‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 54 sur 58 · Livre onziesme · texte numérisé non relu

Livre onziesme

Du mariage de François , premier fils dn Roy et danlphin de Fraooe, ayec Marie de Stuart « royne héritière ûImoml — De la prise de la très-forte ville d^ Theonville , et de la ruine d'Arkm. — De la desfàite des Franfois prèi Gn- Telines , et autres cboses advenues depuis. — Finalement de la paix faite et accordée entre ees deux gruidi rw, en l'an 1558.

[ 1 558 ] Ayant le Roy, ainsi qu'a esté dédairé cy-dessnd, pourven et donné ordre de recouvrer deniers comme la première et plus nécessaire chose pour venir à bout de toutes autres, il voulut en second lieu de bonne heure s*asseurer d'hommes , mesmeiAent d^ Allemans y sur tout de reitres et ptstolliers , pource que , l'an précèdent , les plus grandes forces que son enneniy eust , et dont l'on estimoit qu'il s'estoit peu le plus advantager sur luy , estoit par le moyen de ces reitres , qu'ils ont depuis appelle hamois noirs, lesquels se trouvans tous chargez de pistolles , armes de traict à feu^ furieuses et espouvantables , sembloient estre inventez pour l'estonnement et roupture de la gendarmerie françoise. Et pourtant , afin d'en affoiblir d'autant son ennemy , et pour accoustumer et apprendre aux François à estre usagiers et asseurez de telles armes, voulut en retirer à son service , et pratiqua celéement etcouvertementen estre faite en toute rAllemagne la plus grande levée qu'il seroit possible , n'y espargnant la solde ny Faccoustumée libéralité des rois de France : aussi que la première entreprise où il vouloit entamer son ennemy advenoit en tel endroit , que ceste nation y estoit la plus proche et moins suspecte. Par mesme moyen ordonna aux capitaines de ses vieilles enseignes, qui estoient en garnison es villes fortes le long des frontières , qu'ils eussent à tenir leurs compagnies complettes et bien armées ; départant , oultre plus , à nouveaux capitaines nouvelles commissions , pour faire levées de soldats et gens de guerre , spécialement en la Guyenne et es provinces les plus esloignées de deçà, et que ce fust le plus tacitement et sans bruit que se pourroit faire , leur enchargeant très-expressement ne mettre rien aux champs sans spécial commandement de luy. La gendarmerie, afin de ne rien éventer, n'en fut plustost hastée , ains, selon l'ordonnance ordinaire, fut advertie de se trouver avec tout équippage aux

monstres generalles qui ont acooustumé estre fai tes sur la fin du mois d'avril. Ainsi le Rov df bonne heure assigna les arres , et dressa m premier estât, pour rassembler et mettre aoi champs son armée à Testé prochain.

|En après , avant commencer toute aotre œuvre , voulut estre parftdt et accompli le mariage de François, son premier fils, daulphin dt France , et de Marie de Stuart , royne heritien d'Escosseyl'unedesplas belles et vertueuses priBcesses de l'Europe , fille de Jacques de Stuart t du nom , et dernier roy d'Escosse, et de Marie de Lorraine, auparavant veufve du duc de Lodgueville ; moyennant lequel mariage Ton ditqv, par le consentement des Estats, ce royaume discosse seroit comme uny et joint à la couroone de France, et auquel succederoient parcy-apr» les premiers fils et daulphlns ; et desicH^ leur fot donné ce tiltre de Roy Daulphin. Ceste ma»rable solemni té fut célébrée en la fameuse ville àe Paris le vingt-quatrième d'avril en cest an i j^^. avec très-opulentes et très-magnifiques pompe» et triomphes, qui seroleottrop prolixes à ici particulariser , où se trouvèrent plusiears prélats ft grands princeâ de ces royaumes, comme les ordinaux de Bourbon, de Lorraine , de Gaise,df Chastillon et de Sens ; et le roy et royne de ^^ varre , les ducz de Lorraine , de Guise , de ^^ vers , de Nemours et d'Aumalle ; les princes de Coudé et de La Roche-sur- Yon^ etplQsieon autres princes et grands seigneurs françois. I^ royaume d'Escosse y vindrent Tarchevesqne de Glasco , metrojpolltain de ce royaume ; le it^trend prélat Robert Reid , evesque des isiet Orcades et premier président d'Escosse, kqaé décéda à Dieppe en retournant; le prieur d« Sainct- André , fils naturel du dernier roy; ^ comte de Rothes , le comte de Gasselles , le ni* lord Flemyng , le milord Setomi , le baron de Duu , et autres seigneurs et gentUshomiNS de ce pays ; lesquels estoient fort aises et cootcsti

