‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 42 sur 58 · C. D. U. T. VII · texte numérisé non relu

C. D. U. T. VII

SlXiÈSMÈ.

Dé ce qui i'est fklt es Ardeôùei , Liegés , Hennauli , Brabao et Artois , tant par rarmée da Aoy que Mlle de I'£op^

reur, en l'aii 1554.

[1554] Psû de temps après, sur là ïin da Oiois d'octobre, qiie Tannée du Roy^fut retirée du pays d'Artois pour èstre départie es garnisons des frontières du pays de Picardie, Thyver commença, qui, pour les grandes et longues pluyes, avec sur la fin autant aspres gelées qu'il est mémoire de nostre temps avoir esté , osta tout moyen à Fennemy de se revancher, et attendre chose nouvelle contre nous. Et nonobstant que les armes fussent retirées de la'campagne, ne desistoit cou vertement de préparer la guerre contre nous à Testé prochain. Cependant TEmpereur se meii à poursuivre l6 mariage du roy d'Espagne son fils avec Tinfante Starie, nouvelle royne d'Angleterre, avec telle sollicitude, qu'il n'oublioit chose aucune qui peust servir à la consommation d'iceluy, se voyant presque hors de toute espérance d'avoir secours d'ailleurs et recouvrer argent; ce que plusieurs grands et notables seigneurs du royaume s'efforcèrent d'empescher, prévoyant l'immortelle guerre qui par les François leur estoit et à toute leur postérité préparée , ayant aussi auparavant expérimenté quelle perte et dommage leur avoit esté d'avoir si longuement soustenu la guerre contre une nation tant belliqueuse, et de laquelle le pays d'Angleterre tirolt innumerables commoditez de vivres et toutes marchandises : toutesfois , tant peurent les persuasions de TEmpereur, avec l'instigation des roynes Marie et Eleonore (1), et autres grands seigneurs ses confederez , que la jeune royne , oubliant la misère et calamité de son pays , vaiacue de nouvel amour et d'une ambition pour se veoir fepime d'un fils d'Empereur , contre les advis et volonté des plus grands de son royaume , qui plus fidèlement la conseilloient, après les avoir fait décapiter (2) et mourir ignominieusement , détenant

(I ) Sœurs de Charles-Quint. La première, gouyeruante des Pays-Bas; la seconde , veuve de François I*'.

{%) Marie , reine d'Angleterre , aroit fait mourir Jeanne Gray et ses partisans , et détenoit dans un châteaa sa »œar ÉUsattetti.

aussi prisonnière sa sœur et fille de ion pert, consentit à ce mariage ; puis , le plus tost (pieie nioyen se présenta , fiança par procureur) qiË estoit le comte d'Aiguemont, Phib'ppes, rat d'Espagne , espérant peu après parfaiiv. ete»» sommer le surplus. Le Èoy, cognoissanttMta ces choses ne tendre seulement qu'à lay bbIr et l'endommager, feit grands amas de demen. appellant à son aide et secours ceux qu'il esgnoissoit luy estre plus obeissans et fidèles, et qu'il pensoit avoir le moyen de plus luy pftj«dicier ou faire service; dont le pape Jnlei. voyant non seulement l'Europe , nuiis mm* seilement tout le monde griefvemeat esmea et troublé, le peuple chrestien miserablemeâ foulé et oppressé [non, comme je croy, sas grand remors et synderesse de sa couscieott d'en avoir esté le premier autheur], envoyait cardinal d'Angleterre , son légat, devers le Bof et l'Empereur, pour adviser par tous moyens i| une bonne paix et union entre ces deux priocei En quoy ce bon et vertueux personnage, aiee grande intégrité et zèle de la tranquiiité pubfi que , s'employa si vertueusement, que , mettait arrière toute ambition et crainte de haioe ot captivité , ne cessa de leur remonstrer les mâ> nies misères desquelles le pauvre peuple chre»tien est affligé , l'incertitude et misérable esU auquel T Eglise catholique, par leurs disses* tions , est maintenant réduite. Et n estoit \rt^ semblable, quoy qu'aucuns ayent voulu dire que ce fust une sainte dissimulation, que ot bon cardinal favorisast plus à l'Empereur qji^ Roy. Quant à moy , je n'en veux croire que h commune et generalle opinion , qui lors esioft d'une asseurance de paix si grande, quels pauvres gens des frontières , de l'un et l'autR party , se l'estoyent ainsi persuadé, et i'œ ^ seuroient tellement, qu'ils rebatissoientetcoomençoient à rehabiter en leurs cazettes et pe^ tes maisons, fumantes encores du feu doatels avoient esté ruinées : tant que chacun se ^ mettoit un bienheureux repos, s'il eost pies'

