Palh. I
pratique a rendus compétens pour prononcer en pareille matière.
« Mais, nous répondront ceux qui n'ont pas assez réfléchi, vous abandonnez donc voire théorie favorite? N'avez-vous pas dit ailleurs que le délire des maniaques ne différait de celui des personnes attaquées d'encéphalite aiguë que par le degré ? » Oui certes , nous l'avons dit , et nous le répétons encore : le délire est toujours pour nous la preuve d'une irritation de l'encéphale , et nous avons prouvé tout récemment, en dissertant sur diverses propositions , que toutes les érections vitales morbides capables d'agiter le cœur et de réveiller des sympathies, en agissant sur les principaux organes, sont des nuances de l'inflammation ; mais nous avons dit aussi que toutes les inflammations ne produisent pas la suppuration, etc. , etc. Or l'espace d'inflammation qui donne lieu aux symptômes de la folie peut offrir toutes ces variétés : dans son début, elle excite le cœur et l'appareil musculaire ; elle exalte le phénomène de la colorification ; elle dénature plusieurs sécrétions; elle produit des concentrations d'action dans certains organes , aux dépens de la vitalité de plusieurs autres; et l'estomac, quand il n'en est pas la cause première, reçoit toujours de .cette nuance de phlegmasie une influence irritative des plus prononcées. Si plus tard ces phénomènes disparaissent, sans que la raison se rétablisse, la modification du cerveau qui les avait fait naître n'a point changé de nature : c'est toujours une érection vitale morbide ; elle entretient constamment quelques phénomènes
( i63 ) d'irritation, et, à certaines e'poques, on la voit recouvrer son activité' première et provoquer de nouveau les irritations sympathiques de son de'but; mais elle peut , malgré cette extrême activité, n'être pas assez intense pour produire des désorganisations appréciables, et se borner aune congestion sanguine plus ou moins considérable, conséquence inévitable des érections vitales long-temps répétées. Les expansions nervoso-sanguines des membranes de rapport en fournissent des preuves assez multipliées.
S'il est vrai que l'irritabilité et la sensibilité se dépravent dans la peau , dans les organes des sens externes , dans ces mêmes surfaces muqueuses viscérales que nous avons prouvé être des sens internes , et dans les appareils sécréteurs associés aux fonctions de ces membranes , sans que l'irritation qui les occupe ait une tendance quelconque à la suppuration , sans qu'elle produise des désorganisations appréciables; si les muscles peuvent contracter une mobilité convulsive qui ne permet plus à la volonté de les diriger au gré du principe intelligent, sans que leurs nerfs soient suppures ni désorganisés , nous ne voyons pas pourquoi la portion de la substance cérébrale qui préside aux phénomènes intellectuels ne serait pas susceptible d'un pareil mode de lésion; pourquoi elle ne pourrait pas, après la mort, n'offrir d'autre changement qu'une injection sanguine , ou même n'en laisser voir aucune trace , lorsqu'une irritation nouvelle aurait attiré le sang vers un autre organe quelque temps avant la mort.
Ces sortes de décolorations des vieux foyers de phJegmasie , par de nouveaux points d'irritation, ne sont point une chose rare en anatomie pathologique : il n'est pas un seul cadavre qui n'en offre plusieurs exemples à la suite des maladies de longue durée. On peut conclure, ce nous semble, de ce qui vient d'être dit, et de plusieurs autres faits que nous n'avons point relate's, qu'un excès de mobilité dans les appareils nerveux encéphaliques peut produire le délire , comme le défaut de cette mobilité devient quelquefois la cause de la stupeur et de l'idiotie ; que cette mobilité peut tenir à l'affection du tout et d'une ou plusieurs régions de cet appareil ; que cette mobilité peut avoir également sa cause provocatrice dans l'encéphale et dans les viscères qui correspondent le plus étroitement avec lui ; que , dans ces cas, comme dans ceux où la cause est fixée dans le cerveau, l'irritation peut, chez les uns, tendre à la suppuration , chez les autres , se borner à produire un engorgement sanguin , une suppuration , ou bien une subinflammation, ou enfin une simple exhalation séreuse ; que , chez des individus différemment constitués ou prédisposés, les irritations de l'encéphale les plus inflammatoires produisent difficilement le délire, même dans l'état aigu, ce qu'atteste une expérience irrécusable ; et que , chez ces mêmes sujets , les irritations chroniques ne l'occasionent pas , mais se bornent à entraver l'exercice de la pensée, à détruire successivement les différentes facultés morales, comme l'attention, lamémoire, l'aptitude à recevoir ou à féconder les im-
( i65 ) pressions arrivées par certains sens , et affaiblissent plus ou moins la faculté locomotrice.