«OimXirtAIRSS DR FKARÇOIS DS BÂBITTm. [1S68]

de se tronver et veolr ceste trës-grande et indlssolnblfl alliance de ces deux royaames. Dorant ces festins et Joon de bonnes chères , vlndreut qnelqnes nouvelles de proposition de paix, nioyennée par la duchesse douairière de Lorraine, laquelle, estant lors près du roy Fhillppes son cousiu , pour sa vertu, de Sa Majesté grandement favorisée , faisolt tout devoir et employoft Josques au bout son gentil esprit pour accorder et unir ces deux grands princes , et anquel tant sainct letivre elle s'est rendue si ententive et persévérante, que Dieu Iny a fait la grâce par son moyen l'issue en avoir esté henreose , ainsi qu'on le verra cy-après.

Ceste très-Illustre princesse , deslors comme mère très-anéctlonnée et désireuse de la veuë et présence de son fils le dnc de Lorraine, qnl estott en France, obtint sauf-conduit de ces deux princes , k ce qu'il l'allast veoir à Peronne où elle t'attendoit, comme 11 fit, accompagné de M. de Vauldemont son oncle , et où , peu de jours ensntvaus , se trouva aussi M. le cardinal de Lorraine , que le Boy y envoya pour entendre sar quels moyens et articles l'on ponrroft entreren termes de paix ; toutefois que pour l'heure les cboses ne peurent trouver bon fondement , et s'en retourna ledit sieur cardinal sans aucun effect, et avec un bruit qui s'esleva de par-deçà que les ennemis l'avoient voulu arrester et surprendre par les chemins : depuis 11 fut sceu que c'estoient les garnisons de Sainct-Queutln et de Han , et quelque autre petit amas d'armée qui s'estantmis aux champs, avolent desfsit ceux de Melles , et saisi et prins ceste petite ville. Au mesme temps vint d'antre part advertlssement comme une armée de mer anglesque avoit esté descoaverte sur la coste de Normandie , an nombre de sept à hutct vingts vaisseaux , que l'on dontoit faire descente au Havre de Grâce ou à Dieppe , ou en quelque autre endroit qu'ils sen- Uroieat despourveu et mal gardé : parquoy soudainement et en diligence y fut envoyé le duc de Bouillon, pour y pourvoir et commander; mais estant desjà les communes advertles, selon qu'elles ont accoustumé s'assembler et mettre en armes au signal que l'on fait de garde en garde, ceste armée marine ne print point terre et ne fit descente en aucun lien , ains se jetta en haute naer. L'on a vonlu dire depuis que les Anglais avolent mis en mer ceste armée pour empescher ravitaillement que l'on f^lsoit A Calais, ou bien pour la doute qu'ils avoient que nostre armée mesme, qui portoît cest avitaillement , en après ne flst descente en leur pays.

