LIVRE CINQUIESME
De la prise de Teronenne et Hedin par Tannée de l'Empcrenr , pais de ce que s'est fait aa pays de Artois et
Cambresis , par celle du Roy , eo l'an f 555.
[1553] Nous avions desjà passé une partie du mois de janvier avant que ces princes chrestiens, fort esmeuz Tun contre l'autre, eussent retire leurs puissantes armées pour donner reposa leurs soldats, mesmement TËmpereur, lequel avec une très-grande perte avoit en ce temps levé son siège devant la grande cité de Metz , tenant le chemin avec ceste infortuné devers le Rhin ; le reste de ses misérables soldats se retirans comme le moyen se presentoit, la pluspart mendians avec une incredible pitié , entre autres les Allemans , lesquels pour leur butin tant espéré et promis reportoient en leurs maisons nécessité , maladie et tout malheur ; ayant esté ceste nation sur toute autre la plus odieuse aux François 9 pour la haine qu'ils portoient à ce marchis Albert , lequel après recogneut sa gi^aude faute , et ressentit sa prochaine ruine , se voyant abandonné par celuy qui luy avoit par tant de sermens asseuré toute faveur et amitié , et restitution de tous ses biens , le relevant par promesses en plus grands honneurs qu'il n'avoit onques esté par cy-devant. Parquoy se cognoissant au but et presque à la fin de son espérance , comme homme de toute espèce de furie tourmenté , adjoustant malheur à malheur^ proposa commettre toutes sortes de tyrannies , et tous genres de crimes et ravissements, de beaucoup plus estranges que les premiers, principalement sur le propre et domaine des evesques ses voisins, ses alliez, et d'un pays. La principale cause qui l'induit le plus à tant se oublier fut qu'au rompement de son camp TEmpereur le laissa le dernier, sans luy laisser argent, ne luy donner contentement ou asseurance de mieux le récompenser, selon sa première promesse , et que, pis estoit , sans luy faire distribuer un seul denier pour la paye de ses soldats. Pour ce , craignant d*estre massacré et tué par ces mesmes soldats , pour les appaiser et maintenir, les mettoit en quelque petite ville , bourgade ou chasteau,etleur en bailloit le sac pour les contenter, leur avaUant la bride sur le ool d'exécuter
cruautez non jamais ouyës. En ceste mescbuite façon de vivre fortune l'affrianda pour quelque temps, mais d'autre costé lui braasoit jrfos grande confusion ; car les evesques et seigDenni ecclésiastiques , ausquels avoit esté tant pernicieux , avec leurs voisins , et ceux que taat aToit grevez et endommagez, assemblèrent une armtf où aucuns d'eux se trouvèrent en personne, et le duc Maurice, qui, peu auparavant, estoit r^ tourné de son voyage contre le Tore pour le roy des Romains, ensemblement le suyvirent, et serrèrent de si près, que , luy ayans donLéli bataille en ccst an , le neufvieme de juillet dr vers Coulogne , près d'un petit alliage appela Siferhausen , le desfeirent et ruinèrent, estart> demeurez morts de ses gens de quatre à cloq mille hommes, et luy pour un long temps teoa pour mort, avec petite perte tant des leurf. mesmement des hommes de réputation, (pe du duc Maurice , lequel , pour y avoir e^tê fart blessé , mourut peu après. Voila Tissue qui souvent advient aux hommes violateurs des loix divines et humaines.
L'Empereur devallant le long du Rhin et des basses Allemagnes, se plaignant grandema^ d'eux , et remettant la faute en partie sur leur négligence , ne luy ayans envoyé secours si tost que luy avoient promis , laissoit entre les bautts Allemans une guerre civile, et sédition sigrandr. que le père en devint ennemy du fils, et le tH du père , le frère prenant les armes contre soa propre frère : chose très-piteuse et cruelle. Tmtefois il envoya , peu de temps ensuyvant, sb ambassadeurs avec lettres de toute doncear rf confort, pour les reconcilier, s'excnsant de la faute sur la contrariété du temps, avee wi^ autres honnestes excuses faisans couverture â les conserver en leur première volonté endiDce i sa faveur; laquelle estoit esvanouye et perd» en eux, pour se sentir avoir esté par tant de fois séduits de tels et semblables attraids. Et ce que en restoit encore en aucuns le Roy effaça entièrement par la harengue et remoDStraoer
OpMIfENTAIRfiS DE FRANÇOIS DE BABUTIN. [l5â3]
qae ses 'ambassadeurs leur proposèrent. iDequoy FEmperear adverty en conceut tel despit en son esprit, qa*il en fut presque jasques à payer le tribut uatorel , dont fut si grand bruit par tout , que chacun le tenoit pour estremort et consumé en terre, quand il nous recommença la guerre plus aspreque jamais. Et pource que la publique opinion est par la France, quand on le dit ainsi mort, que c'est adonc qu'il songe et conspire grandes inventions contre ses ennemis, ce qu'il attenta peu après m'en fait avoir quelque doute; car à la primevère et sur le nouveau temps , pour donner fondement à sa délibération, mesmementque l'argent est le nerf de la guerre, dont estoit fort desgarny , feit dresser imposts, tailles, subsides, et toutes sortes d'exactions sur ses pays etsubjects, voire , selon qu'a esté rapporté pour vérité , Jusques à exiger et prendre tribut du servant et de la servante, des plus pauvres et mendians. Puis^ se sentant un peu remis et renforcé de deniers , solicita ses amis et confederez de luy lever gens et soldats. De la part des hauts Âllemans , peu en vint à son service , pour le grand mescontentement et la raison susdite ; des basÂUemans, comme des Glevois,Gueldrois, et Walons, en recouvra assez grand nombre. Des Espagnols naturels on peut croire que ne s'est trouvé luy en estre venuz de nouveaux , qiie le reste du siège de Metz , certainement les meilleurs soldats et les mieux experimentezqu'il & en son armée ; car les Espagnes estoient tant chargées d'ennemis et diverses alarmes , faites continuellement par les Argives (i) et Barbares, que malaisément, et sans leur grand dommage, oe pouvoient desfoumir leur pays. Des Italies , on ne trouve^ que soit venu grand nombre d'Italiens en son camp , pour le mauvais traitement qu'ils avoient eu devant Metz. Davantage, de- Vasque la seigneurie de Senes (2) s'estoit soubmise en la protection du Roy, le prince de Salerne et le duc de Somme , tenans son party en ces pays par de là, avoient retiré devers eux, avec bonne solde et paye asseurée , les meilleurs soldats qu'ils cognoissoient et scavoient estre de leor^nation, et de ceux mesmes de l'Empereur; ksqnels acceptoient ce party, tant pour l'amitié leurs parents , voisins et amis , qui les y seondoient et solicitoient, que pour estre la guerre leurs lieux, ayans moyen de mieux y faire proufit. On peult aisément conjecturer que lioy de toutes ces praticques et menées esit , tant par ses secrets amis que par espions , ent adverty, et que de son costé faisoit
(iKAlgéHçns.
. P) Sienne. *
ïv-C. D, M. T. VII,
toutes les diligences que l'on sçait estre en la puissance d*un grand roy , et n'estoit rien espargné pour le prévenir, et divertir les uns et gagner les autres. Estant la chose assez commune et publique, par tous les moyens que luy estoit possible , il Ifaisoit amasser et assembler deniers pour tendre à ses fins ; mais aussi on ne peut nier que ce n'ay t esté avec une si grande humanité d'un roy demandeur, trouvant son peuple plus libéral et prompt à luy donner et départir de ses biens pour sa tuition, qu'il n'estoit volontaire à leur demander. Tel et si grand heur a donné Dieu aux roys de France, d'avoir en obéissance le meilleur et le plus fidèle peuple qui soit au monde , car si , en la nécessité , après l'exposition de tous biens , leur prince se presentoit, requérant pour son salut de leur propre sang, il n'est rien plus certain que de leurs mains se saigneroient pour luy en départir. De ce que J'en dis et ay dit , J'appelle Dieu et les hommes à tesmoings si c'est pour plus noter l'ancien ennemy de France, que pour exalter et louer nostre fran* çoise nation, et défendre la querelle de nostre Roy, jaçoit que mon naturel y soit avec raison plus enclin ; ce que j'abbregeray pour su3rvre mon premier propos. Gomme en France , le reste de cest hy ver, on ne parloit de la guerre en sorte que ce fust, sinon par murmures et conjectures, et n'en estoit rien sceu par ceux qui alloient et venoient au commandement de ces deux princes , estant remis le délibéré et conclusion de cest affaire au sein et secrette mémoire du conseil privé. A la Court, le plus souvent ^ on ne faisoit mention que de festins et triomphes , de toutes sortes de jeux et passetemps ; mesmement en ces Jours furent célébrées à Paris les festes et nopces du seigneur Orace Famaize, duc de Castres, et de madamoyselle Diane, fille naturelle du roy Très-Chrestien , avec une sumptueuse magnificence.
Mais ne tarda gueresque l'Empereur ne feist troubler ces temps de bonnes chères , nonobstant que toutes ses affaires n'eussent si entier effect qu'il espéroit ; car, environ la fin du printemps, sur le commencement d'esté, avec ce qu'il avoit peu assembler d'hommes, et à la conduite premièrement du seigneur du Reux , envoya assiéger Teroenne , qui toutefois ne demeura guères en cest estât , estant prévenu de mort ; et depuis fut ceste charge donnée au seigneur de Binecourt, chevalier entre eux estimé un peu plus doux et gracieux. Ceste cité, combien qu'elle fust petite de circuit , avoit un renom immortel par tout le monde, comme on peut veoir es commentaires de Jules César. Elle estoit située sur la petite rivière du Liz , es confins de la Gaule
GOKMENTAïaSS DE FRiVÇpiS PB RABUTIN. [|55|]
Belgique, gens belliqueux comme Tasseurent les historiographes , nommée par les latins Morini : maintenant on rappelle le comté de Pontieu , assez prochaine de la grande mer Oceane, en assiette quelque peu pendante environnée de paluz et lieux marescageux, de bois et grandes forests; au reste , curieusement fortifiée par les rois de France , ausquels, depuis un long temps est escheuê [ selon qu'on peut cognoistre par les chroniques] , pour leur servir de boulevert et frontière, tant contre les Anglois que les Flamens et HennuyerS; entre lesquelles elle est enclavée, leur ayant fait maintes destrousses et empesché diverses entreprises quMls pouvoient dresser sur la Picardie. Parquoy desjà une fois futrazée (i), rez pied rez terre, par les Anglois, et y f|K semé du sel en signe de perdurable extermination, et de rechef maintenant ruinée et destruicte par les Bourguignons, Flamens et Hennuyers , leur estant fort odieuse ^ lesquels ont importunément induit TËmpereur à ceste entreprise.
