‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · LAC · texte numérisé non relu

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( 258 ) rapeuliques rentrent dans ces trois divisions, et la science ne pouvait les réduire à ce degré de simplicité avant de posséder les précieuses données que vient de lui fournir la doctrine physiologique, et qui sont renfermées dans la proposition CXLII.

On ne doit pas non plus omettre de tenir compte de li résorption du pus dont la surface cutanée est couverte à l'époque de la fièvre secondaire, dans les varioles confluentes; car ce pus est une nouvelle cause de l’irritation viscérale. Au surplus elle n’est pas la principale, le pus est résorbé sans inconvénient, toutes les fois que l’inflammation qui le produisait n’abandonne pas subitement la peau, mais s’y affaibhit insensiblement ; et les urines fournissent à cette humeur une voie d'élimination qui n’offre aucun inconvénient. C’est donc à l’inflammation que le praticien doit veiller, afin de l’empêcher de devenir excessive dans les tissus qu’elle doit nécessairement parcourir, ou de les déborder, en quelque sorte, pour envahir d’autres tissus comme le cellulaire, les membranes séreuses, les parenchymes , le cerveau.

Après avoirméditéces importantes considérations, on se demande ce que veulent dire ceux qui font consister toute l'essence de la variole dans le virus, ou qui osent soutenir que les médecins physiologiques ne voient dans cette maladie autre chose qu’une gastro-entérite ordinaire.

GXLIIT.

C’est par la gastro-entérite et par un ca-

(259 ) tarrhe oculaire, nasal, guttural ou bronchique, aigu, que débutent la rougeole ét la scarlatine. Ce sont ces phlegmasies qui constituent tout le danger de ces maladies, en s’exaspérant, en enyahissant le cerveau et la totalité des viscères. L’angine de la scarlatine devient souvent funeste, et l’on doit faire attention au catarrhe bronchique de la rougeole , qui donne, dès le principe y une expectoration puriforme, et qui, lors même qu’il ne se convertit pas en pneumo— nie, peut produire Ja strangulation en interceptant le passage de l'air.

“Qu'il existe dans l'atmosphère, à certaines époques de l’année , un principe particulier, une sorte de venin qui s'attache d’abord à la conjonctive et aux fosses nasales, les enflamme, propage son'action dans la membrane muqueuse de l’appareil respiratoire, affecte ensuite celle des voies gastriques, et produise la fièvre, se fixe enfin sur la peau pour y développercette phlegmasie superficielle qui donne à la maladie le nom de rougeole; ou'que tous ces phénomènes inflammatoires soient l'effet d’un virus miasmatique quine fait que se transmettre d’un sujet à un autre , soit immédiatement, soit après avoir séjourné His quelque corps propre à le recéler sans lui faire perdre sa propriété contagieuse, toujours est-1l que ce n'est point cette cause que le médecin

est appelé à modifier, et que toute son attention doit se fixer sur les inflammalions qui en résultent,

Vous remarquerez ici le même fond de théorie que dans la variole. Ce n’est point la phlegmasie de la peau qui constitue le phénomène fondamental : la fièvre précède cette inflammation, qui d’ailleurs est fort'peu de chose, et celte parte dépend d’abord d’une phlegmasie qui, pour être plus rapprochée de la surface du corps que celle qui prélude à l’éruption varioleuse, est plus facile à saisir par l’observaleur. Il voit d’abord le malaise, la dédolation avec un léger trouble du pouls, phénomènes inséparables des coryzas ordinaires un peu intenses, et qui con- Slituent déjà un commencement d’élat fébrile; l’enrouement parait avec la loux, et toutes les sympathies deviennent plus marquées; ensuite la fièvre se déelare avec plus de force; mais alors le-défaut d’appélit, larougeur.et la contraction de la langue, la soif, lPaugmentation du sentiment de fatigue de l'appareil locomoteur, tout mn que l'estomac etes ‘intestins grêles viennent de-participer à Pirrilalion, et l'on. peut se représenter leur membrane interne dans le même état où l’on a vu la muqueuse des yeux et celle des fosses nasales. Enfin l’éruption Parail; c'estune inflammation, et jusqu'ici tout est semblable, à quelques-différences près dans le siége praniuf de l’ivritation, à ce que nous a présenté le développement de la variole. Mais le temps est arrivé où ces maladies vont nous offrir des différences bien plus tranchées. Les phlegmasies viscérales ne tendent point à se dissiper après l’éruption; la bron-

