‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 27 sur 50 · Path · texte numérisé non relu

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de la gastro-entérite, Il en éiait de même pour les histoires de la phthisie vésicale, dé larénale, de l’hépatique. Ceux qui décrivaient la marche et la terminaison des grandes plaies de l'extérieur du corps; des fractures compliquées, etc. nous parlaient de fièvres hectiques, de toux, de dévoiemens colliquatifs. comine d'autant d’attributs de la maladie externe. La médecine physiologique a donné le fil de ce dédale ténébreux, en enseignant que, dans tous ces cas, l’irritation s’avance, à la faveur des sympathies, de l’extérieur à l’intérieur, des organes secondaires à ceux de premier ordre, et que la mort ne peut avoir lieu que lorsque l A ANNEES a porté des atteintes profondes à ces derniers. Cette doctrine a démoniré que, les irritations secondaires des principaux viscères ne diffèrent en rien de leurs irritations primitives , et c’est ainsi qu'elle a simplifié la séméiotique et fourni de solides bases à la thérapeutique. Mais si les organes extérieurs et ceux d’ une importance moyenne ne peuvent souffrir long-temps sans que l’irritation se communique aux grands viscères, à plus forte raison ceux-ci doivent-ils se la transraettre réciproquement. C'est ainsi que la pneumonie chronique, qui semble agiter le cœur sans intéresser les voies gastriques n1 le cerveau, les irrite cependant d’une : manière non interrompue , et finit, quand elle n’est pas arrêtée dans sa: marche , par y développer des phlegmasies consécutives , qui sont toujours le signal de la destruction. Tels sont les faits qu'intlique la proposition CXVI, et nous pensons qu'il est inuüle d'y insister plus long-temps.

Si lirritation excitée par sympathie dans l'estomac et le cerveau, au lieu de diminuer, devient plus intense que celle du foyer dont elle dépend ; c’est le cas des propositions SUT les métastases. ( Voyez CIT et suivans. )

Nous pourrions en effet nous contenter de ce renvoi; mais puisque nous voilà sur la question du déplacement de l’irritation et de sa prédominance successive sur divers organes , nous parlerons de la fièvre dite traumatique. Long-temps, et même jusqu'à nos jours, cette fièvre fut regardée comme un phénomène et un effet nécessaires des plaies d’une certaine étendue. En l’année 1814, nous enseignàmes qu'elle dépendait d’une gastro-entérite provoquée par l'influence de la phlegmasie extérieure, qui se développe dans la solution de continuité. Depuis cette époque, un de nos premiers élèves, M. le docteur Treille, a consigné cette même assertion dans les #nnales; et pour en démontrer toute la vérité, il a rapporté sept observations d’amputations de membres ou de mamelles, qu'il a conduites à la cicatrisation complète, sans que les opérés aient éprouvé de mouvement fébrile. Ces faits ont d’abord frappé bien des personnes , mais ils ont été négligés par ceux qui nese p iquent pas de suivre les progrès de

la science. Nous avons continué de répéter, dans notre enseignement, qu’on peut, en circonscrivant l’inflammation dans les limites de la plaie, prévenir presque toujours la fièvre traumatique. D’autres élèves de la doctrine ont proclamé cette vérité : elle est devenue un des axioines fondamentaux de la chirurgie française, etil n’y a plus que les immobiles qui soutiennent aujourd’hui que cette fièvre est un phénomène nécessaire , une maladie, comme ils disent , toute chirurgicale. Nous prouvâmes également que les chirurgiens commetlaient une erreur grossière, en attribuant les fièvres bilieuses , putrides, malignes, à un principe humoral indépendant de la lésion externe : nous fimes voir que ces fièvres ne sont autre chose que la fièvre traumatique elle-même devenue plus interne, soit à raison de la prédisposition du sujet, soit à cause du mauvais traitement. Nos conséquences furent, qu’en calmant cette dernière, on pouvait les prévenir et s'opposer à ces épidémies désasireuses qui détruisent tant de blessés dans les hôpitaux militaires à la suite des grandes batailles , et dans tous les cas où les chirurgiens ont été obligés de pratiquer beaucoup d'opérations. L'expérience a désormais justifié toutes ces asserlions, dont la substance se irouve dans la proposition que nous venons de développer. |

GX VIIL.

L'inflammation de l’encéphale entraine toujours celle des voies digestives , et quel-

( 149 ) quefois celle de leurs annexes : c’est une sÿm= pathie CBAAIqUE,

L’atiention des lecteurs est appelée maintenant sur les phlegmasies de l’encéphale en particulier. [ei se trouve comprise la grande question des dépôts du foie à la suite des plaies de tête. Ces dépôts, véritables phlegmons , ont été attribués à diverses causes : on a successivement accusé, une sympathie toute particulière du cerveau avec les organes sécréteurs de la bile , la difficulté du retour du sang des veines hépatiques au cœur, produite par la commotion du cerveau, qui diminue [a fréquence des pulsations de cet organe , enfin la commotion du foie lui-même; car, disait-on, les hépatites ne s’observent que chez les malades qui ont fait des chutes à l'instant de la commotion, et qui, par conséquent, ont pu éprouver une contusion dans la région du foie. Cette prétendue preuve tombe d'elle-même devant les faits qui déposent que des malades qui ont été frappés au crâne, étant assis ou couchés, n'ont pas laissé d’être attaqués d’hépatites avec collection purulente. La doctrine physiologique tranche la difficulté, en faisant voir, par des observations répétées, que les inflammations du cerveau un peu intenses développent, chez tous les malades, de l'irritaiion dans la membrane muqueuse de l’estomac , et que cette irritation se répète nécessairement dans le foie, d’où résulte une super-sécrétion de bile. La conclusion naturelle de ces faits est nécessairement que chez certains individus, et ce sont

150 )toujours les moins nombreux, l’ifritation du foie. peut s'élever jusqu'au degré du phlegmon. Reste à savoir pourquoi la phlegmasie traumaüque du cerveau est, plus souvent que la spontanée, la | cause mbestice des hépatites purulentes ;: mais si l'on réfléchit que les encéphalites non traumatiques déterminent quelquefois ces dernières, comme nous l'avons vérifié plus d’une fois, et que toujours dans ces cas, comme dans ceux de ie du cerveau, la gastrite précède l'hépatite, on sentira que cette difficulié ne détruit pas le fait de la transmission d’irritaon de l’encéphale aux voies gastriques , et de celles-ci au foie; on sentira surtout, et c’est le point le plus important, que notre explication fournit les meilleurs moyens de prévenir ces abcès si redoutés, en attaquant l'inflammation, non pas seulement, comme on le faisait autrefois, par des saignées oénérales, mais par des saignées locales pratiquées sur |’ appareil de la digestion, dès le moment où l’on aperçoit les premiers signes de l'irritation communiquée.

L’inflammation de lencéphale est plus souvent l'effet sympathique des inflammations de l'estomac que leur cause.

En effet, la plupart des phlegmasies de l’encéphale sont précédées ei provoquées par la gasirite,

CL) ainsi qu’on peut l’'observer en suivant depuis le commencement jusqu’à la fin la marche des fièvres aiguës qui prennent la tournure ataxique. Les cas où l’inflammation se développe dans le cerveau , sans avoir été précédée d’une gastrite, sont, pour l’ordinaire, les suivans : lorsque la tête a été contuse ou blessée ; lorsque la tête a été exposée à l'influence

. d’une forte chaleur: lorsqu' une inflammation intense

règne dans le voisinage du cerveau, par exemple,

sur les tégumens du crâne, à la face , dans les parotides ; lorsque les malades ont éprouvé des affecions morales et qu'ils se sont livrés à des travaux intellectuels trop forts et trop prolongés. Cependant il est assez ordinaire que ces différentes causes, à l'exception toutefois des traumatiques, sers en même temps sur les voies gastriques, et même les enflamment avant de produire les encéphalites. C’est ainsi que les érysipèles de la face, les parotides , les' affections morales, ira ests les digestions et rougissent la lang avant que l'irritation concomitante du cerveau soitportée au degré de l'inflammation , quoique cet organe soit lui-même l'intermédiaire entre les parties primitivement affectées’et l’estomac, entre les sens externes qui ont fourni les matériaux de l'affection morale et cemême estomac ; ce qui veut dire que, quoique irrité par l’érection vitale morbide d’un autre’ organe, le cerveau a souvent besoin de‘sentir la réaction de la gastrite, que lui-même provoque, pour parvenir jusqu’au degré d'irritation qui correspond à l'inflammation. Tant il est vrai que le tissu du cerveau est un de

ceux qui répugnent le plus à la véritable inflammation ! tant est grande, sur le centre de relation, l'influence de l'organe qui lui fait percevoir l’impérieux besoin de la nutrition !

