‹ Commentaires des propositions de pathologie, consigneés dans l'examen des doctrines médicales (volume 2)Chapitre 37 sur 50 · CXL VI · texte numérisé non relu

CXL VI

Des coliques ombilicales, intermittentes ; avec constipation et sans ténesme, caracté— risent certaines nuances de l’inflammation de la membrane muqueuse des intestins grèles, surtout dans l’état chronique, si les symptômes de la péritonite n'existent pas; mais cette entérite est plus souvent indolente que douloureuse.

Les faits que rappelle cette proposition sont exacts; mais ils sont insuffisans pour donner une idée com-

plète de l’entérite chronique apyrétique des petits

intestins. Il est donc nécéssaire de donner des développemens à ce sujet.

L’entérite peut prédominer dans le duodénum,

dans le jéjunum et dans l’iléum. La duodénite sera traitée à la proposition CL à laquelle elle appartient de droit. Nous ne nous occuperons ici que de la jéjuno-iléite; comme la ligne de démarcation qui sépare le jéjunum de l’iléum est arbitraire,nousn’entreprendrons pas d'assigner à chacune de ces entérites leurs signes particuliers. On juge que l’irritation est fixée dans les intestins grêles dont il s’agit par les signes suivans : l’estomac fait bien ses fonttions, Ja région duodéno-hépatique n’est point douloureuse, les malades ne commencent à ressentir des incommodités que trois ou quatre heures après l’ingestion desalimenssolides,etsouventils n’enéprouventpoint après les boissons; ces incommodités consistent dans de petites douleurs , qui tantôt changent de place, et d’autres fois se manifestent constämment au même endroit. Ces douleurs sont des coliques, mais d’une espèce toute différente de celles du gros intestin :. elles n’aboutissent point à l’anus; elles ne sont suivies n1 de selles, ni de ténesme ; elles sont accompagnées de borborygmes plus ou moins violens. Dans le début de la maladie ,il n’y a même que cela. Les personnes disent que leurs intestins font du bruit et chantent en quelque sorte, ce qui les surprend toutà-coup, et les étonne d’autant plus qu’elles n’éprouvent point encore de coliques. Mais enfin les coliques paraissent : d’abord on les rapporte à la ligne

blanche ; mais ce caractère, commun à toutes les espèces de coliques, ne peut servir à distinguer celles des intestins grêles. Elles le sont bien plutôt, ainsi que nous l'avons dit, par le défaut de selles et de ténesme:ensuite, lorsqu'une région des intestins grêles a retenu quelque temps l’irritation, les malades y rapportent une douleur fixe, et si l’on exerce le palper, on trouve qu’ilexiste en ce lieu une certaine résistance , et que la sensibilité augmente un peu par la pression.

Toutefois , dans le principe, ces tumeurs ne sont pas permanentes, Elles se dissipent même au bout de quelques minutes par la pression qui semble déplacer les gaz qui les forment. Mais à la fin elles deviennent persistantes, Les malades ont un côté de l'abdomen habituellement plus tendu que l’autre; la main qui presse cette région y sent plus de chaleur que dans celle du côté opposé, et y développe toujours de la douleur. Dans quelques entérites, toute l’étendue du ventre est douloureuse et rénitente.

C’est alors que l’entérite est définitivement fixée, et si rien ne l’arrête on peut être assuré que larénitence et la douleur iront toujours croissant, jusqu à ce que l’inflammation envahisse la totalité du canal, ou se converlisse en péritonite. Ces changemens s’opèrent tantôt sous la forme aiguë et tanlôt sous la chronique, selon le genre de modification et la prédisposition desmalades. Si la chronique persévère , ceux-ci deviennent souvent hypochondriaques, et finissent quelquefois par l'hydropisie. Souvent aussi le duodénum , le foie et l'estomac finissent par s’affecler ;

‘((283)) ou bien l'inflammation, franchissant la valvule iléocæcale, produit une diarrhée qui entraîne une mort consomptive:

Le passage à l’état aigu donne toujours des maladies extrêmement graves et fréquemment mortelles, à cause des altérations vb | que l’entérite chronique avait produites. )

Tel est le tableau fidèle de cette molles qui trop souvent succède à l’emploi des purgatifs répétés, à celui des eaux minérales sulfureuses, et aux médications spécifiques que l’on emploie pour combattre le ténia. Nous ne nous engagerons point dans la partie thérapeutique, qui doit être traitée en commentant les propositions qui lui ont été consacrées.

