XCVI
Si l'irritation s'avance de l'extérieur à l’intérieur, ou d’un viscère vers un autre plus important, la maladie s'aggrave : ce sont les fausses crises des auteurs.
Combien de fois les médecins n’'ont-ils pas été dupes de ces fausses crises danslesaffections aiguës, lorsqu'ils faisaient usage des antiputrides, des toniques et des évacuans! Un malade paraissait débile : attribuant sa faiblesse à des humeurs putrides, on se proposait de les évacuer par des boissons purgatives; les selles étaient donc provoquées; on les entretenait pour offrir une égout perpétuel aux impuretés: le dévoiement s’établissait ; on y voyait
une crise avantageuse, que l’onsefélicitait d’avoir su provoquer, tandis que, dansle fait, cette prétendue crise n’était autre chose que la propagation de la phlogose qui gagnait le gros intestin, et achevait d’épuiser le malade ensoustrayant les matériaux nutritifs à l’absoption. D’autres fois, on croyait devoir corriger la putridité du sang, Que paraissait démon: trer la fétidité des exhalations et des excrétions, au moyen des aromatiques, des spiritueux, du camphre, du muse, du quiniquina, etc.; ou bien, en adoptant des explications plus modernes, on pensait attaquer la cause première de cette putridité en relevant les forces par ces excitans et.ces toniques. En effet, le pouls devenait plus large, plus fréquent, la peau plus colorée et plus chaude ; on se flattait d’avoir releve les forces de la vie, on se livrait à l'espérance ; mais bientôt la dyspnée ,; un délire furieux, le tremblement, les convulsions, etc., prouvaient que la prétendue restauration se réduisait à un développement consécutif de phlegmasie dans le cerveau et dans le parenchyme des poumons. Après la terminaison, les praticiens alléguaïent que la nature, soutenue par des secours appropriés, avait tenté une crise, mais que, n’ayant pas eu assez de force pour l’achever , elle avait dû succomber. |
Il est beaucoup de cas où la propagation du point primitif d'irritation, loin d'ajouter à la chaleur de Ia peaueLà la force du pouls, les diminue au contraire etaugmentela débilitédes malades; c’est ce que l’on observe lorsque l’'inflammationa traversé les orga-
es creux de l'abdomen et s'est communiquée au péritoine, lorsque le péricarde est phlogosé, etc. Alors les médecins né sont plus, comme dans les cas précedens, leurrés par un doux espoir ; ils conviennent franchement que tout effort critique a manqué, etc. Quant à nous, médecins physiologisies, ces faits doivent nous servir à confirmer ce qui a été avancé plus haut, que Chaque organe a sessympathies particulières, que le groupe de symptômes change toujours avec le point principal d'irritation , et que la théorie des crises n’est qu’une vaine chimère quand elle n’est pas rattachée à l’irritalion des organes et des appareils.
XCOVIE
Les irritations n’ont point de durée ni de marche fixes : l’une et l’autre sont déterminées par lidiosyncrasie et par l'influence des modificateurs qui agissent sur les malades.
Il est étonnant qu'après avoir observé tant d’irrégularités dans la marche des maladies, on se soit pendant si long-temps opiniâtré à vouloir assigner à la plupart d’entre elles des durées et des marches déterminées. Cela vient de ce qu'on n'avait pas établi des distinctions suffisantes, de ce qu’on voulait attribuer à plusieurs groupes de symptômes trèsdifférens sous le rapport du siége, de la cause, de l'intensité de l'irritauüon, ce qui n'appartient qu’à
(85 ) certaines/nuances de celle-ci : essayons de donner une idée de ces différences. À
Lorsqu'une érection vitale est élevée au-dessus du degré normal, c’est-à-dire du degré où la cessation de la causestimulante suffit pour la faire tomber: où bien , en d’autres termes, lorsque l'érection vitale est parvenue à un tel degré d'intensité qu'elle peut se maintenir sans le secours d’une stimulation extraordinaire, cette érection vitale se comporte différemment, suivant le tissu où elle existe, la cause qui l’a déterminée, les érections vitales que la sympathie peut développer en d’autres régions, et enfin selon l'influence des modificateurs aécidentels de l’économie.