Or, pour estre estimée imprenable, et que, tant par advertissemens que par bonnes considérations^ on présumoit que Tennemy ne conyertiroit ses forces en cest endroit, mais plustost qu'il s'adresseroit en Champagne devers Mesieres et Yvoy, on ne Favoit si soigneusement pourveuë de vivres et toutes munitions, comme estoit requis à soustenir un long siège. Dequoy advertis les voisins ennemis, feirent si bonne diligence et si prompte , qu'elle fut assiégée à Timproviste, estant seul là-dedans principal chef le seigneur de Losses, avec ses chevaux légers et quelques gens du pays , non en grand nombre ne de grande défense ; et pour en parler sans dissimulation , selon la naturelle négligence de nous autres François , ou par Tavarice des precedens gouverneurs estoit ceste clef demeurée devestuè et dénuée de toutes provisions. Pourtant fallut faire de nécessité vertu, et, où prudence n*avoit eu lieu fut besoing que force secondast : tellement qu*à la barbe des ennemis, et malgré eux, estant, comme on les jugeoit, la plus grande part non usitez à Fart militaire, on la renforcea d'hommes, de vivres et de tout ce que Von peust ; estant envoyé là dedans lieutenant pour le Boy, M. d'Hessé, chevalier de Tordre, très-sage et très-vertueux , comme aussi fut le seigneur de Montmorency , ûls afsné de M. le connestable , avec la pluspart de leurs compagnies , suyvis d'un grand nombre d'autres seigneurs , gentilshommes et vaillans soldats; lesquels y entrèrent, les uns pour acquérir honneur, et les autres suy vans leurs capitaines pour la de-
(!) En 1515.
fendre et garder, ie laisse à penser comliieii eette brave entreprinse et exécution rapportée à l'Empereur, rengregea son despit, et rendit de pi» en plus opiniastre à la fail'e battre et assaillir. Le Boy , au contraire , sçaehant ainrî sa Tilk renforcée de braves hpmmes, de vivres et de toutes munitions , receut en son esprit telle if seurance et contentement , que , sans de plm loing considérer les ruses et inventions estrango de l'ennemy , sans plus diligens préparatifs et amas d'armée, pour soustenir une poigoec d'hommes, encore qu'ils fussent les phis bmes et hardis du monde, subjeots toutefois à estre, par le temps et continuel labeur, afToiblisct rompus , se promit qu'estoit impossiUe de li pouvoir forcer sans penQission divine. Ainsi liu donné le loisir aux Impériaux de faire tous leoii efforts, et user librement de ce qu'ils poQVMl imaginer propre à enfoncer et démolir une forteresse : vous asseurant que ne perdirent vaiiK^ ment ceste occasion ; car encore que ceux de dedans, et que H. de Vandosme, avec geoda^ merle des garnisons à l'environ, leur doonast la empeschem^Qis et alannes que lay estoit possible , pour leur nombre de beaucoup plus em et fort que le nostre, on ne peust empescher qa ne feissent leurs approches ou bon leur sembli. Si assiégèrent leurs batteries en tous les lieo\ ov leur pleut , et cogpeurent qu'ils pouvoient e»* dommager la ville irit cetix de dedans, voire jesques à approcher et mettre les bouches de Inr artillerie au plus près et sur le bord du fbssr entre le chasteau et la tour du Chapitre, et sur une petite montagne où estoit la Justice, qui a est assez prochaine, ayans amené, Je crois. de toutes les villes et chasteaux de Flandres et ij^ tois, toute sorte d'artillerie, avecmnnltioBsift' numerables de pouidres et boulets. Tant cesM gent sembloit estre aise de la veoir ainsi enil ropnée, que les femmes et petits encans, m seulement y accouroient, ains de joyeen cbaa toient chansons et rythmes, amenans et appii^ tans en leur camp tous grains, brenvafiics, bestails et autres vivres a monceaux , qui de* monstroient leur armée plus grande en nomist que prouveuë de bons soldats.
Leur batterie commença environ la fin du noii de juing , la plus estrange et furieuse qui a}t esté faite, selon le rapport de ceux qui loOl ouye, depuis cent ans en çà, tellement que, a ouïr le tonnerre qu'elle rendoit, on eosl i^esùiil jugé estre montagnes qui tomboieni les nncsiv les autres, et toutes sortes de fooldres yirfi meslées, qu'inventions humallies{^Daisjaeoiti|tf les boulets tombassent aussi espeascfBeBtdeii» la ville, que grosse gresle descend d|îéM« et qse
COHMENTAIIBS PB VBÂUÇOIS PK BABUTIN. [1553]
n'y eust sQr le rempart , par les rues et dedans les maisons ) lieu seur et sans danger, toutefois ces vajllans et hardis capitaines et braves soldats enavoient peu de frayeur;' car, faisans continaelles sorties et recharges sur les ennemis au milieu de ces esclairs et fumées, les rechassoient et rembarroient à monceaux dedans leurs forts et tranchées , à la similitude qu'un loup affamé sortant d'un bois fait fuir et serrer ensemble les troupeaux de moutons espars ; et quelquefois les contraignoieiit abandonner leurs tranchées, et âvoient le loisir d'enclouer de leurs pièces et mettre le feu en leurs pouidres; mais bien plus, en leor despit entraînèrent jusques dans la ville une de leurs coulevrines , et depuis en tirèrent divers coups sur eux, combien que le grand nombre d'artillerie et munitions qu'on amenoit de tous costezordinaireme|it en leur camp, réparoit en peu d'heure le desordre et default que les nostres avec grand labeur et danger y avoient mis; estant, comme j*ay retenu d'un sage et expérimenté en cest art, plus grande perte à Tassiège d'un homme seul qu'à l'assiégeant de dîx. La tempeste et fouldroyante batterie des ennemis renforçoit de jour en jour , et ne demeuroit dedans la ville tour ne tourelle , jusques à une girouette , qu'ils ne portassent par terre ; il n'y avoit de défense dedans ne dehors qu'ils ne rasassent : bref, à la venir ainsi battre et démolir, OQ eust bien creu qu'ils avoient délibéré de l'abysmer et anéantir, comme ont depuis fait. Ceux de dedans, sans' aucun respect de leurs vies, au mesme lieu qu'ils veoient que le boulet donnoit 'e moment en moment portoient sur leur doz la terre, la fassine, le gazon et le fumier; ce qu'affoibljssoit de beaucoup noz soldats pour la cootinaelle fatigue qu'ils avoient le jour de rempaer, et la nuict au guet, à la sentinelle, et sousenir diverses alarmes avec peu de i^pos, faisans « ia nécessité l'office et faction de soldat et du astadour, pour le mauvais ordre que ceux qui 1) avoient la charge avoient mis à munir la ville i'artizans et vastadours , encore moins d'outils nécessaires à tel besoing, comme de pioches, 'icqs, pâlies, rancoins, serpes, coignées et teli^ sortes de ferrailles dont ils avoient si grande iseite là-dedans , que les pauvres soldats es- ^ieat aucunefois contraincts de piocher la terre >ee pâlies à ieu, et, en manière de parler, la ratter avec les ongles ; pour lesquelles, ou semlables nécessitez, plusieurs villes de France nt esté emportées par les ennemis, encore qu'el- 's feussent prouveuës des meilleurs hommes du mnde, et n'est à moy d'en accuser personne , mon ayant la liberté et la langue d'en parler près les autres. Pour auquel besoing subvenir
et donner aucun resjouissement au travail des assiégez, on feit entrer dedans le capitaine Grille^ avec c^t harquebusiers à cheval ; ce qu'il entreprint et exécuta tant bravement, et avec telle conduitte, qu'ayant forcé leurs guets à petite perte de ses vai|lans soldats, il se gnlnda dedans, ce qu'accreut grandement leur courage. Ce mesme jour, ensemble feirent une sortie sur eux assez heureusement, et feirent leur retraitte comme gens de guerre, et sans avoir du pire.
Geste gent se monstroit tant ennemie de ceste misérable ville, qu'elle n'oublioit rien pour faire apparoistre son extrême désir de la venir à totalle destruction. £t combien que jour et nuict on ne cessast de la tourmenter par toutes les sortes que Ton pouvoit imaginer , de tant plus croissoit le courage aux François à les repoulser; ce que vous p^ult estre admirable d'ouyr reciter et entendre la très -grande diligence qu'ils faisoient à remparer et se fortifier, qu'4 n^oy aysé à le vous escrire et proposer; car, en moins d'une heure , ils avoient enlevé le rempart hors d'eschelte , où veoient que l'artillerie faisoit esbranler ia muraille , et rendoient plus fort en un instant ce qu'elle avoit derooly en un jour, qu'il n'estoit auparavant. Toute -fois la fouidre de leur artillerie estoit si terrible et impétueuse , tonnant sans intermission , que n'y avoit rempart, levée, ne défense, qu'elle ne dissipast et renversast sans remède; laquelle ainsi furieusement continua près de dix jours entiers. Dedans lequel tempsestimanslesennemis la brèche assez grande et raisonnable, ce qu'elle estoit à la vérité, car elle avoit au moins soixante pas de longueur; estant ia muraille, le rempart et toutes les défenses, tant du chasteau que de ceste grosse tour, brisées et fracassées , ne restant plus qu'une petite levée que noz gens avoient basty au dedans ; et le parapect et haut du fossé qui estoit encore fort roide , et peur eux difficile à monter , nonobstant que , tant avec les quartiers et ruines de la muraille qu'avec fagots et dayes , ils eussent fait grand devoir d'emplir le fossé pour gravir plus facilement. Cela estant cogneu par les nostres , conclurent de les soustenir et vertueusement renverser, et peut-on croire qu'ils ne laissèrent rien au logis qui ne fust rapporté en jeu. Après plusieurs volées d'artillerie, tant de la montagne qui donnoit droit au doz des François voulans défendre la brèche, que de celle qui tiroit en front du costé de la rivière, avec grands bruits de tabouiins et trompettes , avec divers criz à leur. mode , furieuseoieoti la teste baisséei vindrent à l'assault de toutes pars j portans e«chelleset toutes sortes d'engins pour monter et
COMMENTAIBSS DE FRANÇOIS DE RABCtlN. [1553]
forcer cette ville. Il faut estimer qu'il y fut fait un des merveilleux combats dont Jamais fut mémoire, car si les ennemis estoient opiniastres et désireux d*y entrer , encore plus les François avoient grande ardeur et volonté de se défendre et les repoulser , causant une très-aspre meslée et sanglante bataille. On n^y voyoit que feux grégeois et inextinguibles : on n*y oyoit que flroissement de hamois , chapliz de toutes espèces d'armes, piteux cris des bruslez , fracassez et mourans; généralement toutes sortes d'exécutions de très-cruelle furiie, laquelle dura plus de dix grosses heures , se rafraischissans les eonemfs Jusques à trois fois. Enfin la magnanimité et vertueuse constance des François prévalut et vainquit fobstination des Impériaux , les repoulsans avec une grande boucherie de leurs plus braves hommes, non aussi sans une grande perte et interest pour nous, y ayant laissé la vie le tres*valeureux chevalier, le seigneur d'Hessé, de la vertu duquel, aujourd'huy et à jamais, bruiront les mers de Ponent , estans les trophées et enseignes de «es chevaleureux actes eslevez et assez publiez es isles d'Angleterre et Escosse, comme aussi feirent les seigneurs de Piennes, de Beaudisné , de La Bocheposé , de Blandy , et le capitaine Ferrieres, tous vertueux hommes, et de louable estimation , et d'autres vaillans gentilshommes et soldats , aux âmes desquels Dieu vueille avoir fait miseridorde.
Le Roy, adverty du très-vertueux devoir des siens, se persuada que, selon ce victorieux commencement, la fin ensuyvroit plus heureuse, sans autrement ordonner de plus grand secours pour ceste petite ville, offensée et dessirée presque de toutes pars , sinon de faire partir de Hedin les capitaines Breul et Sainte Roman , avec environ trois cens hommes de pied , pour essayer à y entrer; ce qu'ils parfeirent heureusement, non sans hazard de leurs personnes et soldats , ayans les ennemis de leurs tranchées et levées presque circuit environné toute la ville^ estans leurs corps de guets assis dedans les fossez. Lesquels , pour ceste première bastonnade , n'estolent refroidiz et descouragez d'y retourner, pour partons efforts tenter et se parforcer de l'emporter, combattans Journellement main àmain avec les François qui gardoient la brèche; et non seulement donnèrent feu à diverses mines qu'avolent creusé en plusieurs endroits [ desquelles la pluspart se trouva fausse et éventée ] , mais encore pratiquoient une ruze non trouvée de nostre temps [comme on peut venir par Vegece , Vîtruve, et d'autres anciens autheurs], qu'estoit de saper soubs le parapect et doz du fossé , difficile et fort malaisé pour monter à la brechC; estant, comme
J'ay dit, avec l'artillerie brisez et rompu tott les flancs et défenses, ayans fait certains taiidiz, qu'on a appelle maptel^, en façon de ponti, pour seulement se couvrir des coups de main et des pierres, tant que ils approchèrent joaqaa au pied de la brèche, soubs lesquels ib crensoient et trainoient leur sape. Dequoy estoient les François tant esmerveillez et esbahis, qnils ne sçavolent qu'en Juger , encore moins du remède ; les uns disans que c'estoient ponts qa*ib vouloient approcher et advancer sur la brèche, et les autres qu'ils mlnoient et creusoient là de&soubs; mais non asseurément : car on n'eust jamais creu qu'ils eussent entrepris de creuser et saper Jusques soubs les pieds de ceux qui estoieot au dessus d'eux sur la brèche, mais plostost qo ils tiroient soubs le chasteau ou soubs ceste gros» tour de Chapitre, ce qu'estoit bien au contraire; car ils sapoient soubs le parapect le longdemesoe la brèche , soubstenans le faiz avec appuis et pilotis : de la terre qu'ils en mettoient hors estoit rempli le fossé. Estant cest œuvre achevé , et y ayant donné feu , advint qu'une partie de ce parapect s'enleva hault , et se renversa en dedans le fossé; et leYeste fondit en un morceau, engloutissant plusieurs soldats firançois, reudsot l'ouverture de la brèche de beaucoup plus grande et tant facile qu'un homme dTarme» eust monte à cheval armé de toutes pièces.
