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Ubigny, et l'autre Sainct-Georges. En ce lieu lurent apportées les nouvelles de la paix entre le Pape et le Roy, Près de Salebourg, son armée estoit campée an long du pendant d'une montagne, ayant au-dessus les bois et au-dessoubs la prairie , et une petite rivière de laquelle Je ne soay searement le nom, si ce n'est celle qui passe à Blamont et à Luneville , sortant de ces nMDtagnes. Près de là M. le connestable , Tavant-gaide estant campée à la portée d'une coule\Tine près de la ville , estoit logé dans une grosse maison en un petit village où n'y avoit quetroisoa quatre maisons et quelques granches. Tout à Tentour estoient dressées les tentes et paTîUonsdesprinces et grands seigneurs. LeRoy, t demie lieuê plus arrière , estoit logé en un ehastelet édifié nouvellement en un essart , sur QDe petite montagne. Tout à Tentour estoit la bataille campée, et un peu arrière estoient logez s€s gentiisliommes et ses gardes. Deux jours fat séjourné en ce lieu , tant pour attendre rartillerie et les munitions, que de toutes parts es en- Tiroos estoient envoyez commissaires et hommes dcputez pour amasser vivres , et amener toutes provisions au camp , pource que de France ne d'autres lieux derrière nous n'en venoit plus , on poQr estre desjà trop esloignez de nos limites, on à raison qu'estions près du passage par lequel larmée devoit descendre en la plaine de Salterne (t ) . Ainsi fut fait en partie peu de ce séjour, pour donner temps à ceux qui estoient derrière de nous reprendre, et s^assembler avec nouspour passer ce pas, qui estoit sans mentir fort scabreux et dangereux à petites compagnies , estant plein de bois forts et obscurs, les chemins esiroits et creux. Au-dessus estoient rochers hauts et inaccessibles , sinon avec grande difficulté, desquels les brigands peuvent de loing veoir ceux qui y doivent passer, les attendre et enfermer, sans avoir moyen de s'en retirer. Quant aux vivres , je ne peux dire que jusques-là nous ayons eu nécessité de ce que touche la vie de IbommC; sinon devin aucunement; les chevaux n'y mangeoient pas leursaoul, mesmement ceux de la bataille ; car nous estions jà bien avant en la saison, et près du temps commode à recueillir le^ foiugs nouveaux , estans les vieux bien cours et presque tous mangez. Quant à Tavoine, les bons bleds estoient si chers, que le pauvre peupie estoit fort aise d'en faire son pain et substance , qui rcncherissolt grandement ; encore ee peu qu'en restoit , les gros usuriers Tavoient retiré et resserré dedans les villes, ou le vendoient chèrement et au double, àgrand'requeste
(1) Sayeme.
et prière. Vray est que nous, qui estions à Tavant-garde, qui trottions des premiers sur le pays, avions Tadvantage d'en trouver et recouvrer plustost que ceux qui nous suy voient , bien souvent par grandes traictessurprenans les paysans avant qu'ils eussent moyen de retirer leurs biens , et le plus souvent n'en laissions gueres à ceux qui venoient après , pour la mauvaise considération que nous autres François avons. Et ce peu que demouroit à nostre partement, le pauvre homme le cachoit le plus estroictementqu^il avoit le moyen , de crainte que ne luy fust ravy des derniers. Vray est que les bleds estoient jà grands en herbe , qui aidoient fort à soustenir et vivre beaucoup de chevaux ; mais les grands chevaux de service, après qu'ils en avoienttasté, de venoient vains, vagues, et dlminuoient d*enbonpoinct et force. En ce lieu [comme couroit le bruit] le Roy eut nouvelles du duc Maurice, duquel ordinairement en estoient forgées mille sortes de paroles , et plustost en mal qu'en bien, pour la desflance qu^ chacun pronostiquoit de luy. A Salebourg demoura une enseigne de gens de pied et quelques chevaux légers, et le deuxième jour de may, le Roy avec toute son armée en partit, et alla loger en deux petits villages dedans des bois , appeliez Meltebourg et Andressenty, qui sont à Tevesque de Strasbourg, deux