‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 9 sur 50 · Path · texte numérisé non relu

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de îa gastro-entérite. Il en était de même pour les histoires de la phthisie ve'sicaîe , de la rénale , de l'hépaliquc. Ceux qui décrivaient 'la marche et la terminaison des grandes plaies de l'extérieur du corps , des fractures compliquées, etc., nous parlaient de lièvres hectiques, de toux , de dévoiemens colliquatifs., comme d'autant d'attributs de la maladie externe. La médecine physiologique a donné le fil de ce dédale ténébreux , en enseignant que, dans tous ces cas, l'irritation s'avance , à la faveur des sympathies , de l'extérieur à l'intérieur, des organes secondaires à ceux de premier ordre, et que la mort ne peut avoir lieu que lorsque l'inflammation a porté des atteintes profondes à ces derniers. Cette doctrine a démontré que les irritations secondaires des principaux viscères ne diffèrent en rien de leurs irritations primitives , et c'est ainsi qu'elle a simplifié la séméiotique et fourni de solides bases à la thérapeutique. Mais si les organes extérieurs et ceux d'une importance moyenne ne peuvent souffrir long-temps sans que l'irritation se communique aux grands viscères , à plus forte raison ceux-ci doivent-ils se la transmettre réciproquement. C'est ainsi que la pneumonie chronique , qui semble agiter le cœur sans intéresser les voies gastriques ni le cerveau, les irrite cependant d'une manière non interrompue, et finit, quand elle n'est pas arrêtée dans sa marche, par y développer des phlegmasies consécutives , qui sont toujours le signal de la destruction. Tels sont les faits qu'indique la proposition CXVI, et nous pensons qu'il est inutile d'y insister plus long-temps.

GXVIL

Si l'irritation excitée par sympathie dans l'estomac et le cerveair, au lieu de diminuer, devient plus intense que celle du foyer dont elle dépend , c'est le cas des propositions sur les métastases. ( Voyez GII et suivans. )

Nous pourrions en, effet nous contenter de ce renvoi ; mais puisque nous voilà sur la question du de'placemenl de l'irritation et de sa prédominance successive sur divers organes , nous parlerons de la fièvre dite Iraumatique. Long-temps , et même jusqu'à nos jours , cette fièvre fut regardée comme un phénomène et un effet nécessaires des plaies d'une certaine étendue. En l'année 1 8 1 4 , nous enseignâmes qu'elle dépendait d'une gastro-entérite provoquée par l'influence de la piilegtriasie extérieure, qui se développe dans la solution de continuité. Depuis cette époque, un de nos premiers élèves, M. le docteur Treille, a consigné cette même assertion dans les Annales; et pour en démontrer toute la vérité , il a rapporté sept observations d'amputations de membres ou de mamelles , qu'il a conduites à la cicatrisation complète, sans que les opérés aient éprouvé de mouvement fébrile. Ces faits ont d'abord frappé bien des personnes , mais ils ont été négligés par ceux qui ne se piquent pas de suivre les progrès de

îa science. Nous avons continue' de répe'ter, dansnotre enseignement, qu'on peut, en circonscrivant l'inflammation dans les limites de la plaie, prévenir presque toujours la fièvre traumatique. D'autres élèves de la doctrine ont proclamé cette vérité : elle est devenue un des axiomes fondamentaux de îa chirurgie française , et il n'y a plus que les immobiles qui soutiennent aujourd'hui que cette fièvre est un phénomène nécessaire , une maladie , comme ils disent , toute chirurgicale. Nous prouvâmes également que les chirurgiens commettaient une erreur grossière , en attribuant les fièvres bilieuses , putrides, malignes, à un principe humoral indépendant de la lésion externe : nous fîmes voir que ces fièvres ne sont autre chose que la fièvre traumatique elle-même devenue plus interne , soit à raison de la prédisposition du sujet, soit à cause du mauvais traitement. Nos conséquences furent, qu'en calmant cette dernière, on pouvait les prévenir et s'opposer à ces épidémies désastreuses qui détruisent tant de blessés dans les hôpitaux militaires à la suite des grandes batailles , et dans tous les cas où les chirurgiens ont été obligés de pratiquer beaucoup d'opérations. L'expérience a désormais justifié toutes ces assertions, dont la substance se trouve dans la proposition que nous venons de développer.