Considérant M. de Montmorency, et selon le conseil d« tous les capitaines qu^ estoient restet là dedans avec luy, qu'il n'y avoit plus ordre de défendre la ville et faire quelque résistance, advisa au moins de sauver les personnes, et demanda capitulation ; laquelle luy fat en premier concédée ; mais ainsi qu'on estoll après pour ea parlementer, les Allemans et Bourgoignous estrerent dedans par divers lieux. Les vieilles esseignes espagnolles vindrent donner à la gnmde brèche, crians : Bonne guerre! bonne gueml et a esté dit qu'aucuns François en tirèrent avec les picques, et leur tendoient les mains, poor s'exempter et garder d'estre tuez det Allemaas. Ainsi ne fut autrement conclud de cette comp»^ sitioD, estant de ceste façon surprise eeste bn^t petite ville de Teroennei Apres, estait chose estrangere et incredible à ouyr raconter les estrssges vacarmes et cruautez qu'y perpétrèrent les Allemans et Rourguignons, ne pisrtans queds couper gorges ; tellement que bien hcnrenxs'e^ timoient les misérables François tonij^ prisoa* niers es mains de plus gracieux seignenrs, de h fureur desquels , à toute peine, sepeiit presqK sauver M. de Montmorency, qui seoliûoitde* meure là dedans lieutenant du Boy, pour lequel couvrir et défendre en sa présence Kft ojDtragé et
COHMBNTAIBSS DE FBANÇms DE HÀBUTIN. [1553]
navré ce vaillant seigneur d'Ovarty, toutefois depais fut recogneu et amené prisonnier au seigneor de Binecourt , lieutenant de l'Empereur. Les antres plus apparents prisonniers, comme le vicomte de Martlgues , le seigneur de Dam* pierre ; le seigneur de Lusses, le seigneur de Beaudiment , de Baillet et Sainct-Romain , les capitaines Grille , Le Brcul et Saincte Roman se rendirent à dive^^maistres y selon que la fortnne leur advenoit. Et fault entendre , pour autant que les simples soldats furent les premier»^
vie des hommes : et ne fut one, ne jamais sera, qu'il n'y ait envie entre pareils , encore que bien souvébt elle soit dissimulée.
Le Roy eut les tristes nouvelles de ceste captivité aussi-tost que FEmpereur , ce qu'il trouva à l'instant autant estrange que chose dont on luy eust sceu faire rapport , veu que , peu auparavant , avoit receu ample contentement de ce triomphant assault que les François avoient soustenu victorieusement ; mais estant le certain averé, tristesse le saisit si aigrement que long-temps
i y entrèrent, et non les capitaines ne sel- ^ u aemeura sans parler, et les regrets qu'il fai-
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gnears d'aothorité, les prisonniers qui pouvoient promptement recouvrer argent en sortoient à bon marché, comme advint du vicomte de Martjgnes, du seigneur de Dampierre, du seigneur de Sainct-Romain et du capitaine Le Breul; mais ceux qui demeurèrent tard furent recogneuz, et en grand danger d'y tremper longuement : le surplus des soldats trouvèrent les Espagnols, à la mercy desquels estoient la pluspart tombez , et recourent d'eux un honneste traitement, prenant de ceux qui avoient moyen raisonnable rançon ; et des pauvres, les ayans desvaiisez de leurs armeures et meilleures bardes, les renvoyoient en sauveté, et bien souvent euxmesmes les conduisoient. Dedans ceste petite ville fut trouvégrand nombre de bonne et grQf»se artillerie, memement deux fort belles et longues coulevrines; l'une appelée madame de Uaire, ponree qu'elle portoit jusques dedans le marché et ia grand'place de ceste petite ville, à deux lienés de là; Fautre, dite madame de Fretin, qui n'estoit gueres moindre.
TEmperettr estant à Bruxelles, promptement fot adverty de la prise de Teroenne, en quoy il priDstaussigrandplaisirquesic'eustestérempire de Constantinople, et par tous les pays de Flandres, Artois et Henault, en célébrèrent une joye grande, et allumèrent feux de joye, qui depuis en ont eschauffé d'autres a leurs trèsgrands dommages", comme nous dirons cy-après. Pois il commanda qu'elle fnst rasée et démolie^ Mques aux fondements, afin qu il n'en restast qne la place , où on diroit que Teroenne «uroit ^é. Si envoya dès-lors le prince de Piedmont , son neveu, lieutenant-général en son armée, pour esteindre une sédition et envie que portoient les princes et grands seigneurs de ses pays et autres prochains de Sa Majesté au seigneur de Binecourt , se sentans peult-estre aussi grands et poissans que luy en biens , authorité et crédit, capables avec autant ou plus pour telles conduites entreprendre, combien que le seigneur de Binecourt a une fort bonne réputation de vaillant chevalier. Mais telle est la malice et en-
soit donnoient assez d'apparence du grand deuil qu'avoit Sa Majesté , non de sa perte , luy estant ravie sa ville et le pays à Tenviron ; mais des vertueux hommes qu'il estimoit en plus grand nombre estre morts là dedans qu'il ne fut trouvé en après ; dont , encore que la perte fust assez grande, il esthnoit neantmoins les personnes, comme la raison luy commandoit , plus que les biens. De hiquelle , au lieu que les ennemis s'esjouyssoient , par toute la France fut démené un triste deuil ; les pères piaignoient leurs fUs, les frères leurs frères, les parens leurs amis, les femmes leurs maris. Et n'estoit en tous lieux autre bruit que de 1^ prise de Teroenne , advenue sur le commencement du mois de Juillet en cestanl563.
Mais combien qu'entre les François la plainte fust grande , et la perte beaucoup préjudiciable, ' si est ce que nécessité, laquelle est appellée inventeresse et maistresse de tous arts , aiguisant les esprits des hommes à esprouver choses estranges , excita et esleva l'esprit du Roy , et de ce dueil et regret l'esmeut , mettant elle mesme l'argument au milieu des bons jugemens du conseil, pour prévenir à plus grand danger eminent. Car, estant adverti que les ennemis peu de temps après ceste ruine dressoient leur chemin , et se preparoient d'en venir faire autant à Hedin , de son costé se parforça davantage à le fortifier d'hommes , et de toutes choses bastantes pour les arrester et empescher d'exécuter plus grande entreprise , jusques au tempsqu'il projettoit son armée pouvoir estre preste et assemblée, à fin de les lever de ce siège et les repoulser en leurs confins. Ainsi M. le duc de Rouillon, mareschaldeFrance, voulant de plus en plusperséverer au service du Roy, avoit long temps auparavant entrepris la tuition et défense de ce chasteau ; à laquelle le voulurent accompagner ce gentil et de très-grande espérance le seigneur Horace Farneze, duc de Castres, et le comte de Villars, avec grand nombre d'autres seigneurs , gentilshommes 4llvaillans soldats ; lesquels , pour donner preuve de leur vertu, volontairement et sans
COMHBNTAlflXS BB FHAUÇÔU DB BABtmi*. [I55S]
frayeur du précèdent péril , se preseotoient à ee service et devoir , encore (fue le Roy enst quelque doute et valeur de ce chasteau , et qu'il n'eust affection d'y exposer tels personnages de telle anthorité ; toutefois proposans vertu et honneur à pusillanimité ^ postposans la vie et tous biens mondains à une iiîimortetle renonunée, s'aliereni enrermer là-dedans ee petit fort , non eapable à la vérité de contenir tels tiommes , ne méritant que tant de gens de bien y laissassent la vie poar une vaine défense qui peu a apporté de proufit.
Par ce mesme moyen furent despesehez courriers et mandemensaux capitaines de la gendarmerie^ de tenir prestes leurs compagnies, et, le plustost que leur serolt possible , les faire mareheret se rendre devers Amiens , où estoit M. le eonnestable, espérant d*y assembler le camp du Roy. Commissions furent distribuées aux capitaines de fanterie , de faire leurs levées le plus bref qu'ils pourrolent, et k ceux des vieilles enseignes et compagnies entretenues , de les fournir complettes et armées, pour les conduire senrement et sans plaintesjusquesen ce lieu. Furent aussi par tout le royaume criez les rierebans (1), selon leur devoir et ordonnance du Roy, pour quant et quant marcher, et se venir rendre audit lieu. Furent aussi advertis et priez messieurs les cantons des Suisses de la ligue françolse , d'envoyer secours et certain nombre de gens de pied de leur nation, les mieux armez et complets que leur seroit possible, selon la pactlon faite entre les roys de France et eux. Et, pour conclure en bref, le Roy feit de grands efforts, et commanda estre fourveu à toutes choses , pour mettre aux champs sa puissauce ^ et faire belle son armée ; dont les enhemis advertis , et estans bien asseutet que si le peu de temps qu'ils pouvoient avoir, dedans lequel Tarmée du Roy pouvoit estre preste , Ils n'employoient si à poinct qu'efforcer et gaIgnerHedin, difficilement pourrolent venir à chef de ceste besongne, et se retirer sans une bataille, ou une grande honte , à toute diligence se parforcerent de l'assiéger et battre en bref, avec une tant grande poursuite et laborieuse industrie, qu'estant la ville vuide des habttans [lesquels estoient foyset retirez en France, aveccequ'avoientpeutransporterdeleursbiens], fht en bien peu de temps par eux prise , pour n'estre fort desfendue des soldats; lesquels se retirèrent tost dans le chasteau, pour la savoir non tenable. Alors ils y assiégèrent d'un costé Tune de leurs bateries , l'autre devers le parc , et la plus grande de toutes à l'eudroit de la tour Ro-
(fl Arrière-lMn.
bhd , où jà les François avoient fait la leur. Hsb quelque résistance que les nostres leur eusseût sceu foire , ne pouvoit estre assez puissante pour les en divertir , estant petit ce chasteau , qui en tout pouvoit contenir deux mille hommes, encore fort à Festroit, ayant esté autrefois basti ptr les ducs de fiourgongne pour le plaisir de la chasse seulement, et non pour forteresse. Ainsi ne perdolent une seule heure jour ne nuict de le battre le plus furieusement qu'à mémoire des viyans oo -ait entendu avoir esté place ; et non seulemat » travailloient à le renverser avec ces artilleries e« diaboliques machines , maisle minèrent par deisoubs, si diversement et par tant d'endroits tqoil est impossible qu'un terrier à connins et tessons (2) eust plus de soubsterrains et cavms que y en avoit soubs les fondemens de ce chastelet; estans toutes les contremines et secrets au dedans cognuz, et pratiquez pi^r plusieurs deseir nemis, et ce lieu fort subject à'ceste imperfection.