COliltkENtÀIÂES Dfi FBÀNÇôtS DE BÀStlTlN. [1554]

Dien amollir les coeurs de ces deux grands priaces. Mais, tout ainsi que tous les signes de Moyse et Aaron endorcissoient plus fort l'obstiné courage dé Pharaon , afin d'après faire apparoistre les grandes merveilles du Seigneu^ , aussi croy-Je que , non encore satisfait et content de si petite punition de noz énormes péchez, n'a permis qu'on ayt voulu entendre à recevoir une bonne et asseurée paix. Parqûoy ce légat, après maintes allées et venues de chacun costé, s*en retourna fort triste devers le Pape, laissant es cueurs des deux princes ceste tant Invétérée inimitié que les clameurs du peuple misérable , le travail de la noblesse , ne tes troubles de toute TEglise chrestienne , n'ont oncques aucUDement<peu divertir; combien que Je pais dire , après l'avoir ouy affermer à plusieurs grands personnages, que le Roy se soubmit aux plus raisonnables conditions qu'il estoit possible de demander , non de peur ou aticude craiiite de son ennemy , ains de pitié et commisération du pauvre peuple , et désir qu'il avoit du repos et tranquillité de TEglise.

Cependant, dès le commencement du printemps, la rumeur de la prochaine guerre s'esleva, et furent despendues les armes pour commencer à les fourbir et aprester, afin de se mettre tantost à la«campagne, estant par toute la France publié le bruit ^e rEmpel'eur dressoit ^Tands amas de soldats , et toutes provisions , devers les contrées de Lièges et es Ardennes , pour descendre du costé dé Champagne, et proposoit assiéger la ville de Mesieres , ayant estably celles de Mariambourg et Avanes pour mauazins et estappes. Parquoy lé seigneur de Bordillon, qui lors estott à la Court, fut là soudainement renvoyé afin de donner ordre à munir et renfbrcer ceste petite ville de tout ce que ^roit de besoing pour attendre leur venue. I) autre costé le Roy , prévoyant sagement , et sans qu'il en ftist fait autre bruit , au dessein et délibération de l'Empereur , feit tout devoir d'amasser grandes forces pour luy aller au devant et le lever (1) de ceste entreprise. Ayant envoyé en Piedmont et devers Tltalie assez grands secours , afin de poursuivre et continuer le bon commencement que fortune lui presentoit cette part; ayant aussi depesché capitaines et commissaires pour luy amener gens de guerre, tant des Allemagnes que des cantons et villes des Suisses ses confederez , qui fut sur la fin et issue du printemps , quand le soleil, s'eslevant en grandes chaleurs au commencement du mois de Juin avec une sécheresse estrange brusioit et

(l)Lefiriredâl«tér.

cdnsommoit les fruits de la terré : de sorte qu'avec le long ti-avail de la guerre le pauvre petiple , pour rengrègement de ses nfiseres , n'attendoit qu'une très-grande famine, qui, toutefois par la grâce du Seigneur^ he luy advint. Et ainsi passèrent quelques Jours , que le Roy , voyant toutes ses forces prestes à estre misè^ en besonghe , jaçoit que son eunemy ne montrast aucun semblant dé vouloit* faire autre chose, estant, coriimé Je pense, occupé à la consommation dû mariage de soh fils, délibéra le devancer, et, par le ttiesiiiè endroit ^ue lé menassott, de le vetiir assaillir, l'entatiier et entrer dedans Ses pays.