lieues de Salebourg,ses gentilshommesetses gardes et toute la bataille campée à l'entour de Sa Majesté ; M . le connestable et l'avant-garde, un quart de lieuê plus avant en un autre village nommé Andreoux , qu'on disoit, s'il m'en souvient, appartient au comte Palatin, où il y a une grosse tour quarrée en forme de pavillon , assez forte , en laquelle on laissa cinquante harquebuziers , pource qu'elle est à l'entrée du passage du costé de deçà, et sur le front des bois qui durent jusques au pied des montagnes, de l'autre part longs et larges, de fort fascheux et estrange chemin. Ce jour mesme la gendarmerie de l'avantgarde passa ce passage, et devallasmes en un gros village nommé Sainct- Jouan , où est située une abbaye de femmes en sauve-garde du comte Ringrave. Là nous trouvasmes force bons vins , qui renforça de beaucoup nostre bien venue. Aucuns allèrent descendre droit à Salverne, et furent logez au pied des montagnes , du haut desquelles , tant que la veue se peut estendre , on descouvroit une belle et fort grande plaine , qui dure près de six grandes lieues du pays, qui vallent plus de dix ftançolses , peuplée de gros et grands villages, riches et opulens, de bois, rivières, ruisseaux , prairies et autres lieux de proufit , que ceux du pays appellent la vallée d'Aussaiz. Le terrouer est gras et fertile , qui rend les
GOHHENTÀIfiSS DE VHilfÇOIS DS BABOTm. [l&£l]
hommes habitans cette contrée fters et hautains, pource qu'ils ne sont chargez ne foulez de grandes exactions, et n'ont accoustumé de veoir gens de guerre couchez en leurs lits, ne manger si privément à leurs tables ; mais , selon le commun proverbe , ce sont eux qui le font aux autres. Ce que tant les estonna au commencement, que beaucoup abandonnoient leurs maisons et biens, et s'enfuyoient aux bois. Ainsi noz soldats commencèrent à faire un grand desordre , et le tout estant à l'abandon , se meirent à piller et robber où ne se trouvoit à qui respondre, car la volonté prompte plus à mal qu'à bien, leur augmentoit le désir de Texecution , aussi que , le plus souvent , la robe abandonnée se presentoit à la prise. Le lendemain , le Roy et toute l'armée traversa ces grandes forests et devalla en celle belle plaine ; mais non sans grande peine l'on y feit descendre rartillerie et les munitions, tellement qu'à traverser tous ces forts de bois et rochers y eut des bagages beaucoup destroussez , quelque escorte et conduicte qu'il y eust , mesmement ceux qui estoient sur chariots et charrettes ; car , estant le chemin estroit et rabot teux , facilement se rompoient les essois (1) , les lymons, ou quelque autre chose , ou bien versoîent ; pourquoy demouroient derrière , et les viliains bandoliers avoient le moyen et loisir de les saccager et retirer dedans l'espesseur dutailliz avant que peussent estre secouruz. Les autres , sur mulets et sommiers , qui pouvoient suy vre , ne tomboient en tel danger. Il y avoit aussi tant grande suite et quantité de bagages, qu'ils tenoient plus de pays et faisoient plus de monstre que toute farmée ; qu'est , selon le jugement de beaucoup , une chose mal ordonnée , causant un desordre et famine de camp. £t n*y avoit Jusques aux simples soldats et vallets qui ne feissent traisner mille bardes et brouilleries sur chariots et charrettes , ou sur chevaux et jumens. Le Roy , M. le connestable^ les princes et grands seigneurs, estoient logez dedans la ville de Salverne , le reste aux fauxbourgs , ou campée à Tentour. Toute la fanterie estoit logée et estendae le long de la prairie , faisant une belle et grande monstre ; la gendarmerie et cavallerie de l'avant-garde estoit deux lieues plus avant logée en gros et riches villages, ausqueis le plus communément trouvions abondance de vivres , mesmement de bleds et vins , et peu de foins et avoines.
Salverne est une petite ville qui est du domaine de Tevesque de Strasbourg, située au pied des montagnes , sur le grand chemin et passage
(I) Ponressieaz.
