‹ Commentaires des propositions de pathologie, consignées dans l'examen des doctrines médicales (volume 3)Chapitre 12 sur 50 · Path. l · texte numérisé non relu

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même contractilite qui anime tous les tissus ; la même innervation qui les surexcite de temps à autre, qui e'iève leur ton au-dessus du degré' normal , qui les force à s'agiter avec plus de pre'cipitation , à appeler plus de fluides qu'à l'ordinaire ? Mais, si l'on est forcé de convenir de tout cela, quelle raison peut-on avoir pour établir des différences de nature dans les résultats de cette augmentation de l'action des organes ? De ce que dans un cas elle appelle plus de sang et produit des phlegmasies ; dans un autre plus de lymphe et donne naissance à des tumeurs blanches , à des squirrhes ; dans un troisième plus de graisse que d'albumine, d'où résultent des tissus lardacés ; enfin que , dans plusieurs autres , elle développe des tissus fibreux, cartilagineux, osseux, qui tous ont leurs analogues dans l'économie , résulte-t-il qu'il faille établir des distinctions fondamentales, et supposer des principes particuliers , autres que celui qui préside à l'exercice de nos fonctions? Non, sans doute, et la différence entre ces altérations, en apparence si diverses, n'est autre que celle du degré de l'excitation et du tempérament particulier des organes où elle s'est développée... Que l'on saisisse ces maladies dans le premier moment de leur existence , on les trouvera toutes sous l'influence de l'irritation générale , et l'on se convaincra qu'elles peuvent toutes se développer par celle de la même cause extérieure : qu'on les attaque avec énergie par les antiphlogistiques généraux, on les verra toutes céder avec la même facilité. Oui, toutes, sans en excepter celles qui

( >95) dépendent des stimulans que l'on appelle spécifiques. En faut-il davantage pour de'montrer l'identité de leur nature? et n'est-ce pas des disputes de mots, que celles que l'on e'iève journellement à leur sujet? Je fais des vœux continuels pour que tous les me'decins soient un jour pénétrés de ces vérite's , parce que je suis sûr qu'il doit en résulter une prodigieuse diminution des affections ou vices organiques...On ne les observera plus, j'ose le prédire, que chez les personnes qui n'auront pu, ou qui n'auront pas voulu se soustraire à l'action des excitans perturbateurs, et dans les constitutions originairement débiles et dégénérées qui ne sont plus en mesure avec les modificateurs de leur espèce, et qui, dès leur naissance, sont dévouées à une mort inévitable.

En effet, pourquoi les familles robustes qui vivent dans un pays sain et qui ne commettent point d'excès sont-elles exemptes des dégénérations tuberculeuses, lymphatiques, encéphaloïdes? pourquoi les médecins physiologistes, aujourd'hui si répandus sur le sol de la France , trouvent-ils tant de facilité à faire avorter toutes les irritations commençantes, lorsqu'ils pratiquent dans un pays salubre? pourquoi passent-ils souvent plus d'une année sans rencontrer des affections lymphatiques, pareilles à celles qui sont si communes dans les pays insalubres et dans les grandes villes? est-ce que les liabitans de ces dernières ont des principes de vie qui n'existent pas chez les autres ? est-ce que leurs humeurs contiennent des matières morbifiques parti-

culières? Oli! non, certes! ils n'ont rien de tout cela, et les irritations qui leur surviennent céderaient avec la même facilité que celles des sujets robustes, s'il était toujours possible de les attaquer dès leur début, et d'écarter toutes les causes capables de les renouveler. Mais si ces conditions manquent , la faiblesse de plusieurs d'entre eux les expose à des rechutes continuelles et à la dégénération des tissus; et l'extinction des familles en est la conséquence inévitable.

C'est par l'observation que je suis arrivé à ces conclusions. Je sais qu'il est impossible , dans létat actuel des choses, de les faire adopter par tous les médecins ; mais je suis persuadé qu'un grand nombre en seront frappés, et j'espère que leurs succès amèneront insensiblement les autres à la même manière de voir.

Toutes les irritations encéphaliques peuvent aboutir à l'apoplexie.

Cette proposition n'a pas besoin de commentaire.

