‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 19 sur 50 · AO · texte numérisé non relu

AO

tans pour les surfaces où ils sont déposés. Tels sont la bile et les autres humeurs du canal digestif dans les, gastro-entérites et les colites, le mucus nasal dans le coryza, etc; telle est aussi la sueur, qui, bien qu’elle n'irrite pas la peau par son contact, est visqueuse et d’une odeur forte dans les pneumonies quin’ont pointencore commencéà céder, et fétide dans les gastro-entérites encore actives. Mais, du moment que la phlegmasie viscérale vient à se modérer, et qu'elle marche vers la résolution, on voit ces mêmes produits de la sécrétion ou de l'exhalation devenir abondans, faciles, parfaitement liés, ni trop albumineux, ni trop gélatineux : les concrétions qu'ils avaient pu former sont soulevées , détachées par celte sécrétion normale, et les surfaces qui la reçoivent n’en souffrent plus.

C’est ce retour dessécrétions à l’état normal avec augmentation de leur quantité, qui fut jadis le sujet de l'observation constante et l’objet de tous les vœux du grand Hippocrate. Le médecin physiologiste s'imposé aussi la loi d'observer attentivement les évacualions pour s’aider. à déterminer le degré de l'irritation. Mais il désire aller plus loin: il veut savoir si les crises sécrétoires sont la cause ou l’effet de la diminution de lirritalion viscérale. La solution résulte des considérations précédentes: les sécrétions ont été dérangées par l’influencesympathique du viscère malade, affecté d'inflammation; elles ont présenté des nuances d'altéralion qui correspondaient aux siennes : elles se rétablissent quand il cesse de souffrir, On est donc porté

(75) à conclure que les crises sécrétoires sont l'effet de la diminution le l’irritation et des congestions viscérales. Arrivent ensuite deux preuves secondaires: c'est qu’en faisant cesser cette irritation, en dissipant les congeslions internes qu'elle a produites, on hâte l'apparition des crises dont il s'agit, tandis que rarement on parvient à faire disparailre l'affection viscérale en stimulant les organes chargés des évacuations dépuratives. Cette difficulté dépeod, n’en doutons point, de ce que, pour solliciter un sécreteur, on est forcé d'agir sur le même organe dont l'irritation avaitsuspendu sôn action. Les urines, la bile ont cessé de couler parce que la membrane interne du canal digestif est sur-irritée : je veux faire reparaître ces dépuralions et j'ajoute à l’excitation de cette membrane: je dois donc augmenter la cause de la suppression à laquelle je prétends remédier; je m'y prends donc fort mal. Il me faudrait, pour réussir, un stimulant qui püt agir immédiatement sur les sécréteurs. Les anciens se flatiaient d'en posséder de semblables: ils se figu- raientquelespurgatifs lesdiurétiquesétant absorbés allaient porter leur action directement sur le foie ét surles reins, ou plutôt ils ignoraient les rapports découverts par notre Bichat entre les sécréteurs et les surfaces où leurs produits sont déposés. Ils voyaient le phénomène en grand, sans pouvoir l'expliquer, La nature termine les fièvres par des sécrétions, disaient-ils : donc, nous devons exciter les sécrétions pour les terminer. Mais les dévelop- -pemens qui précèdent prouvent que leur raisonne-

ment n'était pas juste, et nous apprennent pourquoi l'attente de ces praticiens était trompée si souvent.

Si souvent, disons-nous.... elle ne l'était donc pas toujours ? Non sans doute, et ce fait, non moins important que ceux qui précèdent, suffisait pour prolonger l'erreur des médecins et permettre que de nos jours on vit paraître un système de médecine uhiquement fondé sur l’emploi des moyens qui font agir les sécréteurs. Nous indiquons la théorie du contro-stimulisme : les succès peu nombreux à la vérité, mais réels qui la soutiennent encore parmi nous, ne reposent que sur les cas où la stimulation d’une surface phlogosée ne devient pas funeste à celui qui l’a soufferte. Mais continuons à disserter sur les sympathies, et bientôt nous aurons trouvé la solution de ce nouveau problème. Nous avons vu que l'irritation des surfaces internes de rapport ne produisait pas constamment la cessation des évacuaüons sécrétoires, et que même souvent elle l’augmentait. Il en résulte que les médicamens qui pourront mettre la surface dont il s’agit dans le degré d’irritation qui correspond à la supersécrétion deson annexe, produiront nécessairement le même résultat. C’est en effet ce que démontre l'observation; mais cette supersécrétion forcée est-elle unercrise comparableà celle que produitla diminutiondel’irritation viscérale? Voilà lepoint précis de la difficulté, et pour la bien juger il suffit de s’en rapporter aux faits. Or, les faits prouvent de la manière la plus péremptoire que, dans la grande majorité des cas, en violentant ainsi les différens sécréteurs, on aug-