Et jà avoient les ennemis sapé et renversé la plus grande partie du parapect et raznpart de la grande brèche, où estoient demeurez grand nombre de vaillans hommes, et jà donné un faa^ assauit, quand tous ces dangers furent remonstrez à M. le duc de Bouillon , et sur tous la perte irréparable des braves hommes qui estoient d^ dans cette mauvaise place , et non guères forte, servant de frais exemple la prise de Teroenoe. sans comparaison plus fbrte que ce chasteau Parquoy, de chactm costé furent proposez termes de composition ; ce que mesmement le prince de Piedmont accorda trop volontiers, estant asscore que les chefs qui défendaient et ardlent ceste place en garde estoient hommes de valeur , et le reste des soldats dont elle estoit garnie si certaim et fidèles , qu'il les falloit premièrement tous hacher en pièces les uns après les autres, avant que de cuider y mettre le pied par force , pr^ voyant que le temps luy estoit trop court pov temporiser longuement devant. Ainsi estoit content de l'avoir à bon marché , pour après disposer d'autre besongne. Mais ainsi que les gestilshommes et trompettes alloient d'une part a autre pour pacifier ceste composition , et estant venue jusques à si bon effecft qu'il ne restoit pios qu'à départir les hostages de chacun costé , ef à estre signée de la main du prince, advindre&t deux malheurs : l'un , qu'un maudit prestre, non à son escient, comme on a sceu depuis, mais par inadvertence , ou ne sçay quelle malédiction , meit le feu aux artifices et appareils qu'on arait affûté à la brèche pour soustenir Tassault ; fao-
(2^ Lapina et Maireaux.
COHMBNTAIRKS DE FRANÇOIS DE BABtlTIN. [1558J
trt que les Bourgnignons , de certaine malice , donnèrent féu aox traînées des mines, craignans d^estre fimstrez de ceste proye, estans alléchez par le.sac dû Terœnne: tellement qu'estant nne partie des soldats bruslez et consumez en ces feux,* et Une autre abysmée et perle en ce gouffre , le reste , qui estoit peu , estonnez comme si àrheure fussent tombez des nues, sans oser faire résistance pour la défense qu'on leur avoit fait de ne bouger de leurs places et ne mouvoir les armes, attendant la signature et confirmation da priace, furent surpris, et se trouvèrent à la merci des ennemis plustost qu'ils ne les pensoient ea^ encore entrez. Le prince de Piedmont sçachant ceste adventure si heureusement escheuë poQCldy, et mieux qu'il n'esperoit, ne voulut après signer ce qu'il avoit promis et accordé, oubliant tout le précèdent , pour l'aise qu'il avoit de recouvrer la place et les prisonniers à si bonne issue; et dès l'heure à beau pied monta à mont la grande brèche, et entra dedans le chasteau, pour aller trouver M. le duc de Bouillon. Si tost que M. le duc de Bouillon l'apercèut, meu de grande cholere , sans aucune crainte de mort , lay dit : « Comment , Monsieur 1 est-ce ainsi que TOUS tenez vostre promesse 7 voulez vous pas m'envoyer les bostages selon que m'avez promis, et tetlir ce qu'est accordé entre vous et moy ? o Aaquel le prince respondit avec un soubrls qu'il aroit parlé trop tard, et qu'il n'cstoit plus besoing de donner bostages quand tous ses gens estoient dedans. Après plusieurs propos , la resolution fut qu'ils demeureroient prisonniers, à sçavoir : M. de Bouillon , chef et lieutenant du Roy; le seigneur de RioU , gou- ▼emeur; te seigneur de La Lobe, enseigne de la compagnie de M. le duc de Bouillon; le comte de Villars , le seigneur de Prie , lieutenant de sa eonpagnie; le seigneur de Guenan , guidon ; de Vanzé , mareschal des logis; le baron de Culan , le seigneur des Maretz , lieutenant de la compagnie de gens de pied du seigneur de Riou , avec plusieurs autres ; ausquels il tint si grande rigueur, que depuis qu'ils avoient quelque appa- ^(e, en tira par escrit le nom et surnom, et les retint prisonniers.
Voilà comme est advenu de la surprise du cl»asteau de Hedin , selon qu'à la vérité Tay sceu comprendre , escheué le dix-huictiesme de Juillet, jour de Sainct AmouU, estans morts dedans, entre autres hommes de réputation, ce gentil duc Horace , prince prouveu de grandes vertus, donnant espérance de future grandeur, d'un boulet d*artillerie duquel mesme, prè^ de luy , fut abattu mort un vaillant gentilhomme , nommé le ^goeur de Magny : aussi y furent tuez ce brave
et vaillant seigneur le vicomte de Martigues , qui , au partir de prison h la prise de Terœnne , s'estoit remis dedans ce chasteau, et qui s' estoit tousjours trouvé en beaucoup de bons affaires ; le seigneur de Moninville, de la maison d'Amboise ; le seigneur de Cizieux , commissaire ordinaire des guerres ; le capitaine Lusignan , enseigne de la compagnie de gens de pied du seigneur de Riou ; le seigneur de Dampierre , qui pareille* ment avoit esté prisonnier à Terœnne , et de rechef s'estoit renfermé là-dedans avec le seneschal de Castres et capitaine Vif-Argent, qui furent abysmez dedans les mines ; le capitaine Maiestroict, lieutenant du seigneur de Maugeron , le capitaine Merargue , capitaine d'une compagnie de gens de pied, et le capitaine Coq, enseigne de la compagnie de gens de pied du capitaine Cerf, y furent tuez des premiers dedans la basse ville. D'autres vaillans hommes y terminèrent leurs vies , aux âmes desquels Dieu veuille avoir fait miséricorde et mercy .
Il fault croire que sans grand intervalle ces deux princes eurent nouvelles de cest eschet ; l'un en fut très-Joyeux et content, et manda qu'à toute diligence on feist raser ce chasteau ^ Vautre en r'engregea de beaucoup son précèdent ennuy : mais le plus expédient remède fut, encore que auparavant par la France ne fust autre bruit que d'amasser gens de guerre , et que les chemins fussent couverts de soldats, de hâster toutes compagnies , et le plus bref que seroit possible dresser son armée , pour les empescher de faire autre entreprise, estant seur advertisseraent qu'ils menassoient Dorlan (i) , où jà estoit M. le vidame de Chartres, chasteau moins fort que Hedin , que le feu roy François avoit fait construire de terre , pour estre boulevert et contrefort à Hedin , au temps qu'il estoit ennemy. Pour ce de tous costez alloient et trottoient postes (2), pour solliciter et haster cest appareil. Quant à la gendarmerie et cavalerie françoise , elle fut tantost preste et sur pied , tant pour estre partie es garnisons , que pour la commodité et le loisir qu'on avoit donné aux gens d'armes de pourvoir quelque peu à leurs affaires domestiques; la fanterie françoise fut semblablement aisée à estre mise ensemble, estans les vieilles enseignes complettes en leurs garnisons et lieux ordonnez, avec le bon ordre qu'avoient mis les nouveaux capitaines pour faire soudainement leurs levées, et par l'advertissement qu'avoient donné à leurs soldats de se tenir prêts quand seroient mandez. Quant aux Allemans et lansquenetz , ce que le Roy en avoit
(IjDoorieiis.
^) Gonrriers.
COMHENTÀIBES DE FRANÇOIS DE BABUTIN. [1553]
retenu pour son service, ayans tousjours esté entretenuz et soldoyez, estoit jà aux champs. Ainsi en peu de jours et sur le commencement du mois d'aoust se faisoit de plus en plus gros le camp du Boy à l*entour d'Amiens et Pequigny , et ne restoit que les Suisses et Grisons, lesquels, tant pour estre lointains qu'estans pesans et massifs, Yenoient à petites journées, principalement à fm qu'ils ne fussent harassez quand ils arriveroient au camp, et qu'ils se trouvassent f raiz et prompts à combattre soudainement si le besoing y advenoit : pourtant ny arrivèrent que sur la fm de ce mois. Depuis la prise de Hedin, tout le temps que l'armée du Roy s'assembloit, les Impériaux ne &irent autre chose que le démolir et raser, quelques volleries et bruslemens de villages selon (1) la rivière d'Authie ; encore qu'ils eussent sommé le chasteau de Dorlan et semé le bruit de le vouloir assiéger, n'en feirent semblant, ne de vouloir attenter chose nouvelle jusques environ le treisiesme de ce mois : ayans eu advertissement que M. le connestable avoit fait passer quatre enseignes de fanterie françoise et deux compagnies de chevaux-legers oultre la rivière de Somme délibérèrent avecquatrereglmensde leur cavallerieles surprendre et desfaire si cautement, qu'ils auroient exécuté ce massacre avant que ce qui estoit devers Amiens en fust adverti . Advint, ne scay par quelle bonne fortune, que M. le connestable ce mesme jour avoit dressé une autre partie pour les aller visiter de près jusques en leur camp , ayant le seigneur Paule Baptiste la commission de passer la rivière avec cinquante chevaux pour attaquer l'escarmouche et les attirer au combat, demeurant M. de Nemours en embuscade avec trois compagnies de chevauxlegers en un bois, sur le bord de ladite rivière de Authie ; lequel se trouvant forcé se devoit venir rendre pour estre soustenu à M. de Sansac, qui estoit une lieue arrière avec cinq autres compagnies légères : M. le prince de Gondé estoit à un quart de lieuë à la main droite de luy avec trois compagnies légères; aussi M. le mareschal de Sainct André, avec cinq cens hommes d'armes , à deux mille plus arrière , tirant devers nostre camp ; M. le connestable estoit à my-chemln entre toutes ses compagnies et la rivière , accompagné de trois ou quatre mille chevaux , tant de gendarmerie que rierebans , et vingt enseignes de fanterie , moitié françoise et lansquenetz , et quatre pièces d'artillerie de campagne; mais au Heu de les aller semondre au long , relevèrent nos gens de ceste peine ; carie premier adverlissement qu'on sceut d'eux fut
(I) Le long de.
qu'ils estoient à un demy 'mille prochains de M. le mareschal de Sainet-André , ayans laine derrière eux toute leur cavalerie légère, telle* ment que trois cens chevaux de leurs ooureun donnèrent jusques à M. le connestable sansd»couvrir aucunement noz embuscades. La cavallerie légère qu'avoit M. de Sansac attaqua r» carmouche au plus près de Tembuscade de M. \t mareschal , et furent par les ennemis nos geas soustenus et roidement repoulsez jusques sur ks bras de ceux qui estoient plus arrière , où priadrent deux prisonniers qui leur dirent que M. ie connestable n'estoit qu'à un quart de lieuê ioio^ avec toutes ses forces; ce que leur feit haster de faire une charge sur les compagnies de M. de Vandosme et du seigneur de Sansac. Aumesne instant ledit seigneur de Sansac fut couvert et chargé d'autres mille chevaux. Sur ceste mesiée M. le mareschal commença à marcher au grand trot droit à eux, ce que les arresta sur cul: qnant et quant descouvrirent M. le prince de Gondé en bataille serrée, galopant pour les joindre, qaî les meit en tel desarroy qu'estans rechargez seulement de cinquante sallades , se meirent à >ag de route. Mondit sieur le prince n'oublia de soi costé à les entamer et caresser si rudement, q« luy et ses compagnies les menèrent battansou grande lieuê plus arrière, où furent tuez de leurs , par le commun rapport , de sept à hoet cens hommes, entre lesquels, de gens de renom, on trouva le comte d'Espinoy et autres graods seigneurs des Pays-Bas ; sept y tant enseiçBes que guidons , gaignez près de cinq cens prisaoniers , du nombre desquels fut trouvé te due d' Ascot. De la part des François , d'hommes de réputation , le Ûls de M. de Ganaples , M. (k La Roche Guyon et le guidon de M. Sansac,) demeurèrent prisonniers avec antres soldais: principalement dç la cavallerie légère, noua grand nombre tuez et prins.