La congestion sanguine de l'estomac dans l'ivresse, dans les typhus, dans les fièvres mali moris, etc. , se répète nécessairement dans Île cerveau, y compris ses membranes.

La correspondance entre la membrane muqueuse de l'estomac et le cerveau est telle que les modifications de cette membrane paraissent être celles du, cerveau lui-même. Tout ce qui refroidit l’estomac diminue l'excitation du cerveau, et vice versä. Or, comme ce viscère réagit avec la même promptitude sur les nerfs des membres, le bien-être et le malêtre que l’on croitressentir dans tout le corps, semblent partir immédiatement du ventricule. C’est l’extrème promptitude de ces rapports sympathiques qui à trompé si long-temps les médecins sur la yéritable manière d'agir des ingesta : elle leur a fait oublier que les médicamens ne peuvent agir sur les différentes régions du corps qu’en modifiant l’estomac. C’est ainsi qu'on a long-temps oublié l’influence de lalcool sur ce viscère, pour ne penser qu’à l'impression qu il fait sur le cerveau et sur les nerfs.

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La même erreur était commise relativement aux antispasmodiques. Cependant il suffit d’y regarder de près pendant quelques instans pour s’assurer que si la langue , les yeux, la face, rougissent dans l'ivresse, c'est parce que la surface interne de l’estomac a d’abord éprouvé la même modification; pour sentir que l'engorgement sanguin du cerveau, qui se manifeste par la douleur et le sentiment de plénitude de la tête, par la pesanteur des membres, par le balbutiement, par la tendance au sommeil, sont l'effet de l’engorgement de l’estomac. Peut-on méconnaître une semblable modification à la suite de l ingestion de !” opium ; et n'est-il pas certain que la turgescence sanguine du ventricule est partagée par lex cœur et par tout le système artériel-et veineux ? Un officier, accoutumé à prendre chaque jour jusqu’à deux gros d'opium pour remédier à un malaise qu il croyait nerveux, succomba à l' hôpital du Valde-Grâce, en septembre 1825, L'ouverture de son corps fit découvrir une gasirite d’un rouge foncé ou brunâtre, avec un développement prodigieux de tous les vaisseaux épigasiriques. On trouva la membrane interne des cavités du cœur d’un rouge trèsvif, celle des veines pulmonaires brunâtre, et dans l'aorte différentes nuances de phlegmasie, depuis le rouge vif jusqu'à la couleur noire, avec des ulcérations multipliées et d’une étendue très-variable. Voici de quelle manière il faut expliquer £ette espèce de stupeur, cet état imitant l'ivresse que l’on rencontre dans les gastro-entérites aiguës du plus haut degré et dans les typhus miasmatiques : la muqueuse

Le 2”

de l'estomac irrité s’engorge d’abord; le cerveau limite aussitôt : il n’est donc pas surprenant que ce viscère éprouve une véritable inflammation, si l’art ou la nature ne viennent à bout de détruire l’irritaüôn en l’épuisant par les saignées et par les autres moyens sédatifs, ou bien en la déplaçant par une heureuse révulsion. |

CGAXT.

L’inflammation de l’encéphale excite des phénomènes nerveux qu'on 2) pris souvent pour essentiels.

Jadis les phénomènes nerveux, tels que le délire, les convulsions, les sensations extraordinaires, n’élaïent attribués à l’inflammation du cerveau que dans les cas où ils étaient accompagnés de douleurs de tête, d'une vive rougeur de la face et de pulsations violentes des artères de la tête. Ces conditions manquant, on attribuait les symptômes dits nerveux, tantôt à une modification inappréciable du cerveau, tantôt à celle des troncs et des branches des nerfs : on commettait ces erreurs dans les maladies chroniques aussi bien que dans les aiguës. Dans cellesci, l’on attribuait souvent la nervosité au caractère perfide, malin de la fièvre, parceque tel individu que l’on avait cru attaqué d’inflammation du cerveau ne présentait à l’ouverture aucune trace de suppuration dans ce viscère. Dans les affections

( F05ÿ) chroniques , qui offrent encore plus rarement une véritable. suppuralion , l’incertitude et le vague étaient encore portés plus loin : on avait fait autant d’entités morbides que les symptômes nerveux pouvaient présenter de formes. C'est ainsi que l’on avait les entités céphalalgies, migraine, vertiges , stupeur, folie, convulsions , tétanos, catalepsie, coup de sang , apoplexie, etc., etc. ; etchacune d’elles semble être d’une nature toute particulière. Les médecins physiologistes ont détruit pour jamais tous ces êtres fantastiques, en démontrant qu’ils ne sont que des effets divers d'un phénomène toujours identique, lirritation du cerveau ou de la moelle épinière, et que cette irritation peut quelquefois s'élever au degré qui correspond à l’inflammation. Il en est des individus, sous le rapport du cerveau, comme sous celui des autres organes : tel sujet peut éprouver des phénomènes nerveux irès-alarmans, quoiqu'il n’ait qu'une irritation médiocre dans l’encéphale ; tel autre ne sera presque pas stimulé dans ses fonctions de rapport et ne présentera que des symptômes nérveux à peine sensibles, quoique chez lui le cerveau ou ses membranes soient vraiment dans cet état qui conduit à la suppuration. Quels qu'aient été les symptômes correspondant à l'irritation et à la congestion, lorsqu'il en sera résulté suppuration, ramoilissement ou hémorrhagie, la stupeur, l’idiotisme ou la paralysie, et enfin l’apoplexie, deviendrontle signal de l’aliération organique; tandis que, dans d’autres cas, ces symptômes ne correspondront qu'à un engorgement sans dérangement d'organisation , et

pourront se dissiper par un traitement approprié. Tels sont les faits, aujourd’hui bien constatés, qui ont servi de base à la proposition qui nous occupe. Mais remarquez qu'en disant que l’inflammation de l’encéphale peut exciter souvent des phénomènes nerveux qu on a pris pour essentiels, elle n'avance pas que ces phénomènes soient des signes constans de l’inflammation de cet appareil.

CXXIL og

Toutes les irritations de l’encéphale qui se prolongent jusqu'à la mort finissent par l’inflammation ou l’hémorrhagie; telles sont l’épilepsie, la catalepsie et les contentions d'esprit portées à l'excès, etc.

Il ne s’agit ici que des irritations de l’encéphale qui sont les maladies principales et qui donnent elles-mêmes la mort; car il est évident qu’un sujet affecté d’une irritation chronique du cerveau peut succomber par l'affection d’un autre viscère, avant que celle du cerveau soit parvenue à son dernier terme. Mais il est toujours certain que celle-ci tend à la désorganisation, et que, si rien ne l’entrave dans sa marche, elle y parviendra. Cette proposilion nous paraît réclamer la correction suivante : « Toutes les irritations de l’encéphale qui se pro- » longent finissent par l’inflammation, la subinflam-

(197) » mation ou l’hémorrhagie, lorsque leur marche » n’est interrompue ni par l'art ni par l'affection » d’un autre organe; et, dans ces cas, elles se ter- » minent toujours par la mort ; telles sont, etc. »

CXXIIT.

La manie suppose toujours une irritation du.cerveau. Cette irritation peut y être en= tretenue long-temps par une autre inflammation, et disparaître avec elle; mais si elle se prolonge, elle finit toujours par se convertir en une véritable encéphalite, soit parenchymateuse, soit membraneuse.

