‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 38 sur 58 · UVRE TROISIESME · texte numérisé non relu

UVRE TROISIESME

De ce qu'a esté ezéCQtë par le ray Tràs^Sbratien fto^doché de Lnxembo^

[1Ô52] Sur la fin du mois de may , auprès de "Wisboorg, comme J'ay dit, le Roy eat nouvelles qae la reyne de Hongrie avec une puissante armée avoit pris la ville Sathenay , et qae sur ses terres et es environs exerçoit estranges cruautez ; ce qu'estoit véritable, non que l'on ait trouvé qu'elle y fust en personne, comme le vulgaire disoit ; mais estant en Flandres assez certaine de la nécessité à laquelle estoit réduit FEmpereur son frère, comme femme caute et subtile y solicita un Martin Roussan (1) , bastard et marescbal de Cleves , descendre au duché de Luxembourg avec trois ou quatre mille soldats clevois, gueldrols et walons, et de cinq à six cens chevaux , où il trouveroit le comte Mansfel , le baillif d' Avanes (2) et le gouverneur de Cimetz , ausquels elle avoit pareillement mandé d*amasser toutes les forces qu'ils pourroient flner, pour entrer es pais du Roy et y exécuter toutes les cruautez qu'ils pourroient inventer, à fin de le divertir et destourner de parfaire son voyage; dont ces trois seigneurs, assemblez avec le nombre de douze à quinze mille hommes de pied , et environ trois mille chevaux , s'adressèrent premièrement à Sathenay , où n'avoit artillerie, ne munitions , soldat , ne garnison aucune pour le Roy, que les habitans seulement et un capitaine lorrain que la duchesse de Lorraine y avoit mis, qui [peult estre selon l'intention de sa maistresse] ne leur feit grand refuz. Soudain après y estre iutromis, commencèrent à faire reparer les bresches et remettre le fort en son premier estât, bastir un boulevert de terre du costé de Dun le Chasteau, et une plate forme devers la Justice , faisans courir le bruit de vouloir aller assiéger Villefranche , petite villette neufve, ou plustost chasteau , au dessoubs dudit Sathenay, sur la rivière de Meuse , où n'y avoit adonc que Guillanton , qui en estoit capitaine , avec ses mortes payes et une compagnie

(t) Van-Rosseo.

{2H AtesDes.

(S) Il étoit chef du conseil , et non vice-roi.

de gens de pied du capitaine Le Ylgnan. Tantost la nouvelle parvint Jusques à la Eeyne eti M. l'admirai d'Annebault [que le Boy à son département avoit constitué visroy (3) en France •. qui estoient lors à Chaalons en ChampaigDC, oa estoit aussi M. de Bordillon, quipromptement, à cest advertissement, le soir mesme entra avec dix-sept chevaux seulement dedans ViHefranche , ayant mandé sa compagnie y arriver d^ dans celle nuict, ce qu'elle feit , et pareiilemest advertir le capitaine de Montfaulcon, nommé le sieur de Montot , gentilhomme du païs voîsa, pour faire retirer le plustost que seroit en sa puissance les habitans dudit Montfaulcon , et de cacher leur artillerie , leurs biens et munitioc. et avec ce que pourroient recouvrer de sold£ se retirer devers luy audit Villefranche. Qua»i les Bourguignons furent advertis que M. ôe Bordillon estoit là dedans pour les attendre a pied ferme , et qu'on avoit pourveu à leur délibération, changèrent d'advis, et luy fut rapporte par son espion qu'ils avoient conclu de tourner à Mouson. Parquoy partit de ce lieu soudainement , laissant en son lieu chef et lieutenant de roy le sieur de Chastellux , lieutenant de si compagnie , avec une partie de sadite compagnie , auquel pour ce mesme effect la £%yne et M. l'Admirai avoient favorablement escrit, lut donnans toute authorité et puissance. M. de Bordillon, avec le reste de sadite compagnie. ^ meit toute la nuict en chemin, et entra au poln^t du jour dedans Mouson , où estoit M. de La Roche du Maine avec sa compagnie de quarante hommes d'armes , et le baron de Gerny avec U sienne de trois cens hommes de pied , Icsqoels ne s'accordoient guéres bien; et trouva davantage les habitans troublez et grandement dacouragez , tant pour Cognoistre cestâpetite vi'Jr foible [ ce qu'elle est irremedtableilàll à rai$« d'une fort haulte montagi^trop prodiaine, liquelle y commande en tout, encore ^'on y ai: fait ce qu'on a peu pour la couvrir], que pour ti sentir mai pourveue de toute défense; naesBot ment que la plus grande part des habitans, pr

COUKENTÀIBES DE FBANÇQJS DE BABUTIN. |15Ô2]

roanvais présage, en ce qu'ils voyoient les principaux en Yuider et mettre hors les meillears de leurs meubles, estoient descouragez à la défendre et secourir. A ceste cause, afin de les consoler et leur croistre le cueur, non-seulement les asseura du brief secours du Boy retournant d'Allemagne, mais y feit entrer sa vaisselle, son equippage et ses meilleures bagues, leur promettant , quand le siège y arriveroit , de ne les* abandonner ; ce que les meit en telle confidence, que deslors le courage leur revint , et délibérèrent d'y vivre et mourir avec luy.

Les Bourguignons, pour exécuter leur première conclusion , passèrent la rivière de Meuse au pont de Sathenay , et avec ce qu'ils pouvoient avoir d'artillerie, qui n'estoit en grand nombre , vindrent camper en un petit village entre ces deux villes, nommé Mousac, où incontinent furent advertis que M. de Chastellux estoit dedans Villefranche, qui souvent le^ saluoit de coups d'artillerie , desquels estoient tuez jusques dedans leurs logis ; et trouvèrent que ceste petite ville n'estoit tant defournie qu'il avoient pensé; ce qu'eux cognoîssans, et que le chef qui estoit là-dedans n'y estoit pas demeuré pour ^tf laisser sourdement surprendre , ainsi qu'ils presumoîent , mais comme homme esprouvé et certain [ce qui est sans mentir] , sage et hardy , issù d une des plus anciennes maisons du duché de Bourgogne , qui déliberoit les empescher et résister à toutes leurs entreprises , sans faire autre semblant , coulèrent au long de la rivière jusques au village de Briolles , où ils mirent le icu , et ruinèrent l'église et le fort.

Apres ce beau faict tournèrent à main droite , tnontans à Montfaulcon, où l'on ne leur feit crande résistance , et sans contredit meirent le feu où bon leur sembla, mesmement en ce beau temple de Nostre-Dame, où ils commirent des meschancetez et malheuretez plus énormes que les Turcs et Infidèles ne les voudroient attenter. Apres je laisse à penser avec quelle terreur et c^pouvantement le menu peuple commença à fuir et s'espandre de toutes parts ; dequoy les ennemis fiers et eslevez, trouvans les passages libres et ouverts , descendirent en la plaine, et vindrent saisir un petit chasteau appelle Boullandre. Là ils laissèrent quelque compagnie pour servir d'escorte aux vivres et provisions qu'il falsoient mener et conduire audit Sathenay. De là , suyvanâ toute ceste vallée au long de la rivière, saccagèrent plusieurs villages et chasteaux, en aucuns meirent le feu , et des autres ravirent et emportèrent jusques aux doux de fer et socz de charrue, comme à Sainct Jevaln , Conrad , Be- "ionville, en l'abbaye de Chaery et autres lieux,

tousjours continuans de pis en pis jusques à Grand-Pré , petite ville sur la rivière d' Airre , entre Saincte-Menehou , Chaaions et Attigny. Et là, ayans esté advertis comment M. l'Admirai amassoit gens pour les venir venir , s'arresterent ; puis sitost que M. l'Admirai eut mis ensemble les légionnaires de Champagne , et réuni les Suisses avec la gendarmerie , qu'ils entendirent qu'en diligence avec ses compagnies s'approchoit d'eux , après dix mille meschancetez qu'ils y feirent et perpétrèrent , abandonnèrent Grand-Pré, y ayant mis le feu, et en feirent autant à BouUandre , et le plustost que leur fut possible retournèrent à Sathenay , où estans arrivez ouyrent nouvelles pires pour eux que les premières , à sçavoir conmie l'armée du Boy h grandes journées retoumoit d'Allemagne pour les venir rencontrer et desfaire, et que ja les chevaux légers de Tavant-garde estoient à Luxembourg , et au long du pays eslargis. Davantage M. l'Admirai les tenoit de fort près, et estoit avec son armée de l'autre part de la rivière, prest à les combattre. Pource ne sceurent promptement inventer meilleur conseil que de se retirer et fuyr en grand desordre; tellement que si les nostres eussent esté advertis d'un gué et passage qui estoit auprès de Villefranche pour leur coupper chemin aussitost que de les suivre par Sathenay, ils en eussent fait une grande boucherie. Ainsi se retirèrent ceux du pays en leurs lieux et maisons , et la pluspart des Clevois et Gueldrois furent mis dedans Yvoy.