Le mot apoplexie exprime la cessation des phénomènes de relation ; on peut y distin-

( »97 ) guer deux principaux degrés d'après l'absence ou l'existence des paralysies partielles ; mais on ne peut diviser cette maladie d'après la prévision des formes de l'altération organique de l'encéphale.

Les hémorrliagies cérébrales sont les causes les plus ordinaires des apoplexies; niais on sait aujourd'hui que les congestions sanguines qui pourraient produire ces hémorrliagies, peuvent aussi déterminer des symptômes apoplectiques et des paralysies, et que ces apoplexies peuvent être aussi promptement funestes que s'il s'était opéré un véritable épanchement. Il s'est offert un exemple de cette espèce dans une des salles de la clinique du Vai-de-Grâce , dans les premiers jours du mois de novembre dernier ( 1826 ). Un malade , affecté d'une gastro-entérite avec ictère , sans fièvre , succomba tout-à-coup en prenant une cuillerée de bouillon. L'ouverture de son corps fit voir une large tache brune dans la membrane muqueuse de l'estomac , avec de la rougeur dans le duodénum et les intestins grêles. La substance du cerveau était prodigieusement dense et pénétrée de sang, surtout dans la partie convexe des hémisphères cérébraux ; mais on ne remarquait d'autre épanchement qu'un léger suintement sanguinolent dans l'arachnoïde, qui certes n'était pas la cause de la mort. Ce qui était commun aux deux hémisphères chez, ce sujet, peut être borné à un seul dans d'autres cas, et alors il n'y a que paralysie. Il

( 'S») est très difficile , peut-être même impossible , au moins dans l'état acluel de la science, de distinguer, au premier aspect, les apoplexies et les paralysies par simple congestion, de celles qui dépendent de Fépanchement : mais comme les malades n'y succombent pas , la promptitude du rétablissement et le défaut de paralysie consécutive ne permettent pas de douter qu'il ne s'est point effectué d'he'morrhagie. On possède plusieurs exemples d'apoplexies et de paralysies intermittentes et périodiques qui ne peuvent pas non plus se concilier avec l'existence d'une extravasation sanguine.

Les expressions apoplexie , paralysie , ne sont donc pas synonymes d'hémorrhagie cérébrale , comme le pensent aujourd'hui plusieurs médecins : il est dans la congestion un degré qui peut interrompre l'iunervation de l'encéphale, soit d'un côté, soit des deux à la fois. Je sais qu'on a voulu désigner cet état par le mot de coup de sang ; mais ce mot ne signifie rien, si l'on n'a les moyens de distinguer, au premier abord, si le coup de sang, qui n'est toujours qu'une accumulation de ce fluide dans l'encéphale, a produit ou n'a pas produit une hémorrhagie. Or, tant que la question n'a pas été résolue par l'autopsie ou par la guérison , personne ne peut y répondre. On s'expose donc en employant cette dénomination, à supposer un mode d'altération qui n'existe pas , et à porter un diagnostic qui sera démenti par l'événement. Il vaut donc mieux se servir du mot apoplexie cérébrale, dont le sens n'est point équivoque, puisqu'il signifie, pour

( >99 ) tous les médecins, l'abolition des fonctions de relation : ensuite la marche de la maladie devra fournir les moyens de de'terminer si cette abolition dépend d'une hémorrhagie , d'une simple congestion primitive, ou d'une congestion provoquée par un point de plilegmasie antécédent, soit aigu, soit chronique, soit avec production de tissus extraordinaires, comme les tubercules , les encéphaloïdes, soit sans cela, et par les suites de la suppuration du parenchyme ou des membranes de l'encéphale.

Tel est le véritable sens de la proposition CXXIX. Elle a pour but de faire sentir l'inconvenance des distinctions et des classifications de maladies uniquement fondées sur le mode des altérations organiques, et d'y substituer les distinctions qui reposent sur le mode d'altération de l'irritabilité et de la sensibilité de nos tissus. Cette méthode, en effet, n'expose jamais le pathologiste aux erreurs du diagnostic. Quand l'irritation existe dans un organe , rien ne saurait prouver qu'elle n'y existe pas : quand une fonction est abolie par l'excès de l'inflammation locale, ou bien par le défaut de l'innervation cérébrale, la chose est évidente, et jamais l'événement ne pourra démontrer le contraire. C'est de ce double état que doivent se tirer toutes les indications, et l'on peut procéder à la thérapeutique , sans craindre de se tromper, et sans être obligé de revenir sur son diagnostic , si la succession des symptômes ou la nécroscopie viennent à démontrer l'existence ou la non-existence du mode d'altération organique que l'on avait d'abord soupçonné. En d'autres termes ,