C’est pour n'avoir pas trouvé constamment de la suppuration dans le cerveau ou dans ses membranes que les médecins ont hésité si long-temps à rapporter la folie à sa véritable cause. La médecine physiologique pouvait seule rectifier les idées sur ce point, en faisant voir qu'un organe peut souffrir pendant long- temps un haut He d'irritalion sans fournir une sécrétion purulente ; ou bien, en d’autres termes, que la suppuration n'est qu'un des nombreux modes de l’irritation des organes. Nous ne rappellerons pas ici tous les faits d'anatomie pathologique qui établissent cette vérité; nous nous contenterons d’en faire l'application au cerveau dans ‘la maladie dont il s’agit.

Centre de toutes les stimulations que recoit l'économie , le cerveau peut contracter l'irtätiod sous forme aiguë ou sous forme chronique ; celle-ci peut prédominer dans les différentes régions de ce viscère. L'opinion de plusieurs médecins est aujourd’hui que l’inflammation de la périphérie, dans la partie supérieure des hémisphères, est la cause de la ‘folie. Mais cette inflammation peut y exister plus ou moins forte, plus ou moins aiguë. Dans son plus haut degré, lorsqu'elle est accompagnée d’une fièvre violente, cette phlegmasie ne reçoit point le nom de folie. Les médecins dont il s’agit ne veulent donner ce nom qu'à l’arachnitis chronique. Mais en supposant que le délire füt un signe constant de cette phlegmasie, ce que nous n’accordons pas, quelle est la différence entre le délire d’une fièvre aiguë et celui qui, sans être accompagné de fièvre , se montre avec différens symptômes d’excilation dans les fonctions de relation et dans celles qui président plus particulièrement à la nutrition? Cette différence n’est que celle du degré. Dans l’une et dans l’autre nuance, la suppuration peut exister où manquer à la surface de l’arachnoïde et dans la pie-mère ; dans l’une et l’autre, lirritation existe simultanément dans la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins grêles ; enfin, dans lun et l’autre cas, le malade peut succomber, tantôt par les effets de lirritation du cerveau, et tantôt par ceux de la gastro-entérite, sans parlet ue complications qui peuvent survenir, c'est-à-dire du développement de l fa fitattô dans un autre organe. La Li différence en-

tre le délire que l’on ne qualifie pas de folie et celui qui reçoit ce titre, se tire de la durée de l’irritation de l’encéphale. Est-elle aiguë et terminée soit par la guérison, soit par la mort, la maladie ne prend pas le nom de folie : est-elle chronique, la maladie reçoit et conserve cette qualification. La manie des auteurs n’est donc, dans le fait, qu’une irritation permanente du cerveau avec délire.

C'est fort bien , et la différence serait assez tranchée pour servir de base aux nosologistes , si l'irritation chronique du cerveau produisait toujours le délire; mais combien il s’en faut que ce résultat soit constant! Nous avons vu plusieurs fois, et dernièrement encore sur un malade qui nous était cher, l’arachnitis persévérer fort long- temps , et causer la mort sans que le délire eût existé. Au lieu de cette exaltation mentale qui constitue le délire maniaque, selon les auteurs, on n’observe souvent que des céphalaloies plus ou moins obtuses, la difficulté de la progression, l'embarras des idées, l’affaiblissement et la perte de la mémoire, Her l’anéantissement graduel des facultés intellectuelles et locomoirices. Où donc seraient, si l'on partait du principe de ceux qui veulent que la manie soit une phleomasie chronique de l’arachnoïde , les caractères anatomiques de cette maladie? Pour nous, notre opinion est que l'irritation chronique de l’encéphale étant donnée , il en résulte chez les uns des symptômes qui correspondent à la manie ou à la folie des auteurs , et chez les autres un mode de lésion des facultés de relation, qui consiste plutôt dans l’affai-

( 160 ) Lliseertentt que dans l’exaltation ; et cette difiééuice nous paraît entièrement Hbbslermée au degré de l'irritation et à l'idiosyncrasie, c’est-à-dire au mode particulier de l'irritabilité et de la sensibilité des sujets.

Mais est-il bien certain que le délire maniaque ne tienne qu'à l'irritation de la périphérie du cerveau ? On peut au moins en douter lorsque les autopsies de quelques fous ne manifestent pas plus d’altération dans cette partie que dans les autres régions de |’ encéphale. Le délire, soit aigu, soit chronique, tient à un mode vicieux de l’irritabilité du cerveau, et ce mode peut dépendre , tantôt de l’irritation de la périphérie, à laquelle les membranes participent plus ou moins tantôt de celle d’une autre partie. On trouve des folies par suite d'épilepstes, de paralysies, d’apoplexies, qui ne présentent, après la mort, que des désordres partiels, relécués dans un point des hémisphères ; d’autres fois, là folie est entretenue par une gastrite chronique, par une métrite, et dure autant que ces maladies. La folie est quelquefois le résultat d'une contrariété, d’une affection morale , qui, dans ce cas comme dans celui où elle dépend d'un autre viscère, a exalté et dépravé l'irritabilité du cerveau, sans produire une congestion permanente. S'il en était auirement, ia verrait-on se dissiper par une autre affection cal ou par une commotion du crâne? Un médecin, dont la candeur et la véracité nous sont connues, nous a raconté qu'une femme, dont les règles étaient supprimées , ayant pris la résolution de se noyer, se rendit

( 161 ) auprès de Saint-Cloud pour exécuter ce projet. Comme elle était sur le point de se précipiter dans la rivière, l’éruption menstruelle se fit avec impétuosité ; aussitôt les idées funèbres qui assiégeaient son esprit se dissipent , et cette femme s’en retourne chez elle remplie de joie et d'espérance. Un homme était fou depuis plus d’une année ; rien ne pouvait le sortir de l'espèce de stupidité où il était plongé. Se trouvant à la campagne, il entendit le bruit que faisaient des voleurs qui s'étaient introduits dans la maison , et les cris de son frère, qu'ils étaient sur le point d’assassiner : à l’instant même sa folie disparaît, 1l court au secours de son frère , et depuis lors sa raison n’a plus souffert aucun dérangement. On pourrait multiplier les exemples de ces sortes de guérisons , y joindre ceux des folies intermittentes, de celles que suspendent pendant quelques heures des impressions morales accidentelles. Î] en résulte, selon nous, que l'irritation cérébrale qui produit la folie peut être mobile ou permanente ; que lorsqu’elle est mobile, elle peut se reproduire un grand nombre de fois sans occasioner ni suppuration ni épaississement remarquable, et surtout qu’elle ne consiste pas uniquement dans une inflammation désorganisatrice de la membrane séreuse du cerveau. Que l'inflanimation de ce viscère et de ses membranes existe quelquefois, et même souvent, ce fait est hors de doute ; mais qu'elle ait constamment lieu et qu’on puisse lui assigner un siége toujours le même, c’est ce que nous osons nier avec la certitude d’obtenir l'assentiment de tous les médecins qu’une longue 1, Path. T1

( 162 ) pratique à rendus tompétens LE prononcer en pareille matière."

« Mais, nous répondront ceux qui n’ont pas assez réfléchi, vous abandonnez donc votre théorie favorite P N’avéz-vous pas dit ailleurs que le délire des maniaques ne différait de celui des personnes attaquées d’encéphalite aiguë que par le degré ? » Oui céries , nous lavons dit, et nous le répétons encore : le délire est joujours pour nous la preuve d'une ir:itation de l’encéphale , el nous avons prouvé tout récemment, en dissertant sur diverses propositions , que toutes les érections vitales morbides capables d’agiter le cœur et de réveiller des sympathies, én agissant sur les principaux organes, sont dés nuances de linflammation ; maïs nous avons dit aussi que toutés les inflammations ne produisent pas la suppuration, etc., etc. Or l'espèce d’inflammation qui donne lieu aux symptômes de la folie peut offrir toutes ces variétés : dans son début, elle excite le cœur et l’appareil musculaire; elle exalte le phénomène de la colorification; elle dénature plusieurs sécrétions ; elle produit des concentrations d’action dans certains organes, aux dépens de la vitalité de plusieurs autres ; et l'estomac, quand il n’en est pas la cause première, reçoit toujours de cette nuance de phlegmasie une‘influence irritative des plus prononcées. Si plus tard ces phénomènes disparaissent, sans que la raison se rétablisse, la modification du cerveau qui les avait fait naître’ n'a point changé de nature : c’est toujours une érection vitale morbide ; elle entretient constamment quelques phénomènes

d'irritation, et, à certaines époques, on la voit recouvrer son activité première et provoquer de nouveau les irritations sympathiques de son début; mais elle peut , malgré cette extrême activité, n'être pas assez intense pour produire des désorganisations appréciables, et se borner àune congestion sanguine plus ou moins considérable, conséquence inévitable des érections vitales long-temps répétées. Les expansions nervoso-sanguines des membranes de rapport en fournissent des preuves assez : multipliées.