chite continue de s’enfoncer dans le poumon sans diininuer d'abord dans les bronches, etle malade court le double danger de la suffocation et de la péripneumonie: la gasiro- entérite ne sera pas nécessairement, aussi opiiiäire car c'est, l’inflammation des voies respiratoires qui constitue le phénomène principäl de la rougeole; la marche:de la phlegmasie gasirointestinale sera donc subordonnée à à la prédisposilion individuelle, ainsi qu’au mode de atlement. Maïs revenons à la peau. |

L'inflammation dont.cette SOI est t'affaëtéé ne peut plusise comparer à celle de la variole. IL est fort peu de cas où elle:soit assez intense pour in-, fluer sur la marche des irritations viscérales.'Toutefois ces cas ont été observés, et de vastes érysipèles pblegmoneux ont occasioné la perte des, mälädes. Mais ce qui se passe le plus communément ne-sert qu'à justifier ée que nous avons dit plus-haut,sur la, réachon de l'intérieur vers l'extérieur, el vice vers. En cffet, dans la rougeole, l’irritation.n esLpointires poussée vers les sécréteurs de la périphérie, Larougeur, cutanée ne paraît êlre..ici qu’ uu phénomène, sympathique ; ; elle ‘est'à ‘peine inflammatoire, et, aprèsson apparilion, les catarrhes, qui i désormais ont pénétré jusque dans..le fond des cavités viscérales, loin de s’apaiser, n’en paraissent que plus intenses, au moins chez les adultes. La rougeur, après avoir duré quatre où cing jours, s’affublit, s’efface.en produisant une légère desquaniation,.et sa disparilion. ne paraît pas influer sur les irritations xiscérales. Celles-ci se, comportent donc d’une manière indé-

pendanie de l'affection cutanée: mais, encore uné fois , d’une manière subordonnée à la disposition des sujets et à l’action des modüficateurs dont lé médecin peut disposer. Le plus ordinairement la gastro entérite cède la première, et la fièvre se dissipe avec elle. H reste donc la bronchite, qui s’affaiblit et se dissipe: après avoir parcouru toute . l'étendue des surfaces respiratoires pre cs Hs souvent plusieurs semaines. us |

Telle est la marche naturélle, où pour mieux dire normale, de la rougeole’; maïs que de chances sont possibles qui écartent là maladie de cette heureuse direction! "Fantôt Pinflammation et le spasme! qui en'est la conséquence prédominent dans les bron: ches , et font périr les malades de suffocation’ÿ d’autés fois la bronchite, que l'on croyait surle point de sé terminer, pénètre le parenchyme ét se convertit én pneumonie ou en pleurésie. Dans d’autres cas, ét surtout chez les sujets adultes, dont les organes & gestifs étaient déjà irrités avant la maladie, la’ gastroetitérite devient le phénomène piédomisdnt: ou élle concourt avec l’'inflammation pulmonaire à trancher subiteméntles jours du malade. Parfois aussi l’iréita= ton est transmise à l encéphale etles malades subis: senttoutes les conséquencés d’ une pareille métastasé. Enfin ilest des circonstances qui font que la phlége mäsie reste chronique et apyrétiqué, tantôt dans lés voies respiratoires, où elle produit la phthisie; tantôt dans! lecanal digestif, où elle entretient une gastrité, une entérite où une colite chroniques. De Rÿ vient l'opinion accréditée par les anciens médecins qui ne

connaissaient d’autre pratique que l'évacuation des humeurs, que les rougeoles exigent à leur suite l'emploi répété des purgatifs. | | HE