Quant aux altérations organiques ; elles n’ont de particulier que ce qui dépend des tissus affectés, et rentrent dans ce que nous avons dit ailleurs des dé: Lo “ER produites par l'irritation.

Pour embrasser toutes les nuances d’entérite chronique que nous venons de signaler, la proposi-

tion CXLVI doit être modifiée de la manière sui- |

vanlie :

Des borborygmes sans douleurs; ensuite des coltques, d’abord ombilicales, puis fixées à une région de l'abdomen, sans ténesme, sans selles consécutives, avec une tuméfaction rénitente , douloureuse à la pression, caractérisent l’entérite apyrétique du jéjunum et de l’iléum, tant que les symptômes de la péritonite aboli n'existent pas. |

"4 &- Le

Les ganglions lymphatiques du mésentère ne s’enflamment que par l'effet de l’entérite, et cette double phlegmasie prolongée constitue le carreau.

C’est dans la première édition de l’Examen, qui parut en 1816, que pour la première fois l’auteur publia que le gonflement des glandes mésentériques, pendant l’entérite, était déterminé par le même mécanisme que les bubons de l’aine chez ceux qui ont des chancres au pénis, etc. On pensait autrefois que l’inflammation et l'engorgement de ces glandes constituaient une maladie particulière, indépendante de la fièvre, ou que cette fièvre en était un effet. L’entérite des enfans était méconnue. On attribuait la fièvre à l’engorgement du mésentère. Le mot inflammation n'était même pas prononcé, et sur l’état chronique apyrétique on n'avait d’autre théorie que celle d’une lymphe trop épaisse ou coagulée par le vice scrofuleux, qui s’arrêtait dans les landes conglobées du mésentère , comme elle s’arrête quelquefois dans celles du cou ou de toute autre partie extérieure.

Cette théorie a subi le sort qui lui était réservé : on sait présentement que les inflammations de la membrane muqueuse desintestins grêles se réfléchissent dans les ganglions correspondans ; mais on peut encore mettre en doute s’il n'existe pas quel-

( 285 ) ques . cas, d’inflammation ou de subinflammation primitive de ces ganglions. Pour les inflammations, nous oserions répondre négativement; quant aux subinflammations, nous serions moins hardis : toutefois , nous pourrions affirmer que nous n’avons point d’exemple de développement des ganglions du mésentère, antérieur à toute irritation de la membrane muqueuse.Les malades moissonnés par la pneumonie chronique offrent souvent des ganglions mésentériques dans un état tuberculeux; mais on leur trouve constamment des ulcérations dans les intestins grêles, et l’on remarque qu’ordinairement les engorgemens glandulaires y correspondent. Au surplus, quand cette correspondance ne serait pas bien marquée, on n’en pourrait tirer aucune conclusion ; car l’inflammation ne reste pas toujours fixée au même point dans la muqueuse : elle la parcourt en tous sens, et, comme elle se dissipe plus facilement que celle des ganglions ; comme ceux-ci, quoiqu'ayant perdu leur inflammation, peuvent rester engorgés, suppurants, endurcis, tuberculeux, en un mot, il doit arriver souvent qu’on les rencontre dans cet état vis-à-vis d'une région de membrane muqueuse qui n’offre aucune trace de phlegmasie. Souvent aussi l’inflammation cesse autour d’une ulcération intestinale, lorsque le sang a été révulsé par un point d'irritatior qui ne s’est développé que les derniers jours de la vie. C’est ce qui arrive fréquemment aux phthisiques chez qui la diarrhée ne paraît qu'à cette époque , ainsi qu'à ceux qui sont enlevés par une explosion subite de gastrite , par un.

surcroît d'inflammation pulmonaire , par une pléurésie, une péricärdité foudroyante , par une apoplexie, ou qui périssent par une attaque imprévue d’hémoptysié. Dans presque tous ces cas on trouve les intestins grêles décolorés ; mais les traces de l’ancienne phlegmasie n’en existent pas moins, et l'on peut les reconnaître dans la mémbrane muqueusé , aussi bien que dans lés ganglions du mésentèré.