Ceste rencontre , heureusement exécutée pv les François , rabaissa dès ce temps si fort b hautaine présomption des Impériaux, que depuis ne feirent chose d'importance , ains deptoi en plus déclinèrent; car, incontinent après, ps^ tirent de ce lieu , où estoient campés à l'entov de Beauquesné, ayans razé la touret lefdrf^ vindrent à grandes journées jusques à Anoed Miraumont, quatre lieues prèsdePéronne, lz^ res françoises , èsquelles ayant mis le An , et iop dedans Bapaulme dix enseignes de leurspltisbA' ves hommes, estimans que, selon le comana bruit , la première fureur françoise y serwtdesgorgée , sans faire plus long niovjr , le corj»* leur armée se retira devers'Arràs , lequel adooi' n'estoit fort gros et puissant ; car beancoup à'oi-
COMMENTAIRES DB FBANÇOIS DB BABUTIN. [1553]
ire tox ; mésmeineiit des circonvoisiDS , d'Artois Ht Henoault, se retirerqat en leurs maisons, pour amasser le meillettr de le^rs biens , et renfermer dedans les villes fortes , ou cacher en lieux sears et secrets, sçachans que Tarmée du Roy esfolt adonc toute complette, et devoit estre mise aux champs en bref. Quant à eux, selon leur commun dire , ils faisoient le bruit, et se vantoient que TEmpereur ne demandoit et ne cherchoit autre chose sur ses vieux jours [s'en promettant un trespas plus doux] que donner une autre bataille à un si grand roy. Pour laquelle raison, et soubs ceste espérance et attente qu'ainsi le feroit , avoit le Roy gra&de sollicitude à dresser son armée belle, forte et pourveue de ce qoi estoit nécessaire pour soustraira la bataille d*im bien grand et fort ennemy , ou en personne le voulolt trouver pour luy faire entendre que ce a'estoit à un lieutenant qu'il avoit affaire , mais à on roy ne craignant tant les hazards de fortune comme aymant le bien public et défense de son peuple. Pourquoy n'y voulut non-seulement ses amis , richesses et avoirs , mais sa propre vie exposer', encore que la fortune par beaueoap de ses tours se fust déclarée assez son ennemie , mesmement ayant receu nouvelles de la lûort du roy d* Angleterre , son certain et natutaln i^Ré et amy , pour laquelle conceut en l'estomach une tristesse plus aigre et violente que sa constance ne Texprimoit, ce que nous passerons légèrement pour prendre Tarmée françoise.
Laquelle en ce temps , qui estoit sur la fin du mois d'aoust , se trouva toute assemblée près de Gorbie , et le premier jour de septembre cominencerent les enseignes de France à estre desployées par toutes les parts à l'entour de ceste petite ville , en si grand et admirable nombre d'hommes , que plus espessement Ton ne voit an renouveau les mouscbes à miel voler aux champs sur les fleurs espanies(l) pour ensuccer le miel. Ce que le Roy, estant en unecassine sur le chemin, voulut veoir, mesmement les Suisses dreslor leurs bataillons en belle oiflonnance [enq^y de tout temps ont emportez le loz], que luy aggréa fort et print grand plaisir. Quant au nombre de ceste armée, si je le voulois particulièrement et de mot à mot raconter, et reciter les prioees et grands seigneurs, gentilshommes, ca- P|^4R^} vaillans soldats, les compagnies eten- *ï%il», tant de cavallerle que faoteriequi est^'l^ en ce camp, ce ne seroit jamais fait, et ne &adroit que ancre et papier pour en faire un livre entier ; mais j'espère à vous narrer choses plus aggrëables.
(i) Epanouies.
De laquelle armé» estoit gênerai conducteur le très-vaillant et sage chevtiller M. le connàtable, et le premier chef en Tadvant-gairde, estans avec luy ces princes, ducs de Vendosme, deMevers , d' Anguien , de Montpensier et l'Admirai , ayans chacun de ces princes un régiment de gendarmerie [qui est deux cens honmies d'armes] soubs eux , et ausquels commandoient. De gens de pied , y estoient quarante-neuf enseignes de fanterie françoise, faisans nombre de quinze à seize mille hommes, desquelles estoit gênerai mondit seigneur l'Admirai. Le comte Reingrave , colonnel des lansquenets , avecReifbei^, avoient quatre régimens , qui sont vingt enseignes, faisans nomlgpe de dix à douze mille hommes f quatre enseignes escossoises et deux angloises, en estimation de douze à quinze cens hommes.
De la cavallerie légère estoit principal chef le seigneur de Sansac , nombrée à près de deux mille chevaux , y comprenant trois ou quatre cens AngIciJB , braves hommes et propres à ce mestier. Les nobles et rierebans estoient complets , comme on disoit peu après , de trois mille chevaux , desquels estoit général le seigneur de La Jaille.
De rharquebuzerle à cheval n'estoient guères de compagnies particulières , pource que , peu auparavant , le Roy avoit mis sus une ordonnance à chacun capitaine de cent hommes d'armes , de lever cinquante harquebuziers à cheval , armez de corselets , morions , brassats ou manches de maille, avec la scopette ou harquebuze propre à mèche , ou à rouet , dedaAç le fourreau, de cuir boully , montez sur bons courtaux , ^ i-ceux de cinquante , vingt-cinq en ce mesme' équipage , conduits par un homme d'armes, speciallement des plus expérimentez qui seroit esleu en leur compagnie. Tous lesquels faisoient bien le nombre de douze à quinze cens : chose bien inventée et par bon conseil, pqur soustenir Thomme d^armes en lieu estroict et malaisé, et qui donnolt grande parade et grâce à ceste armée, pour estre les premiers devant les compagnies avec la diversité de leurs accoustremens.
En la bataille estoit le Roy, près de luy le prince de Ferrare, le duc de Guise, le prince de la Roche Surlon et le mareschal de Sainct-André , ayant chacun de ces princes un régiment de gendarmerie, comme les susdits, le grand escuyer de Roysi, et le seigneur de Cmiaples avec leurs bandes de la maison royalle , avee les^ardes, tant françoises, esco^potses que de Suisses, et un nombre de grands seigneurs et gentilshommes suy vans ce grand Roy, tant pour flde«
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CÔMHSMTAnSS OE FHANÇCRS DB RABQTIN. [1655]
lité que pour lay donner ci^noîjssance de leurs Tert't» et bonne volonté.
De toute l'artillerie, qui n'estoit en grand nombre, environ cent pièces, grosses et menues, le seigneur dVEstrée estoit grand maistre et premier gouverneur, gentilkomme vigilant et de bon esprit.
Pour le jour que ceste puissante armée fut mise à la campagne , ne feit grande traitte , se campant qe soir à une lieue de Gorbie , en deux petits villages selon un torrent et petit fleuve , en stance (1) fort commode, estant le Roy logé en un cbastelet sur un coustau qu'on disoit estre des terres du seigneur de Hely ; duquel lieu le lendemain partit, suy vaut presque le trac et les brisées de Tarmée impériale , pour aller loger à Miraumont. Advint qu'en chemin [ne sçay par quel advertissement] M. de Nevers se tira hors de Tarmée avec son régiment, tirant à main gauche devers les bois et forests contre Arras, où furent descouvertes aucunes eseoutes , qui tost nous ayans apperceuE , débusquèrent et se sauvèrent de vistesse dedans le profond de ces bois et forests. Lesquelles furent après du long et du large descouvertes et visitées, où ne se trouva nombre d'ennemis faisant teste ; seulement quelque ibrt dedans un village, qui, peu après, fut forcé par noz harquebusiers^ et trouvé moins prouveu qu'on en avoit opinion ;'pourquoy retournasmes à Miraumont pour prendre nostre quartier.
Le lendemain, qui estoit le deuxième septembre, M. de Guise , avec deux régimens de gendarmerie, environ mille ou douze cens chevaux, tant de cavallerle légère que des notâtes,. et dix enseignes de fanterie françoîse, partit de ce lieu, ^tirant la rotte (2) de ces bois vers Arras, pour d^scouvrlr et escumer les lieux suspects et dangereux, et dompter les forts et carrières des volleors et larrons; mais ne trouva chose que ce soit de difficile résistance , s'estant descouvert Jusques près des fauxbourgs de ceste bonne ville ; retournant, pour enseignes de ce voyage, fut mis le feu en tous les villages , cassines des environs, avec une désolation et lamentable pitié.
Or de ce Heu de Miraumont ne peult avoir qu^ deux bonnes lieues jusques à Bapaulme, lieu fort, plus pour Tassiette stérile que de naturel ne artifice , mais odieux et dommageable aux François circonvolsins , autant ou plus que Teroenne estoit à ses voisins les Bourguignons. Parquoy courdtun bruit par nostre camp [con-
(1) Position.
(2) La route.
trouvé et issn, comme je pense, da eommiiB populaire] qu'avant entreprendre autre chose ob raseroit ce chasteau en vengeance des nostra. Tant y a [ ou pour contenter ce désir du pavi, ou pour tenter si ce fait seroit aisé et facile à^ tre en peu de temps parachevé] que le troisleiBe de ce mois, M. le connestable , avec la phispait des princes, accompagné de près de cinq oa sii mille chevaux, et autant de fanterie françoîse, alla recognoistre ceste place , de laquelle ot gouverneur le seigneur de Haulsimont, chmvalier [bien estimé entre les Bourguignons] (!»)«• veu de dix ou douze enseignes de pied, et de trois ou quatre cens chevaux. Lequel , à 1 arrivée de ceste belle compagnie, ne se monstra point chiche de pouldres et boalets, noos es* voyans de telle marchandise plus qnoo B'eD vouloit. Au surplus , ceux de dedans ne forect fort paresseux et retifs à sortir à Tescarmoache; mais, tant toing que les boulets de leur artillerie pouvoient donner, s'eslongnoient, et asseï bravement faisoient leur devoir presque quatre both nés heures que l'escarmouche dura. En ceste Cr carmouche furent blessez le capitaine Dreol d'une harquebuzade en la culsae. Aussi fat le Jeune Molinont, fils de M. de Molinont^ goaTcr* neur de Sainct-Disier, et le seigneur de Nogeet, lequel depuis mourut à Peronne : darant laquelle escar'mouche, M. l'Admirai feit le tooret circuit, en petite compagnie, à l'entoor de Is ville et chasteau, et fut trouvé le tout prenable. estant le rempart de mauvais conroy, et la terre dont il est fait estre sable mouvant et ddié, qui n'est de bonne tenue ; faisans de ce apparence un quartier de muraille qui estoit tombé , et totrès du rempart qu'on pouvoit facilement cognoistre couler et decheoir ordinairement dessus; mais la plus grande difficulté qu'on y troo^aci' toit la nécessité irrémédiable d'eau. Encore qie M. le connestable y eust fait aller grand nombre de vastadours, pour chercha des souretf et fonteniz , toutefois ne peurent trouver veiaef de durée. Pourquoy, à mon advis fut nvapoe la délibération de ce siège , et remise à une » tre fois.