Suwant le tissu. Si le faisceau des capillaires est très-sanguin, l'érection vitale, devenue morbide, tend à y persister et à y prendre les caractères de l’inflammation : une fois celle-ci développée } elle tend à la suppuration , et sa marche peut, à peu de chose près, être déterminée a priorr. Quelquefois l’exhalation sanguine arrive, et fait avorter l’érection. Si le tissu irrité est en même temps sanguin et nerveux, s’il est du nombre de ceux qui sympathisent activement avec des organes éliminateurs, l'érection vitale peut, selon l’idiosyncrasie et selon son propre degré, ou persister dans son premier siége et suivre la même marche que dans le cas précédent ; ou être déplacée par les irritations que ses rapportssympathiques auront faitnaître, et se comporter ensuite selon le lieu et le degré. Si l'érection vitale occupe un Ussu dur, où elle puisse difficile-
(86 ) ment prendre un développement considérable ; différentes chances auront lieu, suivant que ce Ussu sera plus ou moins sensible et nerveux : sil l’est beaucoup, la douleur, compagne inséparable de l'érection vitale, tendra toujours à développer des sympathies, et celles-ci pourront, comme dans le cas précédent , déplacer l’irritation morbide primitive : s’il l’est peu, l'érection vitale sera persistante, opiniâtre, et les effets locaux varieront d’après plusieurs causes qu'il n’est pas de notre objet d’énumérer présentement. Voilà quelques différences tirées de la nature du tissu : nous pourrions les pousser beaucoup plus loin, mais nous pensons que tous les faits peuvent se sie à à ceux que nous venons d’ indiquer : les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses et les inflammations s’y ratlachent sans aucune difficulté. Pour ceux qui douteraient des rapports de la douleur avec l’inflammation et la gangrène , nous rapporterons le ‘fait suivant, Un homme avait été amputé d’une jambe; trois ans aprèsil fait une chute sur lemoïgnon, une douleur excessive s'y manifeste ; elle pérsiste plusieurs jours, malgré les narcotiques et les révulsifs les plus énergiques. Tout-à-coup elle se transporte sur lajambe du côté opposé, etils’y développe unc phlegmasic qui passe immédiatement # la gangrène. L’amputation de cette jambe fut pratiquée et réussit parfaitement. N’est-il pas clair que, dans ce cas, il y a eu transformation de névrose en phlegmasie?Cefaitnous a étécommuniquéparun médecin qui le destine pourun ouvrage qu’il dôit publier. II
( 87 ) “est sans doute très-précieux , mais il n’est pas unique : on voit quelquefois les névralgies se convertir, loco 1pso, en des inflammations ou en des subinflammations qui ont le sort des autres affections du même genre. Une vive douleur, accidentellement développée dans un tissu nervoso-sanguin, y fait souvent naître une phlegmasie : pourquoi les douleurs sympathiques ne produiraient-elles pas le même effet ? Il n'y a qu’un fait général qui rattache tous les faits les uns aux autres, c’est l’irritation, et sans ce guide précieux, peint de théorie en médecine.
2° Suivant la cause. Les causes de nos irritations sont excessivement multipliées; nous ne pouvons donc les parcouriren ce moment. Nous ferons seulementremarquer qu'il en estungrandnombreavec lesquelles notre organisme est familiarisé, et qui, bien que capables de porter à un haut degré nos érections morbides, sont facilement domptées par d’autres Modif catèthé : mais il est certaines causes! qui n’agissent que rarement sur nos organes, et qui, quand elles les attaquent, développent toujours de vives irritations, et les font toujours naître dans les tissus en même temps les plus sanguins et les plus nerveux, c'est-à-dire les plusirritables, lesplus propresaudévéloppementd’une forteérection morbide primitive , et des érections morbides secondaires isympathiques. Telles sont les causes des phlegma- Sies aiguës, dites éruptives, de plusieurs typhus, de la fièvre jaune, etc., etc, Dans tous ces cas, lesé érections vitales marchent avec une extrême rapidité, soit
(88) dans les lieux primitivement affectés, qui sont toujours les surfaces internes des viscères et le cerveau, soit dans:les organes éliminateurs, à la tête desquels figure la peau, et quelquefois les ganglions lympbhatiques sous-cutanés. Ces érectlions vitales, nous le répétons, ont sauvent une marche fixe et qui peut être déterminée a priori. Nous ne disons rien de plusieurs causes extraordinaires plus ou moins actives d’érections vitales morbides, comme les poisons : on comprendra par l'observation jusqu’à quel point il est possible de les rapprocher de celui que nous venons de signaler.