La différence la plus remarquable que l’on observe rélativement à l’affection des ganglions, entre les divers sujets affectés d’entérite, tient à la constitution du système lymphatique. Ceux qui l'ont fort irritable ‘offrent toujours des ganglionites, pour peu que léhtérite ait été chronique : c’est ainsi qüe, parmi les enfans qui succombent à cette maladie, il ne s’en trouve presque aucun qui soit exempt de ganglionites ; tandis que les adultes n’en paraissént affectés que lorsqu'ils tiennent du témpérament de l’énfancé, c’est-à-dire lorsqu'ils ont conservé uné disposition marquée aux irritations du système lymphatique; ce qui, presque toujours, est manifesté par quélques autres maladies du même CRUE

Nous devons diré éépendant que la constitution atmosphérique contribué au développement des ginglionites du mésentère { nous avons rencontré des arinées où ces affections existaient dans presque tous les Sujets enlevés par les gastro-éntérites , soit aiguës’, Soit chroniques, ét nous avons noté qué Ja saison avait été pluvieuse ét humide, tandis que,

( 285 ) dans le cours des étés secs et brûlans , les cadavres n’en présentaient ordinairement aucune trace:

CXLVIIE.

Les ganglions du mésentère ne, s’enflamment point par la péritonite simple.

C'est ce fait, observé un très grand nombre de fois, qui a suggéré à l’auteur la proposition. Quelquefois , cependant, dans les engorgements du tissu cellulaire du mésentère et de l’épiploon, à la suite des péritonites chroniques, on trouve, au milieu des muscles lardacés et des tissus AUS k squirrheux, encéphaloïdes ou mélanosés ( ces mélanoses, proviennent du sang éxtravasé ), on trouve, disons-nous, des ganglions tuberculeux. Alors il put examiner scrupuleusement la membrane muqueuse des intestins grêles : on ÿ trouve ordinairement des ulcérations ou quelque autre trace d'entérite, et le commémoratif nous apprend que LE a débuté pañ la surface interne. du canal digestif.

L'hépatite est consécutive à 14 gastro-entérite , quand elle ne dépend ] pas « d une vio-

lence extérieure...

ii f

.* La { Are joe

La # ästro-entérite chronique est la eause

ti

( 288 ) des engorgements hépatiques et des foies jaunes et gras, même chez les phthisiques.

Ces deux propositions ne peuvent être SÉPARE EE ; car l'irritation chronique du canal digestif n agit point sur le foie autrement que la gasiro-entérite aiguë, et c'est ce mode d'action qu'il s’agit maintenant de développer.

Le foie, par son volume et par la quantité énorme de sang qu’il contient , a fixé de tous temps l’attention des médecins. Les anciens le considéraient comme le laboratoire du sang. Ils le regardaient comme le centre et l'origine des veines. Ils avaient remarqué qu'il est le premier dépôt du sang chez le fœtus ; en fallait] davantage pour lui donner beaucoup d'importance ? On reconnut dans la suite qu'il était l’organe sécréteur de la bile ; et, comme cette humeur passait pour jouer un grand rôle dans l’économie, le foie n’en devint que plus intéressant aux yeux des médecins : il était la source d’une des quatre bumeurs car ‘dinales, et cette humeur semblait imprimer au tempérament un caractère particulier ; elle paraissait aussi être la source d’une foule de maladies. Que de motifs pour exciter la sollicitude des

ens de l’art sur le bon et sur le mauvais état. du foie ? Aussi, pendant tous les siècles qui ont précédé l'ère physiologique, a-t-on presque toujours rappor té à cet organe la majeure-partie des maladies du canal digestif. Il est vraique la veine-porte partagea jusqu’à un certain point sa célébrité, lorsqu'on eut entendu répéter le cri d'alarme des. stabliens :

Vena portarum, porta malorum ;mais l’importante fonction de fabriquer l’un des principaux mensirues de la digestion ramenait ctaujonrs l'attention des médecins, vers le foie. Tous les états fébriles , avec douleur .ou rénitence, dans Yhypochondre. droite étaient considérés conne, des hépatites, même re que le toucher indiquât une tuméfaction manifeste du foie, et l’on décrivait cette maladie comme l’une des plus fréquentes de, ,nos affections. Plusieurs médecins: avaient placé le Siége de. la: fièvre jaune dans le, foie : aussitôt qu'une personne éprouvait un dérangement d’appétit, que la bouche était amère ,;:la langue;et la conjonctive jaunes, que le malade vomissait de la bile,, ou avait quelques selles bilieuses, on accusait le foie, sans songer au canal digestif. Les affections bilienses des anciens étaient devenues des affections hépatiques.

