I. C, D. H. T. VIÎ
les corps de garde eussent pensé à ce qu'ils avoient à faire, ceux qui eussent voulu entrer pouvoient gaigner une colline le long des vignes, par où le capitaine Sainet André estoit en plein jour entré, comme ils pouvoient faire en despit de tout le monde, d'autant qu'estant la nuict obscure, il eust esté malaisé qu'un corps de garde se fust desplacé pour les venir chercher, pour le moins qu'ils n'eussent esté en lieu de sûreté , pource que c'estoit fort près de la ville. Avant aussi que passer plus oultre, je ne veux faillir à declairer que ce secours d' Anglois, que la royne Marie envoya au roy Philippes son mary, et qui arriva en ces jours au siège de Sainet Quentin, estoit estimé au nombre de neuf à dix naille hommes de pied , et quinze cens ou deux mille chevaux , soubs la charge des milords Pambrotz (1), Clinthon et Grey, lesquels passans près d'Ardres firent quelque semblant de s'y vouloir attacquer;mais M. deSansac^qui estoit dedans, estant la place bien pourveuë et garnie^ leur fit assez cognoistre et veoir qu'il ne les craignoit pas ; et ainsi se rendirent au lieu où ils estoient attenduz. Or, pour maintenant retourner à la suitte du siège de Sainet Quentin , ayant le secours qu'amenoit M. Dandelot failly à y entrer, ceux de la ville commencèrent à s'estonner. Mais M. l'Admirai fit tant pour ceste fois , qu'il les remit, leur remonstrant qu'il n'estoit point là venu pour se perdre , et qu'il avoit amené tant de gens de bien, que, quand il n'y en entreroit point d'autres, ils estoient suffisans pour se de< fendre contre toute la puissance des ennemis ; mais qu'il les asseuroit davantage que M. le connestable tenteroit tous moyens du monde pour les secourir. M. l'Admirai fut lors adverti qu'entre ceux qui s'estoient retirez dans ceste ville de l'allarme qu'avoient donné les ennemis marchans en pais, il y avoit plusieurs bons hommes de la frontière qui avoient accoustumé de faire la guerre en des petits forts où ils se tenoient; parquoy, pour se servir de tout ce qu'il pouvoit, il donna charge à deux gentilshommes du pals, l'un nommé Golincourt, et l'autre Avernal, d'arborer chacun une enseigne, et, comme ceux qui les cognoissoient mieux qu'autres, ils eussent à retirer soubs eux la plus grande quantité et les meilleurs honmies qu'ils pourroient, et les mieux armez; qu'après les avoir enrôliez ils les fissent assembler en la grande place , auquel lieu luimesme iroit faire leurs monstres, et leur feroit bailler à chacun un escu : ce qu'ils firent fort promptement, et ce mesme jour lui monstrerent tous deux deux cent vingt hommes assez bien
(I) Pembrock.
fCOMMENTAlEBS DE FBANÇOIS DE tULBllTlN. [1557]
armez et en bon équipage pour le lieu ; lesquels il fit payer comme il avoit promis, et puis loger en un quartier comme les autres compagnies.
Ainsi que M. TAdmiral discouroit et se promenoit par la ville pour tousjours considérer et entendre les affaires où il falloit remédier, il advlsa plusieurs pauvres personnes qui s'y estoient sauvez et retirez des villages, lesquels, pour quelque commandement qu'on leur fist, ne vouloient travailler ny s'employer aux fortifications. Pourtant fit publier une ordonnance que toutes personnes qui s'y seroient retirez des villages, eussent à aller besongner aux remparts , sur peine d'estre fouettez par les carrefours pour la première fois qu'on les trouveroit défaillans, et pour la seconde, d*estre penduz et estranglez; sinon, qu'une heure devant la nuict ils se tinssent près de la porte de Han, qu'on leur feroit ouvrir pour les mettre dehors. Il en sortit de sept à huict cens ou environ. Ce fut autant de descharge, d'autant qu'il falloit les nourrir ou les laisser mourir de faim ; qui eust peu apporter une peste et infection d'air avec plusieurs autres maladies contagieuses. Il fat pareillement de besoing que de rechef il donnast ordre à repartir et égaler les quartiers de la ville , où il yavolt grande confusion ; car, encor qu'il y eust seize hommes de la ville déléguez pour ceste charge, ils y faisoient si mal leur devoir, que c'estoit temps perdu de leur en commander quelque chose. A ceste cause il renchargea à seize gentilshommes de ceux qui estoient résidons ordinairement en la ville , de retenir cest esgard sur les quartiers, tant de leurs hommes que des armes qu'ils avoient en leurs logis.
Quand M. l'Admirai velt que le premier secours n'estoit pas entré , la chose où il prenolt plus garde tous les soirs et matins , estoit à Tassiette des guetz qu'ordonnoient et asseoient les ennemis, pour veoir s'il y auroit moyen d*y en faire entrer d'autres, et pour en advertir M. le connestable. Et après avoir d'un bout à autre tout considéré, il luy sembla faisable et possible, comme aussi le jugeoient tous ceux à qui il en communiquoit, principalement pour n'avoir pas encore ledits ennemis saisi et pris le logis qui plus pouvoit incommoder et reserrer les assiégez en ce faict. Pour ceste cause il depescha trois archers de sa compagnie, qui estoient de ce paîs , et leur fit bien au long entendre sa conception , leur monstrant trois endroits par l'un desquels ils ne pouvoient faillir d'entrer à trois signais qu'il leur fit voir, afin que par iceux ils peussent cognoistre le plus aisé, et l'endroit où ils pourrolent plus seuremeot venir.
Cela faisoit-il à raison que les ennemis pouvoient changer de logis, ou asseoir un nouvean goet : dequoy il ne pourroit si promptetnent aâ?ertir ceux qui viendroient.
Le premier soir que ces trois archers coiderent sortir, ils ne peurent pour avoir esté descoaverts des ennemis; mais le lendemain les ennemis deslogerent , et se vindrent mettre et camper es lieux que l'on craignoit le plus, dont lesdi(s archers peurent avoir cognoiasance. Ce nonobstant, ils furent si hardis et asseurés, que fis passèrent et traversèrent une partie de rarmè qui marchoit. Toutefois M. l'Admirai ne se tod* lant du tout [fier à cela, par un autre moyen à rinstant mesme advertit M. le connestable qnO ne le pouvoit phis secourir par les endroits qnH lui avoit mandé par ses ar^ers. Dès ceste hettie lÀ les ennemis commencèrent leurs trandiées, et approcher de plus près la ville du eosté deb porte de Remicourt : ce qui leur estoit fteile A cause de la grande quantité de hayes et tfbro qu'il y avoit Jusques sur le bord des fosses, oà lion n'avoit pu faire besongner pource que les ouvriers avoient esté employez en autres endroits plus douteux et à eraindre que celov-li des le commencement.
M. FAdmiral apperceut que les piotiàfers jet* toient grande quantité de terre en un mesme lieu ; et pource qu'il estolt aisé à juger qiie c'estoit plntost une mine qu'une tranchée, pour en avoir meilleure cognolssance il monta âtt grand clocher , et y mena avecques hiy Lanfipft, an* glois, lequel aussi estoît mineur, qui fût i>îeii d'opinion que c'estoit l'ouverture d'une mine. MaB comme , de Ixmne fortune, il y avoit desjà desx ou trois Jours qu'il avoit commencé de contreniner en lieu si à propos , qu'après avoir tout bien veu et considéré il luy dist qu'il ne se doonast la peine de ce qu'ils faisoient , qu'il gaigueroit le devant, et pourtant qu'il pourveosl au reste.
Cependant les ennemis travailloient fort à r^ muer terre en leurs tranchées, et commenceifnl defort près approcher les fossez ; àquoy M. TAdmirai ne pouvoit remédier, car Û n'avoit pis cinquante harquebusiers dont il peust faire estât n'estant encore entré dans la ville que ce qn*a esté dit cy-devant des compagnies des capitaiotf Sainct André et Rambouillet; de arquebuses i croc , quand il entra dans la ville , il n'en tronn que vingt et une, que iKmnesque mauvaises; &cr cela Ton peult juger comlrien il en pouvoit mettre ensemble. Il n'y avoit une seule ptatefome quieustcognoissance du lieu où Ils liesongocrfent; parqùoy d'artillerie il ne s'en pouvoit a jder a aucune sorte. Quant à faire sortir gens, il n'estoit pas non plus raisonnable , veu le petit mm*
COHHENTAIBES BB FBANÇOtS DB BABUTIN. [1557]
bre qQ*il avoit ; aussi qu'il eust esté besoing mettre une bonne troupe d'harquebusiers, pour soustenir ceux qui sortiroient et qui feroient l'exécution, et dedans et debors : tellement que, pour en parler briefvement, M. l'Admirai ne leur pouvolt donner grande fatigue et empescbement, dont il estoit fort marry , estant sa principale occasion de faire remparer les lieux qui en avoient besoing. Mais encore en estoit-il grandement diverti par des pièces d'artillerie que les ennemis avoient logées sur la plateforme du faulxbourg d'Isle , qui voyoient et commandoient tout au long de la courtine, où estoit la principale et plus nécessaire besongne. Pour laquelle cause on ne pouvoit plus recouvrer ouvriers, si ce n'estoit à coups de baston. Et pource que tous ceux qui y avoient besongne auparavant , c'estoit de leur volonté et librement, M. l'Admirai fut lors contrainct de faire faire un rolle des pionniers auxquels il promettoit les nourrir et, outre cela , leur bailler argent chacun jour, à raison que les vivres commençoient à estre fort courts. Et pour la friandise d'un petit d'argent , cela fbt cause qu'il s'en enrolla environ trois cens qui servirent assez bien pour quelque temps : toutefois on ne laissoitpas, outre ceux là, d'y amener et contraindre ceux de la ville , tant hommes que femmes : tous lesquels encor ne pouvoient satisfaire en divers lieux qui se presentoient et se retrouvoient de nouveau avoir de besoing d'y mettre la main , et d'estre reparez et fortifiez. Ainsi passoient les affaires de ce siège au dedans de la ville.
Or, Tune des choses en quoy H. TAdmiral avoit plus de pensement et Tesprit tendu, comme aussi celle qui estoit la plus nécessaire, estoit de trouver un moyen par lequel il peust estre secouru : enfin il n'en trouva point de plus certain que par un marest où il y avoit aucuns petits passages creux qu'il falloit réparer et racoustrer, pource que l'eau y estoit profonde, comme il feit. Et après qu'il fut asseuré qu'on pouvoit faire entrer gens par là, il en advertit incontinent M. le connestable, et du jour que il avoit eu cognoissance de sa cavallerie, qui estoit approchée bien près de luy. M. le connestable luy manda qu'il l'approcheroit encore de plus près dans le jour qu'il l'avoit adverty ; que cependant il se pourveust de ce qui avoit donné moyen au capitaine Sainte-Roman d'y entrer, luy donnant assez à entendre que c'estoit de bateaux , desquels il ne pouvoit finer ny en recouvrer en aucune sorte, seulement avoit deux )u trois petites nacelles où il ne pouvoit tenir Tue deux ou trois hommes à la fois, encore à grande difficulté. D'autre part, il est facile à pré-
sumer que M. le connestable n'estoit en moindre sollicitude et travail d'entendement à rechercher et imaginer toutes ruses pour secourir ceste ville, et remédier qu'elle ne fust perdue à nostre veue, et par un seul défaut, qui estoit d'hommes, sçachant mesmement de combien elle importoit à toute l'ouverture et estonnement de toute la France. Parquoy, après avoir longuement débatu et consulté de tout ce faict, la résolution fut d*y faire entrer gens par les endroits et passages de ce marets, qu'on luy avoit dit seurs et reparez pour cest effect : et , pour traverser le courant de ce ruisseau qui y coule et abreuve ce marets , il feroit porter six ou sept bateaux dans lesquels passeroient les soldats , pendant qu'on donneroit l'allarme à tout le camp de Tennemy; estant ceste entreprise l'une des plus grandes et louables qui soit mémoire des hommes avoir esté practiquée , si les bateaux eussent peu aborder à rive , comme il ne fut possible à cause de la vase et de l'espesseur de la bourbe limoneuse, et que l'issue en eust esté heureuse et respondante à la délibération. En quoy l'on peult de plus en plus esprouver les incogneus jugements du Seigneur Dieu omnipotent , la disposition duquel prévient le plus souvent les pensées et propositions des hommes, et sans lequel inutilement et en vain travaille celuy qui entreprend la garde et défense des villes. Ce que dire et narrer je m'excuserois volontiers [ comme d'uu récit odieux et mal plaisant pour nous] , si la suite et continuation de mon propos ne m'y contraignoit ; lequel palliant, et n'y recitant autant l'infortune que la prospérité [selon que les Romains l'ont observé en leurs histoires], je me prouverois moy mesme menteur : en quoy, tant qu'il me sera possible , ne veux tomber de ma propre volonté et mouvement ; combien qu'en cela je désire grandement et supplie un chacun m'excuser si je ne puis parler sinon de ce que puis avoir sceu certainement, et qui me touchoit de plus près ; estant du surplus les opinions et rapports si différons et confus, comme de chose aussi advenue et passée confusément et au despourveu , qu'il n'y eut homme de nosfre costé qui ne pensast plus à se défendre ou demesler et retirer, qu'à considérer et remarquer les choses à l'œil. Ainsi ce que j'en déduiray briefiement sera une attente et ouverture de continuation que je prépare à quelqu'un qui aura veu et sceu davantage que moy, d'y adjouter ce qu'il sçaura pour le mieux : ou bien celuy qui escrit doctement nostre histoire françoise en latin (1) , selon
(I) Il est probable que Rabathi parle de l'oayrftge de Pierre Paschal, dont il a fait l'éloge dans son épitre dédi* catoire.
COMUENTÀtBBS DB FRANÇOIS DE RABUTIN. [1557]
qu'il est parfaitement instraict de la vérité, en esclaircira toute doute et difficulté, pour la publier par toutes les nations de ce monde : protestant que ce que j'en ay escrit a esté, tant pour dire mon advis promptement sur plusieurs et variables doutes qui sont sur ce faict glosez et controuvez, que pour respondre à certains escrits qve les ennemis ont divulgués et publiés , aussi pour en laisser une mémoire à noz successeurs. Doncques, pour retourner à mon propos, M. le connestable, pour donner commencement à son entreprise , des le dimanche huictiesme de ce moisd'aousty partit de La Fere et voulut luy mesme aller recognoistre les chemins et passages qu'il devoit tenir, et par où ce secours devoit estre conduict et entrer, prenant avecques luy la pluspart des princes et grands seigneurs qui estoient en son armée , et autres capitaines expérimentez et de conseil , avecques environ quinze cens ou deux mille chevaux , et de trois à quatre mil hommes de pied françois et allemans , y estant le capitaine Enard maistre de camp, et quatre pièces de campagne. Arrivant avec tout cela près d'un village appelle le grand Ëssigny, feit là demeurer en bataille toutes les troupes tant de cheval que de pied, et luy, ayant choisi messieurs de Nevers, prince de Condé, les comtes de Villars et de Saucerre , les sieurs de Montmorancy et Dandelot, et autres qui luy estoient propres et de jugement en cest affaire , passa oultre, approchant le plus près de la ville qu'il peut sans estre descouvert , jusques sur la descente du marets , n'apparoissans adonc nuls ennemis. De là fut commandé au sieur de Fumet, qui avoit esté esleu pour ceste charge, d'aller et approcher encore plus près, afin de recognoistre seurement Tarmée plus prochaine, campée entre la ville et le marets, qui estoit celle du prince de Piedmont, et bien contempler et mesurer en son esprit la distance depuis la ville jusques aux plus proches de ladite armée, qui estoient les Espagnols, et par mesme moyen la distance de deçà, au bout de delà du marets, et quelle largeur le ruisseau qui passoit au milieu pouvoit avoir. Avec luy furent envoyez deux gentilshommes, l'un de la maison de M. de Nevers, appelle le sieur de Montiou, et l'autre qui estoit au comte de Sancerre, que l'on disoit estre son parent. Le toutrecogneu et parfaitement considéré et remarqué par le sieur de Fumet, ayant tiré et sceu l'opinion de ces gentilshommes sur la distance de ces lieux , et autres particularités concernantes sa commission , se retirèrent sans aucun empeschement la part où estoit M. le connestable, nonobstant qu'il y eust deux enseignes d'Espagnols en garde dans le moulin deçà le
marets, et qu'ils trouvassent plusieurs Allemaas sans croix blanches ny rouges, ne pouvans sçavoir d'eux desquels ils estoient, pourcequilsM parloient que leur langage et n'avoient point de truchement. Ils trouvèrent M. le connestableqnî s'estoit assemblé avec sa cavalerie, ses gensàe pied et artillerie, auquel iceluy sieur de Fumet feit son rapport de tout ce qui luy avoit este commandé , appellant à tesmoings les gpntiishommes qui avoient esté envoyés avecques !ay: lesquels respondans et alléguans raisons à M. le connestabie de la distance de ces lieux, icdu^ sieur de Fumet asseura qu'il ne la peosoit du camp de Tennemy à la ville , et de la traverse du marets, si longue que la jugeoient ces geotilshommes , mais que ce pouvoit estre enfiroo cela. Après lequel rapport , M. le eonnesUbie avecques ses forces se retira à La Fere , pov adviser et conclure du surplus.