Pourtant fcit assembler toute son armée ëtt trois divers quartiers, à sçavoir : en Picardie à Tentour de Sainct-Quentin, où estoit chef le prince de La Roche-àUr-Yon ; en Id vallée dé Laon vers Crecy, où estoit chef M. le coiiiiestable ; à Teiltour de Mesieres, où estbit chef le dut de Nivernois. En ceste ptetite armée, où estoit lieutenant de roy le prince de la Roche-silr-Yon, poiivoient estre environ neuf ou dix mille honrtmes de pied, la pluspàrt picards, et le reste des vieilles enseignes^ trois cens hommes d'armes et cin(| du six cens chevaux légers, ou harquebusiers à cheval. En celle de M. le connestable estoiértt vingtcinq enseignes de fanterie ft-ariçoise , vieilles et nouvelles, d^ux regimens û'Allemahs du comté Reingrave et Relfberg , et vingt-cinq eiiseignéfc de Suisses, quatorze cens hommes d'armeè, près de dix-huict cens du deux tnille, que chevaujt légers, que harquebusiers à cheval, desquels estbit gênerai M. d'Aurtiallé [qui peu auparavatit estoit venu de prison], et bien près d*autaht de nobles et rierebans , estant toujours le seigneut de La faille leur gênerai. Il y avoit aussi quelqueb compagnies de cavallerie angloise et escossoise. En celle du duc de Nivernois, èstoient Vingt vieilles enseignes de faUterie francoise tirées dès garnisons de Metz, Verdun, Thdùl, Dati ville, Yvoy et Montmedy, y compretiant quatre enseignes d*Anglois et Escossois, et, au lieu de ces vieilles compagnies, Oh y eti mit d'autres nouvelles. Plus y avoit deux rfegimens d'Alletbâiifc du comte Rochedoîphe (2) , et dd baron de t'oiitenay trois cens hommes d'armes; oultre cela, près de huict cens que chevaux légers que harquebusiers à cheval, desquels estbit gênerai M. le prince de Condé , et deux cens pistoiliers allémans. J'escrivols plus par le menu l'equlppâgë et ordre de ces trois armées ; mais ne serolt que réditte , car , par ce qu'en diray cy-après, oà K cognoistra plus facilement.

(2) Christophe, comte de Aodend'drtt.

COMHSNTAIBES DE FBANÇOIS DE RABUTIIV. [1554]

Estant donc Tarmée ainsi divisée en trois divers lieux , afln de tenir l'ennemy en doute de ce qu'on avoit délibéré exécuter, et de quel costé on le voudroit surprendre, par trois divers endroits entrèrent dedans ses pays. Celle du prince de La Boche-sur- Yon , ayant passé la rivière de Somme^ donna dedans V Artois avec un commencement fort cruel et furieux, bruslant et ruinant toute la contrée où il passoit. Celle de M. le connestable, la plus grosse des trois, ayant pris le chemin devers Maubert Fontaine le vingttroisiesme de Juin, faingnoit s'addresser devers Avanes, estant le commun bruit qu'on Talloit assiéger. Et sltost que les enseignes de France forent recognues par ceux du plat pays, abandonnèrent villettes, bourgs, chasteaux, forts, et furent contraincts pour leur seureté se retirer dedans les Ardennes , avec la meilleure part de leurs meubles et bestail , estimant , par ce que les lieux estoient inaccessibles pour la difficulté d'y pouvoir mener et conduire armée et artillerie, estre exempts et hors de tout péril. Dont plus facilement on peut ruiner de rechef la villette et chasteau de Cimets, les chasteaux de Trelon, Glaïon, Couvins et autres petits forts de Tenviron , nonobstant que peu leur servit leur retraitte ; car le duc de Nevers, prince très-magnanime, s^estant délibéré dompter et réduire à son obéissance ceste gent, presque barbare, pour estre peu conversée et fréquentée, les contraignit de desplacer et s^enfuir , abandonnans ces forts^lieux, comme peu après seraau long déclaré.

Pour ce au desloger de Mesieres feit camper son armée à l'entrée des Ardennes, en une vallée assez scabreuse et mal-plaisante , au bout de laquelle il y a un petit village appelle Vieiimesnii, qui luy est nom bien convenable à raison que c'estoient plustost vieilles ruines de manoirs que maisons habitées. Et dès ce soir despescha avec flon trompette le seigneur des Marets, gentilhomme de son pays de Nivemois, des plus vieux et expérimentez hommes d'armes de sa compagnie, pour aller sommer le chasteau d'Orcimont à six grandes lieues de là. A qui fut faitte response par celuy qui estoit demeuré là dedans chef, nommé Colas Loys , lieutenant du sieur Barson, gentilhomme du pays de Lièges, principal capitaine dudit lieu, qui, peu auparavant, ne se doutant de ceste venue , en estoit sorty , qu'il ne se rendrolt Jamais s'il ne voyoit le tenon : non pour sentir ce chasteau tenable, sinon pour la hauteur du rocher où il est situé, qui est presque inaccessible par deux costez ; mais en une petite plaine qui est devers les bois, on assiégea Tartillerie pour le battre ; ce que ceux de là dedans n'eussent Jamais pensé. Ce chasteau est au

sieur de Barlemont , gênerai des ânances de TEmpereur.

