I. C. n. H. T. VII
saccagé une maison de gentilhomme prochaine de Thoul , où Ils avoicDt p molheurtez incroyables. I escrivit et manda à ce mi que esgard A la foule et o] pays neutre , et qu'il eus îlaôce qui estoit entre lu; raine. Deqnoy il ne feit continuolent ses soldats à faire de pis en pis, dont redoubloient ordinairement les clameurs addressées à ce prince, tant qu'il ftit contraint finalement de respondre A ce populaire qu'il ne pouvoit autrement y remédier, et ne vouloit oultrepasser sa chai^. Et deslors les communes commencèrent à se mutiner et s'assembler, et où ils les trouvoient escartez en despechoient le pays, et les assommaient comme pourceanx. Ce que estant venu A la cognolssance de ce marchis , envoya son trompette devers M. d'Aumalle, l'advertissant du sacmentet perte de ses gens , laquelle se doutoit advenir à son adveu. Auquel M. d'Aumalle feit response qu'il sçavoit assez l'asseuraoce et promesse que Iuy avoit esté faite, à sçavoir de Iny donner passage libre et ouvert pour se retirer sans porter dommage aucun aux François ny à leurs alliez , qu'il asseurolt Iuy avoir esté maintenu et gardé ; mais que de son costé ne s'acquittolt justement de ce qu'il avoit promis, pour les oppressions et foules que faisoient ses gens, encore en pays neutre et non ennemy, pour lesquelles les communes estoient fort mutinées , tellement que s'il n'y mettolt ordre m^ Iny en piHirroit advenir. Le semblable ce marchis manda par un gentilhomme de ses plus favoris au seigneur d'Esclavolles, gouverneur de Thoul , plus , à ma fantaisie , pour avoir cognoissance du dedans de la ville , des fortifications , des soldats , et de toute la police, que pour autre raison. Toutefois le recueil Iuy fut fait si honneste, et la conduite tant prudente, avec une response sage et gracieuse, qu'il n'entendit et ne veit chose de grande importance , ne dont il Iuy peust faire dangereux rapport.
En ceste opinion ce marchis deslogea d'auprès de Tboul . et lui redoubla de beaucoup plus le jour ensuivant son mescontcntement. Car au partir de Thoul , A la première stance qu'il feit , alla camper au long d'un estang, sur on marats; et tant mal Iuy advint, que celle nulct il pleut £omme si le ciel se fnst ouvert, taut que il ne cuidajamaistrouvcrles moyens de s'arracher de ces paluds, ny en faire mettre hors son artillerie, estant embourbée jusques aux affûts et moyaux des roues. Enfin, tant travailla avec grands efforts d'hommes et chevaux, qu'il s'en
COMHBNTAl«BS DB FflANÇOlS DB BABUTIN. [1553]
meit hors : en oela pouvant cognoistre que M. d'Aumalle n'estoit là envoyé pour luy nuire, selon que le lieu et le temps estoient commodes, et comme beaucoup d'hommes volontairement luy conseilloient. Mais nous laisserons le marchis en ces mauvais chemins, pour parler de ce qu'adonc faisoient les armées du Roy et de TEmpereur.