En ce séjour de Miraumont , plusieurs certz^ fioient que le cardinal de Sainct-^eofje, k?^ du Pape , estoit là arrivé pour tmâWtjgb^^ trêves entre ces deux princes. Qjft^jJCTPyi n'en ayant rien sceu à la vérité, nil* wWlK ^ ne puis asseurer pour les mervdtkiQX mp^i feux que faisoient les François sur totinrcfii l'Empereur, qui me contraint dfr^jntt P* que le .Pape devroit avoir un graoA Mq^cais vie , ayantesté l'occasion d'une at sa^lBl^ ^ très-cruelle guerre,
COMMSNTAIftXft BE flIANÇOlS SB AABUim. [1558]
Aq departy de ce lieti, estans tous les villages, ibbayes et tous dotiliciles des ennemis , voire Jttsqi]^ aux moulins à vents, auprès des portes deBapaulme, partie consommez, et le reste eneore en flammes et fumée y le terroir et chemins devindrent tant fangeux et p^ans, pour les playes tombées par un jour et une nuîct, que les soldats et gens de pied, à grand travail, peurent attaindre Tautre log|9, nommé Morlencourt, à deux petites lieues près de Peronne ; à cause de laquelle difficulté en endurèrent les charrois et bagages, sur lesquels, tant la gamison^e Bapaulme que les paysans, feirent de bons butins, etdestrousserent les plus esgarez et mal conduits. Et faut entendre que Tarmée impériale nous costoyoit à cinq et six lieues près, estant la rivière comme une barre et séparation entre eux et nous, felsant tousjours autant de chemin que nous , se logeans en lieux forts , marescageux , On environnez de bois et rivières, pour n'estre pareille ains de beaucoup moindre que la nostre, qnedeux^ raisons faisoient assez cognoistre. Premièrement, qo^au plus près de leur camp nos soldats alloient bruster et mettre le feu es villages, et le peu d'alarmes qu'ils donnoient aux nostres, sinon quelquefois sur les vallets et fourrageurs : ce que nous estimions plustost advenir par les villains et paysans, destruits et désespérez que d'eui. Et mdtis encore d'empeschemens ^toient donnez à noz vivandiers et aux provisions amenées en nostre camp ; estans tous vivres à marché competant , au milieu d'un pays enneroy, snqael on ne trouvoit que les granges pleines de Meds et fourrages ; tout le bestail et autres vivres jà transportez et retirez dans les places fortes. Ce qu'estant venu à la cognoissance du Roy, et pt^voyant assez que son ennemy n'espéroit et n'attendoit éiutre chose, sinon que le faire tempolder devant une ville , ou es autre entreprise & petite valeur, pour le tirer jusques à la saison dephiyes, lesquelles commencent tost sur ces pays froids et Occidentaux ; cause de le ruiner et *ffolbllr, tant pour luy trancher tous vivres, que 9ar maladies et froidures , afin de le précipiter cû un abysme de malheurs, pour après luy doniicr ceste bataille que nous avoit promis; conclud ■^ec le conseil d'y remédier. Le conseil du Roy estoit [s'il m'est permis d'en dire un mot, selon ^ j'ay peu cognoistre, et s'est veu par effect] de réduire son ennemy en deux extremitez grandes : Tune desquelles luy estoit impossible d'éviter, à sçavoir qrfe, s'il vouloit tenir son ajrlûée forte et unie, sans la départir pdur en four- ^r beaucoup de villes grosses sur ces pays, non fortes ne fortifiées, que des hommes dont elles î>€roient pourvues et garnies le plus sondalnanent
que seroit possible, en saisiroit la première qu'on pourroit surprendre par force , par rtrse et par toutes autres voyes, pour, après ravoir saccagée, et le plus qu'on pourroit ruinée avec tout le plat pajrs, promptement nous retirer. Et s'il la départoit, tant par ses villes qu*ès forteresses 9 comme il fit, estimant, selon le commun bruit que nous mesmesiiaisions, qu'en yrions assaillir quelqu'une, sans sçavoir laquelle, pour ce que bien peu de personnes le sçavoient, voyai^t nostre armée tournoyer , ne pouvant autrement comprendre nostre délibération, sans temporiser, et cependant que el le seroit tousjours en sa première force, on yroit lui présenter la bataille; laquelle, pour son honneur, ne pourroit refuser, puisqu'il en estoit le premier demandeur^ et qu'on l'yroit chercher dans ses terres ; que s'il la recevoit, nous en pourrions avoi^ si bon marché [estant de beaucoup en plus petit nombre que nous], que les autres et ceux qui résteroient après, auroient plus d'occasion de fuir et se retirer , que se remettre ensemble pour attendre nostre venue.
Et pource que l'Empereur se doutoit toisjours de ccste ville de Cambray , pour plusieurs raisons , entre autres , que se disant ceste ville neutre , ne luy estoit loisible d'y avoir là-dedans plus d'authorité que le Roy, et se doutant que les magistrats ou le populaire, se seatans grevez etoultragez par l'usurpation qu^avoit fait sur eux , s'estant advantagé Jusques à là , que de bastir une citadelle pour les tenir en subjection et le pied sur la gorge , ne feissent pleine ouverture an Roy, comme estant adone le plus fort : parquoy en seroit frustré et débouté, et sa citadelle enforcée et renversée ; si-tost qu'il sentit nostre armée esbranlée , en feit approcher la sienne. Le Roy , par la prudence duquel , et de son conseil, toutes ces choses estoient prévenues, ne demandoit autre occasion que luy -mesme luy presentoit, à sçavoir, estant là près en une si belle et espacieuse plaine , luy présenter la bataille ou de sommer ceste ville, selon l'accord de neutralité , de luy faire ouverture, et luy donner vivres comme à son ennemy. Pourtant , d'une traite , de ce lieu près de Péronne, allasmes camper en un village, à deux lieues près de Cambray. Le lendemain , dès la poincte du Jour, le Roy feit mettre toute son armée en bataille et ordonnance , preste à combattre. Ainsi se vient présenter devant ceste ville. Quant et quant envoya son herauld d'armes pour la sommer et admonester de son devoir, leur faisant entendre quCj non pour les fouler et oultrager estoit là venti , mais plustost pour les remettre et confermer en leur première liberté ; laquelle il scavoit bien avoir esté desjà corrompue par l'Em-
GOMMfiNTAXBES 0E TBÀNÇOIS DE RABUTIN. [1563]
pereur , dont, sHIs votUoient se venger et mettre hors de ceste servitude, ne p^urroient demander meilleur moyen* que sa venue/Que, si l'Empereur y vouloit guereller autres advantagês ne drolcts, estoit là en personne pour luy monstrer et le combattre avec ses forces sur le contraire. Si autrement le faisoieat , iJs seroient cause de beaucoup de maF pour eux : premièrement , de perdre ce tiltre et privilège d'estre dits neutres, qui est de n'estre afTefitionnez à la querelle de l'un ne de l'autre; pourquoy avoient liberté de trafiq,uer es pays de chacun d'eux. Davantage exempteroient leur plat pays d'estre brusié et fouldroyé [comme ^ esté depuis], sans ce qulls demeureroient à perpétuité subjects à tailles, emprunts, subsidtes , et toutes exactions, et plus au danger d'estre coustumierement comprins à divers travaux , ausquels un pays particulier est abandonné de souffrir pour son prince. Telles et plus grandes remonstrances encore furent faites à messieurs de Cambray , non pour leur demander de Targent [ comme par une vulgaire et Ineertaipe voix estoit publié ], n'estant vray semblable qu'un si grand roy se soitabbaissé Jnsques là. Parquoy , à bonne cause , estoient suspens et douteux de ce (ju'estoit le meilleur à eslire pour eu^ , et demandèrent au Roy vingt-quatre heures deux fois pour y adviser et lui en rendre response. Ainsi le Roy feit reculler son camp une grande lieuè plus arrière , estant logé à Grevecueur, terres des appartenances de la royne de France à présent régnante. Et fut cri^ par toute l'armée que personne n'eust à prendre chose quelconque au territoire de^ Cambray sans payer, à peine de punition corporelle. Constant lequel temps (1) , messieurs de Cambray f cirent sçavoir à TEmpereiur ceste semonce, qui estoit a&onc à Bruxelles ; comme chacun disoit; lequel, pour les consoler, leur manda des plus belles raisons du monde , entre autres qu'ils reprenoient (2) de la chambre d'Empire, et qu'il estoit empereur pour les garder et défendre) non un roy de France, qui ne cherchoit que leur ruine, leur remettant devant les yeux L'exemple de Metz ; leur promettant là où ils seroient assiégez , et que les François se parforceroient de les grever , les se- . coureroit en tout et partout. Et deslors manda auprini^ de Piedmont, qui s'estoit reculé avec son armée, devers Valenciennes, de leur donner tout le secours qu'ils demanderoient et leur serait de besoing ; y estant ordonnez pour chefs et principaux gouverneurs, les seigneurs de Bossu et de Brabanson. Le temps expiré et passé, encore que le Roy sceust toutes ces benes beson-
(I) Durantleqnel temps.
gnes, les envoya de recbef sommer pour hy en rendre resolution. Ils mandèrent, qtaant à eu, s'il pbdsoit à Sa Majesté, qu'ils estoient toos contens de demeurer ses humbles voisinset amis, ne refusans de luy donner vivres, maisqu'iii n'estoient adonc les maistres de leurs biens iri»> près ; que TEmpereur, malgré eux , avoitenvove gens dans leur ville , et grosses garnisons, pirquoy estoient hors de leur liberté et puissai» de plus en pouvoir disposer. Sur ceste respooee et frivole excuse^ fut Jugée ceste ville enoanie. Et ce Jour mesme, qui estoit le huitiesme de septembre , M. le connestable , avec deux regimem de gendarmerie et trois ou quatre cens chevau légers et de rierebans, M. l'Admirai a?ec dii enseignes de fanterie françoise , l'allerent recognoistre et visiter à l'entour; et, au lieu qu'auparavant nous eussions bien ouy chanter un p» let là dedans, pour le silence qui y estoit, oi n'entendoit que canonnades, harquebazades et bruit de toutes pars ; mesmementde la citadelle; qui fatsoit trembler la terre des coups d'artîlkrie qu'elle tlroit sur les François, soitansdek dedans soldats autant espessement qQeiesliii« Ions de quelque trou de arbre après un viatAi qui les aurdit irritez. Les nostresy conroieotdi tous costez , et n'y avoit Jusques aux TivaDdioi et diarcutiers qui ne voulussent avoir le pas» temps des braves escarmouches d'eux et de nott Lesquelles , de plus en plus fortes, contlBuerotl six jours entiers , en l'une desquelles fat tufk seigneur de Breze, capitaine des gardes fn» çoises; et, devant la citadelle , fut tué aosà H capitaine Cornet, capitaine d'une compagniedl gens de pied françoise; et, des Bourgoignons,} furent pris et ameaez prisoniders , d'hommes de réputation , le conôle de Pondevanx , de la Fm* che-Comté , et le seigneur de Trelon, de la di^ ché de Luxembourg.
Apostrophe à M. de BordiUon,
Et vous , monsieur , de vostre costé de Qtt pagne n'estiez adonc en repos , ainsi qne tesaé gnerent les deux enseignes de gens de pied.J les deux cornettes de cavaUeriedesBourguism qu'envoyastes au Roy eu ce lieu par lesttgs*^ de Neufvy , enseigne de vostre compagnie; I* quels aviez rompuz et desfait à la Baiette. f^ de Maubert-Fontaine , y estant demeuré F*** nier le gouverneur deCimels, l'unde leurs cbA s'estaÈt de vitesse, et à bien fuir , saufé le ^ tard d'Avannes, l'autre de leurs coadadw», Parquoy non-seulement avez augmenté la boa* grâce et faveur de ce granl Roy envffs wflJ;
(2)'EeleY0tent.
COMMENTÀIBBS BÇ FRANÇOIS DE BÀBllTIN. [1558]
ifec une louaoge et immortelle estimation de oat le monde ; mais avez obligé le pauvre peule de ces frootieres à prier Dieu à jamais pour ostre prospérité et santé.
