit tous actes d'hostilité : après avoir ton* guement attendu que les navires et Uens de sa pauvres subjects, détenus injnstementaoïPavsj Ras, leur fussent rendus, ce que n'avoitpn obtenir ; et recevant continuels advertisseneos. que sondlt ennemy mettoit sus grandi prepantift pour l'envahir et surprendre, ne peut de moins faire que lascher la main aux armes, tant a Levant qu'en Ponant, avec tant bearense^' tune, que d'entrée dom Femand fut cootralal honteusement quitter le siège de Parme et di La Mirandolle, pour retourner secourir le duché de Millau ; et en ce mesme temps ayant n| André d'Orie (2) , avec l'armée de mer de IBr pereur , deux fois la chasse en la mer de UvaoL En celle de deçà en la coste de Normandie, pv le capitaine Paulin , furent prins et arrestez » cuns vaisseaux et marchands de Flandres, ifr queb, soubs couleur de trafiquer, transp» toient en leurs contrées vivres et manltûd pour après s'en ayder contre nous.
L'empereur adverty de toutes ces execatio» fort irrité et despité , feit saisir et mettre ea ta mains toutes seigneuries , terres et cheTaDOd que possedoient en ses pays gentilshomnMsd autres François , leur faisant faire commaDdc* ment , à peine de la vie et confiscatioD de bien, d'en sortir et vuider dedans certain brieftcraf* prefix ; et renvoya le seigneur de Marillac, q« lors residoit ambassadeur près de luy, arec pl<t sieurs propos de menasses addressez an Roy <^< le rendre le plus pauvre prince de son sang; «< pour ce faire commença deslors à rappeller ei racointer tous ceux qu'il avoit declairé s« » nemis, et à. mettre en avant tous artifices été forts pour endommager le Roy et ses paî^ principalement se voulant addresser dcver» i Champagne , la sçachant adonc asscs mai p^ veué de fh)ntieres et villes fortes , et la plosF de celles qui y estoient , estre en si mamiûs? * tuation pour estre fortifiées , qu'à peu de \^ et frais les pourroit emporter. Pourtant estrf tout son dessein de retourner une autre foi$P* ces mesmes brisées qu'il estoit venu.
Le Roy, encore qu'il eust de tonpc maa
(2) André Doria.
COMMSNTAIBES DB FRANÇOIS BB BÂBUTIN. [l55l]
poorveo à tous les attentats et délibération de son ennemy, sçachant ceste publication et oa- Tertnre de guerre, avoit adverty tous les princes, gouverneurs et capitaines de ses pays et forteresses, qu'ils se tinssent prêts et se retirassent aux lieux où leurs charges estoient commises et addressées ; et au reste avoit mis tant bon ordre d'avoir ses forces préparées promptement, où le besoin requerroit et seroit prochaine la nécessité , que , sans estre faites soudaines levées ny émotions , pouvoit en moins d'un mois jetter aux champs une bien grosse armée et puissante, avec une tant honneste et paisible façon de vivre, que ses subjects ne s'en pourroient douloir, ne s'en sentir grandement grevez, au moyen de la bonne reformation et ordonnance qu'y avoit érigée et establie messire Anne de MoQtmorancy^ pair et connestable de France.