Pour ce qui est de la stupidité et de l'idiotie, il est encore certain, selon nous, que ces lésions, tout aussi bien que les paralysies , peuvent être un produit de l'irritation sanguine encore existante , qui entretient un engorgement trop considérable , ou bien une suite de l'irritation sanguine déjà éteinte, mais qui a laissé à sa place un engorgement subinflammatoire, un ramollissement, une suppuration, une accumulation de fluides sanguins ou séreux.
On voit que nous subordonnons toutes ces lésions à l'irritation, et qu'ainsi nous n'avons point abandonné notre théorie ni cessé d'être conséquent avec nous-même.
Nous avons avancé que l'aptitude à contracter le délire tenait à l'irritabilité du cerveau. En effet, les différences qui existent entre les hommes sous ce rapport sont infinies, et nul ne peut juger par luimême de l'irritabilité morale d'un autre. Les impres-< sions sont donc senties à différens degrés par chaque individu. Ceux chez qui elles lé sont peu ne deviendront jamais fous. Mais un degré modéré de cette irritabilité n'est pas la seule condition qui nous préserve de l'aliénation mentale ; on peut sentir beaucoup et n'être pas sujet au délire : il existe chez nous une force de réaction équilibrante qui agit contre toutes les causes possibles d'excitation. Or cette force varie dans les différens foyers viscéraux. Tel ne réagit pas avec assez de vigueur pour conserver l'équilibre dans les voies gastriques, dans
( 166 ) les poumons, à la suite d'une impression violente des modificateurs particuliers de ces organes , qui se remet facilement dans la juste mesure d'action après avoir éprouvé une forte commotion morale. Tel autre , dont la raison cède presque sans résistance à l'influence des passions, possède dans les viscères des cavite's inférieures une puissance d'équilibre qui le met à l'abri des congestions inflammatoires et des affections nerveuses de ces viscères.
A quels signes extérieurs pourrons-nous recourir pour constater la prédisposition au délire ? On est tenté de la fonder d'abord sur la vivacité des sensations, ensuite sur le peu de volume de la région antérieure des hémisphères qui correspond à l'os frontal et aux yeux, région qui constamment se montre développée en raison de l'intelligence. Ce dernier vice d'organisation constitue en effet une prédisposition quand il se joint au premier ; car alors les parties latérales et postérieures de l'encéphale, qui sont, d'après les cranologues, destinées aux phénomènes instinctifs , deviennent prédominantes, et déterminent, dans tous les cas d'irritation un peu vive , le triomphe de l'instinct sur les facultés intellectuelles.
Cette explication est bien quelque chose , mais il ne faut pas lui donner une importance exclusive. Si les maisons d'aliénés présentent beaucoup de sujets à front rétréci ou déprimé, elles ne laissent pas d'en offrir quelques-uns doués de la plus belle conformation ; et, d'autre part , les familles à front mal développé ne fournissent pas toujours des exemples
( .6, ) d'aliénation mentale. C'est donc le mode de vitalité qui joue le principal rôle dans la prédisposition qui nous occupe. Ne peut-on pas , d'après ces données , émettre les propositions suivantes , qui se rattachent d'elles-mêmes à ce qui a été dit sur les passions et sur les facultés intellectuelles dans le Traité de physiologie appliquée à la pathologie ?