par lequel on descend des paj^ de deçà pour aller à Strasbourg , Spire , Francfort et en tous endroits des AUemagnes , parquoy est habitée de riches marchands, qui trafiquent en divers endroits d'une part et d'autre. L'assiette est fort belle et plaisante , commode pour le plaisir et prouilt, bien bastie de beaux édifices et maisons à leur mode. Elle a le soleil levant du costé de la haute Allemagne , l'occident à l'endroit des montagnes, les Suisses et la Franche Comté à midy, et les bas AUemans à septentrioo. Elle a en front les labourages et terres de rapport es grande estendue, un peu au dessoubs lesprairies longueset larges, arrouséesd'unepetiteriviere. et grande abondance de fontaines et sources tires: au doz, sur les cousteaux et pendans des montagnes, sont les vignobles , esquels croissent de fort bons vins blaocs et rouges ; au dessus les bois et chauffages. Sur trois hauts rochers an dessus sont trois vieux chasteaux , fort de ^• tuation et non d'art comme je pense, toutefois que je ne les ay point veuz de près, estant le chemin mal aisé et dangereux pour la hauteur du lieu. Près de cette ville fut la desfaite des htheriens et la victoire acquise par feu de boDoe mémoire le bo duc Anthoine de Lorraîoe. Elk est environnée , du costé de la plaioe , de gm villages, à une et deux lieoës près desquels a* toit logée toute la gendarmerie , qui se senhA fort soulagée d' estre plus au large qu'elle n avoit es^ auparavant : ce que par le Roy et son conseil fut prudemment considéré , faisant eu ce beau lieu temporiser son armée trois jouis eatiers pour un peu la refreschir et délasser des longues traites qu^on avoit fait auparavant, potf entendre aussi plus certaines nouvelles du doc Maurice et de sa délibération. En ce lieu ^iadrent au Roy, de divers endroits, ambassadeois et grands personnages , les uns pour s'offrir et leur pouvoir à son service ; les autres pour obtenir, pour eux et leurs subjects, deschargeset soulagemens; mesmement des Suisses, pouice que ceux de la Franche G)mté estoient en graade crainte que toute ceste nuée ne tombast sur eax. Toutefois , à la faveur des cantons ^ si le Boy ^ avoit quelque volonté, changea d'opinion. Dets ville de Strasbourg devers Sa Majesté fat en* voyé un houpeman , c'est à dire en allemaDt idgneur, pour la supplier d'avoir souvenance et esgard à la bonne volonté qu'ils avoient à loj faire service , et vouloir auf^porter et soulager leur plat pays le plus que seroit possible, offraos vivres et provisions en payant raisonnablement; ce que pleut au Roy , et leur accorda libéralement , ainsi que se disoit communément.
Audit lieu de Salverne furent faites grandes
CO]ClIfiI9TÀIBB9 M FBAlfÇOIS DS BABCtlN. [1551]
execQti(mfl, par les prevosta et ministres de justice , d'aucuns soldats qui destroussoient les munitioDS, pilloient et ramenoient des villages plusieurs meubles, comme Uoges, habits, vaisselles, bestail et chevaux , et ce que pouvoient rencontrer; et ne sceut encore estre tant rigou^ reusela punition', qu'on les en peust divertir, tant pour trouver les maisons ouvertes et abandofinées , que par faute de bonne police qu'on avoit oublié à y mettre dès le commencement, qoe nous laisserons à disputer aux bien sçavans et bien en|iendus en ces matières.
Le sixiesme jour de may , le Boy avec toute vm armée se leva de Salveme , estant demouré dedans une enseigne de gens de pied et quelque cavallerle légère , pour la seureté de nostre quenë. Ce jour ne feit que deux lieues du pays. Le lendemain alla camper en un gros bourg ; )à en un chasteau Sa Msyesté estoit logée , et dedans le bourg et à Tentour les princes , grands seigneurs , gentilshommes et ses gardes ; le reste de la bataille campa aux environs; M. le coqnestable avec Tavant-garde un quart de lieue plus avant ; la gendarmerie s'estendoit jusques à une petite lieue près de Strasbourg. Quant à descrire certainement la situation et murs de la ville de Strasbourg, je ne puis , pour n'en avoir approché d'une lieuë ; car les citoyens ne vouioient permettre entrer personne , ne seulement approcher à la portée du canon. Quant à l'opinion en laquelle communément on la tient , on ne Testime que l'un des villages d'Allemagne : à la voir, ehacnn pouvoit croire et juger que c'est une fort belle, grande et riche ville , et très-forte, comme elle en a le bruit, assise en lieu plat de tous costez ; le Rhin passe dedans en deux endroits, qui la part en trois , toutes lesquelles parties sont doses et environnées d'eaux , avec une autre petite rivière qui vient près de là s'assembler au Rhin; les vignobles n'en sont pas loin ; le terroner est sablonneux et mourveux, qui fait quantité de mottes et terres mouvantes: à ceste cause , comme je pense , anciennement estoit appellée ^Ir^^n^tne. En aucuns quartiers, comme èspendans des montagnes ou près des villages, les terres y sont meilleures pour estre souvent amendées et engressées ; et me semble que les paysans y sont bons laboureurs, car, encorque le terrouer ne soit fort bon et le climat froid, les bleds en herbe estoient plus beaux et grands en ceste saison que ne sont un mois plus tard aux nostres; aussi que nous y trouvions des bleds vieux en grande quantité , et par-deçà estoient fort chers. En ce temps commencèrent les grandes chaleurs , lesquelles accroissoient nostre travail de beaucoup, mesmement aux soldats et gens de
pied , plus qu'à nous qui montions à cheval à deux heures après minuit et y demeurions jusques à demy jour avant que d' estre logez ; encore le plus souvent logions aux villages, où trouvions vivres et rafreschissemens. Les soldats de pied partoient premièrement que nous, et cheminoient jusques à ceste mesme heure , ayans tousjours les armes sur le doz , marchans en bataille avec la chaleur et la poussière, qui les grevoit et alteroit grandement. Quand ils arrivoient en leurs quartiers , ne trouvoient que la place vuide sans vivres et sans* moyen , plustost qu'autrement , d'en recouvrer promptement : ainsi altérez avec une chaleur véhémente , beuvoient de ces eaux froides merveilleusement ; à raison de quoy tomboient en grandes maladies , pleurésies et fièvres, dont en mouroient grand nombre de braves hommes.