Or, pour retourner à ce qui estoit fait Rêvant 'ambray, oeste cité fut parfsdtement recogneuê, t fut trouvé, selon Tadvis de ceux qui la visierent par dehors d*un bout à autre y selon aussi ! rapport des espions et de ceux qui Tavolent eoë par dedans , autant subjecte à estre canonée et minée que ville pourroit estre. Et, pour Q ù^Tt mon opinion et ce que J*en ai pu cognoist, c'est une grande ville , située, demie en un md , et demie en pendant , où il n'y a apparence eboulevers, rempars ou fortifications selon la ravelle façon. Du cosié de Fjranceet du soleil Tant, est une^ampagne et pais de labourage, escoQverte , de bien huict cens ou mil pasd'esndue , non encore tant plein que ne aille toustors en descendant quelque peu Jusques à la itle, ayant aucun petit fond entre deux; mais rappelle plaine pour ce qu'elle n'est umbragée arbres ne buissons, ou autres lieux empeslans la descouverte. Du costé de ponent , on Ile est la plus basse , où est aussi le fauxbourg , ut jardinages et saulsayes sur la rivière, et seiques prairies et marets. Devers midy, est ^e petite plaine pendant devers la ville , et, un u par de là, sont collines et vallées. A costé
septentrion est une petite montagne sur un «coings de la citadelle, laquelle est de ce costé construite sur le plus haut de toute la ville , où Qloit estre, cq dit-on, une abbaye ou église tliédrale : elle i^^ucunement la forme dequaatore; toutefois l'un des coings est alongé plus vers cette petite montagne qu'es autres lieux , tant un coulfon en façon d'esperon, servant de feose aux deux fifincs , avec une plate forme. tant à la situation et fondement de ceste citalie, on la jugeroit extérieurement estre subjecte I mine et sape , estant terre blanche comme la ime. Si le dedans estoit perriere , je la* dirois idreet fort aisée à estre taillée, ainsi qu'on lit cognoistre de la pierre de taille dont sont ' is les édifices , qui est plustost craie que rre. J'esiimerois cette citadelle avoir estéédi- > plustost pour tenir cette ville neutre en sub- Kon , que pour en faire une forteresse impre- )le ; car, estant conjointe à la ville comme elle . seroit besoing de la fortifier pour se secourir 1 Pautre , à raison , qu'estant occupée la ville, irroit grandement la citadelle estre intéressée; uelle aussi , estant forcée , seroit cause de ^ perdre la ville; mais T Empereur, tant pour isiderer ceste grande ville fort difficile à estre tifiée ; pour le moiQs qu'avec grands fraiz et
un longtemps , que pour n'agraver les habitans soudainement de surcharges; bastit en premier ceste petite citadelle là dessus, pour avoir un pied là dedans , et obvier aux mutinements et rebelUons , à fin q^e , peu à peu , s'y feist maistre du tout. Et croy fermement, si on les eust assiégez , qu'ils n'avoient espérance qu'en l'un de ces poincts , à Sfavoir : au grand nombre d'honunes qui estoient logez là dedans, estant ceste ville abondamment munie de vivres et toutes choses au surplus de l'armée impériale, qui se fortifloit près ^d'eux pour nous coupper les vivres , et donner tous empeschemens ; finablement, aux pluyesqui commencent communément en ceste saison en ce Pays-Bas. Tant y a , qu*on leur donna diverses présomptions d'avoir le siège; c^, aveo ce qu'on leur donnoit diverses alarmes, et estoient dressées escarmouches Journellement devant , on feit partir de nostre camp une partie de l'artillerie de campagne , et faisoit-on courir le bruit qu'on en amenoit de plus grosse d'Amiens, Gorbie,vSainct Quentin etCatelet, estant dressé desjà un nombre de gabions, et les traîneaux faits pour les porter jusques aux lieux où les approches seroient faites, et les mareschaux de camp allèrent remarquer et compartir l'assiette. Toutefois Je doute que n'estoit l'intention de nostre conseil , comme on a depuis veu ; mais estoient faites toutes ses ruses afin de les
tenir en ceste verdeur et opinion qU9 nous romproient et consomeroient lentement, dont s'estoient eslargis les Impériaux , et' séparez. Nous au contraire , sans nous séparer, n'affoiblir, les' voulions chercher et combattre. Parquoy, sans davantage y temporiser, estans tous les forts des environs rompuz et ruinez, jusques aux églises, tours et clochers sapez et abbatna, et le feu mis par tous les villages, granges et cassines, voire Jusques auxfaulxbourgs et près des portes de In / ville, en deslogeasmes tenans le chemin droict au Chasteau Gambresis. En chemin furent forcez deux forts opiniastres à petite occasion , dont ils resentirent aigre punition. Le premier endura' trente-six coups de eanon , et ouverture y estre faite grande et large sans se vouloir rendre; devant lequel fut tué le capitaine Pierre Longue et douze ou quinze soldats françois, quetuei que blessez. Toutefois que dedans ne fut trouvé homme que ce fust, s'estans retirez et sauvez par dessoubs terre ,. ou cachez dans quelques cavins et minières. PÔurquoy furent estoupez et bouchez tous les conduits qu'on y peut trouver. L'autre estoit moins fort que le premier, pourcequec'estoit un meichant poulier de terre , en appentis contre la moitié d'une vieUle tour ruinée , où y avoit quelque fossé à l'entour à sec. Pourtant
COKMKlfTiniBS PI FtAMÇOUI PB BAMTOV. [1653]
avolent moindras raisons , on apparence de refuser dès la première fois à se rendre , et faire
response à la première et seconde semonce qu'ils . teur près d'une picqué , et creusées près de dix
ne se rendroient Jamais sans canon. Encore Tavoient-ils veu bracqué, et desjà y avoient esté tirez deux coups de moyennes , quand ils feirent signal de se rendre ; mais c'estoit trop tard, ' car les soldats françois, non enoore refiroidiz de leur première fureur, n'attendirent que le canon eust déchargé une seule fois , qu'ils' se Jetterent là dedans comme enragez, et enfoncèrent la porte. Après , la pitié fut grande de veoir le carnage qui y fut fait , et n'en fut un seul pris à mercy.
Tout à l'entour de ceste petite ville du Chasteàu Gambresfs estoit campée la bataille, sans que personne entrast dedans qu'une enseigna : laquelle y flit logée pour en repoulser les nostres mesmes , s'ils y eussent voulu faire aucun effort. Et peult-on aisément penser que les habitans estoient en grand doute de ce que leur estoit à advenir. Toutefois à la fin trouvèrent l'humanité de ce grand roy estre tant débonnaire , qu'aux humbles et^ebilesest propice et miséricordieux, aux rebelles et présomptueux est austère et pleiq de toute rigueur. Sa Majesté estoit logée, et la plus part d^ princes et grands seigneurs, en une magnifique et triomphante maison de plaisance près de là , qui estoit k Tevesque de Cambra^ f où davantage fut cognue sa grande bénignité , pource qu'au lieu de se venger du brusl^mentdesonchasteaude FoulemMray, fait À la poursuitte du seigneur du Raux , parent d'ieeluy evesque, non-seulement défendit estroitement ny estre mis le feu , mais , bien davantage , de n'en estre aucune chose tn^nsportée ne ravie. Un peu au dessus , le long de la rivière , estoit M. le connestable avec l'avantgarde. ^ Or tous ces tours et menées que noips faisions, n*estoient que pour considérer la contenance des ennemis ; car , estans advertis qu'ils ne s!esmouvoient en sorte que ce fust pour nous suyvre âans alarmes , ne faire semblant de donner sur nostre queue, se doutant peuit estre de quelque entreprise , ayans un seul jour séjourné en ce lieu , devailasmes audessoubs du Quesnoy , approchans à deux lieues près de Yalenciennes , où l'armée impériale estoit pan}uée en un fort. Le lendemain , qui estoit le dix-septieme de septembre , estans demeurez tous lesbagages en ce lieu f et deux cens hommes d'armes, avec environ deux mille hommes de pied pour la garde et défense^ allasmes les cherdier pour leur pre* senter la bataille. Leur fort estoit à la portée d'une coulevriae près de cette grande et ric&e
passe à Cambray , titant eompané en fonai quarrée, circuy de tranchées et levées delahul.
à douze pieds , estant assis nuAÛé en pendant di costé de Yalendennes, et moitié en fond, ie long le la rivière ; estant aussi de nostre cotr une petitjB colline quialloit en avallaDtjnsqi» à ce fort; sur laquelle pouvolt estre colloqw nostre artillerie qui pouvolt tirer en plofflb l^ dedans , et leur &ire beaucoup- de mal. Dooi ainsi que toute rarmée manshott en bataille n pas ordinaire , les avant-coureurs et cheraiakgers, qui estoient devant pour attaquer l'esormouche , trouvèrent un grand nombre de ienr cavallerie desjà en bataille sur ceste petitesolliu. en estât de oombQittre, tjt près Je là prindrentu contadin en habit de marchand^ àcheya)[(fv j'eusse plustost jugé espion qu'autrement]; )»• quel leur certifia que l'avantgarde des enoenÀ passoit la rivière pour nous venir combattre* Parquoy fut mené à H. le connestable, etdeioj renvoyé au Roy, et à tous deux en dit et affeon autant; qui fut cause d'avancer rannée, ein plustost ordonner les bataillons en leurs iiesi. Cependant l^scarmouche s'algrissoitcDDtioQrf' lement , estant sorti du fort oeçfain nombre gens de pied , braves hommes , qui girand devoir de soustenir nof avant-coureurs enfans perduz , sans ce que leur genàtfmejie laquelle se tenoit un peu au dessus feax. bougeast, que quelques uns qui se deband de leurs rancz pour venir donner le coup lance où ils voyoient leur por^. Autant eo soient nos chevaux légers , qyi estoient front front durant ces escarmouches* I«enr armée meit une partie en un seul bataillon quant je* dans ce fort , et le reste furent partis pv id flancs , prhicipalement leur harqudH)serie,tli mesme £açon qu'est disposée à un assaolt à ville. Leur artillerie estoit biise une partie so cavaliers de terre , qui tiroit par dessus M colline que j'ay dit estre de nostHe coste, etij reste aux défenses , et pour tirer 1^ long ta tranchées.