Le délire est toujours dû à l'irritation du cerveau, mais un certain développement de la portion de ce viscère qui préside aux facultés intellectuelles le rend plus difficile. Les organes reproducteurs et ceux de la digestion exerçant , dans l'état normal , une très-grande influence sur l'intelligence, comme destinés à provoquer des actes instinctifs fortimportans, auxquels la volonté doit concourir, sont aussi ceux qui , dans l'état d'irritation morbide , ont le plus de pouvoir pour dépraver la raison. Or, si la portion du cerveau d'où dépend cette faculté est déjà naturellement faible , à raison de son développement imparfait, il est clair que l'irritation de ces viscères aura plus de facilité à la suspendre ou à l'abolir.
Le développement le plus complet de la portion intellectuelle du cerveau ne tiendra pas contre les plilegmasies du plus haut degré qui se seront formées dans les grands appareils, comme le prouvent toutes les gastro-entérites très-intenses , etc. Lorsque ces phlegmasies n'existeront que dans des nuances compatibles avec la chronicité , cet heureux développement préservera de la folie les personnes chez lesquelles Virritabilité nerveuse ne sera pas ex-
cessive ; mais il ne pourra l'empêcher chez celles où cette irritabilité existera , c'est-à-dire qu'une phlegmasie modérée fera chez ces dernières ce que fait chez tous les sujets indistinctement une inflammation du plus haut degré d'intensité. Nous croyons même que l'on peut aller plus loin , et affirmer qu'un très-grand développement de la partie intellectuelle du cerveau, réuni à son extrême irritabilité, ce qui porte les facultés morales au plus haut degré possible , constitue une véritable disposition à la folie. Ce qu'il y a de bien certain , c'est que l'excès d'intelligence, de facilité à tout comprendre , à tirer des inductions de toute espèce de proposition, expose l'homme , même dans l'état normal , à des erreurs de jugement, comme si l'intelligence humaine était condamnée à ne pas dépasser certaines limites. Nous avons dit ailleurs que les hommes qui pensent trop, qui jouissent à un degré extrême de la faculté de se réfléchir sur eux-mêmes, de porter l'analyse à son dernier terme , ont une tendance prodigieuse à l'abstraction, ne sont plus entendus par les personnes raisonnables, ou finissent par ne plus trouver aucun motif d'action, ce qui les rend vacillans, incertains, et même sceptiques dans un degré qui choque le commun des hommes et qui rend leur conduite ridicule et puérile. Or nous pensons qu'une telle organisation est encore une prédisposition à la folie , parce qu'elle suppose , dans un cerveau très développé sous le rapport intellectuel, une irritabilité qui tend à dépasser les limites île l'état normal,
Les enfans sont moins exposes à la folie que les adultes. Peut-on se rendre raison de ce phe'nomène? Leur excessive irritabilité' ne devrait-elle pas les rendre fort sujets aux aliénations mentales? Sans doute ; mais d'autres raisons doivent aussi les en pre'server jusqu'à un certain point: en effet, leur faculté de penser étant imparfaitement développée, leurs impressions morales sont moins profondes que celles des adultes. Comme les enfans réfléchissent peu, les peines et les plaisirs les affectent beaucoup moins que les adultes ; ils ne peuvent élever à un aussi haut degré l'action vitale de la partie intellectuelle de leur cerveau , et par la même raison ils ne doivent pas la dépraver aussi facilement.
Cette explication est très-satisfaisante , dira quelqu'un, quand il s'agit de rendre raison des causes morales de la folie ; mais est-elle également applicable aux causes physiques? Pourquoi la gastrite chronique, si commune chez les enfans, y produitelle moins de folies que chez les adultes ?
Selon nous , cela peut dépendre de la cause déjà alléguée ; car si leurs facultés morales sont moins formées que celles des adultes , elles ne doivent pas être aussi exposées à se dépraver par l'influence sympathique d'un autre organe.
