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( ,78) quentes; c'est alors, disons-nous, que les visions des maniaques paraissent et plus nombreuses et plus influentes sur leurs discours et sur leurs actions. C'est ce qui constitue l'e'tat aigu de la folie , qui n'est pourtant qu'un état chronique, si Ton compare les insense's aux malades affectés d'une fièvre intense, accompagne'e de délire. Ces derniers, en effet, sont également en proie aux hallucinations : mais comme l'irritation du cerveau est plus inflammatoire et ordinairement accompagnée d'une phlegmasie aiguë des viscères de l'abdomen, le malaise, la prostration , les convulsions , qui manquent dans la manie, se joignent au délire, et la rapidité du mouvement fébrile précipite la désorganisation des tissus phlogosés , ou se dissipe dans un court espace de temps , soit au moyen des crises, soit par les efforts de l'art : nouvelle preuve en faveur de la thèse que nous soutenons sur la cause organique du délire.
La folie que Ton appelle aiguë n'est donc , dans la réalité, qu'une irritation du cerveau et de certains viscères , qui, pour être moins intense que celle des malades dont nous venons de parler, peut durer beaucoup plus long-temps sans produire la désorganisation ou la mort. Cette nuance de folie n'a pris le nom d'aiguë que parce qu'on l'a comparée avec d'autres nuances moins prononcées, sans la rapprocher en même temps des gastro-céphalites du plus haut degré; mais ce rapprochement, que nous ne pouvons nous dispenser de faire , la place dans une nuance intermédiaire d'irritation que nous appelle-
( 179 ) rons subaiguë. Cette dénomination nous paraît d'autant plus juste, qu'elle est également applicable aux irritalions des voies gastriques , des poumons, et de tous les autres viscères ; irritations qui peuvent être , comme celles du cerveau , très-fe'briles , à peine fébriles ou entièrement apyrétiques. C'est donc l'irritation cérébrale à peine fébrile qui constitue la manie aiguë des auteurs. Après l'avoir range'e à sa véritable place, continuons de la suivre, et cherchons-en les résultats.
S'e'lève-t-elle à un très-haut degré' d'intensité : la fièvre se prononce fortement, les phénomènes sympathiques de gastro-céphalite aiguë ( nous y comprenons les arachnitis ) se déclarent; la maladie cesse d'être une folie pour les auteurs, c'est une frénésie, une fièvre ataxique , etc. La manie dite aiguë par ceux pour qui le délire est le phénomène principal, est-elle un peu moins intense, il peut se faire dans le cerveau un tel degré d'engorgement que les manifestations de l'irritation cérébrale soient en-' travées jusqu'à un certain point : alors toutes les opérations intellectuelles deviennent confuses ; les hallucinations, le délire, la loquacité, n'ont plus lieu : les malades tombent dans une véritable stupeur. Cet état peut même exister de prime abord , sans avoir été précédé d'agitation. Ces sortes de fous sont stupides, insensibles à tous les besoins. Il en est qui ne se meuvent que lorsqu'on leur communique l'impulsion , et qui ne prendraient ni alimens ni boissons si on n'avait le soin de les introduire dans leur bouche. Ils sont alors très-près de l'état
( iSo ) apoplectique , et ils y tombent quelquefois, ou leur état dégénère en léthargie, en coma, etc., si Part ou une crise spontanée ne dissipe la congestion cérébrale. Voilà donc la manie aiguë des auteurs qui, après avoir touché, par une de ses faces, à leurs frénésies et à leurs fièvres ataxiques ou malignes, se rapproche, par une autre, des maladies soporeuses! Mais continuons.