Dès le commencement du mois de may ensul- TBnt, H. de Bordillon M envoyée Metz pour se-

crettement reeognolstre ei moyens et endroits par o Theonvllle, et pour entent de guerre eatolent dedani bruit que l'on falsolt que 1 pour aller au-devant et n princes d'Allemagne qnl i Jesté , et par mesme moy faire envelopper coste vlll magne qui y dévoient ble il fit ; car , tost après est l'un des fils du duc de L Grombak, Scheneveux, Stoup , avec chacun quatre cornettes de reitres, comme aussi Beifberg avec quatre autres cornettes dont 11 estolt lieutenant , pour l'un des fils du lausgrar de Hess , qui sont en tout de quatre à cinq mille chevaux, et les reglmens de gens de pied descolonels Rocquendolf , Beteroch, de Lussebourg, fils duditBelcroch, cl celuy dudit Itelfberg , chacun de dix enseignes, avec celuy de Waldebourg , qui n'estolt que de quatre , montant le tont au nombre de treize à quatorze mille hommes de pied, avec toutes ces troupes alla des premlera environner et enclorre ceste très-forte place , où alla pareillement M. de Vieilleville , gouverneur de Metz , avec sa compagnie et une partie des vieilles enseign es françoisesquiestnlent lA en garnison ; et d'autres furent tirées anssi des plus prochaines garnisons, comme de Verdun , de Tout et Danvillé. Peu de Jours ensnivans , le dixhuictieme de ce mois de may, M. de Nevers partit de Ghaaions en Champagne pour se trouver à ce siège , et alla passer à Stenay, afin d'y amasser le surplus des vieilles enseignes , où l'on les avoit mandées se rendre ; et semblablement pour faire marcher rartillerie , pouldres et munitions qui y estoient, et que desja en ce lieu l'on avoit assemblées ponr ceste entreprise. Au partir de lA M. de Nevers prinf le chemin du Font Camouson , où se trouva aussi M. de Guise ; et de là ensemble allèrent au coucher à Metz , d'où ils départirent le premier Jour de Juin environ minulct , pour aller reeognolstre ceste ville , et adviser et conclure avec tous les capitaines des moyens que l'on devroit tenir pour l'obtenir et recouvrer.

Un jour ou deux ensulvans , ces deux prlDces se départirent le commandement de l'armée, M. de Guise demeurant campé deçà la rivière de Moselle , vers Ftorenges , pour commander en la bataille , et comme lieutenant-general ponr le Roy ; et M. de Nevers passa de l'autre part , et alla loger en un chasteau appelle La Grange aux Poissons, pourcommander en l'avant-garde. H. de Nemours, avec la cavalerie légère, campa

COMHBNTÀIBBS DB. FBANÇOIS DB BABUTin. [iS&S]

ua pea plus avant sur le chemin de Luxembourg, au-dessoubs d'un mont qu'on appelle Mont d'Estraing; et M. de Jametz , avec quelques compagnies de gendarmerie et reitres , encore plus avant sur Tadvenue et chemin de Metz. Dès le commencement furent les premières approches et trenchées faites deçà la rivière , et prises d'assez loing, fort larges et creuses, et au-dehors devers la ville relevées fort haultes , ayans les terrains et gabionnades en façon deplatesformes, tant pour estre à couvert contre la fouldre de Fartillerie qui tiroit incessamment de la ville , que pour donner plus aisément à plomb là-dedans , et pour de temps plus facilement descouvrir les endroits où il falloit battre et rompre les défenses. Là-dessus furent logées trois ou quatre longues coulevrines et cinq ou six canons renforcez , qui tiroient de droict fil aux parapects d'un gros boule vert qui estoit en teste, et taschoient à démonter trois ou quatre pièces que les ennemis avoient mises sur une tour au dedans de la ville , lesquelles pièces battoient et descouvroient tout le circuit , et faisoient de grands meurtres par nostre camp. D'autre part , au couvert et seurté de ces premières trenchées , en ftirent reprises et recommencées la nuict ensuivante deux autres aux deux bouts , le long desquelles Ton fit tant que Ton coula et affasta en chacune cinq ou six canons, pour rompre en croisant et traversant les flancs et défenses de ce boulevert et des platesformes |qui estoient aux deux coings de ceste courtine. A |la faveur desquelles trenchées l'on en approcha d'autres plus près de la rivière , où furent logées autres dix ou douze pièces en batterie ; et n'est à douter que ce ne fust avec un grand labeur et hazard de M. d'Estrée et des commissaires et canonniers , voire des princes et grands seigneurs qui s'y tronvoient le plus souvent des premiers , y pleuvant les boulets aussi espais que la gresle , dont esto*it fait grand massacre de ces misérables pionniers et-vastadours.

