‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 35 sur 58 · I. c. D. M, T. Vil · texte numérisé non relu

I. c. D. M, T. Vil

d'harquebusiers. Là fut assez veu de quelle hardiesse combattoit M. de Bordillon, et quels grands efforts il faisoit pour encourager ceux qui le suyvoienty tant qu'un gentil roussin, que le sieur de Bussy d' Amboise luy avoit donné, fût tué soubs luy. Certainement là plusieurs gentilshommes et vaillans soldats feirent preuve de leur valeur, entre lesquels se trouvèrent le sieur deVigiez, soubs-lieutenant de M. le duc deMontpensier, renseigne et le guidon, tous lesquels y perdirent leurs chevaux. La cause de la perte de tant de chevaux estoit que nos soldats, qui venoient de Mesieres y ne peurent, pour quelque diligence qu'eussent sceu faire, arriver à heure pour entrer les premiers dedans les forts du bois, afin de donner ouverture aux gens de cheval ; car, avec quatre grandes lieues qu'il y a de Mesieres jusques-là, les soldats, armez et char-, gez d'équipage, avoient tant couru pour y arriver à poinct , qu'au plus fort ils estoient hors d'halene et trouvèrent que les gendarmes retoumoient desjà. La canaille du pays, nostre mesme, qui au commencement y estoit accourue bien eschauffée à la veoir, fiGûsant plus de monstre que d'effects , nonobstant toutes remonstrances ne voulut onc combattre, et entendoit plus à despouiller les morts qu'à nous soustenir. Pour retourner à mon premier propos, parlant de la cruauté des Bourguignons et de la mauvaise guerre qu'ils font aux François , aucuns à ceste rencontre tombez prisonniers en leurs mains l'expérimentèrent, lesquels à sens froid misérablement ils tuèrent, et cruellement feirent mourir. Ce que je croy que promptement le capitaine Gourdes cognut, qui ayma mieux être occis en combattant que, se rendant vaincu estre après dissipé villainement. Entre ceux des nostres qu'on trouva perdus, et estimez estre d'eux tuez, y eut un jeune gentilhomme, archier de la compagnie de M. de Nevers, nommé Montigny ; un autre aussi, appelle Pommier, Gascon, qui fut trouvé blessé et decouppé sur toutes les parties de son corps , dont peu de temps après mourut ; un autre aussi, nommé La Serve, jeune gentilhomme de bon cœur, qui fut abbattu et blessé peu en la teste ; mais il contrefeit si bien le mort, qu'ils ne le chargèrent davantage ; puis quand il se veit d'eux pour mort abandonné et mis en chemise, se releva, et tant que les jambes le peurent porter, alla retrouver les François où les peut recognoistre, qui ne fut sans rire. Pour conclure, chacun s'acquitta vaillamment de son devoir ; et eust-on encore mieux fait à moindre perte si l'entreprinse, dès le commencement, eut esté conduite par conseil preveu, et qu'on les eust chargez en lieu aisé et commode à gens de

COMXENTAIBSS DB^FBAITÇOIS DB BABUTIN. [1551]

cheval. Toutefois , les ennemis forent si rudement poursuyviz et serrez, qu'ils furent contraints aliandonner le bois , et au grand trot se retirer. Longuement fut débattu si on les devoit suivre. Enfin on advisa que les gens de cheval et de pied estolent lassez et harassez , le temps importun, et qu'y avoit autre bois que pourrolent regaigner avant qu'on les peustattaindre ; pour ce fut résolu de retourner au logis. £t le corps de ce gentil capitaine Gourdes fut rapporté à Mesieres , et honorablement ensepulturé, avec grand deuil et plainct de tous les capitaines , et non moindre regret de tous les soldats.

C'est ce que puis sçavoir de la course du jour Saincte-Luce, faite près Maubert-Fontaine; et ne passeray outre qu'en cest endroit n'escri ve la brave entrepriseque paracheva le capitaine Ville- Franche avec sa compagnie, peu de jours après. J'estime que chacun sçait assez que le chasteau de Lûmes n'est qu'à une demie lieuë loiog de Mesieres. Or , est-il que le plus souvent ses soldats alloient veoir ce chasteau, qui tenoit le party impérial, pour inviter ceux de leans à donner le coup de picque ou d'harquebusade : tant qu'une nuict, assez près de la sentinelle, allèrent planter des fantosmes de paille, armez et habillez , ayans la façon et faisans mine d'harquebusiers, avec les mesches et cordes allumées ; et d'autre costé feirent chaudement donner alarme. Ceux de dedans, descouvrans ces marmousets, les jugeans estre hommes en camisades , feirent tirer sur eux force coups d'artillerie : cependant les soldats entrèrent dedans un Jardin , où ils coupperent une gro^e voicture de choux , et avec des limes ayans destaché des sentines et gondelles (l) qui estoient dedans les fossez, enchaisnées au pied de la muraille, les meirent dedans pour les avaller à Mesieres. D'autres , avec des solives et grosses pièces de bois, rompirent et enfoncèrent la muraille d'une bergerie en la basse court, et emmenèrent un bon troupeau de moutons et bestes blanches à Mesieres. Puis, voyans que c'estoit petit fait s'ils ne se montroient vivement , dressèrent avec la scopeterie une brave et furieuse escarmouche. Parquoy une enseigne blanche avec les oroix rouges se voulut advancer de sortir la première, qui fut tantost rembarrée là-dedans , et remise jusques dans les portes. Ainsi nos soldats, ayans exécuté acte de bonne grâce et digne de mémoire, retournèrent joyeux au logis, bien prouveus de chairs et herbages pour vivre et passer un long temps en la garnison. Que m'a semblé ne devoir être mis en silence , tant pour la lecture , don-