Ayant le Boy entendu les malheuretez et violences que ces Bourguignons et ennemis avoient exploité et commis en ses pays, meu grandement de pitié et de tristesse , avoit , à grandes Journées et grands travaux, fait passer son armée par les montagnes, bois et lieux divers et inhabitez, pour plustost les joindre et rencontrer, afin de venger son peuple de tels outrages. Et pour plus légèrement faire ses gens marcher, feit partir et sortir de son camp la plus grand part des bagages, et les malades, leur ordonnant pour escorte les compagnies du comte d'Aran et vidasme de Chartres, avec quelques Chevaux légers el harquebusiers à cheval, et les rendre devers Metz , ou en tel lieu qu'ils se pourroient retirer, à leur libéral arbitre. Depuis estant sceue la soudaine retraite des ennenns, ou à mieux dire fuite , fut modérée ceste extrême diligence pour adviser le meilleur à ce que seroit de besoing après exécuter, et fut délibéré, par le conseil, estre très nécessaire et utile pour le bien public, et de toute la France , saisir et joindre à la cou ronne le duché de Luxembourg, comme succession et propriété escheue à la maison de Van*

GOMMENTAIBES DE PBÀNÇOIS DE BÀBUTTN. [1552]

dosme dès la mort du connestable de Sainct Pol , qui en estoit vray possesseur et seigneur , portant le nom et les armes , combien que Charles, duc de Bourgogne, injustement depuis Teust usurpée, pour estre un vray réceptacle et refuge de larrons et toute nation sedicieuse , propre à susciter tous maux ; et fut remonstré au Roy qu'il feroit chose agréable à Dieu , proufitable aux hommes , mesmement à ses pauvres subjects, de suppediter et dompter ceste gent, et réduire à son propre ceste contrée , pour luy servir de boulevert et frontière. Toutes ces raisons ouyes et bien débattues, fut approuvé par tout le conseil estre le plus seur et certain d'ainsi l'exploiter et mettre à fin. Ce que deslors proposa de faire , et d'y employer toutes ses forces. Pour ce commanda son armée prendre le chemin droit àun chasteau nommé Roc de Mars (1), au long de la rivière de Mozelle, entre Theonville et Trêves, assis au pendant d'une montagne, en lieu naturellement et de soy assez fort, et les fortifications assez bonnes, mais non bastantes pour attendre la fureur d'un tel Roy, comme ils avoienteu opinion, estans au dessoubs la villette, bien commode pour toutes choses convenables, portant tiltre de vicomte; dedans lequel fut Êdt rapport au Roy qu'il y avoit grand nombre de gentilshommes , damoiselles , et autres voisins de réputation qui s'y estoient retirez, estimans que premièrement Theonville seroit assiégée, contre laquelle le Roy employeroit toutes ses forces, plustost que s*arrester à ce petit chasteau ; et s'il advenoit que Theonville fust emportée ou rendue, qu'ils seraient receuz à composition honneste : advenant autrement , presumoient estre assez forts pour attendre le premier choc, après seroient ouys à capituler. Au contraire, le conseil fut d'advis que valloit mieux s*addresser premièrement à ce chasteau, auquel on trouveroit promptement vivres et provisions pour rafraischissement de l'armée, adonc harassée et encore ennuyée de ce voyage, et là où feroient refus'de se rendre à la première semonce, que l'on donneroit le sac aux soldats, pour les encourager davantage à faire après leur devoir. Quanta aller promptement assiéger Theonville, très-forte et inexpugnable, que long temps y seroit consumé au siège , sans faire peult-estre chose d'ipaportance, et perdroit-on l'occasion et le temps d'exécuter autres délibérations plus certaines; et cependant que les autres villes et forts se renforceroient de toutes commoditez plus que Theonville, demeurant entre Metz et ce chasteau , lequel on répareroit : puis quand

<<) Rodemliach.

le Roy laisseroit bonne garnison, que seroit fort difficile aux ennemis de faire la recudllie de leurs biens, ayans de tous costez leurs ennemis , lesquels annuellement les pourroient empescher et grandement troubler : parqaoy seroit contrainte, maugré elle, peu après de se rendre i l'obéissance du Roy. Ceste opinion jugée qtii fut la plus expediente et certaine, l'on envoyasommer le chasteau de Roc de Mars; ceux de d^ dans feirent response qu'ils n'estoient pas encore prests à se rendre, pensans rartillerie n'estreâ prochaine qu'elle estoit ; laquelle j^romptement l'on feit approcher, et fut assiégé devers la moDtagne de six gros canons et deux grandes cookvrines, qui le battoient au long d'une grande muraille où n'y avoient qu'une grosse tour quarrée d'un flanc, et le portail qui servoit d'onaa* tre, et, entre la ville et le chasteau, fut dressée une batterie selon le bas, qui tiroit à une gro^ tour et un quanton de muraille. Si-tost qae rartillerie de dessus commença à donner, et qœ desjà elle esbranloît fort le hault de ceste tour.fi les défenses de la muraille, ceux de dedans voyans que c'estoit à bon escient, et qu'on ne leur donneroit le loisir d'estre ouys, sans tem* poriser guères, commencèrent à faire agnal de vouloir parlementer; mais les soldats qui estoieiil desjà en bataille prests à se lancer dedans , ayaid senti que ce butin leur estoit destiné, et se dootans que si l'on venoit à composition, qu'ils seroient frustrez du sac, quant et quant qu'ib entendirent qu'ils vouloient parlementer n^attefidirent une voilée de canon; mais, comme gens forcenez de grande furie, les uns s'allèrent jetter dedans les fossez creux et profonds de la hauteur de deux lances, toutesfois secs et sans eau , commençans à gravir et ramper au long de leurs picques : autres avec force fagots et bois allèrent mettre le feu à la porte ; dont ceux de dedans furent tant et en telle sorte estonnez, qne. sans faire autre résistance , s'allèrent cacher et enfermer, les uns aux chambres et greniers, te autres es caves et lieux secrets du chasteau. La fortune encore leur fut tant adverse et contraire, que noz soldats, mesmement ceux de renseigne du capitaine Villefranche, trouvèrent une poterne qui descendoit de la basse court dedans ledit fossé, laquelle soudain enfoncèrent, et; sans trouver résistance , montèrent à mont, et ce qu'ils trouvèrent à chaude colle (1) et fune première taillèrent en pièces , qui n'estoient en grand nombre ne personnes de valeur. Les autres qui estoient à la porte, entendans leurs compagnons dedans qui fourageoient desjà, pour

(I) Colère.

COMMENTAIBES DE FRAI>iÇOlS DE RABUT1N. [1552]

eo avoir leur part enfoncèrent et meirent les portes dedans, ainsi entrèrent à la foule. C*estoit après piteuse chose d'entendre les clameurs et espoavantables criz des misérables captifs, tant hommes que femmes, et ouyr les froissemens et ehamailliz des portes, fenestrcs et coffres que Doz soldats derompoient; Ton eust dit estre la forge de Yulcan. Le comte Reingrave , colonel des Allemans , de cecy adverti , qui ne pensoit ceste surprise advenir si promptement, à toute haste alla supplier très-humblement le Roy d'estre commandé aux soldats mettre fin à leur furie et cesser, remonstrant à Sa Majesté que la dame de ce chasteau estant là dedans avec autres dames et damoiselles du pays, estoit sa parente, à raison de quoy luy requeroit le don de ce chasteau. Ce que le Roy luy octroya libéralement, estant fort loyal et gentil seigneur estranger, qui a fait et continué ordinairement de grands services aux rois de France : parquoy y fat envoyé M. de Ghastillon pour faire retirer les soldats. Or, pourceque j'ay dit que ce chasteau sembla au conseil estre propre et commode à donner grands empeschemens à ceux de Theonville, le Roy laissa dedans une enseigne de Gascons du capitaine La Prade, et cent chevaux du capitaine La Sonnerie.

Puis estant traversée la rivière de Mozelle, le Roy et toute son armée alla camper au dessoubz d'une petite ville appellée Mont Sainct Jean, laquelle fut saccagée et bruslée, comme aussi furent Soulieuvre et beaucoup d'autres gros villages, es environs. Nous feismes en ce lieu quelque peu de sc^'our, durant lequel journellement estoient dressées diverses et braves escarmouches devant Theon ville, esquelles, tant les François que les Bourguignons, monstroient grandes cvidences et preuves de leur hardiesse et vaillance, sans toutesfois que nous ny eux y ayons perdu homme de renom dont j'aye ouy parler. Le commun bruit alors estoit [et croy que les ennemis le pensoient ainsi] que Theonville seroit assiégée ; mais le Roy et son conseil le proposoit autrement : car, sans y faire plus long séjour, au partir de là , passasmes à Estain , une petite ville de Lorraine à quatre lieues de Metz, et six ou sept de Verdun ; de là fut tourné visage soudainement pour reprendre le chemin de Banville, où jà estoit à Tentour M. Tadmiral d*Annebaut avec les légionnaires de Champagne, et trois ou quatre mille Suisses , deux ou trois mille chevaux tant des ordonnances que d'autre cavallerie, ayant empesché beaucoup de secours qu'on pouvoit dosner à ceste ville. Dedans estoit gouverneur le sieur de Marcy, gentil-homme de ce pays, bien ay mé et loué ; lequel , à ce qu'on dit ,

ne pensoit si promptement avoir tant grande besongne sur les bras, pour n'estre encore parfaitement pourveu de toutes choses qui luy eussent esté nécessaires au besoing : toutefois, à l'arrivée du camp, y plouvoient des canonnades aussi espessement que la gresle tombe du ciel , nous faisant penser qu'on ne les auroit à si bon marché qu'on les a eu depuis.

Ceste ville est en lieu plain et marcscageux , et raai-aisé à approcher par temps de pluyes et hyver; mais le temps estoit adonc fort propice aux François pour la grande sécheresse que faisolt, car c'estoit au solstice d'esté, que le soleil est en son plus haut degré, au signé de Cancer. Nous estimions estre dedans ceste ville près de deux mille hommes de pied, et environ trois ou quatre cens chevaux, desquels une partie estoit gentilshommes du pays , et le surplus chevaux légers et harquebusiers, que les François ont appelle depuis carabins. Ils feirent assez bravement leur devoir à sortir aux escarmouches, tant pour empescher que la ville ne fust recognue, que pour nuire aux approches, faisant leur artillerie fort bien son office, et grande exécution tant de soldats que de vastadours (t) : en fin ne peurent donner si bon ordre à leur affaire que Tartillerie ne fust assise jusques sur le bord de leurs fossez, à sçavoir, à l'endroict du chasteau et devers la prairie, sans une batterie qui estoit sur une petite montagne, de six grosses et grandes couleuvrines qui tiroient impétueusement aux défenses , dont estoit assez mal pourveué ceste ville, encore qu'elle fust toute neufve et bastie avec grand vouloir et délibération de la rendre imprenable. La batterie commença le quatorzième de juin, autant furieusement et soudainement que fut jamais ville canonnée. Le dimanche auparavant, feste de la Trinité, 1 2 de juin, le Roy estoit allé faire son entrée à Verdun, non si triomphante que les précédentes , pour les nécessitez ausquelles alors estoit réduite ceste grande cité, estant pleine de malades, et de toute manière de gens de l'armée françoise. Ce jour M. le cardinal de Lorraine luy donna à disner en l'evesché ; le soir le Roy retourna au coucher en son camp près de Banville, pour veoir commencer la batterie.