L'inflammation de l'encéphale entraîne toujours celle des voies digestives , et quel-

( *49 ) quefois celle de leurs annexes : c'est une sympathie organique.

L'attention des lecteurs est appele'e maintenant sur les phlegmasies de l'encéphale en particulier. Ici se trouve comprise la grande question des de'pôts du foie à la suite des plaies de tête. Ces de'pôts, véritables phlegmons , ont été attribue's à diverses causes : on a successivement accuse' , une sympathie toute particulière du cerveau avec les organes se'cre'teurs de la bile , la difficulté du retour du sang des veines he'patiques au cœur, produite par la commotion du cerveau , qui diminue la fréquence des pulsations de cet organe , enhn la commotion du. foie lui-même; car, disait-on, les hépatites ne s'observent que chez les malades qui ont fait des chutes à l'instant de la commotion, et qui, par conséquent, ont pu éprouver une contusion dans îa région du foie. Cette prétendue preuve tombe d'elle-même devant les faits qui déposent que des malades qui ont été frappés au crâne , étant assis ou couchés , n'ont pas laissé d'être attaqués d'hépatites avec collection purulente. La doctrine physiologique tranche la difficulté, en faisant voir, par des observations répétées , que les inflammations du cerveau un peu intenses développent, chez tous les malades, de l'irritation dans la membrane muqueuse de l'estomac , et que cette irritation se répète nécessairement dans le foie, d'où résulte une super -sécrétioo de bile. La conclusion naturelle de ces faits est nécessairement que chez certains individus, et ce sont

( i5o ) toujours les moins nombreux , l'irritation du foie peut s'élever1 jusqu'au degré du phlegmon. B.esîe à savoir pourquoi la pblegmasie traumatique du cerveau est , plus souvent que la spontanée , la cause provocatrice des hépatites purulentes ; mais si Ton réfléchit que les encéphalites non traumatiques déterminent quelquefois ces dernières, comme nous l'avons vérifié plus d'une fois , et que toujours dans ces cas, comme dans ceux de plaies du cerveau, la gastrite précède l'hépatite, on sentira que cette difficulté ne détruit. pas le fait de la transmission d'irritation de l'encéphale aux voies gastriques , et de celles-ci au foie; on sentira surtout, et c'est 3e point le plus important , que notre explication fournit les meilleurs moyens de prévenir ces abcès si redoutés , en attaquant l'inflammation, non pas seulement, comme on le faisait autrefois, par des saignées générales, mais par àes saignées locales pratiquées sur l'appareil de la digestion, dès le moment où l'on aperçoit les premiers signes de l'irritation communiquée.

L'inflammation de l'encéphale est plus souvent l'effet sympathique des inflammations de l'estomac que leur cause.

En effet, la plupart des phlegmasies de l'encéphale sont précédées et" provoquées par la gastrite,