3° Suivant les érections vitales que la sympathie peut développer en d'autres régions. Nous venons de signaler le développement de.ces sympathies dans l'énoncé de ce qui arrive à certains siéges, à certains degrés, à cerlaines causes des érections vitales morbides; il s’agit maintenant de se faire une idée de l'influence qu’elles exercent sur l’irritation primitive : elles la déplacent dans quelques cas; tels sont ceux des phlegmasies éruptives légcres, de quelques arthritis , de quelques névroses, et même de plusieurs affections glanduleuses : dans d’autres cas, elles ne parviennent même pas à l’affaiblir, et ce sont toujours ceux où elle est extrêémement.in:. tense. Alors ces sympathies ne sont que des épiphénomènes qui ajoutent, sans compensalion, à la souffrance des:malades. Reportez-vous à ce que nous avons dit des métastases, des crises, etc. On sent combien doivent varier la marche et la durée des groupes de symptômes dans les diverses cir-
conslances que nous venons d'indiquer : aussinous garderons-nous de nous y trop arrêter. br
4° Suivant l'influence des modificateurs accidentels de l'économie. La solution de cette question est préparée par celle de la précédente; car, en influençant la marche d’une érection vitale morbide, les modificateurs que nousindiquons ne font jamais autre chose que provoquer de nouvelles érections, qui agissent révulsivement sur la première, ou agir immédiatement sur chacune parles moyens qui sont propres, soit à soustraire les causes locales de stimulation, soit à en ajouter de nouvelles. Mais le développement de ces faits nous jetterait prématurément dans les détails de la thérapeutique
XCVIIT. (|
-L'irritation tend à se propager par similitude de tissu et de système HER : c'est ce qui constitue Îcs diathèses; cependant elle passe quelqu efois dans des tissus tout différens deceux où elle a pris naissance, et plus souvent dans les maladies aiguës que GER les chroniques.
Le mot diathèse a reçu plusieurs acceptions en médecine ; on a dit diathèse inflammatoire, pour désigner une disposition à linflammation qui se manifeste par l'extrême facilité avec laquelle les excilations les plus légères déterminent l’appari- Uon de ce phénomène, soit à la peau, sous forme
de furoncle, d'érysipèle, soit dans les membranes
muqueuses ; soit même dans le tissu cellulaire.
Cette disposition est ordinairement produite par
l’action des excitans; on l’observe chez ceux qui
ont fait abus des alimens substanciels, des épices,
des boissons fermentées, et qui sont dans un état
pléthorique ; chez les jeunes sujets irritables et san-
guins qui se trouvent exposés à l'influence insolite
de la chaleur atmosphérique, lorsqu'ils vont habiter un pays plus chaud que le leur. Dans tous ces cas,
la surirritation commence par s’établir dan sl'appareil muqueux du canal digestif, dans le cœur,
dans l’encéphale, d’où elle fait facilement explo-
sion sur les organes extérieurs et sur les viscères
de second ordre , comme les voies urinaires, etc.,
où l’appelle une stimulation accidentelle. Nous
n'avons pas placé le poumon au nombre des tis-
sus prédisposés à l’inflimmation par l'influence
d’une chaleur inaccoutumée , parceque ordinairement il ne l’est pas: l’appel fait à l’extérieur le
préserve de la surirritation, et peut même l'en délivrer si son tissu n’a pas encore éprouvé d’allé-
ration; car, dans ce dernier cas, la chaleur précipitcrait sa destruction. Cette manière d’être de
l’économie se rapporte à la dathèse inflammatoire de Cullen, admise par Brown, son disciple, et par les sectateurs de ce dernier, qui lui ont donné beaucoup d’extension. (Voyez ce que nous avons. dità ce sujet dans le commentaire de la proposition LXXIT.) |
- Cette disposition “persiste ordinairement pen-