Ainsi M. de Nevers se retira en son gouverment de Champagne, avec sa compagnie de cent hommes d*armes, où Jà estoit M. de Bordillon, lientenant de roy en son absence ; où tost après tny forent envoyées les compagnies de gendarmerie cy-après déclarées, pour les départir et mettre es villes fortes et endroits qu'il verroit estre foSUes , comme il feit. Celle du seigneur de Chastillon à Mesieres ; celle du comte de Nantoeii au Chesne Populeux ; celle du seigneur de La Roche du Maine à Mouson, dont 11 est gou- Yernenr ; celle du duc de Montpensier audit Mesieres , à Quart et es environs; celle du seigneur d'Aohigny à Beaumont en Argonne et Sathenay (i) ; celle de M. le mareschal de la Marche estoit jà à Sedan et Donchery ; la sienne demoora à Attigny , Chastel en Porsean (3) et fihetel, pour estre tant plustost preste et prochahie de sa personne^
Anssitost que les ennemis eurent nouvelle que ee prince visitoit ceste frontière , pour adviser à monir les plus foibles lieux et loger commodément toutes les compagnies et garnisons que le Boy y vouloit envoyer , afin de faire teste à tout ce qu'ils voudroient entreprendre , proposèrent et se meirent à Tessay de luy donner aucun destoorbier et empeschement : estans advertis qo^il estoit au Chesne Populeux, gros bourg dUsit de Mouson environ cinq lieues , en petite eovgijgnie, donnant ordre à tous affaires qui potmiknt survenir, le comte Mansfd , gouver- Dcorlorsdu duché de Luxembourg , avec les goavemeurs d'Yvoy et Danvillé (3) , assemblèrent un nombre d'hommes des prevostez qui es-
(1) ^aOeimy : SteDay.
(2) Chastel en Porsean : Chàteau-Porcien.
(3) Danpïllé : DamTîlliers.
toient soubs eux, ensemble quelque Clevols et Gueldrois qu'on y avoit logé et retenu en garnison pour ce duché , et certain nombre de cavallerle; et avec tout cela, proposèrent de luy venir faire une cargue en ce lieu. Dequoy toutefois ce prince ne demoura long temps à estre adverty , et pour ce fut tant bien pourveu pour les recevoir par la conduite de M. de Bourdillon , qui ayant assis bon guet et fort sur le passage d'un marets et le Pont-Bar, et sur toutes les advenues, à veoir l'ordonnance qu'il y avoit mis , estoit fort aisé à juger que s'ils fussent venus comme nous menassoient , encore que fussions en plus petit nombre qu'eux, malaisément se fussent retirez à leur honneur ; mais ne comparurent point, et fut dit qu'il n'avoient peu passer les rivières adonc fort grosses , et hors rive, pour les importunes pluyes tombées par l'espace d'un mois ou six sepmaines au paravant. Aucuns murmuroient que c'estoit faux rapports , et controuvé advertissement. Tant y a qu'il fut cause de faire avancer haict compagnies des vieilles enseignes , que le Boy envoyoit celle part pour la seurté de la frontière. Parquoy ce prince le lendemain au matin partit de ce lieu pour retourner à Attigny, attendant de veoir faire les monstres desdites compaignies, pour en après les départir où verroit estre besoing, et les trouva desja arrivées. Pourtant le Jour ensuy vaut les voulut veoir en bataille en une prairie le long de la rivière d'Aisne , où devant luy se meirent en ordonnance de combattre, et feirent le limaçon à réitérées fois ; et puis asseurer de ce que J'en vey , non de ma seule opinion , que n^est possible de veoir soldats en meilleur équipage, ny portans meilleur visage de gens de guerre. Leurs monstres faites, ayans touché leurs soldes, le prince les feit départir ainsi : Les capitaines Villefranche et Boisseron à Mesieres, le capitaine Lîgnieres à Mouson , le capitaine Saincte Marie à Sathenay , les capitaines Gourdes et La Lande à Maubert-Fontaine et Montcomet, le capitaine Favaz à Saincte-Menehou , le capitaine Glanay à Donchery. Assises ainsi ces garnisons , sembloit que desJa le populaire de la frontière se fust renforcé et redoublé de courage; et n'y avoit, depuis les grands Jusques aux petits qui ne se préparassent de prendre les armes, pour non seulement se défendre des ennemis , mais pour davantage les aller chercher. A ceste cause Journellement couroient les uns sur les autres , demonstrans un présage d'une cruelle et longue guerre.