( 200 ) l'absence de l'irritation , le degré de ce phénomène, quand il existe , et la détermination du lieu précis qu'il occupe, sont les bases du diagnostic comme de la classification des maladies. Le mode d'altération est un objet secondaire , dont la recherche est sans doute fort utile, mais dont le médecin peut fort bien se passer, sans manquer pour cela des données qui doivent lui servir de guide dans la thérapeutique. Cette question est déjà développée dans l'examen des doctrines , mais comme elle est fort importante , nous avons cru devoir la rappeler à l'occasion de l'apoplexie.

GXXX.

L'inflammation de la membrane interne ou muqueuse de l'estomac s'appelle gastrite ; mais elle n'est jamais vérifiée sur le cadavre qu'avec celle de la muqueuse des intestins grêles. 11 vaut donc mieux lui donner le nom de gastro-entérite.

C'est une chose très -digne de remarque que l'inflammation de l'estomac soit toujours accompagnée de celle des intestins grêles. L'ancienne médecine n'avait aucune idée de ce fait ; elle n'en possédait même pas de satisfaisante sur ce genre d'inflammation; et cela dépendait uniquement de ce qu'elle avait pris le phlegmon et l'érysipèle pour types fondamentaux des phlegmasies. Comme cette

( soi ) question est traitée avec de'tail clans l'examen des doctrines, nous n'y reviendrons pas ici. Nous nous attacherons plutôt à rechercher la raison de cette coïncidence de l'entérite avec la gastrite.

C'est toujours sur l'estomac et sur le duodénum que portent en premier lieu les irritations que l'on perçoit dans la région épigastrique. Lorsqu'elles sont d'une certaine intensité, elles produisent des érections morbides douloureuses , qui peuvent se convertir en phlegmasies. De là l'inflammation se propage dans le reste de l'inteslin grêle ; mais comme la sensibilité est obtuse dans toute l'étendue de cet intestin qui fait suite à la région duodénale , et comme les douleurs du duodénum se confondent avec celles de l'estomac , l'attention des malades ne se fixe que sur ce dernier organe, et l'on diagnostique une gastrite , lorsqu'il y a réellement une véritable gastro-entérite.

L'inflammation de la membrane muqueuse des intestins grêles s'appelle entérite. Le cadavre l'offre quelquefois seule ; mais on ne saurait affirmer son isolement avant l'autopsie, et d'ailleurs la gastrite a toujours eu l'initiative. Il vaut donc mieux lui donner le nom de gastro-entérite.

Quoique l'estomac soit irrité dans les entérites, il

ne laisse pas d'exécuter ses fonctions dans la plupart des cas : quelquefois même il paraît avoir plus d'activité digestive que dans l'étal normal ; mais ce n'est que dans les nuances modérées de l'entérite : c'est ainsi que les jeunes sujets , attaqués de ce qu'on appelle le carreau, sont fréquemment tourmentés par un très-grand appc-tit , quoiqu'ils aient le ventre météorisé , douloureux , et que la fièvre existe. Cette même nuance peut aussi se présenter chez les adultes ; mais elle y est plus rare. Voilà encore un de ces faits que l'antique médecine n'avait point saisis. L'idée de l'inflammation ne pouvait s'associer avec celle de l'augmentation de la force digestive. On avait donc recours à l'engorgement du mésentère et à la diarrhée pour expliquer l'appétit des enfans affectés de gastro-entérite; mais lorsque les douleurs et les autres symptômes d'irritation avaient leur siège dans l'estomac lui-même, sans engorgement sensible dans le bas-ventre, l'accroissement de l'appétit était attribué à un état nerveux, sous le nom de boulimie. Ainsi l'on avait deux manières d'expliquer le même phénomène , le même mode d'affection du même viscère. Cette discordance de théorie ne pouvait procéder que de l'ignorance la plus complète de l'état physiologique des organes malades. Mais plus tard il sera question de ces nuances de phlegmasies.