mente la phlegmasie qui avait suspendu leur action: le malade est débilité en pure perte ;-les sécréteurs retombent dans leur première inaction, et les sujets succombent aux progrès de l'irritation première, ainsiqu'’audéveloppement deplusieursautres points de phlegmasie. Ces faits ne semblent-ils pas démontrer que les crises sécrétoires ne peuvent être considérées comme la puissance qui détermine la solution des irritations internes; qu’elles ne sont au contraire que la suite et la conséquence de leurdiminution, et que, par conséquent, elles n’en deviennent le signe extérieur que lorsqu'elles ne sont pas le résultat d’une médication surirritante ?

Mais il est, disons-nous, quelques cas où les malades soumis à des superstimulations sécrétoires artificielles peuventguérir : examinons ce qui se passe alors dans l’économie. Ces considérations ne nous écarteront point de notre sujet : elles nous aideront plutôt dans la recherche que nous voulons faire des - phénomènes qui ont rapport aux crises.

C’est une loi de l’économie que, pour que l’état de vie soit maintenu, toute stimulation violente se terz mine, après un tempsdont la durée est variable, par des mouvemens convulsifs ou par des évacuations ; savoir : par des mouvemens convulsifs si la stimulae tion ne porte que sur lesystème nerveux et sur l’encéphale ; par des évacuations sila stimulation agit en même temps sur le cœur et sur la fonction circulatoire. En effet , il y a chez nous deux modes généraux de stimulation : l’un qui provoque les convulsions, et c’est le plus facile & produire; l'autre

(7 ) qui développé la fièvre et qui souvent fait suite au premier. Convulsion, fièvre, sont les deux seuls modes de réaction de: l'organisme animal contre les agens perturbateurs; si l’un et l’autre manquent, la stimulation reste concentrée dans l'appareil nerveux viscéral, c'est-à-dire dans le cerveauet dans les nerfs splanchniques; et, si la vie ne s’éteint pas subitement, des affections chroniques plus ou moins graves en sont la suite nécessaire. Il y a plus , les convulsiens et les évacuations ne sont pas toujours suffisantes pour dissiper complètement l'irritation locale qui les a déterminées. Les faits qui prouvent ces assertions ne nous manqueront pas dans la suite de nos développemens. Mais voyons d’abord ceux qui se rattachent à notre sujet. Que devient la stimulation exercée sur les organes digestifs par des doses forcées d’émétique, de purgatifs, de sudorifiques, de diurétiques, etc.? Ce qu’elle devient? elle produit des convulsions, ou des supersécrétions, ou des hémorrhagies, ou des inflammas : tions intérieures. Si elle ne donne pas un ou plusieurs de cés résultats, elle doit nécessairement augmenter l’inflammation intérieure à laquelle on a prétendu l’opposer; l’étendre, la propager à d’autres viscères, soit dans le mode aigu, soit dans le chronique: enfin, si elle est extrême, elle peut détruire la vie en fort peu de temps, en concentrant l’action dans le système nerveux cérébro-vis: céral, et produire la mort de douleur. Elle peut aussi, dans lemême degré, provoquer la déchirure de l'estomac, rompre le cœur ou les vaisseaux, ex-

(99 ) | travaser lé sang par voie d’exhalation dans le cerveau, dans le tissu d’un autre viscère, ou dans une surfacé interne, cause ‘encore plus efficace d’angoisse et de mort subite. Nous nous dispenserons de citer les faits sur lesquels reposent ces assertions: nous en connaissons plusieurs ; mais notre dessein