Aucune de ces terminaisons n'a eu lieu : l'irritation morale et l'irritation physique se prolongent durant plusieurs semaines, ou plusieurs mois, à peu près dans la même nuance ; enfin elles diminuent , les hallucinations ne troublent plus autant les malades ; ils peuvent prêter plus d'attention aux discours qu'on leur tient ; ils obéissent sans résistance à ceux qui les dirigent ; ils se montrent raisonnables sur un grand nombre de points ; et la plupart des symptômes sympathiques de l'irritation des viscères disparaissent. A cette époque , ces malades se partagent en deux séries : les uns guérissent ; mais les organes qui ont souffert l'irritation restent très-irritables, et ce n'est qu'avec le temps qu'ils peuvent reprendre leur solidité ; les autres conservent une monomanie ; c'est-à-dire que , raisonnables sur la plupart des sujets qui leur sont présentés, ils continuent de délirer sur un seul point. Ils sont alors dans ce que Ton appelle la manie chronique. Cet état prouve qu'une région, pour le moins , de leur cerveau n'a pas perdu toute irritation : ils sont donc affectés d'une irritation partielle de l'encéphale. Il en est qui , sans affecter un délire spécial , conti-
nuent d'être sujets à certaines hallucinations , mais beaucoup moins impérieuses que celles de l'état subaigu ; certains autres paraissent raisonnables sur tous les points ; mais si on les soumet à l'épreuve d'une conversation un peu animée et suivie , si on leur donne la liberté , si on leur permet de se livrer entièrement à leur appétit ou de prendre un peu de boisson fermentée , à l'instant on voit reparaître la divagation ; souvent même elle se reproduit sans influence extraordinaire et par le seul effet du repos, du sommeil et de certaines influences météoriques. Tous ces sujets doivent être considérés comme ayant un cerveau trop irritable , dans lequel la réaction qui devrait maintenir l'équilibre n'est pas assez puissante pour triompher de la plus légère irritation. Grand nombre de ces malades se portent bien d'ailleurs , et peuvent même parcourir une longue carrière, si aucune influence extraordinaire ne vient reporter l'irritation du cerveau à son premier état, ou développer une congestion dans quelque autre viscère.
Toutefois ces cas ne sont pas les plus communs ; à force d'éprouver des érections vitales morbides , le cerveau finit par se désorganiser ; des surcroîts momentanés de congestion, qui peuvent se répéter plus ou moins long-temps , précèdent ordinairement l'altération de son tissu. Ces surcroîts ne produisent d'abord que la perte de connaissance et des convulsions passagères plus marquées d'un côté que de l'autre ; en un mot , des attaques d'épilepsie ; mais , au bout de quelques années , on s'aperçoit
( >82) que les malades tombent dans l'idiotisme : il survient des paralysies soit dans les muscles volontaires, soit dans les organes des sens : et ces paralysies sont d'ordinaire , mais non toujours et nécessairement, le signal d'une désorganisation déjà consommée. Ajoutez à ces symptômes qui annoncent la dégradation du centre nerveux, ceux, presque aussi déplorables, qui correspondent à la détérioration simultanée dn la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins , surtout à la région duodénale ; l'empâtement , la douleur, la dyspepsie, l'engorgement et l'état gras du foie, le teint pâle et citronné qui en est inséparable, quelquefois une ascile, d'autres fois la diarrhée, quand l'irrigation parvient jusqu'au colon: telle est la im ordinaire de ces malheureux, lorsqu'elle n'est pas prévenue par une attaque d'apoplexie foudroyante , ou par une affection des poumons et même du cœur ; car il arrive souvent que les fous contractent , par l'influence du froid , des rhumatismes , des gouttes, c'est-à-dire des plilegmasies de l'appareil locomoteur, qu; se rapprochent chaque jour des viscères, et envahissent de préférence ceux de la cavité thoracique. Ainsi le dernier degré de la manie prolongée vient se perdre dans les paralysies, c'est-àdire dans les désorganisations qui dépendent des phlegraasies chroniques de l'encéphale , comme le premier degré se confond avec les frénésies , c'està-dire avec les phlegraasies aiguës de ce même appareil. Le, délire se trouve placé entre ces deux extrêmes ; il conserve ce nom si l'encéphalite est rapide ; il le perd pour prendre celui de folie si elle
est chronique ; mais il pourrait manquer, comme nous en avons fourni des exemples, chez certains sujets peu irritables , restant clans les périodes de la chronicité, sans que , pour cette raison , la maladie cessât d'être de même nature, c'est-à-dire d'être toujours une irritation du cerveau et de ses dépendances : alors , comme nous l'avons encore exprime', les facultés intellectuelles se détruisent graduellement , sans avoir été d'abord fort exaltées , et les locomotrices s'affaiblissent et s'éteignent plus tôt ou plus tard, selon le degré prédominant de l'irritation cérébrale.