Nous ne savons jusqu'à quel point on trouvera cette explication plausible ; mais il nous semble que les parties qui agissent le moins dans chaque période de la vie sont aussi les moins exposées aux surirritations. Or, si l'on applique ceci à l'encéphale , on trouvera que la partie qui prédomine chez les
enfans est celle qui préside à l'instinct ; et l'expérience montrera que l'instinct ne manque jamais d'acquérir une prédominance vicieuse dans toutes les maladies irritatives du premier âge. Aussitôt qu'un jeune enfant éprouve une phlegmasie aiguë , il devient l'esclave de ses besoins : il repousse tout ce qui lui déplaît, recherche tout ce qui le flatte, et devient insensible aux conseils de la raison. C'est là son genre de délire , et il le conserve aussi longtemps que dure la maladie dont il est affecté. S'il ne commet pas autant d'extravagances que l'adulte , c'est uniquement parcequ'il a moins d'idées et moins de matériaux dans la mémoire.
Mais il délire , dira-t-on , et même très-facilement, dans les maladies aiguës ; pourquoi donc ne déliret-il pas autant dans les chroniques ? Nous répondrons que le délire des enfans au berceau , attaqués de maladies aiguës, n'est pas sensible , et qu'aussitôt qu'ils sont malades, ils redeviennent tout instinctifs; que le délire des enfans qui commencent à parler se borne à un petit nombre d'objets, et qu'ils sont plus affectés dans l'instinct que dans les facultés intellectuelles ; enfin, que si les enfans qui approchent de la puberté délirent dans leurs maladies aiguës , ils peuvent aussi délirer dans les chroniques, mais toujours beaucoup moins que ne le font les adultes. C'est toujours, dans ces deux nuances d'irritation, l'instinct qui souffre le plus, et qui, par son extrême prédominance , dissipe ou obscurcit le degré de raison qui avait pu se développer. La proportion de l'influence des maladies irritatives
( '7' ) sur l'intelligence nous paraît exactement la même dans les maladies aiguës et dans les chroniques de
cet âge.
Si les femmes sont plus exposées que les hommes à la folie , cela s'explique assez par l'extrême irritabilité'de leur système sensitif, qui rend leur imagination prédominante sur leur jugement ; ajoutez à cette première considération qu'en général la portion de l'appareil encéphalique qui joue le plus grand rôle dans les facultés de l'intelligence est moins développée chez elles que celle qui préside à l'instinct. On sentira toutes les conséquences d'une semblable organisation si l'on veut bien se rappeler ce qui vient d'être dit d'une manière générale sur cette question.
Les femmes, comme les enfans, sont plus instinctives que les hommes dans leurs maladies irritatives. Ce sont elles, après les enfans. qui nous offrent, dans l'état de maladie, les exemples les plus multipliés des caprices et de l'indocilité. Userait, ce nous semble, superflu de s'arrêter sur ce sujet; mais il peut être utile de prévenir une objection qu'on pourrait faire en rapprochant ce que nous venons de dire sur la prédisposition dépendante de la conformation de l'encéphale.
Nous avons avancé qu'un faible développement de la partie intellectuelle du cerveau favorisait la folie chez les adultes, et la rendait plus difficile chez les enfans. Ces deux propositions seraient-elles contradictoires? Non, sans doute , et en voici la raison : quelque peu développée que paraisse la portion ïn«
îellectuclle de l'encéphale chez les adultes, toutes les fois qu'ils sont raisonnables, elle Test assez pour faire qu'ils aient beaucoup d'idées, beaucoup de matériaux dans la mémoire ; elle l'est donc toujours assez pour qu'ils sentent très-vivement les impressions morales , et pour que la réflexion en soit vivement excitée. Ce qui manque à ces sortes de sujets ^ c'est la force de réaction qui rétablit l'équilibre de la raison après les stimulations excessives : ils ont beaucoup d'idées, mais ces idées sont facilement bouleversées ; beaucoup d'imagination. , mais , par son propre excès, elle est sujette à se dépraver. Il n'en est pas ainsi des enfans : la partie intellectuelle de leur cerveau n'est plus , comme chez l'adulte , capable de leur procurer des sensations morales trèsprofondes ; leurs idées sont peu nombreuses, leur imagination , quoique vive , conserve moins les impressions : il en résulte nécessairement que, chez eux, les idées et l'imagination ne sont point susceptibles d'une aussi grande exaltation, et que, par conséquent, leur délire doit toujours être, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup moins apparent que celui des adultes. De là résulte encore que lorsque, par l'effet de l'irritation cérébrale , soit primitive , soit sympathique, le désordre se met dans les facultés des uns et des autres, celui de l'intellect doit ressortir davantage chez les adultes, tandis que celui de l'instinct doit devenir le plus apparent chez les enfans. Ainsi le faible développement de la partie intellectuelle du cerveau conduit les adultes à un délire plus intellectuel , et les enfans à un délire plus
( '7^ ) instinctif; ou bien , en d'autres termes, ce faible développement conduit les deux âges à ces deux délires , mais celui des adultes pre'sente plus de lésions intellectuelles , et celui des enfans plus de lésions instinctives , ce qui fait qu'on lui donne moins souvent le nom de folie. Le fond est toujours le même, mais les formes diffèrent : voilà toute la différence.