Apres avoir mis bon ordre à tous ces precedens affaires, ce prince prudent et bien conseillé voulut visiter les villes de ceste firontiere, et
GOUMENTAIHBS DR PAAIfÇOIS Dl RABimif. [I6il]
veoir comme elles estoient muuies, et avec quelle diligence les remparts et défenses 8*avançoienty où journellement et sans cesse on besoignoit. Et , partant d'Attigny , retourna au coucher au Chesne Populeux, où luy furent apportées les nouvelles par le seigneur Jacques Marie, honneste et sage gentilhomme italien, mareschal des logis de la compagnie de M. de Chastillon, comme par ladite compagnie, à la conduite du seigneur de Luzarche , vaillant et bien expérimenté chevalier qui en est lieutenant, avoient esté desfaits quatre cens Bourguignons (1), desquels estoient capitaines un nommé Bel-homme , et un autre parent ou allié du sieur de Lûmes , qui y demeura prisonnier. Geste desfaite fut exécutée près de Montcornet es Ardeones , et y restèrent tuez à la furie de sept à huit vingts hommes , le reste mis et chassé à vau de route, et trente ou quarante amenez prisonniers; des nostres, peu ou point en demeura de tuez : vray est qu'aucuns gentils4iommes y furent blessez , entre autres le sieur de Montifault , qui y receut un coup de picque en la cheville du pied , pour lequel coup depuis par nécessité on luy a couppé la jambe, qui ne pou voit estre sans regret et dommage, estant gentilhomme bien loué et estimé. Quelques chevaux de ladite compagnie y furent tuez et blessez.
Geste petite desfaite pour un commencement estonna beaucoup les ennemis , et resjouyt fort ce prince, pour les continuels rapports qu'on luy faisoit que ceste manière de gens, pires que volleurs , exerceoient grand pillage à l'entour de Mesieres , et emmenoient le bestail des paysans , èsquels ne trouvoient grande résistance. Donc pour continuer sa délibération, ce prince le lendemain partit du Ghesne Populeux , suivy de plusieurs grands seigneurs et capitaines, tant de sa maison que compagnie , et le reste y demeura avec le sieur de Giry qui en estoit enseigne , et arriva à Mouson environ les deux heures après midy. Au devant duquel vindrent le sieur de La Hoche du Maine, qui en est gouverneur, avec sa compagnie de gendarmerie en armes, et le capitaine Lignieres avec la sienne de gens de pied. Si-tost que ce prince eut à loisir visité et tournoyé à cheval les remparts ^ murailles, en petite suitte devalla au grand portail devers Yvoy, remontant au long du grand chemin jusques au-dessus d'une haulte montaigne entre ces deux villes, pour considérer et re-
(I) On déâgDOit sous ce nom les tronpes flamandes, parce que les ducs de Bourgof^e avoient longtemps dominé sur leur pays.
(1) DeLaMarck.
oognolstre à plain la sitaatkm de eeste vffle adoK ennemie; et, non content de la vedr de si loing, envoya quérir les 'compagnies, tant de dieial que de pied, n'ayans encor posé les armes, pour hiy servir d'escorte. Parqooy estans amrécB, furent desparties en trois escadrons; Vm àeh quels, cduy qui estoit le plus esloigné de conelets, estoit plainement desoouvert, et les devi autres les plus approchez estoient embusques d^ dans des fessez et levées de terre an long de la prairie. La gendarmerie estoit à couv^ es n petit bosquet à main droite. Gependant forent envoyez quelques harquebviers pour attaquer Tescarmouche et attirer la garnison au combat, lesquels approchèrent jusques sur la dooTeâi fossé, et tirèrent à veuë d'œil jusques sur le p«t leviz, sans que personne de leans moastrait le nez : seulement fut par eux entendu un gnsd tumulte et murmure là-dedans, estans peolt cstre en doute de veoir leurs ennemis aux portes , et leur ville estre desgamie, estant allée leur garnison courir, presumans ceste entreprimeatoir plus grand effet que n'advint; par la breiretédo temps et la nuict qui approchoit : toutef<Hseeite compagnie donna telle firayeur à une troqipe de trois ou quatre mille Allemans, Qev(»s et Gueldrois, qu'elle les fdt à l'instant tous som ensemble, et se mettre en bataille dedans un Ha fort, en un village au-dessus d'Yvoy où ibestdent logez ; d*où ne départirent avant nous feotir et cognoistre retirez.