Jusques au seiziesme de ce mois , jour de la feste du Sacrement divin, dura ce merveilleux tonnere devant ceste ville, ayant fait deux brèches moyennement raisonnables , plus celle devers la rivière et le chasteau , mais non encore tant que le fossé ne fust plein d'eau, de la hauteur d*une pique, et y falloit monter plus d'une

(f) PioDuiers.

COMMENTAIRES DE F&ANÇOIS DE AABUTIN. [1552]

toyse et demie de haut ; tant y a que ne restoit plus qu'à donner Tassault , que les soldats françois, comme ils monstroient au visage, desiroient presque autant qu'un bon festin, quand ceux de dedans se rendirent au bon plaisir du Roy ; ce que ne peurent autrement modérer, estant hors d'espérance d'avoir secours de leur prince. Le bon plaisir du Roy fut que les chefs et principaux demeureroient prisonniers, les soldats sortiroient un baston blanc au poing avec liberté de se retirer où bon leur sembleroit; quant aux biens et meubles qui demeuroient dedans la ville, en seroit disposé à la discrétion de Sa Majesté. Depuis il donna le tout à M. de Chastillon, réservé rartillerie; dont les soldats commencèrent desjà à murmurer. Ce que fut parachevé en moins de quinze Jours, sans y avoir perte d'homme de renom , que du capitaine Ville- Franche, lequel y fut fort blessé d'une mousquetade, dont depuis mourut dedans ceste ville de laquelle luy avoit esté donné le gouvernement ; duquel fut grand dommage, estant vieil capitaine, hardy et expérimenté. Sa compagnie fut donnée au capitaine Breul, gentilhomme du duché de Bourgongne , vertueux et vaillant, auparavant lieutenant de la compagnie du capitaine Salsede.

En ce lieu le prince de Saleme , grand seigneur du royaume de Naples, vint offrir son service au Roy, ayant eu quelque mauvais traitement et injure de l'empereur ; lequel Sa Majesté accepta humainement, Tasseurant de toute ayde et faveur, ainsi que depuis a esté cogneu luy avoir esté observé et tenu. Or de là mesme, un peu auparavant Ton avoit fait partir un nombre de fanterie avec quelque cavallerie , tant pour efforcer Vireton et rompre les forts des environs, que pour sommer et recognoistre Montmedy, où, en l'escarmouche faite au devant, fut tué le jeune Estauges, gentilhomme bien plainct et regretté. Le seigneur Saincte Marie, qui estoit dedans gouverneur et capitaine, feit response au herault d'armes qu'il n'estoit encore prest à se rendre; mais quand il auroit veu ce que ceux d'Yvoy feroient il adviseroit du meilleur. Quant à estre recogneuê, on trouva qu'à la fin elle pourroit estre prise, mais non si facilement que n'y fallust employer du temps et des frais ; et, n'estant place de si grande conséquence comme Yvoy , laquelle cependant qu'on s'amuseroit à ce petit lieu se pourroit de toutes choses renforcer, fût ad visé de temporiser quelque peu , ou pour le mieux d'inventer autre ruse pour la surprendre à plus petite despense.

Le comte Mansfel, lieutenant-general pour l'Empereur, et gouverneur au duché de Luxem-

bourg, craignant d'estre surpris en lieu foibie. voyant les affaires de son maistre ainsi mal aller, ne pouvant toutesfois pour son honneur au besoing quitter ceste charge, pour faire cognoistre qu'il estoit bon serviteur, s'estoit enfermé dedacs Yvoy , où jà estoit le seigneur de Strindiant, gouverneur de la ville, que ceux de ce pays est!moientune forteresse tenable pour résister contre la puissance humaine ; pour ce, tout le platpa\s y avoit remis le but de toute son espérance, et la pluspart de tous les gentilshommes et leun biens y estoient receus. Si-tost que fut sceu qot le chef s'y estoit enclos, M. le connestable } envoya les compagnies de messeigneurs de Ne vers, mareschal de Sedan, et du seigneur de La Roche du Maine, quelque cavallerie légère, et environ deux mille hommes de pied, pour envelopper la ville, fermer le passage, et oster la liberté de plus entrer ou sortir. Tost après toute Tannée suivit, et fut ceste ville enceincte de tous costez. Ils ne furent si prodigues de leurs munitions i Tarrivée de nostre camp comme ceux de Ihnville, et ne tiroient coup d'artillerie qu*aveco^ casion, et où pensoient estre de portée; dèpirtans leurs provisions avec pois et mesure, p^Kir le grand désir et bonne affection qu'ils avoiei de se défendre et soustenir le siège le plus Iod: temps que leur seroit possible, voire Jusqoesai terme que presumoit l'Empereur les pouvoir secourir ; et croy fermement qu'ils eussent tiit opiniastres jusques au bout, si la volonté de toos eust esté semblable à celle du chef et de beaucoup d'autres qui estoient dedans. Mais toutairs que l'homme est l'animal le plus eminent et parfait, sur tous aussi est-il le plus difficile à estre cogneu, je dis quant à sa volonté et malice, ca; il lapeutfaindre et diversifier; toute autre besU irraisonnable communément est poulsée et coqduite selon son naturel. La ville d'Yvoy est as pied d'une montagne assez prochaine et qui !qy nuyt fort ; de l'autre costé, a la prairie et plaine fort large et spacieuse, au long de laquelle descend une petite rivière qui se nomme Chesse, qui vient devers Dan ville, qui s'enfle toatefob davantage près de là, à cause de plusieurs petits ruisseaux qui entrent dedans elle, et s'assemble à Meuse près de Sedan, faisant moudre des moulins joignant les murailles d'iceile ville.

Dedans on disoit estre près de trois miik hommes de pied, desquels la pluspart estoit AI* lemans, Clevois et Gueldrois honunes qui Q*oat accoustumé de porter longue faim on soif » et oc sçavcnt que c'est d'estre estroitement qArota et s'assubjectir à une extresme neeessité. Le reste estoit des gens du territoire, la compagnie du comte Mansfel, de cent hommes d'annes.

COMMSNTAIBES DE FEAItÇOIS DE RABUTIN. [1552]

avec environ cinq cens chevaux , tant des gentilshommes voisins que de ces carabins et harquebusiers. Au commencement feirent bravement leur devoir à sortir et escarmoucher, et dounoient à cognoistre leur delil)ération résolue de bien défendre leur partie de mieux en mieux. Ils ne faisoient gueres sorties sabs exécuter quelque bonne chose, et emmener des François prisonniers, ou en rendrîB des morts ou bien malades; aucunefois autant en advenoit d'eux. Et pour dire la vérité, ils feirent de grands et vertueux efforts , tant par hommes que avec leur artillerie, pour divertir et empescher d^approcber la nostre de leurs murailles si près qu'elle fat, par la grande diligence et très-bonne conduite du seigneur d'Estrée, estant posée en deux endroits jusques sur la douve de leurs fossez^ à scavoir : du costé de Mouson , contre un petit canton de muraille qui seul avoit demeuré à estre remparé la longueur d'environ deux toises, près dun portail neuf, où n'a voit guères bons flancs; et, un peu au dessus, qui baltoit en biaisant, à cette mesme place, plus fort qu'en autre lieu, où elle feit un petit pertuis. Dessus la montagne on avoit mis les six grandes coulevrines, qui tiroient à plomb dedans presque toutes les rues, le long des courtines, droit au doz de ceux qui eussent voulu défendre la bresche : avec une tant admirable terrestre et terrible furie foudroyoit toute celle artillerie, qu^on eust dit que tout devoit abismer. Quand ces AUemans entendirent ceste estrange feste qu'on leur sonnoit, et veirent qu'il ne leur estoit loisible de se pourmener sur le pavé sans estre esmouchez bien souvent si près des oreilles que le poil y demeuroit , le cueur leur commença à défaillir, et jugèrent impossible de pouvoir davantage ne défendre. Pour <%, d'an commun accord, s'assemblèrent soubs la halle, sans se préparer pour combattre ne faire semblant de vouloir taster d'un assault ; et non seulement eux, mais d'autres les plus braves qui fussent là dedans, avoient faute de courage, comme depuis a esté sceu par aucuns prisonniers. Conû)ien que quelque grande foudre et violence qu'eust sceu &ire nostre artillerie , si n'avoit elle fait ouverture si grande en toutes les deux bresches, où 11 y eust peu entrer quinze hommes de front, sans les trabuchets et artifices qu'ils pouvoient appareiller pour repoulser les s^llans. C'estoit donc le moins qu'ils eussent sceu flaire que de soustenir un assault ; et en cela on peut de plus en plus cognoistre les merveilles ctestrangesjugemens du tout puissant et superael dominateur, lequel avoit réservé ceste gent ouirecuidée pour estre domptée par un roy tres- Arestien, et défenseur de sa foy.

Le comte Mansfel ayant les armes sur le doz, et prest à se présenter le premier à l'assault, commença à harenguer et admonester ses Allemans, disant qu'il estoit temps de monstrer le devoir et service qu'ils vouloient faire à la Cesarée Majesté, en leur remonstrant que facilement, et sans danger de leurs personnes , pouvoient repoulser vigoureusement les François, estant la nation germanique d'inunortelle réputation ; leur remettant devant les yeux plusieurs beaux exemples de la vertu de leurs prédécesseurs avec autres propos pour les animer et solliciter à bien faire leur devoir^ Toutefois il ne sceut si bien dire qu'ils y voulussent mordre, et pour conclusion luy fut dit qu'il en deliberast comme bon luy sembleroit ; mais que si les François le combattoient par devant, ils le deCferoient par derrière. Dont il se trouva merveilleusement estonné et esbahy, car ils estoient les plus forts là dedans, et ne sçavoit plus qu'y penser ne donner remède, qu'avec grandes exclamations maugréer sa vie et détester son malheur, disant entre autres protestations : « Or, Bleu et les hommes me soient tesmoings si c'est par ma faute que ceste forte ville soit ainsi perdue ! » Puis, s'adressant à un gentilhomme françois qui estoit làdedans prisonnier, luy dit : « Mon gentilhomme, je veux que vous soyez maintenant en liberté , à fin que soyez tesmoing de ceste infidélité et défenseur de mon honneur et innocence, quand vous oyrez parler de ceste lascheté. • Ainsi avec les grosses larmes aux yeux , passionné de véhémente douleur , se retira en son logis. Alors le seigneur de Strinchant et d'autres feirent monter un trompette sur un petit torrion (1) du costé des tranchées, qui demanda pour tes assiégez à parlementer avec M. le connestable, ce que leur fut accordé. Tost après sortit ledit Strinchant, accompagné de trois ou quatre, pour capituler et traicter de leur reddition , que ne peurent autrement impetrer qu'avec le bon plaisir du Roy, presque semblable à l'accord de ceux de Banville, à sçavolr que lesdits comte et Strinchant, avec les principaux qui estoient làdedans , demeurerolent prisonniers , les soldats sortiroient un baston blanc au poing , pour se retirer à leur volonté, et de tous leurs biens qui estoient leans, qu'il en disposeroit selon sa clémence; lesquels depuis furent donnez à M. le connestable, qui les départit à sa compagnie et à celle de M. de Montmorency son fils ; dont les soldats des vieilles bandes se mutinèrent couvertement, et dès-lors commencèrent à se rompre et àsecretement abandonner leurs enseignes.