Nous estions desjà bien avant au mois d'octobre, quand Tarmée impérialle estoit encore au pays de Vaulges et devers les Deux Ponts , estant tousjours TEmpereur mal disposé, aussi qu'il attendoit le secours des Pays-Bas, qui n'estoit encore arrivé , et son artillerie et munitions qu'il faisoit amener sur le Rhin , jus^ues à Confluence (1) , pour de ce lieu la fiaire monter contremont sur la rivière de Hozelle, jusques auprès de Metz ; et pource que les plus grandes froidures de Thyver commencent en ceste saison , ce séjour faisoit penser à beaucoup de personnes que l'Empereur n'entreprendrpit si tard tant grande besogne , et qu'il n'exposeroit une tant belle et biencomplette armée à cuider vaincre et la rigueur du temps, et une ville bien pourveue ; mesmement, selon le rapport des espions, la pluspart de tous ses capitaines estoient de cest advis , et luy conseilloient de plustost essayer à recouvrer toutes les autres petites villes, tant du duché de Lorraine que sur la frontière des duchez de Barrois et Luxembourg, èsquelles feroît hyverner son armée et la tiendroit à couvert toute la mauvaise saison , cependant que ceux de Metz seroient contraincts de manger leurs vivres et consumer leurs munitions; estans tousjours neantmoins tenus en subjection par les courses que ses soldats feroient sur eux et es environs , pour de plus en plus les affoiblir et leur oster tous moyens de recouvrer vivres, dont se trouveroient avoir faute sur le temps nouveau : lors il les pourroit à son grand advantage assaillir ; au contraire luy remonstroient qu'avant qu'il eust ordonné de la disposition du siège de ceste grande ville , et que son artillerie fust assise et préparée pour la battre, Thyver seroit entièrement venu ; qui seroit cause d'interrompre tous moyens, tant par neiges et froidures faisant mourir grand nombre de ses soldats, que pour la difficulté qu'on auroit à recouvrer vivres, estans détenus et arrestez par la contrariété et indisposition du temps, comme aussi pour estre sur les chemins destroussez et destourbez par les François. Davantage , avec la perte y pourroit recevoir une telle et tant grande honte , qu'il vouâroit en après luy avoir cousté sa couronne d'empereur, et ne s'y estre trouvé; car ayant
<l) CoMents.
esté combattu et en partie desfait par la foreur et violence du temps , il avoit eocore on autre ennemy fort et puissant , qui n'attendoit que l'occasion pour de tous poincts le ruiner. Cest advis, encore qu'il fust le plus certain pour T Empereur, ne fut pourtant tel receu de luy. Mais ayant l'esprit picqué et solicité de un extrême désir d^ se venger , oublio|t tons aceidens et périls pour mettre heureusement à fin un seul poiDet par lequel on peust cognoistre qu'il se seroit vengé dp Roy ; et entre autres Inl sembla mélileur de s'addjresser preinierement à ceste ^iiie de Metz , dedans laquelle il sçavoit estre beucoup des principaux princes et grands seigneurs de France ; au surplus qu'elle estoit parfiait^ffieDt fournie et pourveue de grandes munitions : par quoy luy sembloit que , si dedans le surplus de ceste année, pouvoit tant bien besogqer quesealement la peust recouvrer facilement par k moyep des prisonniers qu'il auroit trouvé d^ dans , pourroit obtenir et r'avoir ce que le Roy auroit prlns sur luy ; sinon qu'il s'aideroit de wa mesmes bastons et préparatifs pour nons y coctraindre; et qu'estant venu au dessps y et zyisù subjugué ceste premif^re et principale ûirteresie. où estoit la fleur des soldats françois, il se pnK mettoit aisément venir à bout des autres okkiidres; tant y a [quelle que fust TintentioD <if| l'Empereur] qu'il s'achemina avec son anncCi devers la rivière de Itfozelle, sai^s toutefois su}-| vre le droit chemin, comme s'il eost voulu descendre vers Theonville et le duché de Luxeoi-' bourg; de quoy M. de Guyse adverty , pour »' laisser perdre et deipeurer en proye une dd vieillesenseignes du capitaine La Prade quiest dedans Roc de Mars , donna si bon ordre, q la veue des ennemis , moyennant la faveur à escarmouche que M. de Nemours et le comte La Roche Foucault dressèrent devant T ville, ladite enseigne [ayant mis le feu par t ce chasteau ] fut retirée et mise à sau veté aveci meilleure part de Tartillerie qui estoit là ded M. le connestable avoit tousjours atte Sainct-Michel , pour veoir et cognoistre œ l'Empereur voudroit entreprendre : ayant que Farmée imperialle marchoit tenant le min susdit, doutant l'advenement de di choses, entre autres que, délaissant Me»» s'adressast à Verdun qui n'estoit encore fort presque en bonne défense , ou à quelque i foible et despourveue , feit pareiyemait l'armée françoise et s'approcha près de ▼< en laquelle ville estoit Ueutetant pour le M. le mareschal de Sainct-André, aveosa paguie de cent hommes d*armes, et le siecr , Tavannes , qui ep estoit goaveneur, «f«r
COMUENTAIB^S DE FBANÇOIS DE BABUTIN. [lâô2J
sienne de cinquante hommes d'armes , et huict enseignes de fanterîe françoise de la légion de Champagne, deux compagnie^ de chevaux légers et autant d'harquehusiers à cheval ; lesquels sans cesse jour et nuiet faisoient travailler à la fortification, faisant amener et remplir ceste grande ville de bleds , vins et tous vivres qu'on pouvoit trouver à Tentour. Autant en faisoient , sefforçant de mieux en mieux améliorer leurs places, le sieur de Rabaudanges , gouverneur de Bauvilé , et le sieur de Blaineau , lors gouverneur d'Yvoy, et le capitaine Baron, gouverneur de Montmedy ; jaçoit qu'elles fussent desjà fortes et bien munies, si veilloient-ils continuellement pour adjancer ce que presumoient y falloir et esire nécessaire.