Cependant, lorsque les nécroscopies . se: furent multipliées en, Europe, on reconnut que, le foie était moins souveut, enflammé qu’ on ne l'avait i Amaginé ; : alors on donna} à ces maladies le nom de gastriques,, mais .On: était loin d'y voir des inflammations :.c'étaient des embarras, des turgescences bilieuses ‘ou, saburrales. Le foie y participait, mais il n'en était plus le siége nique.

Toutefois, dans les cas où des personnes à ‘dails leurs assez bien portantes ,éprouvaient une douleur fixe et profonde dans de fond de lhypochondre droit, onine manquait pas de s’en prendre à l’obstruction du foie, comme l’on s’en prenait à celle de

.X.. Path. 19 f

( 290 ) Ja rate, quand la même douleur se faisait sentir sous les côtes asternales du côté gauche.

L'auteur des propositions que nous commentons osa fronder cette théorie si accréditée. Après avoir démontré que les embarras gastriques sont des nuances de la gastrite , il fit voir que les véritables hépatites sont des maladies fort ‘rares, et que la plupart de celles que les auteurs décent sous ce nomsontdes gastro- -ducdénites ou de simples inflammations , Soit aiguës , soit chroniques du duodénum. Déjà M. le professeur Pinel avait dit que l’on ne pouvait méconnaître une irritation fixée sur le duodénum dans ce que l’on appelle fièvres bilieuses , mais cet auteur n'avait point rapporté cette irritation aux phlegmasies ; et, fidèle à la pratique des änciens, il continuait de la traiter par les vomitifs. [l méconnaissait aussi la coïncidentede l’inflammation des autres intestins grêles dans ses fièvres gastriques , ainsi que la véritable cause de la ‘prostration qui survient pendant le cours de ces maladies ; et ces fièvres : * malgré l'ivritation duodénale, n'avaient point cessé d’être essentielles. L'irritätion duodénale de ce professeur n ‘était qu'un épisode, une sorte ‘de complication qui ne changeait rien au Caractère de l'entité essentielle , ou qui ne la modifait qu’ en fournissant ratalrés des vomitifs. Certes, ce n'était point là la véritable théorie des irritalions gastro-duodéno-hépatiques. Aussi celle du nosographe n’avait-elle changé en rien l’ancienne pratiqué. De toute part on répétait avec lui l’emploi des émétiques dans les maladies aiguës, chaque

fois que la langue devenait saburrale , ét qu Al ÿ avait des nausées ou des vomissemens bilieux avée redoublement de sensibilité à l’épigastre où dans l'hypochondre droit, et celte pratique amenait pres. que Pit l'état ddptiatique | comme il ést facile de s’en convaincre en lisant l’ ouvrage de’clinique de ce professeur. Quelques malades se tiraïent d'affaire par la révulsion des vomitifs ; et ces cures, dont la cause n’était point expliquée, servaient à encourager les praticiens et à propager l'erreur. |

Tel était l’état de la théorie médicale, lorsque 146 teur des propositions proclama qu'ordinairément, hors les cas traumatiques, le foie n'est irrité que consécutivement à l'estomac, aux intestins grêles, et surtout au duodénum; que lasupersécrétion bilieuse est produite, dans les phlegmasies muqueuses duü canal digestif, comme elle l’est dans l'acte de la digestion, c’ést-à-dire par la stimulation de la surface interne des voies gastriques ; que , lorsque l’inflammation prédomine vers le pylore et dans l'intestin duodénum, le foie est plus influencé que lorsqu’elle occupe toute autre région du canal dé la digestion ; que l’on prend fréquemment pour des douleurs du foie des douleurs qui ont leur siége dans le pylore et dans le duodénum, ét que l’on voit souvent des hépatites là où, dans la réalité, il n'existe que des gastro- -duodénites ; que cette erreur est commise dans } état chronique aussi bien que dans l’état aïgu , et que les obstructions commencäantes du foie ne sont, le joue souvent , que des duodénites; enfin'il'établit qu’à force de recevoir sppattqément

l'irritation des surfaces muqueuses voisines, le foie peut s’affecter idiopathiquement : ce qui, dans l'état aigu, peut donner de véritables hépatites, et, dans l'état, chronique, divers genres d’altération dont le plus ordinaire est ce qu'on appelle les foies gras.