est d'éclairer la science et non de choquer les personnes. Les hommes de bonne foi acquerront d’euxmêmes la conviction par l'observation des faits de cetté nature que l’art ou des circonstances actidentelles pourront leur présenter, et cela nous’suffit, On sic maintenant comment les personnes soumises à des stimulations excessives peuvent se rétablir : c'est parce que l'irritation s’est’ dissipée complètement par ‘des supersécrétions: On com= prend également comment elles succombent toutà-coup, et pourquoi plusieurs d’entre elles, après s'étre crucs guéries, se trouvent pour ben longtemps réduites à un état de langueuret d’infirmités toujours renaissantes. Mais on à pu remarquer que les évacuations artificielles qui ont été provoquées ne se sont pas bornées à des supersécrétions ; des hémorrhagies, des inflammations exlérieures ont pu avoir lieu. Ces pHeRUmeRes en effet se placent au rang des crises; et qu’on ne dise pas que les inflimmations de la périphérie font exception à la règle que nous avons d’abord posée, la nécessité d'une évacuation pour terminer une irrilalion exe traordinaire.Ces phlegmasies en effet doivent elles: mêmes se terminer par une excrétion; elles ne font donc que reculer le moment de la solution évacua-

tive rendue nécessaire parle développement de la première irritation. |

Voilà doncmaintenant le nombre des crises fort étendu : elles ne se bornent plus à des exagérations sécrétoires par les voies ordinaires; on y voit figurer toute espèce d’évacuations. Notre objet maintenant doit être de rattacher, s'ilestpossible, ces deux ordres généraux d’évacuations aux différentes nuances des irritations locales. Lorsqu'une irritation des viscères est modérée, le plus souvent elle n’a besoin, pour se terminer, que desévacuations ordinaires, celles qui ont journellement lieu dans l’état normal; mais, quand elle est extrême, quand tous les appareils viscéraux sont fortement ébranlés (-remarquez que nous ne disons pas foule l’économte), ces-évacuations ne suffisent plus: les autres modes de crise sont devenus nécessaires; leshémorrhagies, les phlegmons, les bubons, les érysipèles viennent au secours de la nature opprimée. Quelquefois même l'excès du mal estici.la source du bien : telle irritation viscérale qui n’aurait pu être déplacée par, des évacuations ordinaires, cède complètementàune horrible superstimulationquiajoute à la superpurgation, aux sueurs excessives, des hémorrhagies alarmantes ou.de vastes inflammations extérieures terminées. par. une suppuration fort abondante. Nous citerons en preuve les pestes, les fièvresjaunes, les varioles confluentes, où l’irritation est souvent par elle-même fort intense ; enfin les cures rasoriennes, où elle le devient toujoursaccidentellement.

Malgré tout cequivient d’être dit, nousnecroyons pas encore avoir assez approfondi la question; nous devons comparer, sous le rapport des crises, les irrilations des parties extéricures aveccelles des viscèresintérieurs de premier ordre. Nousavonsditque toute irritation morbide devait se terminer ou par des convulsions ou par des évacuations ; cette assertion est-elle applicable à un phlegmon, à un érysipèle, à un arthritis, à un furoncle, à une dartre, ete.? Notre réponse ne peut être qu'affirmative ; abandonnez ces irritations à elles-mêmes, et vous verrez que, soit qu’elles se terminent, ou soit qu’elles se prolongent indéfiniment, le phénomène de l’extravasalion ne cessera jamais de s’y faire remarquer; il aura lieu , ou sous la forme de suppuration, ou sous celle de croûte, ou bien dans les interstices de l’organe,sous forme d'engorgement, d’empâtement, de concrétion, etc.; mais il aura toujours lieu : c'est-à-dire que l'évacuation ne manquera jamais auxirritations qui intéressent le système vasculaire ; tant la nature est fidèle aux lois qu’elle s’est imposées! De tous ces faits il résulte que les crises nécessilées par lesirritations vasculaires ont lieu d’après les mêmes lois, et ne diffèrent qu’en raison de la quantité de fluides qui pénètre l'organe irrité, et des rapports qui le lient avec d’autres organes. Les appareils viscéraux de premier ordre font partager leurs irrilations aux organes qui leur sont subordonnés ; souvent même ils la déchargent et la lancent tout-à-coup sur eux, de telle sorte que la crise

paraîtse faire uniquementparlavoiede ces dernicrs. , 6

Quelques organes extérieurs, quiexercent un pareil empire sur des tissus voisins, les obligent aussi de partagerleursirritalions, A Llotauclage ae faire servir à leurs crises : tels sont les yeux agissant sur les glandes lacrymales, la membrane buccale influençant les glandes salivaires. Mais dans la plus grande étendue de la peau, aux extrémités des membres, eic., où ces sortes de rapports locaux n'existent pas, les points d’irritation vasculaire opèrent seuls leurs crises, à moins qu'ils ne soient assezintenses pour porter le trouble dans les viscères; mais cette question se rallie à la proposition suivante,

Page 1