Ge prince ainsi satisfedt, tant du devoir de ses soldats que pour avoir à Taise veu ce qu'Hâtât en affection, ayant prins sa revanche de leoit folles menasses, feit tout retirer à Mouson. Le jour ensuyvant, environ les huict heures do matin, il en partit en compagnie de beancoq»<i' grands seigneurs et gentils-hommes, entre antres des sieurs de Borpillon, Bussy d'Amboise et de La Roche du Maine , avec ses gens-darmes et quelques harquebusiers pour l'esooiiede ses mulets et du bagage. Estant à une boooe lieue près de Sedan, au lieu où se devoit troit^ la compagnie de M. le mareschal (3) pourtmir escorte à ce prince, alors, ainsi que M. de U Hoche du Maine estoit sur le poinct de s'en re tourner avec la sienne, les pages de Théorie, qui estoient montez sur les grands cheviBi) et quelques autres qui alloient devant avesesi, tournèrent soudain visage devers nous; ausipel* le prince mesme demanda pourquoy ils r^^ noient, et luy fut respondu parTun d'eux ^ les Bourguignons combattoient et estoient à 1 ecarmouche avec la compagnie de M. de Sedan près de là. Adonc de grand et asseuré courip commanda au sieur de La Roche du Hiioe de
COMKBNTÀIBBS DE FR1HÇ018 Dl RÀBimil. [1551]
ne Tabandonner, et feit prendre à chacun Taccoostrement de teste, en délibération d'y arri* ▼er assez à temps pour leur faire paroistre combien sa vertu et présence renforceroit le petit nombre des nostres auprès du leur, et sur ce poinct nous meismes au gallop gaillard. Je croy qu'ils nous descouvrirent; car, encor qu'ils fussent au double de nous, apperceusmes de dessus une petite motte comme ils se retiroient à la luiste, pour gagner un bois qui leur estoit prochain, leurcavallerie couvrant leur gensdepied : qui fat cause de nous remettre au pas pour suy- Tre nostre chemin proposé. Passant au dessus de Sedan, aucuns gentilshommes de la compagniede M. le mareschal s'avancèrent, et racontèrent à M. de Nevers comme le tout estoit passé en ceste escarmouche, et comme les ennemis avoient usé de grande ruse pour les attirer au loing dedans la grosse trouppe embusquée derrière la montaigne, et le moyen par lequel les François la descouvrirent. En ces propos et autres arrhrasmes à Donchery, où ce prince disna avec peu de temps, afin d'arriver à meilleure beore à Mesieres, où il devoit coucher ce soir là. Or, falloit il passer à la portée d'une longue coulevrine, près le chasteau de Lûmes, la rivière de Meuse entre deux, qui nous faisdt penser que n'approcherions si près sans quelque allarme, ou pour le moins estre saluez de coups de canon : ce que n'advint ainsi; mais pource que c'estoit sur le tard et et le vespre prochain, il y eut cinq on six rustres qui sortirent de ce chasteau, se trainans sur le ventre le long de la prairie , marcbans à quatre pieds, et feirent tant qu'approcheront le bord du costé où ce prince et la plus grosse trouppe de sa suy te dévoient passer, que iny-mesme le premier apperceut, et commanda à ceux qui lui estoient les plus prochains d'aller recognoistre si c'estoient hommes ou bestes . Aus- ^tost qu'ils se vdrent descouverts, sans avoir eu le loisir d'approcher de plus près , par ad vis de pais, deschargerent harquebusades, qui ne fatque vent. J'ay opinion qu'ils s'estdent là mis, pensans faire meurtre de quelque grand seigneur, ou quelque destrousse sur le bagage ; on feit advancer de noz harquebusiers, qui tantost 1^ deslogerent de là; peu après arrivasmes à Mesieres.