L'attention des médecins manigrapbes a été vivement excitée par les différentes formes que le délire des fous peut revêtir, et sa prodigieuse variété n'est pas le moindre obstacle que l'on ait rencontré dans les classifications que l'on a tentées des aliénalions mentales ; car c'est toujours sur cela que l'on s'est efforcé de les fonder. Ainsi , l'on a établi des folies générales , quand les malades délirent sur tous les sujets ; des monomanies , lorsqu'ils ne divaguent que sur un seul; et celles-ci ont été subdivisées en autant d'espèces qu'elles peuvent avoir de sujets ; des folies sans délire , dépendantes d'une impulsion irrésistible vers certains actes que la raison du malade condamne', des folies stupides, dans lesquelles les malades semblent dépourvus d'idées , et qui peuvent être primitives ou secondaires ; des démences ; l'idiotisme, etc. Sans doute, il est utile de tenir compte de la forme de délire chez les aliénés ; mais si cette forme ne fournit pas constamment les principales indications curatives, elle n'est plus qu'un objet secondaire , et ne doit pas servir de base à une classification physiologique.
Le délire n'est qu'un effet de l'irritation du cerveau : en d'autres termes, le délire ne se compose
.( '74 ) que de phénomènes intellectuels, dépravés par Firritation du cerveau. En effet, si , dans l'état normal , une juste mesure d'irritation produit des phe'nomènes intellectuels conformes à la raison , il est clair que , dans l'e'tat anormal , une irritation démesure'e doit donner des phe'nomènes intellectuels qui s'éloignent plus ou moins du type de cette même raison. Cela posé , on doit s'attendre à observer dans les irritations du cerveau une foule de divagations qui ne seront en rapport ni avec les causes morales , quand la folie en dépendra, ni avec les habitudes antérieures des sujets : elles ne peuvent être en rapport qu'avec le degré et le siège prédominant de de l'irritation. Tel sujet était fort doux, fort paisible dans l'état de raison, qui devient cruel et intraitable dans la folie. Un homme livré à l'étude des sciences naturelles , et dont le caractère était trèspacifique, se sent pressé tout-à-coup parle besoin d'assassiner les personnes qui lui sont le plus chères. Cette impulsion secrète le remplit d'effroi : il cherche à se détruire ; on l'arrête , et dès lors il justifie son impulsion vers le meurtre en disant qu'il ne veut devenir assassin que pour être livré à la justice, expier l'atrocité de son penchant, et être enfin délivré du supplice d'une lutte perpétuelle contre un penchant qui lui fait horreur. Certes , ce genre de folie n'est nullement en rapport avec sa cause, l'étude de l'histoire naturelle; du reste, c'est un des plus communs, et presque toujours les tentatives de meurtre sont dirigées sur les objets les plus chers aux malheureux aliénés. En outre, cette même série
d'idées n'est point ce qui fournit l'indication curative la plus propre à combattre l'irritation, celle des émissions sanguines ; car elle se montre dans l'état aigu avec une exaltation générale des forces qui exige des saignées copieuses et l'abstinence , aussi bien que dans l'état chronique avec une débilité qui réclame l'emploi des restaurans.