On avait remarqué que les sujets qui périssent de la, .consomption pulmonaire, présentent souvent ce genre d’altération : on ne savait d’abord à quoi l’attribuer ; mais les chimistes modernes vinrent au secours des médecins,, et proposèrent, pour en rendre comple, une théorie toute nouvelle. Suivant eux, l'hydrogène, qui forme la graisse, se trouvant rendu au sang par la résorption de cette humeur , pendant le progrès du marasme, allait le déposer dans la substance: du foie..Ils se fondaient sur une opinion des anciens , Qui pensaient que les principaux matériaux de la:sécrétion biliaire sont fournis par la graisse du mésentère. Îl n’était donc point étonnant que cette huile animale , venant à se fondre de toutes parts, à raison de la chaleur de la fièvre, fût recueillie par la. yeine-porie, et se trouvât dans le foie en si grande abondance, qu'elle ne pût être employée en totalité à la fabrication de la bile. Cette hypothèse,

comme on le sent à merveille, ne s’appliquait

pas moins aux autres états tabides qu'à celui des poumons.

Voilà ce.que l’on possédait de Giass satisfaisant sur les foies gras avant que la doctrine physiologique eût vu: le. jour. Quant aux personnes à foie, gras dont.le,tissu cellulaire était rempli de graisse, on se Llirait d’ affaire en assurant que la surabondance

( 295 ) de ce liquide était si grande chez elles, que, sans avoir besoin de maigrir, elles avaient pu engratbher du foie aussi bien que d’ailleurs. *

Il se présentait cependant une difficulté : c’est que l'analyse des foies prétendus gras n’offrait pas ordinairement de la véritable graisse , mais une subslance albumineuse teinte en jaune par la partie colorante de la bile, ou une sorte d'adipocire. Pour notre compte, nous avons plusieurs fois fait analyser des portions de foies jaunes, et jamais on n’y a trouvé une graisse semblable celle du tissu cellulaire. Cette circonstance, jointe à la coïncidence des inflammations du duodénum et souvent de la portion supérieure du jéjunum, doit à la fin fixer la théorie de ces foies gras. Il n’est plus possible d’attribuer cet état à d’autre cause qu’à l'irritation. D'ailleurs , quand la vraie graisse s’y rencontrerait, cela ne prouverait rien contre la nouvelle assertion : en effet, s’il est vrai que la graisse est un des matériaux de la bile, elle doit être d’autant plus fortement attirée vers le foie, que cet organe est forcé, par l'irritation gastro-duodénale , à une sécrétion plus abondante ; s’il n’est pas yrai qu'elle serve à cet usage, elle peut encore être attirée vers le foie surirrité , dans un moment où les humeurs en sont remplies, soit à raison de sa surabondance dans les üssus cellulaires, soit à cause de la résorption qui en est faite pendant les progrès du marasme ; et c'est de l’une ou de l’autre de ces manières que doivent se former les foies gras chez les animaux de basse-cour, que l’on gorge d’alimens pour les‘dé-

lices de nos tables. Ils périssent avec une gastroentérite semblable à celle des gourmands de notre espèce, et: leur foie, dont l’action sécrétoire a été prodigieusement exagérée, se présente dans un état d’hypertrophie causé par la surabondance des matériaux qui servent à la confection de la bile. Quant aux Cas, el ce ne sont pas les plus rares, Où le foie se gorge de lymphe, ils n’ont rien d’étonnant, puisque l'organe contient beaucoup de vaisseaux Jymphatiques. On ne peut être surpris, par la même raison, de rencontrer dans le foie des tubercules, des encéphaloïdes, des kystes, et autres productions semblables à celles que l’on remarque dans tous les autres viscères. N’est-il pas, aussi bien qu'eux, pourvu d’un tissu cellulaire servant à l’union et au soutien de son système vasculaire, et ce système lui-même n'est-il pas extrêmement diversifié et compliqué?