Fondée surldes données que nous venons s A8 ré sumer, la doctrine physiologique a réfuté des erreurs si préjudiciables. Elle a fait, voir que, puisque ; la rougeole a si peu de tendance vers les crises dépu+ ratoires ; 1l est inconséquent de lui opposer dans son début les sudorifiques, qui ne peuvent qu'aggraverles irritationsvistérales ; et vers l'époque: de son déclin, dé la combattre par les purgatils, qui tendent plutôt à ramener ces irritations à l’état aigu qu'à:les dissiper: Telles sont les vérités que l’on.est conduit à déduiré de da. proposition. GXLIIT relativement à la rougeole: Voyons maintenant ce qu elle bia nous suggérér:sur la iscarlatinesus euro lie el io sb

-Nous n’avons rien de positif sur jiana aa ou la non-existence d’un, agent contagieux , producteur nécessaire de: cette maladie. Élle n'attaque pas à beaucoup près; la plupart :dés hommes. Bien {des personnés peuvent:approcher et soigner celles:qui

en sont affectées; sans’ la: contracter. On. l’obberve

le plus souvent chez les sujets dont la peau est fine, irritable, et le tempérament sanguin: Ellé paraît ordinairément dans le-fond de l’hiver et aux approches du printemps, et$’annonce par ane fièvre qui semble provoquée par une .gastrite, eb qui est presquertou joùrs, mais non pas nécessairement, accompagnée d'uneinflammation des amygdales et'du voile palatin: Laturgescence de l’appareilsanguinest toujours con+ sidérable : la tête; la poitrine, l'abdomen, sont rem-

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plis de sang ; vers le troisième jour, la peau s’injecte à son tour, et présente au liea de tachestrrégulières comme celles de la rougcoleïune rougeur uniforme résultant de la confluence d’une immense quantité. de: petites pustules inflammatoires. Aussi Brown a-tsiloplacé la scarlatine en première digne: parmi lesimaladies les plus sthéniques. |

Si nous comparons la marche du plus grand nombre des:scarlatines, dans les cas où aucune-influence Jocale :n’ajoute à l'intensité de la maladie; avec: la marche des deux affections précédentes; nous:observerons que tous Îles points d'inflammation ten: dent à se résoudre simultanément :à mesure que:la peautdérougit, l'angine s’apaise, la fièvre: diminue avec laccablement: général, la langue est moins co: lorée et la soif moins importune. Enfin lamaladie se dissipe" et ne läisse isa suite aucune: phlegmäsie

or Les cas qui’ font exceplion n'ôtent- rien

à l'importance de cette observation pratique. On les remarque chez les sujets qui'se trouvaient dans üune prédisposition inflammatoire:très consi=

dérable , qui avaient un viscère plus'irritable que les

autres, et sous lesinfluencesatmosphériques quiont coutume de produire lés maladies inflammatoires les plas intenses. Alors linflammation: peut devenir prédominante dans le voile du palais, les: ‘amyg odales, etcauser la suffocation.; elle peutise propager au poumon sous forme:de: péripneumonie, ou prédon miner dans l’éstomac: Nous:avons vu des saisons:où le cerveau était: constamment: le terme; d’un engor+ gement: considérable, et tel que quelques datés

périrent d’? apoplexie dès-les premiers jours: Nous avons obsérvé deux cas où d'inflammation cutanée ne, fut point bornée à la couche superficielle; toute l'épaisseur de là peau était injectée-et le tissu;cellulaire sous-jacent y participait. Ces cas furent mortels, parceque l’inflammation n’avait point été combattue dans son début, et que! les grands viscères partageaient l’état apoplectique des tissus cutanés et cellulaires exlérie urs,

Il résulte de cet exposé que les RAA de la scarlatine sont éncore celles de inflammation, et que c’est toujours aux viscères que le praticien doit veiller.