Dès le soir ensuivant, 9 de ce mois, il fotaJvisé de faire acheminer et passer les gens de pied, tant françois qu'allemans, sur un peti; pont qui fut basty au dessoubs de La Fere expressément, et pareillement quinze pièces d'artillerie , à sçavoir : six canons , quatre longus coulevrines, deux bastardes et deux rooyenoes. Et dès le matin, <\u poinet du jour du 10, feste de sainct Laurent, se trouvèrent iceux gens de pied en bataille à La Justice, estans au nombre de seize enseignes françoises et vingt deux d'Aïlemans, ausquels s'alla joindre et assembler toatt la cavallerie et gendarmerie à la mesme heure, laquelle toute la nuict avoit passé par dedans U Fere, pour y arriver à poinet nommé. De ce lin toute Tarmée tenant ordre de bataille s aeb^ mina droit à Sainct Quentin : auquel lieu ani vaut environ huit ou neuf heures du matin, s'a> resta et rangea en ordonnance, au dessus ft a l'endroit de ce fauxbourg d'Isle, et au cosfcr mesmes où estoient logées les quatorze enseisae» espagnolles, qui Tavoient gagné dès le commeocément. Du mesme costé, par-delà Teau et le marets , estoit campée l'armée du prince de Pied* mont, faisant grande monstre et estant de ionpK estendue, et pour sentinelles estoient mises es v moulin qui estoit de nostre costé, ces deoieaseignes espagnolles d'harquebusiers , dont j'i\ desjà parlé ci-dessus^ qui gardoient une peCdf chaussée par laquelle l'on pouvoit passer d'antrr part. A l'arrivée , ces Espagnols cuiderent fai/^ quelque résistance ; mais , en moins de rien . Ie> nostres les rembarrèrent et chassèrent de li. ^ menans battans à coups d*harqoelNises et coop de main, jusques oultre la chaussée. Ao me»av instant fiit affustée et bracquée nostre artilleriequi tirolt si impétueusement dans ce camp àa
COMMEF^TAIBES J)E FHANÇOIS DE RABUTIN. [ld57j
prince de Pîedmont , que l*on y \oyoit tout ie monde fuïr et s'esparpiller de tous endroits; mesmement donnoit de telle sorte dans les tentes et ie pavillon où eouchoit ce prince, qui avoit esté monstre par un archer de ses gardes pris ce matin par noz coureurs, que l'on a sceu depuis ne luy avoir esté le loisir d'y prendre et endosser ses armes, estant contrainct abandonner tentes et toutes autres choses, et avec son armée prendre un tour bien long au dessoubs de la ville, pour s'aller joindre à celle du comte dAiguemont, qui estoit campée celle part, mais je dis au plus grand desordre que Ton veit oncques. Chose qui donnoit si grand plaisir à regarder à tous ceux qui le voy oient, que le vouloir et le courage de combattre par mesme affection en redoubloient. Il y avoit un passage fort à douter et dangereux pour nous, distant de ce fauxbourg d'Isle , où nous estions, environ une lieuê. Pour lequel recognoistre et sçavoir si aucun y passoit, fut envoyé M. d'Eschenets avec un guide, lequel rapporta qu'il n'y ^tvoit veu encore personne passer ny prendre le chemin pour y venir ; mais qu'il seroit besoing y envoyer cent harqoebnsiers à pied. Toutefois, il fut trouvé le meilleur que ce fust plustost une cornette de pistolliersdu Reingrave , là présent , afin d'avoir par eux plustost nouvelles s'ils estoient forcez , que de gens de pied , qui seroient plustost perdus que secourus, aussi quMIs se pourroient plus aisément retirer. C'estoit adonc que M. le connestable estoit au plus fort de la diligence, qu^il redoubloitet repartoiten toute sorte, pour avancer et faire entrer ce secours; mais n'y pouvans les bateaux approcher rive, tant pour l'abondance des soldats qui s'y entassoient et y entroient à la foule , dont ils estoient si chargez, que , pour la bourbe et le limon où ils estoient enfoncez , il n'estoit possible d'y en conduire et passer grand nombre ; encore au sortir des bateaux, à cause de la presse, les soldats nepouvoient suivre les addresses et sentes qui leur estoient appareillées ; de façon qu'ils s'escartolent et se jettoient à costé dans les creux des marets, d'où ils ne pouvoient sortir, et demeuroient là embourbez et noyez. Cependant les ennemis, à ceste furieuse alarme , se retiroient tous à la file au camp du comte d' Aiguemont , où ils consultoient de ce qu'ils avoient à faire. Se faisant ce gros et tumultuaire amas d'hommes entendre et voir, tant par le bruit des armes et chevaux, que par les cris et diverses voix qui remplissoient l'air jusques à noz oreilles , demonstroit quelque présage de sanguinaire entreprise. Ce qu'estant apperceude M. de Nevers, et craignant sur tout ce passage suspect dont nous avons I
parié, dit à M. le connestable qu'il voyoit terre couverte d'hommes, tant de pied que de cheval» en l'armée du comte d' Aiguemont , à laquelle s'estoit ailé joindre le duc de Savoye avec la sienne ; qu'il estoit à douter qu'ils forçassent ce passage où avoit esté envoyé M. d'Eschenets ; pourtant qu'il estoit d'advis d'y aller luy-mesme avecques plus grandes forces : ce qui fut trouvé bon , et dont le pria bien fort M. le connestable. S'estant acheminé ce prince avec son régiment de gendarmerie , à sçavoir de sa compagnie et celles des seigneurs de Curton et d'Aubigny, accompagné de M. de Yassé , ne fut pas si tost arrivé en ce lieu , qu'il trouva quinze cens ou deux mille chevaux desjà passez deçà le passage, et une si grande multitude qui passoit et vouloit passer, qu'il n'estoit possible la nombrer estant tous les gens de pied derrière eux en bataille. Et lors , quelques uns furent d'advis [et comme il estoit facile à juger] de charger ce qui estoit desjà passé , et le renforcer sur ce qui passoit, avant qu'ils fussent plus forts. Surquoy fut remonstré par aucuns capitaines estans là n'estre chose raisonnable, ains que plus tost l'on se devoit retirer que s'advancer davantage , pour la furieuse contenance qu'ils demonstroient , et que M. le connestable n'estoit point là venu en inten* tion de bazarder les forces de France , qui estoient de nombre beaucoup pluspetitesetfoibles que celles des ennemis , si une grande contrainte ne l'y forçoit ; et encore que les affections et courages fussent aussi grands et forts , si ne falioit-il précipiter et soubsmettre à l'adventure un affaire de si grande importance , sans plus ad • vantageuse occasion. Parqnoy, sur cet advis se retirant, M. de Nevers s'alla joindre à M. le prince de Condé, que M. le connestable avoit fait demeurer a un moulin à vent avec la cavallerie légère ; et eux ensemble , tenans la main gauche , feirent si bien , que , sans aucune perte, se r'allierent à l'armée de M. le connestable , qui gaignoit tousjours pays de sa retraitte. Les ennemis cependant se renforçans, s'advancoient et advantageoient sur nous , se presentans beaucoup plus forts qu'auparavant , en buict gros bataillons de cavallerie et reitres , et tant s'approchèrent et recogneurent de si près à loisir nostrc petite armée , qui ne montoit qu'une poignée d'hommes près de la leur, n'estant que de neuf cens hommes d'armes mal complets et quelques chevaux légers, qu'après avoir quelque peu parlementé, le comte d' Aiguemont, selon que les enneïnis mesmes en ont escrit , avec deux mille chevaux chargea dans un flanc, et les comtes Henry et Ernest de Brunsvich , avec chacun mille reitres, sonstenus par le comte de Hom
GOMMENTAIBES DE FBANÇOIS DE RABUTIN. [1557]
avec mille hommes d^armes donnèrent dans Fantre. £n mesme instant les comtes Mansfel , de Vuillea , d'Ostiat et de Gheidres , avec autres trois mille chevaux , vindreat enfoncer et se mesler au milieu , le tout avec une si esmerveillablp furie , qu'ayans renversé les premiers rancs et ceux qui soustindr^nt ce premier choc , tout le surplus de soy-mesme tourna en routte et fuite , en si grand desordre et si incredible confusion , que Ton y pouvojt juger et cognoistre une évidente punition djvine , et un renversement de l'air qui jusqu'alors avoit suivy le Roy et les siens en toutes ses entreprises , plustost que la faute de cçux qui en avoient la conduite , lesquels on ne peut accuser dMndevoir ou négligence quelconque. I^e comte de Schevalzbourg avoit esté commandé pour garder le passage avec çoa régiment de reitr^s , dont il fût après mal content pour n'avoir eu part au butin. Il est trèsdifûcile declairer où et par qui commença ce désordre, pour estre advenu tout à un coup; aussi qu'il n'y a homipe maintenant à qui ou le regret, pi; 1^ peur et crainte , n'en ayent effacé la mémoire et souvenance. Ilesl vray le commun bruit estre te| , que la plus grande occasion qui esm^ut les ei^n^mis , et qui l^ur donna hardiesse bazarder leqr çh&rgp sipromptement, fut quand un grand nombre d'hon^mes inutiles pour le combat , comTQe thre^riers et marchands , et autres telles gens qui suivent une armée, ou pour leur plaisir ou pour le profit , voyans les ennemis de i^i près, d'eux mêmes prindrent )a fuite pour se sauYcr dp bpune heure , et leurs deniers et marchandise^ , et senihlablement les vallets que Ton feit retirer trop tard; tous lesquels , se retirans confuseippnt au grand galop et avec grandes erieries, feifent penser à Tennemy que nostre arasée s'esbranloit de^à et estoit heure depoulser leur fortune et charger. Le desastre fut eucore si gênerai et commun , que M. de Nevers , lequel en retournant tenoit la main gauche , lors que la première charge commença , de malheur %ç trpuva en un vallon et chemin fort creux entre luy et l'armée de M. le counestable, où voulant tourner son régiment pour présenter teste et soustenir Tennemy, fut chocqué et renversé ^ et ses compagnies ouvertes et rompues de la presse et de la foule, laquelle s'y trouva si confuse et méfiée des ennemis et des François, qu'il ne fut plus question de tenir ordonnance, et garder sou rang pour combattre; ains chacun pensoit à se sauver et détraquer des rencontres de l'ennemy, cédant la moindre partie vaincue à la plus grosse et plus forte du vaincueur. Le sieur de Givry, lieutenant de la compagnie de M. de Nevers , y fut fait prisonnier adonc , et aussi tost
rencontré. Le sieur d'EspeuilIes, enseigne de cette compagnie, y fut abbatu et jugé pour mort dès rheure; toutefois Dieu luy conserva » bien l'entendement, que, sentant son cheval foft blessé, et se voyant hors d'espoir de se sauver sans estre tué ou demeurer prisonnier, donna son drapeau au sieur de Chazelles son cousin, hmnn d'armes de cette compagnie, pour essayer de k rendre , et qui le rendit en sauveté , et loy d^ meura prisonnier. Le sieur de Sainct Simon, qui en est guidon , fut aussi abbatu , et son cheTa! renversé sur luy ; mais un gentilhomme delà compagnie, qui a accoustumé de le smit, nommé le sieur Daverly, le vint trouver et cognoistre, et le releva et sauva', ayant tué don coup de pistolet celuy qui le vouloit emmener prisonnier. Quant à la personne de M. de Ne\ers, après divers heurs et chocquemens, après Id\ avoir esté tirées maintes pistolades , dont ta bonne trempe de sou barnois le garentit, aprcs avoir esté abbatu , et aussi tost remonté , après , à bref dire, avoir traversé infinis dangers, le Seigneur Dieu , le tenant soubs sa protection^ Iqv feit grâce de se pouvoir retirer et r*allier en bd lieu où il trouva , et fut suivy de ses meillem amis et serviteurs , lesquels , voyans toutes ces choses réduittes en extrepie danger irrémédiable, luy conseillèrent, et le conduisireut juscpes? La Fere, pour subvenir au plus grp4i4 besmag de l'avenir. Je parle de ces choses plus asseorement et clairement, pour eu avoir plustost scen la vérité que les autres, et aussi que celles^ me touchoient et appartenoient de plus près. Toutefois, pour dire un mot de ce qui pourro!* avoir esté fait et seroit advenu es autres endroits de nostre armée , il n'y a aucune doute qiK beaucoup de gens de biep et vaill^ps houune» de nostre costé, ne s'y soient employez jusq^ aux derniers souspirsde leurs vies, comme I'od' tesmoigné, ou leur mort, ou la prison. Ce néantmoins leur nombre estpit trop petit, foible et mince pour soustenir le trop gros, et trop pu > sant des ennemis , dont seroit adyenue la victoire aux ennemis, laquelle ils doivent justenia: et à bonne cause attribuer à Dieu , ne Taj-a^ acquise par leurs armes et leurs forces. En et jour, dy-je , il y eut beaucoup de gens de bie» et vaillans hommes de nostre party , tuer , blessez et prisonniers , les noms de tous l^^els a l mienne volonté que Je peusse sçavoir pour kr laisser en cest endroit le tesmoignage qui leur est deu , de perpétuelle mémoire de Icnr ^«"rtH ne voulant estre larron et receleur de lenr hotï^ neur et mérite. Mais pource, qu'il ne peoll estr* parfaitement sceude moy, je nommeraylcspriLcipaux , et ceux qui sont venus à ma
COMlfENTAIBES DB FRAWÇOIS DB KABUTIN. [1557]
iaoc0. filtre autres hommes de renom, y fut tué c$ tant estimé prince , et tant plainct pour les vertus gui reluisoient en luy, Jan de Bourbon , duc d'Anglilen, lequel après s'estre r'allié et f'wsemblé avecques quelques troupes françoises, combattit tant et si lopguement , qu'il fut rué par terre, avec un coup de pistolet à travers le corps , et depuis relevé et emporté au camp des ennemis , où il survesquit peu de temps ensuy- Vjint, et après fut renvoyé à La Fere, pour y estre eusepulturé près de ses prédécesseurs , par Il prioce de Piedroont , avec tant d'honneur que luy peut feire adonc , estant bien fort regretté de luy et de tous les ennemis mesmes. Aussi y fut tué ce vaillant et brave jeune seigneur, le vicomte de Thuraine (1), après avoir autant Um fait et combattu que les forces humaines le pou voient comporter. Le comte dé Villars y fiit fort blessé et long-temps tenu en doute de mort. Le flls du sieur de La Roche du Maine , Isi sieurs de Ghandenier, enseignes de M. de Moutpensier, de Guron , enseigne du prince de La Roche-sur- Yon , de Goulaines, enseigne de M. de La Roche du Maine, de Pleuvot , guidon é$U. de Bordillon, de Sainct-Gelaiz , guidon de H. le mareschal Strossy, tous ceux là y sont morts avec gloire et loz immortel , les âmes desquels le Seigneur Dieu aura receu en béatitude étemelle. Quant aux prisonniers , M. le connes- Isble , après avoir offert à sacrifier sa vie pour pej^r remédier à ce désordre , estant fort blessé en la hanche , fut enveloppé et emmené prisonnier, compte il en advint au duc de Montpen- «er, qui , après ^volr rompu lances et jusques à on guidon qu'il recouvra, et s'estre exposé à tous dangers de sa vie, enfin le Tout-Puissant permit seulement qu'il restast prisonnier. Je croy qu'au semblable n^y espargnerent rien de leur force et vertu tous ceux que je nommeray cy après qui y demeurèrent prisonniers , à sçavoir : M. le mareschal d^ Sainct-André, seigneur d'autant bonne couduitte et d%ne de louange qu'il en soit le ce règne ; le duc de Longueville , le seigneur [.udovic, prince de Mantoue; les seigneurs de Ussé , le baron de Curton , de La Roche du tfaine, et le Reingrave, colonel des AUemans, ous chevaliers de Tordre de France ; le comte le La Rochefoucault, le sieur d'Aubigny, les ieurs de Rocheforten Brie, de Montbrung (2), ils de M. le connestable ; de Biron,de LaChap- )elle Biron ; de Saint-Heran , enseigne de ftl. le !onnestable ; de Neufvy , enseigne de M. de Bor-
(I ) FrançcKs de La Tour d'Auvergne , vicomte de Tu-
enne.
C2) Montberon,
dillon ; de Bussay , lieutenant de M. le prince de La Roche-sur-Yon -, de Montereul, soubs lieutenant de ladite compagnie ; de Marçay, guidon de M. de La Roche du Maine ; le capitaine T Advernade , enseigne de M. d'Anghlen; le baron de Thouarçay, de la maison du Bellay ; les sieurs de Mouy, de Molinont , de Fumet , de Rezé et de Montsalez. Et plusieurs autres y furent tuez, blessez et prisonniers : les noms desquels, certainement s'ils pouvoient estre sceuz , mériteroient estre escrits en lettres d'or, et estre mis en lieux apparens, pour estre veuz et leuz de chacun , et pour servir d'exemple et de mémoire à la postérité. Quant à noz pauvres soldats , tant françois qu'allemans , si tost qu'ils veirent la nuée arriver, comme gens de guerre se serrèrent tous en bataillons quarrez, et bien joints pour attendre le choc : estans enfoncez et rompuz en tous endroits , fut en après fort facile à Tennemy d'en faire un cruel carnage et boucherie , et le surplus furent emmenez prisonniers à troupeaux comme moutons, lesquels, à la venue du roy Philippes au siège de Sainct-Quentin , luy furent présentez en triomphe, avec force enseignes, tant de cheval que de pied. Chose pleine de pitié, et grandement à pleindre par nous, pour estre icelles compagnies de fanterie , en ce peu qu'elles se comportoient , autant belles, bien complettes et bien armées, que Ton en avoit veu en France il y avoit long-temps. Le lieu du grand massacre et plus furieuse tuerie fut , comme chacun le tesmoigne , entre le grand Essigny et une maison de gentilhomme, appellée RizeroUes, en un grand chemin appelle Blanc-Fossé , où chacun tiroit pour se sauver, et là estoient attendus pour y payer le dernier tribut de leurs vies. Ce piteux spectacle et très-cruel sacrifice dura pour le moins quatre ou cinq heures que le vespre commençoit , quand les ennemis poursuivirent leur victoire jusques à La Justice, distant une lieue de La Fere, et là s'arresterent et ne passèrent oultre , selon qu'il leur estoit très-facile , et comme la loy de la guerre leur ordonnoit et permettoit, pour entièrement user de leur victoire, où ils eussent trouvé soudainement tout ce qui s'estoit sauvé, tantestonné et effiroyé, qu'au seul bruit de leur veuë et venue ils demeuroient maistres partout où ils eussent passé sans trouver contredit. Mais il semble que le supresme dominateur dieu des victoires les arresta là tout court , et leur planta en cest endroit une barrière pour n'entreprendre oultre ce que sa volonté Tavoit permis et le vouloit. Et en cela et ce que depuis est ensuivy , on a peu clairement cognoistre ses estranges et incogneuz jugements. Quant I à Tartillerie , Ton estime qu'elle fut toute per-*
COHMÊNTAIBBS OB FBANÇOIS DE BABUTIN. [1557]
due et emmenée des ennemis, réservé deux ou trois pièces qui furent chassées et emmenées Jusquesà ceste Justice deLaFere, que M. de Bordilion retourna depuis quérir.
En ce lieu de La Fere se sauvèrent et retirèrent M. de Nevers, le prince de Gondé, le comte de Sancerre , M. de Bordillon et quelques autres seigneurs, capitaines et soldats, tant de gendarmerie que des gens de pied. M. de Montmorency et aucuns autres prindrent autre adresse et retraite, estans tous ces princes et seigneurs si liarrassez et atténuez , qu'il leur eust esté impossible de souffrir le moindre choc du monde , tant ils avoient eu de mal pour avoir soustenu l'effort du combat si long temps, et pour veoir la desfaite des leurs , et la prise des premiers de Farmée, et le desespoir de pouvoir avitailler Sainct-Quentin. Cependant on arrivoittousjours à la file , tant de ceux qui s'estoient escartez et cachez dans les bois ou autres endroits, que d'autres qui s'estoient sauvez et eschappez des mains des ennemis, les aucuns tous sanglans et couverts de playes, les autres tant blessez qu'aussitost estre arrivez explroieut et rendoient Famé. En ceste tumultuaire et effroyable assemblée , s'esleva un bruit qui parvint jusques aux oreilles de ces princes , que M. le coonestable n'estoit encore pris et qu'il avoit rallié l)eaucoup des nostres, et combattoit. A ces nouvelles s'esleverent tellement leurs esprits et courages, qu'ils recoorurentincontinent aux armes , et n'oyoit-on plus partout que demander hamois et chevaux, et trompettes sonner à cheval , ayant chacun recouvert ses forces et sentimens pour* venger la honte précédente ; toutefois ce murmure se trouva nul , et demeura assoupi en peud'heure. En après peu à peu chacun commença à s'asseurer quand l'on veit que les ennemis ne faisoient plus grandes poursuites , et lesquels l'on rapporta se retirer et reprendre le chemin devers Sainct-Quentin, combien que la doute fust aml)iguë et suspecte qu'ils changeassent d'advis , et ne se remuassent de ce siège , comme de chose qu'ils tenoient desjà toute acquise , pour se saisir de plus grande estendue que la fortune par ce bon commencement leur promettoit. Et craignoit-on que, partans leur armée en deux, ils ne feissent marcher l'unedes parties devers Gompienne, où estoit le Roy et toute la cour, et de là à Paris , pour saccager et esbranler le cueur et fons de ce royaume , et qu'avec l'autre partie ils ne vinssent assiéger La Fere , qu'ils sçavoient n'estre forte , et où ils pouvoient estre advertis s'estre retiré le surplus des forces de France, pour en parachever la totale extermination; et nous oster toute ressource et espérance de nous
remettre sus. Laquelle âëlU>éfation s'ils eoficnt sui vy , Je crois que , sans l'aide du Sdgneur Dieu, on eust peu veoir de grandes mutations et divers maux et malheurs advenir; pour à qooy remédier , je pense que la grâce divine inspiti M.de Nevers,et leshommesde conseil quiestneot auprès de luy, de faire deux choses prompkment : Tune , qu'il envoya en extresme diligence le sieur Descars devers le Roy , pour Tadvertir de ceste infortune, afin d'y advisereo pourveoir comme il estoit temps; et l'antre, qvH depescha aussi-tost son trompette dev(» k prince de Piedmont , avec lettres escrites de a main, par lesquelles il luy mandoit qu'encore qu'il eust pieu à Dieu luy donner la victoire, li ne pouvoit-elle estre si grande , qu'à cause du désordre qu'il pou voit sçavoir y estre adveno. la meilleure part des forces du Roy ne se fiut retirée et ralliée au lieu de La Fere, où aussi il avoit pieu au Tout-Puissant le retirer et sauver; que davantage elle ne luy estoit succédée si entière, que de son costé il n'en fust beaoeoup morts ou restez prisonniers ; pourtant qu'il lor envoyoit son trompette expressément pour le prier de très-bon cueur l'advertir des hommes de réputation qu'il sçauroit estre morts ou ph* sonniers de sa part , et qu'au semblable il eo feroit faire recherche par son armée et l'en advertiroit. Gependant M. de Nevers , avec t«s les chefs et capitaines qui se retrouvoient rieit luy, advisoit de fournir et asseurer les places dcQteuses et suspectées, lesquelles i'ennemy^es ceste soudaine terreur, eust peu surprendre, et quant à luy, se resolvoit renfermer à La Fere. Toutefois , eu esgard à la grandeur et autbonté de ce prince , et lequel il sembloit que IHea enst réservé pour commander en ceste nécessité, il v s'en trouva un seul de cest advis , et qui ne le dissuadast de ceste opinion. Le comte de Sascerre volontairement s'en alla à Guise , et emmena avec luy sa compagnie et celle du prisor de La Roche-sur -Yon, et les deux compagnies de gens de pied de M. d'Estrée, et une du opitaine Pisieux. M. de Rordillon demeura à U Fere avec sa compagnie , celles de M. de laraine, du comte de Villars , et les compago» du capitaine Enard , maistre de camp , et àu{ ou six autres. Au Gastellet estoit le baitm de Solignac, qui en estoit gouverneor, avec a compagnie de gens de pied et celle du baron (^ Cierac. A Peronne estoit M. de Humieres , gwverneur, avec sa nouvelle compagnie de cloquante hommes d'armes , et celles de M. le ua reschal Strossy et do sieur de LangeV) aveceîn^ ou six compagnies de gens de pied. Dcrcebe/ M. de Nevers y renvoya les quatre du sieor di
COHMBNTAIBES DE FBANÇOIS DE RABUTIN. [lô57j
Grammont. A Corbie estoit H. de Chaune, qui en estoit gouverneor , avec sa compagnie et celles des siears de Yillebon etVassé , et celles de gens de pied du jeune Beilefouriere, et les deux de Blameoourt Depuis , le Roy y renvoya le sieur de Grevecueur. A Han estoit le seigneur de Sepois , qui en estoit gouverneur , avec sa compagnie et trois ou quatre autres de gens de pied , et depuis y flit envoyée, comme on m'a dit, la compagnie de M. le mareschal de Sainct André. A Montdidier fût envoyé le sieur de Bussy d' Amboise avec la compagnie de M. de La Roche du Maine , et une ou deux de gens de pied. A Goussy estoit adonc M. de Bouchavanes, avecune compagnie de gens de pied du capitaine des Hayes, et depuis y en furent renvoyées deux autres du capitaine Porcheux. A Chauny fut envoyé le sieur de Montigny, avec la compagnie de gendarmerie de M. de Montpensier, et deux autres de gens de pied.