En réfléchissant aux fonctions du foie, et en les comparant chez le fœtus et chez l'adulte , nous avons été conduit à les considérer comme étant de deux ordres différens.… Des deux fonctions de ce viscère, la première en date comme en importance est relaüve à la circulation. Le foie s’en acquitte en servant de dépôt au sang et en le transmettant au cœur chez le fœtus. Lorsqu'après la naissance la route de la veine ombilicale est oblitérée, le foie reçoit encore le sang de la veine-porte , et une partie de ce liquide se répand dans son parenchyme, et communique avec celui de l’artère hépatique, pour retourner, confondu avec lui, dans la veine-cave, non loin du cœur. C’est àmsi que ce dernier viscère a constamment auprès

de lui un dépôt de sang qui renforce le torrent de celui que la veine-cave rapporte des extrémités inférieures; et si, par quelque circonstance, ce dernier venait à être intercepté, le cœur trouverait toujours dans ce dépôt, dont la source est dans le canal digestif et dans la rate, de quoi entretenir la régularité de ses pulsations. D'autre part, il est des cas où le sang est porté en abondance danses vaisseaux mésentériques, par exemple, durant les courses violentes: ce sang retourne vers le cœur avec une célérité correspondante ; mais que deviendrait-il s'il ne trouvait dans la rate et dans le foie des tissus propres à lui servir de dépôt ? I] dilaterait à l’excès la veine-porte et la veine-cave, il les déchirerait peut-être. Maïs:si, pour prévenir ces ruptures, la nature avait augmenté la dilatabilité de ces veines, elles deviendraient variqueuses, le sang y développerait des poches énormes, dans lesquelles il ne manquerait pas de se coaguler, source continuelle d’une infinité de maux, et qui entraînerait souvent l’interception du cours > ce fluide et la mort. Ce malheur serait inévitable ; car l'expérience démontre que, toutes les fois que lesang est accumulé en grandes masses dans un espace quelconque du corps vivant, il y forme des eaïllots qui ne cessent de prendre de l'accroissement jusqu'à ce que la cavité en soit entièrement remplie. Les anévrysmes des artères en fournissent la preuve incontestable; le cœur lui-même n'est pas à abri de ce genre d’oblitération, comme le démontrent les dilatations excessives de cet Organe.

Or,en donnant au sang, pour lui servir de dépôt,

( 296 ) un système capillaire tel que celui du foie, la nature a paré à tous ces inconvéniens. La première fonction du foie est donc relative à la circulation du sang. R

La seconde est connue depuis long-temps: c’est celle de sécréter un liquide indispensable au complément de la digestion.

En partant de cette double donnée , on se rend fort bien raison des états pathologiques du foie. Les obstacles que le sang trouve à traverser le cœur et les poumons doivent nécessairement produire la turgescence sanguine du réservoir hépatique; mais ils ne tendent pas également à à y faire naître l’inflammation. L’irritation du canal digestif donne toujours un nouveau degré d’activité à la sécrétion de la bile, et porte quelquefois l'érection vitale du foie au degré où elle prend le caractère de la phlegmasie. Mais lorsque cette transformation n'arrive pas, le foie s’engorge du moins, non seulement de sang, comme dans les obstacles précités, mais aussi de Iymphe; car tout son système capillaire est surirrité ; et cette lymphe, qui n’est autre chose que de l’albumine plus ou moins mêlée de matière gélatineuse et d’une sorte d’adipocire , se colorant avec la bile déjà formée, donne au foie cette teinte et cet aspect’ qui le fait appeler gras. Mais, dans tous les cas, on ne saurait disconvenir que c'est au phénomène de l'irritation que l’on doit rapporter ces sortes d’altérations de la texture du foie, et que cette irritation se développe sous l'influence de celle du canal digestif. |

Les applications de cette théorie à la pratique sont

très faciles. Détruisez les obstacles au passage du sang à travers les organes contenus dans la cavité thoracique, vous préviendrez l’engorgement purement sanguin du foie ; empêchez l'irritation de l’estomac et du duodénum de tourmenter pendant long-temps le foie en le forçant à l’action, vous empêcherez la formation des hépatites, la dégénération du foie et les altérations de ses canaux excréteurs; car l’expérience fait voir à tous les praticiens que le foie ne se développe au point de dépasser le niveau des côtes asternales, que chez les individus qui ont longtemps souffert de la gastrite et de l’entérite des différens types, ou des obstacles au cours du sang dans la cavité pectorale.