(f) Petite tour.

COHMENTAIBBS BB FBANÇOIS BB BÀBUTIN. [1552]

En ceste ville fat trouvée assez grande quantité de forts et beaux chevaux, de belles armes, et diverses bardes de bonne estoffe et riche prix. Je vous laisse à penser quel dueil et desplaisir receut le comte Mansfel, quand on luy manda de sortir pour se rendre avec les autres prisonniers au logis de M. le conuestable ; certainement ce grand seigneur, lieutenant d'un empereur, estoit atteint au vif de grand regret et tristesse, se voyant si bas et atténué de sa hautesse et préminence, ce que son visage demonstroit assez , lorsqu'il addressa sa parolle et harengue fort élégante et.bonneste [tel est il estimé à raison des lettres, scavoir et vertus, desquelles son magnanime cueur est proveu] à ce lieutenant de roy, que peu d^hommes ont peu retenir ; tant y a qu'elle tendoit aux fins de s'excuser et descharger de ceste trop légère reddition d'une ville si forte et defensable. Cela fait , il fut amené avec le reste des autres prisonniers à Paris. Telle fut rissue et reddition de la forte ville d'Yvoy, le vingt troisiesme de Juing, sans y estre tuez devant, hommes de réputation, qu'un gentilhomme nommé le seigneur de Haultefort, parent du seigneur de La Faitte (1), qui fut dès le commencement fort blessé en une escarmouche , et emmené prisonnier dedans la ville , et depuis avec seurté et response renvoyé au camp, où il mourut.

Tost après ceste reddition, on envoya de rechef sommer Montmedy avec grands bruits de trompettes et charrois, faisans démonstration de la venue du camp. Le capitaine Saincte-Marie, et ceux qui estoient dedans, ne se sentans cstre plus forts que ceux d'Yvoy, sans espérer d'estre secourus , se rendirent vies et bagues sauves , réservé l'artillerie. Ainsi quittèrent la place sans coup frapper.

Ces trois villes, Banville, Yvoy, Montmedy et Luxembourg, et la pluspart du duché, avoient esté une autre fois prises par feu de bonne mémoire Charles, troisiesme fils du roy François, et duc d'Orléans , et depuis rendues par un appointement fait entre l'Empereur et le Roy : mais elles n'estoient adonc si fortes ne remparées de telle façon comme à présent : car Banville n'estoit alors qu'une bourgade , et fut presque toute brusiée et ruinée , et depuis a esté nouvellement bastie , selon les modernes fortifications, avec boulleverts , bastions, plates formes, autant belles et defensables qu'est possible d'en veoir ; les remparts larges et hauts , et d'aussi bon oonroy (2) qu'on en pourroit trouver;

(1) De U Fayeile.

(2) D'aussi bonne disposition.

le tout revestu de muraillen de bonne matière et estoffe. Quant à Yvoy, vray est qu'elle estoit desjà si forte, qu'elle ne fat prise d*assault, et n'y fut fait bresche capable pour la forcer ; aios le capitaine Guelphes ayant inventé ^ lajmesme foi^é une quantité de mortiers qui d^ chargeoient de ceste montagne divers gros boulets , les estonna et espouvanta tellement de ces estranges machines , que Gilles de Levant , premier chef là-dedans pour l'Empereur, se rendit avec la paction faite et accordée pour Iny et ses gens plus honnorablement , vies et bagues sauves, enseignes desployées , avec quelque artillerie, encore que ce fust un forgeron et contadin eslevé en cest honneur par savalleurethardiesse. Et n'estoit pour lors si fortifiée que maintenant quand nous l'avons assiégée , estant très-bien renforcée , mesmementpar une plate forme cpe les Impériaux avoient fait bastir en ce lien ou elle fut offensée ; qui me fait esbahir grandement comme ce comte, un autre César, is» d'une des meilleures et des plus anciennes maisons d'Allemagne , n'avoit dès le commencement mieux preveu aux nécessitez et deffaults de ceste clef et forteresse, et ne s'accompagnoit d'hommes fidèles et certains , forts à tout labeur, avant que succomber à telle nécessité ; ou , siia breveté et importunité du temps et autresaffaires ne Tauroient permis , comment tant légèrement il s'alla précipiter et Jetter là-dedans* pour en sortir à si petit honneur et défense : qui sera un bel exemple aux chefs des villes qui , inconsiderément et par propre volonté, demandent et appetent telles grandes charges; et quand ils voyent les dangers sur leurs testes prests à tomber, sont ceux qui les accidents allèguent poor excuses, quand n'est pas temps; car plostost qu'entreprendre si pesant fais faudroit le soulever , Tassayer , excogiter et contrq^enser les affaires encore plus grandes qu'elles ne semonstrent, Jaçoit que nous ne devons vouloir estre advenu autrement, pour la belle et proufitable conqueste que nostre prince en a fait , estans ces deux villes sur toutes autres pemicienseset dommageables à ses pauvres subjects; lesquelles de rechef encore mieux a améliorées de tontes fortifications et artificielles conmioditez : donnant le gouvernement de Banville au sleor de Rabaudanges par la mort du capitaine Vill^ Franche, avec quatre enseignes de fanterie, et deux cens, tant de chevaux-legers qu'barqoebusiers, pour la garnison ordinaire. Le gouverne ment d'Yvoy premièrement fiit donné au sienrde Blaineau , et depuis au sieur de Hauloourt ,avec pareil nombre de soldats; celuy de Mcmtmedy au capitaine Baron, Parisien, soldat de soDJenoe

COMMSNTAIBSS de FRANÇOIS DE RABUttlI. [i^^i]

aage , noorry et eslevé en la guerre , avec trois enseignes de gens de pied et cent chevaux, pour la garde et garnison.

DaraDt le siège d'Yvoy, M. le marescha! de Sedan (1), vray héritier de la maison de la Mardie, pour ne laisser glisser et perdre une si propre occasion que fortune luy presentoit de recouvrer son duché de Bouillon , de long temps qtierellé par ses prédécesseurs, sur lesquels on ditTEmpereur, à Fadveu de Tevesque de Liège , à faux tiltres Tavoir injustement usurpé , supplia le Roy luy donner secours et ayde pour s'efforcer à le reprendre : ce que Sa Majesté ne luy voulut denier, estans ceux de ceste maison de long temps fidèles serviteurs de France , en quoy mieux persévère ce gentil et>/aillant sieur. Pourtant furent ordonnez pour son secours le sieur de Jours , colonel des légionnaires de Champagne, et quelques autres compagnies, au nombre de deux à trois mille hommes de pied , avec sa compagnie , et douze ou quinze cens chevaux , et cinq ou six pièces de grosse et moyenne artillerie. Avec tant peu d*armée alla planter le siège devant ce chasteau (3) très-fort , et plus que beaucoup de personnes ne le pourroient croire ny estimer s'ils ne Tavoient veu , comme pourrez entendre par ceste description :

C'est un rocher haut et droict , sortant d'une montagne à laquelle Je pense qu'autrefois estolt assemblé; mais par ceux qui édifièrent premièrement, et depuis encore plus en a esté séparé et divisé par une fosse large et creuse environ de cent cinquante pas en diamètre , cavée et adaptée au ciseau et marteau avec grand laideur, en la plaine et circonférence duquel est entaillée la meilleure part du chasteau dedans la roche vive , avec pareil artifice en forme presque ovale et barlongue, ayant du costé de celle fo6se une plate forme haute et eslevée, qui descouvre presque Tune des montagnes, au pied de laquelle est un petit boullevert ou casemate, bien percée à propos pour garder d'approcher pr^ de ce costé , ny asseoir machines ; à l'autre bout est le portail qui sort dehors , de chacun costé, de douze à quinze pieds , avec les lumières ou canonnières pour défendre les flancs, servans pareillement de plate forme. En la conca- ^ et au dedans est un corps de logis à l'antique, en quadrature de pavillon ^ couvert d'ardoises; au-dessoubs sont les caves voultées, entaillées dans le roc mesme , avec un puits fort c^eux,de quatre viogtou cent brasses profond,

(1) Le maréchal de La Marck.

(2) Le cfaâteao de BoaiUoo.

(^ Dédriré, €'es(4-dlre ruiné.

ayant la source d'une eau autant bonne et fresche qu'est possible de trouver. Au surplus , ce chasteau est percé tant à propos , qu'un poulet ne s'y pourroit descouvrir sans estre emporté et attaint. Il estoit gamy d'artillerie et de munitions pour un long temps , ayant un seul accez , encore bien estroit et mal-aisé , inaccessible par tous les autres costez. Au-déssoubs est le bourg , qui souloit estre ville , mais tant derompu et dessiré (3) par les guerres , qu'il est presque inhabité, où decourt un torrent appelé Semoys , avec grand bruit, qui vient devers Montmedy, lequel , par les neiges et pluyes hyvemalles, quelquefois devient fort Impétueux. Par un costé est couvert d'une autre montagne pleine de bois et rochers raboteux et si aspres, qu'est presque impossible d'y résider ne l'endommager decette part loingtaine à la portée du canon. Les autres lieux sont vallées fort basses et profondes.