S'il est vrai que l'irritabilité et la sensibilité se dépravent dans la peau, dans les organes des sens externes, dans ces mêmes surfaces muqueuses yiscérales que nous avons prouvé être des ‘ens internes, et dans les appareils sécréteurs associés aux fonctions de ces membranes, sans que lirritation qui les occupe ait une tendance quelconque à la suppuralion, sans qu'elle produise des désorganisations appréciables ; si les muscles peuvent coniracter une mobilité convulsive qui ne permet plus à la volonté de les diriger au gré du principe intelligent, sans que leurs nerfs soient suppurés ni désorganisés, nous ne voyons pas pourquoi la portion de la substance cérébrale qui préside aux phénomènes intellectuels ne serait pas susceptible d’un pareil mode de lésion; pourquoi elle ne pourrait Pas après la mort, n’offrir d'autre changement qu une injection sanguine , ou même n'en laisser voir aucune irace, lorsqu'une irritation nouvelle aurait attiré le sang

vers un aulre organe quelque HE avant la mort. 11,

( 164) | | Ces sortes de décolorations des vieux foyers de phlegmasie, par de nouveaux points d’irritation, ne sont point une chose rare en anatomie pathologique : il n’est pas un seul cadavre qui n’en offre plusieurs exemples à la suite des maladies de longue durée. On peut conclure, ce nous semble, de ce qui vient d’être dit, et de plusieurs autres faits que nous n’avons point relatés, qu'un excès de mobilité dans les appareils nerveux encéphaliques peut produire le délire, comme le défaut de cette mobilité devient quelquefois la cause de la stupeur et de l'idiotie ; que cette mobilité peut tenir à l'affection du tout et d'une ou plusieurs régions de cet appareil; que cette mobilité peut avoir également sa cause provocatrice dans l’encéphale et dans les viscères qui correspondent le plus étroitement avec lui; que, dans ces cas, comme dans ceux où la cause est fixée dans le cerveau, l'irritation peut, chez les uns , tendre à la suppuration , chez les autres, se borner à produire un engorgement sanguin , une suppuration , OU bien une subinflammation, ou enfin une simple exhalation séreuse ; que, chez des individus différemment constitués ou prédisposés, les irritations de l’encéphale les plus inflammatoires produisent difficilement le délire, même dans l’état aigu, ce qu’atteste une expérience irrécusable ; et que, chez ces mémes sujets, les irritations chroniques ne l’occasionent pas, mais se bornent à entraver l’exercice de la pensée, à détruire successivement les différentes facultés morales, comme l’aitention, la mémoire, l'aptitude à recevoir ou à féconder les im-

( 165 ) pressions arrivées par certains sens, et affaiblissent plus ou moins la faculté A en

Pour ce qui est de la stupidité et de l’idiotie, à est encore certain, selon nous, que ces a tout.

aussi bien que les paralysies, peuvent être un produit de l'irritation sanguine encore existante, qui entretient un engorgement trop considérable, ou bien une suite de l’irritation sanguine déjà éteinte, mais qui a laissé à sa place un engorgement subinflammatoire, un ramollissement, une suppuration, une accumulation de fluides sanguins ou séreux.

On voit que nous subordonnons toutes ces lésions à l'irritation, et qu'ainsi nous n'avons point abandonné notre théorie ni cessé d’être FAR avec nous-même.

Nous avons avancé que l’aptitude à contracter le délire tenait à l’irritabilité du cerveau. En effet, les différences qui existent entre les hommes sous ce rapport sont infinies, et nul ne peut juger par luimême de l’irritabilité morale d’un autre. Les impressions sont donc senties à différens degrés par chaque individu. Ceux chez qui elles le sont peu ne deviendront jamais fous. Mais un degré modéré de cette irritabilité n’est pas la seule condition qui nous préserve de l’aliénation mentale ; on peut sentir beaucoup et n’être pas sujet au délire : il existe chez nous une force de réaction équilibrante qui agit contre toutes les causes possibles d’excitation. Or cette force varie dans les différens foyers viscé- raux. Tel ne réagit pas avec assez de vigueur pour conserver l’équilibre dans les voies gastriques, dans

( 166 ) les poumons, à la suite d’une impression violente des modificateurs particuliers de ces organes, qui se remet facilement dans la juste mesure d'action après avoir éprouvé une forte commotion morale. Tel autre, dont la raison cède presque sans résistance à l'influence des passions, possède dans les viscères des cavités inférieures une puissance d’équilibre qui le met à l'abri des congestions inflammatoires et des affections nerveuses de ces viscères.

À quels signes extérieurs pourrons-nous recourir pour constater la prédisposition au délire ? On est tenté de la fonder d’abord sur la vivacité des sensations, ensuite sur le peu de volume de la région antérieure des hémisphères qui correspond à l'os frontal et aux yeux, région qui constamment se montre développée en raison de l'intelligence. Ce dernier vice d'organisation constitue en effet une prédisposition quand il se joint au premier; car alors les parties latérales et postérieures de l’encéphale, qui sont, d’après les cranologues, destinées aux phénomènes instinctifs, deviennent prédominantes, et déterminent, dans tous les cas d’irritation un peu vive, le triomphe de l'instinct sur les facultés intellectuelles.

Cette explication est bien quelque chose, mais il ne faut pas lui donner une importance exclusive. Si les maisons d’aliénés présentent beaucoup de sujets à front rétréci ou déprimé, elles ne laissent pas d’en offrir quelques-uns doués de la plus belle conformation ; et, d'autre part, les familles à front mal développé ne fournissent pas toujours des exemples

( 167 ) d’aliénation mentale. C’est donc le mode de vitalité qui joue le principal rôle dans la prédisposition: qui nous occupe. Ne peut-on pas, d’après ces: données, émettre les propositions suivantes, qui se rattachent d’elles-mêmes à ce qui a été dit sur les passions et sur les facultés intellectuelles dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie Fe Le délire est toujours dû à l'irritation du cervéau, mais un certain développement de la portion deice viscère qui préside aux facultés : intellectuelles le rend plus diffcile. Les organes reproducteurs! et ceux de la digestion exerçant, dans l'état normal, une trés-grande influence sur l'intelligence; comme destinés à provoquer des actes instinctifs fort “mportans, auxquels la volonté doit concourir, Sont aussi ceux qui, dans l'état d'irritation! morbide, ‘ontcle plus de pouvoir pour dépraver‘la:raison. (trio la portion du cerveau d’où dépend cette facuhtétest déjà naturellement faible , à raison de son développersons imparfait, 1l est clair que l'irritation’deces viscères aura plus de facilité à la ASP" ‘où à l'abolir. ones NÉ. db Le développement le plus ref de hs portilsn intellectuelle du cerveau ne tiendra pas contre les phlegmasies du plus haut degré qui se seront formées dans les grands appareils, comme le prouvebt toutes les gasiro- -entérites très-intenses te, Lévsque ces phlegmasies n’existeront que dans des nüancesicompatibles avec la chronicité, cet heureix dEveloppement préservera de {la folie les personnes chez lesquelles l'irritabilité nerveuse ne sera pas ex-

cessive ; mais 1l ne pourra l'empêcher chez celles où cette irritabilité existera , c’est-à-dire qu’une phlegmasie modérée fera chez ces dernières ce que fait chez. tous les sujets indistinctement une inflammation du plus haut degré d'intensité. Nous croyons même que l’on peut aller plus loin, et affirmer qu'un très-grand développement de la partie intellectuelle du cerveau, réuni à son extrême irritabilité ce. qui porte les facultés morales au plus haut degré possible, constitue une véritable disposition à la. folie. Ce qu'il y a de bien certain, c’est que l’excès d'intelligence, de facilité à tout comprendre, à tirer. des inductions de toute espèce de proposition, expose; l'homme, même dans l’état normal, à des erreurs de jugement, comme si l'intelligence humaine élait condamnée à ne pas dépasser certaines limites, Nous avons dit ailleurs que les hommes qui pensent trop, qui jouissent à un degré extrême de la faculté de se réfléchir sur eux-mêmes, de porter l'analyse à son dernier terme, ont une tendance prodigieuse à l’abstraction, ne sont plus entendus par les personnes raisonnables , ou finissent par ne plus trouver aucun motif d'action, ce qui les rend vacillans, incertains, et même sceptiques dans un degré qui choque le commun des hommes et qui rend leur conduite ridicule et puérile. Or nous pensons qune telle organisation est encore une prédisposition à la folie, parce qu’elle suppose, dans un cerveau très développé sous le rapport intellectuel, une irritabilité qui tend à à dépasser les limites de l’état normal.