Ceste response ouye, ce prince délibéra de les aller veoir de plus près , et de loger son année ce Jour à une lieuê de ce chasteau, si la difficulté des lieux ne l'eust retardé et arresté à moitié du chemin, pour estre en aucuns endroits tant difficile et pierreux , qu'il estoit impossible que les hommes ne les chevaux s'y peussent tenir fermes; en autres tant estroits, qu'estions contraincts d'y passer à la file, un après l'autre ; en aucuns tant droits et difficiles, que, pour y monter, l'haleine nous y failloit ; et en d*autres estoient les descentes si droittes, qu'il y falioit d^ valler pas à pas , et encore se tenir et assenrer bien fort, si on ne vouloit (;|ilbuter la teste li première. Tellement que là peu servoient les chevaux à charrier l'artillerie > y estant beaucoup plus nécessaire la force des bras pour la manier et conduire plus seurement. Vniy est que par tout estoit mis tant bon ordre, qu*il estoit malaisé que les ennemis y eussent sceu donner grand destourbier ny empeschement, poor estre tous les chemins garnis de harquebusien, de dix à dix pas, à l'escorte de toute la suitte. Ce soir , vingt-neuflesme de ce mois , ce prinee avec toute son armée campa en une autre vallée encore plus estrange que la première, appelles le val de Suranda, auprès le rocher où sonlolt estre le fort de Linchant, maintenant la plupart ruiné ; au dessoubs duquel , et le long de ceste vallée , decourt une rivière ou plustost torrent, appelle Semoys, qui vient devers Bouillon, et se va rendre dedans la Meuse au dessus de Chasteau Begnauld. De ce lieu, sur le vespre, envoya le sieur de Jamets avec un régiment de fanterie françoise , et artillerie pour battre le chasteau d'Orcimont : lequel, sitost qn'il fut sa* lue de deux coups de canon , ceux de dedans, comme bien esbahis , sans conclure autrement de se vouloir rendre, ne se meirent en défense; mais le chef secrettement serra toutes les clefs et par une secrette poterne qui sortoit dedav ceste vallée, entre ces rochers, se sauva avee douze ou quinze de ses plus favoriz soldats, d^ laissant les autres pauvrets bien estonnez et douteux de ce qu'avoient à faire , qui toutefiûs peu après se rendirent à la mercy du prince , et furent amenez prisonniers.

Quand les capitaines des autres forts^ le long de nos brisées, eurent advertissement que pour certain ce prince amenoit avec luy artillerie, ee qu'auparavant n'avoient jamais voulu croire; sans se mettre en devoir ne de luy empesefaerle pas ne de luy coupper et rompre les ehemlns. comme ils ont de coustume^ avec gros arbres

COMMBNTAIAES DE FBAAÇOIS D£ HABUTIN. [1554]