Sans avoir esgard à toutes ces choses, ou pour son bon droit se confiant à l'aide du supemel Juge Juste et équitable, par intelligence ou pour tenter la fortune , M. le mareschal le vint assiéger ; et pour demonstrer sa petite armée plus grosse qu'elle n'estoît, plusieurs fois faisoit passer et repasser par un mesme lieu les compagnies de cheval et de pied, afin que ceux de dedans , voyans tant grand nombre de enseignes , pensassent que ce fust toute l'armée françoise. Peu après feit affûter son artillerie sur la crope de ceste mesme montagne , au lieu le plus prest, commode etbatable que fut choisy, mais encore tant mal aisément , qu'avec gros chables falloit retenir les pièces qu'elles ne roulassent du hault en bas ; desquelles ne fut Jamais tiré six volées, ayant seulement egratigné le dessus de la muraille, avec si peu d'apparence de bresche que rien moins, quand le capitaine de ce chasteau, bastard de la maison de Haurion , rqputée des plus anciennes de cette contrée , demanda à parlementer ; et peult-on penser quHl ne le sceut sitost demander que encore plustost fut ouy. Il requeroit beaucoup de conditions avant que sortir, que peu serviroient à estre recitées; enfin luy fût accordé que , si dedans trois Jours ne luy venoit secours, qu'U rendrait la place, vies et bagues sauves, réservé l'artillerie et autres munitions qui estoient dedans. Parquoy donna son fils en hostage à M. le mareschal. Lc^ trais Jours finis, il sortit avec ses compagnons. Depuis, M. le mareschal et autres seigneurs et capitaines se sont esmerveillez du foible courage de ces Liégeois , ayans quitté et rendu ceste place inexpugnable à si petite occasion, confessant luymesme qu'à peine l'eust creu ne pensé, et ce qu'avoit entrepris avoit esté fait à l'adventure.

COMHENTAialS DE FBANÇOIS DB HABUTtlT. {1552]

Le capitaine aussi de ce chasteau^ pour son loyer et rétribution, a eu la teste tranchée : qu'est pour tousjours confirmer mon dire , ceste punition leur advenir, et la victoire estre concédée au Roy, par permission divine. Par la reddition de ce chasteau, advenue le dernier Jour parachevant les trente ans que ce duché avoit esté usurpé et occupé, M. le mareschal recouvra presque tout le surplus qui estoit concernant et appartenant audit duché, estans bourgs, villages et quelques petits forts , non de grande résistance et difficile oppugnation; en laquelle ayant estably le sieur des Avelles , gentilhomme de ses plus cognuz , capitaine , logé et mis bonne et seure garde , tourna joyeux trouver le Boy qui estoit à Sedan , se retrouvant Sa Majesté un peu mal, tant pour les fatigues de ces guerres que pour les grandes et extraordinaires chaleurs de ceste saison , comme estoit advenu à plusieurs grands seigneurs , gentilshommes et autres ayans fait ce voyage , qui estoient contraints de se retirer aux villes prochaines pour recouvrer santé. Cependant M. le connestable, avec Tavantgarde et meilleure partie de Tarmée, gaignoit tousjours le devant , tirant droit à Cimets (1) , tant pour suivre la victoire que pour Tenvie qu'on avoit de rencontrer Tarmée de ceste reyne de Hongrie , faisant merveilles et choses estranges en la Picardie, comme le bruit continuoit; laquelle toutefois s'esvanouyt en peu d'heure, selon sa coustume , ayant senti le vent de ceste venue. Neantmoins fut continué le chemin conclud droit à CImetz. Peu de Jours ensuyvans, le supemel Tout- Puissant , non-seulement restitua la santé au Roy, mais luy demonstrant par seure évidence qu'avec sa colone et force il combattoit : estant mort le sieur de Lûmes , sans savoir véritablement comment, ne par quel accident ou par maladie, ou, comme disoient quelques-ans ) par Tesclat d'une pièce d'artillerie qu'il faisoit essayer, ou , ainsi que d'autres semoient le bruit , par effusion de tout son sang, ayant mis son pied en Teauë, ceux ausquels escheoit la succession de ce chasteau , et un nonmié Menrebargue , qui le gardoit pour le parti impérial , le rendirent à la merci et clémence du Roy, entre les mains du sieur de Vieilleville, lieutenant de la compagnie de M. le mareschal de Sainct- André, qui les traita assez humainement ; peu après ont esté sapez et renversez les forts de ce chasteau , ne restant que le donjon I que la Mcyesté royale, avec partie de

(I) Ghimay.

W Le dacde ^eien, comte de Rethelois.

(S) ttaraudeors auxquels ona?oit coupé les oreilles.

la confiscation de ce rebelle vassal , âoDBi I M. le duc de Nivemois et comte de Rhetois ,2j, et l'autre à un gentilhomme firançois , dit lesd* gneur de Gonflant, ayant espoosé la nicpee et vraye héritière dudit seigneur.

Le chasteau de Lûmes est assis au pied d'au montagne, comme sont presque toutes lesplaes fortes : de ce costé-là est le bord de la rivière à Meuse ; de l'autre part a la prairie large de b portée d'une couleuvrine, et d'estendueenloogueur de plus de dix iieuês, estant d'un bn mille proche de Mezieres , à laquelle a Met faisoit souvent beaucoup d'ennuis, mesmementau fauxbourgs de deçà Meuse , pource que le slrar de ce chasteau disoit y avoir aucuns droicts seigneuriaux ; en sorte que par temps de guerre ceu qui y demeuroient n'y eussent osé coucher setrement ny laisser meubles d'importanee , poor la crainte de ceux du chasteau , qui traversoieot la rivière à bateaux et de nuict leur venoieat donner innumerables alarmes , ravisgaos cv qu'ils trou voient de bon : et non-seulement à eest endroict estoit fort dommageable aux François, mais presque à tout le long de ceste lisière, ev tant un vray magazin et boutique de bannis 4 essoreillez (s) de France, qui sçaT(rientles d» troits et passages pour servir de guides et espioi en temps de division aux ennemis. Pourtant k feu roy François , pensant l'avoir sans eanoo. ] avoit vis-à-vis de la porte fait bastir un bloeiit qui ne feit autre chose que despense et fraii, pource que mauvais ordre y regnolt. Le sàgom de leans avoit esté nourri page en la maison à Roy ; depuis , par un temps , sa place et fcrth resse avoit tenu le party de France ; mais par bi despit rompit sa foy et tourna sa robbe ym prendre la ciroix rouge , et y a persévéré jusque à la mort, combien que ce chasteau ne se»ll trouvé tant fbrt et defensable que le coauon bruit le tenoit ; car, avec ce qu'il estoit batsH^ et subject à estre miné aisément , par dedans oi a trouvé beaucoup de foutes: entre autresyaTos si peu d'espace entre le rempart de la besK-coorf et la muraille du donjon , qu'il estoit impossâle d*y mettre soldats ny artifices pour défendre m bresche ; davantage les plates formes estoient (t\ levées en Tair sur pieées de bois et piliers: aind donc, sans plus grieâ tourmens, fût rendis ceste forteresse au Roy.

Toutes ces choses fUrent exécutées heoiefAment par les François dedans tout le mois de juing et sur tout le commencement de juillets que le Roy, ayant recouvert santé, délibéra r^ prendre le chemin pour retrouver son anxkf . constituant M. le duc de Nivemois son lieutr nant-general au gouvernement de 06 qii*il a«<st

COMMBNtAlllBS BB PfiANÇOiS bB BÀBUTIN. [I552j

coiM{iiiB au duchéde Loxembotirg. M. de Nevers incontiDent après délibéra de retourtier devers Roc de Mars, pour le remunir et renforcer, tant de vivres que de toutes choses nécessaires , et pour faire le degast et récolte de la moisson à rentoor de Theonville, accompagné des forces de gendarmerie, de sa compagnie, celle de M. le duc de Bouillon , des seigneurs de Jametz , de Bordillon etde La Roche du Maine, environ sept oa huict compagnies de cavalerie légère et harquebusiers à cheval , et vingt enseignes de fànterie, tant de la légion de Champagne qu'autres. A ceste cause , ainsi accompagné au partir de Sedan, il retourna passer à Yvoy et Banville ; de là, suivant toute la frontière et visitant toutes les places fortes , alla descendre Jusques au des-

petite perte des nostres, se retirèrent devers la ville, non sans estre suivis jusques assez près des portes. Nous nous retirasmes aussi, mais non sans avoir maintes canonnades , avec perte de quelques chevaux et peu d'hommes. Le leodemain M. de Bordillon avec sa compagnie et autres, tant de cavallerie légère que de gens de pied, parfeit le semblable voyage pour la conduite d'autres vivres , qui furent aussi menez audit Roc de Mars ; et sans grands empeschemens furent les soldats françois qui estoient dedans rafreschis de tout ce quUl leur estoit besoing. Apres le degast des bleds et fburrages qu'il fu&t possible de faire es environs de Tbeonville, et avoir donné assez de temps et moyen à ceux de Metz de recueillir les leurs , sur la fin

soubsde Metz, en un Village appelle le Pont de du mois de Juillet , Monsieur (t) avec son petit

Richerttont, à deux lieues de Theonville, h trois de Metz. S'estant là parqué et fiBiit amasser toutes (irovisions, tant de vivres quede charrois, le Jour ensuivant , y estant en personne avec sa compagnie et quelques autres , tant de cavallerie légère que de gens de pied, en fîeit conduire une partie , mesmement grand nombre de chairs salées, vinaigre , seel et poudres, devers Roc de Mars; et parce qu'il estoit force de passer près de Theonville , le seigneur de Chambourg , qui en estoit adonc gouverneur, et beaucoup de bra^ ves hommes de la garnison , eussent esté bien marris s'ils n'eussent fhit cognoistre quelque chose de leur bonne volonté à nous venir veoir : poortant avoient-ils mis une embuscade assez près du lieu où nous devions passer , non point poor donner en teste , n'estant assez forts , mais pour serrer la queue à ceux qui demeureroient derrière ; ce qu'advint , car un homme d'armes de la compagnie de M. de Nevers, nommé le seigneur de Chevenon, estant demeuré esloigné de la troupe par accident ou par autre grande affaire, tira droit à quelques arbres, et où il voyoit certain nombre d'hommes vestuz de rouge et de presque semblable pareure que la sienne, ne cognoissant de loing la différence des croix ny escharpes, desquelles il approcha si près , qu'il se trouva enveloppé d'eux de tous costez : toutefois, estant homme vaillant, de bon cueuret bien à cheval , adverty qu'il luy estoit besoing alors de s'ayder de tous ses membres s'il ne vouloit de-

camp se leva du Pont de Richemont et se retira devers Metz , attendant autres nouvelles. Bientost après , en ce lieu ayant sceu que le Roy avoit rompu le sien des Pays-Bas , se retira du costé de Champagne , vers Ghaalons.