ainsi qu'on peut l'observer en suivant depuis le commencement jusqu'à la lin .la marche des fièvres aiguës qui prennent la tournure ataxique. Les cas où l'inflammation se développe dans le cerveau , sans avoir c'té pre'ce'de'e d'une gastrite, sont, pour l'ordinaire, les suivans : lorsque la tête a e'te' contuse ou blessée ; lorsque la tête a e'te' expose'e à l'influence d'une forte -chaleur; lorsqu'une inflammation intense règne dans le voisinage du cerveau, par exemple, sur les te'gumens du crâne , à la face , dans les parotides; lorsque les malades ont éprouve des affections morales et qu'ils se sont livre's à des travaux intellectuels trop forts et trop prolongés. Cependant il est assez ordinaire que ces différentes causes , à l'exception toutefois des traumatiques , agissent en même temps sur les voies gastriques., et. même les enflamment avant de produire les encéphalites. C'est ainsi que les érysipèles de la face , les parotides , les affections morales , dérangent les digestions et rougissent la langue, avant que l'irritation concomitante du cerveau soit portée au degré de linflammation, quoique cet organe soit lui-même -l'intermédiaire entre les parties primitivement affectées et l'estomac , entre les sens externes qui ont fourni les matériaux de l'affection morale et ce même estomac ; ce qui veut dire que, quoique irrité par l'érection vitale morbide d'un autre organe, le cerveau a souvent besoin de sentir la réaction de la gaslrite, que lui-même provoque , pour parvenir jusqu'au degré d'irritation qui correspond à l'inflammation. Tant il est vrai que le tissu du Cerveau est un de

ceux, cari répugnent îe plus à la véritable înflam- -mation ! tant est grande, sur îe centre de relation, l'influence de l'organe qui lui fait percevoir l'impérieux besoin de la nutrition !

La congestion sanguine de l'estomac dans l'ivresse, dans les typhus,. dans les fièvres mali nions , etc., se répète nécessairement

dans le cerveau , y compris ses membranes.

La correspondance entre la membrane muqueuse de l'estomac et le cerveau est telle que les modifications de cette membrane paraissent être celles du cerveau lui-même. Tout ce qui refroidit l'estomac diminue l'excitation du cerveau , et vice versa. Or, comme ce viscère réagit avecla même promptitude sur les nerfs des membres , îe bien-être et le maiêtre que l'on croitressentir clans tout le corps semblent partir immédiatement du ventricule. C'est l'extrême promptitude de ces rapports sympathiques qui a trompé si long-temps les médecins sur la véritable manière d'agir des ingesta : elle leur a fait oublier que les médicamens ne peuvent agir sur les différentes régions du corps qu'en modifiant l'estomac. C'est ainsi qu'on a long-temps oublié l'influence de l'alcool sur ce viscère , pour ne penser qu'à l'impression qu'il fait sur le cerveau et sur les nerfs.

La même erreur était commise relativement aux antispasmodiques. Cependant il suffit d'y regarder de près pendant quelques instans pour s'assurer que si la langue , les yeux, la face, rougissent dans l'ivresse, c'est parce que la surface interne de l'estomac a d'abord éprouve la même modification; pour sentir que l'engorgement sanguin du cerveau, qui se manifeste par la douleur et le sentiment de plénitude de la tête , par la pesanteur des membres , par le balbutiement, par la tendance au sommeil, sont l'effet de l'engorgement de l'estomac. Peut-on méconnaître une semblable modification à la suite de l'ingestion de l'opium; et n'est-il pas certain que la turgescence sanguine du ventricule est partagée par le cœur et par tout le système artériel et veineux? Un officier, accoutume à prendre chaque jour jusqu'à deux gros d'opium pour remédier à un malaise qu'il croyait nerveux, succomba à l'hôpital du Vaide-Grâce, en septembre 1825. L'ouverture de son corps lit découvrir une gastrite d'un rouge foncé ou brunâtre, avec un développement prodigieux de tous les vaisseaux épigastriques. On trouva la membrane interne clés cavités du cœur d'un rouge trèsvif, celle des veines pulmonaires brunâtre , et dans l'aorte différentes nuances de pblegmasie , depuis le rouge vif jusqu'à îa couleur noire, avec des ulcérations multipliées et d'une étendue très-variable. Voici de quelle manière il faut expliquer cette espèce de stupeur , cet état imitant l'ivresse que l'on rencontre dans les gastro-entérites aiguës du plus haut degré et dans les typhus miasmatiques : la muqueuse

( i54 ) de l'estomac irrite' s'engorge d'abord; le cerveau l'imite aussitôt: il n'est donc pas surprenant que ce viscère éprouve une véritable inflammation, si l'art ou la nature ne viennent à bout de détruire l'irritation en l'épuisant par les saigne'es et par les autres moyens sédatifs, ou bien en la déplaçant par une heureuse révulsion.