Enceste sorte fut soudainement et en diligence pourveu à ces places drconvoisines de Sainct- Quentin, pour oster toute occasion à Tennemy de s'en prévaloir et les soustraire d'emblée. Oultre cela y ce prince envoya gens par tous les passages et endroits des environs, à douze, quinze et vingt lieues loing, pour advertir tous ceux qui s'estoient sauvez et retirez que ils eussent à se rendre à Laon , où il se trouveroit , pour là rassembler les forces du Roy, promettant et asseurant, pour donner à chacun meilleure volonté de retourner, qu'en ce lieu il feroit faire nne reveue et monstres générales avec argent; car adonc plusieurs compagnies, tant de la gendarmerie et cavallerie que des gens de pied , n'avoient fait aucunes monstres, et n'avoient de longtemps receu leur solde. Ces choses ainsi ordonnées à la haste et selon la nécessité, le lendemain de ceste desfaite , M. de Nevers, à l'importunité et gênerai advis de tous les capitaines, se retira à Laon, et avec luy le prince de Gondé ^ quelques autres seigneurs et capitaines , accompagnez et suy viz d'environ cinq ou six cens chevaux au plus de toute l'armée françoise. Or maintenant reviendi*ay-je aux responses qu'eut ce prince , tant du Roy que du prince de Piedmont. Le Roy luy renvoya le sieur Descars, et par luy rescrivit qu'ayant esté adverti de ces piteuses et tristes nouvelles, ce luy estoit une au- ^t grande infortune qu'il luy eust sceu advenir pour l'heure ; toutefois , qu'il avoit si grande espérance en Dieu, qu'il ne délaisseroit et le secourrolt au besoing; et que de sa part il avoit telle fiance en luy, qu'il luy feroit cognoistre le fruict delà nourriture qu'il en avoit fait, le priant mettre toute la peine qu'il pourrolt à rassembler
ce qui seroit sauvé de son armée, et le plus de gens qu'il luy seroit possible , laissant dans La Fere le sieur de Bordillon le mieux accompagné qu'il pourrait; et quant à Guise, qu'il n'eust sceu mieux faire que d'y envoyer le comte de Sancerre; mais qu'il falloit aussi le secourir de ce qu'il verroit estre requis , et qu'il en auroit le moyen ; qu'il envoyoit le seigneur de Pot dans Han , pource qu'il avoit sceu n y estre point de chef. Pareillement qu'il seroit besoing y envoyer gens davantage que ce qu'on disoit y avoir; mais que si d'aventure se trouvoit riere luy quelque chevalier de son Ordre, il entendoit qu'il y fust chef et y commandast. Au surplus , qu'il envoyoit le seigneur de Lorges à Noyon, pour y assembler les gentilshommes de sa maison et les archers de ses gardes , et pour pourvoir en ces quartiers là à ce qu'il estimeroit devoir estre exécuté, selon les affaires de la guerre. Qu'il envoyoit d'autre part le sieur de Noailles à Goussy, et donnoit ordre le plus prompt qu'il estoit en sa puissance à toutes autres choses , comme luy diroit ledit seigneur Descars , suy vaut la charge qu'il luy en avoit donnée. L'advertissoit que le plus aggréable service qu'il luy pourrolt faire , seroit l'advertir d'heure à autre de ses nouvelles et de celles qu'il pourrolt entendre des ennemis, ' pour selon icelles se conduire ; et que s'asseurant que luy et ses cousins le prince de Gondé , de Montmorency et comte de Yillars, et autres gens de bien qu'il avoit près de luy, ne luy faudroient à faire tout ce qu'il leur seroit possible pour le bien de son service, il ne luy en feroit plus longue lettre , et s'en remettoit du surplus sur le discours que luy en feroit ledit sieur Descars. Le Roy, à cestadvertissement, avec toute sa cour se retira de Gompienne devers Sainct-Germainen-Laye et à Paris, tant pour ad viser à recouvrer et redresser nouvelles forces pour prévenir l'ennemy en ce qu'il pouvoit adpnc exécuter , que pour asseurer et remettre en bonne espérance la meilleure part de ses pays , mesmement ceste grande et très opulente ville de Paris , alors si troublée et en crainte , que chacun ne pensoit qu'à fuir et se sauver aux extremitez de ce royaume. Mais l'admirable constance et grandeur de courage de ce grand Roy , qui ne peut oncques fléchir et varier pour aucune adversité, les retint et asseura , leur envoyant pour les consoler la Royne son espouse, pendant qu'il s'employoit ailleurs à donner ordre aux affaires, et leur faisant proposer , par la voix et organe de Jean de Bertrandy , cardinal et archevesque de Sens , son garde des sceaux , telles remonstrances , comme le Seigneur Dieu , l'ayant esleu et constitué leur roy , par mesme moyen luy avoit
COHMBNTAUiKS PE IfBÀlVÇOIS DE J^ÀBniIlV. [lâ57]
créé et laiBsé le coeur et Taffection de les régir, cppserver et défendre , jasques à y exposer sa prppre vie , pourtant qu'ils fussent certains qu'il 1)9 les delaisseroit et abandonneroit non plus quMl ayoit ceste fernip crédence, que la grâce divine ne roubliroit et ne luy defanldroit; à laquelle, s'il ayoit pieu luy envoyer ceste infortune et adversité , c'estoit une admonition pour recognoistre le Tout-Puissant , qui départ toutes choses ^ son bon plaisir , autant aux grands qu'aux infimes ; oa bien qu'il la recevoit comme punitiqn et cbastiment de ses fautes, ou peultestre de son peuple ; neantmoins que le danger n'^s^it si grand et inévitable, qu'il n^enst moyen d'y remédier, moyennant le recours que tout cbapun devoit requérir et espérer du dieu des victoires, et que d'eux-mesroes se voulussent aider, et luy aussi , mesmement en ceste nécessité inespérée. Sur quoy ils avoient à considérer que tant que les deniers de son revenu s'estoient peu estendre pour le sonstenement de ses guerres, il ne les avoit importuné ne surchargé de demandes et redoublemens de tailles et autres contributions , ains que plustost avoit voulu vendre et engager son domaine, et s'hypothéquer et emprunter d'ailleurs , que les escorcher et molester ; mais que maintenant il n'y pouvoit plus ^tisfaire , pour les affaires qui luy redoubloient tpus les iour^, et comme ils le pouvoient venir et cognoistre à leurs yeux; et pourtant qu'il les prioit tous le vouloir secourir de deniers seulement, et que du surplus ils se remissent sur luy ; que de sa part il ne leur manquerait de volonté et bonne affection, ny de force et puissance ppur les secourir y ne de toutes autres choses qui appartiennent à autborité et estât d'un bon roy envers ses su^jects. Ceux de Paris, recognoissans le bon zèle et parfaite volonté de Sa Majesté, luy fUMSorderent volontairement trois cens mille francs , comme je croy que toutes les autres principales villes d^ ce royaume se cotisèrent et taillèrent d'elles-mesmes , pour luy fournir argent selon leur puissance et faculté. Ainsi , en ceste partie , s'estant le Roy acquitté du devoir d'un bon naturel de vray prince , à remettre ses subjects estonnez et espouvantez en bon espoir et asseurance, et s'estant pourveu et renforcé de deniers , comme de chose la plus requise et nécessaire pour le falct de la guerre, employa en après toute diligence à lever et reserrer gens, envoyant vers les Suisses, ses anciens confe- 4erez et alliez , pour leur demander secours ; ce qu'ils luy octroyèrent franchement et de bon cueur, et fut faite levée en leurs cantons, d'un costé de six mille, soubs la charge du colonel Jmc Reitre , de Rasle ^ et d'autre costé de huict
mille , soubs la conduite de Claris , de Horiz (i). Pareillement autant en manda à ses amis et aillez d'Allemagne , où fut envoyé le colonel Reichroch (2) , afin de lever et amener gens le plustost que se pourroit faire , combien que le pays estoit alors si vuide et despourveu de boo$ soldats , ayans esté desjà les meilleurs levez et emmenez du roy Pbilippes, aussi que le baroadf Polleville dès-lors y faisoit une autre levée doqvelle de vingt enseignes et quelques reitres; tellement qu'il fut fort difficile à recueillir homna si tost qu'on eust bien voulu et eost esté oéetssaire.
Oultre plus, le Roy advertitlf. de Guise d'appointer toutes choses en Italie, le plus advaoti geusement et prudemment qu'il s'asseuroit de luy le pouvoir faire , et qu'il se retirast avecie forces qu'il avoit avec luy au plustost de par deçà, QÙ il en avoit plus de besoing. FinalaDent le Roy fit crier et publier par tous ses pays qoe tous soldats , gentilshommes ou autres , qû avoient suivi les armes ou les pourroient soi^rr et porter, eussent à se retirer à Laon y où estoî't M- de Nevers , son lieutenant gênerai , où la 0$ seroient mis et receus es roolles et soubs ks charges des capitaines qui leur seroient députer, pour estre employez pour son service et pourli tuition de leur patrie , famille et biens ; et que ceux qui voudroient aller à la guerre pour leur plaisir , se retirassent la part que seroit sa cornette , où là leur seroit dit et déclairé ce qu'Os auroient à suivre et à faire , et ce à peine d estie declairez rebelles et mai affectionnez à Sa Majesté, ayec autres punitions , tant corporelks qu'abolisseipent de noblesse. Voilà , au plus près de la vérité que j'ay peu sçavoir. Tordre que k Roy très cheçtien mit partout le royaume, pcomptement après ceste infortunée journée et desf^ Reste maintenant à dire que le prince de heàmont ne vouloit adjouster foy ny à la lettre que M. de Nevers luy escrivoit , ny à ce que le trompette juroit et affermoit qu'il.se fust samt; f^niastrant et ne luy pouvant tomber en Tentefi* dément qu'il ne fust mort ou prisonnier , poun^ qu'adonc le tumulte n'estoit pas encore appaisê et n'estoit autre bruit paftny leur camp , sbol que la noblesse de France estoit desfaite et uoî' ruinée , et tous les plus grands de ce royioD^ ou morts ou prisonniers. De sorte que le più<t Mansfel envoya chercher le sieur de Reze, f^ l'on lui avoit dit estre de la maison de M. de yvers , pour sçavoir de luy, et comme luy voaUrf soustenir de force qu'il sçavoit bien qu'il esV)rt
(1) Du canton d'U ri.
(2) Hedurod.
ceiufBN^Aimts m itbànçoi^ pb iubutiv. [1557]
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mort ou prisonnier , toutefois qne le dit sieur de Râféliiy imdntintet asseqra toujours le contraire. Ce nonobstant , le pFinpe de Piedmont , ne se fiant et ne se contentfint de tout cela , le fait chercher parmy toi|s les morts , et fe{t crier par toute rarmée que toqs soldats eussent à représenter leurs prisonniers, s^s les 4^guiser et receler, à peine de la vie ; tous lesquels prisonniers Ton dit qu'il feit passer entre deux picques, et regardera la taille et au visage , poi^r vqir si ce prince y seroit recogneu. EnQn voyant la vérité qi99 luy avoit affermé le trompette , apr^ s'entre epquis 4e luy s'il y avojt beancoqp de gens mprft» de naître costé, et s'il ^'ea estoit ))eaucoup sauvé, et que le trompette lui e^t asspuré que le^ deux ports de l'armée s'estoient sauvez 4 La Fer^ et ailleprs; que tous les jour^ ^ \^ filp y pn arrivoif , tant dp ceux que l'on pensojt estre n^prtsoq prjsopqiers, que d'autres nouveaux, et 4^ plusieurs ancres choses dopt il Tinterrogeoit pqpr le surprendre, le renvoya. Et depuis, les ennismis, saqs attenter autre nouvelleté et changer d'admis, se remirent à la continuation du siège de Saiat Quentin.
(a'on a voplu dire et juger , et pomme il est fiiçile h croire, que le prince de Piedmont , présumant Ips forces du Roy n'estrp du tout dpsfaltes, s'estanf sauvé M. de JNevers, seroient biento^t rassemblées , ausquelles {e Rpy et Iqy , soudainement et eq pne nqipt, en (erqient Joindre d'autres des garpisons des villes de la frontière qui estoit den^ere eux; avec oe)a que le liep de La Fere et le camp, qui y estoit assis desjà, estoit fort, tant de nature comme de rivières et marescages , que d'artiûce , comme fossoyé et enclos de trencl^ées; par ainsi que, délaissant ses prefnieres entreprises pour aller chercher et cqmbattre l'ennçipi désespéré en Heu désavantageux, ce seroit trQ9 légèrement bsi^ard^ la prospérité de la bonne et favorable fortune, de laquelle pour r)ieure se contenter estoit assez et beaucoup; parquoy les ennemis se résolurent de poursqivre le siège de Sainct Quentin et de l'emporter à vive force , afin d'avoir en après le cbemin plus ouvert et asseuré, pour eiyainber et empiéter plus avant. Un Jour ou deux après que M. de Nevers fut arrivé ^ Laon, il fit une reveuë générale , ^nt de la gendarmerie , cavallerje et reitres , que des gens de pied , françois et allemans, qui estoient restez , et s'estQient sauvez et retirez là; où trouva que de neuf cens à millehommes d'armes , et de près de mille chevaux légers et harquebusiers à cheval, il n'en eust sceu alors mettre ensemble au plus dou^e ou qui))i;ecens chevaux. I)esept ou huipt cens reitres [des^els estoit pour l'heure gêne-
rai le camtOf-de Barbize] ne s'en trouvoitpas ^exp^ ou troif cens ; lesquels pouvpft^n à peine retenir qu'ils np s'en voulussent retourner en leur pays ; et ceqx qui avoient esté faits prisonniers, et qui s'en revenoient sur leur foy, dispien( que l'eqpemy leur avoit fait faire serment de ne servir le roy de France de six mois. Quant anx geps de pied , de quinze ou seize enseignes françois^ , il n'en fut trouvé adonc que quatre aq plus, encore si desarmées, et les pauvres sqldats , ou tant blessez et dévalisez , qu'il ne popvpit estimer s'en pouvoir servir et aider. De vingt deux enseignes d'Allemaqs, faisansle nombre de dix à douze mille hommes, il s'en sauva de trois à quatre mille, que le capitaine Sterne, Mepteqant du Beingrave, homme de bien et bon serviteur dq Roy , r'aJlia et rassembla ; lesquels ce prince fit loger en uqe petite ville nommée pruere , à uqe petite lieuë près Laon. Par 1^ on peqlt voir de quelles forces estoit en ce temps M. de Nevers accompagné pour faire front à l'ennemy, s'il le fust venu chercher, ou pour s'oppp^r s'il eust vpqlu eptr^r en pays : en cela Ton peu|t aussi évi4emment app^rcevoir les mir^lçs de Dieu , lequel tenoit la bridp aqx entreprises de ces gran4s princes. La compagnie de M? 4e Nevers et les autres de gendarmerie qui estoient là , furent logées à Vaulx soubs Laon, à Saiqct-Marcel et aux faulxbourg au dessqubs de cette montagne , la cavallerie es villages devers Gressy , et les reitres à Noyqn et es villages d'aleptonf 9 oùi|s faisaient des niqqx presque autant que les ennemis n^esmes. Sur ce propos je ppurfois fjiire un fort aq^ple discours j si je voulois pçirticulariser et déduire bien ap long les bienfi^ts , largesses et 4istributions charitables que ce prince vertueui^ et débonnaire feit à l'endroit des pauvres soldats, gentilshommes et autres , qui estoient retpurnez de ceste misérable Journé^, blesse^ et desnu^z de moyens de se pouvoir guérir et resouidre d'eux mesmes , oultre ce qu*ils n'avoient pq|nt esté payez de leur solde.
Mais, pour ne sembler trop affectionqé et partial , J'en remettray la preuve et tesmoignage à la voix et confession publique, et au ressentiment de l'obligation dont^a^jourd'huy et de leur vie , seront tenus tqus ceux qui Tont expérimenté , et qui ne peuvent oq le doivent celer : ppur le moins qu^nd les hqmn^es seront si malins que le vouloir taire, le Seigneur Dieu, scrutateur des cqeurs , permettra que la vérité sprto en lumière , et luy en fera con4igne retributiop selon sa grâce. Seulement veux-je dire ce qqe chacun sçaif, qqe sa bourse ne leur a esté jamais fermée, ny les viandes de sa cuisine , ny
COHftCENTAIBES DE FRANÇOIS DE RABUTlN. [I557j
mesme celtes appareillées pour sa propre personne, espargnées ne refusées , surtout aux malades , ny le travail et solicitude de ses médecins y chirurgiens et apothicaires pour les visiter, guérir, panser et soulager. En quoy Ton peult juger rheur avoir esté d*autant plus grand pour nous après ceste infortune , qu'un tel et si grand prince, et tant libéral , se soit trouvé pour adoulcir Taigreur du mal , et survenir à ceste nécessité commune. Or maintenant Je retoumeray au siège de Sainct Quentin , et diray ce que j'ay peu sçavoir avoir esté exploitté dedans et dehors Jusques à rentière prise et saccagement d'icelle. Sur quoy faut-il sçavoir en premier lieu que, la nuict précédente Tentreprise de M. le connestable, et à Tadvertissement que M. TAdmiral avoit de luy , il avoit fait tenir les passages , qu'il lui avoit mandé , prêts et appareillez Jusques au point du Jour, à laquelle heure il lesfeit rompre afin que les ennemis n'en eussent cognoissance ; car , autant que le Jour duroit, ils ne bougeoient de se pourmener par les marets avec les nacelles. Et à ceste charge avoit commis le capitaine Sainct&-Roman , et quelques soldats avec luy, pour recueillir et conduire ceux qui luy eussent esté envoyez. Lequel Saincte-Roman lui dit à son retour que les passages qu'il luy avoit donné en charge, estoient si seurement hs^illez et reparez , qu'il eust pensé mettre en la ville dix mille hommes avant qu'il eust esté jour : aussi à la vérité ils se trouvèrent si bons, que nonobstant tous les empeschemens que J'ay dict cy-devant, M. Dandelot y entra par là, et avec luy une trouppe de quatre cens cinquante à dnq cens soldats, fort bons hommes , et cinquante ou soixante capitaines suffisans. Il y entra aussi quelques gentilhommes pour leur plaisir, mais bien peu , comme le vicomte du Mont- Nostre-Dame , les sieurs de La Curée et de Nattas : aussi y entra le seigneur de Sainct-Remy , gentilhomme fort expérimenté en faict de mines, et lequel s'estoit auparavant trouvé en sept ou huict places assiégées. Aussi y entra un commissaire de l'artillerie et trois cannoniers , dont ils avoient affoire là dedans, car ils n'en avoient un seul auparavant, sinon de ceux de la ville, tels quels. Et combien que toute la troupe qui estoit déléguée pour mettre dans la ville, n'y peust entrer pour les fatigues de l'ennemy, et autres causes précédentes , si peult^on croire que ce fut l'un des plus grands plaisirs et contentemens qu'eust sceu souhaiter M. l'Admirai, d'avoir M. Dandelot son frère auprès de luy , pour y avoir un second soy-mesme, et sur leque il se pouvoit du tout reposer et remettre. Après que M. Dandelot se fut séicbé et réchauffé,
pource quil avoit esté bien fort mouillé , et qui eut recogneut tout le circuit de la ville , M. TAdmirai et luy derechef repartirent les quartieR avec les gens qu'il avoit amenez. Et après que le sieur de Sainct-Remy eut bien tout veo A mesuré la contremine que Lanfort , Anglols faisoit, il monstra à M. l'Admirai des lieox m il luy sembloit que il falloit contreminer , et poortant dès l'heure il y meit des gens en bes<^. D'autre part il renvoya quérir le capitaine Lasquetot , pour remettre la charge de lartillerie entre les mains du commissaire qui estoit entre. dont M. l'Admirai se repentit puis après; car elle estoit beaucoup mieux conduite et gouvernée par ledit Lanquetot.
Deux Jours se passèrent avant que M. TAddmiral sceust la route de M. le connestable. et le sceut par quelques soldats qui s'estoieat «chappez des ennemis, et qui se vindrentjettff dans les fossez , qui luy comptèrent comme k tout estoit passé. Aussi furent veues peu après quelques enseignes des nostres , que les ennemis meirent en parade sur la teste de leurs tranchées , pour en estre plus apparent tesmolgnaf^. et pour intimider les assiégez. Et n'y a doute que ces nouvelles si fort descouragerent, docseulement le peuple, mais, si j'ose dire, une bonne partie des gens de guerre, que M. TAd* mirai avoit bien fort affaire à les asseurer ecnv mettre, mais surtout les ouvriers; car desloo ils se cachoient dans les caves et greniers, de façon qu'il les falloit arrachor et tirer à force de là dedans pour les amener aux ouvrages : mesmement qu'aux plus importans lieux Tod n> pouvoit hesongner que de nuict, à cause du grand dommage que faisoit l'artillerie ; quand les ouvriers estoient mis en besongne, et encore q« l'on eust mis des guets de tous costez, si nepoovoit l'on faire en sorte qu'en moins d*noe bcurr tous se desroboient. Entre toutes les plos ctsbdes nécessitez que les assiégez eussent, cesloft de traverses, pource que la courtine où leseouemis adressoient leur artillerie, estoit si veoépai flanc des pièces que ils avoient logées sur la plate forme d'isie , qu'il y avoit bien peu d'cndroif> où l'on ne fust descouvert depuis les pieds \osques à la teste, à quoy toutefois Ton renwdi** le mieux qu'il estoit possible. Et ne se doit5C' ce propos obmettre une invention de M. DaBd^ lot , de lever une traverse , qui estoit de grtn^ advantage et commodité : ce fut qu'il se ser^^ de vieux bateaux qui avoient estéautrefeis feko pour passer les rivières quand une année roariche, lesquels il arrangea les uns sur les antre»! force de bras> et les faisoit remplir de terrr» tellement qu'eu un jour il feit ce que toas te
COUMENTAIBES D& PBANÇOIS BE BABUTIN. [lâST]
ouvriers ne eussent pu faire en un mois. Nbn en cela seulement, mais en toutes autres choses il s'employoit et faisoit mettre la main , comme personne de jugement et comme chevalier sage et expérimenté en toutes louables et vertueuses entreprises : et se peult dire que sans luy M. T Admirai à la longue n'eust peu satisfaire, et fust demeuré soubs le faix , au travail qu*il luy falloit supporter en ce siège. £n ceste sorte passoient les affoires là dedans. Maintenant puis-je dire quelque chose de ce qui se faisoit au dehors: c'est que, peu de jours après ceste malheureuse route et desfaite , le roy Philippes arriva en son camp ; et avec Sa Majesté plusieurs princes et grands seigneurs, à l'arrivée duquel furent faites par toute son armée maintes allégresses et salves , en signe d'aise et resjouissance, tant de sa venue que pour le triomphe de sa victoire, estant offert à Sa Majesté grand nombre de prisonniers et plusieurs enseignes, et autres despouilles de guerre. Ce qu'il eut grand contentement et plaisir , et deslors redoubla tous efibrts pour en bref se faire rendre et obtenir ceste ville de Sainct-Quentin, renforçant la batterie d'autre plus gros nombre d'artillerie et munitions qu'il feit amener de Gambray , et faisant en toute diligence continuer et poursuivre les mines commencées, et en entamer autres nouvelles. Bref il [ne s'y perdoit aucun temps qu'on lie 1 employast pour advancer la prise de ceste ville, afin qu'il y cust moyen d'attenter et entreprendre autre chose avant que l'armée duRoy Tust rassemblée et assez forte pour l'en divertir. Cependant M. de Nevers estoit tousjours à Uon , donnant ordre d^amasser gens pour mulir les villes à l'entour, depeschant nouvelles ^mmissions à divers capitaines pour lever sollats, car alors le Boy luy en avoit donné toute Puissance; mesmement envoya M. de Jours pour ever la légion de Champagne , dont auparavant I avoit esté colonel; feit venir de Metz quatre >u cinq enseignes de la garnison , et au semblable de toutes les autres villes de la frontière en ira quelque nombre des vieilles compagnies , et u lieu dMcelles en feit entrer d'autres nouvelles, our s'en aider où l'affaire et la nécessité le pres- Qit plus fort. D'autre part , le plus souvent et 'heure en heure envoyoit gens en pays pour reognoistre l'ennemy , et descouvrir ses entrerises , et pour y remédier : et faut dire qu'enore que les compagnies qui estoient à l'entour e luy, fassent desjà des précédons voyages fort ara&sées et desfaites , si ne leur donnoit il guè- Bs de respit et loisir pour se reposer : mesmelent le prince de Condé , avec la cavallerie gère , estoit ordinairement à cheval , et jour
et nuict à la suite des ennemis , pour leur rompre les vivres , et les travailler d'infinité de fatigues. Dequoy ils estoient si irritez et faschez , que tous les jours M. de Nevers n'oyoit autres nouvelles , sinon que partie de l'armée , bien advertis du peu de gens qu'il avoit avecques luy , le venoient desfaire. Et est chose véritable que les espions luy rapportèrent comme trois ou quatre mille chevaux s'estoient desbandez, sans sçavoir pour quelle cause ; et depuis Ton sceut qu'ils estoient venuz sonder les passages des rivières qui estoient entre Sainct Quentin , La Fere et Laon. Sur lequel advertissement ce prince envoya cinquante ou soixante chevaux de sa compagnie , conduicts par un homme d'armes d'icelle, nommé La Brosse , auquel il commanda donner le plus avant qu'il pourrolt , jusques à se faire prendre , pour luy en rapporter certain advis. Et d'un autre costé estoit allé M. le prince de Condé , pour les tenir de près , et pour en apprendre quelque chose.