Il en est ainsi de la plupart des monomanies ; elles sont rarement en rapport avec les causes , le caractère : tel était brave , qui devient poltron ; tel autre avait toujours paru pusillanime, qui manifeste la plus étonnante intrépidité ; l'homme le plus chaste , le plus continent, se trouve en un instant transformé en un libertin effréné, et sans que sa folie ait été provoquée par une passion amoureuse, etc., etc. C'est parce que ces genres de folies procèdent de l'irritation de certaines parties de l'encéphale qui étaient calmes avant la maladie, ou dont l'influence était neutralisée par la raison. Que si l'on se refuse à la localisation des penchans dans le cerveau, nous dirons que ces délires, formant contraste avec l'état habituel, dépendent de ce que la force équilibrante étant en défaut, l'instinct , rendu plus impérieux par l'irritation des autres organes, reprend tout son empire , et nous assimile , pour un temps, aux enfans et aux animaux, considérés dans la colère, dans le rut, dans la douleur, etc. Mais comme nous avons, dans l'état adulte , plus de pensées que les animaux, nous présentons de plus qu'eux, dans nos folies, la divagation, qui ne peut être autre chose que le désordre de la pensée, produit par l'impossibilité
du retour de l'irritation cérébrale à l'état normal qui constitue la raison. Nous pensons, au surplus, que ces deux causes se trouvent souvent réunies, et que l'irritation des différentes régions du cerveau concourt avec celle des viscères aux différens genres de folies.
L'expérience nous prouve aussi que ces diverses espèces de délire sont compatibles avec l'hypersthénie aussi bien qu'avec l'état contraire : c'est ainsi que la dyspnée, la dyspepsie, les palpitations, les convulsions, qui sont, comme le délire, des résultats de l'irritation de nos organes , peuvent coïncider avec la pléthore aussi bien qu'avec l'anémie. Ces lésions fournissent bien l'indication d'opérer la révulsion ou la contre-stimulation prise dans son véritable sens, mais elles ne donnent celle d'évacuer la masse du sang qu'autant qu'elles coïncident avec un degré de nutrition qui puisse se prêter à l'emploi des émissions sanguines. La classification des folies d'après le genre de délire ne fournit donc pas toujours les indications fondamentales; mais nous reviendrons sur cet objet après avoir parlé des autres particularités du délire maniaque.
Les hallucinations , dont nous avons déjà traité dans la. Physiologie appliquée à la pathologie , sont très-fréquentes chez les fous. Les hallucinations ne sont autre chose que des perceptions analogues à celles que nous ont jadis procurées nos sens externes; mais elles ne sont plus déterminées par l'action des sens : ce sont des actes d'une mémoire dépravée, d'une mémoire dont les organes sont irrités
( 177 ) et mis en jeu sans cause externe. Les personnes qui sont menacées de la folie sentent d'abord naître en elles une foule d'idées extraordinaires et de souvenirs dont le retour les surprend ; il s'y joint quelquefois de la céphalalgie et de la chaleur; leur raison résiste d'abord à ces tourbillons d'idées et de souvenirs non provoque's ; mais elle craint d'y succomber : ce qui arrive bien souvent. Alors les fous vivent au milieu d'une îe'gion d'êtres fantastiques; ils les voient, ils les entendent, ils leur re'pondent, et trouvent, dans la correspondance qu'ils ont avec eux, plus encore que dans leurs rapports avec les objets réels, les motifs de leurs discours et de leurs actions extraordinaires. Saisissons en passant ce fait trèsremarquable pour confirmer la différence que nous avons e'tablie entre le délire des enfans et celui des adultes. Notre intellect n'invente jamais , il ne fait que rappeler et combiner diversement des souvenirs ; il est donc clair que les enfans , qui n'ont pas encore eu beaucoup d'ide'es , ne peuvent rappeler et combiner qu'un petit nombre de souvenirs, et que, par conse'quent , leur de'lire doit être incomparablement plus borné que celui des adultes.
Si l'on avait besoin d'une nouvelle preuve pour démontrer que les phénomènes intellectuels ne sont que le produit de l'irritation du cerveau, on la trouverait dans les hallucinations; car plus 1 irritation de ce viscère est intense , plus elles sont mullipîiées. C'est quand le sang est attiré avec violence vers la tête, quand cette partie est chaude , colorée , quand les carotides font sentir des pulsations fortes et fré-