La gastro-entérite se présente sons deux formes , avec prédominance de phlegmasie

gastrique, avec prédominance d'entérite. La douleur gastrique, le refus, le rejet des ingesta , ou la difficulté de les supporter , caractérisent la première : la faculté de satisfaire la soif, la rapidité de l'absorption des liquides appropriés sont les signes de la seconde ; les autres signes sont communs à peu de chose près.

Cette proposition n'offre que les caractères fondamentaux et distinctifs de la gastrite et de l'entérite , conside're'es l'une et l'autre dans l'état aigu. Le caractère de ces phîegmasies sera donné dans une autre proposition ; mais il est bon de dire ici quelque chose sur la nature des douleurs que produit Finflammation de l'estomac; car l'habitude contractée par plusieurs médecins de juger des inflammations internes par les symptômes des externes les expose à une foule d'erreurs.

Il s'en faut bien que les douleurs de l'estomac soient toujours semblables à celles du phlegmon ou de l'érysipèle , et qu'elles soient constamment rapportées à la région de l'épigastre. La douleur pulsative existe rarement dans cette région ; et lors même que les battemens artériels y sont très-prononcés et perceptibles au tact, les malades, le plus souvent, ne les perçoivent qu'en y portant la main , et ne se plaignent point qu'ils soient douloureux. Ils ne leur paraissent tels que dans les gastrites qui s'élèvent presque au degré du phlegmon, et surtout à la suite

des empoisonnemens par les substances corrosives qui rendent l'estomac très-douloureux.

Les gastrites aiguës occasionent quelquefois des douleurs brûlantes; mais elles ne sont pas toujours circonscrites à la région de ce viscère, ou du moins rapportées au milieu de l'épigastre , lieu où l'on a 1 habitude de les exiger pour les de'clarer dépendantes de l'estomac. Les malades ont coutume de les rapporter à la partie moyenne et antérieure de la poitrine , sous le sternum et les côtes asternales; souvent même dans tout le trajet de l'œsophage jusqu à la gorge , où quelquefois elles paraissent plus insupportables qu'ailleurs. Il en est un grand nombre qui accusent un sentiment d'ardeur intérieure , semblable à une fournaise qui occupe toute la partie moyenne duthorax, et se prolonge d'une part jusqu'à la gorge , et de l'autre jusqu'à l'ombilic. A cette douleur correspond d'ordinaire une sensation de chaleur et de fatigue dans les muscles; le mal de tête s'y joint, la bouche, les yeux sont également brûlans; les malades s'agitent, et dans ce cruel état, ils ne peuvent indiquer aucun siège particulier à l'état d'anxiété qui les tourmente. Telle est la cause pour laquelle la douleur brûlante de l'estomac n'a point été rapportée à son véritable siège. On accuse une maladie de toute la substance , et l'on déclare la fièvre essentielle.

On observe de grandes variétés dans la sensibilité des parties qui entourent l'estomac. Ilestpeude cas où les malades se plaignent d'une douleur fixe à Y.épigastre; et lorsque cette douleur existe, tantôt le

palper l'exaspère et tantôt il semble la calmer. Le plus ordinairement la main du médecin ne la fait ressortir qu'en exerçant une assez forte pression. Il est pourtant des cas où elle est vive, continue et devient insupportable au plus léger attouchement. Ces cas correspondent le plus souvent aux empoisonnemens par les substances corrosives et à l'usage antérieur des ingesta d'une propriété acre et mordante. On les observe encore dans les gastrites aiguës du plus haut degré, qui sont causées par les empoisonnemens miasmatiques , et surtout dans l'été et dans les climats chauds. Elles se montrent aussi dans le début de quelques phlegmasies éruptives et plus particulièrement dans les prodromes de la variole confluente. Mais il est une foule de gastrites aiguës développées peu à peu par l'abus des liqueurs fermentées, par les affections morales dans lesquelles l'estomac paraît avoir perdu en partie sa sensibilité ; de sorte que les douleurs de ce viscère sont confuses et que la maladie se reconnaît plutôt par les sympathies et par l'interruption de la fonction digestive , que par des sensations locales décidément douloureuses. Il est aussi des personnes dont les viscères sont peu sensibles et ne deviennent douloureux qu'après des stimulations extraordinaires. De tels sujets peuvent éprouver la gastrite et l'entérite dans le degré le plus aigu , sans que les phlegmasies soient décelées par une seule douleur locale bien caractérisée. De là la nécessité d'accorder une grande importance aux phénomènes sympathiques dont nous aurons bientôt occasion de nous occuper.