Or ne restoit pi lis que la ville de Sathenay [ autrement par langage corrompu appelée Astenay] laquelle, s'il fust advenu que l'ennemy eust prins la campagne , l'on estimoit que elle auroit le premier assault, tel peult-estre qu'elle & eust peu soutenir , estant donc dénuée et despourveue de toutes choses. Combien qu'auparavant le feu rqy François Teust fait remparer et fortifier, pour luy servir de quelque umbre ou purement contre ceux du duché de Luxembourg; qoi depuis luy ayant esté remonstrée sa mauvaise assiette , et plus incommode pour luy , si après l'avoir fortifiée elle tomboit es mains de 1 enoemy , feit demollir et sapper en plusieurs endroits les forts etboulevers, et ruiner les flancs et défenses, la remettant ainsi au domaine du duc de Lorraine. Et derechef le Roy l'ayant recouverte et mis hors les Bourguignons qui l'avoient saisie, et qui commençoient à la reparer, comme j'ay discouru précédemment, pour s'en ayder contre luy , l'avoit tousjours tenue en ses m\m, sans toutefois y avoir rien adjousté de nouvelle fortification, ains seulement pour empescber que elle loi fust dommageable. Quelque temps après, luy estant reraonstré par M. de Nevers qu'on la pourroit rendre forte et defensable, et (lue luy-mesme sans danger entreprenoit de i^ garder , deslors commanda à estre cherchez et employez tous moyens et artifices pour la fortifier en extrême diligence; à quoy ce prince se rendoit volontairement tant subject et enclin , (1^% tout grand labeur luy semblolt plaisir pour parfaifo cest œuvre , qui luy estoit en telle recoramaDdaUon , qu'on le trouva de beaucoup et du principal avancé, avant qu'on presumast les fondemens estre encore assis.
Et non-seulement à ceç remparts et fortifications M. de Nevers avoit l'esprit vigilant et adonné , mais estant adverti qu'en une petite ville nommée Vi^eUJ^, prochaine de Sathenay de cinq
lieues, s'estoit assemblé un nombre de volleurs et bannis, ne vivans d'autres proyes que de volleries et destrousses qu'ils exerçoient es environs; prévoyant que si le siège arrivoit devant Sathenay, ce réceptacle de brigands pourroit estre fort propre aux ennemis à y retirer leurs vivres, munitions et toutes nécessitez, avec une conduite si prudente et secrette les alla surprendre, si qu'un matin avant qu'ils le pensassent estre encore esveiilé , n'ayans aucun moyen de se sauver ou avoir secours, se trouvèrent enclos et enveloppez par ce prince , accompagné de dix enseignes defanterie françoise : à sçavoir , deux de Verdun, deux de Danvilé, deux d'Yvoy, deux de Montmedy et des deux de Sathenay; de cavallerie, des compjagnies de M. le duc de Bouillon , des sieurs de Jametz et de La Boche-du- Maine ; des chevaux légers et harquebusiers à cheval du capitaine Sapoigne , et de plusieurs gentilshommes de sa maison; lequel, estant ainsi arrivé devant ceste ville , afin d'exécuter promptement sa délibération, la feit battre le plus soudainement que se peut faire, sans donner loisir de fedre tranchées, ne dresser gabions ; mais estant couverte l'artillerie seulement d'aiz, tables, portes, charrettes, et ce que sur le champ on pouvoit trouver pour mettre au devant, la feit asseoir et bracquer si à poinct, qu'en peu de temps la muraille fut fort empirée et la brèche cogneue raisonnable : ce que ceux de leans endurèrent sans faire semblant d'avoir peur ni de se vouloir rendre. Les soldats françois voyans l'ouverture , avoient si grande ardeur d'aller à l'assault, impatiens de tant temporiser, que, sans attendre le commandement du prince , Le Ghesne , enseigne du