ahatoz, abandonnans leurs forts, munitions et lieux où se souloient retirer, s'enfayrent de toutes parts. Et, estans arrivez à Louette la grande , où estions venuz loger au partir du val deSoranda, trouvasmes un petit fort, appelle Villarzy , construit de terre et de bois, vuide , lequel vingt-cinq ou trente volleurs qui estoient dedans avoient quitté, desquels estoit capitaine un nommé La Losse, natif de Mezieres, qui, dès son jeune aage, avoit esté nourry au service du seigneur de Lûmes, et après sa mort, tousjours avoit suivy le party de son maistre, qui, abandonnant ainsi ce fort de certaine délibération , meit le feu par toutes ses maisons, et tout le surplus du village , dont furent délivrez de peine noz vastadours, qui, pour ce faire, estoient ordonnez. Une église aussi que ces Ardennois avoient fortifiée, appellée le fort de Jadines, fut trouvée ouverte et abandonnée, qui fut de mesme sappée et abbatuê , fors une grosse tour quarrée, de laquelle les quarres et liaisons furent rompues au picq, et escartelées à coups de canon, que le prince en passant par devant y feit tirer. Les villages d'alentour, assez beaux veu la stérilité du pays , furent bruslez et destruicts* Et pource que le fort de Jadines estoit le plus dommageable de tous les autres aux François leurs voisins, les gouverneurs de Mesieres souvent s*estoient mis à Tessay de le prendre et forcer, et peu y avoient fait, et n*avoit on eu Jamais si grand moyen de l'exterminer du tout comme à ceste dernière fois. On peut aisément croire que le commun populaire ne devolt estre asseuré, voyant mesmement les soldats et ceux qui estoient dedans les forts, les délaisser avant estre assiégez et battus. A ceste cause, tout le remède qu'ils pouvoient choisir, estoit de se retirer et cacher, avec le peu de meubles et bestail que ils pouvoient emmener, au plus profond des bois et forêts, et dedans les creux des montagnes et rochers, nonobstant que peu se sauvassent parce que noz soldats, poursuivans la proye et butin, se mettoient à suyvre leurs trasses à cachettes, et souvent prenoient quelques-uns de ceux mesmes du pays, qui, pour s^exempter de mort, leur servoient de guide. Ainsi estoit rempli nostre camp d*un merveilleux nombre de misérables captifs, hommes, fenmies et petits enfans, esmouvans un chacun à grande pitié et commisération , et puis asseurer y avoir veu donner le tauritlon pour vingt sols, la vache pour dix, et la beste à laine d'un an à deux pour cinq et six.

Le pénultième Jour de juin , ce prince campa en un assez beau villafi^e, appelle Valsimont, au fond d'une vallée où decourt une rivière ou terrait, nommé Vouye, qui sort des montagnes,

et se va rendre dedans la Meuse près de là ; où sitost qu'il fut arrivé , envoya le herauld Angoulesme avec son trompette , pour sommer ce chasteau de Beaurin , es confins des Ardennes, et sur les limites du pays de Lièges, qui est aussi au sieur deBarlemont, byen aymé et chery de TEmpereur. En ce lieu de Valsimont, à Tendroitdes ennemis usa d'une autant grande humanité qu'on pourroit dire d'un prince chrestien ; car, suivant ce que j'ay dit, luy estant fait rapport comme noz soldats avoient amené des bois grands butins avec grand nombre de femmes et jeunes filles , sça** chant qu'en ceste fureur de la guerre difficilement se pourroient-elles sauver et garantir de forces et ravissemens , les feit toutes ramasser et resserrer , avec commandement , à peine de la vie, de ne leur faire aucune force ne violence, ains de les ramener toutes en un certain logis y où ayant d'une libéralité grande et digne d'un si vertueux et magnanime prince usé envers les soldats , les feit seurement garder jusques au lendemain , que tout le camp fut party de là.

Estant de retour, le herauld Angoulesme rapporta que ceux de Beaurin n'avoient point envie de se rendre; au moins s'ils ne voyoient le canon ; parquoy, au partir de Valsimont , fbt pris le chemin tirant droit ceste part, et, en approchant , ceux qui allèrent au devant pour le recognoistre furent receuz avec force harquebusasades à croc, et coups de mousquets, monstrans par cela se sentir mieux muniz que depuis ne furent trouvez, et attendirent que quatre canons d'abordée leur fussent présentez, prests à y donner le feu. Depuis , recognoissans le danger auquel estoient , et advertis que s'ils ne se rendolent passeroient au fil de l'espée , et ceux qui en eschapperolent , par la main du bourreau, après avoir quelque peu parlementé et demandé à sortir bagues sauves , finablement furent réduits à ceste extrémité de se rendre au bon plaisir et miséricorde du prince ; lequel feit retenir les principaux d'eux prisonniers, et renvoya les autres petits compagnons unbaston blanc au poing* Le capitaine de ce chasteau , Jean Colichart, natif de Bains en Hennault, fut amené prisonnier avec quarante de ses plus appaïrents soldats, entre lesquels estoient ie capitaine du fort de Jadines, nommé le grand Gérard, et La Losse , dont j'ay parlé cy-devant, capitaine de Villarzy, qui ne fut point mis à rançon ainsi que ses compagnons , ains renvoyé peu après à Mezieres , pour, comme je croy, estre puny comme traistre. M. de Nevers logea dedans ce chasteau une compagnie de gens de pied des vieilles enseignes, et cinquante harquebusiers à cheval. Au partir de ce siège, qui peu dura, chacun com^