Certaines gastrites aiguës sont accompagnées de douleurs extrêmement vives , non plus à la région de l'épigastre, mais dans l'un des côtés de la poitrine, vis-à-vis les côtes asternales, ou dans le dos, et le plus communément vers l'omoplate. Ces douleurs augmentent au toucher et simulent quelquefois la pleurésie ou le rhumatisme. Elles indiquent la prédominance de l'irritation vers l'un des orifices de l'estomac, ou dans le bas-fond: et souvent ceux qui les présentent dans l'état aigu les avaient éprouvées long-temps auparavant par l'effet d'une gastrite chronique. Ces cas doivent être placés parmi les plus fâcheux.Nous en donnerons bientôt la raison.

Il est encore d'autres espèces de douleurs gastriques assez prononcées; mais comme elles sont plus fréquentes dans l'état chronique que dans l'aigu, nous n'en parlerons pas ici.

La répugnance pour les boissons stimulantes vient d'un genre de malaise qui ne reçoit pas ordinairement le nom de douleur , mais qui n'en dépend pas moins de ce que la sensibilité de l'estomac est affectée d'une manière pénible. L'impossibilité de supporter et même d'avaler les liquides les plus adoucissans , tels que les mucilages , les solutions gommeusesetl'eaupure, dépend aussi de la manière douloureuse dont l'estomac est affecté par les ingesta, et indique l'exaltation delà sensibilité de ce viscère. On ne sauraittrop s'étonner d'entendre certains médecins se plaindre de manquer des signes indicateurs de la gastrite , ou exiger des douleurs bien déterminées pour convenir de son existence , lorsque , dans une

fièvre aiguë, les malades témoignent une répugnance invincible pour les boissons échauffantes, ou lorsque l'ingestion des liquides les moins stimulans ne saurait s'exécuter sans qu'il survienne un redoublement d'angoisse.

Les vomissemens de la gastrite aiguë témoignent toujours l'existence d'une sensibilité morbide exagérée, c'est-à-dire de la douleur; cette douleur s'exaspère constamment par les contractions répétées de l'estomac, et bientôt elle, devient assez intense pour être continue, déchirante, accompagnée de celle de la tête et de tout l'appareil locomoteur. Tel est le cas de la fièvre jaune , du choléra-morbus. En faut-il davantage pour attester l'inflammation de l'estomac ? Cependant l'habitude de prendre les phîegmasies externes pour prototypes des inflammations, en général , exerce une telle influence , que ni les mauvais effets des stimulans , ni les nécrose opies n'ont encore pu convaincre tous les médecins que la gastroentérite est le principal phénomène de ces maladies. Toutefois ils n'ignorent pas que la sensibilité des viscères , modifiée par la présence du grand sympathique , diffère beaucoup de celle des parties extérieures. Mais l'habitude est invétérée , les autorités sont là, et le témoignage des sens ne suffit pas pour en détruire la fâcheuse influence.

La proposition n'assigne aucune douleur à l'entérite aiguë ; elle se borne à dire que la faculté de satisfaire la soif, et la rapidité de l'absorption des liquides ingérés signifient que l'irritation ne prédomine pas dans l'estomac, et qu'elle est partagée par

les intestins grêles: c'est ce qu'on observe dans la plupart des gastro-entérites aiguës que l'on désigne vulgairement par les mots fièvres gastriques. Ces signes en effet suffisent pour caractériser cette maladie, en indiquant que l'inflammation est étendue sur toute la surface muqueuse de l'estomac et des intestins grêles ; mais cela n'exclut pas la possibilité d'un point d'irritation prédominant dans l'une des régions de ces derniers. Alors il est possible que la sensibilité s'y développe au point de produire une douleur : c'est le sujet de la proposition suivante,

GXXXIII.

L'inflammation aiguë de la membrane muqueuse de l'intestin grêle , sans affection du péritoine, n'occasione point de colique chez la plupart des hommes. Elle est presque toujours sans douleur circonscrite , mais souvent avec un sentiment de brûlure et de malaise vague et avec constipation. L'invagination de cet intestin, loin de causer l'iléus, ne produit même pas ordinairement la colique.