capitaine La Lande, suivy de quelque nombre de ses soldats, se lancea dedans le fossé pour donner, la teste baissée, droict à la bresche : qui toutefois fut vaillamment repoulsé par les Bourguignons , et fort blessé, dont depuis mourut. Arbelay aussi , enseigne du capitaine Baron , y fut tué y et beaucoup de vaillans soldats. Enfin les assiégez , voyans et ne se sentans assez roides et forts pour soustenir un assault gênerai , feirent signal de vouloir parlementer, requerans que Ton leur donnast quelque peu de respit, dedans lequel s'ils n'avoient secours promptement, promettoient se rendre les vies et bagues sauves. M. de Nevers ne leur voulut accorder une seule heure de delay , aIns leur feit response qu'à l'instant, s'ils ne se rendolent les vies sauves et à sa discrétion seulement , qu'ils attendissent l'assault et les feroit tous passer au fil de l'espée. Eux , ayans un peu pensé à ce danger , se rendirent à la mercy et discrétion de ce prince. Ce qui advint si à pro-
COMMENTAIBES DE FRANÇOIS DE BABDTIN. [l5S2]
pos et à bonne heure , quMl ne restoit plus que deux boulets de coulevrine. Eux sortis, pour ne donner loisir aux soldats françois de s'abuser au sac y le feu fut mis en divers lieux de la ville. Quant aux prisonniers , M de Nevers leur avoit jà donné congé , quand fortune leur fut encore tant ennemie qu'ils furent recognuz par le capitaine Sapoigne leur voisin, fils de Gilles de Levant, autrefois gouverneur de Luxembourg pour l'Empereur ; lequel Sapoigne remonstra à ce prince que le plus homme de bien d'eux tous avoit cent fois mérité la mort, et qu'il leur feroit encore grande grâce de leur sauver la vie; et si on les mettoit en liberté , ce seroit leur donner moyen de faire d'avantage de mal aux François. Pour ce furent la pluspart d'eux retenuz et ramenez prisonniers à Sathenay , depuis une partie renvoyez , reservez les principaux , mesmement le capitaine, nommé Dalaumont, autrement Maladerie, et son enseigne, appelle Arbon-, niere. Toutes ces choses heureusement mises à fin dans ce seul jour,retournasmes le soir mesme coucher à Sathenay avec toutes les compagnies, réservé celles de Montmedy, lesquelles pour estre prochaines se retirèrent de ce lieu , leur estant fait commandement de venir journellement par centenes démolir et ruiner ce que le feu n'a voit peu desfaire et consumer de Yireton . Le lendemain ayant depesché le seigneur de Sainct-Symon pour porter les nouvelles au Roy, qui estoit toujours à Reims, et commandé au sieur des Potz, gouverneur de Sathenay, de recevoir des habitans de la ville le serment de fidélité au Roy , partit pour aller trouver M. le connestable , qui faisoit temporiser l'armée du Roy, attendant que voudroit attenter l'ennemy : lequel, selon l'advertissement et rapports des espions, se trouvant avoir toutes ses forces assemblées , et le secours qu'il attendoit des Pays-Bas estant arrivé, avoit repris le chemin devers Metz, et s'estoit approché jusques à Serebruc ( I ) , sept ou huict lieues près. Et peu de jours ensuyvans vindrent autres nouvelles comme le duc d'AIbe, lieutenant gênerai de l'Empereur , et le marchis de Marignan , colonel des gens de pied italiens, avec quatorze mille hommes de pied, quatre mille chevaux, et six pièces d'artillerie de campagne, s'estolent davantage approchez, jusques à venir recognoistre la ville et les lieux les plus commodes pour asseoir leur camp. Et ne s'acheva ceste leur entreprise sans une furieuse et brave escarmouche de noz sol-
(1) Saarbrack.
(2) La reUtioo de Saligaacfera partie de cette colleo-
tîOD.