Cependant l'on adverti t chacun de se tenir prest et sur ses gardes en armes , et meit l'on bons guets sur toutes les advenues. Toutefois il n'advint rien de toute ceste doute , et fut trouvé qu'après s'estre approchez Jusques sur le bord de la rivière d'Oyse , ils s'en estoient retournez. Il fut dit depuis qu'une compagnie de chevaux légers anglois , des nostres , qui s'estoit révoltée devers les ennemis , et qui avoit saccagé et emmené les chevaux et meilleures bardes de leur capitaine , nommé Crey, avoient esté autheurs et cause que les ennemis avoient attenté ceste délibération. A la vérité, et pour en faire une brefve conclusion , ce prince , estant là , s'exposoit à divers dangers, en si petite compagnie qu'il se retrouvoit pour lors, si l'ennemy le fust venu trouver : mais il ne fut jamais mal dit que celuy est bien gardé que le Seigneur Dieu tient soubs sa main. Le comte de Sancerre et M. de Bordillon , en leur endroit , faisoient ordinairement sorties sur le camp de l'ennemy, et le plus souvent destroussoientleurs vivreset charrois, et tailloient en pièces leurs fourrageurs, ramenans chevaux et prisonniers, desquels ils apprenoient toujours quelque chose de nouveau , combien que ce n'estoient advertissemens fort certains , etneparloientlapluspart, sinon qu'ils vouloient aller prendre Paris : ce néantmolns en donnoient advis à M. de Nevers, qui le mandoit au Boy, lequel, de son costé , n'espargnerolt rien de sa diligence et sollicitude pour avancer le Secours qu'il attendoit avoir de ses alliez et amis, n'y à mettre sus celuy que de nouveau faisoit lever en ses pays. Mais les moyens les plus requis estoient adonc si courts , et les affaires se
GOUHfiNTAIfiBS DB FRÂUÇOtS DE RABUTllf. [l567]
présentoient en tant d'etidroits, mesmemént^e ce baron de Polleville , avec une grosse armée , marchoitetentroitdéjà es limites dd ce royaume, sans cogûôistré où il se voulait addresset , que Sa Majesté se trouvolt quelquefois fort àttediée et en doute , auxquelles te plus promptement devoit entendre.
Maintenant Je pourrai fetourder au siège de Sainct Quentin , pour dit*e que M. T Admirai ayant eu cognoissance de ce nouveau appareil que les ennemis redressoient et de ce grand traib d'artillerie qui, de renfort^ estoltarHvé, et qu'ils redoubloient leurs trenchées, et rebatissoient gabionnades et terreplains , Il advisa et contrepensa plus que jamais au moyen qu'il pourrait avoir de faire entrer getis de guerre là dedatis , principalement de harquebusiers. Tant y a que, par l'advertissement dé quelques pescheui-s , il sceut qu'il y avott un eUdroit dans le marets qui n'estoit gUeres plus creux que jUsques à là ceinture d'unbomme ; et, pour en estre plus certain, il renvoya recoguolstre par des soldats , qui luy rapportèrent ainsi estre : parquoy ayant sceU qu'il se devoit addresser en Sel nécessitez & M. de Nevers et au seigneur de Bofdillon , il feit ed sorte qu'il eb advertit M. de Bordillon , pùfat le faire sçavoir à M. de Nevers, teUr mandant la facilité de le secourir , le besoidg qu'il en avolt , et que s'ils luy envoyoieut gens, le moyeb qtllte avoient à tenir avec les guides qui le cdnduiroient. l)e cas fortuit , M. de Nevei*s âé trOUVft à La Fere quand M. de Bordillon feceut i^es lettres , lequel mesmes iuy feit response et luy manda qu'il luy envoyerolt trois cens haf ^Uebusiers , qui estoit tout ce qu'il pouvoit faire , Tadvertissant du jour qu'il les luy envoycrOlt , qui estoit , ce me semble , le vingt-deUxiesmë ou vingt-troisiesme du mois d'aoust. Pour cest effect, en estant le Roy adverty, Incontinetit après ce prince assembla à Crecy en Valois le prince de Condé , messieurs de Montmorancy et de Sofdillon , et autres chevaliefs de l'Ordre , et capitaines , pour exécuter ceste entreprise et essayer d'y faire entrer ces trois cens barquebusiers; et furent ordonnez pour leur faire escorte et les soustenir , si d'adventure ils estoient forcez et cbargez , ducostéde Mouy, le seigneur de Sainct Simon , avec la compagnie de M. de Nevers dont il est guidon; et, du costé devers La Fere, le seigneur de Chasteluz, avec la compagnie de M. de Bordillon, de laquelle il est lieuteodUt. Lesquels harquebusiers furent bien et setirefflent conduicts jusques sUr le bord et entrée des passages qui avoient esté mandez, où ceux qui leur avoient esté donnez pour escorte attendirent tant longuement qu'ils peurent juger iceux pouvoir
estre entrez ; car de le voir Os ne pouvoient , à cause de la nuict et de Tallarme qui estoit pAr tout le dathp des ennemis : toutefois depuis M. rAdtbirâl â dit et escTit que luy, les attendiat au lleti par lequel ils dévoient entrer, pourleor fhife donner le signAl qu'il avolt mandé quand 0 seroit temps , environ une heure après mlnuiet, il ouyt l'allarme qui se donna an guet des ennemis , par où il falloit quMIs passassent , et qw sans poindt de fkute messieurs Dandelot, deJarnàc et luy , qui estoieiit ensemble , ouyrentciai* rement le nombre des ennemis estre petit et dveé effroy ; mais après s'estre reeogoeos, et Voyans qu'il n'y avoit personne des nommez qui les chargeassent , donnèrent ftui* eux , et la massacrerébt de telle fkiçon , que de trois cens harquebusiers ((ni estdient ordontieÉ il n'y eaeo* traque six tringts, encore tous dCsaimés et gens nouveaux , qui ne luy àpportoient pas grande faveur. QuaUt au chef qui les ennditisolt, il n'y entra point , mais un sergent seulement , ne codant pas (}u'ils dëusseut venir si mftl accom)»gnez ; & eela alléguant davantage, qu^ayant rn asseolf les guets des ennemis deux ou trois fois ensuiv&tis , il avoit ebtfe autres choses mandé dUdlt sieur de Bordillon, pAt l'advis des capitaines qui estolënt aveeques luy , 4u'ii i^llolt envoyëf des gebs de cheval àtecques fies g«is de pied , ^ui eussent donué ftUx ennemis à gauck et à df oite du passage cependant qtie ceux qd dévoient entrer pASseroiettt ! ee qui se ponvoit ihlre s&ns danger , car il tl'y avoit point trente chevaux desdits ennemis du guet , et eoTiron soixante ou quatre vingts hommes de ^ed ; et si ne falloit point craibdfe qu'il leur vint renttfn d^etmeniis suf les bras , poUrce qu'il n'y avoit ^e les enseignes qui estoient logées au fauxbourg d'tsie , qui estoient six ou sept, bien loin: du passage ; tout le teste estolt passé ramée : et n'eussent passé de nutct si tost le^ desbdcts des chaussées, que floz gens de cheval se fbsseitf retirez ; et cependant s'il y eust eu moyen d'entoyef encore plus grflbdes forces , tant pins ai* sèment ftissent eutreÉ , ne trontans aucuns einpeschemens. Toutefois sur iotlt ce propos il ne ftiUt douter que M. de Nevers et M. de BordiHM tfen ayettt faict leur pleifl devoir , et n'j on btierebt f ien qui peust donner bonne issue à ceste conduiéte; mais ett eela et en la faute qui en id* vint est plustost à aceusOf et reprendre la dé&if* Idnee de cueur et couarAise d'atleuifs de ces sol* dilts, QUI aymefent tnitnx se perdre etaoyerqae d'eotf er , et les m\t^ se éBeberêflt et àbsÊt^ ftnt ft l'obscbrifé de te taict, eottninê i^ensde mauvaise volonté. Depuis ceste heure là M. TAd* mirai Oe peut tecoutrer à faire attvoir de sesouih
COMMBNtAlRSS DB FBAlVÇOtS BB BABUtOl. [iSSl]
velles à M. de Nevers, encore quMI Feust essayé en plusieurs sortes et par diverses personnes ; mais le guet et les gardes des ennemis estoient si fortes et espesses , que nul ne pouvoit passer.
Entre les autres il y eut un gentilhomme pris, qui estoit lieutenant du capitaine Lestang, nommé Brion, homme bien asseuré et résolu, lequel lui promit, avant que partir, qtt'il passeroit oultre ou qu'il seroit pris , comme il fut. Par ainsi M. TAdmiral n'avoit plus à espérer qu'en Taide de Dieu et en sa vertu , et à se bien défendre , sans plus attendre de secours. Pourtant employa toute la peine quMl pouvoit à faire besongner et remédier aux lieux où il estoit plus de besoing, et entre autres aux contremines, lesquelles luy servoient à deux éffects : Fun, pour gagner le devant des entiemis ; Tautre, que par Icelles il falloit essayer de trouver l'entrée d'un moineau qui estoit dans le fossé , lequel leur pouvoit beaucoup servir , et par mesme moyen l'entrée des tours , pource qu'il n'y avoit point de flancs que par le hault^ lesquels estans battus , les ennemis en demeureroient plustost maistres que les assiégez; ainsi par ce moyen il ne demeuroit point de défenses , et dont après ils s'apperceurent mieux. La contremine la plus advancée qu'ils eussent estoit celle de Lanfbrt , Anglois , qui estoit aussi celle de la plus grande importance ; mais il sembloit qu*il ne s'y felst plus telle diligence comme auparavant; et cognoissoit pareillement M. l'Admirai que ledit Lanfort commençoit à s'estonner : dequoy toutefois il ne luy demonstroit aucun semblant, ains au contraire luy disoit que de son costé il s'asseuroit qu'il luy tiendroit promesse de gaigner tousjours le devant des ennemis. Il commença à se plaindre de la grande peine qu'il SQpportoit, et luy demanda quelqu'un pour le soulager; dont M. l'Admirai fut fort aise, car il ne lui en osoit bailler auparavant, craignant qu'il pensast qu'il eust quelque défiance de luy. Oultre plus , il desiroit bien luy donner quelqu'un pour apprendre et retenir quelque chose de son industrie et science , encor qu'il ne se passast jour qu'il ne l'allast voir une fois pour le moins.
Le sieur de Saint-Remy travailloit de son costé, et faisoit extresme diligence, mais il besongnoit en cinq ou six endroits : aussi estoit-il secouru des compagnies de gendarmes , au quartier desquelles il besongnoit ayant ordinairement hommes auprès de luy qui solicitoient les ouvriers'; mais le pis estoit que tant plus la nécessité et l'affaire de ce siège alloit ei\ avant, et moins M. P Admirai estoit secouru de ceux de la ville, principalement pour avoir gens pour rem-
parer ; et afin de leur donner crahite de refuser , et par mesme moyen affection de s'y employer, M. l'Admirai feit faire une reveue de ceux qui ne besongnoieut point, et feit sortir à ceste fois cinq ou six cens. personnes; lesquels , au veu de ceux de la ville , estoient assez mal traittés des ennemis , les asseurant qu'il en feroit autant de tous les autres qu'il cognoistroit ne vouloir besongner. Mais , quand il en eust fait escarteler et mourir en divers tourmens, aussi peu en eussent- ils fait, tant estoient defaiiliz de cueur , ou mal affectionnez à se fortifier et défendre.
Les ennemis arrivèrent devant Sainct-Quentin le second Jour d'aoust; et depuis ce jour là jusqu'au vingt et uniesme ils ne brassèrent autres œuvres que grotter et creuser trenchées , tant pour la seureté de leur artillerie que pour approcher et gaigner les fossez. Les assiégez cependant ne leur pouvoient donner grands empeschemens en faisant sorties sur eux , comme dict est, à raison du petit nombre d'hommes qui estoit là -dedans; et toutes les sorties que M. l'Admirai faisoit faire estoient seulement pour prendre langue , et afin d'estre advertis de ce qu^entreprenoient les ennemis , d'autant qu'il doutoit quMls n'entamassent quelques mines nouvelles desquelles il ne peust avoir cognoissance. Ce jour, dès que la lueur commença à poindre, ils saluèrent la ville en toute batterie ; car ce qu'ils avoient tiré auparavant estoit de la plateforme du faubourg d'isie , où ils voyoient besongner et contreminer; et continuèrent tout le jour à canonner et recharger, non pas en on seul lieu , ne se passant gueres nuicts qu'ils ne remuassent leurs pièces de lieu à autre pour faire nouvelle batterie. Il est à présumer que l'occasion qui les feit tant différer, estoit pour attendre que les entrées et mines qu'ils fouilloient et creusoient soubs terre pour gagner les fossez fussent parachevées , car dès le premier ou deuxiesme Jour, l'on eut cognoissance qu'ils commençoient à pescher et retirer la terre du fossé de leur costé, et bientost après ils y affusterent et assirent des mantelets par dessoubs lesquels ils traversoient et entroient dans les fossez sans qu'on leur peust mal faire , pource qu'il n'y avoit aucuns flancs pour commander au fossé , et par où on tes peust battre et recognoistre : et toutes les pierres qu'on leur jettoit ne les pouvoient endommager à cause de câ mantelets sur lesquels elles couloient, et qui les arrestoient.
Ils commencèrent leur batterie à Tendroit du moulin à vent qui estoit près la porte Sainct- Jean ; et entreprindrent depuis cest endroit jus-
iSGO
COMUENTAIBSS DE FBANÇOIS DE BABUTIII. [1557]
ques à la tour a Teau avec une telle farie , quHl ne demeura une seule tour qui ne fust fracassée et razée , et la meilleure partie de la courtine , ayant en batterie en divers endroits de quarante à cinquante pièces.
Tous ceux qui estoient là dedans furent deceuz et trompez en une chose : c'est qu'ils pensoient la massonnerie des tours et des courtines beaucoup plus forte, et de meilleur ciment qu'elle n'estoit , estant le parement de grez , et Tespesseur des murailles fort large; mais les matières estoient si mauvaises qu'aussitost que le dessus fut escartelé et entamé , tout le reste tomboit de luy mesme à gros monceaux et quartiers, dont il y eut beaucoup de gens tuez et blessez des mattons et esclats de parapects.
Sur le trois ou quatrième jour de leur batterie, ils passèrent dix ou douze pièces du costé du bourg dlsle , et les logèrent dans Tabbaye , dont ils battoient la porte où le feu s'estoit mis aux pouldres, ainsi qu'on a veu cy -devant. Jusques à ce que les ennemis se fussent rendus maistres des fossez , le seigneur de Sainct-Remy persévéra en bonne espérance de faire quelque chose de bon ; mais quand il les vit logez là dedans , il dit à M. l'Admirai qu'il ne leur pouvoit plus mal faire, d'autant que ils avoient gaigné le dessus de luy ; reitérant plusieurs fois qu'il n'avoit Jamais mis le pied en si mauvaise place, et qu'il y avoit long temps que il en avoit adverty le feu roy ; non que pour cela ce gentil seigneur ftist estonné, et qu'il en parlast de pusilanimité, ainsestoit pilustost fasché et marry qu'il n*y trouvoit aucun remède, et tel qu'il Teust souhaité, estant au surplus homme résolu et sage.
Depuis le premier jour de la batterie jusques à la fin, messieurs l'Admirai et Dandelot et le seigneur de Sainct-Remy alloient tous les soirs recognoistre les dommages et ouvertures que l'artillerie avoit fedct ; et le jour resolvoient avec les capitaines au quartier desquels l'affaire touchoit, de ce qu'ils avoient à exécuter.
Après que la batterie eut continué trois ou quatre jours, il advint et s'engendra un certain effroy entre ceux de la ville et les gens de guerre mesmes, dont M. l'Admirai eut cognoissance, se pourmenant de nuict que l'on ne le voyoit point, qu'il contrefaisoit le sourd et l'aveugle. Et, pour y remédier , il tint un langage conmiun et gênerai à tous, en un lieu où estoient quasi tous les capitaines et plusieurs soldats : c'estoit que fermement avoit arresté et résolu en son esprit et vouloir de garder ceste place avec les hommes qu'il avoit, et que si on le voyoit varier ou tenir propos de composition , il leur permettoit qu'ils
le jettassent comme lasche dans les fosiez ; quao cas semblable s'il s'en trouvoit aucun d'eux qui luy en parlast autrement il ne iuy en feroit pis moins. Et, pour ceste occasion ne se passoitionr que deux ou trois fois ne se pourmenast par les quartiers, et qu'en y passant ne deman^t lo opinions aux capitaines , leur conférant et coibmuniquant ce qui se faisoit es autres endroits. D'autre part la première harangue quMl leur avoit fait dès le premier jour qu'il entra dans b ville, estoit que chacun eust à l'advertir de ee qu'on jugeroit pouvoir servir à la conser?atk»i de la place.
La batterie des ennemis contina jnsqQ'as sixième jour , environ deux heures après midy, qu'ils se présentèrent aussi en plusieurs endruts dans les fossez jusques aux parapets, & la longueur des piques. A ceste heure là , le guet qui estoit dans le clocher delà grande église, advtttit M. r Admirai que de toutes parts il voyoit l'armée de Tennemy se mettre en armes , etqat plusieurs gens de pied s'acheminoient aux traa* chées : ce qu'il fit savoir en tous les endroits ci quartiers de la ville , à fin que chacun eust à se tenir sur ses gardes, estimant que ce mesme josr ils voulussent donner Tassault ; et luy mesnir alla à trois ou quatre des brèches les plos pri> ches de luy pour voir l'ordre qui y estoit tenu; où il trouva chacun monstrant semblant de tooloir faire son devoir et se bien défendre. Le seI^ blable entendit-il de tous les autres endroits oo il avoit envoyé des gentilshommes : qui fatcaut qu'il s'en retourna fort content à la brèche qai gardoit , qui estoit celle où il estlmoit les enoe mis adresser et tourner leur principal effori. pource qu'ils s'estoient fort opiniatrez à battff cest endroit , et à n'y laisser aucune chose qs eust pu servir de flânez , mesmement que e estoit viz à viz de l'entrée qu'ils avoient faite aj fossé.
Gommé ils estoient tous attendans Tassanii les ennemis mirent le feu en trois mines, toute lesquelles estoient soubs le rempart , d<mi ^"^ principales se trouvèrent aux quartiers de la ck£ pagnie de M. le Daulphin. Mais le doaunaçe '^ fût pas si grand comme ils l'esperoient ; et rrc}. à mon advis, que cela fut cause qu'ils ne doflI•^ rent point l'assault ce jour là : aussi en ^pr&v s'eschaufferent trop aigrement, ains se contestèrent de venir recognoistre les bresches do ctfitr de M. l'Admirai , et de venir descendre dans k fossé que gardoit M. Dandelot.
Apres que les ennemis se furent retirr;. M. l'Admiralalla visiter lesdommagesgu'aioieu
fait ces mines, et trouva que par ceste ou vertcr?
ne pouvolent recevoir, n'encourir grand dang^:
COMKBNTAIBSS BB FBANÇOIS DE BABUTIN. [iSGl]
toutefois qu'il y falloit besongner : ce qaHl remit à quand il seroit nuict, pource qu'on n*y osoit toucher et s'y monstrer de Jour, à cause de la veue qu'en avoit l'artillerie des ennemis.