Si maintenant nous nous occupons du traitement de la manie, nous trouvons la confirmation de ce qui vient d'être avancé sur le vice des classifications de cette maadie. En effet, les indications que présente la folie ne diffèrent pas de celles que les médecins ont coutume d'établir dans toutes les maladies à irritation inflammatoire contre lesquelles on ne possède pas de spécifique. L'évacuation du san» a toujours été et sera toujours le premier et le plus efficace des moyens sédatifs antiphlogistiques. C'est donc d'abord à ce moyen qu'il faut avoir recours lorsqu'un homme , non encore épuisé , est attaqué d'une maladie inflammatoire. Or, la folie est de ce nombre ; la première et la principale base de la classification des folies ne peut donc être autre chose que le degré de l'irritation sanguine , et celui de la pléthore et des forces. D'après cela, nous placerons en première ligne les folies qui se rapprochent le plus des encéphalites aiguës , c'est-à-dire les folies
ou les irritations cérébrales subaiguè's , quelle que soit la forme du délire. Or le délire de ces malades n'est pas toujours général , loquace , accompagné d'exaltation des forces musculaires et de mouvemens précipités ; il se présente quelquefois avec des douleurs de la tête ou des membres, avec l'accablement et même la prostration; et cela d'autant plus, que l'engorgement sanguin de l'estomac, des poumons, du cœur, se combine à un plus baut degré avec celui du cerveau. D'autres fois , comme on l'a vu , la folie subaiguë s'annonce par la stupeur, la confusion des idées et le dégoût de la locomotion. Mais qu'importe l'une ou l'autre de ces formes, si les vaisseaux sont remplis, si le corps est cliargé de sang, en un mot, si l'indication des saignées se présente d'une manière bien évidente ?
A l'indication des saignées , dont la mesure est déterminée par l'expérience de chaque praticien , succède celle des réfrigérans extérieurs , et certes , l'on ne disconviendra pas qu'elle repose sur la même base, si l'on fait attention que la soustraction du calorique ne saurait être utile qu'à ceux chez qui le système sanguin, ou, si l'on veut, la fonction circulatoire est fort énergique ; mais il n'est pas de notre objet de déterminer le lieu où doit se faire l'application du froid ; il le sera sans peine par le tact et par l'inspection des différentes régions du corps. L'indication de l'abstinence et celle des boissons rafraîchissantes ou émollientes, ne peuvent avoir d'autres fondemens que xreux des saignées et du froid. Viennent ensuite le repos, l'isolement, la répression,
( '85 ) qui sont d'autant plus indiqués que les moyens précédens le sont davantage , mais qui peuvent encore l'être , apYès l'emploi de ces moyens, avec l'acide hydrocyanique et la digitale, comme sédatifs de l'excitation nerveuse. A la suite des folies avec état inflammatoire très-prononcé , se placeraient donc , comme moins inflammatoires, celles où le délire est bruyant et général malgré la répétition des sédatifs du système sanguin.