CQMV^NTAIBBS DE VIUKÇpI$ DE BABUTTW. [1554]

XQença h se resjimir de sortir de ce triste et fascheux désert; pour entrer au pays de {.ieges plai- ^nt et délectable, prenans la descente aux ports d^ Givet^ , des plus beau x qui ^yeut sur toute la rivière de Meu^e, et, selon rmu advis, des plus reopmnie^. Mais, avau); que pas^r oultre, je |U9 yei|^ oublier cpp[^pe , tapt Pffur dous rendre facile et ouvert le navigag|S de ce^te {rivière^ qf^i descemf le fpng 4e ce pays de Lièges et Brab^n , gi^ poi^r forcer aiipop petits chasteaux et forts as/sis le lo^g du rivage de ce fleuve , on avoit ]^é le ci^pttaine Salsede , pmmissaire gênerai de tous les vivres et munitions, avec six compagnies 4^ fanterie françoi§^ et dfçpz calons; auqiiei ; apjrès ayo^r pris par force le cbasteau de ^upiept apparti^ai^t au duc d' Ascot , celjiy de II|erge, qui est au sieur de Barlemoi^t, fu^ quitté et abaudopné.

^f; pource qpe , pour ne rendre aucunement pppfuse Q^op histoire , ne pouvant entremeslier tou^ejs çboi^es ^ ^^es avec le^ autres, j'ay laissjé cy dessins ^ djre ce que les deux armées du prince dç ^a Hoche-Suryon .et d^ M. le cpnnestable ]^wr Ipfs foisQiei^f es parties d.e Picardie ejt devers Mafieoibpnrg. Après avoir a^ long narrjé les ^pprable^ et yictofieux faifs du duc de Ne- Yçrs ; je jreprpndray le discours et haïa^es enteeprfses de ce§ deu^c ^rmé^s , spubs lesquelles tpuif les pais die Tenneipy se plioient ; car le priQce de La |loc^p-Suryoi),ayec sa petite armée pien fournie de vaillans soldat^ , fajsoittrefnbler pon seulement les plffs fortes villes ,ains toute )a flan/Ire , sa^s qu'Ole osast dresser ^qias et n^ettre sus gpps d^ guerre PQpr eippescher qu'il Iffi }ïnîf last ef rpii^a^t |a plus grande partje de r^^rtol^ et lieux circonvoisins.

lyf. le çonne$ta|>le, ainsi que j'ay desjà dit, selon le commui) brpit [l^ién toutefois qu'autre fustsa déiibers^n], estoit ^ur le chemin d'&Uer §çs|eger Avai^es, quand la cavailerie légère a voit ^^ p ji^ d'uujç fois escarmouche au dev^pt, comme si on Teust ypulu recognoistre , qui i'asseuroit tellement devoir estre assiégée , qu'elle s'estoit renforcée de garnison et de tput.es m^nitjons, demeurapt IVIariembourg avec sa seul le garnispn prdluaire , eQcpre bien petite. Or estoient les choses conduites tant secrettemeqt et de si longue maiU; qp'estaut ynondit sieur le connestable adyerty du petit nombre ^e soldats q^i estoit dedans ceste ville plus forte que Tautre, et de plus grande importance , §ans fairç bruit, et le plus cpuypr^enf^nt qi^^ futppssible, feit partir M. le mareschaî de Sainçt-André avec les Suisses et quelques coiupagnies ,4e gens de pied françoises,

e/ivirpQ dpn^ Qjyt jtroii^ mille chevaux et la plu^paf t de l'artillerie *, l^uel fjplt si bopDe jlfllgéac^ >