GXXI.

L'inflammation de l'encéphale excite des phénomènes nerveux qu'on a pris souvent pour essentiels.

Jadis les phénomènes nerveux, tels que le délire, les convulsions, les sensations extraordinaires, n'étaient attribués à l'inflammation du cerveau que dans les cas où ils étaient accompagnés de douleurs de tête, d'une vive rougeur de la face et de pulsations violentes des artères de la tête. Ces conditions manquant, on attribuait les symptômes dits nerveux, tantôt aune modification inappréciable du cerveau, tantôt à celle des troncs et des branches des nerfs: on commettait ces erreurs dans les maladies chroniques aussi bien que dans les aiguës. Dans cellesci, l'on attribuait souvent la nervosité au caractère perfide, malin de la fièvre, parceque tel individu que l'on avait cru attaqué d'inflammation du cerveau ne présentait à l'ouverture aucune trace de suppuration dans ce viscère. Dans les affections

( i55 ) chroniques , qui offrent encore plus rarement une véritable suppuration , l'incertitude et le vague e'taient encore porte's plus loin : on avait fait autant d'entite's morbides que les symptômes nerveux pouvaient présenter de formes. C'est ainsi que l'on avait les entite's céphalalgies, migraine , vertiges , stupeur, folie , convulsions , te'tanos , catalepsie , coup de sang, apoplexie, etc., etc. ; et chacune d'elles semble être d'une nature toute particulière. Les médecins physiologistes ont détruit pour jamais tous ces êtres fantastiques, en démontrant qu'ils ne sont que des elfets divers d'un phénomène toujours identique, l'irritation du cerveau ou de la moelle épinière , et que cette irritation peut quelquefois s'élever au de-, gré qui correspond à l'inflammation. Il en est des individus, sous le rapport du cerveau, comme sous celui des autres organes: tel sujet peut éprouver des phénomènes nerveux très-alarmans, quoiqu'il n'ait qu'une irritation médiocre dans l'encéphale ; tel autre ne sera presque pas stimulé dans ses fonctions de rapport et ne présentera que des symptômes nerveux à peine sensibles , quoique chez lui le cerveau ou ses membranes soient vraiment dans cet état qui conduit à la suppuration. Quels qu'aient été les symptômes correspondant à l'irritation et à la congestion, lorsqu'il en sera résulté suppuration, ramollissement ou hémorrhagie, la stupeur, l'idiotisme ou la paralysie, et enfin l'apoplexie, deviendront le signal de l'altération organique; tandis que, dans d'autres cas, ces symptômes ne correspondront qu'à un engorgement sans dérangement d'organisation , et

( i56 ) pourront se dissiper par un traitement; approprie'. Tels sont les faits, aujourd'hui bien constates, qui ont servi de base à ia proposition qui nous occupe. Mais remarquez qu'en disant que rinflammalion de 1 encéphale peut exciter souvent des phénomènes nerveux qu'on a pris pour essentiels , elle n'avance pas que ces phénomènes soient des signes consîans de l'inflammation de cet appareil.

Toutes les irritations de F encéphale qui

se prolongent jusqu'à la mort "Unissent par l'inflammation ou Théiiiorrhagie; telles sont Fépilepsie, la catalepsie et les contentions d'esprit portées à l'excès, etc.