Le lendemain, jour de dimanche, pour essayer à bire sortir les soldats qui estoient dedans le chasteau de Lûmes, et sçavoir si d'aussi grande asseurancells combattroient main à main comme ils en fiiisoient le semblant, commanda le prince que la compagnie de M. de Ghastillon, laquelle estoit adonc logée à Mesieres , se preparast de Taceompagner avec celle du capitaine Villefran-
che, de gens de pied, et y estoit un aussi grand nombre de soldats, tant de celle ville que de toute la frontière, qui y estoyent accourus pour veoir l'issue de cette escarmouche. Noz gens de pied furent partiz en deux trouppes : les corselets furent mis en un fond, au long du grand chemin qui tire droit à la porte du chasteau ; le surplus en un autre vallon près de la cassine qui en est prochaine à la portée du canon , où estoit monseigneur avec le sieur de BordiUon, et cent ou six vingts chevaux. La compagnie de M. de Ghastillon estoit près d'un village au dessus, à couvert derrière des buissons et hayes. Noz harquebuziers, de grande allégresse et dextérité, allèrent harquebuser et chercher l'ennemy au plus près de leurs barrières et tranchées ; et ne fault douter que la présence de ce prince ne leur, creust le cueur et volonté de faire quelque chose bonne et honnorable ; tellement que les soldats de Lûmes, qui s'estoient tousjours tenuz forts dedans les tranchées , rehaulsées de palliz qui environnent et ferment un cloz de vignes près de ce chasteau, enûn en furent mis hors et déboutez par noz seuls harquebusiers, qui , en preuve de ce grand devoir, en apportèrent au prince et à M. de Bordillon des palliz qu'ils avoient arrachez à leur barbe, sans y avoir perte d'un seul François : bien y furent deux ou trois soldats blessez, et le Jeune comte d'Aspremont , par trop se bazarder, eut une harquebuzade dedans Fespaule droite. Derechef on retourna les semondre; mais on les trouva tant refroidiz , avec ce que le vespre nous invitoit à nous retirer, que le prince feit remettre toutes les compagnies en ordonnance, pour reprendre le chemin de Mesieres : ce ne fut toutesfois sans estre convoyez de ceux de Lûmes à coups de canon, tant que leurs boulets se pouvoient estendre. Je ne veux oublier à dire le commandement qui fut fait par ce prince au seigneur de Rare» gouverneur adonc de Mesieres, de faire as8eml>ler tant de chariots et obarettes que pourroit recouvrer, pour amener et rendre en sa ville tant de bleds, foings et fourrages, qu'on trouveroit es terres du seigneur de Lûmes, afin d'ester le moyen à l'ennemy de s'en pouvoir ayder; aussi que le tout luy estoit confisqué pour la rébellion du vassal contre son souverain. La saison estoit adonc fort basse et mal-propre pour démener la guerre, s'estans les ennemis retirez, et que les monstres de la gendarmerie se dévoient faire en bref pour le quartier de Janvier. Gecy fait, le prince se retira à Chaaions en Champaigne, devers madame la duchesse qui se trouvoit mal.