| . C9r) dant toute la durée des phlegmasies aiguës : des grands wiscères; on l’observe également dans les inflammations de l’appareil locomoteur, tant aiguës que chroniques : de là les diathèses rhumatismales et goutteuses, qui sont caractérisées par la tendance que présentent les articulafions à contracter l’irritation , quelle‘que puisse: être la cause qui l’ait développée dans l’une d’entre elles. Les phlegmasies cutanées chroniques, qui revêtent si souvent la forme subinflammatoire ; les ganglionites, qui la présentent presque toujours, fournissent autant d'exemples de ces diathèses, que lon attribuait jadis à des humeurs spéciales , à des acrimonies, et que depuis on a désignées par les mots 2ices, principes morbides ou morbifiques, parcequ'on n'osait plus les attribuer à des humeurs dépravées. Cependant, comme les mots vices , principes, diathèses, ne contiennent point l'idée de la nature du mal, puisqu'ils ne font, qu’exprimer le fait même de son existence, ‘on devait nécessairement désirer une expression générique, fondée sur quelque chose de positif, et celle d’irfilation nous paraît aujourd’hui la seule qu'on puisse admettre sans hypothèse. D'abord cette expression donne l’idée de la modification physiologique, erisuite elle yajoute celle de la cause; enfin élle suggère celle des remèdes, ce qui complète lés notions sur la nature de: la maladie: avantage précieux que ne présenteraient pointlesexpressions admises jusqu'à nos jours. Toutefois cette expression ne suffit pas, si l’on n’y.ajoute un autre mot ;
car il faut encore donner une idée de la marche de cesirritalions. Le mot propagatrice nous paraît trop général; car quelle est Pirritation qui ne tend pas à se propager? Nous préférons celui de diathesique, comme présentant l'idée d’une disposition particulière de l’économie, dans laquelle plusieurs affections de même espèce se manifestent dans des endroits différéns.
Les rritalions diathésiques seront donc désormais pour nous celles qui, développées sous l'influence d’une cause irritante, tendent à se répéter, en d’autres régions du corps, dans des tissus et des systèmes organiques analogues à ceux qui en ont d’abord été affectés: Toutefois cette définition n'exclut nullement la possibilité de la propagation à d’autres tissus ou à d’autres systèmes, parceque la proposition générale qui porte que l'irritation peut parcourir le corps dans tous les sens précède celle-ci, comme embrassant un plus grand nombre de faits, et la contient elle-même comme une de ses modifications.
X CIX. té. à
Lorsque l'irritation accumule le sang dans un tissu avec tumeur, rougeur et chaleur extraordinaires et capables de désorganiser la partie irritée, on lui donne le nom d’inflammaillon.
Les propositions précédemment émises embras-
{S) sent tousiles genres d’irritation : celle-ci n’est relative qu'à l’une d’entre elles, l'inflammation: Le mot irritation reçoit dans le langage physiologique deux acceptions qu’il est bon de distinguer.
Ce mot est employé pour représenter en action là
cause qui produit les maladies irritatives ; c’est toujours un agent stimulateur, comme nous l’a- vons prouvé plus haut, qui, mis en rapport avec les tissus, exagère l’action vitale, soit dans le lieu qu'il touche, soit dans un autre qui sympathise avec lui. Cette action morbifique des agens stimulateurs est souvent appelée irritation; maisle mot de stimulation convient mieux, ét nous pensons qu'il importe de l’adopter , et qu’il faut réserver celui d’érritation pour représenser l’état morbide produit par les stimulans. Or, c’est dans le second sens que ce mot est employé dans la proposition. On sait que nous avons distingué quatre espèces d'irritations morbides, l’inflammation et l’hémorrhagie, qui ont les plus grands rapports entre elles, la subinflammation et la névrose: chacune d'elles doit être traitée séparément. La première, ou l’inflammation -dont il s’agit présentement, est assez caractérisée par les phénomènes énumérés dans la proposition; mais ne faut-il pas, à cette occasion, répondre aux objections de certains critiques ? &Sävez-vous, nous disent-ils , quelle est la naturé » intime de l’inflammation? » Nous savons qu’elleest un des produits dé la stimulation; que pendant sa durée Le sang est attiré dans le lieu qu'elle occupe ; que la température y est augmentée ; que la sen-
ès ee”
sibilité y est exaltée; que l’organisation de :son tissu est menacée ; que lasousträction du sang, celle du calorique; et certains agens que nous nommons antiphlogistiques, ia détruisent. Sans doute il serait fort à désirer que ces derniers fussent plus nombreux:et plus efficaces; mais enfin, tels qu'ils sont, ils suffisent pour nous attester que cet état de l’économie, que nous nommons inflammation, est un mode d’irritation de notre économie; et certes 4] n'est aucune de ces notions qui s'oppose à ce que nous poussions plus loin nos recherches, où qui tende à nous égarer et à nous éloigner de la bonne direction. En effet, l'inflammation est l’irritation d’un tissu ; de là l’idée d'appliquer à ce tissu les modificateurs sédatifs, et celle de provoquer une autre irritation par des modificateurs stimulans ,