Sur cela ne fault oublier que le feu s'estoit mis en des maisonnettes couvertes de chaulme , derrière les Jacopins, et, en moins de demie heure, il y en avoit vingt ou trente bruslées; eocor, de mauvaise fortune, le vent estoit fort grand ce jour là, et qui chassoit le feu et la flamme droict au cueur de la ville. A la clameur et au bruit de cest accident, M. l'Admirai y accourut avec un ou deux gentilshommes seulement, n'ayant voulu souffrir que davantage d'hom* mes le suivissent : mesmement, les gens de guerre qu'il rencontroit en son chemin, il les renvoyoit en leurs quartiers , craignant que, soubs ceste occasion, les ennemis ne voulussent entreprendre de faire quelque effort, combien que pour l'heure 11 n'y en eust pas grande apparence. Sa présence ne servit pas de peu pour remédier à ce feu, pource que tous estoient tant estonnez qu'il ne sçavoient que faire, ny à quel bout s'y prendre. M. l'Admirai fit rompre deux ou trois maisons an devant, et fit en sorte que ce feu fut esteint et arresté.
Sur la minuict il s'en alla , comme de coustume, pour veoir ce qu'on pouvoit exploicter en chacun endroit des brèches et de l'ouverture des mines , y en estant trois principales au quartier de M. le Dauphin, sans celles que M. Dandelot son frère gardoit, et celle de la porte d'Isle, où l'on travailloit fort toutes les nuicts. Il trouva que M. de Gusieux y avoit fort bien besongné ceste nuict, car la compagnie de M. le Dauphin estoit départie en deux , et le plus grand dommage qu'eussent fait les mines estoit advenu en cest endroit, où estoit ledit seigneur de Gusieux.
Un peu après le poinct du Jour levé, le seigneur de Sainct Remy alla trouver M. l'Admirai pour luy dire que., retournant de la porte d'Isle, il n'avoit trouvé qu'on y eust fort travaillé; oultre plus, qu'il luy sembloitque les gens de guerre se refroidissoient de la besongné, et qu'ils trouvoient difficile tout ce qu'on leur proposoit ; enfin que leur contenance ne luy plaisoit point, luy conseillant d'aller Jusques là : ce qu'il fit incontinent , et le mena avecques luy. En y allant il luy commença ce propos : qu'il le plaignoit fort de la peine qu'il prenoit Jour et nuict, voire si grande et insupportable, qu'il ne luy sembloit qu'après on creust qu'il eust esté des! grande diligence, eu esgard à la débilité de la place, et pour le de&ult principal qui estoit d*bommes; le voulant adverùr en oultre que de I. c. D. M. T. vn.
si peu qu*ll y en avoit, la plnspart perdoit cueur pour se veoir trop foibles. Ge propos fut un peu long, de sorte qu'il les peut tenir Jusques à ce qu'ils arrivèrent à la porte d'Isle. Parquqy M. l'Admirai à l'instant ne luy en fit autre response , sinon qu'il luy dist qu'ils advisassent à ce qu'il falloit faire et besoQgner pour l'heure. A quoy il respondit qu'il Tavoit desjà monstre au capitaine Salle vert et aux capitaines de gens de pied qui y estoient. Et, après leur avoir fait monstrer de rechef, il fit deslors mettre la main et commencer besongné. Il y eut bien quelque capitahie qui dit à M. l'Admirai qu'aucuns des soldats se faschoient de l'artillerie qui les grevoit et endonmiageoit fort en besongnant : ce neantmoins, y demeurant là quelque temps, et devisant avecques eux, les sollicitoit et eneourageoit de préposer la tuition et défense de l'honneur et de la vie à la crainte et défaillance de courage ; de façon qu'au partir de là il luy sembla les laisser en bonne volonté.
Il print son adresse, au partir de là, au quartier où estoit M. Dandelot son frère, pour luy dire qu'il seroit bon commettre quelqu'un pour commander en la compagnie du capitaine Sainct André , à cause qu'il estoit malade et ne bougeoit de son logis. Son lieutenant aussi avoit esté fort blessé ceste nuict, et son sergent tué; tellement qu'il ne s'y trouvoit homme de commandement qu'un Jeune homme qui portoit son enseigne. Lequel sieur Dandelot luy fit response qu'il avoit entendu comme le capitaine Sainct André se portoit assez bien , et qu'il iroit passer > en son logis, où ayant sceu qu'il n'y peust vaoquer, y commettroit un autre. Et ainsi devisans ensemble, continuèrent leur chemin qui estoit commun à tous deux , pour aller où chacun d'eux tiroit et se vouloit rendre.
Après que M. Dandelot eut parlé au capitaine Sainct André, pource qu'il commençoit à guérir et retourner en santé , il se fit porter en une chaire où estoit sa compagnie, pour y avoir plus d'authorité sur eux , et tùrer plus d*obeissance d'eux que nul autre.
Gejour, qui estoit le septième qae les ennemis avoient commencé leur batterie, dès que la clarté le matin commença à se monstrer, ils canonnerent de plus grande furie , et à plus grand nombre de pièces qu'ils n'avoit accoustumé : de sorte qu'il estoit facile à Juger ce Jour là qu'ils vouloientiaire quelque grand effort. Ge que voyant et considérant M. l'Admirai, il appella M. Dandelot son frère , et le seigneur de Sainct Remy, et les retira à part; et, s'adressant au seigneur de Sainct Remy, le pria de luy dire son ad vis de son entreprise, et qu'il voyoit celles que les ennemis
COHMENTAIHSS 1)X FIUNÇOIS i)B RABCTIN. [1557]
faisoient sur eux [mesmement des mines] , le requérant luy deelairer ie moyen qu'il auroit d'y remédier. Ils luy firent response qu'ils n'estoient à cette heure là à y penser, mais qu'ils n'y trou voient im seul remède , pource que les ennemis estoient maistres des fossez, d*où ils pouvoient pied à pied gaigner le parapect, lequel n'avoit que cinq ou six pieds d'espesseur, et lequel ils leur leveroient en moins de rien, demeurant le rempart si estroict, qu'il n'y auroit lieu pour eux retirer et couvrir, et aussi peu de moyens pour se retrencher par derrière, à cause que le rempart estoit si haut qu'il maistriseroit en beaucoup le retranchement : adjoustant sur cela le seigneur de Sainct-Remy que M. TAdmirai se pouvoit encore souvenir de ce que peu auparavant luy avoit dit, qu'il n'avoit en sa vie mis le pied en une plus mauvaise place. Quant aux contremines qu'il avoit commencé , il partoit à Tinstant pour en faire fermer deux , et les tenir prestes pour y mettre le feu ; mais il craignoit que l'une , qui estoit la principale, ne fist tomber le reste d'une tour, la ruine de laquelle peust servir d'eschcHe à Tennemy pour monter, combien que , s'il y voyoit quelque danger, il n'en prendroit que ce qu'il en faudrait. Et , ces choses considérées, M. l'Âdmiral dit qu'il voyoit que l'on luy pourroit imputer qu'il auroit eu bien peu de considération de mettre en hazard les forces qu'il avoit, qui estoient des principales, comme de la gendarmerie, se voyant réduit en telle extrémité ; ce qui eust bien servi à conserver autres places, voire tout le royaume; mais qu'il avoit pensé une chose , à sçavoir : qu'ils pouvoient Juger qu'après la furieuse batterie qu'ils avoient redoublée, ils s'efforceroient de les emporter d'assault ; parquoy il se falloit préparer et délibérer se bien défendre ; que si on les avoit bien frottez et battuz la première fois, après ils essayeroient de les avoir et matter à la longue. Et cela voyant , en parlementant , ou par quelque autre expédient, il pourroit ad- * vertir et faire entendre ses nécessitez au Roy, oultre ce qu'il gaigneroit autant de temps. La conclusion de son propos fut que l'on pouvoit ouyr les ennemis renforcer leur batterie, faisans penser que ce Jour ils desployeroient toutes leurs forces, et mettrolent toutes choses au dernier poinct pour les combattre : pourtant il prioit un chacun se disposer à les bien recevoir et repoulser ce premier coup; et le Seigneur Dieu en après les conseilleroit du demourant qu'ils auroient à faire. Sur cela se départirent , et s'en alla chacun pour donner ordre à ses affaires.
Avant poursuivre plus oultre ce propos , il est
bien requis déduire le nombre des brèches etk nombre d'hommes qui estoient pour les garder. La première estoit celle du capitaine Broel, gouverneur de la ville, qui y avoit sa compagnie; la seconde, du capitaine Humes, lieutenant de la compagnie des Escossois, du eomte dÂrm où elle estoit, et en cest endroit je veux dirt que M. l'Admirai a tesmoigné en ce qui es i escrit qu'il ne veit point, tant que ce siège don, chefe ny soldats qui s'employassent mleox oy plus volontairement que ceux de ceste eomptgnie , ne qui monstrassent visages plus asseortz; la troisième, du sieur de Cuzieux avec uneiwtie de la compagnie de M. le Dauphin; kqutrieme, du sieur de La Garde avec une partkde ladite compagnie. La compagnie du eapilalu Sainct- André estoit départie en trois , à m\é avec les capitaines Humes, Guzieul et de li Garde. La cinquième estoit celle de M. rAdoirai avec une partie de sa compagnie , et le capitaine Gourdes avec quelques harquebusiers. Â la sixième y avoit une autre partie de la conpi* gniede M. l'Admirai, et le capitaine Rambovillft La septième, celle de M. de Jarnac, où estoita compagnie avec le capitaine Bue et ce qu'il poovoit avoir de la sienne. A la huitième estoient les capitaines Forces , Ogier et Soleil, avee ce qu'ils pouvoient avoir de leurs soldats , et quatorze ou quinze hommes d'armes et archers . qix M. l'Admirai avoit donné au sieur de YaulpersiK pour leur commander. A la neufvieme, M. ts^ delot y estoit avec environ trente dnq bomna d'armes qui luy avoient esté baillez de tootes compagnies, et quelques gens de pied, hAiffonbusiers de Saincte Romain , lequel se fidsolt biti apparoistre entre les autres. La dixième, duespitalne Lignieres avec ce qu'il pouvoit avoir de sa compagnie. L'unzteme , le seigneur de Sa)* le vert avec la compagnie de M. de La Fa jette. et les capitaines La Barre et Hacqueville a^K ce qu'ils pouvoient avob* de leurs compagmcs. Et fault noter que par toutes lesdites brèches il n'y avoit point huit cens hommes de guerre poor les défendre , tant de pied que de cheval ; bo£5 et mauvais; car M. l'Admirai n'avoit point meâlt ceux de la ville parmy eux, ains les avoit deperti es autres endroits, à fin que s'ils eusseot esté assaillis à escalades es endroits et lieux où i'ff n'avoit point battu , ils eussent eu gens pour soostenir et en débouter l'ennemy.
Il y avoit eu précédemment beaucoup d'hoo* mes tuez et blessez , et autres malades, lèsqorlf ne pouvoient faire aucun secours , n<ni plus f^ s'ils eussent esté morts : mesmement à b brecfar que gardoit M. l'Admirai , le capitaine Gourdes y avoit du commencement plus de doquaD»
COMMSNTATBSS BB FBATfÇOTS BB BABUTTN. [1567]
soldats des tiens, comme ils furent nombrez ce matin, et Taprès disnée, quand ils furent assaillis , ne s'en trouva que Àx-sept; encor y eut il cinq de ceux là tuez en sentinelle avant que l'assaolt se donnast.Et fut contraint M. TAdmiral mander à M. Dandelot son frère qu*il le secounist de quelque nombre des siens, combien qu'il hiy faschast fort, le sachant estre en lieu où il en avoit fort bon besolng; si ne laissa il pourtant de luy en envoyer ce qu'il peut.
Il a esté dit cy dessus comme les ennemis redoublèrent le septième jour leurs batteries , ce qu'ils continuèrent jusques environ les deux heures après midy, qu'on les voyoit ce pendant dresser tous leurs préparatifs pour donner l'assault et de toutes parts. M. l'Admirai alloit et envoyoit en tous endroits , à fin que chacun fùst prest de les soustenir et repoulser. En fin , sans faire bruit et sans sonner tabourin , il veit trois enseignes au pied du parapet lors qu'il fit présenter un chacun pour combattre ; mais ils ne les enfoncèrent point par cest endroit, et commencèrent à couler , et à monter file à file à une tour qui avoit esté battue d'artillerie au coing du quartier du sieur de La Garde. QuandM. l'Admirai veit qu'ils prenoient ce chemin, il fut fort aise j car ils y grimpoient et montoient fort malaisément, et si du lieu où il estoit il les voyoit un peu par le flanc, et leur donnoit le plus d'ennuy qu'il pouvoit avec trois harquebusiers qui luyrestoient, pensans véritablement qu'il fust impossible les forcer par cest endroit. Finalement il veit ces enseignes qui montoient au hault de la tour et se jettoient en bas; mais il presumoit que ce fust dans une trenchée qui estoit devant le parapet, pour estre plus à couvert , jusques à ce que l'on luy alla dire que les ennemis forçoient ceste bresche. Lors, se tournant devers ceux qui l'environnoient, il leur dit qu'il la falloit secourir. Sur cela arrivant le sieur de Sarragosse, luy demanda où il vouloit aller et qu'il vouloit faire; auquel 11 respondit qu'il deliberoit aller aider et soustenir l'effort de ceste brèche que l'on forçoit, à laquelle il folloittous mourir ou en repoulser les ennemis: et surcela il commença à descendredu rempart; et fault sçavoir qu'adonc il n'estoit pas loing de la tour par où les ennemis entrèrent ; mais il y avoit une longue traverse et haulte, qui empescholt de veoir ce qu'on faisoit. Estant M. l'Admirai descendu au bas du rempart, il veit tout ce quartier là abandonné, sans que personne y fit teste. Et ne sçay d'où vint cest efHroy , ne qui en fut l'autheur, si ce n'est qu'on n'avoit peu empescher la venue à l'ennemy , pour ne le pouvoir point descouvrir lorsqu'il vint à la brèche;
de sorte qu'y arrivans les ennemis en abondance, et s'y appellans les uns les autres , il fat fecile s'y &ire maistres, n'y trouvans personne de résistance.
M. l'Admirai, seulement accompagné de trois ou quatre, entre lesquels estoit un page, et y allant pour ramasser les troupes et faire teste aux adversaires , ne fut si tost là arrivé qu'il ne se veit enveloppé de tous costez : cognoissant donc n'estre plus en sa puissance de remédier à ce desordre , estans desjà la ville pleine de soldats ennemis , y entrans les Allemans à grandes foulles, il fit ce qu'il peut pour tombée é mains d'un Espagnol , comme il luy advint, aimant mieux en ce lieu attendre la commune et générale fortune, et tout succès bon ou mauvais , qu'en fliyant acquérir une honte et reproche. Celuy qui le print prisonnier, après l'avoir fait un peu re* poser au pied du rempart, le voulut emmener en leur camp , et le fit descendre par la bresche mesme qu'il gardoit, où il estoit seul ayantperdu toutes ses forces. De là le coula et fit entrer en l'une desmines qu'ils avoientfoites pour gaigner le fossé, o ù il trouva à l'entrée le capitaine Alonce de Cazieres, maistre de camp des vieilles bandes espagnoles : auquel lieu survint incontinent le prince de Piedmont , qui commanda audit Cazieres le mener en sa tente. Voilà comme tout le fait du siège et de la prise de Sainct Quentin s'est passé, et a esté déduit par un discours qui m'est tombé es mains , et que l'on m'a asseuré avoir esté rédigé et mis par escrit par M. l'Admirai mesmes, et lequel J'ai mieux aimé suivre [comme prochain de la vérité] que me trouver en faulte.
Maintenant il m'a semblé bon d'y adjouster ce qu'au par-dessus j'en ay peu apprendre et sçavoir : qui est que certainement & la bresche du faulxbourg d'Isle, où estoit M. de Jamac, il y fut aussi bien et vaillamment combattu que l'on pourroit avoir Jamais leu et veu estre fhit : de sorte que les ennemis par les autres endroits estans entrez dans la ville, et qui desjà saocageoient et butlnoient partout, les vindrent prendre et desfaire par derrière, avant qu'ils pensassent leur monstrer visage : tellement que, pour résolution, avec le défaut qui y estoit d'hommes, il y eut de la main de Dieu voulant punir nos fautes. Les ennemis mesmes ont escrit que le premier assault fut donné à ce capitaine Cazieres cy -dessus nommé , et au colonel Lazare , colonel de quinze cens Allemans, qui y furent presque tous tuez et desfaits. Le second fut assigné au capitaine Navarret avec les Espagnols, et au comte de Meigue avec les Wallons. Le troisième au capitaine Julian Romerou , avec trois ensei«
COKHSNTAI&BS DB FRANÇOIS DB BABOTIN. [l557]
gnes d^Espagnols et deux mille ÀDglois ; lequel tombant du hault de la bresche se rompit uue jambe. Le quatrième au capitaine Garrondelet, avec trois enseignes de Bourguignons, qui y eut une main emportée.
Enfin fut cette belle et riche ville de Sainct- Quentin conquise et prise le vingt-septième Jour d'aoust mil cinq cens cinquante sept, en laquelle ils trouvèrent de grands butins et richesses, pour estre icelle ville un magazin de diverses marcliandlses qui se transportoient es bas pays, et qui estoient aussi de ces lieux apportées pour le conmierce et trafique de pardecà, sans y com* prendre encore plusieurs bons prisonniers qu'ils y recouvrèrent, tant de ceux de la ville que des chefs et capitaines qui y esbient entrez pour la défendre. Quant à en nommer de ceux de la ville, il m'est fort difficile, pour en avoir bien peu de cognoissance. Quant aux gens de guerre, je pourray mettre icy les noms de ceux dont j'ay esté adverti, tant de ceux qui y sont morts que faits prisonniers. M. T Admirai, comme principal chef, ainsi que Ton a peu voir cy-devant, fut emmené prisonnier : toutefois depuis a esté quelque bruit qu'il fut au hazard de se sauver par la conduite d'un Espagnol ; mais n'estant ce mystère bien dressé et entendu, il fut reserré, et l'Esp^nol pendu et estranglé. M. Bandelot y fut pris aussi ; mais , se resentant encore du mauvais traitement qu'il avoit receu d'eux en sa prison dltalie, aima mieux adventurer sa vie que retomber une autre fois en ceste captivité et misère: de façon que, luy aidant la grâce de Dieu , il se coula par dessoubs les bords d'une tente, et de nuict, après avoir sondé divers guez et passages dans le marets, trouva moyen de sortir de leurs guetz et gardes, et se sauva à Han. M. de Jamac y demeura prisonnier, aussi firent les seigneurs de Sainct-Remy, de Humes, de La Garde , de Cuzieux , de Moulins , les capitaines Breuil de Bretagne, de Rambouillet, Sancte Roman , Sainct- André, Lignieres et Soleil. Ceuxcy y furent tuez ; et y moururent, comme Ton m'a dit, le fils du seigneur de La Faiette, le capitaine Sallevert, enseigne de la compagnie dudit sieur de La Faiette, les capitaines Ogier, Yicques , La Barre , l'Estang et Gourdes. Plusieurs autres y ont esté tuez ou faits prisonniers, les noms desquels me sont incognuz, et ne les ay peu sçavoir pour leur faire part de quelque mémoire de leur vertu : toutefois j'ai opinion que quelqu'un cy après en pourra encore mieux escrire que moy, qui ne les laissera en oubly, et suppléra mon défault en ce que je pourrois avoir obmis.
Durant le temps de toutes les exécutions cy-
devant déclarées, M. de Mevers n*estoit boagc de Laon, attendant d'y recueillir et amasser touto les forces du Roy , et pour pourvoir aux autres entreprises que d'ailleurs les ennemis poQToiat mettre sus, et surtout de fournir et munir ks villes circonvoisines de Sainct-Quentin, non seulement de soldats, selon qu'ils luy estoient esvoyez et y arrivoient, mais aussi de toutes aotm oommoditez et provisions, afin qu'ils pussent pir courses d'autant plus affoiblir et rompre Fa* nemy, en luy coupant les vivres, et massacrsst les soldats aux fourrages, et s'asseumssent cl tinssent forts de bonne heure s'ils estdent asiegez, prévoyant mesmement l'obstinée continuation des ennemis au siège de ceste ville, laqndk il doutoit à la longue estre prise et emportée, nr pouvant estre de luy en autre sorte seooaroe; dont il ne fauU douter qu'en son esprit il ne supportast un fort grand et triste regret, ainsi que son visage et ses gestes le faisoient paroistrr. Et pourtant d'heure à autre advertissoit le Ro^ de tout ce qu'il sçavoit, et luy estoit rapportr estre advenu dedans et dehors ce siège : teO^ ment que, le jour de la prise de ceste ville, k Roy luy faisoit response à ce qu'il luy avoit escrit, s'il advenoit que l'ennemy emportast SainM Quentin, qu'il auroit à faire, lui avoit roamif que le mieux de sa charge et de son faict serotl de pourvoir Guise, La Fere et Peronne, sans oublier Gorbie, où il escriroit au sieur de YiilelKNi se retirer, et faire si diligemment travailler an remplissement du boulevert et rehaulsement di retranchement, que bien tost Us se retrouvassent en leur perfection. Oultreplus il l'advertissoit â^ rechef qae, selon qu'il luy mandoit par le sicnr de Sansac, si Sainct Quentin tenoit, qu'ils drts^ sassent une forme de camp à Han, pour retrencher encore plus estroittement les vivres aux ennemis, et là où ils le prendroient, que, retirant des places qu'il avoit laissé derrière toutes les garnisons, il les suivist à la queue et envoyast 1& lansquenetz qu'il avoit à Soissons, Villiers-Ottretz et Dommartin ( 1 ) , pour se retirer la part <x il seroit ; et quant aux François, que, lesdits quatre places pourvues, il les départistà Lia et à Goussy, avec quelques bons cheft, loy laissant le surplus de la charge de pourvoir à Compienne, où, oultre les quatre compagnies qu^O v avoit ordonnées des capitaines Certeau et Fontaines, il se délibérolt d'y envoyer cncor «Iles àt capitaine Buchet, et une autre du ca|ritaine Antoine de Novion. Or, quant à ce camp dont il est fait cy-dessus mention devoir estre divsséi Han, est à sçavoir que, deux ou trois jours précédeni-
(I) Damnrartin.