Tant y a que , nonobstant tous ces dangers , le cinquième Jour de Juin l'on commença à battre ceste ville de trente cinq grosses pièces; qui estonna fort pour le premier advenement les assiégez , voyant que , contre leur espérance , et malgré toute la tempeste de leur artillerie , en si peu de temps l'on en avoit approché la nostre en telle quantité et en tel endroit qu'ils ne se doutoient pas , et ce que desjà les &isoit craindre et débattre et mal espérer de ce siège ^ mais surtout pour le principal default, qui estoit d'hommes, sur lequel au despourveu avoient esté enveloppez. Parquoy de là en avant tous les efforts des ennemis tendoient à recouvrer secours , telle*

ment que, dès le troisiesme de ce mois, enîiron minuict^ le comte de Home y estant en penomc, pensant surprendre nostre guet , essaya d'y faire entrer trois enseignes de vieilles bandes espignôles; mais trouvant les advenues bien gsf> dées , et les guets renforcez , fut contraint se rtirer avec sa courte honte, ne trouvant à m retour au logis le nombre de ses gens aussi eoiBplet comme il l'avoit mené. Et derechef un jou ou deux après, à la diane et changement du guet, se vindrent présenter quatre enseigoesde gens de pied wallons et namurois, soustenaz de cinquante hommes d'armes; lesquels, poorla seconde fois , ne se retirèrent à si bon maithéeocore que les premiers. Après que, par deux jours entiers, l'on eut tiré aux défenses, etqo'eUes semblèrent assez rompues et desarmées, Tod commença le huictieme Jour de tirer en batterie fort furieusement et soudainement, estant priDcipalement l'artillerie addressée à ce gros bonkvert rond et à la courtine joignante ; de te& sorte que , dans deux ou trois jours ensoivans. ce boulevert fut en la meilleure part escarteW^. ouvert , et la muraille abbaissée et ruinée df près de quarante pas de long. Toutefois la Inche , pour en parler à la vérité , estoit fort douteuse et non raisonnable pour estre assaillie, d'autant que , oultre ce qu'il falloit passer la rivière de Moselle à gué pour y aller, encore qoe l'on la voulust dire gueable en cest endroict, nk davantage estoit bien haulte , et le rempart derrière bien peu offensé.

Or du costé de M. de Nevers, à l'on des coiop de la courtine , estoit une tour ronde assez basse qui servoit d'un flanc , et au dedans de la >il!e. en l'encoignure estoit une plateformeplushaolte qui commandoit dans ceste tour; mais elle estoit si mal percée , et la plateforme si inegal^ ment appropriée, et sans contremines^ qnr l'une apportoit bien peu de secours et désavantage à l'autre; de façon qu'estant tout cela bien considéré de M. de Nevers, H. de Guise et lut ad visèrent ensemble qu'il n'y avoit ordre d'emporter ceste ville si ce n'estoit par oest endroit Parquoy fut conclud de faire une trenehée de a costé pour gaigner le pied de ceste tour; et aobobstant que les marais y fussent fort humides et abreuvez d'eauê, Ton les plancha d'aisetdr dayes , et furent les oostez et entredeux afferm» et conroyez de gazon , de paulx et de Jone. de telle industrie et diligence , que, contre Vofim de beaucoup de gens , ces trenchées se \iw\^ rent autant belles et seures que si elles eo»sent esté en terre ferme. En quoi il faut diir ai confesser que M. de Nevers ne s'y cmploToii point seulement en qualité de prince , pour ooo-

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