Ainsi, pour nous:résumer, la gastroentérite est

le: précurseur nécessaire de l’érupuon de la variole; l’ophthalmie, le coryza.et la bronchite ceux de Pérup-

üorirubéoleuse; la gastro-cntérite :seule ou'accom-

pagnée d’angine tonsillaire, celui dela: scarlatine.. Cé sontsles mil braanise: viscérales qui constituent tout

le danger de cesmaladies.:Mais larvariole se distingue

des deux äutres en ce que l'intensité de l’'inflammatien:cutänéé menaceles)parties externes d? effrayan- d

tes désorganisations ;rtelles que: des. ophthalmies, des: dépôts; gr et tend àsrenouvéler les phlegmasies viscérales; à une époque: où les forces: déjà très diminuées sé prêtent difficilement à lalrésolution.graduelle et à la répulsion de l’irritation vers les organes dépurateurs. De là deux indications qui sont propres

à cette: maladie, celle !de modérer linflammeuon

dans le:tissu de la peau, et celle-de la rappeler vers Vextétieur par les révulsifs, lorsqu’elle paraît tendre

( 266 ) prématurément à la délitescence. Les autres indieaüons, dont la principale est de faciliter l’éruption en modérant dans le début l'excès des inflammations viscérales, sont communes à toutes les phlegmasies Fo |

GXLIV,

A EE hypochondrie est l'effet d’une gastro= entérite qui agit avec énergie sur un cerveau prédisposé à l’irritation.

: Tel-est le propre des irritations des: viscères , qu'elles exercent sur l’intellectibeaucoup plus d’influence que celles des tissus-extérieurs. Tel homme supportera avec sérénité les opérations les plus:dou-

Joureuses, les tortures même, exercées surlés parties

les plus sensibles, dont le courage ne tiendra pas contré l’influence toujours renaissante d'une irritation viscérale. Ces irritations ébranlent le courage : et rendent pusillanimes , non pas tous les hommes; mais ceux dont le moral'est organisé d’une certaine manière. Mais quelle est cette manière ? Voilà da question intéressante. Elle est d'autant plus délicate à traiter, que l'on craint de blesser les hypochondriaques, qui sont souvent des gens d'esprit.

Nous avons démontré dans notre Physiologie appliquée à là pathologie, que l’on ne pouvait attribuer qu’à la prédominance du grand sympathique dans les viscères des deux cavités inférieures le priilége

qu'ont cés viséères d'obtenir du cerveau, malgré l'opposition de la. volonté, Paction. des müscles respiraléurs et céphalo-splanehniques. Nous avons ajouté que , lorsque ces’ viscèrés étaient encore plus vivement irrités , ils forcaient le cerveau de mettre à leur disposition les muscles qui, dans l’état nor< mal, ne sont soumis qu’à la volonté; et nous avons donné pour exémple ‘le besoin du vomissement, celui de la défécation, celui de l’exonération fœtale, qui font prendre certaines attitudes: Gela posé, nous avons fait des rapprochemens, desquels il est résalté que toütes les irritations viscérales qui altèrent ct dénaturent lés penchans ne peuvent s'expliquer que par üñe semblable influence ; c'est-à-dire par de fortes Stimulations du cérveau. Or, c'est ce'qui'arrive dans les hypochondries':1le cérveau, toujours obsédé par Îles stimulations que les viscères lui envoient,