COMMBNTAIAES DE FRANÇOIS DE BABUTIN. [i567j
meQt, entre autres mémoires que le Roy avoit envoyé à ce prince, luy enchargeoit et Tadvertissoit qu'il entendoit fortifier un camp à Han, où se dévoient trouver, pour le considérer et entreprendre avecques luy, les seigneurs de Sansac, dTstrée et de Vlllebon, et autres expérimentez capitaines, suivant ce que M. le mareschai Sainct- André en avoit desjà fiiit désigner pour la fortification du camp, qui un peu auparavant y estoit. Et d'autant qu'en ceste entreprise l'on craignoit que les ennemiis, se mettans entre ledit Han et les vivres, et empeschassent ceste entreprise, et contraignissent ceux qui seroient làdedans de venir à la bataille, Ton avoit pourveu d'avoir cinq cens muiz de bled en farines, que le sieur de Ghaulne, gouverneur de Gorbie, prestoit au Roy, pour la nourriture des forces qui entreroient dedans, suffisans pour un long-temps à vingt^cinq ou trente mille bouches , oultre laquelle quantité de farines, on en avoit encores autres quatre cens muiz. Toutefois ces délibérations n'eurent aucun effect, et fut autre changement d*advis par la prise de Sainct Quentin, plus soudaine et plutost advenue que Ton n'esperoit; car, incontinent après, M. de Nevers n'avoit autres choses aux oreilles qu'adyertissemens des gouverneurs et chefs des places des environs, que l'ennemy tournoi t devers eux, se plaignans de leurs defaults et nécessitez , et demandans secçurs^ ou d'hommes, de vivres, de ponldres, ou de quelques autres munitions : de sorte que Ton ne sçavoit aosquels premièrement étendre, et là où estoit le plus proche et urgent besoing. M. de Rordillon , qui estoit à La Fere, encore que ce prince eust mis gens dans ceste place autant qu'il luy avoit esté possible, et l'eust munie au mieux que le moyen s'estoit peu recouvrer, ce néanmoins, craignant la longueur du siège, et ne voulant attendre l'extresme nécessité, vouloit en avoir plus que moins, et demanda À M. de Nevers secours de vivres et de gens. Parquoy fut commandé au président Bourgeois, que le Roy avoit envoyé à Laon pour estre commissaire gênerai des vivres, de luy envoyer des munitions qui estoient dans ceste ville de Laon, tant de farines que de vins, et d'un mesme train luy fur«it envoyées une ou deux des vieilles compagnies de gens de pied qui estoient venues nouvellement de Metz. Au comte de Sancerre, qui estoit à Guise , se plaignant d'avoir faute d'hommes , pour avoir esté ceste place accrue d'une nouvelle fortification, disant que, par la revue qu'il avoit flaite de ses gens, ne se trouvoit avoir quedeux mil ettrois ou quatre cens honunes de pied, où il estoit nécessaire de plus de trois mil cinq cens, fallut encore luy renvoyer autres
quatre des vieilles compagnies , lesquelles aussi estoient venues de Metz. Le capitaine La Motte Rouge, gouverneur de La Capelle, envoya aussi advertissement à ce prince , comme par ses espions il avoit sceu que les ennemis , après la prise de Sainct-Quentin, délibéroient aller assiéger Guise ou La Capelle, et pource qu'il estoit besoing le secourir de gens. Ainsi , encore que M. de Nevers eust bien fort peu de compagnies de gens de pied auprès de sa personne, et toutes celles qui y estoient estans encore nouvelles, si fut il force luy en envoyer deux des capitaines Fouquault et Brumes. M. d'Humleres, gouverneur de Peronne , d'autre part disant avoir entendu pour vray qu'au partir de Sainct-Quentin les ennemis tiroient droit vers luy , demandoit encore plus grand nombre d'hommes qu'il n'avoit : combien que sa ville fust desjà pourvue de soldats en la sorte que j'ay dit cy-devant, Ton y renvoya les compagnies du capitaine Yezigues. Certainement il y avoit de grandes opinions et conjectures que les ennemis s'addresseroient à ceste ville , pour beaucoup de causes : entre autres pour de tant plus renforcer Sainct- Quentin, et la tenir en seureté, estans ces deux villes voisines Tune de l'autre, et pour estre maistres d'une grande partie de la rivière de Somme, qui leur serviroit comme d'une barrière. Mesmement M. de Rordillon avoit mandé à M. de Nevers qu'il avoit sceu de l'enseigne de M. l'Admirai , estant prisonnier au camp de l'ennemy*, qu'ils pourparloient desjà de tirer là, ayans esté advertiz, par un Italien et un soldat du capitaine Vicques, de l'endroit où ils la dévoient battre , qui estoit depuis la porte de Bourgongne jusque^ à une tour qui est pendente , et depuis le chasteau jusques à un flanc où le terroùer et le rempart ne vailoit rien ; pour ces causes estoit bien requis y pourvoir à temps et heure. Et en cela se peult voir si ce prince avoit guères de repos, sans que je fasse ici plus ample narration d'infinité d'autres fatigues où sa personne et son esprit estoient incessamment tendus , que je laisseray à descrire à ceux qui l'ont peu voir comme moy . Or, le roy Philippes avec son armée estoit tousjours campé à l'entour de Sainct-Quentin , sans qu'on peust sçavoir , à la vérité, ce que de nouveau il vouloit attenter. Seulement, après que ceste pauvre ville eust esté d'un bout à autre fouillée et saccagée , et vuide de tant de biens qui y estoient, commencèrent à la retrencher pour donner commencement à la fortifier. Toutefois depuis , sur la fin de ce mois d'aoust, M. de Rordillon advertit M. de Nevers comme son espion luy avoit rapporté que les ennemis avoient tiré de leurs trenchées devant Sainct-Q^ei^tin
COMUENTAIfiES 0B FRANÇOIS DB BABUTIN. [1^57]
quelques pièces d'artillerie, et estoit le bruit par tout leur camp que c'estoit pour aller assiéger Le Castellet. Ce qui fut trouvé véritable; car, peu de jours après, Ton sceut que pour vray il esloit enveloppé, et que le comte d' Aramberg[ autrementdit le Brabauson] chef de ce siège , estoitcampé avec inil ou douze cens chevaux le long du marets et devers Fabbaye de Sainct-Martin. Au-dessus de luy estolent logez trois regimens d'AUemans , à sçavoir : Monichuissen avec dix enseignes , et plus haut, sur le chemin de Sainct-Quentin , un autre régiment de Poris-vanholf de sept enseignes, où se faisôit une batterie de quatre pièces. Plus haut encore , entre les chemins de Sainct- Quentin et de Gambray, s'estendoit un autre régiment de Claes Holstat de sept enseignes; et là estoit la plus grosse batterie de vingt et une pieces , qui tiroient aux deux bouleverts et à la courtine, avec une furieuse et admirable tempeste, comme les nouvelles couroient parmy nous , et aussi que le tonnerre en retentissement en estoit le plus souvent entendu. Dedans estoit gouverneur, comme j'ay desjà dit , le baron de Solignac, gentilhomme duquel la valeur et bonne opinion que chacun avoit de luy foisoit croire qu'il ne rendroit ceste place qu'à l'extrémité, et esprouveroit le dernier danger avant que succomber de son honneur ; mesmement tant de braves entreprises qu'il avoit exécutées sur les ennemis durant le siège de Sainct-Quentin [ entre autres avoit destroussé quelque argent qu'on apportoit à leur camp], luy redoubloient une fort grande et louable réputation. De quoy s'asseurant N. de Nevers , et luy estant confermée ceste confidence par les advertissemens que le baron de Solignac luy mandoit de garder ceste place tant longuement que le Seigneur Dieu luy presteroit la grâce ^ et Jusques au dernier souspir de sa vie , en donna advis au Roy, dont Sa Majesté eut grand espoir et contentement Et ce que cou" arma la response que sur cela en feit M. le cardinal de Lorraine! , escrivant à ce prince que le sieur de Ricourt, cousin et parent du baron de Solignac, avoit asseuré le Roy et luy que ledit de Solignac mourroit plustost dans Le Castellet, que ie rendre sans extrémité irrémédiable. Ceste espérance , que pour le moins il tiendroit quinze jours ou trois sepmaines , faisoit faire toute diligence d'amasser et rassembler les forces que le Roy proposoit mettre sus de nouveau ; de sorte que Sa Majesté avoit mandé et fait response à H. de Nevers qu'il s'asseurast que dans ce tempslà il auroit auprès de luy une autant belle armée que la première pour empescher que l'ennemy n'entrast en pays. Et de faict, c'est chose cer- |aine qoe l'on faisoit haster à grandes journées
le secours des Suisses , et les Dandes nonteUcs d'AUemans que les colonels Reichroch et Mberg amenoient Pareillement l'on avoit sca que M. de Guise s'achemineroitbientostdepir deçà ; et , d'autre part , journellement arrivoiat à Tentour de Laon quelques compagnies de avallene et fanterie , estans toutes les autres pUces bien pourvues , y ayant ce prince mis un td et si bon ordre , qu'elles estolent hors de doote, ainsi que chacun le sçait. Mais tout le reboun de tout ce qu'on proposoit advint ; car dès le six ou septième de septembre , sur le soir, mdrent autres advertissemens de M. de Bordilkm. comme Le Castellet estoit rendu ; ce que M. de Nevers ne vouloit croire aucunement , pooraotant que ce Jour mesme le baron de Soligne kf avoit de rechef mandé qu'il n'estoit encore prest à se rendre, et qu'il déliberoit y mourir oa y faire un si grand service au Roy qu'il ea aoroit à jamais mémoire. Et encore que les rapports redoublassent , si en demeura il toujours en doote, et ne luy pouvoit tomber en l'entendement, jusques à ce que toute la nuict il envoya recog* noistre et sçavoir la vérité ; et fut trouvé qu'il estoit ainsi y et que davantage, conune l'on rapporta, s'estoit rendu à bien petite occasion, v» qu'il n'y avoit autre brèche raisonnable pou donner l'assault, lequel, pour le moins, il d^ voit endurer Y estant place de marque, eosoti qu'elle soit petite , autant deffensaUe qu'il « soit sur ceste frontière , autant bien pourveoc de munitions [ comme l'on dit que M. d'Estm l'asseura) qu'il estoit possible. Ainsi ceste reddition , si soudaine et au despourvu , fut troevée fort estrange de chacun, veu respéranet précédente , et que Ton n'avoit point oay plaindre ceux qui estolent là dedans d'aucun d^nt Pour ce mescontentement et souspeçffli; estant iceluy baron de Solignac depuis à Paris, le Bot le feit arrester prisonnier ; lequel se voulant jos* tifier , a allégué , sur ceste si soudaine redditioe de la place qu'il avoit en garde , les causes naprès déclarées , à sçavoir : qu'il avoit esté frutré du secours par luy requis et nécessaire à b conservation de sa place, qui estoit de deos mille hommes de garde, comme le sagowr d'Estrée , auparavant gouverneur , attendant k siège les avoit autrefois eus. Davantage, qu'ayans trouvé les ennemis œ chastean sais fossé du costé que ils commencèrent leur pr^* cipale batterie , et un bastion demeuré bas et a revestir , exploitèrent tellement que les soldat< ordinaires à la garde de ce bastion forent bieo* tost contraincts l'abandonner , pour la grande quantité de bricque et terrain qui , de la cooitifie neufve , les endonamageoit et temboit
GOMMBIiTAlRJBS DB FfiANÇOlS DB BABUTllf, [lââ7]
rement sur eox . estant si Aurieuse et violente la batterie , qu'en peu d'iieure elle feit voye et chemin pour monter à cheval sur ledit bastion , estant facile pour venir de là à la bresche ; laquelle, combien que elle ne fust de tout suffisante , s'agrandissoit dans deux voilées de canon , et s'estendoit de six vingts pas ou plus, s'inclinant et courbant desjà le mur en ceste longueur , et le terrain ouvers d'un pas en largeur , et de la longueur d'une picque en profond. Ce que voyans les soldats , qui ne se trouvoient là-dedans en nombre de trois cens , ny la moitié d'eux en force et santé, prindrent tel et si grand estonnement et desespoir de résister , que, pour quelques remonstrances que leur sceus- •ent faàfe leurs capitaines avec offre de mourir avecques eux des premiers , ne les peurent aweurer et remettre en volonté de combattre et attendra l'assault. Réservé quelques gentilshomm^ et vieux soldats qui se présentèrent à toute fortune et s'offrirent à tout devoir, les autres prindrent résolution de quitter là tout , abandonnans la brèche , et déclarèrent ouvertement au gouverneur qu'ils ne combattroient aucunement , ne eognoissans , comme ils alleguolent , moyen ny apparence aucune de pouvoir résister et garder ceste place , ny faire un seul service ail Roy ; et pourtant qu'il valoit mieux reserver leurs vies à un autre qui seroit de plus grande importance. Qui fut un autant plus grand desplalsir et crevecoeur audit gouverneur et autres capitaines , que plus de réputation ils avolent acquis , tant es guerres précédentes que flreschement aux saillies de ceste place sur les ennemis , et jusques à renverser de leurs gabions et leur foire abandonner leurs trenchées. Durant le siège du Gastellet , le quatriesme de septembre , M. de Bordillon advertit M. de Nevetv qu'il avoit sceu que le roy Philippes ne deslogeroit d'auprès de Salnct Quentin , jusques i^rès avoir veu qu'il adviendroit du siège du Castellet, selon qu'il l'avoit peu apprendre de quelques soldats qui avolent esté pris ce jour là à Vandeull , lesquels luy avolent asseuré que la batterie devant Le Gastellet commençoit le landemain. Ces soldats là faisoient escorte à leurs fourrageurs , desquels en avolent esté tuez plus de quarante en ce lieu , et en furent emmenez force chevaux par ceux de la compagnie du comte de Ylllars, que M. de Bordillon y avoit envoyé, avec quelque nombre d'harquebusiers à cheval de la compagnie du capitaine Lamenaz, qu'il faisoit soustenir par deux ou trois cens harquebusiers à pied le long du marets. La compagnie de chevaux-legers du prince de Gondé et une d'Escossois , estans en embuscade près du
grand Essigny, feirent rencontre de quelques gens de pied qui venoient à l'escorte des fourrageurs , desquels environ vingt furent exécutez et mis en pièces ; et , sans leurs gens de cheval qui leur vindrent à secours , estans Iceux gens de pied bien cinq cens , on eust fait carnage de tout cela.
Après la reddition du Gastellet, M. de Nevers eut quelque opinion que les ennemis tournassent à Guise , ayant pris ce chasteau pour s'asseurer de ce qui estoit à leur doz , et pour aussi rendre le chemin de Sainct-Quentin à leur camp libre et sans danger, afin que de l'un à l'autre on peust envoyer tout secours : toutefois , se tenant fort bien asseuré du comte de Sancerre , vaillant chevalier s'il en est point au monde, et que la place estoit seurement pourveue et munie d'autant vaillans capitaines et soldats qu'il estoit possible les eslire , et généralement de toutes les autres provisions et munitions de guerre , il en avoit un grand repos et contentement en son esprit, s'asseurant que s'ils s'y addressoient ils trouveroient de la besongne taillée pour un long séjour : et cependant luy resteroit tousjours le loisir de recouvrer gens, et si pourroitde plus en plus fortifier les autres places circonvoisines, et finalement se presenteroit quelque propre occasion pour leur appareiller une strette qui leur ferolt sentir combien seroit dangereux en pays d'ennemy s'estendre et eslargir. Toutefois il n'advint rien de ce que ce prince en esperoit ; car, peu de jours après la prise de ce chasteau , les ennemis , sans passer plus oultre , prevoyans, à mon advis , autant clairement que nous leurs intérêts etadvantage, se retirèrent à Fonssomqie, où jà estoit campé le roy Philippes avec l'autre partie de l'armée. Et estoient là , à mon jugement, sur le poinct de la délibération dece qu'en après ils auroient à poursuivre; aussi que l'on disoit que le roy Philippes attendoit response de l'advertissement qu'il avoit envoyé en Espagne à l'empereur Gharles son père , pour le resjouir de sa prospérité , le suppliant en oultre luy commander et ordonner de ce qu'en après auroit à entreprendre. Il est facile à juger que, selon leurs mutations et diversitez d'entreprises, il falloit aussi que M. de Nevers changeast et accommodast les siennes; car alors ils estoient les plus forts , et noz forces encore si naissantes et petites, que c'estoit tout ce qu'on pouvoit faire que ruiner pays au devant d'eux et à l'entour, où Ton sçavoit qu'ils se vouloient eslargir et estendre, et au surplus fournir les villes où Ton craignoit qu'ils délibérassent s'attaquer, pour temporiser et les amener ou jusques à l'hiver, ou les faire consommer temps en si petits exploits, que l'on
COMMBNTÀIBBS DS FRANÇOIS DE BABUTIN. [1557]
peust cependant réunir noavelles forces pour aller au devant d'eux. Or desjà en ce temps commençoit à s'engendrer entre eux un mutinement, mesme entre les Allemans et les Ëspagnob y tant pour le sac et butin de Sainct Quentin, que pour les prisonniers de la journée de Sainct Laurent ; de sorte qu'on disoit parmy nous que le roy Philippes et le duc de Savoye , se voulans vendiquer (l) et dire leurs les princes et grands seigneurs de France prisonniers, desquels la rançon excederoit certaine somme limitée, et les voulans retirer et avoir presque comme de force des mains des princes et grands seigneurs d'Allemagne qui estoient en ce camp, les mutinèrent tellement , qu'ils déiibéroient se départir et s'en aller expirant le serment de leur service : ce que estant sceu de nous , estoient practiquez et retenus au nostre , et dès lors peu à peu à la ûle s'y en retiroit. Avec cela les Anglois ayans esté fort maltraittez en ce voyage, aussi qu'il avoient sceu comme les Escossois remuoient mesnage en leur pays, et leur faisoient une forte guerre , avoient desjà demandé congé , et s'en vouloient retourner : toutefois, pour remedier'à toutes surprises qui peuvent advenir soubs la credence de telles nouvelles et bruits appostez , Ton ne delaissoit à pourvoir à toutes choses ; mesmement pour la doute qu'on eust peu avoir que ces Anglois , en eux retournant , ne feissent quelques raffles et destrousses improvistes, l'oncontremanda M. de Senarpont, lequel auparavant l'on vouloit retirer de pardeçà , pour se mettre dans Abbe ville, de ne bouger deson gouvernement de Boulongne et de Montereuil , pour tenir ceste contrée en asseurance : au lieu duquel y fut commandé M. de Sansac avec sa compagnie et celle de feu M. d'Anghien.
Ayant le roy Philippes pour quelques jours campé à Fonssomme , tant , à mon jugement, pour les causes précédentes que pour estre certainement adverty de noz forces et des empeschemens qu'il trouveroit, ou que luy pourrions donner s'il entroit avant en pays, prit dernière resolution d'aller assiéger Han , où feit prendre le chemin à son armée , scachant la situation de ceste place fort commode à estre fortifiée, de laquelle un commencement estoit desjà projette et desseigné , et toutefois si imparfaict et délaissé y qu'il ne luy pourroit faire grande résistance : et, s*asseurant l'obtenir en peu de temps, proposoit, en parachevant la fortification , la rendre Tune des plus belles places de guerre qui se peust veoir sur toute la frontière , et qui seroit comme le secours pi appuy de la ville de Sainct-Quentin,
(f) Revendiquer.
qu'il delibéroit aussi rendre inexpugnable, pour avoir de ses Pays-Bas les stances et jonnées raisonnables de retraittes pour entrer et sortir dans le royaume de France quand bon luysonbleroit. Or, pour dire un mot de la situation de Han , elle est entièrement plaine et descoaverte^ sans qu'il y ayt rien qui luy commande : ôaih quée d'un costé de la rivière de Somme, et de l'autre d'un marets d*estendue , en c» taias esdroits , de plus de cinq cens pas , sans que fl y ayt que bien peu de plaine et terrouer sec poor y arriver. Il y a la villette et le chasteaa. La villette , en Testât qu'elle estoit pour lors , ne pouvoit tenir en sorte que ce fust; et combicD qoil y eust quelques fondemens et sorties de boll)^ vers , si est-ce qu'ils estoient si peu appanos et mal defensablesy qu'il n'en falloit faire aocsD estât. Le chasteau estoit d'assez bonne appareoet et se representoit assez furieux , selon les mciennes fortifications, ayant la forme quam. flanqué de quatre gros boulevers ronds, avec une grosse tour quarré et massive de large espcsseor. servant de plateforme aux courtines qui luy estoient alliées , et commandant en tout et partoti ce chasteau : mais le tout estoit à sec de {René et maçonnerie , sans qu'il yeust aucuns rempin et terreplains, ny autres fortifications selon io modernes inventions, pour soustenir et défendre une place longuement contre Tesmerveiliable tempeste et furie de l'artillerie de maintenaDt : toutefois, pour ne laisser du tout le chemin libre et ouvert à Fennemy de entrer encore pios avant s'il ne trouvoit quelque arrest, M. de Sepois, qui en estoit gouverneur, avoit donné advis au Roy qu'on brusiast la villette , si i*oi! voyoit que le siège y vint , pour ne laisser lieu a l'ennemy de s^y pouvoir loger; mais quant au chasteau , qu'on le pourroit tenir et garder pov quelques jours , cependant que Ton se fordfieroit en avant : car il estoit facile à juger qu'ayant pris Han il ne planteroit là son but , ains ou pa»seroit plus oultre ou se jetteroit à droite oa a gauche, et s'addresseroit tousjours aux lieui foibles et faciles à estre en bref occupez , pour m perdre et mal employer la saison qui luy cstmt fort propre. Ces choses estans sceues de M àt Ne vers , de Laon envoya pour renfort le seignev de Helly (2), chevalier sage et bienexperimeatt. pour essayer d'y entrer, comme il fdt, encore qu'il fust desjà enveloppé, ayant eombattaet passé sur le ventre de quelques ennemis qui 1< vouloient retenir et empescher; et, d'autre part, M. de Montmorency prit le chemin à Aoùeos avec sa compagnie et celle de M. le oonnestabif
(2) De Pisseleu , seigneur de Helly.