Telle est la théorie consacrée par la médecine physiologique, sur les rapports des affections du foie avec celles du canal digestif, et des organes de la circulation et de la respiration. Cette théorie, jointe à celle qui a été développée un peu plus haut, sur les irritations des ganglions mésentériques, renverse de fond en comble tout ce que les auteurs ont écrit depuis la naissance de l’art sur les engorgemens et les obstructions du bas-ventre. Cette doctrine a été développée, en ce qui concerne les rapports du duodénum avec le foie, dans la dissertation inaugurale de Casimir Broussais, soutenue, en 1825, à la faculté de médecine de Paris.

Nous aurions pu, à cette occasion , nous occuper du mode physiologique des affections de la rate;

(1) Sur la duodénite chronique; Paris, 1825; chez mademoisellé Delaunay, libraire, rue Saint-Jacques, n° 1.

mais ce serait nous écartér de la proposition qué nous Commentons. Nous nous côntenterons de diré que là rate ést liée avec le bas-fond de l'estomac par des rappôrts fort étroits; qu’ellé partage fréquemment lés irritätions de cette région du véntricule ; que lés douleurs profondes de l’hÿpochondre gauche, ävec lésion de la fonction digestive, précèdent et préparent les äffections de là rate , et sont souvent pour elle ce que les irritations du duodénumi sont pour lé foie. Au surplus, en mettant en avant ces assértions, nous ne prétéendons pas avoir tout dit sur la pathobénie des affections de la rate: Nous âu< rons occasion d'y revenir en traitant des irritations intermittentes, et de rappeler ce qué nous venons d'établir sur le rôle que joue cé singuliér viscère dans lés cas d'accélération du cours du sang.

CLT.

L'hydrôpisie des personnes qui ont abusé des boissons alcooliques, des purgatifs, etc. , est l’effet d’une gastro-entérite chronique qui a envahi toute l’épaisseur du canal digestif, du foie etc., et qui a pénétré lentement au péritoine.

Depuis que les écoles dynamiques se sont fondues dans lé brownisme, on à considéré les hydropisiés des buveurs comme des effets de la faiblesse indirecte , tandis qu'avant cette époque on les attribuait

aux obstructions du bas-ventre causées par l’épaississement et la coagulation des sucs lymphatiques. Quant aux purgatifs, les anciens médecins n'avaient garde de les accuser de produire d. hydropisie , puisqu'ils les administraient dans l'intention de résoudre les engorgemens , qu'ils regardaient comme la cause la plus ordinaire de ces maladies. Mais lorsque le brownisme fut en pleine vigueur, plusieurs médecins, adoptant la théorie de Cullen, crurent que les purgatifs pouvaient, comme débilitans, devenir la cause déterminante des hydropisies. Ainsi les mêmes médecins qui attribuaient l'hydropisie des buvyeurs à la faiblesse indirecte, s'en prenaient à la faiblesse directe pour expliquer celle qui suit l'emploi inconsidéré des purgatifs et des fondans.

Toutefois les écoles modernes n'étaient pas assez exclusivement browniennes pour que tout le monde füt d'accord sur la débilité comme cause suffisante des hydropisies des personnes qui avaient abusé de la bonne chère et des liqueurs alcooliques. Il y avait encore beaucoup de praticiens qui, sans parler comme les chémiatres, de coagulation produite par l'alcool ou par les acides, attribuaient les hydropisies qui sont précédées des douleurs de ventre et du dérangement des digestions, à des empâtemens ou à des obstructions dont ils ne se permettaient pas de donner l’explication. Mais enfin la majorité s’accorda avec les anatomo-pathologistes modernes pour substituer les vices organiques aux obstructions.

Toutefois ce changement dans les expressions n'en avait point produit dans la pratique. Il n’y