Pour ne fouler le territoire et pays circonvoisin à l'entour de Strasbourg, une nuit seulement l'armée y séjourna ; le lendemain , tirant à main gauche , fut pris le chemin à une petite ville appellée Hagueneau, laquelle au commencement feit quelques difOcultez de ne vouloir faire ouverture et contribution de vivres comme les autres , s'opiniastrant en ceste folie jusques à ee qu'elle veit qu'on vouloit approcher Tartillerie pour y ouvrir passage : enfin ayant parlementé elle se rangea à la raison , et M. le connestable avec le sieur de Chastillon y entra et ordonna de tout , comme lebesoing requeroit. Ce jour le Roy campa en une tuillerie au dessoubs de la ville, et toute l'armée à l'entour; le lendemain alla disner dedans , où luy fut fait grand recueil par les habltans. Toute la gendarmerie de l'avant-garde , au nombre d'environ huict cens hommes d'armes et plus, estoit logée àdeux grandes lieues par-delà , en un seul gros village, auquel la plus grande partie estoit à couvert. Ceste petite ville , selon que la consideray en passapt, est fort belle et proprement située pour toutes commoditez, bien close de murailles hautes etde bonne estoffe, garniede grosses tours et défenses, assez fortes pour résister à un camp volant , circule de fossez creux et profonds à fond de cuve et pleins d'eau vive , prochaine d'un costé de grands bois et forests, de l'autre de larges et spacieuses prairies et marescages. Le terrouer est sablonneux et mort , presque pareil à celuy de Strasbourg; de vignoble j'en vey peu ou point. De-là fut poursuivy le chemin pour aller à Wisbourg (1), belle et petite riche ville au pied des montagnes qui séparent la haute et basse Allemagne , comme un terme triangulaire, par trois
(I) Weissemboorg.
CûMHSNTATBES BB FBANÇÔtS DE BABUTIR. [1551]
chemins tirans en divers lieux de par-deçà k passer le Rhin , pour tournoyer toute la haute Allemagne et l'une et l'autre Pannonie , et, en le suivant y pour descendre le long des basses Allemagnes en Gueldres^Gleves, Juliers, Lièges, Brabant , et par tous les Pays-Bas , faisant presque d'un costé une borne entre la Gaule belgique et la grande Germanie. Geste ville est voisine de Spire environ trois lieues grandes , qui en valent pour le moins six françoises ; la situation est fort agréable à Foeil et commode, comme on le pourra Juger promptement , riche et garnie de grands Mens pour les usages et proprietez qui y sont : pour ce ceux du pays rappellent la ville aux trois Alliances , dont ils portent en leur blason trois escussons avec les armoiries de trois grands seigneurs , et un monde au milieu. Le terrouer est sablonneux ; il y passe une petite rivière qui fait moudre grande quantité de moulins à divers usages. Les habitans nous furent fort gracieux et secourans en toutes choses. Le Roy n'y logea point y ne son armée , qui alla loger au village une lieuë plus avant, nommé, ce me semble, l' Estât. M. leconnestableavec l'avant- garde estoit logé en un autre petit village à la portée du conon; plus loing la gendarmerie de l'avantgardeestoit campée dedans un bois au-dessoubs, au loing duchemin, tirant de lààSpire, près d'une fort belle maison qu*on disoit estre à Tevesque dndit Spire.