Nostre armée estoit ainsi ordonnée, si l m'en souvient: à l'avantgarde estolpvtdeox^ taillons quarrez; en la nuiin droite estoient ^# quatre enseignes françoises, estant sur ceste aille M. le connestable, leducdeMontpeBSîer,M.i Admirai , avec leurs regimens de gpmiannerie, qiu estoient six cens hommes d'anoAi etuapeo^ dessus , une partie des nobles , et eocM sa P^> plus haut tous leurs harquebusiertlKdiievii. ^^ luy de la main gauehe e8to|f àp^^unto'^ gnes de lansquenets ; estanS en opiEe sUc ^
ville , sur ceste mesme rivière de Lescau qui I seigpeurs les princes et ducs de Vsnàptfofi . ^
COmEKTÂIBBS QS FSAHÇOU DB UBDTDI. [ISSS] ^SS
Nevers et d'Angnlan , avec pareil nombre de gendarmerie que le susdit, et une partie des doblet , lesquels eetoient ud peu plus reculez de DOCK que les autres, pour couvrir nue petite montagne qui nous estoit an. costé gnucbe , et nos barqnebusiers plus avant, près d'un petit village qui bnisiolt, pour empesclier que les ennemis ne coulassent à couvert par cest endroit josques sur nos bras. A la bataille estolent deux aotres tMtaîltons quarrez : celuy du costé droit estoitdea vieilles enseignes, en nombre de vingtcinq, si bien m'en souvient, et en ceste alsle estoit le Koy avec tonte sa maison et ses gardes , U. 1* marescbal Sainct-André avec son régiment de gendarmerie; à la main seneslre estoit celuy des Suisses et Grisons de trente enseignes , fai- Bint belle et furieuse monstre, estans la plus part armez de corselets , brassais , cabassets ou secrettes , et , A bref dire , les mieux en equippage qui vfndrent long temps y a en France. En ceste liale estolent messeigneurs le priiice deFerrare, le doc de Guise , le prince de La Hoche Saryon , B?ec leurs reglmens de gendarmerie, qui estolent six cens hommes d'arraes. Les capitaines Momas et Enard , deux des plus vieux expérimente)!, tonduisoient les enfansp^us. Et fisult entendre qu'ayant le pays fort à propos vuide et desconvert d* près d'une grande Ileuë , le tout tttoitsiesgallement comparti, qu'il bransloit d'un mesme pas et mesure , et estoient les limites et espaces , qui dévoient demeurer entre les bataillons de gens de pied et les rancz de gendarmerie, svee tant parfaite industrie compartis, qu'estait impossible , sinon avec un malheureux désastre, d'y advenir desordre; car, pour cominezicer aux bataillons de gens de pied , c'estoit nue ordonnance tant bien dressée , qu'estans les premiers rancs repoulsez, sedevoient retirer dedans les seconds, et les premiers et seconds dans les troisièmes ; ainsi se pouvoient par trois fols r'aasembler et combattre jusques aux derniers , i la mesme façon que j'ay quelque fois leu que 'es légions latines anciennement estoient ordonnées , ayant chacun bataillon ses flânez de long bois et harquebuserie , qui pouvoient faire teste i tous endroits , et secourir tant la gendarmerie qne les corps de leurs tutalllons, le tout tant bien înné et couvert , qu'ainsi les veoir , et la tueur du lolell réverbérante dessus , on eust dit toute ceste contrée estre d'argent. Quant à la gendarmerie, chacun régiment estoit estendu d'un long, tellement qu'il y avoit tousjours deux cens hom- "Ksd'armesd'unfront, etleorsuitted'arcbersnu dot d'un mesme iimg. En sorte que si l'homme d'armes eust esté renversé , le second se remettoit en sa place; ainsi pouvoient tons combattre jos-
ques aux derniers. Les enseignes des hommes d'armes estoient au milieu, et les guidons au milieu du rang des archers. Quant à la cavallerie légère , elle estoit en quatre squadrons : ceiuy ■ des avant -coureurs , qui estoit à l'escarmouche, estoit conduit par le seigneur Paule Baptiste; l'antre, M. de Sansacletenolt embusqué dedans an petit lant d'une petite montaigne,
à maj de Nemours en avoIt un au-
tre d ssine entre nostre armée et
leur I cède Condé en avoit unem-
busqi fond , sur le dtemtn de la
ville , pour empescher l'advenue de ceste part. Quant A nostre ar "' celle de l'avantgart droite, et celle de I d'une petite colline et Grisons. Telle i nos batailles. Mais que toute ceste mo et assenrance, J'en selon l'apparaice et proteste sur la foj veux vivre et moui estoient à tesmoingi
hommes en meilleure volonté et ardeur de bien faire leur devoir qu'ils estoient, tant les François que les estrangers , mesmement les Suisses , lesquels avoient jâ fait leurs cérémonies euiotentim de combattre et mourirjusques à uuseul, avant que d'y faire une faulse poincte; et quant à may, encore que je fusse l'un des moindres soldats de toute l'année, je a'enz en ma vie plus grand de- ' sir que de veoir donner ceste bataille; ayant ceste ferme opinion que, si les Impériaux n'eussent voulu chercher ces axcuses et raisons pour sedire ' en plus petit nombre que nous, sçachant bien et . les estimant hommes valllans et vertueux, au moins nous nous fussions bien frottez et battoz , à qui demeurerolt la place et le camp. Lors de plus en plus nous enfloit le cueur nostre magnanime Roy ; lequel , accompagné de grands princes , nons venott visiter etenborter, tant de sa présence qu'avec son affable langage, avec telle ■ véhémence et affection , que chacun prenoit la mort aggréable pour son service.
Or estant ainsi toute nostre armée oq bataille , et s'aigrissant de plus en plus l'escarmoucba d'une part et d'fiutrc , ceste cavallerie des ennemis se tenoit et monstroit tousjonrs ea batatfle sur ceste petite colline, et fusmes alati attendana leur venue plus de trois grosses heures entières, volletant parmy nous ce bruit ; 'Ils viennent ! ils viennent I • et tant longuement que la nuict approchoit, et chacun s'ennuyoit dotant attendre. En{ln M. le conneslable, prévoyant
COMMSlfTÀTBBS DE FRANÇOIS DB BABUTIN. [1553]
qu'ils temporisDientHSciemment Jusques à Tobscarite de la nuict, pour nous mettre ou sarprendre eo desordre ^ feit advertir bostre cavallerie
« légère de se joindre pour charger ce hot (i) de cavallerie impériale ; ce que fut fait promptement, mais avec une tant grande allégresse et dextérité, qu'ils les repoulserent et rembarrèrent vivement, en moins de rien, Jusques sur le bord de leurs tranchées, les faisant culbuter pesle mesle là-dedans , où forent tuez , d'hommes de réputation des François , le seigneur de Genliz , de IfL duché de Bourgongne, gentilhomme qui avoit esté nourri page en la maison du Roy. A lyste heure là leur artillerie, tant celle des flancs que celle,qui estoit sur les levées de terre, commença à faire son office, laquelle en tua et blessa plu» 'i^'^ostres qu'il ne s'en trouva attaints de cou^s de main ; dont y furent tuez , entre autres hommes d'estimation, le capitaine Steph, gentilhomme italien , lieutenant de la compagnie de éhevaux légers du capitaine Sennetaire, et le seigneur de Ferrieres , lieutenant de la compagnie de chevaux légers au seigneur de Givry, de « la maison d'Estauges. Geste meslée dura plus d'ude grosse heure, y estant morts des François, tant de cheval que de pied , environ cent hommes , quand la retraite fut sonnée , que le soleil estoit jà couché et la nuict close. Longuement ayoit esté débattu si on les devoit aller assaillir . jusques dans leur fort; toutefois la meilleure part du conseil fut d'advis qu'on sie devoit contenter de leur avoir fait ceste honte en leur pays propre , non seulement d'avofar exécuté une par-
. tie de nostre volonté , mais bien y nous estans offert en leifr présentant ceste bataille dont ils
* nous menaçoient dès le commencement , assez
« froidement ol; à petite excuse l'auroient refusée. On considéroit beaucoup dedangeis : premièrement quenoz soldats estoient lassez et ennuyez, tant du chemin que de l'attente , estans chargez d'armes , et les ennemis fraiz et reposez ; que le ^y^ estoit pour eux et leur propre héritage , pourquoy combattoientplus courageusement^ et • comme gens désespérez, et ne les pourroit on assaillir qu'à leur grand advantage , estant pour exemple les batailles de Poictiers et de la Bicocque : aussi que n'avions seulement à combattre k ce premier fort , lequel encore que nous eussions forcé, se pouvoient les ennemis retirer fkcilement ttans la ville ; parquoy n'eussions rien fkit , et cQst esté à recommencer. Et prenons le cas que nous eussions peu parachever Yuû et l'autre, on peult aisément penser que les Fi^nçois eussent les premiers porté la pc&te au four«
(1) Corps.
et y en fust beaucoup demeuré , peult estre tous, tant à raison que ce n'est le propre ne lenstorel du Suisse, ne du lansquenet, d^assaillir viiks ne forteresses , que ne sont aussi tant affeeticiinez ny enclins comme les subjects sont à leun princes. Dont s'il fust advenu que le Roy se ftMt trouvé dans un pays ennemy , destitué de b meilleure part de ses forces, estoftà douter grandement divers malheurs luy advenir. Et povtant fut arresté et résolu qu'il valloit mieux se retirer avec honneur qu'avec perte et mooqoerie. Ainsi se remeirent les bataillons de fanterie es simple ordonnance , reprenant le chemin où estoient demeurez les bagages; et M. le coiuieslible , avec toute la gendarmerie et eavalerie de l'avantgarde demeura le dernier à partir , cb attendant et pour veoir s'ils voudrolent fidre les mauvais sur la fin , et donner sur nostre queue; ce qu'ils n'osèrent toutefois entreprendre : et, à la clarté et lumières des feux des villages qui brusloient à trois lieues à l'enUrar, retroQvasmes nostre logis précèdent.
Derechef, ce soir mesme , par aucuns grande seigneurs fut proposé au conseil y avoir mo\TB et cause de retourner une autre fois rechercher les ennemis , pour les assaillir et combattre josques dans leur parc , selon le rappwt d^auco» prisonniers qui en estoient venuav^freschemcnt. disans n'estre en telle défense comme on le enidoit ; asseurant que , du costé du midy , par le bas de la rivière, estoit foible, et que là leur traih chée n'estoit parfaite n'enlevée (2) de cinq pieds de hault ; parquoy on pourroit, en cest endroit, dresser et ordonner noz batailles , et le faire assaillir par les enfans perduz, cependant que neutre artillerie seroit assise sur les collines que ooos aurions aux flânez, qui tiroit à plomb dedaos eux, estant cause ou qu'ils sortlroient en campagne pour combattre, ou quitteroientlejeu. Et fut cestadvis prompteroent , et selon le premîo' mouvement, trouvé bon; mais, après que les bien vieux et expérimentez en eurent dit leur mot , et ce que bon leur en sembloit , on trovr» que la dernière opinion estoit encores la plus seore : suy vaut laquelle , ayans un jour sejonmé ea ce lieu pour nous rafraischir , nous retinsmes devers Ghasteau Gambresis, où semblabiement sejournasmes lAi jour , sans mettre lef«i , ne ea ceste belle maison , ne en la ville ; seulement cb furent mis hors tous les vivres qui estoient dedans , à fin que les ennemis ne s'en aydassent. Puis recullasmes jusques à Fonsomme , à dcn petites lieues près de Sainct Quentin. Kt là fot départie nostre armée , «iviron le dilMafiesoc
(1}ISt élevée»
COMHKNTAIBSS DS FRANÇOIS M BABUT1N. [1553]
tyjogtiane de septembre. Car estans les Suisses ien payez et contentez , leur fut donné congé our se retirer en leurs pays, et partie de la genarmerie logée es garnisons le long des frontiees, ou renvoyée es gouvememens de leurs ca- Itaines. Autant en fut âdt ie tous les nobles et lerebans.
L^autre partie de la gendarmerie et cavallerie igere avec les vieilles enseignes , et les AllemSj fut retirée et assemblée à Auchy le Chasiaii, au dessoubs de Hedin , et, peu de temps près, conduite par M. le marescbal deSainct- Ddré devers la comté de Sainct-Paul , pour la estroire de fond en racine, et parachever le deist et totale ruine , tant du baillage de Hedin ne de la comté de Ponthieu, et du reste du pays 'Artois. Ce que fut par luy exécuté à la veué es ennemis, sans trouver résistance , où 11 ne emeurast tousjomrs supérieur, avec une tant dmlrable furie et désolation , qu^il ne fut paronné seulement aux taicts et loges des bergers, ne tout ce plat pays ne fust mis en feux et cenres à i*entour d'Aire , Salnct-Omer , Lislars et ^rne, de laquelle le chasteau jfùt prins par force, i environ cinquante soldats espagnols tuez et ois en pièces là-dedans. En ce voyage ne fut fait Atre chose de grand effect , mais plustost mou-
vante à pitié que méritant d*estre mise par escrit, si-non une brave escarmouche que le vidame de Chartres [duquel la vertu est assez publiée par tout le monde ] dressa devant Lislars avec quinze enseignes de fanterie françoise, et presque deux mille chevaux , sur dix-neuf enseignes de fanterie espagnolle ; lesquelles estoient demeurées campées à Tentour de ceste petite ville, pource que les habitans leur avoient fermé les portes , craignans d*estre saccagez par eux , comme en estoit advenu à leurs voisins. Cette escarmouche dura presque un jour entier, estant chacune par* tie obstinée à obtenir et gaigner la victoire ; laquelle [ après avoir longuement bien combattu , et endout^] advint aux François, y esttfns morts et blessez peu d'entre eux, et des Espagnolz d'avantage, desquels pareillement en fut beaucoup amené de prisonniers. Après ces orages les François retournèrent à Auchy , où les Allemans , et à Tentour de Hedin , demeurerent en garnison : duquel le baillage avoit esté donné par le Roy au comte Reingrave. Et sur la fin du mois de octobre, estans cassées aucunes compagnies, tant de fanterie françoise que de la cavallerie légère, les autres furent départies et mises aux garnisons , pour passer Thyver qui estoit prochain.