avait en général que deux méthodes, qui consistaient, l’une, et c'était la plus ancienne , à stimuler par les purgatifs et les prétendus fondans, c’est-àdire en évacuant'; et l’autre, à stimuler par les toniques fixes ou diffusibles, je veux dire sans provoquer d'évacuation. Rien de plus curieux pour le physiologiste que de voir des médecins administrer des amers, des aromatiques, des antispasmodiques, dans l'intention de fortifier des malades dont l’abdomen était devenu douloureux et gonflé à force de faire usage des alimens succulens et des boissons les plus fortifiantes. Telle était cependant la pratique prédominante; elle n’était balancée que par celle des médecins qui prodiguaient le calomel à la suite des saignées les plus abondantes. Quant aux expectans, qui se bornaient au petit-lait et aux sucs d'herbes jusqu’à ce que la saison des eaux vint les sortir d’embarras, on ne peut les considérer que comme une sous-division de ces derniers; ils appartiennent manifestement au système des obstructions , dont ils ont rejeté les explications, mais dont ils ont adopté tous les moyens, avec plus de ménagement, comptant sur une coction et sur des crises lentes et répétées. Je dois encore indiquer les contro-stimulistes , sorte de médecins hybrides, qui allient la pratique des fondeurs et des désobstructeurs à la théorie de Brown, qu’ils ont retournée. En effet, ils emploient les mêmes moyens que les humoristes, et même avec une audace beaucoup plus grande, dans les cas de douleur avec tuméfaction de l’abdomen, assurant que Jes amers, les purgatifs drastiques,

( 301 ) les sels neutres , agissent en calmant d’une manière directe la diathèse de stimulus que les excitans avaient établie dans les viscères du bas-ventre.

Si nous avons fait mention de toutes ces méthodes thérapeutiques, c’est qu’elles se placent à côté des boissons alcooliques comme causes de ce genre particulier d’hydropisie que signale la proposition CLI. En effet, 1l s’agit toujours d’intestins que l’on a stimulés lorsqu'ils l’étaient déjà trop par la nature de leur affection primitive ; de foies , de rates, de ganglions mésentériques et de tissus cellulaires abdominaux, qui ont secondairement participé à l’irritation chronique de la membrane muqueuse; enfin du trouble que cet état pathologique a produit dans les fonctions de la surface séreuse et dans celle des absorbans qui lui correspondent.

Toutes les personnes affectées de gastro-entérites chroniques ne deviennent pas hydropiques. Les sujets maigres , nerveux ,irritables, ceux qui souffrent le plus, per nets dans le marasme, tantôt avec de la fièvre hectique , et quelquefois avec la diarrhée, Sans être exempts de la terminaison marasmoïde, les gens robustes , gras, et les indolens, sont plus exposés à Pb dans l’hydropisie, DA être parcequ'ils supportent plus long-temps la phlegmasie chronique sans qu’il se développe de réaction ner- veuse ou fébrilé ; aussi, chez eux, les viscères sont altérés de la manière la plus profonde , les forces épuisées, et l'hydropisie imminente, avant que les symptômes aient acquis assez d'intensité pour alarmer les malades. C’est ce que nous avons observé

chez un grand nombre de buveurs robustes, doués d’un embonpoint considérable, et surtout renommés, dans leur cercle, par la facilité avec laquelle ils supportaient des doses considérables de boissons fermentées sans être enivrés. Après de longs excès impunément répétés , il se formait chez eux des entéro-hépatites, dont les premières attaques cédaient sans difficulté aux moyens antiphlogistiques, quelquefois même à l'emploi des purgatifs ; mais la continuation du genre de vie ne manquait pas de renouvelér ces affections, ce qui toujours était plus facile quand on les avait AE par la stimulation évacuativé. Bientôt il n'était plus possible de s’en rendre maître; l’ascite se déclarait, lhy dropisie se propageait, et la nécroscopie mettait en évidence, outre l’inflammation , déjà passée au brun et au noir dans la membrane muqueuse gastro-intestinale , l’épaississement de tout le canal, un état d'opacité et même une altération tuberculeuse du péritoine , sans parler de la tuméfaction et de la dégénérescence du foie, des ganglions et du tissu cellulaire épiplo omésentérique. Cette dernière altération est toujours en rapport avec celle du péritoiné, comme celle des ganglions Corr espond à la phlegmasie ulcéreuse de la membrane muqueuse des intestins.

C’est donc à la subinflammation des tissus sérocellulaires et des absorbans de l'abdomen, et non pas à l'épuisement pur et simple du ton où de l'irritabilité dontils sont doués , qu’il faut attribuer les ascites qui succèdent aux longués simulations du canal digestif; mais le médecin ne doit jamais per-

(305 ) dre de vue que l’irritation provocatrice de tous ces désordres $e passe sur la surface interne du canal digestif, et se lie par conséquent à toutes les autres nuances de l'inflammation de cette membrane. Tels sont les faits que rappelle la PipAauHaD que nous venons de commenter,

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