Les enfans sont moins exposés à la folie que les adultes. Peut-on se rendre raison de ce phénomène? Leur excessive irritabilité ne devrait-elle pas les rendre fort sujets aux aliénations mentales? Sans doute ; mais d’autres raisons doivent aussi les en préserver jusqu'à un certain point: en effet, leur faculté de penser étant imparfaitement développée, leurs impressions morales sont moins profondes que celles des adultes. Comme les enfans réfléchissent peu, les peines et les plaisirs les affectent beaucoup moins que les adultes ; ils ne peuvent élever à un aussi haut degré l’action vitale de la partie intellectuelle de leur cerveau, et par la même raison ils ne doivent pas la dépraver aussi facilement.

Cette explication est très-satisfaisante, dira quelqu'un, quand il s’agit de rendre raison des causes morales de la folie ; mais est-elle également applicable aux causes physiques? Pourquoi la gastrite chronique, si commune chez les enfans, y Sen elle moins de folies que chez les adultes ?

Selon nous, cela peut dépendre de la cause déjà alléguée; car si leurs facultés morales sont moins formées que celles des adultes , elles ne doivent pas être aussi exposées à se défiance par l'influence sympathique d’un autre organes

Nous ne savons jusqu’à quel point on trouvera cette explication plausible ; mais il nous semble que les parties qui agissent le moins dans chaque période de la vie sont aussi les moins exposées aux surirritations. Or, si l’on applique ceci à l’encéphale, on trouvera que la partie qui prédomine chez les

enfans est celle qui préside à l’insüinct; et l’expérience montrera que l'instinct ne manque jamais d'acquérir une prédominance vicieuse dans toutes les maladies irritatives du premier âge. Aussitôt qu’un jeune enfant éprouve une phlegmasie aiguë , il devient l’esclave de ses besoins : il repousse tout ce qui lui déplaît, recherche tout ce qui le flatte , et dévient insensible aux conseils de la raison. C’est là son genre de délire, et il le conserve aussi longtemps que dure la maladie doni il est affecté. S'il ne commet pas autant d’extravagances que l'adulte, c’est uniquement parcequ’il a moins d'idées et moins de matériaux dans la mémoire.

Mais il délire , dira-t-on , et même très-facilement, dans les maladies aiguës ; pourquoi donc ne déliret-il pas autant dans les chroniques ? Nous répondrons que le délire des enfans au berceau, attaqués de maladies aiguës, n’est pas sensible, et qu'aussitôt qu'ils sont malades, ils redeviennent tout insunctifs ; que le délire des enfans qui commencent à parler se borne à un petit nombre d'objets, et qu'ils sont plus affectés dans linstinct que dans les facultés intellectuelles ; enfim, que si les enfans qui approchent de la puberté délirent dans leurs maladies aiguës , ils peuvent aussi délirer dans les chroniques, mais toujours beaucoup moins que ne le fontles adultes. C’est toujours, dans ces deuxnuances d'irritation , l'instinct qui souffre le plus, et qui, par son extrême prédominance, dissipe ou obscurcit le degré de raison qui avait pu se développer. La proportion de linfluence des maladies 1rritatives

QePAT ) sur l'intelligence nous paraît exactement la même dans les maladies aiguës et dans les chroniques de cet âge.

Si les femmes sont plus exposées que les hommes à la folie, cela s'explique assez par l'extrême irritabilité de leur système sensitif, qui rend leur imagination prédominante sur leur jugement; ajoutez à celte première considération qu’en général la por- . tion de l'appareil encéphalique qui joue le plus grand rôle dans les facultés de lintelligence est moins développée chez elles que celle qui préside à l'instinct. On sentira toutes les conséquences d'une semblable organisation si l’on veut bien se rappeler ce qui vient d’être dit d’une manière générale sur cette question.

Les femmes, comme les enfans, sont plus instinctives que les hommes dans leurs maladies irritatives. Ce sont elles, après les enfans, qui nous offrent, dans l’état de maladie, les exemples les plus multipliés des caprices et de l’indocilité. [l serait, ce nous semble, superflu de s'arrêter sur ce sujet; mais il peut être utile de prévenir une objection qu’on pourrait faire en rapprochant ce que nous venons de dire sur la prédisposition dépendante de la conformation de l’encéphale.

Nous avons avancé qu’un faible développement de la partie intellectuelle du cerveau favorisait la folie chez les adultes , et la rendait plus difficile chez les enfans. Ces deux propositions seraient-elles contradictoires? Non, sans doute, et en voici la raison : quelque peu développée que paraisse la portion in-

(172) tellectuelle de l’encéphale chez les adultes, toutes les fois qu'ils sont raisonnables, elle l’est assez pour faire qu'ils aient beaucoup d'idées, beaucoup de matériaux dans la mémoire ; elle l’est donc toujours assez pour qu'ils sentent très-vivement les impressions morales, et pour que la réflexion en soit vivement excitée. Ce qui manque à ces sortes de sujets, c’est la force de réaction qui rétablit l'équilibre de la raison après les simulations excessives : ils ont beaucoup d'idées, mais ces idées sont facilement bouleversées; beaucoup d'imagination , mais, par son propre excès, elle est sujette à se dépraver. Ii n'en est pas ainsi des enfans : la partie intellectuelle de leur cerveau n’est plus, comme chez l'adulte, capable de leur procurer des sensations morales trèsprofondes ; leurs idées sont peu nombreuses, leur imagination, quoique vive, conserve moins les 1mpressions : il en résulte nécessairement que, chez eux, les idées et l'imagination ne sont point susceptibles d’une aussi grande exaltation ; et que, par conséquent, leur délire doit toujours être, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup moins apparent que celui des adultes. De là résulte encore que lorsque, par l'effet de l'irritation cérébrale, soit primitive, soit sympathique, le désordre se met dans les facultés des uns et des autres, celui de l’intellect doit ressortir davantage chez les adultes, tandis que celui de l'instinct doit devenir le plus apparent chez les enfans. Ainsi le faible développement de la partie intellectuelle du cerveau conduit les adultes à un délire plus intellectuel, et les enfans à un délire plus

(175) instincüif; ou bien, en d’autres termes, ce faible développement conduit les deux âges à ces deux délires, mais celui des adultes présente plus de lésions intellectuelles, et celui des enfans plus de lésions instinctives , ce qui fait qu'on lui donne moins souvent le nom de folie. Le fond est toujours le même, mais les formes diffèrent : voilà toute la différence.

L’attention des médecins manigraphes a été vivement excitée par les différentes formes que le délire des fous peut revêtir, et sa prodigieuse variété n’est pas le moindre obstacle que l’on ait rencontré dans les classifications que l’on a tentées des aliénations mentales; car c’est toujours sur cela que l’on s’est efforcé de les fonder. Ainsi, l’on a établi des folies générales , quand les malades délirent sur tous les sujets ; des monomanies , lorsqu'ils ne divaguent que sur un seul; et celles-ci ont été subdivisées en autant d'espèces qu’elles peuvent avoir de ‘sujets; des folies sans délire , dépendantes d’une impulsion irrésistible vers certains actes que la raison du malade condamne; des folies stupides, dans lesquelles les malades semblent dépourvus d’idées , et qui peuvent être primitives ou secondaires ; des démences ; l'idiotisme, etc. Sans doute, il est utile de tenir compte de la forme de délire chez les aliénés ; mais si cette forme ne fournit pas constamment les principales indications curatives, elle n’est plus qu’un objet secondaire, et ne doit pas servir de base à une classification physiologique.