däns une partie où l’inflammation comporte moins
de danger: l’inflammation est avec congestion sanguine; de là l’idée de soustraire le sang de la partie enflammée. Voilà ce qui constitue pour nous la nature de l’inflammation; mais nous n’avons ni ne pouvons avoir la prétention d'expliquer pourquoi les stimulans sont stimulans, pourquoi la stimulation produit tantôt l’inflammation, tantôt un autre mode d'irritation. Autant vaudrait demander pourquoi notre organisation est telle que nous l’observons. | | Quoique la réunion des quatre phénomènes indiqués (tumeur, rougeur, chaleur et douleur) soit nécessaire pour caractériser l’inflammation , toutefois il n’y en à que deux qui lui soient propres:
ce sont la rougeur et la chaleur; la tumeur et la douleur lui sont communes avec plusieurs autres affections. Or, comme le sang est la source des deux phénomènes propres, il est clair qu'ils offriront, sous le rapport de leur intensité , des difz férences correspondantes à la quantité du sang qui pénètre dans chaque organe: par conséquent, plus les tissus seront naturellement sanguins, plus les deux phénomènes y seront prononcés. De là une série de nuances d'inflammation, depuis la plusintense jusqu’à celle qui l’est le moins, et la fusion de cette dernière dans la subinflammation. C’est ce que Bichat avait senti et ce qu'il fitsoutenir dans une thèse à l’un de ses élèves, Un des grand vices de l’ancienne école, c’est d’avoir toujours pris pour type de inflation celle du plus] haut degré ou le phlegmon. Mais on a tellement insisté sur lesconséquences de cette erreur, dans l’£xamen des doctrines médicales ; qu’il nous suffit aujourd'hui de la rappeler:
La douleur locale n’est pas inséparable de linflammation, même intense. |
| Les “parties où les vaisseaux sanguins se déve- | loppent avec le plus de liberté dans l’inflammation ne sont pas toujours celles où la douleur est le plus
intense ; l'aptitude plus ou moins grande d’une
(96 ) partie à-la douleur dépend de la disposition des
nerfs. Deux sortes de tissus sont très-propres à
faire sentir de la douleur, la peau et les membranes séreuses. Les inflammations cutanées sont donc toujours très-douloureuses, el c'est uniquement le voisinage de cette enveloppe qui rend les phlegmons sous-cutanés beaucoup plus douloureux que ceux qui sont silués dans la profondeur des organes. Même observation à faire par rapport aux membranes séreuses; leurs phlegmasies aiguës sont accompagnées de vives douleurs, et celles des tissus capillaires sanguins , cellulaires ou parenchy-
mateux qui sont placés derrière elles ne causent de
fortes douleurs qu'autant que ces membranes y participent. Examinez eneffet les phlegmasies pulmonaires: sont-elles bornées au parenchyme, la sensibilité peut y être tellement obscure que la maladie soit entièrement méconnue: se propagent-clles jusqu'à la plèvre, la douleur s’y développe avec tant d’acuilé que personne ne peut douter du siége de l'inflammation. Il en est ainsi du cerveau, dufoie, de la rate, considérés dans leurs rapports avec les membranes séreuses qui les enveloppent. Après avoir fait ces remarques, vous pouvez parcourir les anciens auleurs, el vous vous convaincrez que les phlegmasies aigués de la peau, les phlegmons souscutanés , les pleuro-péripneumonies, lesarachnites, les inflammations phlegmoneuses del abdomenintéressant le péritoine, ont toujours fourni letyped’a-. près lequel ils se br oll une idée de l’inflammation. C’est de là quesont dérivésles quatre caractères
encore généralement admis de nos jours. Mais toutes les fois que la douleur et la tuméfaction cessaient
‘être perceptibles aux sens dans le foyer de l'inflammation, la maladie était méconnue. Or, les médecins physiologistes savent désormais combien ces cas sont multipliés; ils font l’objet des propositions suivantes.
La douleur locale de l’inflammation offre beaucoup de variétés, qui sont subordonnées au mode de sensibilité de la partie et au degré de celle de l'individu.