‹ Commentaires de messire Blaise de Montluc ... ou sont décrits les combats, reccontres, escarmouches, batailles, siéges, assauts ... défenses des assaillies et assiégéesChapitre 55 sur 58 · COMMENTAIRES DE FRANÇOIS DE RABIJTIN · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES DE FRANÇOIS DE RABIJTIN

seulement y commander, mais , o#mme le moindre soldat de toute la troupe , n'en bougeoit et jour etnuict ; et avec telle promptitude continua ceste œuvre, que , nonobstant les boulets d'artillerie qui y gresloient innumerablement, qui estoient cause que Ton n'y pouvoit besogner que deux ou trois heures de la nuict , dans bien peu de jours il approcha ces trenchées fort près du but et jusques-là où il vouloit aller. Aussi avoit-il tellement gaigné le cueur des hommes, qu'estant suivy de plusieurs gentils-hommes et soldats, il n'y avoitceluy, depuis le grand Jusques au petit , qui volontairement n'y meist la main. Pendant que Ton travailloit à ceste besongne, M. de Guise , tant pour scavoir si la brèche commencée estoit ou se pourroit parachever raisonnable , et quels flancs et défenses restoient encore aux ennemis, que pour considérer et recognoistre Tasseurance des assiégez , le soir du 9 de ce mois, après minuit, envoya cinq ou six cens soldats des plus braves et expérimentez harquebusiers et corcelets, soubs la conduite des capitaines Cypierre le jeune, Sainct-Estef, Millas, Sarlaboz et Jacques, y donner un faulx assault, avec commandement de ne rien bazarder et entreprendre, si ce n'estoit avec Men grand advantage. Estans arrivez au pied de la brèche, et crians de toutes parts : Escalle , escalle , comme s'ils eussent voulu combattre et assaillir généralement, ils effroyerent tellement ceux de la ville qui y estoient en garde , ou les trouvèrent si endormis , que cela leur présenta occasion de poulser encore plus oultre , et , sans grande résistance, gravirent et montèrent jusques au hault du rempart, exécutans à la première rencontre ceux qui se présentèrent des premiers ; de sorte qu'en cest effroy inespéré , ils se faisoient maistres de toute la ville si tous les soldats eussent esté aussi hardis et courageux que les chefs, et les eussent suivis. Mais estant i'allarme généralle par toute la ville, et s'adressans cçlle part tons les gens de guerre qui estoient là-dedans, ne Alt possible aux chefs et plus hazardeux soldats soustenir ceste recharge, et furent ainsi repoulsez et renversez, y restans plusieurs des plus vaillans soldats des nostres tuez et blessez , et des principaux capitaines, entre lesquels fut tué le capitaine Jacques, soldat fort estimé et plainct, et Icf capitaine Sainct-Estef fort blessez au bras, comme aussi fut l'enseigne du capitaine Cypierre. Les assiégez voyans qu'on les tenoit et serroit de si près que les aller forcer dans leur ville par si petite entrée, et que, d'un autre costé, Ton fouilloit et cherchoit-on un autre passage et entrée pour assaillir leur ville, en lieu qu'ils jugeoieBt inaccessible, présumèrent mal, et

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