Pour retourner dire ce que exploita l'armée françoise depuis nostre département , le Roy , ayans prins congé de la Royne, partit de Sedan pour aller trouver M. le connestable , qui s'estoit arrest^ avec une grande partie de l'armée à l'entour d'un fort chasteau appelle Trelon , qui est à un grand seigneur de ces Pays-Bas , parent du comte d'Aramberg , dit Barbanson [sçachant l'armée de la royne de Hongrie estre rompue et esvanouye] , tant pource qu'on luy avoit rapporté ce chasteau estre garni de grand nombre de soldats ennemis, faisans maintes destrousses et volleries sur les François, que pour les grands biens et munitions desquelles l'on disoit estre muni et prouveu , avec ce qu'il avoit osé attendre le canon , encore qu'il fust moins fort que d'autres places qu'on avoit subjuguées auparavant. Ceux qui estoient dedans, estans comme personnes désespérées, souhaitans autant la mort que la vie , au commencement feirent grand semblant de se mettre , à leur possible , en devoir de tenir bon; mais enfin furent efforcez de furie , et la pluspart taillez en pièces, les forts aussi de ce chasteau sapez et ruez jus (2) , et le tout mis à désolation. Autant en fut fait d'un autre chasteau prochain de la , appelle

meurer pour le passeport , feit si grand devoir Glaion, qui est à un grand seigneur de ces Pays-

et preuve de sa gentille petite personne , qu'il se meit hors de leurs mains sans estre blessé que d*ane dragée de pistollet dedans la main, combien qu'en eussent esté deschargées sur luy plus d'une douzaine , dont son cheval fut attaint dedans la cervelle , et peu après en mourut. Ainsi estant eschappé, et les ennemis descouverts à

Bas.

Or, pour contenter les vieilles enseignes, on les avoit fait passer deux lieues plus avant , Jus-

(1) RaboUo , étant attaché au duc de Nevers , le désigne souvent ainsi.

(2) Jetés à bas.

GOMMBNTÀIBES DE FRANÇOIS DE RÂBUTIN. [l553]

ques à une petite ville nommée Cimetz j qai est au duc d'Ascot (1)^ ville autant ennemie des François que possible estoit , et où se retiroit plus de mauvais peuple qu'en lieu de toutes les Ardennes ; pourtant on avoit grand désir de la ruiner. Donc , y estans arrivées toutes les compagnies tant de cheval que de pied , avec artillerie, fut ceste ville sommée, pour estre gardée et défendue seulement d'aucuns soldats et autres fugitife , et que les plus apparèns habibitanss'estoient retirez avec le meilleur de leurs biens , tant es forts des Ardennes que es Pays- Bas: n'y voulurent premièrement entendre, sçachans bien , quoy quMIs accordassent , qu'ils seroient saccagez ; parquoy se préparèrent à se défendre, et fallut que rartillerie tirast à })on escient , et y feit bresche , sans toutefois pour cela qu'ils voulussent se rendre : à la fin , ayans veu Fouverture, et ne se sentans plus en puissance de tenir la ville, la quittèrent, et en diligence se retirèrent , avec ce qu'ils peurent traîner et emporter, dedans le chasteau. Ainsi les soldats françois entrèrent à la fouUe là-dedans, et la saccagèrent de tout ce qu'ils peurent ravir, qui n'estoit butin de grande estimation. Apres fut question d'avoir le chasteau^ et fut sommé par deux ou trois fois sans vouloir dire mot , tant que de rechef fallut que le canon en parlast/donnant du costé de la grosse tour. Or enfin le capitaine du chasteau, voyant la bresche qui commençoit fort à s'ouvrir, se déclaira, demandant à parlementer ; et sur le propos de la composition , la pluspart des soldats françois gaignerent le grand portail à si graùde fouile, que de la presse s'estouffoient l'un l'autre; les autres gravirent et entrèrent par divers endroits. Et de cette façon,

(i) D'Arschot.

à froide et petite résistance , furent suipris la ville et le chasteau de Cimetz , dont estans maistres les François, se hastoient et diligeotoieot tant à fouiller et chercher les biens de ces dur* rables Bourguignons, que dedans la voulted'o» des tours du chasteau où ils avoient retiré ks pouldres à canon , furent bruslez et rostis pin de cent ou six vingt soldats françois, où mmesmes sans penser avoient mis le feu. Le tost ayant esté bien recherché et revisité , le fea k mis par toute la ville , dedans le chasteau, et grand nombre de prisonniers prins et ramenei, estant toutefois demeuré prisonnier le capitai» de leans à un capitaine françois , à qui il stM rendu.

Geste cruelle exécution meit les BoorgoigDOBf en telle frayeur, que les hommes et femmes, petits et grands , fuyoient de toutes parts pour etiter la fureur des François » estant le bruit psrtout qu'on alloit assiéger Avanes, où Jà plosieDi) fois avoient esté dressées maintes escarmoQcka par nostre cavallerie légère. Et ose bien dire qK l'assiete de ceste forte ville avoit Jà esté rmneue pour trouver moyen de l'emporter; ceqw je croy qu'on eust fait si les pluyes ne tmà survenues par trop abondamment ; aussi qiif nostre camp diminuoit journellement, àraisoi de beaucoup de nos soldats qui tomboientnultJ des d'heure en heure pour le long travail p^K^ dent, et que d'autres, ennuyez de la fatigue,* chargez de proyes , se departoient, tant secrettement qu'avec congé. A ceste cause fut msx^ ceste entreprise à autre temps , etprislechemiii à Estrée au Pont ; et là , sur la fin du mmsiie juillet encestan, fut départie toute l'année pour la mettre es garnisons^ en attendant ce que fc* roit l'ennemy.

UVRE QUATRŒSME.

De ce qui s'est fidt eo Lorraine deyant la poissante dté de Metz et pays de Picardie * tant par l'armée de l'Empereur que oelle du Roy» en l'an 1552.

|1562.] Le Roy , comme j*ay disooura , fut eontraint de rompre son camp dès la fin du mois de julUet , tant pour les grandes maladies qui y sonrenoient, causées des non accoustumées chaleurs précédentes , que pour l'abondance des pluyes, qui commençoient desjà à tomber en ces pays occidentaux et froids ; et voyant son armée journellem^it se desfaire, pour la rafreschir et soulager , la feit mettre et départir es garnisons, avec estroites défenses ^ tant à la gendarmerie que fanterie , de n'en départir et s'absenter, se doutant que l'Empereur, prince de grand cneor, ne laisseroit passer le surplus de ceste année sans , en quelque sorte que ce fùst , tenter tous moyens pour avoir sa revanche. Mais, nonobstant ceste ordonnance , la pluspart des soldats ne tindrent aucune garnison, et n'y eut ordre <rie, pour reveoir leurs femmes et enfans, aucuns à toute haste ne gaignassent leurs domicilies ; les antres pour se remonter et remettre en équipage , eeux principalement qui avoient fait pertes en ce ▼oyage ; et ceux qui avoient amassé butins, pour les rendre et conduire en leurs maisons. Aucuns aussi estans malades s'efforçoient d'atteindre ou leurs propres habitations ou de leurs amis , ou bonnes villes, pour se rafreschir et recouvrer ^té. Parquoy , entre tous ne demeura que les orangers et les plus loingtains; qui fut en partie cause que tant promptement que le besoing requeroit le Roy ne peust rassembler son armée, et en partie Topinion que chacun tenoit que l'Empereur estoit mort, ou de pouvoir fort dénué , veu qu^il n'avoit fait aucune résistance ny à ce due Maurice, ny à nous, qui avions à la rigueur ainsi traité ses pays et subjects. Toutefois depuis eiiaeun se trouva fort estonné quand par toute la France fut publié et mandé expressément à tous soldats de retourner à la guerre , et sur le <»mmencement de Thy ver , ayant le Roy reçeu advertissement qu'es Allemaignes estoient faites diverses levées de gens de guerre, et la plus- Pvt à Tadveu de l'Empereur , sans qu'on sceust

à la vérité où on les vouloit employer, sinon par quelques rapports et présomptions , qui menassoient Metz devoir estre assaillie.