En ce lieu on esperoit avoir certaines nouvelles du duc Maurice , et tenoit-on pour chose véritable que le Roy trouveroit près de là grande compagnie de grands seigneurs de ces pays, qui l'advertiroient de toutes choses; Ton y adjoustoit beaucoup d'autres promesses de ce duc Maurice. Pourtant, afin d'avoir advis certain de luy , y fut envoyé le sieur de Lanssac, gentilhomme de grand sçavoir.
iCependanty en ce séjour , le Roy eut nouvelles que la reyne d'Hongrie, avec une grosse armée, avoit prinsSathenay, et desjà estoit entrée en ses terres, bruslantet degastanttout le plat pays à l'environ. Devers Sa Majesté plusieurs houpemans et seigneurs allemands vindrent luy remonstrer pour les communes la foule et charge que soustenoient par les f raiz de son armée. Ausquels fut rendue laresponse autre et plus haulte que ne la pourrois asseurer. Tant y a que la publique opinion la disoit estre suffisante pour leur faire entendre leur Ingratitude, ayant le Roy amené à grands fralz une grande et puissante armée , pour seulement les secourir et remettre en leurs libertez , maisons et biens , appelle par eux à très-grandes pi;feres ; laquelle raison seule les de voit assez esmouvoirà nous secourir, qoii-
seulement de vivres et autres nécessites, mais à exposer leurs corps et personnes pour recogoois* sance de ce grand bien.
Estant de retour , le sieur de Lanssac ne rapporta de ce duc Maurice que frivoles exctiseï, entre lesquelles que l'armée du Tore estoit descendue bien avant en Austriche, dont ilavojt promis, comme aussi y estoit obligé, à Ferdinand, roy des Romains et de Hongrie, deTallef secourir pour trois mois ; parquoy ne pon^(Hta^ complir sa promesse promptement. Gela entends, le Roy, par Tadvis de tout son conseii , deliben de retourner en France pour deffendre ses terres , et employer ses forces pour en dejeterctwpoulser l'ennemy. Et pour ne fouler pas trop le plat pays, afin aussi que son armée trouifastpliis commodément vivres , la partit en trois parties, l'une desquelles demeura avec Sa Majesté, à sçavoir du nombre , cinq cens hommes d*armes. mille ou douze cens tant chevaux legersqn barquebusiers à cheval , les vieilles bandes et cooh pagnies de fanterie françoise , le regimeot de lansquenets du colonel Chartel , avec les gentilshommes de sa maison, et ses gardes à lacoD* duite de M. le connestable. Ainsi print le'cb^ min des montagnes , lieux déserts et fort difficiles, ausquels le Roy, les princes et gnni seigneurs, et généralement tous les soldats, » durèrent grandes indigences de vivres, tant poc eux que pour leurs chevaux : toutefois, avec le temps et labeur , qui les choses impossibles fait possibles et en avoir le bout, descendirent en b Comté vers Salebruht (l) et la Comté à Dent Ponts. L'autre troupe, qui estoit de huictcess hommes d'armes au moins , avec le comte Beisgrave et son régiment d'AUemans , fut conduite par M. de Yendosme, prince d'incredible^nleor. reprenant les mesmes brisées que l'année a^oit suivy en ce voyage , où pareillement nous eosmes beaucoup de nécessitez. Toutefois ce gentil prince et tous ceux qui Taccompagnoicnt y donnèrent un tel ordre, que par faute des vi^îes n'endurasmes point, reprenant le cbemio an sortir des bois et montagnes pour descendre yen Marsault (2) et Chasteau Salins : de là se Tint Joindre et reprendre l'armée du Roy près de Waldersen , petite ville à six lieues de Metz, en assez belle assiette, ayant d'un costé les bois et de Tautre les montagnes , et une petite rivière qui s'appelle Sarre, qui sépare la Lorraine des montagnes.
M. d'Aumalle, avec cinq cens hommes d'armes , huict ou neuf cens chevaux légers et bar-
(f) Saarbruck.
(2) Manal.
COMMENTAIRBS DE FRANÇOIS DJt BABUTIN. [l55l]
qnebosfers à cheval, et le régiment da comte Recroc, print le tow* au-dessus de Spire , passant par dedans les montagnes et les lieux estroits, inhabitez et déserts, qui, avec grand travail, fait si bien, qu'il parvint sans grand defaolt anmesme b'eu où le Roy estoit jà attendant de réunir son armée pour parfaire les choses que verrez cy-après.
Et ne veux oublier avant que commencer autre chose, qu'estant adverti ou se doutant que
l'armée de la roynede Hongrie assiegeast le chasteau de Jamets, despourveu adonc de chef, estant le seigneur en ostage entre les mains de ce duc Maurice , y envoya le sieur de Losse en grande diligence avec vhngt hommes d'armes et trente archers de la compagnie de M. le mareschal de Sed^, deux cens chevaux légers, et autant d'harquebusiers à cheval. Depuis fût trouvé que les Bourguignons, à leur confusion, avoient tourné le doz et s'estoient retirez.