Les indications révulsives se présentent, dans îa théorie générale des phlegmasies , immédiatement après les antiphlogistiques directs ; n'en est-il pas ainsi dans îa folie ? mais ici les révulsions sont physiques et morales. On est guidé dans les premières par les anciens points d'irritations qu'il importe de rétablir ou de suppléer par des irritations artificielles, provoquées dans les lieux d'élection. La considération des causes physiques de la folie marche donc après celle du degré de l'inflammation, quelle que puisse être d'ailleurs la forme du délire ; ou, si l'on veut , la forme du délire n'est point encore ici le principal motif de la classification nosologique. C'est pour les révulsions morales que la forme du délire fournit le plus de secours. En effet,les diversions quelconques, les promenades, les distractions de toute espèce, soitpar des conversaions raisonnables, soit par les lectures , soit par des jeux, soit enfin par un genre de travail qui occupe sans trop captiver, et surtout sans irriter le système nerveux; tout cela, nous le demandons , peut-il être considéré autrement que comme autant de moyens de révulsion? Or, le genre
( 186 ) de délire est ce qui doit guider le praticien dans le choix de ces moyens. Mais il est toujours clair , évident, que cette considération ne peut marcher qu'à la suite des précédentes ; que les moyens physiques doivent précéder les moyens moraux, et que par conséquent c'est entendre fort mal la doctrine des aliénations mentales, que de prétendre que le traitement qui leur convient est entièrement moral.
L'art de prévenir les rechutes se compose d'une sage combinaison de tous les moyens que nous venons d'indiquer. Il serait à souhaiter que l'on possédât,pour le traitement de la manie, des sédatifs agissant directement sur le système nerveux, afin de les placera la suite desantiphlogisliques et des révulsifs physiques : mais où sont-ils ces bienheureux sédatifs? Nous sommes réduits à les chercher parmi les narcotiques , qui tous sont des poisons plus ou moins actifs, qui tons ont pour effet, quand on en force les doses, d'engorger le cerveau, de provoquer le délire, et par conséquent d'ajouter à la modification qu'on veut détruire. On ne doit donc employer qu'avec prudence ceux que nous avons déjà indiqués. Quant aux sédatifs minéraux tels que l'acétate de plomb , le bismuth, le zinc, ils fatiguent l'estomac sans exercer aucune influence favorable sur le délire. C'est du temps, de la patience, et de l'attention soutenue à écartertoutes les causes d'excitation, que l'on attend d'ordinaire la guérison des folies invétérées ; mais il faut être toujours prêt à revenir auxanliphlogistiques et aux révulsifs lorsque la reproduction des symptômes inflammatoires ne peut être empêchée par la
( i87 ) méthode négative. Piestent les indications que^présentent les altérations organiques; mais hélas! elles ne sont plus que palliatives, et comme il n'entre point dans notre plan d'épuiser la matière, nous terminerons ici nos considérations sur la folie.
GXXIV.
Aucune inflammation extra -cérébrale ne peut produire la manie, sans le concours de celle de l'estomac et des intestins grêles, et le foie n'est affecté ici que secondairement.
Il est bien avéré que les péripneumonies , les pleurésies, les péritonites, les phlegmasies de la peau, celles des arliculations, etc., peuvent, par leur extrême intensité, occasioner le délire ; mais il n'est que momentané. Celui qui persévère et qui devient chronique, ie seul auquel on donne le nom de folie, ne dépend jamais de ces affections tant qu'elles sont simples etpersévéranles dans leur premier siège; mais si el es ont disparu et que l'irritation de l'encéphale les ait remplacées , la manie peut en être le résultat. La même chose peut arriver si les voies gastriques se sont affectées secondairement, et si la gastro-entérite est venue s'ajouter comme complication à la phlegmasie primitive. Mais la gastrite et la gastro-entérite peuvent, quoiqu'elles soient seules et sans complication d'une autre irritation extra-cérébrale , agir sur l'encéphale avec assez d'énergie pour
( >88 ) y produire une irritation durable , assez intense pour -entretenir le de'lire qui porte le nom de folie. Enfin , dans tous les cas, et ils sont fort nombreux, où le foie s'altère et se de'te'riore consécutivement à la folie, cela dépend de ce que les voies gastriques et surtout le duodénum ont souffert l'irritation , car le cerveau n'exerce d'influence sur ce viscère que par l'intermédiaire de ces organes Le foie s'affecte ici comme il s'affecte dans toutes les gastro-entérites chroniques, et le délire maniaque n'est nullement spécifique pour provoquer son altération. Tels sont les faits indiqués par la proposition que nous venons de rapporter : ils méritent attention comme indiquant l'étroite liaison qui existe entre le cerveau et les viscères de la digestion; elle est telle, que nul autre organe ne lui est associé d'une manière aussi étroite ; et cela doit ouvrir les yeux des praticiens sur les conséquences possibles du régime et des médicamens , chez les personnes prédisposées à la folie.