Le repos ne luy fut pas grand , car ayant eu advertissement que les Bourguignons avoient
COMMENTAIRES DB FBÀHÇOIS DE BABUtllT. [1551]
prins une église d^un petit \illage sar la rivière de Ghesse, nommé Douzy, des terres dn sieur de Sedan, que les paysans, selon leur commodité, avoient fortifiée pour eux retirer et défendre contre les courses des ennemys, et qu'ils la deliberoient renforcer davantage pour estre de celle part maistres de la rivière, ou pour garder ceux de Sedan de sortir librement, délibéra de les aller lever, et rompre ceste entreprise : ayant assemblé de quatre à cinq cens hommes d'armes, et toutes les vieilles bandes et garnisons assises celle part ; accompagné de M. de Bordillon, du comte de Nanteuil, du sieur des Pots, des sieurs de La Hoche du Maine, de Bussy d'Amboise et de Losses, sans plusieurs autres grands seigneurs et capitaines ; arrivant avec ceste petite armée près de Sedan , fat trouvé que les ennemis sentans sa venue avoient bruslé le village et abandonné le fort, et d*une mesme traite fut suivy le chemin à Yvoy, au long duquel ne fat trouvée aucune chose de résistance. Vray est qu^estans à une lieue près , ceux de la ville sortirent , une grande partie à cheval, et peu de gens à pied , seulement à la seureté du canon ; mais quand ils apperceurent que noz barquebusiers les affrontoient d'asseurance, sanscrainte de leurs boulets, se retirèrent froidement peu à peu dedans leur ville, et nous prinsmes le chemin pour entrer plus avant sur leurs terres; ce qui fut exploité en peu d'heures à leur grand degast. Le bruit se esleva entre les soldats que le prince avec ses compagnies*proposoit aller courir tout le plat pays, h Tentour de Luxembourg, ce qu'il pouvoit facilement exécuter; toutesfois, par plus meure délibération, en fut diverti, ettournasmes visage. Au retour, par mauvaises guides, beaucoup des nostres s'esgarerent dedans les forts et bois des Ardennes, sur lesquelles Ardennoisdeschargerent leur furie, se voulans venger du degast qu'on leur avoit fait, et en desfeirent quelque nombre, non de grande estimation, pour estre la pluspart coquins, et gens de là autour, qui s'arrestoient au pillage et à chose de petite valeur. Ainsi retoumasmes à Sedan : de là les compagnies reprindrent le chemin pour se retirer chacune en son quartier ordonné, ce prince et ceux de sa compagnie à Mesieres , et de là, y ayant quelque peu séjourné, à Chaalons , puis à la Cour pour trouver le Hoy, où il fut fort malade. A Mesieres demeura M. de Bourdillon, comme lieutenant de roy en l'absence de M. de Nevers, pour prouvoir (1) aux affaires survenans, esquels si sagement et prudemment mettoit une police, que non-seulement de nous, mais des ennemis
(I) Protftoir : an lien de pourvoir.
mesmes estolt estimé très -sage gentilhonmie, méritant justement les estats qu'il a. Ce qoe J'en dis ne me doit estre imputé à flatterie; car, ainsi qu'une petite cloche ne rend grand son, aussi sa louange ne dépend de mon atOrmatioD, mais de ses faits et du Roy, qui, pour tesmoignage de sa fidélité. Ta constitué capitaine sur cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, avec la faveur telle que chacun sçait qn'il a de Sa Majesté. Encore que du costé de Champagne la guerre guerroyabîe fust la plus ouverte et continuelle, si est-ce que de tous endroits de ce royaume les François et les ennemis se cherchoient ordinairement pour s'endommager. Dq costé de Picardie estoit M. le duc de Yandosme avec messieurs d'Anguian et de Condé ses frères, et d'autres grands seigneurs et capitaioes, au nombre d'environ quatre cens hommes d'armes et neuf ou dix mille hommes de pied, taot des garnisons que des compagnies mises sos nouvellement, entreprenans grandes Mgties et exécutions sur les Flamens et Hennayers, le! endommageans fort, et ayant fait grandes courses dedans le fond et au milieu de leurs contrôs, Jusques à estre intromis dedans Arras, silesiatelligences que ce prince y avoit n'eussent esté malheureusement descouvertes. En Ghampii' gne, combien que le prince fust absent et pis du Hoy, le plus souvent M. de BourdlHoD, a>« telle cavalerie qu'il luy plaisoit eslire, aM t» rir bien douze ou quinze lieues dedans le dudié de Luxembourg et les Ardennes, mesmeioest pour aller rompre un fort qu'on luy avoit rap» porté les ennemis avoir basti près de Sainet Hobert. Autant en faisoient les sieurs de La Rocbe du Maine et comte de Nanteuil, noz capitaiaes et soldats quoy qu'il advint, le plus sonreot ae trou voient rencontre dont ne vinssent ao dessus, et si quelque cas leur advenoit moins à leur proufit, c'estoit par trop grand malhenr et mauvais ordre.