Pour à quoy obvier, et afin de prouvoir en diligence à la fortification de ceste grande ville , le Roy envoya dès le commencement du mois d'aoust M. de Guise , tant pour Fesgard de l'amitié et révérence que ceux de ce pays portent à ce prince et à tous ceux de sa maison, que pour se confier en sa prudence et bonne conduite ; lequel, nonobstant la breveté du temps et l'incredible labeur, usant de toute la commodité que la saison luy permettoit , non-seulement la fortifia et prouvent de toutes choses nécessaires , mais l'ayant gardée et défendue contre toutes les forces que le plus grand prince de l'Europe pouvoit assembler, en a acquis une immortelle et glorieuse renommée par tout le monde. Si-tost que ce prince y fut arrivé, à fin d'estre mieux adverti où l'Empereur proposoit conduire toute ceste grande armée qui se dressoit aux Allemai*^ gnes, à raison d'un bruit qu'on disoit le roy des Romains la vouloir mener en la Transsylvanie contre le Turc , envoya en divers lieux explorateurs afin d'en apprendre aucunes nouvelles certaines; lesquels, estans de retour, rapportèrent que pour vray ces préparatifs estoient mis sus pour le recouvrement de Metz ; car l'Empereur , cognoissant la première fureur des François estre violente et d'abordée intolérable, nous avoit laissé jetter nostre premier feu, espérant après recouvrer la commodité de se pouvoir venger : et pourtant appaisa [ nonobstant tous interests ] premièrement ces tumultes des Allemans , et se reconcilia avec le duc Maurice en eslargissant le landgrave de Hessen , son beau-pere, et le duc Jean de Saxen, son cousin germain, cognoissant ce duc Maurice estre homme subtil, et celuy qui luy pouvoit nuire ou ayder en ses entreprises. Quant aux autres princes et seigneurs [desquels, à mon opinion, volontiers se fust vengé s'il ne s'en fust voulu servir en ce mesme affaire ] , il

COMMENTÀIRBS DE FRANÇOIS DE RABlTriN. [1552]

les attira et endormit si doucement au son de ses amiables paroUes et promesses , que ils ont esté les premiers à lui donner entrée et accez es principales villes de toute la Germanie , comme à Auspourg, Nuremberg, Ulme, Francfort, Spire, Strasbourg et autres , esquelles si bien besongna avec ses persuasions, qu'il en tira argent, armes, hommes et toutes provisions de guerre, leur faisant grandes protestations, et les assurant devoir estre employées au recouvrement de ces trois citez franches , Metz , Verdun et Thoul , desquelles il se promettoit mettre hors facilement les François, et de tout le duché de Lorraine cliasser entièrement, mesprisant et blasmant le voyage que le Roy avoit fait en leur pays^ le desguisant avoir esté entrepris plus à leur désadvantage , diminution de leur grandeur et biens , que pour la publique liberté. En quoy Je ne puis que je ne m'esmerveille de la trop facile crédulité de ceste gent , veu que lorsqu'il usoit de tels langages pour les distraire de Talliance et amitié du Roy, à peine pouvoient estre reparées les grandes bresches qu'il avoit fait en leurs villes , à peine pouvoient estre leurs despouilles départies entre ses soldats, lesquels à peine pouvoient estre hors de leurs maisons dont avoient esté dechassez, et eux remis en liberté par le duc Maurice à la faveur du Roy , et desquels encore ne pouvoient estre mis en oubly les estranges ravissemens et rançonnemens. Je ne sçay aussi s'ils avoient point aucune cognoîssance de son intention , qui estoit de s'emparer desdites trois villes franches , et les adjouster à sou propre, comme il a fait Cambray , les fortifier et munir d'Espagnols , comme aussi il proposoit autant en faire de tout le duché de Lorraine, à fin de clore le passage aux François , et leur oster le moyen de pouvoir secourir les Germains et délivrer de sa servitude , voulant semblablement , par cest accez , eslargir ces limites sur les pays du Roy. Donc les persuasions de l'Empereur eurent telle vertu et efficace à l'endroit des Estats du Sainct Empire et les villes franches, qu'il luy fut ottroyé et fourni un gros nombre de gens de guerre payez pour un certain temps. Oultre, feit venir de ses vieilles enseignes de fanterie, tant d'Espagnols que d'Italiens, un autre grand nombre qui estolent es garnisons des forteresses d'Italie , Lombardie et Piedmont ; avec ce, de la Franche-Comté et haute Rourgongne et de ce qu'il tient encore au duché de Luxembourg , il tira un autre grand nombre, tant de cheval que de pied; de Hongres , Polacques, Rohemes, autre grand nombre , principalement à cheval , desquels estoit gênerai le grand seneschal de la Moravie. La reyne Marie luy envoya assez bon

secours de Flamens, Hennuyers et VTakns. desquels estoit gênerai le sieur de Rrabanaon. Et quant à nommer particulièrement les cM^ d'une si grande armée, telle que ce prince ameoa devant Metz [ sinon des plus grands et priodpaux ] il m'est très-difficile , pour n'en avoir ea aucune apparente cognoissance. On disoit que le duc d*Albe*estoit son lieutenant-general etcol«nel sur tous les Espagnols , duquel estoit lientinant de la cavallerie espagnolle le seigneur Lo}^ de Avilla; le marchis de Marignan estoit chef et colonel des Italiens; un comte d'Allemagne est^t lieutenant-general du marchis JoachimdeBrafidebourg, sur les Allemans. Sur d'autres commandoient le comte de Nanssau ( l ) et le seorde Rossu. Le comte d'Aiguemont (2) estoit geneni de certain nombre de cavallerie. Pour conclosion , le commun bruit estoit en ceste grande armée estre près de deux cens cinquante ensei^ de gens de pied de diverses nations, et près de vingt ou vingt trois mille chevaux eombattaQ.N %', Cependant que ceste grande armée s'asseio* bloit aux Allemagnes , Ferdinand , roy des Ro* mains et de Hongrie, en faisolt dresser une aotit pour mener en la Transsy Ivanie contre le Jm^ qui descendoit ceste part avec une très-graoà puissance ; à raison de quoy estolent faictes diverses levées dont faut présupposer que de 1> mée , laquelle le duc Maurice avoit assemblé ^ tant d'accord avec l'Empereur, et restitué ( tous Estats et biens , une partie s'en alla a^cc luy en ce voyage contre le Turc. Et pourœquei ce traicté n'estoit compris , ainsi que peut e^tri vraysemblable , le marchis Albert deBrai^ bourg , ou pour certain autre mescontentemeiiM se sépara , prenant son chemin à travers ^AIi^ magne , avec le duc de Zimmeren , parent ds comte palatin, landgrave de Lytembourg. li comte Ludovic d'Ottingen , le comte d'Alteifr bourg et d'autres vaillans hommes des reliques de la guerre des Allemans contre l'Empenriir, qui , estans assemblez au nombre d'eD^iros soixante ou soixante-deux enseignes de geosdt pied et près de deux mille chevaux , selon ks dire, venoient au service du lloy^ et portoiat en leurs enseignes desployées les armoiries «Ii France , vivans neantmoins, souhs ce preteite. d'autre façon que le droit ny équité le permtttoient ; ce que continuèrent jusques à Treres, ville imperlalle, laquelle à leur venue ils pi'!^ rent avec grands excez. Le Boy,adverty prosptement, envoya Tevesque de Rayonne de* as:*

(1) Nassau.

J3) Egmont.

(3) Cette arm^étoitenTiroo de eeoliiiflle bornai»

COMHENTâlBIS DB FRANÇOIS PB BABUTIN. [1553]

marchis Albert pour entendre son intention et convenir a^ec Iny de sa solde et de celle de ses gens, qui continnoient leur façon de vivre soubs le tiltre et adveu du service de France, endommageans les ennemis en toute sorte, mesmement m les limites du duché de Luxembourg. La première response de ce marchis fut honneste et gracieuse, disant, quant à son appointement , n'estre venu au service du Roy pour un prouflt particulier et espérance d'y thésauriser; mais qne toute sa vie avoit eu désir d'employer sa personne, biens et puissance, pour luy faire en- ! tendre combien il avoit souhaitté, et encore de- ^ siroit d'entreprendre chose qui f ast agréable à Sa UeieMy pour le bon zèle qu'il y iivoit cognen d'avoir favorisé à la réduction des iï'anchises et libertez de la Germanie ; et que pour eeste raison s'estoit departy et séparé d'avec le dnc Maurice ; estimant le Roy tant Juste et équitable, qu'il feroit donner suffisante solde et appointement à ses soldats , hommes esleus et vailians , prests à mourir pour son service, et qui de mesme intention i'avoient suivy, adjoustant davantage plusieurs autres bons propos qui seroient trop longs à reciter. Mais le Roy et son conseil ref^oient les choses de plus loing, et se des- Hoit-oaque l'Empereur ne fust après ce marchis poor le pratiquer, se monstraut quelque opinion et apparence que son appoinctement estoit desjà en terme que ilEmpereur avoit tousjours délayé à conclure , espérant le prévenir , et soubs ceste dissimulée fiance , le serrer et joindre de si près avec son armée, qui estoit en campagne , qu'il i auroit à tel marché et condition que desiroit. Dequoy , à mon advis, ce marchis se doutoit, ayant en firescbe mémoire le traitement qu'il avoit veu èstre fait à ses parens et alliez. Parqnoy tendoit à gaigner tousjours le devant, s'assenrant, s'il pouvoit atteindre les pays du Roy, et se seroit mis à sauveté , que ne luy pourroit manquer d'estre receu du Roy , ou que l'Empereur seroit encore fort aise de le retirer à luy^ et accorder ce qu'il demanderoit , ainsi qu'on a Yen depuis estre advenu. Toutefois j*ay ceste ferme opinion que si dès-lors se fust voulu arrester et recevoir les raisonnables offres que le Koyluy presentoit, en toutes choses eust cogneu la différence de la fidélité de ces deux princes. Snr ces menées secrettes , ce marchis ne laissa dépasser outre : montant contre mont la rivière de Mozelle et costoyant Theonville, vint camper àRoranges, trois lieues près de Metz, où, si-tost qu'il fut arrivé , envoya demander vivres à M. de Guise pour la fourniture de son armée; lequel , tant pour oster toute occasion à ce marchis de former un mescontentement sur un le-'