froit par ne pouvoir plus agir dans le mode ‘qui constitue la’ raison: T'anéhnoe sé fixe exclusive mérnit sur les viscères d’où partent les irritations qu’il reçoit, sur les différens tisstis où lui:mémé les a réfléchies , et sur tout cela se fondent des raisons neinens plus ou moins faux, toujours fondés sur les idées que les hyÿpochondriaques se sont faites des maladies, dé leurs causes. C’est ainsi qu'ils érôient éprouver des déchiremens ; ‘des raptürés, des éxplo= sions dans les entrailles; qu'ils s’imaginent sentir des animaux s’ÿ mouvoir; qu’ils parlent du transport dü Sang d’un lieu vérs un autre, de fièvres violentes dofit ôn ne voit aucun signe, d'humeurs/glaireuses qui 'émbafrassént les voiés respiratoires ; les fosses

nasales; de certains vents qui se portent du basventre vers la poitrine, la tête ou les membres; qu'ils se figurent entendre du bruit dans cette dernière; qu'ils ont des sifflemens dans les oreilles; qu’ils assurent ne rien digérer, quoiqu'ils soient assez bien nourris; qu'ils ont de; sensations plus ou moins douloureuses dans les muscles, les articulations; qu'ils se figurent être sur le point de tomber en apoplexie; qu'ils soutiennent, contré l’évidence, que leurs urines ne coulent pas, que leurs selles sont retenues ; qu'ils prétendent éprouver des étouffemens, des suffocations, lorsque leur respiration paraît libre ; qu’on les entend parler de douleurs atroces dans telle partie du corps dont les fonctions ne sont pas dérangées d’une manière correspondanlte à l'intensité supposée de ces douleurs; qu'ils se croient débiles à l'excès, ou soutiennent qu'ils maigrissent prodigieusement et que-leur teint est fort aliéré, quoique le contraire de tout cela soit évident; qu'ils irentde l'apparition de quelques éruptions cutanées, insignifiantes, la conclusion que leurs humeurs sont corrompues, et qu'ils les sentent telles dans leurs vaisseaux, etc., etc. Un grand nombre de ces malades sont iourmentés par la sensation de saveurs plus ou moins extraordinaires : goût de sang qui leur présage des hémorrhagies ; goût de sucre, goût de terre, de métal, etc: Leur existence n’est qu'une suite de lourmens, et toutes leurs sensations sont outrées et douloureuses. Ils n'osent rien faire ,

rien entreprendre d’ important ; ils implorent lous les médecins, tous les guérisseurs ; ils se trouvent

presque ioujours soulagés par les premiers remèdes qu'on leur prescrit, mais bientôt ils en sont incommodés et les abandonnent pour en solliciter de nouveaux. )

A l'exposé de tant de maux, qui ne sont justifiés au premier abord, ni par la fièvre, ni par le dérangement des excrétions, ni par le défaut d’assimilation, ni par une maigreur correspondante à la prétendue atrocité des souffrances, on est tenté de regarder les hypochondriaques comme des fous, . Cependant, en les observant de près, on s'aperçoit qu’en effet ils sont malades. Ils ont toujours les viscères irrités, et si ce ne sont pas ceux.de la digestion qui ont souffert les premiers, ces organes du moins sont affectés d’une manière consécutive. Les hypochondriaques ont des éructations, des vomituriions, des diarrhées où de la constipation, des distensions gazeuses dans l'abdomen, des salivations, des pulsations désordonnées du cœur, des mouvemens convulsifs, des dérangemens de la sécrétion biliaire, et autres lésions non moins évidentes, qui peuvent faire croire à la réalité des sensations douloureuses, quoique exagérées , dont ils se plaignent. En effet, il est clair qu’un estomac qui crée des gaz, ou qui repousse les ingesta,peut être douloureux, brülant, etc; qu’un cœur trop agité peut faire éprouver des sensations pénibles ; que l’irritation de ces deux viscères peut gêner la respiration, et donner lieu à une foule de sympathies dans l’encéphale, dans jes organes urinaires, générateurs, et dans l'appareil de la locomotion.