L'arachnitis est plus souvent consécutive à une gastro-entérite, que primitive; mais le délire, l'insomnie et les convulsions qui en sont souvent les signes , peuvent être entretenus par cette gastro-entérite , disparaître avec elle, ou laisser après la mort, dans l'arachnoïde ou dans la pie-mère , des traces de
( '89 ) phlegmasies nulles ou moins marquées que celles que l'on trouve dans Festomac.
Voici encore un fait digne de toute l'attention des observateurs: en effet, dans la pratique des me'decins physiologistes qui sont soigneux d'arrêter les gastrites et les gastro-entérites dès leur début, les phlegmasies de l'arachnoïde sont fort rares. On ne les observe d'ordinaire que chez les personnes dont l'encéphale a été soumis à des causes particulières d'irritation. Il n'en est pas ainsi de la pratique des ontologistes et de tous ceux qui suivent les vieilles routines : traités par les cinétiques , les purgatifs, les stimulans divers, les sujets les moins disposés aux affections cérébrales ne tardent guère à présenter des symptômes dits nerveux, lorsqu'ils sont affectés de gastro-entérites aiguës. Cela ne peut s'expliquer qu'en admettant que l'estomac communique l'irritation au cerveau. Cette irritation n'est d'abord qu'un phénomène sympathique , qui produit les premiers symptômes nerveux, te s que la céphalalgie, le délire, les mouvemens convulsifs des muscles locomoteurs, etc. Si on l'arrête à ce point, il n'y a point d'inflammation véritable ; mais si on la laisse marcher, l'engorgement sanguin qu'elle produit dans le cerveau peut se convertir en phlegmasie ; et celleci domine tantôt dans la substance même du viscère, et tantôt dans la pie-mère ou dans l'arachnoïde. Il est des cas sans doute où le cerveau est tellement prédisposé, que les agens d'irritation qui opèrent sur l'économie produisent leur premier effet sur cet
organe ; l'auteur n'a point prétendu les nier; il a seulement voulu dire que ces cas sont les plus rares en pathologie interne, et mettre les praticiens sur leurs gardes dans le début des gastro-entérites , afin qu'ils puissent prévenir le développement des phlegmasies de l'encéphale et de ses membranes.
GXXVI.
Toute souffrance extrême , soit par l'inflammation d'un organe , soit par la stimulation d'une branche de nerf, soit par une cause morale, engorge le cerveau et tend à développer l'inflammation dans la pulpe, dans la pie-mère et dans l'arachnoïde. Or , la souffrance de l'estomac est la plus cruelle, et toutes les autres la produisent. 11 n'y a donc jamais de gastro-entérite sans un degré quelconque d'irritation cérébrale : tout ceci doit être appliqué aux héniorrhagies encéphaliques.