Depuis que cette proposition est écrite , nous avons multiplié les recherches sur le point dont elle traite , parce que nous n'avons en vue que la vérité; en effet , il est rare dans les gastro-entérites aiguës , qui ne sont point accompagnées de dévoie-

( â09 ) ment d'entendre les malades se plaindre de la colique, mais lorsque l'on exerce une pression forte sur la région ombilicale , ils de'cîarent souvent e'prouver une douleur obtuse, un sentiment désagréable dans tout le ventre, qui ressemble à un commencement de colique, mais qui n'a pas de suite lorsque l'on cesse de comprimer les intestins. Nous en avons cependant rencontré quelques uns qui accusaient une véritable douleur, sans la comparer exactement à la colique ordinaire : c'est un genre particulier d'endolorissement presque toujours accompagné d'une sensation de brûlure , et qui souvent est difficile à supporter. Dans tous ces cas, et dans ceux, beaucoup plus nombreux , où nulle douleur ne se fait sentir, il existe un certain degré de météorisme, et la chaleur est plus forte dans la région où prédomine la phlogose.

Quoi qu'il en soit du genre de douleur des entérites aiguës, on les rencontre bien rarement circonscrites; ce qui dépend, selon nous, de ce que l'inflammation occupe une surface étendue , et de ce que les douleurs, soit locales, soit sympathiques de l'estomac et du duodénum empêchent la perception de l'irritation des intestins grêles. Ce qui nous semble confirmer cette assertion, c'est que les entérites chroniques qui ne sont point compliquées de la phlogose gastro-duodénale offrent parfois des douleurscirconscrites , ainsi que nous l'allons voir incessamment. Quant aux invaginations, nous les avons observées, à la suite des gastro-entérites aiguës générales , chez un grand nombre de sujets qui n'avaient point 1 . Patk 1 4

accusé de douleur dans la re'gion des intestins grêles; peut-être que si elles dépendaient d'un point d'entérite partiel et primitif, elles seraient douloureuses. C'est une question sur laquelle il est bon d'appeler l'attention des observateurs. Certaines douleurs partielles de l'abdomen, avec vomissemens, pourraient peut-être dépendre d'une semblable pblegmasie, laquelle, non arrêtée dans son début, pourrait produire invagination, congestion inflammatoire , péritonite, etlamort. Peut-être serait-il plus avantageux pour les malades de considérer ce qu'on appelle iléus comme le début d'une entérite ou d'une péritonite, que d'attribuer les symptômes à une intussusception toute nerveuse des intestins grêles.

Il nous est impossible de dire pourquoi ces intussusceptions sont plus communes dans certaines saisons que dans beaucoup d'autres ; mais il est bien certain que l'on observe de grandes variétés à cet égard. IHous avons remarqué que les enfans en offrent plus d'exemples que les adultes, et qu'on en trouve rarement cbez les vieillards. Cela vient-il de ce que les intestins sont plus mobiles que chez les premiers? nous le pensons: mais, comme la sensibilité est aussi beaucoup plus exaltée dans le jeune ace, et que pourtant les intussusceptions intestinales sont souvent indolentes chez les enfans, on est en droit de conclure que les intestins grêles sont peu sensibles.

Le carreau, si commun chez ces sortes de sujets, peut nous en administrer une nouvelle preuve : car bien souvent, malgré la chaleur et la tuméfaction de

l'abdomen, la douleur ne s'y manifeste que lorsque la diarrhée survient, c'est-à-dire lorsque l'inflammation a franchi la valvule iléo-csecale.

Telle est notre opinion : les faits prononceront, et nous ne serons pas les derniers à rechercher et à noter s'ils n'offrent rien qui soit susceptible de l'infirmer.

La colique, la fréquence des déjections et le ténesnie , sont les signes propres de l'inflammation muqueuse du colon.

Cette vérité n'est pas nouvelle : elle remonte à Vanhelmont;mais on n'avait, pas assez insisté sur ce point, que les inflammations des intestins grêles ne peuvent, quand elles sont seules, occasioner tous ces phénomènes. Plusieurs auteurs confondaient l'entérite avec la colite ou la colo-rectite, et lorsque la diarrhée survenait pendant le cours des prétendues fièvres essentielles, on était fort éloigné de voir dans cette complication la preuve certaine que l'inflammation avait enfin pénétré dans le gros intestin: on observait, on attendait l'événement pour savoir si la diarrhée était critique, ou si elle n'était pas plutôt un épiphénoraène défavorable.