Nous disons que l’appareil de: la digestion prend toujours une part très active à l’hypochondrie; la raïson de cela; c’est que tous les viscères se communiquent l’irritation, à cause des liaisons que les nerfs du grand sympathique établissent entre eux; et comme l'appareil digestif est celui où ces nerfs prédominent davantage, c'est aussi cet appareil qui devient à la fin le principal foyer d’irritation ; et c’est de lui que partent les irradiations les plus influentes sur l’encéphale ; car nous avons prouvé plusieurs fois que , vu la nature deses fonctions, cet appareil viscéral doit commander à la volonté plus impérieusement que tous les autres.

Nous abordons maintenant une question du plus haut intérêt, et, qui toujours, selon nous, a été mal envisagée. On accorde bien que le grand sympathique est affecté chez les hypochondriaques, qu’il l'est principalement dans l’abdomen ; mais on place l'irritation dans les ganglions, dans les plexus et dans les cordons de ce nerf. On ne tient pas assez compte de la membrane muqueuse du canal digestif "où réside un sens interne des plus exquis. L'imagination des médecins leur représente :vaguement Vappareil nervoso-ganglionnaire comme trop sensible, comme le siége de: vibrations extraordinaires et de mouvemens désordonnés dont la perception tourmente le cerveau, mais 1l semble

u’elle ne leur dise rien sur l’état desextrémités de ces nerfs dans les points où elles communiquent avec celles de la huitième paire en se fondant avec le tissu capillaire sanguin. C’est pourtant là que doivent se

passer les principaux phénomènes; c’est de à quedoïvent partir les impulsions irritatives : car, à moins que lescordons nerveux, de quelque espècequ'ils puissent être, ne soient pincés, tiraillés, enflammés, ils n’agissent que comme conducteurs de stimulations, et ces stimulations prennent naissance dans les tissus pulpeux, dans les points d'extrême division ; où réside une matière nerveuse analogue à celle du cerveau, en rapport immédiat avec les molécules des fluides.

Chacun sait que les nerfs accompagnent les vaisseaux pendant un long trajet sans se confondre avec eux, se bornant à leur fournir de petits filets pour leur vie particulière ; mais il arrive un point où ils doivent se fondre avec eux,.et c’est là que commencent et qu’aboutissent en définitive les impulsions qui donnent le mouvement à la machine animale.

Ces rapports existent sans doute dans toutes les parties du corps, maisil enest.un grand nombre où la mobilité nécessaire au développement de l’irritation n’existe pas dans l’état normal. Elle ne peut s'établir que peu à peu, et par l'intermédiaire de l'irritation inflammatoire , qui ramollit ces tissus, et développe leurs propriétés vitales. Où en :serionsnous, grand Dieu ! si tous les tissus qui nous composent étaient également irritables et mobiles, si tous à la fois faisaient parvenir au cerveau des stimulations! Il y a donc un très grand nombre de tissus qui ne, sont point irrités habituellement, qui ne le deviennent que par des causes violentes, extraordinaires, ou par des causes dont l'action.$’est prolongée pendant fort long-temps. Ce sont donc les

(272) tissus naturellement ét normalement très mobilestet très irritables qui reçoivent les impulsions des modificateurs externes, et qui les communiquent aux au: tres, «par l’intermédiaire des cordons nerveux. qui établissent entre eux des communications.