Il ne s'agit ici que des irritations de l'encéphale qui sont les maladies principales et qui donnent elles-mêmes la mort; car il est évident qu'un sujet affecté d'une irritation chronique du cerveau peut succomber par l'affection d'un autre viscère , avant que celle du cerveau soit parvenue à son dernier terme. Mais il est toujours certain que celle-ci tend à la désorganisation, et que, si rien ne l'entrave dans sa marche, elle y parviendra» Cette proposition nous paraît réclamer la correction suivante : « Toutes les irritations de l'encéphale qui se pro- » longent finissent par l'inflammation, la subinflam-

» mation ou l'hémorrhagie , lorsque leur marche » n'est interrompue ni par l'art ni par l'affection » d'un autre organe; et, dans ces cas, elles se ter- » rainent toujours par la mort ; telles sont, etc. »

GXXIII.

La manie suppose toujours une irritation du cerveau. Cette irritation peut y être entretenue long-temps par une autre inflammation, et disparaître avec elle; mais si elle se prolonge, elle finit toujours par se convertir en une véritable encéphalite , soit parenchymateuse, soit membraneuse.

C'est pour n'avoir pas trouvé constamment de la suppuration dans le cerveau ou dans ses membranes que les me'decins ont hésité si long-temps à rapporter la folie à sa véritable cause. La médecine physiologique pouvait seule rectifier les idées sur ce point, en faisant voir qu'un organe peut souffrir pendant long-temps un haut, degré d'irritation sans fournir une sécrétion purulente ; ou bien , en d'autres termes, que la suppuration n'est qu'un des nombreux modes de l'irritation des organes. Nous ne rappellerons pas ici tous les faits d'anatomie pathologique qui établissent cette vérité; nous nous contenterons d'en faire l'application au cerveau clans la maladie dont il s'agit.

( i58 ) Centre de joutes les stimulations que reçoit l'économie , le cerveau peut contracter l'irritation sous forme aiguë ou sous forme chronique } celle-ci peut prédominer dans les différentes re'gions de ce viscère. L'opinion de plusieurs médecins est aujourd'hui que l'inflammation de la périphérie, dans la partie supérieure des hémisphères, est la cause de la folie. Mais cette inflammation peut y exister plus ou moins forte, plus ou moins aiguë. Dans son plus haut degré, lorsqu'elle est accompagnée d'une fièvre violente, cette plilegmasie ne reçoit point le nom de folie. Les médecins dont il s'agit ne veulent donner ce nom qu'à l'arachnitis chronique. Mais en supposant que le délire fût un signe constant de cette phlegmasie , ce que nous n'accordons pas , quelle est la différence entre le délire d'une fièvre aiguë et celui qui, sans être accompagné de fièvre , se montre avec différens symptômes d'excitation dans les fonctions de relation et dans celles qui président plus particulièrement à la nutrition? Cette différence n'est que celle du degré. Dans l'une et dans l'autre nuance , la suppuration peut exister ou manquer à la surface de l'arachnoïde et dans la pie-mère ; dans l'une et l'autre , l'irritation existe simultanément dans la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins grêles ; enfin , dans l'un et l'autre cas , le malade peut succomber, tantôt par les effets de l'irritation du cerveau , et tantôt par ceux de la gastro-entérite , sans parler des complications qui peuvent survenir, c'est-à-dire du développement de l'inflammation dans un autre organe. La principale différence en-

tre le délire que l'on ne qualifie pas de folie et celui qui reçoit ce titre , se tire de la durée de l'irritation de l'encéphale. Est-elle aiguë et terminée soit parla guérison, soit par la mort, la maladie ne prend pas le nom de folie : est-elle chronique, la maladie reçoit et conserve cette qualification. La manie des auteurs n'est donc, dans le fait, qu'une irritation 'permanente dix cerveau avec délire.