(I) Bateaux plats.

nant plaisir et augmentation de bmi vouloir box lecteurs , que pour conserver l'estimatioii dcaé i ceux qui sont inventeurs de ibonnes choies , tëi que , suy vaut mon premier propos , sont ki hommes exerdtez en Tart militaire , ayans toasjours ,plus en recommandation l'honneur et II gloire que la vie , ou qu'avec une cruauté et certaine avarice leur profit particulier; principâl^ ment aymans mieux perdre et l'un et l'autre, que la vertu et réputation d'humanité.

Or, pour de trop lolng ne m'esloigncr, et suy vre tousjours mon intenti<m , les Boiiigil« gnons , après ce massacre, s'asseinblolent journellement , et de plus en plus leur nombre eroii* soit , Jusques à cinq et six. mille hoaunes de pied et mille ou douze cens chevaux. Eslans advcrtii qu'un Jeune capitaine, nommé Sainot^Amind, duquel je n'ay autre cognoissance , aaMmblait gens pour le Roy, au long de la lisière de Lorraine , le vindrent surprendre et desfeire&t, et luy et ce qu'il avoit amassé , non lolng d'une a^ baye nommée Gorzes ; oe que leur estoit aisé [à ce que ay ouy dire] , pouree que c'estoit toott canaille , et autre chose n'en sçay . En oe aiesof voyage, la veille de Noél, allèrent assiéger k chasteau d'Aspremoot, es marchoB de Lorraiot. qui esta présenta M. deNevers, par «ne de» tion que luy en a fait ce Jeune comte qui fû blessé devant Lûmes , auquel ils entrèrent aisiment et sans grande résistance, pour ii*eslreci chasteau fort ne remparé , et qu'adoac n'y avoll dedans que neuf ou dix hommes villageois K paysans , à raison que ce prinee ne l'avoit M autrement fortifier ne munir , estimant f«e se* roit compris en la neutralité de Lorraine. En ee peut-on veoir évidemment la petite défense que trouvèrent dedans , quand aussi-tost^n sceut b prise que ie siège, combien que , le phis sondais que fut possible , M. de Bordillon avec gendai^ merle et gens de pied y allast pour leseeourir.. gai toutefois plustost qu'estre à moytié du àimm eut nouvelles que les Bourguignons cafcoieDt jà dedans. On dit que delà surprise deœchastcaa le Roy sceut fort mauvais gré à la duchesae de La^ raine ; et murmuroit-on que certainement die > avoit donné tout port et foveur.

J'estois à Giiaal<ms quand les nouvelles ftirail apportées à monseigneur que les ennemis , mm mis le feu en la basse eourt de ce ehastean, ran ce qu'avoient trouvé de bon là dedana^ et M pendre un de leurs espions à la porte ;*^esteîcBt retirez dedans Lorraine ^ tenant le chemtai de l'abbaye de Gorzes. J'estois aussi en la chambee de M. de Bordillon quand Ivy fût rapporté comme de rechef avolent mis le feu en œste abbaye , et se retiroient prenans le train vers As-

COMMENTAIRES DE FBANÇOTS DB BABIITTN. [l55l]

lenton , petite ville non forte en la contrée de fhirasse (i ) , dedans lac[uelle estoît le sieur d'Auligny avec sa compagnie de quarante hommes armes ; et le capitaine La Lande avec son eneigne de gens de pied. Toutefois changèrent d'o- ÏDion; aussi le temps leur estoit divers, qui eodoit le pays presque inaccessible , contraire à ?ur délibération , et se tenoient pour bien assurez que nous estions advertis, et n'eussent ueres temporisé sans nous tenir à leur queue. Uupeu auparavant, après les grandes pluies t inondations d'eau , estoit tombé un grand pan e la muraille de la ville Saincte-Menehou : à este cause, pour renforcer la garnison qui estoit edans, y furent envoyez les dix hommes d'arleset leur suyte d'archers, que M. de Nevers \oit eu de creuè par le decez de M. de Longueilie, jeune prince prévenu de mort avant qu'il ust fait preuve de tant de vertus dont sa jeu-

il) Thwrarcbe.

nesse donnoit grand présage ; estant dedans le sieur d'EsclavoUes , gentil chevalier , sage et hardy , auparavant lieutenant de feu M. le duc de Guyse. On doutoit quelque surprise , pource que les ennemis en gros nombre estoient prochains , sans scavoir certainement leurs deliberations. Enfin ne s'ingererent d'attenter aucune chose de ce dont on se doutoit ; mais dèslors commencèrent à se rompre , tant pour scavoir que journellement nous nous renforcions , que pour estre mal conduicts, et ne trouver lieux desgarniz , faciles à estre surpris promptement. Ainsi dès ce temps, sur la fin du mois de janvier, ne furent exécutées au long des frontières choses meritans d'estre mises par escrit, sinon quelques petites courses de chacun costé , en l'une desquelles fut tué le capitaine Lignieres y et la pluspart de sa compagnie desfaite, entre Hedin et Montereuil, desquelles je ne feray long discours^ pour cy-apres narrer meilleures choses.

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