Le délire n’est qu’un effet de l'irritation du cerveau: en d'autres termes, le délire ne se compose

(:194 ) que de phénomènes intellectuels, dépravés par l’irritation du cerveau. En effet, si, dans l’état normal, une juste mesure d'irritation produit des phénomènes intellectuels conformes à la raison, il est clair que, dans l’état anormal , une irritation démesurée doit donner des phénomènes intellectuels qui s’éloignent plus ou moins du type de cette même raison. Cela posé, on doit s'attendre à observer dans les irritations du cerveau une foule de divagations qui ne seront en rapport ni avec les causes morales, quand la folie en dépendra, n1 avec les habitudes antérieures des sujets : elles ne peuvent être en rapport qu'avec le degré et le siége prédominant de de l’irritation. Tel sujet était fort doux, fort paisible dans l’état de raison, qui devient cruel et intraiable dans la folie. Un homme livré à l’étude des sciences naturelles, et dont le caractère était trèspacifique, se sent pressé tout-h-coup par le besoin d’assassiner les personnes qui lui sont le plus chères. Cette impulsion secrète le remplit d’effroi : il cherche à se détruire ; on l’arrête, et dès lors il justifie son impulsion vers le meurtre en disant qu'il ne veut devenir assassin que pour être livré à la justice, expier l’atrocité de son penchant, et être enfin délivré du supplice d’une lutte perpétuelle contre un penchant qui lui fait horreur. Certes, ce genre de folie n’est nullement en rapport avec sa cause, l'étude de l’histoire naturelle; du reste, c’est un des plus communs, et presque toujours les tentatives de meurtre sont dirigées sur les objets les plus chers aux malheureux aliénés. En outre, cetie même série

d'idées n’est point ee qui fournit l'indication curative la plus propre à combattre l'irritation, celle des émissions sanguines ; Car elle se montre dans l’état aigu avec une exaltation générale des forcts qui exige des saignées copieuses et l’abstinence, aussi bien que dans l’état chronique avec une débilité qui réclame l’emploi des restaurans.

Ïl en est ainsi de la plupart des monomanies ; elles sont rarement en rapport avec les causes à le caractère : tel était brave , qui devient poltron; tel autre avait toujours paru pusillanime, qui manifeste la plus étonnante intrépidité ; l’homme le plus chaste, le plus continent, se trouve en un instant transformé en un libertin effréné, et sans que sa folie ait été proyoquée par une passion amoureuse, etc., etc. C’est parce que ces genres de folies procèdent de l’irritation de certaines parties de l’encéphale qui étaient calmes avant la maladie, ou dont l'influence était neutralisée par la raison. Que si l’on se refuse à la Jocalisation des penchans dans le cerveau, nous dirons que ces délires, formant contraste avec l’état habituel, dépendent de ce que la force équilibrante étant en défaut, l'instinct, rendu plus impérieux par l'irritation des autres organes, reprend tout son empire, et nous assimile, pour un temps, aux enfans et aux animaux, considérés dans la colère, dans le rut, dans la douleur, etc. Mais comme nous avons, dans l’état adulte, plus de pensées que les animaux, nous présentons de plus qu'eux, dans nos folies, la divagation, qui ne peut être autre chose que le désordre de la pensée, produit par l’impossibi ité

(176) du retour de l’irritation cérébrale à l’état normal qui constitue la raison. Nous pensons, au surplus, que ces deux causes se trouvent souvent réunies, et que l’irritation des différentes régions du cerveau concourt avec celle des viscères aux différens genres de folies.

L'expérience nous prouve aussi que ces diverses espèces de délire sont compatibles avec l'hypersthénie aussi bien qu'avec l’état contraire : c’est ainsi que la dyspnée, la dyspepsie, les palpitations , les convulsions, qui sont, comme le délire , des résullats de l’irritation de nos organes, peuvent coïncider avec la pléthore aussi bien qu'avec l’anémie. Ces lésions fournissent bien l'indication d'opérer la révulsion ou la contre-stimulation prise dans son véritable sens, mais elles ne donnent celle d’évacuer la masse du sang qu’autant qu’elles coïncident avec un degré de nutrition qui puisse se prêter à l'emploi des émissions sanguines. La classification des folies d’après le genre de délire ne fournit donc pas toujours les indications fondamentales; mais nous reviendrons sur cet objet après avoir parlé des autres particularités du délire maniaque.

Les hallucinations, dont nous avons déjà traité dans la Physiologie appliquée à la pathologie, sont très-fréquentes chez les fous. Les hallucinations ne sont autre chose que des perceptions analogues à celles que nous ont jadis procurées nos sens externes; mais elles ne sont plus déterminées par l’action des sens : ce sont des actes d’une mémoire dépravée, d’une mémoire dont les organes sont irrités

Er74.)

et mis en jeu sans cause externe. Les personnes qui sont menacées de la folie sentent d’abord naître en elles une foule d'idées extraordinaires et de souvenirs dont le retour les surprend ; il s’y joint quelquefois de la céphalalgie et de la chaleur; leur raïson résiste d’abord à ces tourbillons d'idées et de souvenirs non provoqués ; maiselle craint d’y succomber : ce qui arrive bien souvent. Alors les fous vivent au milieu d’une légion d’êtres fantastiques; ils les voient, ils les entendent, ils leur répondent, et trouvent, dans la correspondance qu’ils ont avec eux, plus encore que dans leurs rapports avec les objets réels, les motifs de leurs discours et de leurs actions extraordinaires. Saisissons en passant ce fait trèsremarquable pour confirmer la différence que nous avons établie entre le délire des enfans et celui des adultes. Notre intellect n’invente jamais, il ne fait que rappeler et combiner diversement des souveairs ; il est donc clair que les enfans, qui n’ont pas encore eu beaucoup d’ idées , ne peuvent rappeler et combiner qu'un petit nombre de souvenirs, et que, par conséquent, leur délire doit être incomparablement plus borné que celui des adultes.

Si l’on avait besoin d’une nouvelle preuve pour démontrer que les phénomènes intellectuels ne sont que le produit de l'irritation du cerveau, on la trouverait dans les hallucinations; car plus lirritation de ce viscère est intense, plus elles sont mullüipliées. C’est quand le sang est attiré avec violence vers la tête, quand cette partie est chaude, colorée, quand les carotides font sentir des pulsations fortes et fré-

1, Path - 12

quentes; c’est alors, disons-nous, que les visions des maniaques paraissent et plus nombreuses et plus influentes sur leurs discours et sur leurs actions. C'est ce qui constitue l’état aigu de la folie, qui n’est pourtant qu’un élat chronique, si l'on comparé les insensés aux malades affectés d’une fièvre intense, accompagnée de délire. Ces derniers, en effet, sont également en proie aux hallucinations : mais comme l’irritation du cerveau est plus inflammatoire et ordinairement accompagnée d’une phlegmasie aiguë des viscères de l'abdomen, le malaise, la prostration, les convulsions, qui manquent dans la manie, se joignent au délire, et la rapidité du mouvement fébrile précipite la désorganisation des üssus phlogosés, ou se dissipe dans un court espace de temps, soit au moyen des crises, soit par les efforts de l’art : nouvelle preuve en faveur de la thèse que nous soutenons sur la cause LoRnTqus du délire.

La folie que l'on appelle aiguë n’est donc , dans la réalité, qu’une irritatiop du cerveau et de certains viscères, qui, pour être moins intense que celle des malades dont nous venons de parler, peut durer beaucoup plus long-temps sans produire la désorganisation ou la mort. Cette nuance de folie n’a pris le nom d’aiguë que parce qu'on l'a comparée avec d’autres nuances moins prononcées, sans la rapprocher en même temps des gastro-céphalites du plus haut degré; mais ce rapprochement, que nous ne pouvons nous dispenser de faire , la place dans une nuance intermédiaire d’irritation que nous appelle-

rons subaiguë. Cette dénomination nous paraît d’autant plus juste, qu elle est également applicable aux irritations des voies gastriques , des poumons, et de tous les autres viscères : + irrilations qui peuvent être » comme celles du cerveau, très-fébriles, à peine fébriles ou entièrement apyrétiques. C’est donc l’irritation cérébrale à peine fébrile qui constitue la manie aiguë des auteurs. Après l'avoir rangée à sa véritable place, continuons de la suivre, et cherchons-en les résultats.