Peu à leur advantage sur nous en dressoient les ennemis, encore seulement où ils sçaroieat n'y trouver grande défense, pour y estre t^ eux peu de gens aguerriz et exercitez en testait estant la pluspart laboureurs et paysans tif«t freschement de la charrue, amassez par les p(t* vostez à leur mode, ausqueis n'y a scavoir d'cperience. Et où ils se trouvent les plus ibrts. d que noz soldats sont par eux rompuz, et par leur foule renversez, mieux leur adviendroitdetofflber entre les griffes des bestes brutes, que se fier en leur miséricorde et pitié, comme ils feW cogn(^re , et que Je veux descrire, le jwr * Saincte Luce, en une course près de Maol'^' Fontaine, en laquelle ftirent tuez un gentil ctpi*
COMMENTAIRES DE FRANÇOIS DE RABUTIN. [l55l]
tafoe d'nne des vieilles enseignes ^ .Dominé Gourdes, et vingt-cinq de ses soldats, tous hommes vaillans. Les Bourguignons auparavant ayans esté le plus souvent battus ;et repoulsez celle part, délibérèrent s'y trouver si forts, et avec telle astuce, qu'ils se vengeroient une fois pour toutes.
Ainsi s'embusquèrent dedans un bois prochain dudit Mauberty et sortoient dehors peu à peu, faisans monstre de petit nombre, estans là dedans à couvert leur plus grosse force : ce que tantost M rapporté à ce jeune et trop hazardeux capitaine , qui estoit avec son enseigne en garnison en ceste petite ville : lequel de prompte chaleur et bonne volonté , comme on le peult estimer , sans attendre d'estre mieux accompagné ne saivy, desbanda avec vingt-cinq ou trente de ses soldats mieux cognuz et fidèles, et d'une tire, la teste baissée , alla donner dedans. Eux, faignansfuyr, se retiroienttousjours près de leur secours pour les attirer ; ce qu'ils conduîrent de tel aguet, et en sorte qu'ils le rendirent et ses hommes enveloppez de toutes parts , d'où ne poQYoient eschaper en nulle façon , sans estre tuez ou soubmi^ à leur discrétion et miséricorde : de laquelle peu usèrent envers eux; car le capitaine, ayant deux coups de picque en la gorge, et plusieurs antres playes sur son corps, y laissa la vie, et la pluspart de ses meilleurs soldats, qui i'avoient suivy , hachez en pièces à ses pieds. Et hxùt confesser le vray, et ce que depuis a esté dit et rapporté : s'il eust voulu croire un autre capitaine nommé La Lande , en fust autrement advenu, et mieux à nostre proufit et honneur ; Iqud estoit d'advis qu'on attendist M. de Bordiilon, la gendarmerie et soldats de Mesieres, qui jà estoient advertis et venoient en extrême diligence pour les secourir ; de la venue desquels sitost que les ennemis eurent nouvelles, au grand trot gaignerent les forts du bois. M. de Bordillon estant arrivé, après avoir entendu le combat de ce capitaine , avec la gendarmerie piquant au grand gallop , pour prévenir et empescher que les ennemis ne se rassemblassent et fortifiassent dedans leurs forts, poulse et entre avant dedans le bois, mais avec si grande infortune, par un chemin si estroit et où la foule s^y trouva si grande , qu'il estoit Impossible d'y manier les chevaux. Nonobstant, passant plus oultre , les renccmtra à l'entrée d'un petit essart (i), lesqnds, sans faire teste, se Jetteront dedans le hois ets'escarterent des deux flancs du chemin ; dont à coups de pique tuèrent grande quantité de chevaux et peu d'hommes , pour avoir peu
(1) liea défricbé.