- Pour peu que l'on s'arrête sur ces considérations; on sentira que-les surfaces de rapport doivent être; dans les organes respiraleurs et digestifs, les tissus essentiellement moteurs de l’ritation; ton concevra comment lar:malière nerveuse quis’y rencontre acquiert, sous l'influence des stimulans, une irritabilité vicieuse ; comment les irritations qu’elle éprouve se répètent dans le cerveau; comment enfin celui-ci, en agissant sur les mêmes membranes, ajoute sans cesse à leur mobilité; enfin l’on concevra qu'intermédiaires entre les deux substances nerveuses, celle du cerveau et celle du sens interne gastro-intestinal, les cordons de la huitième paire et ceux du grand sympathique doivent répandre Pirritation dans'une foule d’autres tissus plus ou moins mobiles, soit par eux-mêmes, soit par les nerfs avec lesquels ils communiquent. C’est' ainsi que nous envisigeons les-névroses viscérales ; nous voyons deux foyers primitifs;plus ou moins étendus, d'irritation : l'an dans les surfaces sensitives des viscères, l’autre dans le cerveau; et nous nous-représentons les cordons intermédiaires comme les conducteurs des stimu- Jations qui partent de ces deux foyers. Gelles qui viennent des viscères vont diréctement à l’encéphale; mais celles qui découlent du cerveau sont disséminées par les nerfs de relation, non seulement dans

les viscères, mais aussi dans les parties extérieures, et s’égarent en quelque sorte dans les appareils sensitifs et dans le locomoteur. Nous ne pouvons encore concevoir comment le grand sympathique pourrait porter au loin , sans l’intermédiaire du cerveau, les stimulations qu’il aurait recueillies dans les viscères. Nous aurions besoin de faits et d'expériences positives pour croire à cette transmission au loin.

Selon nous, l'hypochondrie n’est donc ni une affection purement cérébrale, une simple vésanie, ni une lésion pure et simple du système nerveux, soit dans le grand sympathique, soit dans la huitième paire ; elle tient à une irritation des tissus nerveux et autres des viscères des deux cavités inférieures ; et cette irritation a son siége principal dans la membrane muqueuse, d’où elle se répand dans les nerfs. Elle peut débuter par tous les viscères de ces cavités, sans en excepter le cœur, quoiqu'il soit dépourvu de sens interne; mais elle n’est bien confirmée que lorsque le sens interne gastro-intestinal est dans un état d’irritation chronique. Enfin nous pensons que celle irritation est une nuance de l'état inflammatoire. En effet, elle est souvent la suite des phlegmasies aiguës imparfaitement terminées, ou bien c’est une gastro-entérite chronique que l’on a exaspérée par des irritans.

L'expérience des ontologistes ne nous a que trop appris que les émétiques répétés produisent souvent l’'hypochondrie, et qu'en forçant l'estomac à digérer par les toniques, les amers, les purgatifs, on communique à l'appareil gastro-intestinal une sensibi-

1, Path, 18

(274) lité etune mobilité extraordinaires, qui tourmentent le centre dé perception et aboutissent au même ré-

sultat.

Nous avons maintenant à revenir sur la question

de la prédisposition. Tous les hommes ne sont pas

susceptibles d’ hypochondrie. L'extrême sensibilité les y expose sans doute; mais elle ne constitue pas seule Ja prédisposition. Celle-ci nous paraît ténir à une certaine pusiilanimité, dépendant de l’organisation du cerveau, et qui presque toujours est héréditaire. Cette Poe ones peut d’ailleurs coïncider avec le courage sous d’autres rapports : Car l'homme est de tous les êtres vivans celui qui présente le plus de contrastes. Il est des hommes qui ne redoutent point la mort dans une foule d'occasions périlleuses, qui sont doués du courage civil comme du courage militaire, qui même, ainsi que nous l'avons dit, peuvent braver la douleur des parties extérieures; mais qui ne sauraient se soustraire aux inquiétudes, aux craintes, aux soucis lorsqu'ils se sentent continuellement assiégés par des sensations venant des viscères. Ces sensations attirent en dépit d’eux leur attention, obsèdent leur i imagination , et triomphent enfin de leur résistance ét de tous les moyens de distraction auxquels ils peuvent avoir recours. Il ne déperd pas d’eux de croire que ces sensations n’ont rien de fâcheux : elles leur rappellent toutes les maladies dont ils ont entendu parler, et l'inquiétude s empare de leur esprit. Cette passion se développe à à l'excès, et dure autant de temps qu’elle paraît justifiée par des sensations pénibles.

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