S’élève-t-elle à un très-haut degré d'intensité : la fièvre se prononce fortement, les phénomènes sympathiques de gastro-céphalite aiguë (nous y comprenons les arachnitis ) se déclarent; la maladie cesse d’être une folie pour les auteurs, c’est une frénésie, une fièvre ataxique, etc. La manie dite aiguë par ceux pour qui le délire est le phénomène principal, est-elle un peu moins intense, il peut se faire dans le cerveau un tel degré d’engorgement que les manifestations de l'irritation cérébrale soient entravées jusqu'à un certain point : alors toutes les opérations intellectuelles deviennent confuses ; les hallucinations, le délire, la loquacité, n’ont plus lieu : les malades tombent dans une véritable stupeur. Cet état peut même exister de prime abord, sans avoir été précédé d’agitation. Ces sortes de fous sont stupides , insensibles à tous les besoins. Il en est qui ne se meuvent que lorsqu'on leur communique l'impulsion , et qui ne prendraient ni alimens ni boissons si on n'avait le soin de les introduire dans leur bouche. Ils sont alors très-près de l’état

apoplectique, et ils y tombent quelquefois, ou leur état dégénère en léthargie, en coma, etc., si l’art ou une crise spontanée ne dissipe la congestion cérébrale. Voilà donc la manie aiguë des auteurs qui,

après avoir touché, par une de ses faces, à leurs fré=

nésies et à leurs fièvres ataxiques ou malignes, se rapproche, par une autre, des maladies soporeuses ! Mais continuons.

Aucune de ces terminaisons n’a eu lieu : l’irritation morale et l'irritation physique se prolongent durant plusieurs semaines, ou plusieurs mois, à peu

rès dans la même nuance; enfin elles diminuent, les hallucinations ne troublent plus autant les malades; ils peuvent prêter plus d'attention aux discours qu’on leur tient ; ils obéissent sans résistance à ceux qui les dirigent ; ils se montrent raisonnables sur un grand nombre de points ; et la plupart des symptômes sympathiques de l’irritation des viscères disparaissent. À cette époque , ces malades se partagent en deux séries : les uns guérissent; mais les’ organes qui ont souffert l’irritation restent très-irritables, et ce n’est qu'avec le temps qu'ils peuvent reprendre leur solidité ; les autres conservent une monomanie; c’est-à-dire que, raisonnables sur la plupart des sujets qui leur sont présentés , ils continuent de délirer sur un seul point. Ils sont alors dans ce que l’on appelle la manie chronique. Cet état prouve qu'une région, pour le moins, de leur cerveau n’a pas perdu toute irritation : ils sont donc affectés d’une irritation partielle de l’encéphale. Il en est qui, sans affecter un délire spécial, conti-

nuent d’être sujets à certaines hallucinations, mais beaucoup moins impérieuses que celles de l’état subaigu ; certains autres paraissent raisonnables sur tous les points ; mais si on les soumet à l’épreuve d’une conversation un peu animée et suivie, si on leur donne la liberté, si on leur permet de se livrer entièrement à leur appétit ou de prendre un peu de boisson fermentée, à l’instant on voit reparaître la divagation ; souvent même elle se reproduit sans influence extraordinaire et par le seul effet du repes, du sommeil et de certaines influences météoriques. Tous ces sujets doivent être considérés comme ayant un cerveau trop irritable , dans lequel la réaction qui devrait maintenir l’équilibre n’est pas assez puissante pour triompher de la plus légère irritation. Grand nombre de ces malades se portent bien d’ailleurs, et peuvent même parcourir une longue carrière, staucune influence extraordinaire ne vient reporter l'irritation du cerveau à sn premier état, ou développer une congestion dans quelque autre . viscère. “

Toutefois ces cas ne sont pas les plus communs ; à force d’éprouver des érections vitales morbides, le cerveau finit par se désorganiser ; des surcroîts momentanés de congestion, qui peuvent se répéter plus ou moins long-temps , précèdent ordinairement l’altération de son tissu. Ces surcroîts ne produisent d'abord que la perte de connaissance et des convulsions passagères plus marquées d’un côté que de l’autre ; en un mot, des attaques d’épilepsie ; mais , au bout de quelques années, on s'aperçoit

(1185 } que les malades tombent dans l’idiotisme : il survient des paralysies soit dans les muscles volontaires, soit dans les organes des sens : et ces paralysies sont d'ordinaire , mais non toujours etnécessairement, le signal d'une désorganisation déjà consommée. Ajoutez à ces symptômes qui annoncent la dégradation du centre nerveux, ceux, presque aussi déplorables, qui correspondent à la détérioration simultanée de la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins, suriout à la région duodénale ; l’empâtement, la douleur, la dyspepsie, l'engorgement et l’état gras du foie, le teint pâle et citronné qui en est inséparable, quelquefois une ascite, d’autres fois la diarrhée, quand l’irritation parvient jusqu’au colon: telle est la in ordinaire de ces malheureux, lorsqu'elle n’est pas prévenue par une attaque d’apoplexie foudroyante , où par une affection des poumons et même du cœur ; car il arrive souvent que les fous contractent, par l'influence du froid, des rhumatismes, des gouttes, c'est-à-dire des phlegmasies de l’appareil locomoteur, qu: se rapprochent chaque jour des viscères, etenvahissent de préférence ceux de la cavité thoracique. Ainsi le dernier degré de la manie prolongée vient se perdre dans les paralysies, c’est-àdire dans les désorganisations qui dépendent des phlegmasies chroniques de l’encéphale, comme le premier degré se confond avec les frénésies , c’està-dire ‘avec les phlegmasies aiguës de ce même appareil. Le délire se trouve placé entre ces deux extrêmes ; il conserve ce nom si l’encéphalite est rapide ; il le perd pour prendre celui de folie si elle

est chronique ; maïs il pourrait manquer, comme nous en avons fourni des exemples, chez certains sujets peu irritables, restant dans les périodes de la chronicité, sans que, pour cette raison , la maladie cessât d’être de même nature, c’est-à-dire d’être toujours une irritation du cerveau et de ses dépendances : alors, comme nous l’avons encore exprimé, les facultés intellectuelles se détruisent graduellement , sans avoir été d’abord fort exaltées , et les locomotrices s’affaiblissent et s'éteignent plus tôt ou plus tard, selon le degré prédominant de l’irritation cérébrale,

Si maintenant nous nous occupons du traitement de la manie, nous trouvons la confirmation de ce qui vient d’être avancé sur le vice des classifications de cette ma adie. En effet, les indications que présente la folie ne diffèrent pas de celles que les médecins ont coutume d'établir dans toutes les maladies à irritation inflammaioire contre lesquelles on ne possède pas de spécifique. L’évacualion du sang à toujours été et sera toujours le premier et le plus efficace des moyens sédatifs antiphlogistiques. C’est donc d’abord à ce moyen qu'il faut avoir recours Jorsqu'un homme , non encore épuisé, est attaqué d’une maladie inflammatoire. Or, la folie est de ce nombre; la première et la principale base de la classification des folies ne peut donc être autre chose que le degré de l’irritation sanguine, et celui de la pléthore et des forces. D'après cela, nous placerons en première ligne les folies qui se rapprochent le plus des encéphalites aiguës , c’est-à-dire les folies

ou les irritations cérébrales subaiïguës , quelle que soit la forme du délire. Or le délire de ces malades n’est pas toujours général, loquace, accompagné d’exaltation des forces musculaires et de mouvemens précipités ; il se présente quelquefois avec des douleurs de la tête ou des membres, avec l’accablement et même la prostration; et cela d'autant plus, que l’engorgement sanguin de l’estomac, des poumons, du cœur, se combine à un plus haut degré avec celui : du cerveau. D’autres fois, comme on l’a vu, la folie subaiguë s’annonce par la stupeur, la tuifdson des idées et le dégoût de la locomotion. Mais qu'importe l’une ou l’autre de ces formes, s1 les vaisseaux sont remplis, si le corps est chargé de sang, en un mot, si l'indication des saignées se présente d’une manière bien évidente ?