ayant toute la noict bit esplaner et ddhter 11) les chepodns et traverses des bois que les ennemis avoient haie (3) et empesché, que le matlD, v|ngt-troisiesmede juin , environ les dix heures, se trouva avec toutes ses troupes devant Mariembourg ; dont furent ceiix de là dedans soudainement fort estonnez , et plus encore lanuict d'après, ayant esté advertis comme le secoars qu'ils attendpient avpit esté repoulsé, et n'y avoit ordre ne moyen que plus y peust entrer. Néantmoins, pour se desmontrer plus asseurez qu'ils n' estoient , tiroient infinité de canonnades sur noz gens ; lesquelles toutefois ne les peurent ittarder de commencer avec promptitude les approches et tranchées. Le lendemain^ estant M. le connestable arrivé avec le reste de l'armée, voyant le bon commencement de ce siège, pour l'acheminer à meilleure fin feit tpusjours et avec telle diligence continuer les approches , que le troisiesme jour de ce siège , ayant iait tirer cinq ou six voilées d'artillerie pour roippre seulement les défenses, fut requis à parlementer par les assiégez ; et, après plusieurs de leurs arlicles ^^ fusez, ef^lin condescendirent à rendre la place sq Roy, vies et bagueis sauves, fors les armes, mo- Qitlons et artillerie ; et demeurerpit le sieur de Binçard , gouverneur de ladite ville, prisonnier avec les capitaines et principaux d'icdle; laquelle, remplie de tpute^ munitjons de prix inestimable, fut aifîsi rendue le vingt-hnitiesn^e de jpin mil cinq cens cinquante-quatre.

Pont le Roy très-aise , peu après partit danprèsde Laon^ et en ce lieu vipt retrouver son armée le dernier jour de ce poiois , laquelle , eo signe de resjouy ssance, à son arrivée fat mise en ordonnance de bataille , et toute TartiUene deschargée, rendant ujfi merveiUei^x brui^ et retentissement dedans les bois et rpcliers des Ardennés , et dopnolt advertissemept au^ autres villes impériales de la reddition de ceste ville, qui. pour estre le fort rempart de tout ce pais, avoit esté pour les François merveilleusement fort!fiée, autrefois, où elle est maiotepant construite, estoit un petit village [selon qu'ai^cuns prisonniers me Top); raconté] où estoienf adressées Us assemblées ,4e la grosse chasse, en quoy la royne Marie prenoit singulier plaisir; mais, pource qu'elle trouva l'assiette de ce lieii fpft délectable et accommodée , priut affection d'y édifier celle nouvelle ville, et n'espargpa pbose aacope pour la beauté et fortifi.catioo d'icel)e; ce W^eust fait davantage, si le ^oy ne |'(eust prjse et soabmisea son obeiçsance; lequel a proposé nop feolemeot

{îl fJL^udrt fibres.

(3) ^Brrfi par 4€i lUiief *

«<Un^nffJ|ïfq DK F^9ÇPfS Df UBV^IH. [1^.54]

parachever ce qui n'est epçore par&lt, alns de la mieux mnnîr et rempsrer Es l|eax et endroits ou |a Royne ii'svoit eu le temps de le pouvoir faire , estant ja changé le i^om de Marlen}bourg «D Henriembourg. Or, pour rendre |e chetptD de là plus facile et descouvert Jusques à la petite ville de Maubert Fontaine , qui en est la plus prochaine , on feit fortifier ufi petit village appelle Rocroy, dedans lequel on logea lé capitaine La Lapide avec sop enseigne de trois cens hommes de pied, demeurant dans Mariembourg le capitaine Branl, de Bretagne, avectrols compagnie? fraoçoises. feu de temp$ après y fut renvoyé de Disnan le seigneur de Gonnor, auparavant gouverneur de Metz , qui receut l'ordre du Roy poqr résider lieutenant geperal dedans ladite ville de Mariemboui^.

