X.CIT
Les organes sympathiquement irrités peuvent contracter l’irritation à un degré supérieur à celle de l'organe à l'influence duquel ils la doivent. Dans ce cas la maladie change de place et de nom : ce sont les métastases.
Il est temps de s’entendre sur le mot métastase : long-temps il a signifié le déplacement d’une prétendué matière morbifique; plus tard il exprima le changement de la maladie. Mais qu'est-ce que la maladie? C’est l’irritation, dans les cas où les métastases sont possibles : les métastases ne sont donc autre chose qu'un nouveau point d'irritation qui remplace celui qui l’a précédé. Lorsque l’irritation s'est développée dans un organe, le système nerveux, par l'intermédiaire de son centre, la transmet à d’autres organes et la répand à différens degrés dans l’économie. C’est alors que le tissu qui se trouvait le plus apte à la souffrir, s’en empare et devient le nouveau siége du mal. Voilà la métastase. Reste à examiner les particularités qu’elle présente: c'est ce que les propositions suivantes nous conduiront à développer.
L'organe qui est devenu le siége d’une métastase, excite alors des sympathies qui lui sont propres; et celles-ci peuvent à leur tour devenit prédominantes : telles sont les phlegmasies ambulantes, etc.
Cette explication fait disparaître tout le vague qui existait en pathologie sur les changemens que subissent les maladies durant leur cours. C’est une de celles qui ont porté les plus rudes atteintes à l’ontologie. Que pouvait-on voir autrefois de commun entre la gastrite, les hémorrhoïdes, la goutte, le calcul et l’apoplexie ? Ceux qui avaient admis une humeur morbifique pour la goutte pouvaient encore la supposer se portant sur les reins et sur la vessie ; car on remarque quelque analogie entre les concrétions articulaires et les graviers ou les calculs. Mais les médecins se trouvaient dans l'impossibilité de rendre compte du rôle que l'humeur goulteuse pouvait jouer dans la production d’un épanchement de sang au cerveau ; il ne leur était pas moins impossible d'expliquer comment la cessation d’une hémorrhagie habituelle peut engendrer des calculs, comment une dartre se convertit en hémoptysie, comment la folie se change en goutte, ou de donner une raison satisfaisante à ceux qui
(71) leur demandaient pourquoi l'asthme, maladie qu'ils regardaient comme nerveuse, pouvait se dissiper à l'apparition d’un engorgementlymphatique. L'impossibilité d'expliquer tous ces changemens d’une manière quelque peusatisfaisante et capable de rallier tous les esprits justes , avait ouvert la carrière aux hypothèses. Chaqire médecin, peu salisfait des explications qu'on lui donnait, se croyait autorisé à en proposer une autre : il n’élait point arrêté par les vices que l’on pouvait y découvrir : comment aurait-il craint de hasarder des assertions non prouvées, lorsque les maîtres de l’art n’avaient pas rougi d'en émettre de ridicules ? Ce que le novateur pouvait craindre, c'était de ne pas persuader tout le monde.; mais il savait que les opinions les plus absurdes avaient trouvé et conservaient encore des partisans. Pourquoi donc ne se serait-il pas flatté d'en conquérir à son tour? C’est ainsi que le jeune médecin, après s'être respectueusement incliné devant les hautes conceptions de ses devanciers, cessait de les admirer en voulant les approfondir, Prenant ensuite courage, il finissait par s’ériger lui-même .en créateur. De là cette foule d'hypothèses sur la cause de la conversion des maladies, que l’on n'osait plus, comme Galen, rapporter aux quatre élémens ; de là les nouvelles théories chimiques, dont la chute a été plus prompte encore que celle des anciennes.
Mais en attribuant les métastases, les épigénèses, les deutéropathies au changement du siége de l'irritation, la doctrine physiologique ne fait que re-
(72) later un fait que tout le monde peut vérifier, etiqui par conséquent doit rallier tous les bons esprits. Bien que toute excitation intense soit répandue dans l'économie, chaque organe, chaque appareil a ses influences sympathiques particulières, et pour ainsi dire de prédilection : c’est pourquoi le groupe de symptômes change d’aspect'aussitôt que lirritation principale s’est attachée à un nouvel organe. Cest ainsi que, dans les déplacemens que nous venonsde signaler , on verra successivement se développer les sympathies propres auxirritations des articles, celles qui dépendent des douleurs de la marge de lanus, celles que provoque la souffrance du rein, celles qui sont la suite nécessaire d’une congestion encéphalique, etc.; et que l’irritation produira dans la peau une dartre, un érysipèle ; à l'anus, un bouton ou un flux sanguin ; dans les reins , des graviers; dans les articulations, des congestions albumineuses etdes concrétions, etc., etc. Citerons-nousles irritations articulaires en particulier ? nous verrons que l’une des articulations devenue phlogosée par l'influence du froid , agit sympathiquementsur une seconde , larend d’abord confusément douloureuse, et, dès le lendemain, lui cède soninflammation.Chercherons-nous leseffets locaux de cette inflammation? nous trouverons que dans une articulation sèche et superficielle, elle produiradesconcrétionstophacées tandis que transportée sur une autre plus humide, plus sanguine et profondément située, elle donnera lieu à une suppuration phlegmoneuse. Aucune proposition n’est plus fertile en conséquences théo-
(75 ) riques et-pratiques que celle-ci. Nous allons donc en suivre le développement. |
Si Les irritations sympathiques que les principaux viscères déterminent dans les organes sécréteurs, exhalans et à la périphérie, deviennent plus fortes que celles de ces viscères, ceux-ci sont délivrés de la leur, et la maladie se termine par une prompte guérison. Ce sont les crises. Dans ces cas, l'irritation marche de l’intérieur à l'extérieur.
Les congestions des crises se terminent toujours par une évacuation, soit sécrétoire, soit purulente, soit hémorrhagique : sans cela la crise n’est pas complète.
Qui peut douter que les sécrétions et les exhalations qui se font sur les surfaces de rapport (peau et membranes muqueuses) ne soient accélérées, ralenties ou dénaturées par l’irritation des principaux viscères ? Lorsque cette irritation est d’une extrême énergie, ou les sécréteurs n’agissent pas assez, et les évacuations sont nulles; ou ils agissent trop, et alors les fluides qu’ils produisent sont dépravés, irri-