À l'indication des saignées, dont la mesure est déterminée par l'expérience de chaque praticien, succède celle des réfrigérans extérieurs, et certes, l’on ne disconviendra pas qu’elle repose sur la même base, si l’on fait attention que la soustraction du calorique ne saurait être utile qu'à ceux chez qui le système sanguin, ou, si l’on veut, la fonction circulatoire est fort énergique ; mais il n’est pas de notre objet de déterminer le lieu où doit se faire l’application du froid ; il le sera sans peine par le tact et par l'inspection des différentes régions du corps. L’indication de l’abstinence et celle des boissons rafraîchissantes ou émollientes, ne peuvent avoir d’autres fondemens que ceux des saïgnées et du froid. Viennent ensuite le repos, l'isolement, la répression,

qui sont d'autant plus indiqués que les moyens précédens le sont davantage , mais qui peuvent encore l'être, après l'emploi de ces moyens, avec l’acide hydrocyanique et la digitale, comme sédatifs de l’excitation nerveuse. À la suite des folies avec état inflammatoire très-prononcé, se placeraient donc, comme moins inflammatoires, celles où le délire est bruyant et général malgré la répétition des sédatifs du système sanguin.

Les indications révulsives se présentent, dans la théorie générale des phlegmasies , immédiatement après les antiphlogistiques directs; n’en est-il pas ainsi dans la folie ? mais ici les révulsions sont physiques et morales. On est guidé dans les premières par les anciens points d’irritations qu’il importe de rétablir ou de suppléer par desirritations artificielles, provoquées dans les lieux d’élection. La considération des causes physiques de la folie marche donc après celle du degré de; l'inflammation, quelle que puisse être d’ailleurs la forme du délire; ou, si l’on veut, la forme du délire n’est point encore ici le principal motif de la classification nosologique. C’est pour les révulsions morales que la forme du délire fournit le plus de secours. Eneffet,les diversions quelconques, les promenades, les distractions de toute espèce, soit par des conversaions raisonnables, soit par les lectures, soit par des jeux, soit enfin par un genre de travail qui occupe sans trop captiver , et surtout sans irriter le système nerveux; tout cela, nous le demandons, peut-il être considéré autrement que comme autant de moyens de révulsion? Or, le genre

\ de délire est ce qui doit guider le praticien dans le choix de ces moyens. Mais il est toujours clair , évident, que cette considération ne peut marcher qu’à la suite des précédentes ; que les moyens physiques doivent précéder les moyens moraux, et que par conséquent c’est entendre fort mal la doctrine des aliénations mentales, que de prétendre que le traitement qui leur convient est entièrement moral.

L'art de prévenir les rechutes se compose d’une sage combinaison de tous les moyens que nous venons d'indiquer, Il serait à souhaiter que l’on possédât,pour le traitement de la manie, des sédatifs agissant directement sur le système nerveux, afin de Îles placer à la suite des antiphlogistiques et des révulsifs physiques: maisoù sont-ils ces bienheureux sédatifs? Nous sommes réduits à les chercher parmi les narcotiques , qui tous sont des poisons plus ou moins actifs, qui tous ont pour effet, quand on en force les doses, d’engorger le cerveau, de provoquer le délire, et par conséquent d’ajouter à la modification qu'on veut détruire. On ne doit donc employer qu'avec prudence ceux que nous avons déjà indiqués. Quant aux sédatifs minéraux tels que l’acétate de plomb, le bismuth, le zinc, ils fatiguent l'estomac sans exercer aucune influence favorable sur le délire. C’est du temps, de la patience, et de l’attention soutenue à écarter toutes les causes d’excitation, que l’on attend d'ordinaire la guérison des folies invétérées ; mais 1l faut être toujours prêi à revenir aux antiphlogistiques et aux révulsifs lorsque la reproduction des symptômes inflammatoires ne peut êlre empêchée par la

(187) méthode négative. Restent les indications que présentent les altérations organiques; mais hélas! elles ne sont plus que palliatives, et comme il n'entre point dans notre plan d’épuiser la matière, nous . terminerons ici nos considérations sur la folie.

Aucune inflammation extra - cérébrale ne peut produire la manie, sans le concours de celle de l'estomac et des intestins grêles, et le foie n’est affecté ici que secondairement.

Il est bien avéré que les péripneumonies , les pleurésies, les péritonites, les phlegmasies de la peau, celles des articulations, etc., peuvent, par leur extrême intensité, occasioner le délire ; mais il n’est que momentané. Celui qui persévère et qui devient chronique, :e seul auquel on donne le nom de folie, ne dépend jamais de ces affections tant qu'elles sont simples et persévérantes dans leur premier siége; mais si el es ont disparu et que l'irritation de l’encéphale les ait remplacées , la manie peut en être le résultat. La même chose peut arriver si les voies gastriques se sont affectées secondairement, et si la gastro-entérite est venue s'ajouter comme complication à la phlegmasie primitive. Mais la gastrite et la gastro-entérile peuvent, quoiqu'elles soient seules et sans complication d’une autre irritation extra-cérébrale , agir sur l’encéphale avec assez d'énergie pour

y produire une irritation durable , assez intense pour entretenir le délire qui porte le nom de folie. Enfin, dans tous les cas, etils sont fort nombreux, où le foie s'altère et se détériore consécutivement à la folie, cela dépend de ce que les voies gastriques et surtout le duodénum ont souffert l’irritation , car le cerveau n’exerce d'influence sur ce viscère que par l’intermédiaire de ces organes Le foie s’affecte ici comme il s’affecte dans toutes les gastro-entérites chroniques, et le délire maniaque n’est nullement spécifique pour provoquer son altération. Tels sont les faits indiqués par la proposition que nous venons de rapporter : ils méritent attention comme indiquant l’étroite liaison qui existe entre le cerveau et les viscères de la digestion; elle est telle, que nul autre organe ne lui est associé d'une manière aussi étroite ; et cela doit ouvrir Jes yeux des praticiens sur les conséquences possibles du régime et des médicamens, chez les personnes prédisposées à la folie.

L’arachnitis est plus souvent consécutive à une gastro-entérite, que primitive; mais le délire, l’insomnie et les convulsions qui en sont souvent les signes, peuvent être entretenus par cette gastro-entérite , disparaître avec elle, ou laisser après la mort, dans l’arachnoïde ou dans la pie-mère, des traces de

( 189 ) | phlegmasies nulles ou moins marquées que celles que l’on trouve dans l’estomac.

Voici encore un fait digne de toute l'attention des observateurs: en effet, dans la pratique des médecins physiologistes qui sont soigneux d'arrêter les gastrites et les gastro-entérites dès leur début, les phlesmasies de l’arachnoïde sont fort rares. On ne les observe d'ordinaire que chez les personnes dont l'encéphale a été soumis à des causes particulières d’irritation. Il n’en est pas ainsi de la pratique des ontologistes et de tous ceux qui suivent les vieilles routines : traités par les émétiques , les purgatifs, les stimulans divers, les sujets les moins disposés aux affections cérébrales ne tardent guère à présenter des symptômes dits nerveux, lorsqu'ils sont affectés de gastro-entérites aiguës. Cela ne peut s'expliquer qu’en admettant que l'estomac communique l’irritation au cerveau. Gette irritation n’est d’abord qu’un phénomène sympathique, qui produit les premiers symptômes nerveux, te s que la céphalalgie, le délire, les mouvemens convulsifs des muscles locomoteurs, etc. Si on l'arrête à ce point, il n’y a point d'inflammation véritable ; mais si on la laisse marcher, l’engorgement sanguin qu’elle produit dans le cerveau peut se convertir en phlegmasie ; et celleci domine tantôt dans la substance même du viscère, et tantôt dans la pie-mère ou dans l’arachnoïde. Il est des cas sans doute où le cerveau est tellement prédisposé, que les agens d’irritation qui opèrent sur l’économie produisent leur premier effet sur cet

| ( 190 ) organe ; l’auteur n’a point prétendu les nier; il a seulement voulu dire qué ces cas sont les plus rares en pathologie interne, et mettre les praticiens sur leurs gardes dans le début des gastro-entérites, afin qu’ils puissent prévenir le développement des phlegmasies de l’encéphale et de ses membranes.

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