Puisqne j"ay descrit h la vérité les choses comme'elles se sonf passées entre ces deus arméea, je retourneray à celle du duc de Nevers ; lequel au sortir des Ardennes , peu après la prise du chasteau de Beaurini avolt envoyé le herauld Ao^oulesme avec sqp trompette , pour sommer le chasteau et ville deDisnan, et Bçàyoir de ceux qnlestolentdedanss'ilsdjéliberoieiitdei-ogtipuer en leur neatrailté accordée an pays ^e Lièges , oa s'ils vouloient tenir fort , pour et au ppm de qui, ou de l'Eimpereur pq de leur evesque , ausqijels, au lien dé rendre quelque honpeste respoDse, s'qublianS, feirent une Injure que, pour l'indignité d'icelle, je neveux passer soubs silence. C'est qu'ils |eur dirent que s'ils teooient les cueurs et fpyes du Roy et de M. de Nevers, 11» en ferojent une fricassée pour en manger à leur ^esjeuner; et, non cootens encore d'avojr esté si fols et ci téméraires, laspberent sur eux plDsienrs cpups d'harquebuses , crians après, et I«sappel1anstr8lstres,àtimans par tels f(i|9 propos t'estre bjen vengez : ce qu'à bon droit leur tourna t grand opprobre et confusio|i, nonobstant qu'estant reduitsà ta puissance du Roy [ ^nt Tut grande xm humanité] ne receurent le chastin^ent et punition qu'ils avpient mérité.

Le duc de Nevers estant le dimanche, prepiier jour de Juijlet , avec son armée , descendu aux ports de Givetz , trouva que le chasteau d'Aglmopt, qui est deçà Meuse, à un quart de Ileuë de l'autre Givelz, n'estoit encore rendu, bien qu'il «lït esté sommé; et pource qu'il avoit si sagemeol et avec si bonne pojice advisé è noz vivres , ^ ns ne nous estoient faillis es plus grands et ^res déserts de toutes les Ardennes, et que •Cfsse trouva sans nul rafraischissement desdits vivres pour ses soldats , n'estant encore nouvelle da capitaine Salsede, commença grandement à M I^berj de penr que par ee defhuH les enne-

m|$ se penssent tant plnstoet renforcer devant nous , et interrompre nostre eptreprise. Néantmoins ce jour mesme feit passer l'eauë à un nombre de cavallerie légère avec certaines comsiignies de gens de pied, pour envelopper et enclorre ce chasteau , attendant ('armée du Boy qut mqrchoit de lilariemboui^ pour se venir joindre là.

l.e Inndy ensuyvant , ainsi que l'avant-gardf de l'armée du Boy arriva près de ce chasteau, les gens de pied feirent semblant de se mettre tja devoir de le vouloir escheller et donner assaolt, qui toutesfois tourpa à bon escient; car noz soldats entrèrent en jeu si avant et furieusement , que ceux de là-dedans ne peurent longuement sot)stenir leur effort, de sorte qu'ilsfurent contraints quitter et abandonner les défenses et leur dppuer ouverture; dont estans entrez de chaude cole, feirent passer au ^ramhant de leurs espées tous ceux qui voulurent faire résistance , qui n'estaient en grand nppabre, ne gens d'authqrité , et furent faits prisonniers le capitaine dq chasteau , Evrard de la Marche , fils naturel dn comie de Rochefort, père 4e celuy qui vit A présent, seigneur de ceste place , et la pluspart def autres pauvres soldais renvoyé;. Ainsi fut siirpris et forcé pe chasteau , sans avoir ouy le Cdnon, et tout te butin pillé et saccagé.

Le mardy, lendemaii^ de la prise de ce chasteau, toute l'armée du Roy se trouva assemblée à ûivetz deçà], et campa la pfusp'art entre le bourg et le cbastean, ep une longue et spatiensç plaine. Et nonobstant que ceste grosse rivière feist une séparation entre npz deux armées, çl est-ce que continueilemept les parents, amis, voisins et copipagnons la traveisoient tous lei jours pour s'entrevoir et festoyer les uns les autres. Le Roy mesme, meu du bon rapport qije l'on luy avoit fait de nostre armée, la pass«, pour la veoir en bataille, le mercredy sixième de ce mois, et la trouva en fort bon ordre et equippage, dont se contenta merveilleusement.

Or ne restoit plus qu'un petit fort, appelle te c|iesteau Thierry [qui est au baillif de Namur J, que tout ce qui estoi ne fu^

soubmis à l'obéissai t^nt ce

mesme jour y fut ei te gens

de pied françols, av< escom-

pagnies de gens à cl le gar<

doient , ayant sceu a avoit

fait à ceux d'Aglm eur ve-

nue, quittèrent la place de bonne heure. Ainsi fut trouvé ce chasteau ouvert et abandonné ■ au demeurant remply des plus beaux meublesqu'est possible, et grande quantité de tons grains , et croy que tout cela n'y demeura pasi

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