Même confusion parrapport aux diarrhées qui se déclaraient sur la fin des phlhisies pulmonaires, et des autres maladies consomptives. On les nommait col-

liquatives; on y voyait le signe de îa dissolution géne'rale du corps: on était loin de se douter qu'elles ne fussent autre chose que l'indice très positif qu'une entérite , bornée jusqu'à ce moment aux intestins grêles, venait de franchir la valvule pour pénétrer dans le dépôt des matières fécales. Il était donc utile d'assigner à toutes les régions du canal intestinal les signes caractéristiques de leurs phlegmasies respectives. Or c'est précisément ce qu'a fait la doctrine physiologique, en décrivant séparément la duodénite, l'entérite et la colite. Quant aux, signes de l'inflammation du rectum , ils sont assez évidens pour qu'il soit mutile de les tracer dans ce commentaire.

Le mot entérite étant consacré à l'inflammation de l'intestin grêle, ne peut servir à distinguer celle du colon : il faut appeler celle-ci colite. Mais les deux se succèdent et s'associent.

En effet, l'inflammation peut se développer dans le rectum et de là remonter par le colon jusqu'aux intestins grêles et même jusqu'à l'estomac: elle se propage fréquemment de ce dernier viscère, par les intestins grêles, au colon, qu'elle parcourt jusqu'à son extrémité, ainsi que nous en avons cité des exemples. Souvent elle naît dans la région iléo-cae-

cale et s'étend plus ou moins, tantôt vers la région supérieure, tantôt vers l'inférieure ; enfin , dans quelques cas, qui sont toujours les plus rares, elle semble éclater simultanément dans tout le canal digestif.

Ces développement variés et ces marches différentes de l'inflammation sont de'signés dans les auteurs par des dénominations particulières qui ne doivent pas en imposer aux praticiens attentifs. Ainsi, le début de l'inflammation par le colon ou le rectum correspond aux dysenteries, et ces maladies prennent les épithètes de gastriques, de bilieuses, de muqueuses , de putrides , d'adynamiques , si la phlogose remonte, et on les dit compliqués des fièvres de ce nom.

L'inflammation séjourne-L-elle dans les intestins grêles, c'est une fièvre ; si le colon s'affecte secondairement, c'est le carreau cbez les enfans ; tandis que c'est une fièvre mes entériq ne, lente-nerveuse, s' 'il est question d'un adulte, et que l'appétit soit détruit; car souvent il persiste chez les jeunes sujets malgré la fièvre hectique la plus intense. Mais si la fièvre manque, c'est la lienterie et quelquefois le flux hépatique. Enfin les mots diarrhées, coliques nerveuses, inflammatoires, végétales, du Poitou, de Madrid , de plomb , représentent quelques-unes des combinaisons indiquées où la fièvre peut manquer, survenir consécutivement ou cesser, selon le degré de la phîegmasie, le tempérament, le genre de vie et les médicamens que l'on emploie pour combattre la maladie.

GXXXVI.

La gastro-entérite existe sans aucun point douloureux , lorsque l'inflammation ne prédomine pas avec force dans l'estomac ou dans le duodénum ; et la pression de l'abdomen ne développe même pas de douleur.

Il s'agit, dans cette proposition, des gastro-entérites aiguës, désignées par les auteurs sous les noms de fièvres bilieuses, gastriques, muqueuses, et quelquefois inflammatoires. Le de'faut de douleur peut même persister jusqu'au degré de ces fièvres qui correspond à la putride ou adynamique. Mais, nous élant expliqué, dans le commentaire delà proposition CXXXI1I, sur les différens sièges et sur les causes de la douleur, nous n'avons plus à nous en occuper. Nous gémissons, cependant, de voir encore quelques praticiens méconnaître la valeur des phénomènes sympathiques , et pétrir avec force l'abdomen des malades, pour y développer quelque douleur qui puisse les autoriser à donner à la fièvre le nom de gastrique, de mésentérique, etc., et pour trouver des indications curatives.

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