COHHSirrAlBES BB FBANÇOIS DB BABUTIN. [1657]
son père , et les quatre mille Allemans que le Roy avoit mandé à M. de Nevers luy envoyer, combien qu'en ceste ville d'Amiens ftissent desjà le vidasme d'icelle(l) et les sieurs d'Auguessant et de Morvillfer, avec leurs compagnies. Et à Soissons alla le prince de Condé avec une partie de sa cavallerîe légère , départant le surplus le long des rivières pour en défendre les guez et passages aux ennemis , envoyant le baron de Clere à Noyon avec sa compagnie et une autre d'Eseossois. Le Roy, comme j'ay cy-dessus dit , avoit desjà pourveu à Compîenne , envoyant oultreplus à Beauvais le seigneur de Marrivault/ pour y recevoir et mettre dans la ville quelques compagnies de gens de pied françoises, desquelles il en devoit envoyer deux à Montdidier avec des farines et autres provisions. A Senlis aussi avoit esté envoyé le seigneur de Bace. Quant à Cbauny et Cowssy d'un costé , Ton a veu cy-dessus comme elles estoient pourveues selon qu'elles le pouvoient comporter, et que Ton estimoit qu'elles pourroient tenir, comme aussi de l'autre part en estoit de Peronne, de Corbie et d'Amiens , comme aussi de toutes les autres places le long de la rivière de Somme. En ceste sorte, et au mieux qu'il avoit esté possible, l'on avoit garny les places circonvoisines de Han, afin que les ennemis estans à ce siège , ne se peussent eslargir et escarterpour recognolstre et empiéter davantage d'estendue, aussi pour faire tousjours le gast devant eux, et les affamer en leur rompant et coupant les vivres.
En cest endroict, et pendant que le roy Philippes séjournera au siège de Han, il m'a semblé n'estre point trouvé mauvais, ny hors de propos, faire une brefve digression d'autres partlcularitez et accidens advenus es autres endroits de l'Europe, et toutesfols appartenans et provenans de ces guerres ; d'autant ou qu'ils tendoient i un mesme effect, ou estoient prédictions et présages de troubles régnans, adversités présentes , et de l'issue qui en devoit succéder. L'on a peu venir, et selon que l'ay descrit brief ventent , les causes pourquoi M. de Guise fut envoyé avec une armée en Italie; qui estoit, conune la plus commune opinion se publioit , pour le secours du Pape , adonc réduit en fort estroitte puissance. L'on a pu sçavoir aussi les exploits et exécutions qu'y a fait ceste armée, et l'advantage et profits qui en sont revenus et réussis au Roy et à son royaume , dont Je n'ay fait aucune mention , pour estre mal certain de
(I) Antoine d'Ailly, yidame d'Amiens, (î) Défaite de Saint-Quentin.
ÇS) Palettrine.
la vérité; aussi que l'occasion de la iaulte, comme il est croyable , redonde entièrement , et est rejettée , par la voix publique , sur les plus proches du conseil du Pape et le mauvais ordre que trouva M. de Guise à son arrivée en Italie ; dequoy pareillement je ne veux traiter aucune chose , et délibère m'en taire , délaissant à le déduire à ceux qui l'ont vu et le peuvent mieux sçavoir que moy , et reprendray ce que j'ay desjà dit. Le Roy avoit mandé, incontinent après ceste routte de Sainct-Laurent (2) , à M. de Guise qu'il pacifiast de pardelà , et accordast de toutes 1 choses le plus advantageusement et sagement I qu'il se confioit de luy , mesmement pour le repos du Saint Pare , pour , cela faict , se retirer de pardeçà avec ses forces où il en avoit bon besoing. Ce prince incontinent le fit sçavoir au Pape , et luy donna à entendre la nécessité qui le rappelloit et revoquoit en France , et les affaires qui environnoient le Roy , qui estoient cause de luy faire supplier Sa Saincteté le licencier et permettre qu'il se peust retirer, après avoir toutefois composé et transigé à son profit de ses affaires, selon son bon ad vis et conseil. Le Pape, adonc desjà désireux de terminer ceste guerre, de laquelle il savoit celle de pardeçà estre procédée, conmie il cognoissoit évidemment , et laquelle il doutait prendre fin par la ruine de l'un de ces grands princes , et finalement par la sienne, avec une confusion de Testât ecclésiastique , et avec infinité de maux et dépopulation universelle, proposa plus qu'au paravant s'appointer avec le roy Philippes. Et dealers, qui estoit le huictième de septembre en cest an, envoya les cardinaux Carlo Caraffe, Sainc^Fleur et Vitel, accompagnez de grands seigneurs romains et gentilshoomies, avec bon nombre de cavallerie, devers le duc d'Albe, lieutenant général d'iceluy Roy, qui estoit lors à Cavy , place assise en la campagne romanesque , assez près de Pilastrine (3) , pour en conclure et resouldre une pacification amiable. Tous lesquels s'estans assemblez à Genassan , lieu assez proche de là , en peu de jours tombèrent d'accord ; et , le mardy ensuy vaut , qui estoit le quatorzième de ce mois, les susdits cardinaux retournèrent à Rome avec la paix entre le Pape et le roy Philippes , à telles conditions que s'ensuit: Premièrement, que, de la part du roy Philippes, le duc d'Albe fera les obéissances et hommages qui seront convenables à notre sainct père le Pape., comme dévot fils, et en signe d'obéissance et humilité , pour impetrer grâce et pardon de lui ; aussi que le Roy envoyera homme exprès vers nostre Sainct Père pour faire le semblable ; et que )e Pape, comme bon père
COMVBNTAIUS DB ?AANÇOIS DE SABUTIN. [16â7]
et clément , le recevra et acceptera pour bon fils et obéissant, et du Sainct Siège apostolique, en le faisant participant des grâces communes aux autres princes cbrastiens. Qu'icelui Sainct Père renoncera à la ligue Deiite avec le tres-chrestien roy de France , et qu'il sera également pour Tadvenir père commun et neutre. B*autre part ) que le roy Pbilippes rendra désarmées sur le champ au Sainct Siège apostolique toutes les cités, villeS) chasteaux et villages, assis en quelques païs que ce soit y qui auroient esté occupez depuis le commencement de ceste guerre jusqu'au jour ei-dessus déclaré. Que par même moyen Ton rendra, tant d'un costé que d'autre, l'artillerie qui a esté prise et transportée en ceste guerre , en quelque manière et lieu que ce soit; et que de la part, tant du Sainct Père comme du roy Pbilippes , on remettra à toute communautez et personnes particulières, ecclésiastiques et séculières de quelque estât , degré , ou condition que ce soit, toutes contumaces et peines, tant spirituelles que temporelles , esquelles ils pourroient avoir encouru à cause de ladite guerre , en leur iUsant pardon et grâce générale de leur rendre leurs estats, degrez, dignitez, jurisdictions , fcrteresses, villes et chasteaux, offices, bénéfices, facultez, et antres biens immeubles, desquels ils ont esté privez et despouillez ou empesehez , en quelque manière que ce soit , pour occasion de ladite guerre seulement, et non pour autre ; en déclarant expressément que cet article n'y comprent point et n'apporte aucun support aux seigneurs Marc Antoine Colonne et Ascanio de La Cornia , ains resteroient aux contumaces où ils se trouvoient alors , et à la franche volonté et disposition du Sainct Pere-Oultreplus, que Pallian seroit remis ^ en Testât qu'il se trou voit, au seigneur Jean Bernardin Carbon, confédéré et approuvé des deux parties , lequel jureroit fidélité au Sainct Père et au roy Pbilippes , d'observer toutes les conventioas passées entre le cardinal Caraffe et le duc d'Albe , pour le service de leurs princes , et demeureroit à la garde dudit Pallian avec huict cens hommes de pied, les frais desquels se fourniroient par moitié. Adjoustant à tous ces articles trefves pour un certain temps , contenans passeport et saufconduit à M. de Guise, et à tous les princes, seigneurs , gentilshommes , capitaines et généralement à tous soldats du party du roy trèschrestien de sortir d'Italie et des pays appartenans au roy Pbilippes , tant sur terre que sur la mer. Toutes ces conventions estant approuvéeç et accordées entre toutes les parties , le dimanche , dixneufieme de ce mois , le duc d' Albe entra dans Borne, environ une heure de nuit,
avec fort grandes démonstratiODS et signes da joie, tant par les salués de l'artillerie, qu'am un nombre infini de fusées et autres allégresses que l'on a accoustumé £Bdre , mesmement depirdelà , à la bien venue et amiable réception de quelque grand prince , et en preuve et apparence de rejouissance. Le lundy ensuyvaDtloD tint consistoire, où furent esleuz et députez deoi légats pourtraiter la paix universelle ; l'un, qulotoit le cardinal Trivolce, devers le très chrèst}e& roy de France , et l'autre , qui estoit le cardioal Carlo Caraffe , vers le catholique roy Philippes.
En mesme temps que se traittoit ceste nudité paix , M. de Guise estoit parti d'Italie pour s'acheminer de pardeçà , s'embarquant à Hostie dans les galleres et vaisseaux de France qui Tattendoient là, avec une partie des grands seigneurs et capitaines , et quinze cens on deai mille barquebuziers esleaz. L'autre partie de l'armée , soubs la conduite de M. d'Aumalle. retourna par les terres du Pape devers Bolongne et à Ferrare, et de là par les Grisons et les Suisses. Et ainsi démembrée retourna ceste armée du voyage dltalie.
En ces mesmes jours aussi advindrent de par de là estranges déluges et inondations de rivières à Rome et à Florence. Celuy de Rome adviotce mesme jour de la paix, quatorzième de septembre : s'estant le Tybre, Pun des plus renoaunez fleuves de l'Europe, grandement enflé, comme s'il eust voulu menasser Rome de noopareiik ruine et démolition , croissant d'heure à aatre. la nuict ensuivant commença à s'espandre par les plus prochains et bas lieux de Prato et des hgnes qui sont à l'entour. Le lendemain s'estast eslargi et desbordé par la ville , et regpigeaot partons les conduits des rues et édifices, la cff»e se trouvoit encore en plusieurs lieux de la %ilif de la haulteur d'un homme et davantage, principalement en la place d^Agone, à la Rotonde ei à la Doane. Tant y a que ceste merveilleuse d espouvantable inondation ne donna pas loisarn peuple de se rejouir de ceste paix , ains le rendit encore plus triste , esbabi et désolé qu'auparavant : qui fait croire cela estre advenu oominc un signe et advertissement de Dieu,oupoorlcs choses présentes, ou pour les futures, ou, à mien dire, pour nous esmouvoir à conversion etaxneor dément de noz péchez. Or ceste creuê et furie d'eau dura tout ce jour , et jusques i quatre en cinq heures de nuict qu'elle oonmiença uapec à s'abbaisser et decroistre : tellement que, le matin ensuivant, sur le poinct du jour, Teas estoit déjà abbaissée de plus d'une pahne; etaios^ petit à petit décroissant, après midy dtfompMvoit aller facilement à ses af&dres. Fov pari^
COMMBNTAIBSS DB FIUJNÇOIS M BABUTIN* [lôô7]
de la haulteur et de la crue, aucuns ont dit qn'en plpsieura endroitg elle a passé la marque qui en fut fait« à l'autre grand déluge qui advint Tan mil cinq cens trente. Les autres ont voulu dire qu'il s'en ûilloit bien une palme : surquoy ilç aileguoient beaucoup de raisons, entre autres que les caves qui ont esté faites et cherchées dani Rome, car elle est augmentée en édifices d'un tiers, auroient, en s'abreuvant, receu et englouti une grande partie de ces eaues. Aucuns ont Jugé que le grand nombre des rues neufves a esté cause de la creue ; et les autres afferment que la terre, qui a esté rehaulsée depuis ce temps là, faisoit sembler Teau plus haulte qu'elle n'estoit. Mais^quoy que ce soit, il iàult croire, par la commune opinion, que ceste inondation a esté plas grande et impétueuse que la [précédente, veu qu'en la ville d'Horta et Nami, et tous autr^ lieux où elle passa , elle délaissa un admirable abbatiz et ruine , ayant emporté la moitié du pont Saincte Marie, avec l'excellente chappelle que le pape Jules troisième y avoit fait édifier. Elle mina et remua certaines grosses pierres de marbre, et gros quartiers de pierre qui défendoient le pont du chasteau Sainct Ange. Elle démolit et renversa une grande partie des bouleverts et bastions qu'on avoit faitédifier depuis un an joignant ce chasteau. Elle abbatit en outre la moitié du temple et la plupart des édifices du monastère Sainct Barthélémy, qui est asslçen l'isle Tyberine. A bref conclure, il n'y eut dans Rome rues, palais, ny édifices où cest impiteux orage d'eau eost passé, qui ne portast marque et tesmoignage du courroux et violence de cest élément irrité. Quant au déluge de Florence par le desbordement du fleuve Amo, Ton le Juge encore avoir est^ plus grand que celuy de Rome , et avec trop plus importantes et incomparables ruines et pertes, tant en démolitions d'édifices qu'en subversion et dépérissement d'or, d'argent, marchandises et toutes lortes de meubles , sans encore, qui est plus à plaindre, la mort et suffocation de plusieurs personnes. Il ruina en premier lieu, et démolit es plus entières parties les couvents et monastères de pauvres filles de Saincte Verdiane, des Recluses et de Saincte Marie nouvelle. Il emporta les ponts de Rubaconde et de la Trinité; il abbatit quasi du tout et Jusques à la prairie , et du eosté de Sainct Pol , le bourg d'Ognifonti ; comme il fit du marché Neuf, où s'exerce l'art et artifice de filer et tistre la soye ; de sorte que tons les magazins et boutiques furent la plus part dépéries et gastées, qui estait perte fort grande. I^ palais du duc n'en fut exempt , et s'en trouva oOmé en plusieurs endroits. Quant à la région
circonvoisine , le grand chemin de Gasentin fut creusé et enfoncé de telle façon, qu'il ne se pouvoit plus raconstrer pour y passer; et y mourut au bourg septante quatre personnes, emmenant les maisons entières à Pontasienne, et demourans abysmez Pereole et Sainct Donin, et plusieurs autres édifices le long de ce fleuve Arno. Ai^ surplus , pour parler de la marque où monta Teaue sur la place de Saincte Croix, elle excéda quatre bons doigts de creue le déluge et inondation qui advint à Florence en l'an mil trois cens quarante-sept, qui fait juger que celle moderne estoit fort grande , veu que la précédente estoit comme admirable et incroyable. Il y avoit la haulteur d'une toise et demie à Saincte Croix ; par la rue Belline, quatre toises ou environ; vers Sainct Ambroise et Sainct Pierre Msyeur , trois toises; Joignant Monteoro , deux toises ; à Cestel, une toise et demie, et autant vers Nostre-Bame de l'Annunciade ; par la rue des Servi, deux toises; du costé de Saincte Marie de la Fleur , deux toises ou environ , et autant quasi à Sainct Jan; aux palais des Antinori et Strossi , une toise ; et ainsi conséquemment à Sainct Marie nouvelle, et par toute la ville de Florence. Ôr, pour fiiire évidente preuve que les esmerveillables et incogneuz miracles et faits prodigieux de Dieu l'omnipotent ne sont exécutez et démontrez en un seul lieu, je pourrai encore icy adjouter qu*au mesme mois et presque jours semblables , advint de pardeçà un déluge en la bien antique ville de Nismes en Languedoc, toutefois différent des autres en ce que ce n'estoit pardesbordemens et ingurgitations de fleuves et rivières, mais par un esclatement de nuées et ouvertures des portes célestes , comme les philosophes l'ont voulu appeller; lequel accidentadvint le neufieme de septembre en cest an, avec tonnerres, coruscation, esclalrs et fouldres si horribles et espouvantables , que tout le peuple pensoit ce jour estre le dernier période de ce siècle. Persévérant ceste fureur céleste jusques après huict heureii d^ nuict , il tomba une si merveilleuse abondance d'eaue, que ces misérables citoyens pensoient subitement eux avec toute leur ville devoir estre engloutiz et abysmez. Et combien qu'il ne fust de longue durée, comme de douze ou quinze heures, si est-ce qu'il apporta un très grand dommage et intérest à ceste ville, laquelle en fut en plusieurs endroits et lieux, tant publics que privez, difformée et empirée, et le territoire drconvoisin fort dégasté et appauvri , d'autant que les champs et labourages en furent pervertis, encavez et creusez , ou couverts de pierres et autres ruines , qu'un ravage 4'eauès entraine et délaisse où sa force et vio-
COHMENTAIBES DE FBANÇOIS DE RABUTIN. [1557]
lence cesse et diminue ; et les oliviers, dont cette province est grandement abondante, et qu'elle cultive soigneusement pour le grand émolument et profit qu'elle en tire des tiuîHes, tous froissez etdérompuz, et les vignes desracinées, arrachées et sablées , avec infinité d'autres dommages et calamitez. Bref, Ion estimoit n'y avoir eu guerres chose qui n'eust senti la pesanteur de la main de Dieu. Par ce déluge aussi furent descouvertes plusieurs antiquitez cachées et ensevelies soubs terre, pour le moins depuis que les Gothz mirent à sac ceste ville, mil cent ans sont passez, comme l'on le trouve , oultre le temps qu'elles pouvoient avoir esté faites auparavant , comme anciens sépulchres et monumens, grande quantité de médailles de bronze , et quelques unes d'or et d'argent; grandes collonnes d'une pièce également proportionnées; testaments et épitaphes de pierre dure , escrits et gravez en lettres cancellates et romanesques. Se descouvrirent semblablement de beaux et riches pavez, et les plans de salles basses, chambres et portiques, desquels se trouvent encore des entablemens de marbre, porphyre et jaspe , marquetez à la mosaïque. Et davantage Ton a trouvé desfragmens de vases antiques, et quelques uns entiers, d'une terre rouge , si très fine et déliée, qu'elle mesme porte son verniz : lesquels les anciens faisoient apporter de Samos en Grèce, enrichis d'histoires ou ramages rustiques , fort plaisans et récréatifs à l'œil. Plusieurs autres singularitez et choses rares y furent déterrées et mises en lumière, qui ont donné grand esbahissement à ceux qui les ont veues , lesquelles seroient trop prolixes et longues à icy particulariser. L'on a voulu dire et affermer autres citez et lieux avoir esté frappez de semblables déluges, mesmement Venise et Rovergne, dont je ne feray description, pour n'en avoir rien sceu à la vérité, ny leu par mémoire ; et me suffira dire que plusieurs autres signes ont esté démontrez et sont apparuz : comme de la comette de Tan précédent , des collonnes de feu, et en aucuns lieux une chasse de chiens abboyans en l'air; et en d'autres , hommes armez combattans , et les deux soleils rouges et enflammez, qui ont esté veuz en Allemagne, sans que Je parle de plusieurs portentes (l) et monstrueux ouvrages de nature , produits en ce temps sur la terre. Tous lesquels signes je ne puis juger estre autre chose que menasses et messages du courroux divin, nous admonestant ou à volontaire recognoissance et amendement , ou à prochaine vengeance et punition de noz iniquitez. Puis que j'ay le plus briefvement qu'il m'a
(1) Du hittDpof(«n(uni, prodige.
été possible , discouru aucunes particalaritez et acddens advenuz es autres endroits, mesmemeot en Italie , pour démonstrer que si en une sorte nous estions affligez de pardeçà, I» autres nations pareillement en autres varietez en reseotoient leur part , maintenant je retoumeray m siège de Han , qui ne fut long , et on ne forent faites exécutions de grande importance, an moins dont j'aye esté adverty , et qui méritent grande longueur de propos ; car ayant le roy ?M^ d'abordée dressé une très furieuse et sondalK batterie contre ce petit chasteau , où il n'y atoit, comme j'ay dit , aucuns remparts ny fortifications , et y estant toutes les murailles à sec, apns avoir enduré quinze cens ou deux mille ooq{k de canon, ayant fort grande et large bresche, tant à la grosse tour qu'à la courtine , 1d>' fut rendu le douzième jour de septembre.
Quand l'on vit que l'ennemy prenoit ce diemin , la diversité et abondance des doctes commença à croistre. Car s'estant advancé josques là, sans trouver grand contredit ny réattance, estoit encore en pouvoir de poulser plb avant, et suivre le chemin de Gompiegneetde là droit à Paris, ou, suivant la rivioe de Sonrnie , tourner à main droite devers la Picardie et le Boulonnois, ou, voltant à la gauche devers Coussy, Soissons et Laon, se retirer en Gharop}gne. Mesmement le Roy en avoit eu divers ad^is et advertissemens, lesquels il avoitfait sçavoira M. de Nevers : entre autres, que ce baron de Poileville (2) , duquel j'ai déjà parlé cy-dessos au partir de Saverne , avoit esté mandé dn roy Phi lippes de le venir trouver en son camp arec sa trouppe, qui pouvoit estre alors de vingt enseignes d'Allemans, et de douze à quinze ccb^ chevaux , pour de là l'envoyer en Angleterre et qu'au demeurant la résolution dudit Roy estoit après avoir prins Han , de faire une grande ovalcande jusques à Compienne, et en passiai brusler et ruiner Ghausny et Noyon. L^aotir advis estoit que le roy Philippes, lesdiosessœdites exécutées, avoit délibéré de faire passer sadite armée entre La Fere et Laon , et de li suivre les brisées de Champagne jusques aux esvirons de Mesieres, pour de là la licencier e: rompre, et par ce moyen, ruinant les pa>'S^ Roy, sauver les siens. Ainsi , encores que da forces fussent si petites adonc et foibles, <p toutes ensemble ne fussent à la moitié près sofêsantés pour luy présenter teste, et nous opp^^ à ses entreprises, si falloit-il néantmoins luy hirt paroistre et croire le contraire, et iny donner i entendre qu'en quelque lieu qu'il s^adressast t)
(2) PoIwiUer.