Cette proposition est un développement de la précédente, elle rappelle le rôle de l'encéphale, qui consiste à recueillir les irritations de tous les organes , et à les répandre , par les nerfs , dans les diiférens tissus de l'économie ; or c'est en remplissant cette fonction que le cerveau contracte si souvent la surirritation. Mais il faut remarquer que ce n'est pas
( l9» ) toujours parce que les souffrances de l'estomac sont accompagnées de vives douleurs , que l'encéphale s'enflamme en recevant l'irritation de ce viscère ; c'est parce que son association d'action avec l'estomac est la plus intime de toutes les associations de l'e'conomie humaine. Nous disons de l'économie humaine, car il nous semble que chez aucun animal elle ne peut être aussi conside'rable que dans notre espèce ; parce qu'il n'en est aucun où le cerveau soit aussi développé et aussi influent sur tous les autres organes. Quoi qu'il en soit de cette dernière question, il est toujours certain que les douleurs, quelles qu'elles soient , peuvent, chez nous, déterminer l'inflammation de l'ence'phale, et c'est un point sur 1er quel lespathologistes ne sauraient être trop en garde. La proposition ajoute que tout ceci est applicable aux he'morrhagies cérébrales. Cette phrase n'est pas placée là sans motif; elle suppose que l'auteur a observé que les apoplexies, qui toujours sont l'effet de l'irritation du cerveau, sont souvent précédées de celle d'un autre organe et particulièrement de celle des organes digestifs. Cette vérité a été profondément sentie par M. le docteur Richond, qui lui a donnébeaucoupde développement dans son excellent ouvrage, De l'influence de L'estomac sur l'apoplexie. Nous devons ajouter ici que l'intestin duodénum est fréquemment le lieu où prédomine,pendant un temps plus ou moins long, cette irritation qui prépare les apoplexies , et que l'hypertrophie du cœur en rend toujours l'explosion plus facile.
( »92 ) GXXIL
Les tubercules , les cancers du cerveau 9 et cœteraj sont produits par l'inflammation chronique de ce viscère.
Cette proposition est une de celles qui trouvent aujourd'hui le plus de contradicteurs. Plusieurs médecins ne peuvent se figurer que les masses blanches, dites encéphaloïdes , qui ne semblent diffe'rer du cerveau que par une consistance un peu plus grande, et par leur demi-transparence , soient l'effet d'une inflammation chronique. Ils n'attachent l'idée d'inflammation qu'aux tissus fortement injectés de sang. Us ne veulent point convenir que la même irritation qui , dans son commencement , avait accumule' le sang dans une partie, peut en se prolongeant, en perdant de son intensité' , souvent par l'influence re'vulsive d'une autre irritation , se borner à produire une accumulation de fluides blancs , et une hypertrophie anormale capable de créer les tubercules et les masses encéphaloïdes. Pour moi , je dois confesser que ce mode de production me paraît le seul admissible. Il est toujours évident dans les adénites et les ganglionites qui s'observent à l'extérieur, dans les tissus sous-cutanés; on le distingue à merveille dans les arlhritis chroniques , dans les endurcissements du tissu cutané et sous- cutané ; il est incontestable dans la formation des tubercules du poumon , dans celle des cancers et des ganglionites
( >93 ) du canal digestif et du mésentère , dans l'endurcissement et Y obstruction du foie, etc. Dans tous ces cas, l'irritation, la chaleur, ouvrent la scène; elles s'affaiblissent, et le vice de nutrition continue ses progrès jusqu'à ce qu'un renouvellement d'irritation y fasse reparaître les phe'nomènes inflammatoires. Pourquoi donc n'expliquerait-on pas de la même manière la production des tumeurs et des cancers du cerveau ? Plus javance dans la pratique , plus ma conviction augmente à cet e'gard. Elle re'sulte de l'observation constante des heureux effets du traitement antiphlogistique pour prévenir tous les genres de désorganisation : et je ne doute nullement qu'elle ne devienne un jour générale parmi les bons esprits.
Tous ceux chez qui l'on observe des encéphaloïdes et des cancers dans le cerveau ont éprouvé de l'irritation dans ce viscère : cette irritation est quelquefois la suite des chagrins ; dans d'autres cas elle succède à une gastro- entérite prolongée, et j'en possède plus d'un exemple : on l'observe également après la disparition des irritations cutanées qui sont elles-mêmes incontestablement d'une nature inflammatoire ou sub-inflammatoire. Pourquoi voudrait-on admettre des vices de nutrition capables de produire des hypertrophies, indépendamment d'une augmentation de l'action organique? Mais si l'on avoue l'existence de cette augmentation, sur quoi se fondera-t-on pour l'attribuer à autre chose qu'aux lois générales qui président à la formation et à la conservation des organes ? Est-ce qu'il existe plusieurs principes d'action? n'est-ce pas toujours la