(5) Nearchâteau.
dats, qui , estans sortis , pour le conuneacement leur feirent veoir , et sentir à leurs soldats , de quelle affection et volonté ils avoient délibéré de se défendre et les soustenir. En quoy les nostres acquirent dès-lors un grande réputation, tant de M. de Guise que des ennemis; lesquels après se retirèrent à Saincte-Barbe , deux lieues en ar> riere, avec peu d'avantage , et perte de près de huict ou neuf vingts hommes ; et de nostre cosié y perdLsmes le seigneur de Marigny en Keardie, issu de l'ancienne et bien renommée malsoo de Salezart, et cinq soldats qui furent tuez sur le champ. Les seigneurs de Mompha, lieutenant de la compagnie du seigneur de Bandan , de Silly, le capitaine Sainct-Aulbin, le capitaine Soley et son enseigne La Vaure , et renseigne du capitaine Gourdan , avec dix ou douze soldats, y furent blessez; et peu de jours après moururent Silly, Mompha et La Vaure. J'a\ bien voulu escrire ce mot d'advertissement et rapport qui nous en fut fait, à fin de donner a entendre qu*adonc n'estions tant esloignez que n'en eussions souvent nouvelles , non que ji vueille entreprendre de tant parfaitemeat narrer et déduire les escarmouches, sorties , et'^t m qui s'est fait durant ce siège, comme beaucoupde gentils esprits d'hommes qui y estoient preseoS) et plusieurs fois se sont trouvez aux mêlées, et après , de la mesme main qu'ils avoient corn» battu, escrivoient les faicts dignes de mémoire. Entre lesquels je puis nommer Salignac }), gentilhomme de nostre temps , de méritée ^^ putation tant aux armes qu'aux lettres, lequel en a tellement bien et selon la vérité escri{, qu'il n' estoit presque besoing en parler às\dsr tage, ni en atteindre autre chose ; mais si quelquefois je viens en dire aucuns poincts, c'est se^ lement pour m'acquitter de ma promesse et entreprise d'escrire les affaires ausquels je me suis trouvé , et selon les nouvelles qui nous estoient rapportées.
Pour reprendre donc notre marchis Albert [lequel M. d'Aumalle costoyoit tousjours avec tel desastre que l'importunité du temps luy a faisoit assez de preuve] , ayant suivy ce cb^ min jusques assez près de Neuf-Chastd iS* , continuans ses soldats leur première et aeeon^ tumée façon de vivre , estoit en fort graiuli^ vail d'esprit de ce qu'il avoit à fidre et oondoref ou de se retirer à fin de n'acquérir pour loy et les siens un immorrel tiltre d*infîdelité, oq d'eih tendre aux promesses et offres ausquels le soi* citoit TEmpereur : à la fin [comme si la fortme eust eu plus de pouvoir sur luy que la verts ]t se persuadant luy pouvoir succéder à son «ohait , comme, au nom de l'Empereur , le doc
COMMENTAIBES DE FRANÇOIS DE BABUTIN. [l652]
i'Alk Iny promettoit , qui ne pretendoit qu'à le iivertir et interrompre son proposé chemin poor •etourner vers Sainct-Nicolas , adhéra et s'aresta à telles persuasions, non sans depuis en ivoir ressenty la repentance.
M. d'Aumalle estant adverty de toutes ces neDées et sollicitations; en advertit le Roy, qui stoit tousjoQi's à Reims pour prouvoir à tous ostez, tant de cette part que de Picardie , luy aisoot entendre , selon aucuns de son conseil , irochains de sa personne , que le plus expédient stoit de le desfaire , plustost que le permettre e joindre à i'ennemy et le renforcer d'autant. 'X pour ce faire, luy faisoit entendre les moyens ;aHavoit, pourveu qu'on luy baillast deux cens lommes d'armes. Le Roy luy feit response qu'il roovoit bonne ceste délibération , mais qu'elle Dst exécutée prudemment et sans trop grand lazard. Et quant et quant manda à M. de BoriilloD d'aller trouver M. d'Aumalle avec lesdits teux cens hommes d'armes, et lui obéir en ce iti'il voudroit l'employer pour son service. A [noy ne feit faute, approchant de luy trois lieues «res; duquel lieu Tadvertit promptement comme *ar le commandement du Roy , à la plus grande llligence qui luy avoit este possible , Testoit eoQ trouver pour luy obéir , le suppliant de luy naoder son bon plaisir et ce qu'il auroit à faire. l d'Aumalle luy feit response qu'il se conten- Dît fort de sa bonne diligence , et que ce mariùs avoit jà passé la rivière de Muz, etestoit resta traverser l'autre de Madon pour se retier au camp de l'Empereur, et ne cognoissoit ;rands moyens de le suivre davantage ; par- [uoy deliberoit en brief de se retirer à Thoul our faire la guerre à l'ennemy. Ceste response Qt cause que M. de Bourdillon ne bougea de (iaineau, attendant son retour.