C est fort bien , et la différence serait assez tranchée pour servir de base aux nosologistes , si 1 irritation chronique du cerveau produisait toujours le délire; mais combien il s'en faut que ce résultat soit constant ! Nous avons vu plusieurs fois , et dernièrement encore sur un malade qui nous était cher , l'arachnitis persévérer fort long-temps , et causer la mort sans que le délire eût existé. Au lieu de cette exaltation mentale qui constitue le délire maniaque, selon les auteurs , on n'observe souvent que des céphalalgies plus ou moins obtuses , la difficulté de la progression, l'embarras des idées, l'affaiblissement et la perte de la mémoire , enfin l'anéantissement graduel des facultés intellectuelles et locomotrices. Où donc seraient , si Ton partait dû principe de ceux qui veulent que la manie soit une phlegmasie chronique de l'arachnoïde , les caractères anatomiques de cette maladie ? Pour nous , notre opinion est que lirritation chronique de l'encéphale étant donnée , il en résulte chez les uns des symptômes qui correspondent à la manie ou à la folie des auteurs , et chez les autres un mode de lésion des facultés de relation, qui consiste plutôt dans l'affai-

( i6o ) blissement que dans l'exaltation ; et cette différence nous paraît entièrement subordonnée au degré' de l'irritation et à Tidiosyncrasie, c'est-à-dire au mode particulier de l'irritabilité et de la sensibilité des sujets.

Mais est-il bien certain que le délire maniaque ne tienne qu'à l'irritation de la périphérie du cerveau ? On peut au moins en douter lorsque les autopsies de quelques fous ne manifestent pas plus d'altération dans cette partie que dans les autres régions de l'encéphale. Le délire , soit aigu, soit chronique , tient à un mode vicieux de l'irritabilité du cerveau, et ce mode peut dépendre , tantôt de l'irritation de la périphérie, à laquelle les membranes participent plus ou moins tantôt de celle d'une autre partie. On trouve des folies par suite d épilepsies, de paralysies, d'apoplexies, qui ne présentent, après la mort , que des désordres partiels , relégués dans un point des hémisphères ; d'autres fois, la folie est entretenue par une gastrite chronique, par une métrite, et dure autant que ces maladies. La folie est quelquefois le résultat d'une contrariété, d'une affection morale , qui, dans ce cas comme dans celui où elle dépend d'un.autre viscère, a exalté et dépravé l'irritabilité du cerveau, sans produire une congestion permanente. S'il en était autrement, îa verrait-on se dissiper par une autre affection morale ou par une commotion du crâne ? Un médecin , dont la candeur et la véracité nous sont connues, nous a raconté qu'une femme, dont les règles étaient supprimées , ayant pris îa résolution de se noyer, se rendit

auprès de Saint-Cloud pour exécuter ce projet. Comme elle était sur le point de se précipiter dans la rivière , l'éruption menstruelle se fit avec impétuosité ; aussitôt les idées funèbres qui assiégeaient son esprit se dissipent , et cette femme s'en retourne chez elle remplie de joie et d'espérance. Un homme était fou depuis plus d'une année ; rien ne pouvait le sortir de l'espèce de stupidité où il était plongé. Se trouvant à la campagne , il entendit le bruit que faisaient des voleurs qui s'étaient introduits dans la maison , et les cris de son frère , qu'ils étaient sur le point d'assassiner : à l'instant même sa folie disparaît, il court au secours de son frère , et depuis lors sa raison n'a plus souffert aucun dérangement. On pourrait multiplier les exemples de ces sortes de guérisons , y joindre ceux des folies intermittentes , de celles que suspendent pendant quelques heures des impressions morales accidentelles. ïl en résulte, selon nous, que l'irritation cérébrale qui produit la folie peut être mobile ou permanente ; que lorsqu'elle est mobile, elle peut se reproduire un grand nombre de fois sans occasioner ni suppuration ni épaississement remarquable , et surtout qu'elle ne consiste pas uniquement dans une inflammation désorganisatrice de la membrane séreuse du cerveau. Que l'inflammation de ce viscère et de ses membranes existe quelquefois, et même souvent, ce fait est hors de doute ; mais qu'elle ait constamment lieu et qu'on puisse lui assigner un siège toujours le même , c'est ce que nous osons nier avec la certitude d'obtenir l'assentiment de tous les médecins qu'une longue

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