Aiz , encore qu'il fust raisonnable , feit tout ce que luy fut possible de luy en départir pour aucuns jouf s. Ce que toutefois estant par luy mal considéré, ne desistoit de l'importuner Journellement pour en tirer en aussi grande abondance comme s'il n'eust esté question que de les prendre à son plaisir, sans avoir esgard à la nécessité future ny au lieu où ce prince estoit ordonné qu'il devoit garder pour tems incertain. Et par tant de fois Timportuna , qu'il fut contraint de luy remonstrer par le seigneur Pierre Strossy que la raison de la guerre , qu'il n'ignoroit pas, ne permettoit qu'on defoumist une place de garde, mesmement de telle importance que Metz , des vivres et provisions dont elle seroit munie, pour les distribuer à un camp qui seroit maistre de la campagne, et qui pourroit suyvre autre chemin et pays , comme devers les salines, pays très fertil , auquel non seulement trouveroit toute commodité de vivres, mais, en les mangeant et consumant , desavantageroit d'autant l'ennemy de les y pouvoir recouvrer. De ceste raison , du commencement ce marchis se monstra estre contenté , et semhloit qu'en premier cest advis eust esté bien receu de luy, mesmes demanda un homme qui sceust le pays, pour l'y conduire et mener. A quoy fut ordonné par M. de Guise, et de Metz expressément envoyé Gaspard de Huz , gentilhomme natif de Metz; toutefois en peu d'heure changea de propos ; car, au lieu de prendre chemin vers les salines , il s'approcha davantage à une lieue près de Metz, et vint camper en un lieu appelle Aey , où il feit quelque séjour, usant de toutes les ruses qu'il pouvoit imaginer pour, soubs couleur de se demonstrer bon serviteur du Roy, et se feindre tel envers M. de Guise , le surprendre et mettre en danger toutes choses, ou les troubler par un desordre , si la prudence de ce prince n'eust esté si grande que de le prévoir et y remédier. Puis ayant ce marchis à divers logis tournoyé toute cette contrée , après estre retourné de vers Trêves pour en retirer un nombre de ses soldats qu'il y avoit laissé, finablement devalla au Pont Gamouson, sans toutefois avoir encore rien résolu avec l'evesque de Rayonne , tant de son appointement que de la solde de ses gens , combien que de rechef Se Roy eust renvoyé le sieur de Lanssac devers luy pour la mesme cause. Geneantmoins ne peust avec luy aucune fin conclure, traisnant toujours cest effect en diversité de demandes colorées de bellesparolleS; en quoy estoit malaisé d'asseoir bon fondement. Et pourtant on entra davantage en souspeçon de luy, et la première desfiance commença de croistreplus qu'auparavant. Parquoy le plustost que faire se peust, le

C0MMENTAIBB8 DB FBANÇOIS DR RABUTIN. [lâ53j

Roy feit assembler son camp à Sainet Michel ( 1 ) , petite Tille de Lorraine sar la rivière de Meuse, six lieaës à costé de Pont Camouson, autant de Verdun, et à dix grandes de Metz, où se trouvèrent M. le connestable, leducdeNevers, le comte d'Anguian , le prince de Condé^le comte d'Aumalle , le seigneur de Rohan, le mareschal de Sainet André, le seigneur de Chastillon , gênerai de toute la fanterie françoise, le comte de Yillars,le seigneur de Bordiilon, ordonné lors mareschal de camp , les comtes Reingrave et Recroc avec leurs regîmens de lansquenets, et plusieurs autres grands seigneurs et capitaines. Quant à l'armée impériale, elle estoit toute preste, et s'engrossissoit Journellement, ayant tellement desja cheminé , qu^estant arrivée à Deux Ponts s'estolt eslargie et estendue par tout le pays de Vaulges : en sorte que nécessairement estoit requis de loger, et faire entrer dedans Metz, tout le secours , tant d'hommes, d'artillelerie , et toutes munitions qu'on avoit délibéré <d'y envoyer. Et pourtant le plus commodément que fiit possible , de ce lieu de Sainet Michel M. le connestable y envoya les compagnies de gens de cheval et de pied qui pour ce estoient ordonnées. Et eut le seigneur Orace Farneze (2) , duc de Castres , la charge et conduite dudit secours, menant avec luy un nombre de pionniers et de pouldres , pour de tant plus renforcer ceste ville, non toutefois en si grande quantité que M. le connestable eust bien voulu , et quMl eust fait sans le doute de ce marchis , qui estoit toujours au Pont Camouson, estans ses hommes sur le plat pays de Tenviron , abandonnez à maux Intolérables, robbans, pillans , et ne laissansque ce dont ils ne laisoient cas , ou que ne pouvoient porter ne traisner ; ce qu'on trouva estrange , et qui de beaucoup augmenta la desfiance qu'on eust peu avoir de luy : neantmoins pour l'amener à toute raison , furent envoyez devers luy messieurs d'Aumalle, de Chastillon , et le comte Reingrave, à fin de le prier vouloir faire cesser ce dégast et destruction de peuple, et finalement pour resouldre avec luy le dernier accord de son appointement , et solde de ses hommes. Lors se manifesta grandement le doute qui estoit auparavant formalisé de luy en nuée, rendant une response ambiguë et austère avec un maintien d'homme despité et mal content, demandant presque la moitié de la rançon d'un Roy pour appointement. Et quant à la façon de vivre de ses hommes , sur cela feit response qu'il estoit amy du Roy, et allié de la maison de Lorraine ,

(«) Saiot-Mihiel.

(2) Horace Farnèse , doc de Castro.

mais qu'il vouloit que ses soldats eussent à vivre, et qu'ils en prinssent où en tronvenHeot; an refus estoit résolu de ce que il avoit à détenniner, et où se devoit retirer. Ce qu'estoit vray , car l'Empereur le voyant eschappé et hors de iob pouvoir, par tous moyens le feit solliciter et attirer à soy . le remettant en tons ses biens, loy fusant les plus belles offres et promesses du monde, avec lesquelles de long temps sçait allaictec b hommes inconstans ; qui estoit cause de fùitxh rier ce marchis, et le tenir suspens : faisant de cecy fort évidente preuve le refus d«8 denien que M. le connestable luy envoya.

Toutes ces choses mettoient M. le connestable et le conseil en grande diversité d'opinions, voyans l'Empereur avec une très-grande armée s'approcher journellement , ce marchis cstie jà en pays bien avant, solicité de Tennemy, avec les armes au poing , prest à exécuter divers maux ; du costé de Picardie aussi rennemi estte Jà en campagne avec une grosse armée , bnis* lant et fouldroyant tout où il passoit. Et à bref dire, l'on pouvoit préméditer et penser dexNr advenir divers malheurs, si le suprême Seigneur n'eust usé de pitié envers noos, détournant le succez et infortuné advenement de taoi de prochains dangers , et les changeant en meiileures adventures, dont noz esprits s'asseuraâesl que le Seigneur nous garderoit, et à noz prières qu'il rendroit tant plus prompt l'esprit de M. le connestable à remédier à ceste petite nécessite. Car estant l'Empereur arresté malade de so gouttes, et, tant pour ceste cause qtie pour ! importunité du temps , séjournant son armée en h comté de Vaulges, à la plus grande diligence qu fut possible on serra nostre armée à Sainet Mi* chel , renforcée tant de fanterie fhinçoise , Aliemans et Suisses, au nombre de près de traie mille hommes de pied , que de sept à huit nûlk chevaux. Parquoy commençasmes à mieux espérer et reprendre cueur : tellement que Tid* vis de beaucoup estoit d'aller desfàire ce natchis cependant que celle du plus grand ennemi estoit loingtaine, ne pouvant faire sa retraitte en lieu asseuré pour luy ne ses hommes, sansestre affamé et ruiné. Toutefois d'autres trouveront et choisirent ceste délibération meilleure : pas qu'où l'a voit trouvé de si fiischeuse conventios, que seroit bon de tirer de dessoubs son «sie, et soustraire la meilleure part de ses capitaines et soldats par le moyen et cognoissaace de nos AIlemans, avec la seurté de leur faire bon traitte* ment : ce que fut si bien conduit, qu'avec grand mutinement entre eux un coload , nommé Beil^ berg^ avec son régiment, des lors accepta le parti françois et se retira devers nous.

COUUBNTAtRES 1>K FRANÇOIS DE BABUTIN. )I553|

Ce marrhis voyant rarméedePraDce qui s'enfloll tous les jours , iuy estaot fort voisEne , que daji on murmurolt de Iuy appareiller «De cargne, et que ses soldats se mutinoient , desquels plusieurs à la flle se roDgeolent de nostre costé , et par tous ces accidens estre en péril d'eslre surpris et enclos, feit entendre à M. le connestabie, puisque ne plaisolt an Boy l'accepter et Rteoir à son service, ne Iuy voulant accorder ippointementetpaye raisonnable, qu'on Iuy don- DBst passage pour se retirer , disant , pour connir son Intenlion , qne là où en antres lieux sur les terres de son ennemy, Iuy pourrolt faire service autant ou pins que celle part , et ponrroit conquérir terres'qui îny demeureroient perpé- Cnellenient, sans s'arrester k petite chose, prottscaot toutefois sur sa foy de ne prendre party avec l'Empereur contre Iuy. De cecy le Roy adlerty, et cest affaire bien disputé an conseil , fat opiné le pins expédient de faire pont à l'ennemy se retirant , qne mettre les armes en la faumaise pour les eschauffer davantage , tant pourasseurer le peuple de l'impétueux advenement de cest homme ne cherchant qne son adventure sans respect de sa vie, que pour hoanestement le convoyer et contenter. Car de TOuloir combattre à main forte [encore que la rortune nous fust favorable] ne pouvoit advenir la victoire sans perte peut estre de beaucoup de Talllans hommes dont le Boy avoit lors bon besoing, estant prochain un ennemy plus grand qne l'autre : à fin aussi par prudente considération qne ne nous fust reproché avoir desfait un tpii venait à nostre secours , mesmementde noz anciens amis et confederez les Germains. Pour tf demoura près de Iuy l'evesque de Bayonne pour seurté et conduite à Iuy faire donner libre passage finr tous les pays du Boy. D'autre part futtfdonné M. d'Aumalle pour le cosioyer avec (Dilron deux cens hommes d'armes et cinq cens chevaux légers.

Ainsi ayant séjourné environ trois sepmaines OQ un mois à l'enlour de Pont Camouson, se leva, et, suyvant la vallée, se vint asseoir et camper en la prairie au dessus de Tlioui , sur le twrdde la rivière de Mozelle, estant la generalie 0|>Dion qu'il vouloit donner dedans la Franche Corat* et la comté de Ferette. Durant l'espace «î'envlrot. quinze jours qu'il y feit séjour, Dieu ^t ha.vactnmes et e^tranges exlortions qne MK^bOs faisaient sur lecommun peuple à l'entom Le' peuple, estimant qne M. d'Aumalle fust CBastttné pour y mettre ordre , Incessamment a'adtfessoit à Iuy avec grandes plaintes, pour l'ammivoir à pitié et compaasion. Entre autres loy fat raporté que ces barbares aVoient forcé et

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