Or , deux ou trois jours auparavant , mondit ieur d'Aumalle avoit envoyé son trompette vec lettres devers ce marchis , la teneur des- [uetles est fort difficile de sçavoir ; tant y a que e trouvant au bourg de Sainct-Nicolas , où esoit allé en petite compagnie pour conclure et rrester sa révolte , faisant peu de cas de ces ettres, le trompette fut retenu, afin que re- '>urQant promptement il ne descouvrit le secret 't feist rapport de ce qu'il avoit veu ; lequel , «bahyde ce nouveau traicteînent, se retira devers le truchement de ce marchis , pource qu'on e disoit avoir esté nourry en France , estimant >ar ce moyen qu'il auroit encore quelque bonne ifffction de faire plaisir à ceux de la nation de ^quelle il auroit receu toute doulceur et humanité : mais au contraire le trouva homme brave
tpresumptueux^ quisejugeoit de grandissime
valeur pour la familiarité qu'il avoit avec son maîstre. Ce trompette le supplioit procurer sa despesche et retour , et luy au contraire , sans faire response à sa prière, disoit diverses Injures des François, et, leur souhaittant mille malheurs, protestoit avec grands juremens que, avant qu'il fust long-temps, se baigneroit en leur sang. Ainsi force fut au trompette d'attendre jusques au jeudy précédant Je malheureux jour de la desfaite de son maistre , qu'on luy dit qu'il seroit expédié , et que le lendemain s'en retourneroit avec sa response. Ce que n'advint toutefois; car ce jour , toutes choses estant changées en pis , et fortune ayant monstre son triste visage à son maistre , le rendant prisonnier de ce marchis , le pauvre trompette fut traité de ces malpiteux Allemans plus rigoureusement qu'auparavant , estant mené lié et garotté et traisné , comme si d'heure à autre il n'attendist que d'estre pendu ou mourir malheureusement. Ainsi ce marchis avoit délibéré le lendemain de prendre le chemia au camp de l'Empereur, et ne restoit plus qu'à reunir et appaiser aucuns de ses capi taines et soldats , lesquels n'avoient point envie de tourner visage pour faire serment à l'Empereur.
Ce vendredy vingt-huictiesme d'octobre, jour infortuné, de cepartement estant M. d'Aumalle acertené , à la dîane partit avec toute sa cavaU lerie du port Sainct Vincent où II avoit couché , et se vint mettre en bataille sur le hault d'une montagne appellée la Croix du Monstier, audessus de ce marchis , pour [ comme je croy ] considérer et veoir ce qu'il voudroit faire, et quel chemin il prendroit. Lequel aussi ordonnoit ses batailies , pour [comme j'estime ] suivre son chemin accordé, sans avoir opinion pour ce jour de combattre contre les François. Toutefois ces deux armées ne furent longtemps voisines ; que les escarmouches commencèrent à se dresser chaudement , tant par gens du pays que d'aucuns soldats françois qui esloient accouruz , pensans voler et destrousser quelque butin sur la queue de ce marchis. Auquel en fut fait le rapport par deux ou trois fois avant qu'il en voulust rien croire , ou pour le moins le disslmuloit , faisant response à ceux qui luy faisoicnt tels rapports, que M. d'Aumalle ne le cherchoit pas. Mais les plaintes luy redoubloieut si souvent, que luy-mesme avec son truchement voulut aller recognoistre comme il estoit du tout à la vérité, où il fut repoulsé fort rudement, et d'une harquebusade près de luy fut tué son truchement. Ce que soudainement festonna si fort, qu'il pensoit estre adonc à ses derm'ers termes. Depuis estant revenu à soy , à toute bride retourna vers