C0MMBNTAIBS8 DE FBANGOIS DE BABUTIN. [1557]
trooveroit qui lui respondroit. Mais, ce qai advenoit le plus mal, c'estoit qu'il falloit de contrainte escarter et séparer nos troupes de loing, pour prévenir ces acddens douteux : tellement que pour remédier à ce dernier advis il fût de besoing renvoyer M. de Jametz en Champagne avec sa compagnie, et pareillement M. d'Eschenetz avec la sienne ; et à M. de Jours, auquel, comme j*ay touché cy-dessus, avoit esté donné la commission de lever huict enseignes de la légion de Champagne, dont au paravant il estoit colonnel, fut mandé de costoyer ceste frontière, et se jetter incontinent dans la première ville où il seroit adverti que ce PoUeville se voudroit attaquer. Et d'autre part, pour fournir Soissons de soldats, estant Tune des plus belles villes, et en autant commode assiette qu'il en peult estre en toute ceste contrée, et le long du cours de ceste rivière d'Aisne, pour estre fortifiée selon que déjà elle est bien commencée et avancée, y fut envoyé M. d'Estrée, avec deux autres compagnies de gens de pied levées nouvellement, oultre celles qui y estoient auparavant, et quatre vingts harquebusiers à cheval, soubs la charge du capitaine FaveroUes. Et, pour remédier aux advenues de Gompiegne, le prince de Condé avoit du bord de deçà ceste rivière d'Aisne estendu toute sa cavallerie légère, et avoit fait rompre tous les ponts et passages : pour lequel mesmeeffect le Roy avoit de rechef envoyé les sieurs de Gharmazel et de Gondrin : estant au surplus la ville de Gompiegne bien pourvue et munie de gens de guerre et toutes munitions pour arrester l'ennemy en sa première furie. Quant aux autres endroits, M. de Nevers ne voulut point encore bouger de Laon, qu'il ne veist quelle addresse sui vroit le roy Philippes après ce dernier exploit de Han, craignant surtout ce retour de Champagne.
Quant à la partie d'Amiens et de Picardie, M. de Montmorency y estoit, seigneur autant pourveu de sens et d'expérience qu^il en peut estre pour son aage, accompagné de tous ces vieux et sages chevaliers que j'ay ci-dessus nommez : et les villes de ceste frontière estoient parfaitement garnies d'hommes et toutes autres choses nécessaires. Que si l'ennemy se fust voulu tourner à Tun de ces trois endroits, la résolution estoit prise, à mon jugement, qu'en hruslant au devant de luy le plat pays et ce qui ue luy pouvoit résister, hxy laisser en front tontes les villes fortes, ausquelless'addressant, c'estoit le mohis qu'il y pourroit consumer de temps que de trois semaines ou un mois, dans lequel séjour certainement noz forces pouvoient estre sur pied, et lesquelles à réitérez et redoublez
mandemens Ton faisoit haster et avancer, pour interrompre tous ces desseings et délibérations dont l'on se doutoit. Toutefois, après la prise de Han, le roy Philippes, sans poulser son armée plus avant en campagne, s'arresta à poursuivre et continuer le commencement de la fortification de ceste place , l'améliorant néantmoins, et y adjoustant ce que peult estre y avoit esté oublié. Vray est que cependant, pour s'eslargir et accommoder des lieux cUtu)nvoisins qui luy pourroient servir, et estoient propres pour la faveur et appuy d'icelle, et qui, estans occupez de nous , lui seroient grandement nuisibles et suspects, les envoya saisir, la pluspart desquels il trouva déjà bruslez et ruinez et abandonnez, pour ne les sentir tenables, ou pour n'y estre les nostres assez forts. L'une des premières entreprises qu'il fit fut celle de Noyon , dedans laquelle ville furent surprises les compagnies de chevaux légers du baron de Clerc, et une autre d'Escossois , pensans des ennemis habillez de semblable parure que d^autres compagnies françoises, et lesquels ne portoient croix ni escharpes blanches ny rouges, que ce fussent amis et des leurs. Ainsi, trouvant les portes ouvertes , leur fut après fort facile de se rendre maistres de ceste ville : laquelle toutefois ne leur apporta grand advantage , pour avoir esté déjà auparavant bruslée. Ils se saisirent aussi deChauny, non, à mon advis, qu'ils eussent en délibération de le fortifier pour attendre le canon, pour estre en situation fort difficile et commandée de deux ou trois endroits, et snbjecte à autres imperfections, ains en y logeant bonnes et fortes garnisons, pour de tant plus facillement faire la récolte des vendanges et amas de vin, pour y avoir en ceste contrée un vignoble de grande estendue, ainsi que la saison estoit arrivée, et conséquemment tant pour la conduite de tous autres vivres qu'ils vouloient retirer en leurs places fortes, que pour y avoir une fort grande aisance des meilleurs moulins qui soient sur ceste rivière. En ceste sorte s'arresterentles ennemis aux fortifications de Sainct Quenthi et de Han, faisant cependant, les garnisons des uns et des autres, courses ordinaires, destrousses et rencontres, selon que les occasions et cas fortuits les addonnoient , continuans en cest exercice et guerre guerroyable le surplus du mois de septembre et le commencement de celuy d'octobre ensuivant; et ne veux oublier qu'en ces entrefaites peu à peu l'armée du roy Philippes s'affoiblissoit jouroellement, tant pour le retour des Anglois (1) que pour le départe-
(I) Sous entendu dans leur pa^s.
COmiSNTAIBM VÉ ntÏNÇOfé M HABimH. [I55t]
ment d^antres garnisons ; anssi qne, comme J'ay déjà dit ey-dessas, beaaeoup d' Allemans, expirant le terme de leur service, se retlroient à nostre party : et ce (}u'ayant M. de Nevers fait sçavoir an Roy par le sieur de Monterenil, luy avoit mandé qu'il avoit fort aggréable, et que Ton en retirast le plus qu'il seroit possible : tellement que noz bandes d*Allemans, auparavant fort desfaites, se trouvèrent en peu de Jours bien coropletteS) et du surplus Ton en dressa nouvelles compagnies. Et ne sçay si sur cela, de ma seule opinion, J'oserois dire que ce mescontentement précédent et affoiblissement couvert, et non sceu de Tarmée du roy Philippes, seroit cause qu'il n'auroit peu, ou auroit douté d'entreprendre et d'entrer plus avant : toutefois, requérant cest argumetit plus subtile et mieux advertie dif&nitidn que là mienne, je n'en diray pas davantage pour ce coup. Tant y a que, pour la considération de ces choses, et que l'hiver s'approchoit, le Roy redoubla toute diligence et solicitude de remettre ses forces ensemble, et redresser une autant belle et forte armée que son ennemy l'eust peu avoir en l'assaillant, afin d'avoir sa revenche sur lùy. Et pourtant de rechef fut envoyé au devant des Suisses le sieur de Varassieux, pour baster ceux qui venoient de leur pays freschement, lesquels estoient dé|à sur les marches des duchez de Bourgongne et de Champagne , et les sieurs de Mandosse et Bois Rigault furent envoyez à Lyon au devant des quatre mil qui venoient de Piedmont. Pareillement en ce temps, qui estoit environ la my-octobre, le sieur de Marolles, ordonné commissaire pour recevoir et conduire les Altemahs nouveaux de Relfberg, manda qu'ils estoient arrivez à Issutflle', sur les lisières de Champagne. Et de ailleurs, messieurs de Oniseet d'Aumalle estoient au chemin de leur retour, que l'on esperoit estre en bref, selon que les nouvelles en estoient récentement arrivées, et lesquels encore se hastoîent pour ne défaillir à la nécessité. Estans toutes ces choses rangées en telle disposition que l'ay cy-dessus narré, et mieux encore que ne le pourrois exprimer, le Roy manda à M. de Nevers se retirer à Compienne, où il avoit proposé recueillir son armée : auquel lieu incontinent que ce prince fut arrivé, s'employa à rendre ceste ville forte et defensable, adjoustant au naturel Tartiflce , d'autant qu'il falloit qu^à la nécessité, et pour Theure, elle servist de frontière à la France, faisant en premier lieu eslever deux fort larges et hautes plateformes, et autant belles qu'il en soit en tout ce royaume : Tune, pour* commander sur toutt la planure qui est entre la forest et la ville , et
l'autre sur tout le bas et le cours de la rlTieK et le long de la prairie, et au surplus départant toute diligence à rémparer ceste ville, flaih quer de bastions, caze-mattes, terrasses, avaliers et traverses ; de sorte qu'y arrivant le siège, l'artillerie dé l'ennemy y eust ttom à manger et despendre pour un IcMig tempi Avec tout cela feit desseigner et relever de trenchées renclosture d'un camp , si large et spacieuse, qu'une armée de cent mil hommes y èùst peu loger avec tous équlppages et pronsions, et aussi seurement que dans uneviDe, avec toutes aisances tant de la rivière que d'étendue.
Pendant que M. de Nevers entenddt à fortifier la ville de Compiegne, et y dresser le camp et l'enclore de trenchées, ne délatesoit pourtant selot! qu'il avoit accoustumé d'en user à Laos, d'envoyer journellement voir et recognoistre l'ennemy, mais je dy de si près , qu'il faisoit peu Souvent délibérations et sorties que ce prine^ incontinent ne le sceust. Aussi, siu* ce propos veinje bien et puis affirmer de luy cp'il n'y a prince en tout le monde qui face plus grande despeose ny meilleure récompense aux espions et àceai qui luy fbnt certains rapports que luy : qui est cause qu'estant seurement adverty il ne met rien au danger, et n'entreprend gueres de b^ songnes dont il ne vienne heureusement à fin. Mais, pour ne donner opinion à personne que je veuille blandir et flatter, je diray qu'entre antres entreprises que ce prince ayt fait à C(m^ gne, estant un jour, dont je me suis records, adverty que là garnison de Chaulny, qui estoit fort grosse, de quatorze à quinze cens chevaox. ordinairement avoit accoustumé de sortir en campagne , et ne se contentoit seulement de venir voiler et faire destrousses bien avant en pais. ains trouvaos nos garnisons de Coussy et de Soi5> sons, pour estre en plus gros nombre et les pte forts, les rembarrolent jusques dans les boispnh ches dudit Coussy, sans qu*ils les osassent attendre, proposa de leur dresser une cargue, et de s'y trouver si à poinct, qu'en une fols les recoinpenseroit pour toutes : parquoy, pour miem celer ceste condulctè, vouhit aller àSoissocs, soubs couleur d'aller voir dix huit enseignes de Suisses qui y estoient arrivées ; duquel lieumasdi incontinent à M. de Bordillon se trouver à certain jour et endroit en embuscade avee devt cens harquebusiers à pied et partie de ce qti'î' à voit de cavallcrie à La Père ; et fuy d'autreco^ avec deux cens hommes d'armes et te reitrs et le l^rince de Coudé avec sa cavàllerte Ifgert* à ce mesme Jour se trouvèrent embusquez dans ces bois assez près de Chaulny, d'où ftit eovojr
COVmKTATBES DB THAUrÇOIS DB habuttit. [tS57j
«Ti
le seignenr de IbdUz (]) avec sa compagnie de cavaDerie, pour semondre ceste ganiiMii à sortir comme elle falsoit précédemmeot, et pour les attirer à l'escarmouche, comme il feit fort bratement et hardimeDt; et ne falllIreDt ceux qui âtolent demeurez, an nombre de trois à quatre cens chevaux , et quelques Espagnols h pied , à sortir, estimans que c'estoient seulement leurs voisins ordinaires qui les venoient voir, et se jugeaient assez forts pour les recevoir. Lesquels anssi feirent fort bien , comme pareillement le seignenr de Janllz scent sagement et cautement les sonstenir, prenant sa çai^e de lolog en les attirant, et essayant d'amener au combat tout le surplus de ces douze ou quinze cens chevaux qui s'y estoient autrefois veus, et qui constumlcrement eu sortirolent , pour de tout cela à un coup faire desfaltte et routte, et en rendre la victoire plus glorieuse et belle, selon que tout le folt estoit seorement disposé et appareillé : mais de malheur ce Jour mesme estolent partlz pour aller à leur camp, où Ils avolent esté mandez, et ne s'y trouva que ce nombre que |'ay dit cy dessus; tous lesquels soldats à la vérité démonstrerent fort grand devoir et hardiesse à se bien défeodre; ce néantmolns, se sentans foibles, ne s'esloignerent par trop dé lenr fort : ce qu'estant apperceu de M. de Nevers, et qu'ils venoient ft l'escannouche plus froidement qu'ils ne Wutoient, et autrement qu'on ne luy avolt fait entendre , commanda au comte de Barbisc , qui estait adoDc chef des reltres, qn'll marchast et se moQstrast avec ses troupes, et qu'il se meist en veuê des ennemis ; et d'autre part les chevaux légers se meirent et gaignerent entre la ville et eux, de sorte qu'ils se trouvèrent enveloppez; où fut pris un capitaine albanois, chef de la cavallerle , qui estoit demeurée dans Channy, et le surplus de ses gens dirent tuez ou pris. Et quant aux gens de pied espagnols qui s'estoient coulez le long d'une trenchée, se voyans enfermez et enclos de tous endroits, se Jetterent dans tme petite maison à cent pas de la ville, laquelle Ils percèrent pour se défendre à coups d'harquebuBAdes, et y résistèrent si longuement qu'ils peurent, et tant que le prince Condé feit descendre ji pied la compile d'harquebusiers du slenr d'Alligny pour les assaillir : ce qu'ils feirent de telle ardeur et promptitude, qu'ils les forcèrent etrendlrent aux abboiset en telle extrémité, que le capitaine, ne voulant mourir là dedans misérablement, sortit hors de ceste maison l'espée nue au poing et une large en l'autre bras, qui fut Incontinent saisi , estant le surplus de ses
(I] Franffdi d'IIangeit, ulgoeurde Gentil.
gens exécutez on pr qnerolt et vouldt rei nay le vint tuer asse lequel, comme prlnc lant supporter cest 01 sence, en voulut d pllalne Launay, qui allégua pour ses exe
gnol avoit blessé à mort le plus vaillaut de sa soldats, et qu'il sçavolt de vray qu'il avoit fait fort mauvaise perre aux François prisonniers à la Journée de Salnct Laurent; suppliant trëdbumblement ce prince ponr ces censés luy pardonnersonimpatiente et prompte cholere, comme Il feit. En après M. de Nevers félt sonner )a retraite, reprenant son chemin à Soissons, et faisant marcher au pas et en ordonnance ses forces, sansaucune perteny rencontre, comme aussi feit M. de Bordillon h La Fere. Depuis l'on a sceu que l'allarme en fiit donnée bien soudaine et eschauffée au camp des ennemis , qui n' estoit qu'A quatre lieues de là, tellement que ce Jour, quand les nouvelles y arrivèrent, débandèrent plus de quatre mil chevaux pour se mettre à la suite des nostres ; mais ils n'y perdirent que temps et peine, et y arrivèrent trop tard, combien que le lendemain, pensnns que l'on y retoumerolt et qu'Us pourrolent avoir leur revanche, s'y embusquerent et yappresterenttablenvenueet réception ; mais ce fut en faute , et demeurèrent tousjourslesfralssureux;carcenefutcelIepart
Sue M. de Nevers les alla revoir, alns devers oyon.
En telles et semblables'conrses et entreprises se passa la pluspart de ce mois d'octobre , pendant que les ennemis fortIQoient Sainct Quentiii, Han et Le Castelet , oà ils besongnolent à bras desployez , et en assiduité continuelle, voyans leur année Journellement affoibllr par diverses causes et accidens, et pareillement que l'Importune saison d'hy ver approchoit fort , et doutaos que l'armée de France, se tronvant forte et bien tost complette, comme ils sçavoient et voyolent à l'oeil qu'elle s'engrossissoit ordinairement, de premier œuvre s'y addresserolt, où trouvant les ouvrages imparfaits, seroit aisé à recouvrer ce qu'avec grands fraiz aurolt ac{|uis et amélioré. Le roy Phllippesdeslors, comme l'on disoit, s'estolt retiré à Cambray et ù Bruxelles, avec là pluspart des princes et grands seigneurs qui ont accoustumé de le suivre. Et le Roy estait aussi à Sainct-Germain-en-Laye, donnant ordre de remettre et renforcer son armée de tous équipages ; laquelle adonc se faisolt fort grosse , et multlplloit tous les jours , car la pluspart des Suisses estolent arrivée , aussi estolent les bandes noa-
COVMElfTAIRBS DB FRANÇOIS DB BABDTTNf [1657]
Telles d'Allemans ; avec ce, Ton y avoit fait venir les autres vieilles compagnies qui estoient à Amiens. Et journellement s^y assembloient et venoient compagnies nouvelles de toutes les parts de ce royaume ; tellement que Ton n'attendoit plus pour la rendre du tout complette , que le secours qui retournoit d'Italie, que l'on fiedsoit séjourner en Bresse et Lyonnois , costoyant ce baron de Polleville duquel j'ay tant de fois parlé cy dessus. Et pource qu'il tombe à propos, et que le succez de ses entreprises, tout autre qu'il ne le se promettoit, advint en ceste mesme saison J'en diray icy un petit mot : c'est qu'après qu*il eut son armée dressée, au nombre, comme l'on estimoit , de dix à douze mille hommes de pied, où il y avoit six mille corselets, et de douze à quinze cens chevaux , passant par les montagnes de Vaulges, et le comté de Ferette , et lais* sant le Bassigoy , entra dans la Franche- Comté entre la comté de Montbeliard et Langres : où messieurs les Comtois , soubs couleur qu'ils disoient y estre par luy contraincts , contre les promesses et pactioDs de leur neutralité, luy donnèrent passage, vivres et autres provisions de camp. Et de là vint descendre en la Bresse, espérant en peu de Jours la saisir et s'en rendre maistre, par le moyen de certaines intelligences qu'il avoit avec quelques gentilshommes de ceste province, et autres de leurs voisins mal affectionnez envers le Boy. Et d'abordée alla planter le siège devant Bourg qui en est la principalle ville, estimant la trouver despourvue de tontes choses de défense, et en bref luy estre rendue. Ce que toutes fois il ne trouva ; car le seigneur de La Guiche, qui eu est gouverneur, et le baron de Bigoine , qui y estoit son lieutenant, estans advertiz de sa venue, ou s'en doutans, y avoient desjà fait entrer la compagnie dudit seigneur de La Guiche , et quelques autres compagnies de gens de pied. Et d'autre part l'on a peu voir cy dessus comme le seigneur d'Eschenets avec sa compagnie le suivoit continuellement de près , comme aussi faisoit le seigneur de Jours avec ses huiet enseignes de la légion de Champagne; lesquels luy tiudrent tousjours si prochain voisinage, qu'aussitost que luy se trouvèrent près de Bourg, où ils entrèrent; en quoy ils firent un fort grand devoir et service au Roy et à la République; et ainsi se trouva frustré de sa première opinion. Pendant qu'il arrestoit et entrepreooit ce siège, Tannée du Roy, qui retournoit de Italie, arriva tousjours à la file , et estans déjà venus deux mille harquebusiers fort braves, et soldats esleus, oonduicts par M. le vidasme de Chartres, furent conduicts et entrèrent dans ceste ville. Et d'ailleurs l'on y feit approcher
couvertement , et sans fldre bruit , quatre nulle Suisses et trois mille lansquenets , estant toute la gendarmerie qui estoit arrivée, et arri^oit journellement, arrestée et logée es enviroosde luy, tant en la Bresse que Lyonnois et Ifascoonois, en intention de luy faire sentir le payement de sa téméraire et mal fondée délibûation. Enfin , après qu'il eut par trois fois remoc son camp devant ceste ville, se doutant, à moi advis, et prévoyant son danger advenir, k u de ce mois d'octobre, le seigneur d'Escbenets feit sortir de ceste ville, sur l'entrée de la nuiet cinquante harquebusieurs , pour aller reeognolstre son camp, et la contenance et assairance de ses gens. Lesquels harquebnsient ayans tué d'arrivée les sentinelles , donnerait, et eurent telle hardiesse que d'enfoncer leurs corps de gardes , qu'ils massacrèrent en partie et tournèrent l'autre en fuite , mettans en td eiTroy tout le reste de leur armée , que des l'heure elle deslogea , et feit ai grande diligence à nuircher et se retirer , qu'avant cpiels nostres en sceussent certaines nouvelles, ^: feussent prests à les suivre , ils avoient deà|2 cheminé et passé quatre ou cinq grandes lieoâ sans regarder derrière eux, laissant plnsion malades, vivres et meubles au lien d'où ils d^ partirent , et r^rindrent le chemin de la Franche-Comté, d'où ils estoient venus. Bien tost après l'on sceut qu'ils se rompoient d*eui mesmes et abandonnoient ce baron de Polleville leur chef, pource qu'il ne leur avoit rien sta tenir de ce qu'il leur avoit promis. Yoilà riasae et l'effect de l'armée du baron de Pollevillf, que le cmnmun populaire appelloit le secoon que le roy de Bohème envoyoit an roy Ptûlippes , et d'autres , l'entreprise du duc de Savoye, après qu'il eut essayé de mutiner le peuple de Bresse et de Savoye, parmy lequel je pea\ bien dire qu'il y en avoit beaucoup de très^n»vaise volonté envers le Roy et la France, desquels les aucunss'efforcerent la demonstrer akn. et les autres la dissimulèrent.
Incontinent après la retraite de ce baron de Polleville, toutes ces forces qui estoient de pa:delà prindrent le chemin, et se retirèrent à Gnpienne, où se faisoit le plus gros amas à Fasseï»blée générale de l'armée du Roy ; et estoit M. de Guise desjà quelques jours de retour dltalie. K arrivé à Sainct-Germain-en-Laye, où il vint trovver le Roy ; lequel, après y avoir quelque tetnp» séjourné , le feit son lieutenant gênerai sur too: son royaume, et l'envoya en oe lien de Cospienne pour disposer et commander sur toute son armée, retirant riere Sa*Maj6Bt6 M. de » vers , pour luy donner intennissioa et rqw».
COMMENTAIRES DE FBANÇOTS DE BÀBtlTtN. [l'Sâ4]
après avoir supporté toutes les fatigues et labeurs que rhomme peult sousteuir et souffrir pour la tuition de ce royaume avec tant d'heur, moyennant la grâce de Dieu, que sa prévoyance et magnanime constance, avec bien petites for-
ces, a tousjours prévenu Tennemi en ces délibérations, et a tenu soubs bride et en doute la prospérité de son pouvoir, dont pour le moins rEternel luy fera condigne rétribution , et la France luy sera à jamais redevable.